‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 5)Chapitre 88 sur 121 · SUCS ASTRINGENTS DU COMMERCE · texte numérisé non relu

SUCS ASTRINGENTS DU COMMERCE

Je pense que je ne puis mieux faire que de placer ici l’histoire des sucs astringents du commerce ; d’abord parce que le plus grand nombre d’entre eux appartiennent à la famille des légumineuses, ensuite parce que les autres ont avec les premiers des rapports de composition et d'emploi trop évidents pour qu’on puisse traiter des uns sans parler immédiatement des autres.

Suc d’Acacia d'Égypte.

Le vrai suc d’acacia est extrait des fruits de l’acacia vera (pag. 362, fig. 355), cueillis avant leur maturité. On les pile dans un mortier de pierre, et on en exprime le suc, que l’on fait ensuite épaissir au soleil. Lorsque ce suc a acquis une consistance convenable, on en forme des boules du poids de 125 à 250 grammes, et on l’enferme dans des morceaux de vessie, où il achève de se dessécher.

Le suc d’acacia , suivant les caractères que lui donnent les auteurs, et qui sont exacts, car on les retrouve dans un échantillon qui a été rapporté d'Égypte par Boudet oncle ; le suc d’acacia, dis-je, est solide, d’une couleur brune tirant sur celle du foie , d’une saveur acide, styptique, un peu douceâtre et mucilagineuse. J’y ajoute ceux-ci : traité par l’eau froide, il s’y dissout assez promptement, mais donne une

dissolution imparfaite , trouble, ayant la couleur et l'apparence d’une décoction de quinquina gris. La liqueur filtrée est rouge, rougit très fortement le tournesol , forme un précipité bleu-noir très abondant par lé sulfate de fer, forme avec la gélatine un précipité tenace et élastique, précipite fortement l’émétique et l’oxalate d’ammoniaque, précipite également par l'alcool et les carbonates alcalins. La portion du suc d’acacia insoluble dans l’eau , se dissout dans l’alcoo!, auquel elle communique une couleur très foncée, une saveur très astringente, non amère, et la propriété de précipiter en bleu foncé le sulfate de fer. Ces essais indiquent dans le suc d’acacia un acide libre d’une forte acidité, une espèce de tannin analogue à celui de la noix de galle, et un sel calcaire très abondant.

Le vrai suc d’acacia est très rare dans le commerce, ou, pour mieux dire, depuis fort longtemps il ne s’y trouve plus. On donne à sa place une autre matière nommée acacia nostras , extraite en Allemagne des fruits non mûrs du pruniéer sanvage (prunus spinosa L.). On exprime le suc de ces fruits, et on lui donne la forme du vrai suc d'acacia. Suivant Lewis, il est plus dur, plus pesant, plus brun, plus âcre que ce dernier, presque également soluble dans l’eau et dans l'alcool. Voici les caractères de celui que je possède ; il est entièrement sec et dur, d’un brun rouge, d'une saveur de pruneaux. Il est peu soluble dans l'eau , et laisse, après avoir été traité par ce liquide bouillant , une matière abondante qui a l’apparence de l’albumine coagulée; il est insoluble dans l'alcool. Cette substance doit être, avec d’autant plus de raison , rejetée par les pharmaciens, qu'il leur est très facile de préparer aujourd’hui le véritable suc d’acacia avec les fruits de bablah, que l’on trouve abondainment dans le commerce.

Cachou.

Le cachou est une substance astringente dont l’emploi est très ancien chez les peuples qui habitent les contrées méridionales et orientales de l'Asie, et qui leur sert principalement à composer un masticatoire dont l’usage est aussi général que celui du tabac dans d’autres parties du globe. Ce masticatoire, formé de cachou , de noix d’arec et d’un peu de chaux, le tout enveloppé d'une feuille de bétel, rougit fortement la salive et colore les dents d’une manière désagréable ; mais il paraît être utile dans ces climats, pour remédier au relâchement des gencives et à la débilité des organes digestifs. Le cachou est aussi très utile dans l'Inde comme médicament et pour la teinture.

Beaucoup d'auteurs ont admis, après Garcias ab Horto, que le cachou avait été connu des anciens Grecs, et que c’est le /ycium de l'Inde de

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Dioscoride. Malgré l'avis contraire du savant M. Royle (Annales des sciences naturelles, 1834 , Botanique , t. IL, p. 183), il m'est difficile de ne pas partager l'avis de Garcias ; mais quel que soit le parti que l’on prenne dans cette discussion, il convient de reconnaître que le cachou n’a été connu dans l’Europe moderne que vers le milieu du xv: siècle, et qu’il a été mentionné d’abord par Schrader, dans un appendice à sa pharmacopée, sous le nom de £erra japonica ou de catechu. Pendant longtemps il n’a été employé que pour la médecine, et la consommation en était assez bornée; mais en 1829 on a commencé de l’appliquer en France à la teinture des étoffes, et dès lors l'importance s’en est accrue d’une manière tellement extraordinaire que d’une importation moyenne de 282 kilogrammes, pendant les années 4827 à 1831, elle s’est élevée, en 1838 à 548785 kilogrammes; cependant elle a baissé depuis, mais elle était encore, en 1845 , de 225342 kilogrammes.

