‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 5)Chapitre 70 sur 121 · INT · texte numérisé non relu

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226 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

Suivant l'analyse qu’en a faite M. Braconnot , 100 parties de gomme amimoniaque sont composées de : gomme 18,4, résine 70, matière glutiniforme insoluble dans l’eau et l’alcool 4,4, eau 6, perte 4,2. (Ann. de chim., 1. LXVIHII, p. 69.)

La gomme ammoniaque entre dans l’emplâtre diachylon gommé, dans celui de ciguë et dans les pilules de Bontius.

Fausse gomme ammoniaque de Tanger, J’ai eu raison de dire plus haut que M. Jackson, en assurant que la gomme ammoniaque était produite dans le royaume de Maroc par une plante nommée faskook , avait probablement pris quelque autre gomme-résine pour la première. Un échantillon de cette gomme-résine , remise par M. Lindley à M. Pereira et dont ce dernier m’a transmis une partie, confirme celte opinion. Celte gomme-résine porte à Tanger le nom de fusogh ou de fasôgh, et elle est produite, non par le ferula orientalis auquel Sprengel rapporte le faskook de Jackson, mais par le ferula tingitana, d’après M. Lindley. En apparence, cette gomme-résine ressemble beaucoup à la gomme ammoniaque en masse et larmeuse ; maïs un examen subséquent vient détruire cette similitude. Les larmes qui composent le fusôgh sont moins blanches et moins opaques que celles de la gomme ammoniaque , et présentent quelquefois sur leur contour une teinte bleuâtre ; elles sont aussi beaucoup moins dures et sont facilement pénétrées par une pointe de canif. La masse est presque inodore et la saveur en paraît d’abord presque nulle ; cependant elle finit par devenir amère , mais elle n'offre rien de l’äcreté et du goût aromatique de la gomme ammoniaque. Ce sont donc deux substances différentes.

Je ne crois même pas que l’on puisse dire que le fusôgh soit la gomme ämmoniaque de Dioscoride, sur ce seul fondement que Dioscoride faisait venir ce produit de la Libye cyrénaïque et des environs du temple de Jupiter Ammon. D'abord la Libye cyrénaïque est bien éloignée du Maroc ; ensuite Dioscoride a pu être induit en erreur par la similitude des noms ammon et ammoniaque où armoniaque ; troisièmement cet auteur mentionne l’odeur forte de la gomme ammoniaque , qu’il compare à celle du castoréum, et distingue clairement les deux mêmes sortes de gomme ammoniaque que le commerce d'Asie nous a toujours fournies : à savoir, la gomme en larmes, qu’il nomme thrausa, et celle en masses, qu’il appelle phriama ou phurama. Je suis donc persuadé, quant a moi, que Dioscoride n’a pas connu d’autre gomme ammoniaque que la nôtre , et qu'il s’est seulement trompé sur le lieu de son origine.

Galbañnum.

Cette gomme-résine est encore un exemple de l'incertitude qui peut régner sur l'origine des substances les plus anciennement connues. Tous les auteurs, tant anciens que modernes, s'accordent à dire que le galbanum vient de Syrie, où il est produit par une espèce de férule; et Lobel ayant trouvé dans du galbanum pris à Anvers des fruits d'ombellifère, grands, larges et foliacés, les sema, et en vit naître une plante

GOMMES-RÉSINES D'OMBELLIFÈRES. 227 qu’il décrivit et figura sous le nom de férula galbanifera {Obsere., p. 451). Cette plante devait, sans aucun doute, produire le galbanum, et cependant celte opinion tomba devant la description que fit Paul Hermann , dans son Paradisus batavus | p. 163, fig. 43), d'une plante originaire du cap de Bonne-Espérance , devenue depuis le &ubon galbanum L., qui laissait découler, spontanément ou par des incisions, un suc gommo - résineux offrant tous les caractères du galbanum. On ne douta plus que le galbanum ne provint du bubon galbanum de Linné.

