‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 5)Chapitre 78 sur 121 · FAMILLE DES ROSACÉES · texte numérisé non relu

FAMILLE DES ROSACÉES

Cette grande famille est composée de végétaux herbacés , d’arbustes et de grands arbres, dont les feuilles sont alternes, simples ou composées et stipulées. Les fleurs sont régulières, pourvues d’un calice gamosépale à L ou 5 divisions, souvent doublé d’un calice extérieur qui le fait paraître à 8 ou 10 lobes. La corolle est à 4 ou 5 pétales réguliers, imbriqués , insérés sur le calice et alternes avec ses divisions. Les étamines sont distinctes et généralement nombreuses, insérées sur le calice. Le pistil présente de grandes modifications sur lesquelles principalement plusieurs botanistes se fondent pour séparer le groupe des rosacées (auquel alors on donn: le nom de rosinées) en plusieurs familles distinctes; mais que l’on peut aussi continuer de regarder comme de simples tribus de la même famille. L’embryon est toujours droit et privé d’endosperme.

Are tribu , POMACÉES : Tube du calice urcéolé, soudé avec les ovaires ; limbe libre et supère à 5 divisions ; corolle à 5 pétales ; étamines presque indéfinies, à filets libres et subulés ; ovaires au nombre de 5 , rarement moins , soudés entre eux et avec le calice , ascendants, rarement davantage (cognassier) ; styles en noinbre égal aux ovaires, plus ou moins soudés à la base , divisés supérieurement et terminés par un stigmate simple. Le fruit est un melonide, formé par le tube calicinal accru et devenu succulent, couronné par le limbe du calice ou par la cicatrice résultant de sa destruction , et contenant dans son intérieur 5 carpelles ou moins, disposés régulièrement, comme les rayons d’une étoile , autour de l’axe du fruit. L’enveloppe des carpelles, ou l’endocarpe est tantôt cartilagineux et en partie déhiscent du côté interne (genres malus, pyrus, cydonia, sorbus), tantôt osseux et indéhiscent (mespilus, cratæqus, cotoneaster).

2° tribu, ROSÉES : Calice tubuleux, urcéolé, contenant un nombre indéterminé d’ovaires fixés à la paroi interne du tube, et renfermant un seul ovule pendant ; styles distincts ou soudés ; étamines nombreuses. Le fruit est un calicarpide, c’est-à-dire qu'il est formé du calice devenu charnu et contenant un grand nombre d’askoses dont la graine est pendante et la radicule supère. Le genre osa compose presque à lui seul cette tribu.

3° tribu, SANGUISORBÉES : Fleurs ordinairement polygames et quelquefois sans corolle ; étamines peu nombreuses, ovaires peu nombreux (ordinairement 4 ou 2), uni-ovulés, enveloppés par le calice ; askoses renfermés dans le tube du calice, à graine dressée ou pendante. Exemples : les genres agrimonia, alchemilla , sanquisorba ; poterium,

ROSACÉES — POMACÉES. 267 he tribu, DRYADÉES : Calice à 5 divisions, rarement à 4, souvent doublé d’un calicule extérieur. Corolle à 5 où 4 pétales; étamines indéfinies ; ovaires nombreux, libres, portés sur un réceptacle convexe, uni-ovulés, pourvus d’un style latéral. Baies monospermes soudées ou askoses libres, plus ou moins nombreux, les uns ou les autres portés sur un carpophore charnu ou sec. Exemples : les genres rubus, fragaria, potentilla, geum, etc.

5° tribu, SPIRÆACÉES : Calice libre, persistant, à 5 divisions ; 5 pétales; étamines nombreuses ; ovaires distincts, au nombre de 5 ordinairement , verticillés, à plusieurs ovules pendants ; styles courts, stigmates épais. Fruit composé de follicules rangés circulairement, contenant une ou plusieurs graines pendantes. Exemples : les genres spiræn, gillenia, brayera, quillaia.

6° tribu, AMYGDALÉES : Calice libre, tombant ; 5 pétales; élamines nombreuses ; ovaire unique, uniloculaire, contenant 2 ovules pendants. Drupe à noyau disperme ou monosperme; semence suspendue à un funicule qui s'élève du fond de la loge. Embryon sans endosperme, à cotylédons charnus, à radicule supère, très courte. Genres amygdalus, prunus, cerasus, etc.

7° tribu , CHRYSOBALANÉES : Ovaire unique, libre , contenant 2 ovules dressés; style naissant presque de la base de l'ovaire ; fleurs plus ou moins irrégulières ; fruit drupacé. Genres chrysobalanus, l'icania , moquilea, parinarium , etc.

La famille des rosacées produit le plus grand nombre des fruits charnus que l’on mange en Europe, soit qu'ils en soient originaires , soit qu'ils y aient été introduits depuis très longtemps. Elle fournit en outre un certain nombre de parties ou de produits très utiles à l'art de guérir. Nous examinerons les uns et les autres suivant l’ordre des tribus.

TRIBU DES POMACÉES.

Coing et Cognassier.