Suivant Murray (Apparatus medic., t. XX, p. 546), le nom catechu, qui a passé presque sans altération dans plusieurs langues européennes, est tiré de cate nom de l'arbre, et de chu qui signifie suc dans la langue du pays. J'ignore de quelle langue Murray a voulu parler, mais je n’ai trouvé ces mots dans aucun des idiomes de l'Inde. Garcias nomme l’arbre au cachou hacchic, et c’est le cachou lui-même qu'il appelle cate (arom. cap. 10). Garcias décrit d’ailleurs très imparfaitement l’arbre au cachou, bien qu’il soit très probable qu'il ait voulu parler d’un acacia. D’après lui, c’est un arbre hérissé d’épines, de la grandeur d’un frêne , à feuilles très petites et persistantes, à bois dur, compacte et incorruptible. Pour en extraire le cachou, on pile les rameaux de l'arbre et on les fait bouillir dans l’eau. On y ajoute quelquefois de la râclure d’un certain bois noir croissant au même lieu et de la farine de nachant, qui est une semence noire et menue de la saveur du seigle et propre à faire du pain (1). Le produit de la décoction , concentré , sert à faire des pastilles ou des tablettes qui constituent le cachou.

Je pense qu'il serait inutile de répéter ici tout ce qui a été écrit sur la nature, l’origine et la préparation du cachou, et sur l'espèce d'arbre qui le produit. Je me bornerai à dire qu'après beaucoup de discussions, les opinions parurent fixées par un mémoire d'Antoine de Jussieu (Mémoires de l’Acad. des sciences, 1720 , p. 340), qui, se fondant principalement sur des renseignements fournis par un chirurgien français résidant à Pondichéry, soutint l'opinion que tout le cachou , quelle que soit sa forme en boules, en manière d’écorce d'arbre , ou en masses aplaties, était extrait par infusion dans l’eau des noix d’arec coupées

(1) J’ai trouvé que le nachani est l’eleusine coracana, de la famille des graminées. =

LÉGUMINEUSES. 373 par tranches. Mais cette opinion a été renversée lorsque Kerr, chirurgien anglais, eut fait publier dans le Medical observations and enquiries (t. V, p. 151), une description exacte de l’acacia catechu et de la manière d'en extraire le cachou : à partir de ce moment, et surtout à mesure qu’on oubliait davantage ce qui avait été écrit antérieurement, Kerr fut regardé comme l’auteur de la découverte de la véritable origine du cachou. Quant à moi, il ne me paraît pas plus exact de dire que le cachou soit exclusivement tiré de l’acacia catechu que de l’areca. Car si la première extraction est pratiquée dans les provinces septentrionales de l'Inde, la seconde est incontestablement usitée dans les contrées du midi. Enfin, autant pour donner une idée plus exacte de cette question que pour rendre à chacun la justice qui lui est due, je traduirai ici par extrait un mémoire d’'Herbert de Jager, bien antérieur à ceux de Kerr et d'Antoine de Jussieu. On le trouve dans les Wiscellanea curiosa, 1624, p. 7.

« On entend dans les Indes , sous le nom de Æhaath ( que les nôtres nomment catsjoe et Garcias cate), tout suc astringent retiré par décoction de fruits, racines ou écorces, et épaissi, lequel étant mâché avec du bétel et de l’arec colore la salive en rouge.

» Ce suc desséché ne provient pas d’un seul arbre; mais on le retire de presque toutes les espèces d’acacia qui sont pourvues d’une écorce astringente et rougeâtre et de beaucoup d’autres plantes ; et tous portent le nom de khaath, quoiqu'ils différent en vertu et en bonté. ]1 y a cependant un arbre qui produit le meilleur et le plus estimé. On nomme cet arbre kheir en langage hindou et de Decan, et khadira dans la langue sanscrite. Les forts rameaux sont pourvus d’une écorce cendrée , tandis que les pétioles des feuilles ailées sont couverts d'un épiderme rougeâtre, et sortent extérieurement du rameau entre deux épines opposées entre elles et recourbées. Les feuilles sont semblables à celles de l’acacia, quoique plus petites, ce qui me le fait ranger parmi les acacias. Suivant ce qui m'a été rapporté, c’est de cet arbre, soit seul, soit mélé à d’autres, que l’on confectionne au Pégqu le khaath, qui est tellement célèbre qu’on le distribue par toutes les Indes. Mais il y a encore un autre arbre épineux du genre de l’acacia, et à feuilles trés petites, qui est nommé en langage tellingoo driemmi et en sanscrit siami, duquel, suivant ce que j’ai entendu dire, le cachou est également retiré par l’intermède du feu. Cet arbre est tout hérissé d’épines courtes et élargies à la base. L'’écorce des forts rameaux est raboteuse et d’une couleur jaune rougeâtre foncée ; les rameaux sont assez disposés sans ordre et entremélés ; deux ou trois rejetons sortent d’une même branche et portent de petites folioles oblongues arrondies, d’un vert blanchâtre ; de cà et de là sortent d’entre les feuilles et vers l'extrémité des rameaux, de petits fruits un peu arrondis; à peine oserai-je dire lequel de ces deux arbres a été indiqué par Garcias (1).