Tant de botanistes cependant se sont laissé abuser par la ressemblance des sucs d’ombellifères entre eux, qu’on aurait dû ne pas croire aussi facilement qu’une plante du Cap produisit une gomme-résine tirée jusque là de Syrie. J'ajoute qu'il n’y à aucun rapport entre les fruits très petits du bubon galbanwn et ceux très larges que l’on trouve dans une des sortes de galbanum du commerce; mais ce qui m’empêche de décider entièrement la question contre Hermann et ceux qui l'ont suivi, c’est qu'il existe dans le commerce deux espèces de galbanums, et que je ne puis dire au juste de quelle contrée elles sont tirées.

Galbanum mou, Ce galbanum est le premier que j'aie connu , et le seul décrit dans mes deux premières éditions. On le trouve sous deux formes dans le commerce : en larmes et en masse. Le premier est en larmes molles , ou se ramollissant dans les doigts ; jaunes, vernissées et gluantes à l'extérieur, ce qui est cause que les larmes les plus pures et les plus sèches s’agglutinent toujours en une seule masse. 1] est jaune et translucide à l’intérieur, offrant une cassure grenue et comme huileuse ; il a une odeur forte, tenace, particulière et légèrement fétide ; sa saveur est âcre el amère.

Le galbanum en masse ne diffère du premier que parce que, étant encore plus chargé d'huile volatile, ses larmes se sont réunies en une seule masse, dans laquelle on les distingue encore. Le fond de la masse, ordinairement plus foncé, et devenant brunâtre avec le temps, est en outre souillé d’impuretés. Au total, en larmes ou en masse, ce galbanum est toujours mou, gluant et comme vernissé. Je n’y ai jamais rencoutré de fruits.

On distingue facilement ce galbanum de la gomme ammoniaque, par les larmes dont il se compose. Les larmes de la gomme ammoniaque sont solides , dures, et se ramollissent beaucoup plus difficilement ; elles sont tout à fait blanches, laiteuses, opaques à l’intérieur, et offrent une cassure lisse; leur odeur est aussi moins forte et différente.

Ce galbanum aurait plus de ressemblance avec le sagapénum ; mais il s’en distingue par son odeur et sa saveur; elles sont, à la vérité, fortes et désagréables, mais elles n’ont aucun rapport avec celles de l’assa-

228$ DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

fœtida, que les larmes les plus pures de sagapénum offrent toujours. Je ne doute pas que ce ne soit cette sorte de galbanum qui ait été analvsée par M. Pelletier. Ce chimiste en a retiré :

ROSE EN LRU OOUUES NC86 COMMENTAIRE TENUE 19,28 Bois etmpuretés. 20; JU : 7,02 Malate acide de chaux. . . . . . traces.

Huile volatile et perte . . . . . . 6,34

La résine de galbanum jouit d’une propriété singulière : lorsqu'on la chauffe à une température de 120 à 130 degrés centigrades, on en retire, entre autres produits, une huile d’un beau bleu indigo. Cette huile est très soluble dans lalcool, auquel elle communique sa couleur. Les acides et les alcalis ne la changent pas, à moins qu'ils ne soient assez concentrés pour décomposer l'huile elle-même, etc. ( Bulletin de pharmacie, t. IV, p. 97.)

Galbanum see, Ce galbanum est, comme le précédent , en larmes ou en masse ; mais il est beaucoup plus sec, et ses larmes, qui ne sont ni gluantes ni vernissées , ne se réunissent pas en une seule masse. Elles sont jaunes à l'extérieur, blanchâtres et souvent opaques à l’intérieur ; se distinguant toujours de celles de la gomme ammoniaque par leur peu de consistance, et par leur cassure inégale, qui n’a pas l’aspect d’un lait durci et vitreux. Ce galbanum à une odeur aromatique non désagréable , quoique toujours analogue à celle du précédent. Il est'sujet à contenir des troncons de tige sillonnée, et les carpelles isolés d’une plante ombellifère, semblables à ceux qui ont produit la plante de Lobel, et à ceux examinés par Don , qui, d’après leurs caractères, pense que la plante doit former un genre particulier, voisin des séler, et qui la nomme galbanum officinale (Arch. de bot., t X, p. 373). Voici quels sont ces caractères :

