‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 5)Chapitre 71 sur 121 · FAMILLE DES CUCURBITACÉES · texte numérisé non relu

FAMILLE DES CUCURBITACÉES

Plantes herbacées, couvertes de poils rudes; à tiges rampantes ou grimpantes ; à feuilles alternes, pétiolées, pahnatinervées et palmati-

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lobées, accompagnées de vrilles placées sur le côté du pétiole. Leurs fleurs sont en général unisexuelles et monoïques, très rarement hermaphrodites. Le calice est gamosépale, soudé avec l'ovaire dans les fleurs femelles , partagé supérieurement en 5 lobes imbriqués qui sont soudés avec la corolle, à l'exception de leur extrémité qui reste libre. La corolle est formée de 5 pétales insérés sur le limbe du calice, soudés avec lui et soudés entre eux par le bas, de manière à former une corolle gamopétale, rotacée où campanulée , à 5 lobes imbriqués, alternes avec ceux du calice.

Les fleurs mâles contiennent 5 étamines insérées à la base de la corolle, alternes avec ses divisions , quelquefois libres, quelquefois monadelphes, mais le plus souvent triadelphes; c'est-à-dire que, de ces étamines, quatre sont réunies deux par deux, par leurs filets, et que la cinquième reste libre. Les filets sont courts et épais, se continuant en un connectif ordinairement flexueux ; les anthères sont à une ou deux loges linéaires, soudées dans toute ieur longueur avec le conuectif” dont elles suivent le bord sinueux, en figurant souvent une sorte d'A placée horizontalement. Les fleurs femelles présentent un ovaire infère, rarement uniloculaire et uniovulé (genres sicyos, sechium, gronovia) ; le plus souvent formé de 3 où de 5 carpelles dont les bords, en s’infléchissant jusqu’au centre, forment des cloisons épaisses et pulpeuses qui se réfléchissent de nouveau vers la circonférence, en se dilatant en trophospermes pariétaux. Le style est court, terminé par 3 ou 5 stigmates épais. Le fruit, nommé péponide, est une baie infère , ombiliquée au sommet, à 3 ou 5 loges , mais devenue souvent uniloculaire par la destruction des cloisons, et offrant des trophospermes pariétaux chargés d’un très grand nombre de graines. Celles-ci sont aplaties, portées sur un court funicule, pourvues d'un épiderme gélatincux et d'un tégument cartilagincux , souvent entouré d’une marge épaissie, et recouvrant immédiatement un gros embryon homotrope , dépourvu d’endosperme.

Celui-là se tromperait, nous dit Endlicher, dans son excellent Enchiridion botanicum , qui croirait, en comparant le melon et la coloquinte, qu’il existe nne grande différence dans les propriétés des plantes cucurbitacées. Le fait est que ie plus grand nombre est pourvu de la même vertu , différant seulement dans d'innombrables degrés, soit en raison de la diversité des organes, soit par l’adjonction de substances indifférentes et principalement du sucre; soit même simplement par l’âge des fruits, dont les uns sont plus actifs dans leur jeune âge et les autres à l’époque de leur maturité (1). La plupart, en effet, doivent à des sub-

4) Les fruits de luffa, qui, dans leur jeunesse , sont comptés au nombre

CUCURBITACÉES. 231 stances amères, extraclives on sons-résineuses, cristallisables où incristallisables, leur vertu purgative et émétique, véhémente dans beaucoup d’entre elles, adoucie dans d’autres, contenue le plus souvent dans les dernières racines, et quelquefois très violente dans leurs fruits.

kacine de Bryonce.

Car. gén. : Fleurs monoïques ou dioïques. — Aleurs males : Calice à 5 dents, corolle à 5 pétales à peine soudés, étamines triadelphes à anthères flexueuses. — Fleurs femelles: Calice et corolles semblables, style trifide; baie lisse, globuleuse , oligosperme; semences ovées , à peine comprimées, plus ou moins maroinées.

On connaît plus de soixante espèces de bryones, dont la plupart sont asiatiques ou alricaines ; deux espèces seulement sont indigènes à l’Europe.