» Enfin, autour des monts Gate qui, commencant au cap Comorin , enfer-

(4) Si, comme on n'en pent guère douter, l’arbre nommé hacchic par Garcias, est un acacia, il est extrémement probable que c'est celui qui sert principalement à la préparation du cachou,

374 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

ment tout le Malabar, le Canara, le Caucan et encore d’autres contrées plus septentrionales, on fabrique une grande quantité de cachou par un autre procédé qui m’a été communiqué par un gymnosophiste qui avait parcouru toutes ces provinces. Suivant cet homme, la noix d’arec , étant encore verte, est coupée par morceaux et mise à bouiliir dans l’eau , avec un peu de chaux, pendant trois ou quatre heures , au bout desquelles 1! se dépose une matière épaisse et féculente comme une bouillie , laquelle seule peut servir à fabriquer le khaath ; mais afin de rendre le produit meilleur, on y ajoute de l'écorce de {sjaanra ou acacia précédemment décrit, et de celle de l'épine noire d'Egypte, toutes deux récentes et macérées pendant trois jours dans de l'eau , laquelle est ensuite versée sur le dépôt précédent et bouillie pendant une heure. La matière épaissie est exposée au soleil , sur des nattes, jusqu'à ce qu’elle devienne presque dure. Alors on la réduit en petites masses qui sont transportées partout sous le nom de haath. Mais ce produit n’est pas toujours pur, et la plupart du temps on y ajoute de l'argile ou du sable pour en augmenter la masse, »

Voici maintenant la description donnée par Kerr pour l'extraction du cachou de l’acacia catechu (1).

« Le cachou est préparé avec la partie interne du bois qui est d’un brun pâle, ou d'un rouge foncé, et même noir par place; la partie externe , qui est blanche, est rejetée. On divise le bois intérieur en copeaux et on en remplit

c'est-à-dire le Æheër où khadira d’Herbert de Jager , on acacia catechu des botanistes, Quant

au second acacia épineux nommé par Herbert de Jager driemmi ou siami, je suis tout à

fait porté à croire que c'est l’a-

Fig. 362. cacia farnesiana, sur l'autorité

de Roxburgh qui rapporte à cette

L espèce un végétal dont il est ques-

tion dans les Recherches asia-

Lu tiques sous le nom de sami, Enfin

LN) ? Herbert de Jager indique plus bas,

sous le nem d’épine noire d'É-

gypte, une troisième espèce d’aca-

cia qui concourt quelquefois à la

fabricalion du cachou de l'arec.

Celte epine noire d'Égypte ne

peut êlre autre chose que l’acacia arabica.

(1) Acacia catechu Willd. Car.

spée. : Épines stipulaires d’abord presque droites, mais $e recourbant avec l’âge; feuilles pinnées à 10 paires de pinnules portant de 40 à 50 paires de folieles linéaires, très petites et pubescentes; une glaude déprimée à la base du pétiole commun, et deux ou trois autres entre les dernières pin-

uules; fleurs jaunes, polyandres, à b divisions et à 20 étamines , disposées ep épis cylindriques, sortant au nombre de 1 à 5 de l'aissslle des feuilles; légume lanceole, plane, renfermant de 3 à 6 semences.

un vase de terre à ouverture étroite, que l’on emplit d’eau jusqu’à la partie supérieure. Cette eau étant diminuée à moitié par la coction, on la verse dans un vase de terre plat, et on l’épaissit jusqu'à ce qu’il en reste seulement la troisième partie. Alors la matière étant reposée pendant un jour, dans un lieu frais, on la fait épaissir à la chaleur du soleil, en l’agitant plusieurs fois pendant le jour. Lorsque la masse a acquis une consistance suffisante , on l’étend sur une natte, ou sur un drap saupoudré de cendre de bouse de vache, et on la divise en morceaux guadrangulaires , dont on achève la dessiccation complète au soleil. Afin que Pextraction se fasse plus facilement , on se sert de fourneaux très simples , consistant principalement en une voûte de terre cuite , placée sur un foyer creusé en terre, et percé de trous qui reçoivent les vases à extraction. Plus le bois est foncé en couleur, plus Pextrait obtenu est noir et de moindre qualité. On prend donc le bois d’un brun pâle, d’où résulte un extrait plus léger et blanchätre.

» Cet extrait n’est pas préparé au Japon, d’où l’épithète de japonica ne lui convient pas. Il est apporté du Malabar, de Suratte , de Pégu et d’autres contrées de l'Inde ; mais sa plus grande provenance paraît être de la province de Bahar. »

Beaucoup plus récemment, M. Royle a vu préparer le cachou avec le bois de l’acacia catechu , dans les passes de Xheree et de Doon. Seulement il ajoute que le suc épaissi est versé dans des moules d’argile qui sont généralement d’une forme carrée. Ce cachou est de couleur rouge pâle. 11 suit la voie ordinaire du commerce par le Gange et nous arrive par Calcutta. L’échantillon de ce cachou que M. Royle à rapporté ressemble exactement à celui que j'ai décrit sous le nom de cachou terne et parallélipipède, ou cachou en écorce d'arbre d'Antoine de Jussieu, dont l’origine se trouve ainsi définitivement constatée.

Cachou de l’aree,

J'ai déja rapporté, d’après Herbert de Jager, la fabrication du cachou de l’areca catechu, qui diffère de celle mentionnée par Antoine de Jussieu, parce que, suivant ce dernier, la noix d’arec servirait seule à la fabrication de l'extrait ; tandis que, suivant Herbert de Jager, on y ajouterait souvent une infusion de bois d’acacia. Voici une nouvelle description de cette fabrication, due au docteur Heyne, qui nous apprend que dans le Mysore on prépare deux sortes de cachou avec la noix d’arec.