Carpelles détachés, longs de 20 millim., larges de 9 ; blanchâtres ou jaunâtres, un peu terminés en pointe aux deux extrémités, planes du côté de la commissure , un peu bombés sur le dos, marqués de 5 côtes linéaires demi-ailées , les marginales ne l’étant pas plus que les dorsales. Ces fruits sont dépourvus de canaux résinifères apparents dans les vallécules, qui cependant sont souvent remplies de gomme résine. Don admet deux canaux résinifères du côté de la commissure ; mais je n° vois que des sillons remplis de gomme-résine à nu, comme les vallécules.

GOMMES-RÉSINES D'OMBELLIFÈRES. 229 Opopanax.

Cette gomme-résine , très bien décrite par Dioscoride, cest tirée d’une plante ombellifère nommée par lui panaces heracleum , dont les caractères se rapportent bien à l’Leracleum panaces de Linné. Cependant on a préféré depuis lattribuer, soit au pastinaca opopanar L., soit à son laserpitium chironium, dont les botanistes ne font aujourd’hui qu’une espèce sous le nom de opopanax chironium Koch. On trouve l’'opopanax sous deux formes dans le commerce, en larmes et en INUSSC,

La première sorte d’opopanax est en larmes anguleuses et irrégulières , ayant à peu près le volume d’une pistache ou d’une semence de cacao. Ces larmes sont d’une couleur orangée rougeàtre ou rougeàtre, et demi-transparentes à l'extérieur ; mais elles sont généralement opaques, blanchâtres, jaunâtres ou d’un jaune marbré de rouge à l’intérieur. Elles sont légères et friables, quoique peu sèches ; elles ont une saveur àcre et amère et une odeur aromatique très forte, qui tient de l’ache et de la myrrhe. Elles ont quelquefois l'aspect de la myrrhe; mais leur légèreté, leur friabilité et leur odeur particulière les font facilement reconnaître. Elles sont aussi facilement attaquées par les insectes, ce qui tient à l’'amidon qu’elles contiennent et auquel elles doivent pareillement leur opacité et leur friabilité.

L'opopanax en masse est sous forme de grumeaux agglutinés, toujours jaunâtres à l'extérieur, blanchâtres à l’intérieur, d’odeur et de saveur semblables à la première sorte. Il ressemble beaucoup au galbanum sec en masse, dont on le distingue surtout par son odeur. Je n’ai pas observé qu'il fût attaqué par les insectes comme l’opopanax en larmes.

J'ai trouvé dans le commerce un opopanax en masse, d’un brun noirâtre, tenace, compacte, présentant à peine quelques larmes jaunâtres, et qui n'était guère reconnaissable qu’à son odeur caractéristique d’ache et de myrrhe mêlées. Cette sorte doit être rejetée.

D'après l'analyse de M. Pelletier, l’opopanax est composé de :

DÉDE, coitaouosu à NO 2, 0 Re: h.rralienardont tt Mass 33,0 RL ie Mn ce. h,2 Extraetif et acide malique . . . l,4 Ligneux. lift sf) au}. x 9,8 Gite . cs cu Te 0,3

Huile volatile et perte . . . .. EC"

230 DICOTYLEDONES CALICIFLORES.

FAMILLE DES GROSSULARIÉES.