L'une, croissant principalement dans le Nord, est monoïque, a les baies rouges et la racine d’un jaune de buis. On l’a nommée bryone noire ou vigne notre (1), et c’est elle que Linné a décrite sous le nom de bryona alba. L'autre espèce, qui croît plus communément en France et en Allemagne, est dioïque , a les fruits rouges et la racine blanche : c’est elle que Jacquin a nommée hryonta dioica, et qui a porté chez nous les noms vulgaires de couleuvrée, bryone blanche et vigne blanche.

La bryonc blanche croit près des haies. Elle est rude au toucher, grimpante et munie de vrilles comme les autres cucurbitacées ; mais elle s’en distingue par son fruit, qui est une petite baie pisiforme, et

Fig. 310.

des aliments journaliers des Arabes et des Indiens, acquièrent une forte propriété purgative en mürissant.

(4) Une autre plante a porté les noms de vigne noire et de bryone noire : c’est le tamier ou sceau de Notre-Dame ; de même que le nom de vigne blanche a été donné à la clématite , elematis vitalba V.

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par sa racine. Celle-ci est charnue, fusiforme , souvent bifurquée , et de la grosseur de la cuisse d’un enfant : elle est d’an blanc jaunâtre au dehors et d’un blanc grisâtre à l’intérieur ; elle a une odeur vireuse et nauséeuse, surtout lorsqu'elle est fraîche, el une saveur âcre et caustique. Son suc produit des érosions sur la peau , et purge violemment à l’intérieur. Ces propriétés ne disparaissent qu’en partie par la dessiccation. La bryone sèche est blanche , coupée en rouelles d’un grand diamètre, offrant des stries concentriques très marquées , une saveur amère, âcre, même encore un peu caustique, et une odeur désagréable. On peut ccpendant détruire le principe caustique de la bryone en la räpant récente , et laissant fermenter la pulpe pendant quelque temps ; alors on en retire une fécule abondante qui peut suppléer à celle des céréales et de la pomme de terre , dans quelques uns de leurs usages.

La racine de bryone a été analysée par Vauquelin, par M. Brandes et par M. Dulong d’Astafort. Ces trois chimistes en ont retiré un principe nommé bryonine, doué d’une très grande amertume, extractiforme, azoté , soluble dans l’eau, maïs dont les propriétés ne sont pas entièrement semblables; de sorte qu’il reste des doutes sur sa pureté et sur sa nature particulière.

La racine de bryone sèche à été employée contre l’hydropisie, Fhystérie, la paralysie et contre quelques maladies chroniques. Sa pulpe récente a été usitée à l’extérieur comme rubéfiante.

Concombre sauvage ou Concombre dâne.

Momordica elaterrum K., ecbalium agreste Rich. (fig.

311). Racine épaisse de 5 à 8 centimètres, longue de 30 centimètres et plus, blanchâtre, vivace. Tiges couchées , longues de 100 à 130 centimètres, couvertes , ainsi que toute la plante, de poils très rudes. Les feuilles sont pétiolées, cordiformes, crénelées , quelquefois un peu lobées. Les fleurs sont axillaires , monoïques , les mâles disposées en grappes, les femelles solitaires. Le calice est très courtement campanulé, à 5 divisions aiguës ;

CUCURBITACÉES. 239 la corolle est insérée sur le calice, à 5 lobes étalés, d’un jaune pâle avec des veines verdâtres ; les étamines sont triadelphes, à anthères uniloculaires et linéaires, fixées à la marge sigmoïde du connectif. Les fleurs femelles sont dépourvues de tout organe mâle; l'ovaire est triloculaire, surmonté d’un style trifide. Le fruit est une baie ovale ou elliptique , toute hérissée de poils rudes, verte d’abord, mais devenant jaune en mürissant. Elle s'ouvre par la séparation du pédoncule, et lance alors au dehors avec force , et avec une sorte d’explosion, ses semences accompagnées d'un suc mucilagineux. Les semences sont ovales, à peine comprimées, lisses. C’est avec le suc exprimé de ce fruit que l’on préparait autrefois l'extrait connu sous le nom d’elaterium. C’est un violent purgatif.