« Avec les semences de l’arec, on prépare un extrait qui constitue au moins deux des espèces de cachou des pharmacies. Cet extrait est préparé en grande quantité dans le Mysore, aux environs de Sirah, et de la manière suivante, Les noïx d’arec étant prises telles qu’elles viennent sur l'arbre, sont mises à bouillir pendant quelques heures dans un vaisseau en fer. Elles sont alors retirées et la liqueur est épaissie en continuant l’ébullition, Ce procédé fournit le

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kassu ou le cachou le plus astringent , lequel est noir et mélé de glumes de riz et d’autres impuretés. Après que les noix sont séchées, elles sont mises dans de nouvelle eau et bouillies de nouveau, et cette eau étant épaissie comme la première, fournit la meilleure et la plus chère espèce de cachou , nommée coury. Celui-ci est d’un jaune brun, d’une cassure terreuse, et sans mélange de corps étrangers. (D'après ces caractères , il me paraît certain que le coury et le kassu sont les deux premières sortes de cachou que j'ai décrites sous les noms de cachou en boules, terne et rougeätre , et de cachou brun noirâtré , orbiculaire et plat.)

Gambir.

Le gambir est une substance tellement semblable au cachou par sa composition et ses propriétés, qu’on lui en donne le nom dans le commerce et que je l’ai moi-même décrit comme une sorte de cachou, avant de le connaître sous son véritable nom. Une fois ce nom connu, celui du végétal qui le fournit le devenait également. Il est en effet certain , d’après les renseignements fournis par Kænig, Hunter, Rox-

burgh, etc., que le gambir

Fig. 363. est extrait des feuilles de

l'uncaria gambir Roxb. (1).

Je me bornerai aux extraits suivants :

4) Uncaria gambir Roxb. ; nauclea gambir Hunt. (fig.

363). Les uncaria sont des arbrisseaux sarmenteux très répandus dans l'Inde et principalement dans toutes les iles de la Malaisie. 1ls appartiennent à la famille des rubiacées et à la même tribu que les cinchona , dont ils se distinguent principalement parce que leurs fleurs sont sessiles et réunies en cCapilules , sur des pédoncules sortant de l'aisselle des feuilles. L’uncaria gambir a les feuilles ovéeslancéolées, courtement péliolés, lisses sur les deux faces; les stipules sont ovés ; les pé- | doncules florifères sont solitaires et opposés dans l’aisselle des feuilles supérieures ; ils sont bractéolés au milieu de leur longueur et sont accompagnés, à la base, d’une épine recourbée en crochet, provenant d'un autre pédoncule avorté.

Extrait des observations de Hunter sur la plante qui produit le qutta gambeer (Transact, of the Linnean Society , IX , p.218). « Deux procédés sont employés pour extraire le gutta gambeer des feuilles du nauclea gambir. Suivant le premier, on fait bouillir dans l’eau les feuilles complétement privées de tige. On évapore la liqueur en consistance sirupeuse et on la laisse se solidifier par refroidissement. On la coupe alors en petits carrés que l’on fait sécher au soleil , en ayant soin de les retourner souvent.

» Le gambir préparé par ce procédé est de couleur brune; mais on en apporte de la côte malaise et de Sumatra , qui est sous forme de petits pains ronds, presque blancs. Selon le docteur Campbell de Bencoolen, cette sorte de gambir se prépare en faisant infuser dans l’eau, pendant quelques heures, les feuilles et les jeunes rameaux incisés. La liqueur étant passée laisse déposer une fécule qui est épaissie à la chaleur du soleil et fagonnée en petits pains ronds.

» Le plus fréquent usage du gambir est d’être mâché avec les feuilles de bétel, de la même manière que le kutt ou cachou, dans les autres parties de l'Inde. On choisit, à cet effet, la sorte la plus belle et la plus blanche. Le gambir rouge étant d’un goût très fort, et abondant, est exporté pour la Chine et Batavia ; où il sert au tannage et à la teinture.

» Dans Pile du prince de Galles , les fabricants de gambir l’altèrent souvent avec de la fécule de sagou, qu’ils y mélent intimement; mais on peut découvrir celte fraude par la solution du gambir dans l’eau. »

Extrait de la Flora indica de Roæburgh (t.1, p. 518). « Uncaria gambier. Gambier est le nom malais d’un extrait préparé avec les feuilles de cette plante , et qui joint à quelque douceur un principe astringent plus prononcé que dans le cachou. La préparation en est simple : les jeunes tiges et les feuilles sont hachées et bouillies avec de l’eau, jusqu’à ce qu’il se dépose une fécule. Celle-ci est évaporée au soleil en consistance de pâle et jetée dans des moules de forme circulaire. C’est ainsi que se fait le gambir, d’après le docteur Campbell ; mais dans d’autres parties du golfe de Bengale , les feuilles et les jeunes pousses sont bouillies dans l’eau , et la liqueur est évaporée sur le feu el à la chaleur du soleil, jusqu’à ce qu’elle soit assez épaissie pour être étendue mince et coupée en petits pains carrés. »