Gette petite famille, composée presque du seul genre ribes ou groseilier, avait été comprise par A.-L. de Jussieu dans celle des cactées, dont elle se rapproche par son fruit charnu et infère, contenant un grand nombre de graines fixées à 2 trophospermes pariétaux ; mais dont elle diffère par le nombre fixe et restreint des parties de la fleur et par un endosperme très développé. Les groseilliers sont des arbrisseaux en général peu élevés, pourvus ou dépourvus d’aiguillons , à feuilles alternes et lobées. Leurs fleurs sont disposées en grappes axillaires dans les espèces dépourvues d’aiguillons, ou bien sont solitaires ou réunies en petit nombre dans les espèces aiguillonnées. Le calice est monosépale, à 5 divisions rabattues en dehors; les pétales sont au nombre de 5, petits, droits, insérés sur le calice et alternes avec les divisions ; l'ovaire est infère, uniloculaire, surmonté d’un style simple, terminé par 2 stigmates. Le fruit est une baie globuleuse, ombiliquée au sommet, contenant plusieurs graines attachées par des funicules à 2 trophospermes pariétaux opposés. Ces graines sont pourvues d’une première enveloppe gélatineuse et d’un tégument crustacé (endoplèvre ) adhérent à l’endosperme. L’embryon est droit, très petit, placé à la base de l'endosperme très développé et presque corné.

Les groseilliers croissent naturellement dans les taillis un peu huinides des lieux tempérés et même un peu froids des deux continents. Trois espèces principalement sont cultivées pour leurs fruits.

Groseillier rouge, 72bes rubrum L. Sa tige se divise dès sa base en rameaux nombreux, non épineux, formant un buisson de 4 mètre à 1%,5 de hauteur. Ses feuilles sont pétiolées, découpées en 5 lobes, glabres ou légèrement pubescentes. Ses fleurs sont d’un blanc verdûtre, disposées en pelites grappes simples, axillaires. 11 leur succède de petites baies globuleuses , lisses, glabres, succulentes , d’une saveur acide et agréable due aux deux acides malique et citrique. Elles sont ordinairement rouges, mais quelquefois roses ou blanches, suivant les variétés. Les rouges sont plus acides; les blanches sont plus mucilagineuses ct plus sucrées. On fait une grande consommation des unes et des autres, soit pour la table, soit pour la préparation d’une gelée et d’un sirop qui sont très usités.

Groseillier noir Ou eassis, ?7bes rubrum L. Feuilles à 3 ou 5 lobes, glanduleuses en dessous. Grappes très lâches, velues ; pétales oblongs. Fruits noirs, plus gros que les groseilles rouges, fortement aromatiques et d’un goût piquant. Ils ne sont guère employés que pour la prépara-

CACTÉES, FICOÏDÉES , CRASSULACÉES , PORTULACÉES. 231 tion d’un ratafia nommé cassis, qui a eu une grande vogue pendant longtemps , mais qui est beaucoup moins usité aujourd’hui.

Groseillier à maquereau , 72bes uva-crispa L. Cette espèce, à l'état sauvage, constitue un petit arbrisseau, haut de 60 centimètres, très épineux, pourvu de fleurs axillaires, solitaires ou géminées, auxquelles succèdent des fruits verdâtres, globuleux ou ovoïdes et de la grosseur d’une noisette. Cet arbrisseau cultivé a fourni un grand nombre de variétés dont les fruits verdâtres, blanchâtres , rougeâtres ou violacés, dépassent souvent la grosseur des cerises ou du raisin. Ces fruits sont nus ou couverts de poils rudes; ils ont une saveur sucrée, aigrelette et un peu aromatique. On peut, en les faisant fermenter, en obtenir un vin que l’on dit être assez agréable.

FAMILLES DES CACTÉES, DES FICOÏDÉES, DES CRASSULACÉES ,. DES PORTULACÉES.

Je réunis ensemble ces quatre familles, dont les caractères botaniques sont assez différents, mais qui se rapprochent par la nature charnue de leurs tiges et de leurs feuilles, et par la présence d’une forte proportion de malate acide de chaux dans leur suc ; de sorte que leurs propriétés médicales sont d’être rafraîchissantes , à l’exception d’un petit nombre qui sont pourvues , en outre du suc acidule-calcaire précédent, d’un suc laiteux plus ou moins âcre qui les rapproche des euphorbes.