Cydonia vulgaris Pers. ; pyrus cydonia L. Arbuste à tige tortueuse, haut de 4 à 5 mètres, dont les feuilles et les jeunes rameaux sont couverts d’un duvet blanchâtre. Les fleurs sont d’un blanc rosé, assez grandes, solitaires à l'extrémité des jeunes rameaux ; le calice est très velu, à 5 divisions denticulées ; l’ovaire est infère, à 5 loges, surmonté de 5 styles réunis à la base. Le fruit est un mèlonide en forme de poire, couvert d’un duvet cotonneux, ombiliqué au sommet, partagé vers le centre en 5 loges cartilagineuses qui contiennent chacune 8 graines et

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plus, disposées sur deux rangs. C’est cette pluralité de semences qui sépare les cognassiers des poiriers, auxquels Linné les avait réunis.

Les coings mürs sont d’une belle couleur jaune, et ce sont eux que Virgile désigne, dans sa troisième bucolique, sous le nom de mala aurea. On les nommait aussi #74ala cotonea et mala cydonia, du nom de la ville de Cydonie, dans l’île de Crète, où on les cultivait avec un soin tout particulier. On pense, enfin, que les fameuses pommes d’or du jardin des Hespérides, conquises par Hercule, étaient des coings et non des oranges : d’abord parce que les oranges et même les citrons ou les cédrats n’ont été connus en Europe que bien longtemps après les temps d'Hercule ; ensuite parce que des sculptures antiques représentent Hercule tenant dans ses mains des fruits qui ressemblent beaucoup plus à des coings qu’à des oranges.

Les coings sont très odorants et pourvus d’un goût très âpre et astringent. Ils sont peu agréables à manger crus; mais ils sont très bons cuits, surtout réunis au sucre, et l’on en fait un sirop, une gelée et différents candis qui sont fort recherchés. Les semences de coing renferment dans leur épisperme un mucilage très abondant, analogue à la gomme adragante, et l’on en fait un grand usage en médecine, comme adoucissantes. Celles du commerce sont souvent mêlées de pepins de pomme et d’une certaine quantité d’un fruit sec, coupé par petits morceaux, appartenant probablement à un arbre pomacé, mais dont j'ignore l'espèce. Il convient d'y faire attention.

Les poiriers et les pommiers forment deux genres d’arbres très voisins que Linné , et la plupart des botanistes après lui, ont réuni en un seul, mais qui diffèrent par un assez grand nombre de caractères pour qu’on eût pu les laisser séparés, comme l'avaient fait Tournefort et Jussieu.

Les poiriers sont des arbres de moyenne taille, à fleurs blanches, disposées en corymbes terminaux ou latéraux ; leurs étamines sont divergentes et laissent à nu la base des styles, qui sont entièrement libres. Les fruits sont turbinés, rétrécis et souvent allongés en mamelon à la base, ombiliqués au sommet , formés d’une chair ferme et astringente que la culture a rendue plus ou moins fondante, savoureuse, douce et sucrée.

Les pommiers diffèrent des poiriers par leurs fleurs disposées en ombelle simple ; par leurs pétales nuancés de rouge rosé, surtout à l'extérieur; par leurs étamines dressées et serrées contre les pistils qui sont réunis à la base; enfin par la forme de leurs fruits, qui sont globuleux , généralement déprimés sur la hauteur et creusés à la base d’un enfoncement profond dans lequel s'implante le pédoncule, Ces fruits ont une chair ferme, cassante, âpre et amère dans les arbres

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sauvages, plus ou moins acide et sucrée dans ceux que la culture a modifiés. Sous ce rapport, on divise les pommiers indigènes en deux souches principales qui ne diffèrent peut-être que par le plus ou moins de culture : l’une constitue le pommier à cidre (7a/us acerba Mérat, pyrus acerba DC.) ; l’autre, le pommier doux où pommier à couteau (malus sativa), dont les fruits se servent ordinairement sur les tables.

Il ne faudrait pas croire, cependant, que toutes les pommes à cidre fussent âpres ou aigres, et toutes les pommes à couteau simplement douces et sucrées, comme on serait tenté de le supposer, d’après les noms admis ou cités par de Candolle. J'ai même recu, à cet égard , une lettre d’un pharmacien du département de l'Oise, qui me reproche d’avoir dit, dans mes précédentes éditions, que le cidre se faisait en Normandie et en Picardie, avec de petites pommes aigres et âpres qui y sont fort communes, et qui m’assure que le cidre se prépare presque exclusivement avec des pommes douces et sucrées, et qu’il est d’autant meilleur que les pommes sont plus belles et plus agréables au goût. Ce pharmacien à raison en grande partie, puisque les pommes agrestes de la Normandie, quoique généralement petites et d’une grosseur à peu prés uniforme , présentent un grand nombre de variétés, qui les fait encore distinguer en pommes acides, douces, amères , précoces, demi-tar- . dives, tardives , etc., et que ce sont les pommes douces et sucrées qui forment, en réalité, la base du cidre. Mais il est également certain que ces pommes douces, employées seules, ne fourniraient qu’un cidre peu sapide, non susceptible de se conserver , et qu’on y mélange toujours une certaine proporlion de pommes pres et amères (1) qui donnent au cidre de la force et en assurent la conservation.