Suivant M. Bennett, la méthode usitée à Singapore pour faire le gambir cubique consiste à faire bouillir deux fois les feuilles avec de l’eau, dans un chaudron nommé qualie, fait en écorces d'arbres cousues, avec un fond en fer battu. Les feuilles épuisées et égouttées servent de fumier pour les plantations de poivre. La décoction est évaporée en consistance d’extrait ferme, lequel est d’un brun clair, jaunâtre et comme terreux. On place cet extrait dans des moules oblongs dans lesquels il se solidifie. Ensuite on le divise en cubes et on le fait sécher au soleil sur une plate-forme élevée. Hunter dit que cet extrait est quelquefois mélangé de sagou ; mais M. Bennett nie que cette falsification se pratique à Singapore. Le meilleur gambir est apporté de Rhio. dans l’ile de Bintang. Le meilleur ensuite est celui de Lingin.

kinos,

On donne aujourd’hui le nom de #?n0 à un certain nombre de sucs astringents qui proviennent de végétaux et de pays très différents. Ces

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sucs ont avec les cachous et le gambir une assez grande analogie de propriétés ; cependant ils sont généralement plus solubles dans l’alcool et pourvus d'un principe colorant d’un rouge de sang, qui manque aux premiers.

J'ai cherché pendant longtemps et sans succès l’origine du mot Ærno. que l’on trouve pour la première fois dans Murray, comme synonyme de la gonume astringente de Gambie, dont là première mention a été faite par Fothergill en 1757. Voici comment on peut expliquer ce nom aujourd’hui : malgré l'importance donnée à la gomme astringente de Gambie par Fothergill, et les démarches faites pour se procurer de nouveau cette substance , elle n'a jamais reparu dans le commerce; bien qu'on sache parfaitement qu'elle est produite par un arbre d'Afrique nommé pau de sangue, qui est le pferocarpus erinaceus de Lamarck. Néanmoins , par suite du mémoire de Fothergill, la gomme rouge de Gambie n'ayant pas cessé d’être demandée , on a délivré en son lieu et place d’autres sucs analogues arrivés de toutes les parties du monde, de l’Inde, des Moluques, de la Nouvelle-Hollande, de la Jamaïque, du Mexique , de la Colombie, etc., qui tous, jusqu’à ce que leur origine ait été découverte, ont été confondus avec la première, Or, parmi ces substances, il y en a une, produite en abondance par le butea frondosa, et qui porte dans l'Inde le nom de Æwent. Il est probable, ainsi que le pense M. Pereira, que c’est là l’origine du nom Æino, que l’on a étendu depuis à tous les sucs rouges et astringents fournis par le commerce.

Après avoir donné ces détails préliminaires sur les cachous, les gambirs et les kinos, je vais décrire les principales sortes que l’on en trouve dans le commerce. Je renverrai pour les autres, ainsi que pour tous les détails dans lesquels je ne puisentrer ici, au mémoire que j'ai publié sur Les sucs astringents, nommés cachous, gambirs et kinos, dans le Journal de pharmacie et de chimie, & XT et XII, année 1847.

Ï. cACHOUS DE L’ARECA CATECHU.

4. Cachou en boules, terne et rougeatre, Ce cachou est en masses du poids de 90 à 425 grammes, qui ont dû être arrondies d’abord, mais qui ont pris une forme plus ou moins anguleuse et irrégulière pendant leur dessiccation, ou par leur tassement réciproque. Il est d’un brun rougeâtre à l'extérieur et offre souvent des glumes de riz, reconnaissables à leur épaisseur et à leur face extérieure , marquée d’un réseau à mailles carrées. Ces glumes ont dû servir à empêcher l’adhérence des pains avec le plan qui les supportait pendant leur dessiccation ; mais, en outre, ce cachou présente souvent à sa surface, et quelquefois à l'in-

térieur, deux autres enveloppes de graminée. L'une , qui est assez rare, est brunâtre , luisante, et cependant finement rayée longitudinalement. Elle doit appartenir au tégument propre du fruit de l'eleusine coracana. L'autre , qui est bien plus abondante , rouge, très polie et brillante, peut se rapporter à l'enveloppe extérieure du même fruit. A l'intérieur, le cachou en boules offre généralement deux couleurs et deux consistances : près de la surface il est dur, d’un brun foncé , un peu brillant dans sa cassure ; au centre , il est d’un gris rougeâtre , friable et d’une apparence terreuse ; et comme la séparation des deux couches n’est ni complète ni régulière , il en résulte que la fracture des pains est souvent veinée et marbrée de gris terne et de brun rougeâtre. La substance terreuse étant délayée dans l’eau et examinée au microscope, paraît entièrement formée d’aiguilles ou de prismes très aigus, et la partie brune et compacte en offre elle-même une grande quantité. Ce cachou est friable sous la dent , se fond entièrement dans la bouche, et y produit une saveur très astringente et un peu amère, suivie d’un goût sucré fort agréable. La poudre à la couleur de celle du quinquina gris.

Le cachou en boules, traité par l'alcool à 90 degrés, fournit les trois quarts de son poids d'extrait. Le résidu, épuisé d’abord par l’eau froide, puis traité par l’eau bouillante , ne cède à cette dernière qu'une minime quantité d’amidon colorable par l'iode.