Les” GACGTÉES, principalement, sont remarquables par leurs formes tout à fait insolites, les unes consistant en une masse charnue , arrondie et pourvue de côtes comme un melon (melocactus communis) , mais couverte sur toutes les arêtes d’épines fasciculées et rayonnantes ; les autres présentent la forme d’un gros cierge multangulaire et épineux, haut de 8 à 10 mètres (cereus peruvianus) , ou celle de longs serpents entrelacés (cereus serpentinus) ; ou bien encore celle de larges gâteaux charnus, articulés les uns sur les autres : tels sont les nopals ou opuntia, auxquels cette forme a fait donner le nom vulgaire de raquette. C'est sur une espèce de ce genre {opuntia cochinillifera) que l’on cultive la cochenille , insecte hémiptère dont la femelle, dépourvue d'ailes, se fixe sur la plante afin d'y vivre, d'y être fécondée , et d’y multiplier ; mais on la récolte avant sa ponte, et on la fait sécher à l’étuve ou sur des plaques chaudes, pour la livrer au commerce.

La plupart des plantes appartenant à cette famille, indépendamment de l'intérêt qu'elles présentent par la singularité de leurs formes , sont remarquables par la beauté de leurs fleurs , et beaucoup sont recherchées dans leur pays natal pour l'acidité agréable de leurs fruits,

232 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

Les principaux caractères des cactées sont un calice soudé avec l'ovaire, divisé supérieurement en lobes nombreux, imbriqués, plurisériés, pétaloïdes ; une corolle formée de pétales nombreux, imbriqués, plurisériés, insérés sur le sommet du tube du calice ; des étamines nombreuses, plurisériées, à anthères biloculaires. L’ovaire est uniloculaire, infère, à placentas pariétaux nombreux et pluri-ovulés; le style est terminal, indivis, mais terminé par autant de stigmates qu'il y a de placentas. Le fruit est une baie ombiliquée au sommet, charnue, dont les graines, nichées dans la pulpe, sont attachées aux trophospermes pariétaux par des funicules filiformes. Les graines ont un double tégument ct contiennent un embryon droit ou recourbé, privé d’endosperme.

Les FICOÏDÉES out un calice gamosépale à 5 divisions; les pétales sont nombreux, imbriqués, insérés sur le haut du tube du calice , ainsi que les étamines qui sont nombreuses, multisériées, à anthères biloculaires, versatiles. L'ovaire est adhérent au tube du calice, pluriloculaire, à placentas linéaires soudés aux nervures médianes des feuilles carpellaires, et occupant le fond des loges. Les ovules sont nombreux, fixés aux placentas par de longs funicules. Les stigmates , en même nombre que les loges, terminent l'axe central qui les réunit. Le fruit est une capsule pluriloculaire s’ouvrant par les sutures ventralès des carpelles, devenues supérieures ; les graines sont nombreuses, à testa dur ; l'embryon est courbé en arc ct entoure en partie un endosperme farineux.

Le principal genre de la famille des ficoïdées est le genre ficoïde ou mesembryanthemum , dont une espèce, nommée glaciale (7#esembryanthenuum cristallinum), est toute couverte de vésicules gélatineuses et brillantes, ressemblant à de petits glacons , et remplies d’un principe gommeux insoluble dans l'eau , de nature semblable à celui qui compose presque en totalité la gomme Kkutéra.

Les nopals fournissent aussi une grande quantité d’une gomme analogue (gomme de nopal), que sa complète insolubilité dans l’eau rend tout à fait inutile aux arts. Elle est sous la forme de concrétions vermiculées ou mamelonnées, d’un blanc jaunâtre ou rougeûtre, translucides ou demi -opaques; elle à une saveur fade mêlée d’un peu d'âcreté, et elle crie sous la dent. Mise à tremper dans l’eau, cette gomme se gonfle, blanchit, mais n’acquiert aucun liant. Quelques portions détachées nagent divisées dans la liqueur ; mais la presque totalité forme une masse résistante non mucilagineuse , que la pression sépare en parties non liées, et qui prennent en se desséchant sous les doigts un aspect farineux. L'iode Ja colore superficiellement en bleu noirâtre.

