‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 5)Chapitre 68 sur 121 · GOMMES-RÉSINES D'OMBELLIFÈRES · texte numérisé non relu

GOMMES-RÉSINES D'OMBELLIFÈRES

Asa-Fœtida.

Avant de parler de l'asa-fœtida, je dirai queiques mots d’une plante nommée par les Grecs sig et par les Latins laserpitium, dont le suc, connu sous le nom de laser, était considéré comme un médicament héroïque dans un très grand nombre de maladies. D’après Dioscoride (livre HIT, ch. 78), le silphion croît en Syrie, en Arménie, en Médie et en Libye. Sa tige est semblable à celle de férule , ses feuilles ressemblent à celles de l’ache et sa graine est large. Le laser sort de la tige et de la racine de la plante, par des incisions. Il est roux, transparent, d’odeur approchant de celle de la myrrhe et non de poireau , de goût agréable, blanchissant lorsqu'on le délaie dans Peau. Celui qui croît en Cyrène a une odeur si douce qu'il ne sent rien, si ce n’est quand on le goûte. Ceux de Médie et de Syrie sont de qualité inférieure et ont une odeur désagréable. Le laser est souvent sophistiqué avec du sagapénum.

Plus loin , en parlant du sagapénum, Dioscoride dit qu’il a une odeur qui üent à la fois du laser et du galbanum , ce qui indique une grande ressemblance entre le premier de ces sucs et l’asa-fœtida.

Suivant Pline (livre XIX, ch. 3), «le laserpitium (silphion des Grecs) a été d’abord découvert dans la Cynéraïque, et son suc, nommé laser, est si estimé qu’on le vend au poids de l'argent ; mais depuis bien des années la plante est devenue tellement rare dans cette province d'Afrique, qu’on n’en a trouvé qu’une seule tige qui fut envoyée à l’empereur Néron, et que, depuis très longtemps également, on n’apporte en Italie d’autre laser que celui qui est produit en abondance dans

GOMMES-RÉSINES D'OMBELLIFÈRES. 221 la Perse, la Médie et l'Arménie. Mais ce laser est très inférieur à celui de Cyrène, et est souvent falsifié avec du sagapénum. » Ajoutons que le laserpitium était tellement vénéré dans la Cyrénaïque que son image y était gravée sur les monnaies ; une Fig. 307. de ces pièces, dont M. Pereira m'a transmis la copie, représente d’un côté une tête de jeune homme ayant une corne de bélier * au-dessus de l'oreille, et de l’autre une plante férulacée à tige ronde et cannelée, pourvue de 3 paires de feuilles presque opposées, à larges pétioles embrassants , et surmontée d'une ombelle compacte (1).

Cette plante paraît avoir été retrouvée dans un voyage fait en Libve, en 1817, par le docteur Della Cella; elle a été décrite par M. Viviani, dans son Specimen floræ libycæ , sous le nom de {hapsia silphium.

Il me paraît résulter de ce qui précède que le laser cyrénaïque était un suc très rare, même chez les anciens, et qui déjà, bien avant Pline, était remplacé par un autre suc analogue venant de Perse et de Médie.

Ce dernier suc ne peut être que notre asa-fœtida, le seul qui ne soit pas mentionné par Dioscoride sous son nom moderne. D'ailleurs la ressemblance qui existe entre les noms asa et laser semble indiquer que l’an est un dérivé de l’autre.

Il est donc possible que la plante qui produit l’asa-fœtida soit le silphion de Dioscoride; mais elle n’a été bien connue que par Ja description et la figure qu’en a données Kæmpfer. Cette plante (ferula asa-fœtida L.; fig. 307), porte en Perse le nom de Æingisek, et son

(1) Cette médaille porte sur le champ, du côté du revers, un trépied suivi d’un £ copte , dont la branche supérieure est beaucoup plus longue que l’inférieure (indiquant probablement le chiffre V), et au-dessous le mot KYPA abrégé de xvpavtwv. La médaille gravée par Viviani, au frontispice de son ouvrage , porte sur la face une tête d’Ammon âgé et barbu , et sur le revers la même plante que ci-dessus, mais avec le seul mot K:IN°N, que l’on trouve sur un grand nombre de monnaies grecques, et qui ne signifie rien autre chose probablement que monnaie commune où monnaie courante. Il me paraîit évident que c'est ce mot x2°7 que nous avons traduit par le mot coin appliqué aux matrices des monnaies.

suc y est nommé Æingh ou lting. Elle présente une racine vivace, volumineuse , fusiforme , souvent partagée par le bas, pourvue d’un collet élevé au-dessus de terre et garnie d’un faisceau de fibres droites , comme les racines de meum, de peucedanum ex d'eryngium. Les feuilles sont toutes radicales, pinnatisectées , à segments pinnatifides-sinués, et à lobes oblongs et obtus. La tige est simple, haute de 2 à 3 mètres , assez grosse par le bas pour ne pas pouvoir être renfermée dans la main, pourvue sur sa longueur de gaines aphylles , et terminée par un pelit nombre de rameaux qui portent des ombelles nues, à 10, 15 ou 20 rayons, supportant chacun 5 ou 6 fleurs. Les fruits sont ovales, aplatis, d’un rouge brun, marqués de 3 côtes dorsales filiformes, et de 2 côtes latérales s’élargissant en une marge ferme comme un parchemin. Toutes les parties de la plante ont une odeur de poireau et une saveur amère fort désagréable ; mais c’est de la racine principalement qu'on extrait l’asa-fœtida.

Suivant le récit de Kæumpfer (Amcæn., fasc. 11), vers la mi-avril, les habitants des montagnes se partagent les lieux où croît la férule à l’asa-fœtda , et commencent à creuser une fosse autour de la racine, alin de la découvrir en partie; ils la dépouilient de sa tige, de ses feuilles et des poils qui entourent le collet, et la recouvrent d’un lit de feuillage pour la préserver des rayons du soleil qui la feraient périr (1).

Trente ou quarante jours après, du 25 au 26 mai, les travailleurs retournent à leurs racines, les découvrent, en détachent avec une spatule les larmes qui peuvent S'y trouver, et coupent en rond, en le creusant un peu, le sommet de la racine , afin que le suc puisse s'y rassembler. Ils recouvrent la fosse de feuillage et y reviennent deux jours après, pour recueillir le suc épaissi ou les larmes qui s’y trouvent formées, et rafraîchir la surface du disque en en coupant l'épaisseur d’une paille d'avoine ; car il suflit d'ouvrir de nouveau les vaisseaux pour que le suc puisse s'en écouler. Deux jours après, ils font une seconde récolte, après laquelle ils laissent la racine reposer pendant huit à dix jours. Alurs ils recommencent à la traiter trois fois, comme la première fois, la laissent de nouveau reposer, etc. Kæmpfer indique de la manière suivante les jours de récolte sur une racine préparée, comme il a été dit, vers la mi-avril : mai 26, 28, 30; juin, 11, 13, 15,23, 25, 27; juillet, 4, 6, 8. Il est probable qu'alors la racine se trouve épuisée.

(1) Je présume que cette première opération a pour but de concentrer, par une évaporation lente, le suc laiteux de la racine, qui, sans cela, serait trop liquide pour pouvoir être recueilli.

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