Le même cachou , traité d’abord par l’eau froide , forme une liqueur trouble comme une décoction de quinquina. La liqueur filtrée est peu colorée. Après plusieurs traitements successifs, les liqueurs évaporées ont fourni 55 parties d'extrait pour 100. Le résidu non dissous, traité par l'alcool, a fourni 33 parties d’un nouvel extrait d’un beau rouge, et 7 parties de résidu paraissant formé principalement de glumes de graminées. La nature de ce résidu explique suffisamment la petite quantité d’amidon trouvée plus haut , et l’on peut dire que le cachou en boules n’en contient pas dans sa propre substance , qui est principalement formée d'acide cachutique cristallisé , et qui est entièrement sosuble dans l’eau et dans l'alcool, employés l’un après l’autre.

Le cachou en boules était bien plus commun autrefois qu'aujourd'hui. C'est, sans aucun doute, la seconde sorte que Lemery dit être plus poreuse , moins pesante et plus pâle que la première. C’est le cachou en boules d'Antoine de Jussieu, et le coury de Heyne. C’est lui qui était employé dans les bonnes pharmacies de Paris de 1805 à 4815, et c’est le seul qui fût reçu à cette époque pour le service de la pharmacie centrale des hôpitaux civils de Paris. Mais, à partir de 4816, il a disparu peu à peu, et, depuis longtemps déjà , il est impossible de s'en procurer. Quant à l'arbre qui le produit, il me paraît indubitable que la semence de l'areca catechu est employée à sa fabrication, soit seule , soit avec ad-

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dition d’écorce d’acacia. Je dois dire cependant que je n’ai jamais trouvé dans ce cachou, comme dans les deux sortes suivantes, de débris de bois d’acacia. Une fois j'y ai trouvé un fragment de myrobalan citrin, fruit astringent qui pourrait très bien servir à la fabrication du cachou ; mais comme ce fait ne s’est pas représenté, je suis porté à le croire accidentel. En résumé, je crois que le cachou en boules terne et rougeûtre , ou coury de Heyne , est tiré des semences de l’areca catechu.

2. Cachou brun noirâtre orbieulaire et plat, de Ceyian. Je ne connais ce cachou que par un fragment qui m’a été envoyé par M. Christison , professeur à Édimbourg. Il est connu en Angleterre sous le nom de cachou de Colombo ou de Ceylan. 1 paraît être en pains ronds et plats de 5 ou 6 centimètres de diamètre , sur 15 à 18 millimètres d’épaisseur. Il est couvert, sur ses deux faces, de glumes de riz, sans mélange de nachani. Il a une cassure nette, brillante et d’un brun noirâtre. Il est translucide dans ses lames minces, et homogène dans sa masse. Il se broie facilement sous la dent , et offre une bonne saveur de cachou. Délayé dans l’eau et examiné au microscope, il paraît tout formé d’aiguilles agglutinées par une matière gommeuse , dont quelques parties seulement se colorent en bleu par l’iode. Enfin M. Cbristison en a retiré par l’éther 57 pour 100 d’acide cachutique, ce qui justifie l’épithète d'excellente qualité que lui donne M. Pereira.

3. Cachou brun noïirâtre amylacé, On trouve dans le commerce français deux variétés de ce cachou. La première (A), que j'y ai toujours vue, a été décrite dans ma troisième édition sous le nom de cachou brun noirâtre orbiculaire et plat. Je la désigne aujourd'hui sous le som de cachou brun et plat amylacé. Il est en pains ronds et très plats, de 5 ou 6 centimètres de diamètre et du poids de 30 à 60 grammes. Une des deux faces surtout présente une grande quantité de glumes de riz et de nachani. L'intérieur est brun , compacte, dur et pesant, mais à cassure très inégale et médiocrement brillante. Délayé dans l’eau et vu au microscope, on y découvre encore des aiguilles d’acide cachutique, mais en petit nombre. La presque totalité de la matière est sous forme de masses gélatineuses, dont une grande partie se colore en bleu foncé par l’iode. Ce cachou donne par l’eau un extrait gélatineux, évidemment amylacé. Épuisé par de l'alcool à 56 degrés centésimaux, il laisse 52 pour 100 d’un résidu , partie blanc, partie rouge, dont la décoction aqueuse filtrée bleuit très fortement par l’iode. On y trouve quelquefois de petits copeaux de bois d’acacia.

B. Cachou brun noirâtre amylacé, intermédiaire (1). J'ai vu pour la première fois ce cachou à Paris, vers l’année 1836. Il est de la

(1) Dark catechu in balls, covered with paddy husks, Pererra.

même nature que le précédent, et n’en diffère que par sa forme qui le rapproche un peu du cachou en boules n° 1.

Ilest en masses dont le poids varie de 30 à 120 grammes. Quelques unes sont plates; mais la plupart sont épaisses et arrondies, où plutôt sont un peu cylindriques, les pains offrant souvent une surface supérieure aplatie comme l'inférieure. La face supérieure est généralement propre et privée de balles de riz ou d’autres corps étrangers. Mais la face inférieure en est fortement couverte, et offre souvent , en outre, des éclats de bois d’acacia et des fragments de brique rouge. Ce cachou est du reste dur, compacte, pesant ,.et présente une cassure presque noire , inégale et peu brillante.