Divisée par l’eau , et vue au microscope, elle à la forme d’une sub-

GACTÉES , FICOÏDÉES, CRASSULACÉES , PORTULACÉES. 235 stance gélatineuse, plissée, à bords finis, d’une épaisseur et d’une consistance très marquées. En y ajoutant de l’iode , la substance gélatineuse principale ne paraît pas se colorer ; mais on y observe une grande quantité de points colorés en bleu noir, opaques, très petits, devant être une espèce particulière d’amidon. Enfin, que la substance soit ou non additionnée d’iode, elle offre constamment , et disséminés à distance, des groupes de cristaux bien finis, terminés par des biseaux aigus, et exactement semblables à ceux que M. Turpin a observés dans le tissu même du cereus peruvianus, et que M. Chevreul a reconnus pour être de l’oxalate de chaux. (Voy. Ann. des sc. nat., L XX, p. 26, pl. 4, et Journ. de pharm., & XX, p. 526.) Ces cristaux caractérisent la gomme de nopal et servirent toujours à la faire reconnaître.

Bien que la gomme kutéra, en raison de sa ressemblance avec les deux gommes précédentes , me paraisse appartenir à une plante grasse, ficoïdée ou cactée ; comme elle accompagne constamment la gomme du Sénégal et qu'on l’a longtemps confondue avec une sorte de gomme adragante, sous le nom commun de gomme de Bassora, je remets à en parler à la suite de la gomme adragante, famille des légumineuses.

Les GRASSULACÉES ont un calice libre, persistant , à 5 lobes, très rarement à un plus grand nombre; les pétales sont en nombre égal aux lobes du calice et alternes avec eux, tantôt libres et tantôt soudés en tube par la partie inférieure ; les étamines sont en nombre égal ou double de celui des pétales ; les anthères sont biloculaires et fixées par la base à des filets distincts. L’ovaire est multiple, composé d’autant de carpelles libres qu'il y a de pétales, opposés aux pétales, et contenant des ovules nombreux fixés à la suture ventrale; chaque carpelle est terminé par un stvle continu à la suture dorsale, portant un stigmatc introrse, presque terminal. Le fruit est composé d’un grand nombre de follicules libres, rarement soudés, s’ouvrant par la suture ventrale. Les semences sont plus où moins nombreuses, très petites, scrobiformes, à épisperme membraneux ; l'embryon est droit, cylindrique, situé dans j’axe d’un endosperme charnu, quelquefois très ténu ou presque nul. Les plantes suivantes de la famille des crassulacées sont encore usitées :

Joubarbe des toits, Semperoivium tectorum L. Cette plante croît en Europe dans les fentes des rochers, sur les vieux murs et sur les toits rustiques. Sa racine, qui est fibreuse, donne naissance à plusieurs roseltes de feuilles charnues, oblongues, pointues , d’un vert glauque, persistantes, qui figurent à peu près un capitule d’artichaut. Du milieu de ces feuilles s'élève une tige cylindrique , haute de 20 à 30 centimètres, rougeûtre, garnie de feuilles plus étroites et plus pointues que celles de la rosette, divisée par le haut en plusieurs rameaux très ou-

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234 DICOTYLÉDONES CALIGIFLORES.

verts, portant, presque en forme d’épis, des fleurs purpurines à 42 ou 15 divisions et à 12 ou 15 ovaires.

Le suc des feuilles de joubarbe est abondant en albumine et en surmalate de chaux. On le donnait autrefois intérieurement, dans les fièvres bilieuses inflammatoires ; il est encore usité aujourd’hui comme rafraîchissant, associé à l'huile ou à la graisse, contre les brûlures et les hémorrhoïdes.