Coloquinte.

Cucumis colocynthis L. (fig. 312). Car. gén, : Calice tubuleux, campanulé, à 5 divisions Fig. 312.

aiguës ; pétales à peine soudés entre eux et avec le calice. Fleurs mâles à 5 étamines triadelphes ; fleurs femelles à 3 stigmates épais et bipartis.

Péponide à 3 ou 6 loges; semences ovées , Comprimées, non entourées d'une marge.

La coloquinte est une plante rampante et velue dont les feuilles sont longuement pétiolées , assez larges, profondément incisées et à lobes ee obtus; les vrilles sont courtes. Les fleurs sont axillaires et solitaires , pédonculées; le tube du calice est globuleux dans les fleurs femelles , à limbe campanulé terminé par 5 dents étroites ; les pétales sont petits. Les fruits sont globuleux, glabres, unis, jaunes à maturité , ayant la forme et la grosseur d’une orange. Ils sont composés d’une écorce mince, peu consistante, et d’une chair assez sèche, très amère, renfermant un grand nombre de semences jaunâtres.

Ce fruit nous arrive sec et tout écorcé de l'Espagne ei des îles de l'Archipel ; il est blanc, léger, spongieux et d’une amertume insup-

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portable. C’est un violent purgatif. On en prépare nne poudre, un extrait aqueux et un extrait alcoolique ; il entre dans un assez grand nombre de médicaments composés.

L’excessive amertume de la coloquinte est due à un principe parti culier que Vauquelin a proposé de nommer colocinthine. Ce principe se dissout presque seul lorsqu'on traite la coloquinte par l'alcool très rectifié, et mélangé de gomme quand on opère avec l’eau. L’extrait alcoolique est d’un jaune doré, sec et très fragile. Lorsqu'on le traite par l’eau , il semble se séparer en deux parties : une insoluble, jaune, demi-transparente, ressemblant à une résine molle; l’autre soluble, mais qui se sépare de l’eau à la température de l’ébullition, sous la forme de gouttes huileuses qui deviennent sèches et cassantes à froid. Vauquelin a pensé que ces deux parties ne différaient pas l’une de l’autre. La solution aqueuse, quoique peu chargée de matière, est très amère, mousse fortement par l'agitation et précipite par la noix de galle et l’acétate de plomb.

Concombre cultivé,

l'ucumis sativus L. Feuilles pétiolées, cordiformes, grossièrement dentées et à 5 lobes peu marqués, dont le terminal est aigu et plus grand que les autres. Les fleurs sont assez grandes , courtement pétiolées, réunies deux ou trois dans l’aisselle des feuilles ; les divisions du calice sont réfléchies en dehors ; les pétales sont pointus. Les fruits sont oblongs, plus ou moins arqués, obscarément anguleux, à surface lisse, quoique souvent tuberculeuse, et formés de carpelles distincts et séparables à l’intérieur, Ce fruit peut acquérir la grosseur du bras et une longueur de 20 à 25 centimètres ; la chair en est blanche , très succulente, faiblement sucrée et d’une odeur un peu vireuse. 1l est divisé intérieurement en 3 , 4 ou 6 loges, qui contiennent un grand nombre de semences à surface lenticulaire , mais ovales et pointues , blanches, coriaces et renfermant une amande émulsive.

La chair du concombre est usitée comme aliment ; on en prépare, avec le suc exprimé ct de la graisse de veau, un liparolé qui est d’un usage général comme cosmétique. Les semences sont au nombre de celles que l'on nommait autrefois /es quatre grandes semences froides ; on en prépare encore quelquefois des émulsions et un sirop analogue au sirop d’orgeat.

Le cornichon est une variété du concombre, à fruit vert, plus petit que le précédent, tout hérissé d’aspérités et à chair ferme. On le cueille dans sa jeunesse, et on le confit dans le vinaigre pour le faire servi d’assaisonnement.

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