Cent parties de ce cachou, épuisées par l'alcool rectifié, ont produit 50,8 d'extrait sec et 46 de résidu fortement amylacé. Ce résidu a fourni par la calcination 2,9 d’une cendre rougeâtre principalement formée de sulfate de chaux, d’alumine et d’oxyde de fer, Les sels solubles ont dû se trouver dans l’extrait alcoolique.

Analyse du cachou brun noirâtre amylacé intermédiaire.

Cent grammes de ce cachou pulvérisé ont été traités par de l’éther sulfurique dans un entonnoir à déplacement. La liqueur filtrée et verdâtre n’offre pas de séparation de couches; évaporée, elle a fourni 11,70 d’un produit sec, jaune verdâtre , dur et grenu.

Ce produit , traité par l’eau , augmente de volume en s’hydratant et forme une masse solide. J’ai étendu d'une plus grande quantité d’eau, passé à travers un linge et exprimé (1). La liqueur filtrée précipite le sulfate de fer en vert noirâtre ; et la gélatine en blanc jaunâtre caséeux; évaporée, elle a fourni 2,95 d’un extrait sec, rouge, transparent, et d’une forte saveur astringente. La matière blanche exprimée , ayant été traitée par 75 grammes d’eau portée à l’ébullition , s’est dissoute incomplétement. La liqueur filtrée , étant renfermée dans une fiole bouchée, a fourni en quelques jours un abondant précipité d’une matière grenue et opaque, que l’on doit considérer comme l’acide cachutique pur, mais hydraté,

La portion de la matière blanche exprimée, qui ne s’était pas dissoute dans l’eau bouillante , est une substance grasse et cireuse , de couleur verte, qui tache le papier comme un corps gras.

Lorsqu'on veut purifier l'acide cachutique en l’altérant le moins possible, il faut prendre une fiole qui contienne environ sept fois autant d’eau que l’on a d'acide. On verse cette eau dans un petit matras avec l'acide , on fait bouillir un instant et l’on filtre au-dessus de la fiole , qui se trouve ainsi parfaitement remplie. On bouche la fiole et on laisse refroidir; après plusieurs jours , on jette le tout sur un linge, on exprime et on fait sécher.

L’acide cachutique se dissout avec une grande facilité dans lammoniaque.

(4) Le linge qui a servi à l'expression s’est teint en un beau jaune qui paraît résulter de la combinaison directe du tissu avec l'acide cachutique très faiblement oxygéné,

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Le dissoluté , qui est d'abord d’un jaune pur, prend bientôt la couleur d’une forte teinture de safran , c’est-à-dire rouge en masse et jaune sur les bords. A celte époque, elle teint encore en jaune, mais ce jaune passe au nankin rougeàtre par le contact de Pair.

En évaporant le soluté ammoniacal à siccité , le résidu est en partie rouge et en parlie noir, non entièrement soluble dans l’eau et dans l'alcool, mais très soluble dans l’'ammoniaque. La liqueur est d'un rougé très foncé. Après deux nouvelles solutions et deux évaporations à siccité, la matière est devenue noire en masse, mais toujours rouge orangé dans ses lames minces. Elle est alors complétement insoluble dans l’eau et dans l’alcool, toujours très soluble dans l'ammoniaque.

La potasse caustique en dégage de lammoniaque, ce qui montre que cette matière insoluble est composée d’alcali volatil et de l’un des acides formés par l'oxigénation de l'acide cachutique, peut-être de tous les deux.

Les 100 grammes de cachou, qui avaient été épuisés par l’éther, ont été traités par l'alcool rectifié. L’épuisement a été difficile ; l'extrait alcoolique sec pesait 31 grammes et donnait avec l’eau un soluté trouble. La liqueur filtrée forme avec la gélatine un précipité couleur de chair, et avec le sulfate de fer au médium un précipité vert noir. Ce précipité, étendu d’eau distillée, forme une liqueur verte transparente ; étendue d’eau ordinaire, elle prend la couleur bleu-noire du tannate de fer et ne devient pas transparente.

Le cachou épuisé par l'alcool a été traité par l’eau, toujours par déplacement ; mais l'écoulement du liquide devenant bientôt impossible, on a étendu de beaucoup d’eau, décanté la liqueur trouble et filtré à travers un papier poreux. Le liquide évaporé a fourni 12,8 d’un extrait sec de nature gommeuse et amylacée.

Le cachou, après avoir été traité deux fois par l’eau froide, a été étendu de 1 kilogramme d’eau et soumis à l'ébullition. La liqueur forme une couenne à sa surface, comme le ferait de l'amidon. Il est impossible de la passer autrement qu'à travers une toile claire et en lexprimant; mais alors presque tout passe au travers. La liqueur évaporée a fourni 31,7 grammes d’un produit sec de nature amylacée.