Orpin Où reprise, sedum telephium L. Cette plante croît dans les lieux incultes et ombrageux. Ses tiges sont droites, rondes, garnies de feuilles un peu charnues, ovales-oblongues, atténuées à la base, dentées, quelquefois rouges sur les bords. Les fleurs sont très nombreuses, disposées en cime terminale, blanches ou purpurines, pourvues d’un calice à 5 lobes, d’une corolle à 5 pétales, de 40 étamines et d’un ovaire à à carpelles. Les feuilles sont rafraïchissantes comme celles de la joubarbe. Le peuple les emploie souvent avec succès pour opérer la cicatrisation de plaies plus ou moins considérables.

Petite joubarbe OÙ trique-madame, sedum album L. (fig. 308). Racine menue, fibreuse , vivace. Tiges cylindriques, rougeûtres , glabres, étalées sur la terre, puis re-

dressées, longues en tout de 16 à ET 30 centimètres , un peu rameuses au ES sommet. Feuilles éparses, cylindriques, succulentes , obtuses, d’un vert un peu rougeûtre. Fleurs disposées en un corymbe étalé, à pétales blancs et à anthères noirâtres. Le suc de cette plante est légèrement styptique; il est rafraîchissant et astringent comme celui des précédentes.

Vermiculaire brülante, seum acre L. (fig. 309). Racine vivace, menue, fibreuse, donnant naissance à des tiges nombreuses, glabres, hautes de 6 à 8 centimètres, garnies de feuilles éparses , ovales, un peu triangulaires, courtes, succulentes, d’un vert clair, très rapprochées les unes des autres. Les fleurs sont jaunes, disposées en petits bouquets au-sommet des tiges. Cette plante est commune dans les lieux arides et pierreux, sur les vieux murs et les chaumières. Elle fleurit en juin et juillet. Elle à une saveur piquante , âcre et presque caustique. Elle est vomilive et résolutive ;

CUCURBITACÉES. 235 on l'a conseillée, séchée et pulvérisée, contre l'épilepsie : il faut en faire usage avec circonspection.

Les PORTULACÉES, qui terminent cette série, ont un calice demiadhérent à l'ovaire ou libre, formé de 2 sépales (rarement 3 ou 5 ) soudés entre eux ou libres. Les pétales sont au nombre de 4 à 6, libres ou soudés, souvent nuls; les étamines sont au nombre de 3 à 42, insérées sur le calice, ou sur la corolle lorsqu'elle est gamopétale ; les anthères sont biloculaires (genre »10ntia) ou quadrilobées (portulaca). L'ovaire est uniloculaire, libre ou à demi soudé avec le calice, à placenta central, et surmonté d’un style simple, divisé supérieurement en 3-5 branches stigmatifères. Le fruit est une capsule uniloculaire, tantôt pixidée, comme dans les pourpiers, tantôt s’ouvrant par trois valves longitudinales ( montia). Les graines sont fixées au centre de la capsule; elles contiennent un embryon circulaire, entourant un endosperme farincux.

Pourpier cultivé, portulaca oleracea L. Racine fibreuse, annuelle, produisant une tige charnue, qui se partage dès la base, en rameaux étalés , très lisses, longs de 16 à 20 centimètres , garnis de feuilles sessiles, aiternes, cunéiformes, obtuses, charnues, d’un vert jaunâtre. Les fleurs sont sessiles, jaunes, munies d’un calice à 2 divisions, d'une corolle à 5 pétales planes et ouverts, soudés par le bas; de 10 à 12 étamines insérées sur la corolle ; le style est nul, les stigmates sont allongés. Le fruit est une pixide contenant un grand nombre de graines.

Cette plante est originaire de l'Inde ; mais elle est depuis longtemps naturalisée en France. Elle était autrefois usitée en médecine , comme rafraîchissante ; mais elle n’est plus guère employée aujourd’hui que comme aliment.

Fig. 309.

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