C’est dans la racine de pommier, et ensuite dans celles de poirier, de cerisier et de prunier, que l’on a découvert la phlorizine, principe cristallisable ueutre, non azoté, analogue à la salicine , à l’orcine et à d’autres composés organiques que l’on pourrait désigner sous le nom générique de colorigènes, parce que ce sont eux qui, par leur oxigénation ou par leur combinaison simultanée avec l’oxigène et l'ammoniaque, paraissent former le plus grand nombre des matières colorantes végétales. La phlorizine, en particulier, dont la composition paraît être C*?H°°0°*, et qui ne diffère de la salicine que par 2 molécules d’oxigène en plus, en absorbant 2 équivalents d’ammoniaque, 8 d’oxigène, et en perdant 6 équivalents d’eau , se convertit en un principe colorant rouge nommé phlorizéine , dont la combinaison avec l’ammoniaque forme un sirop d’un bleu foncé :

C'? 129 O?*— Az? H6 -E Os — H6 O6 phlorizéine

La phlorizine, traitée par divers acides étendus, non oxigénants, éprouve une transformation non moins singulière qui la rapproche de la salicine et

4) Sonvent même des pommes pourriez, re qui doit nuire à fa qualité du produit,

ve

270 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES,

jusqu’à un certain point du tannin ; elle se dédouble en glucose hydraté et en phlorétine , autre composé cristallisable, peu soluble dans l’eau froide , peu soluble dans l’éther et trés soluble dans l'alcool.

Glucose hydraté . . . ....... LS a rh Le PARREUTES INTENSE 7e, PE 1. 0 mOi Pllorzmesr..:::. #08 Cr Ont

Indépendamment des pommiers, les botanistes comprennent aujourd’hui dans le genre pyrus un assez grand nombre d’arbres ou d’arbustes indigènes à nos forêts, et qui se sont montrés assez rebelles à la culture pour que leurs fruits soient restés fort petits et très acerbes, de sorte qu’on ne les emploie guère que pour en retirer, par la fermentation , une boisson vineuse peu estimée et d’un emploi local et très restreint.

Tels sont :

L’atizier, pyrus aria , arbre de 7 à 10 mêtres de hauteur, à feuilles entières, ovales , dentées, vertes en dessus, garnies en dessous d’un coton très blanc, dont les fleurs sont disposées en corymbes rameux ; dont les styles sont libres et réduits à 2 ou 3, et dont la pomme est rouge, globuleuse-ovoide , couronnée par les dents du calice, assez douce lorsqu'elle est mûre. Le bois d’alizier est d’une texture très fine et compacte comme celui du poirier ; il est plus fort et plus durable.

Le sorbier commun ou cormier, pyrus sorbus Gærtn.; sorbus domestica L.

Arbre de 13 à 16 mètres de hauteur, dont le tronc est droit et terminé par une tête pyramidale assez régulière. Ses feuilies, au lieu d’être simples et entières comme celles des poiriers et des pommiers, sont cumposées, pinnées avec impaire et à folioles dentées , vertes en dessus, velues et blanchätres en dessous. Les fleurs sont blanches, petites, très nombreuses , disposées en corymbe à l'extrémité des rameaux. Les fruits, nommés sorbes ou cormes, ressemblent à de ires petites poires d’un jaune rougeâtre. - Le sorbier croit trés lentement et vit fort longtemps. Loiseleur-Deslongchamps en cite un âgé de 5 ou 600 ans, dont le tronc avait 4 mètres de circonférence. Le bois de sorbier a le grain trés fin et est susceptible d’un beau poli. Il est recherché par les ébénistes , les tourneurs, les armuriers , etc.

Le sorbier des oiseaux, pyrus aucuparia Gærtn.; sorbus aucuparia L. Arbre de 7 à 8 mêtres, dont les feuilles sont composées, pinnées avec impaire , de même que celles du précédent. Les fleurs sont blanches , très nombreuses , et forment de nombreux corymbes terminaux. Les fruits sont arrondis, de la grosseur d’une petite cerise, d’un rouge vif ; très recherchés par les grives , les merles et d’autres oiseaux. Cet arbre croit naturellement dans les forêts des montagnes, en France. On le plante dans les jardins paysagers qu'il embellit au printemps par ses fleurs et dans l'automne par ses gros bouquets de fruits d’un rouge éclatant. En 1815, M. Donovan retira de ces fruits un acide cristallisé auquel il a donné le nom d'acide sorbique ; mais on reconnut plus tard que cet acide n’était autre chose que de l'acide malique pur, lequel jusque-là, et depuis Schéele qui l'avait découvert, n’avait été obtenu que impur, liquide et incristallisable.

Sorbier hybride, Cet arbre nous présente les fleurs et les fruits du sorbier

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