Voici les résultats de l’analyse :

i huti rte sa OMSeRUS par FÉLREF : 2 4e pi = 0e ses: Pi

Mauère grasse Extrait alcoolique rouge et astringent. . ., ........ 31 Produit gommeux , par l’eau froide. , . . . , . . . . . . . 12,80

Produit amylacé. . . 2... #18 as) AR ENS LIUÎSTE USED Perte sur les deux derniers produits principalement . . . : 12,80 100,00

Origine des trois cachous précédents. 11 me paraît certain que ces trois cachous répondent également au kassu de Heyne; mais il faut établir une grande différence , par rapport à la qualité, entre le premier et les deux autres. Le cachou de Colombo est un produit pur et bien préparé, et qui est tiré exclusivement de l’areca catechu, puisque l'acacia catechu ne croît pas à Ceylan, Mais il est évident que ces deux

arbres concourent à la fabrication du cachou brun noïrâtre amylacé ; car, d’une part, la matière grasse que l’on y trouve me paraît une preuve de l'emploi de la noix d’arec; et de l’autre, la présence fréquente d’un bois brun et dur indique l’usage de l’acacia catechu. Alors, résumant et comparant tous les documents acquis, voici, suivant ce que je pense , quelle est l’origine du cachou brun noïrâtre amylacé.

Ainsi que l'indique Herbert de Jager, dans toutes les provinces occidentales de l’Inde on fabrique une grande quantité de cachou avec la noix d’arec. On en fait probablement plusieurs décoctions, et les liqueurs réunies, étant refroidies et reposées, donnent lieu à un abondant dépôt d’acide cachutique, qui sert à fabriquer le coury ou cachou en boules terne et rougeûtre ; car il est certain que celui-ci provient des mêmes contrées que le cachou brun amylacé. Mais le dépôt étant séparé, il n’est nullement probable qu’on jette comme inutile la liqueur surnageante. On peut presque affirmer, au contraire, qu’on cherche à l’utiliser; et c’est alors sans doute qu’on y fait bouillir du bois d’acacia et qu’on y ajoute, sur la fin, une matière amylacée, afin de donner à l’extrait une consistance qui le rende moins coulant et plus facile à sécher. Je ferai remarquer que l’analyse des cendres de ces deux sortes de cachou s'accorde bien avec le mode de préparation que je leur attribue, Le coury étant fabriqué avec un dépôt qui ne renferme qu’une petite partie du liquide dans lequel il s’est formé , doit contenir très peu de sels solubles; tandis que le Æassu, qui provient de la concentration des liqueurs surnageantes, contient, non seulement les sels solubles du végétal, mais encore ceux de l’eau ; aussi ses cendres contiennentelles beaucoup de chlorure, de sulfate et de carbonate alcalins.

Lh. Faux cachou orbiculaire et plat, Voir le Mémoire cité.

IÏ. caAcHOUS DE L’ACACIA CATECHU,

5. Cachou terne et parallélipipède, Ce cachou est en pains carrés de 54 millimètres de côté sur 27 millimètres d'épaisseur ; il est très propre à l'extérieur et non mélangé de glumes de riz; à l’intérieur, il est un peu compacte et brunâtre près de la surface, mais tout à fait terne et grisâtre au centre. De plus, il est presque toujours disposé par couches parallèles comme un schiste, et facile à séparer en deux ou trois parties dans le sens de ses couches. Ainsi rompu, il forme des morceaux plats, noirâtres du côté extérieur, grisâtres à l’intérieur, et qui imitent assez bien l'écorce d’un arbre. Ces caractères méritent quelque attention par leur constance, car le cachou qui les présente est sans aucun doute celui qu’Antoine de Jussieu a désigné par les mots de cachou en manière d'écorce d'arbre. Jussieu l’attribuait comme les

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autres à l’areca catechu ; mais M. Royle ayant rapporté un échantillon du cachou qu’il a vu préparer dans les provinces du nord de l’Inde avec le bois de l’acacia catechu, ce cachou s’est trouvé être exactement conforme à celui dont il s’agit ici.

Ce cachou , lorsqu'on l’épuise par l’alcool et par l’eau froide , laisse un résidu évidemment amylacé, ce qui le rend inférieur au cachow en boules terne et rougeûtre (n° 1). Dans le cours de 1820 à 1824, j'ai vu chez un droguiste une partie assez considérable de ce cachou, dont il a eu beaucoup de peine à se débarrasser à cause de sa forme inconnue dans le commerce, Lorsqu’enfin il a été épuisé il n’a plus reparu.

6. Cachou blanc enfaumé, M, Pereira a reçu une seule fois cette substance de l'Inde, sous le nom de katha suffaid, et le docteur Wallich lui a dit que saffaid ou suffaed voulait dire blanc ou pâle. Ce cachou est cependant noir à l'extérieur, dur et pesant comme une pierre ; aussi pourrait-on le prendre, à la première vue, pour une pierre noircie; mais à l’intérieur, il est presque blanc et d'aspect tout à fait terreux. Le plus grand nombre des pains pèsent environ 15 grammes et paraissent avoir eu la forme de parallélipipèdes carrés, d'environ 27 millimètres de côté sur 15 millimètres de hauteur. Un autre pain du même poid; s’est complétement déformé et a pris une forme lenticulaire. Deux autres du poids de 10 grammes, qui ont été de même carrés et noirs en dessous, paraissent s’être ouverts et déchirés par-dessus par la force de cristallisation de l'acide cachutique , lequel s’est fait jour pour former au dehors des circonvolutions en choufleur. Ce cachou forme pâte avec la salive avant de se délayer dans la bouche; il possède une saveur astringente très manifestement amère, peu sucrée et avec un arrièregoût de fumée. Cette dernière circonstance peut faire présumer que la couleur noire extérieure de ce cachou est due à ce qu’il a été séché à la fumée.

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