‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de ParisChapitre 121 sur 194 · III. Cymophane de Haddam (Connecticut), par M. Damour · texte numérisé non relu

III. Cymophane de Haddam (Connecticut), par M. Damour

La formule G1A1 donne : alumine 80,25; glucine 19,75.

La cymophane se trouve en cristaux roulés à Ceylan et au Brésil, dans les mêmes sables qui contiennent les topazes, les corindons et d'autres minéraux durs provenant de la destruction des anciens terrains. Elle présente alors une teinte laiteuse avec des reflets bleuâtres ; mais elle est souvent complètement transparente à l'intérieur et forme, étant taillée, de fort belles pierres d'un jaune verdâtre. On l'a trouvée depuis, à Haddam, en cristaux disséminés dans une roche composée de feldspath lamelleux, de quartz et de grenats. Plus récemment encore, on l'a recueillie dans l'Oural en cristaux assez volumineux, d'un beau vert d'émeraude, qui ont la forme d'une double pyramide hexagone fortement tronquée, et ce sont ces cristaux, comparés à l'émeraude ou au béril, qui ont valu à la pierre le nom de chrysobéril ; mais ces cristaux ne sont que des macles provenant de la réu-

GLUCINE SIL1CATÉE.

nion d'autres cristaux dont la forme primitive est un prisme droit rhomboïdal de 119° 5i' (1).

La cymophane brute ou taillée peut être confondue avec d'autres pierres qui peuvent Offrir la même teinte jaune-verdâtre ou verte : tels sont le diamant, le corindon, la topaze, le zircon, le béril, le quartz, le péridot et plusieurs autres : sa dureté, qui ne le cède qu'à celle du diamant et du corindon; sa pesanteur spécifique, qui est de 3,689 à 3,796, et sa double réfraction, qui est très-forte, suffiront toujours pour la faire reconnaître. Ainsi le diamant pèse 3,52, raie tous les corps et ne possède que la réfraction simple; le corindon pèse de 3,97 à 4,16 et raie la cymophane. La topaze est rayée par la cymophane et pèse de 3,5 à 3,54; de plus elle est électrique par la chaleur. Le zircon pèse de 4,51 à 4,68 et présente un éclat gras et adamantin trèsmarqué; il est un peu moins dur que la topaze. Le béril pèse seulement 2,678; il est aussi dur que le zircon et raie encore le quarz. Le quarz pèse 2,653 et est rayé par tous les corps précédents. Le péridot pèse 3,3 et raie à peine- le verre ; enfin une variété de la chaux phosphatée cristallisée, qui porte aussi le nom de chrysolite , se distingue de toutes les pierres précédentes par son peu de dureté, qui permet qu'elle soit rayée par le verre.

Glucine silicatée ou Phénakite.

Substance cristallisée, vitreuse, incolore et transparente, un peu plus dure que le quarz, mais beaucoup plus fragile, par suite des nombreuses fissures qui la traversent; elle pèse 2,969; elle est inaltérable au chalumeau et inattaquable par les acides.

(l) Cette forme primitive a permis d'élever une forte objection contre la formule de la glucine Gl. Si telle était en effet la constitution' de cet oxyde, il est

extrêmement probable que son aluminate, G1AI. cristalliserait en octaèdre régulier, comme l'aluminate de magnésie ou spinelle, et tous ses congénères

(pléonaste, gahnite, dysluite, etc.), qui ont pour formule générale MM, et la cymophane se refuse à cette assimilation. 11 est donc possible, tout en acceptant la composition de la glucine, telle qu'elle a été déterminée par M. Awdejew, savoir :

Glucium 3G,742

Oxygène 63,258,

qu'il faille admettre que ces nombres représentent 2 molécules de métal et 3 molécules d'oxygène, auquel cas le poids moléculaire du glucium est à celui de l'oxygène comme 18,371 est à 21,08G, ou comme 87,124. est à 100. De cette manière, le poids moléculaire du glucium ne se trouve plus aussi bas placé, et

celui de la glucine (G) est 474,28, nombre plus en rapport avec la densité des composés naturels de la glucine.

324 FAMILLE DU GLUCIUM.

La phénakite a été trouvée dans l'Oural associée au micaschiste, et sous la forme d'un rhomboèdre obtus plus ou moins modifié sur les arêtes, mais dont l'angle dièdre supérieur est de 115° 25'; ou sous la forme d'un prisme hexaèdre régulier terminé par le pointement à trois faces du rhomboèdre primitif. On l'a trouvée également à Framont, dans les Vosges, disséminée dans un quarz ferrugineux du terrain de transition, en cristaux dont la forme générale est celle d'un prisme hexaèdre terminé par une pyramide à six faces, comme le quarz; mais un examen plus attentif montre que ces cristaux sont maclés, et proviennent de la réunion d'autres cristaux.

Analyses de la phénakite :

De Framont, par Bischof. De l'Oural, par Hartwall.

Oxygène Oxygène.

Silice 54,40 28,65 55,14 28,25

Glucine 45,57 28,12 44,47 28,79

Alumine et magnésie. . 0,01 » traces. »

Ces analyses montrent que dans la phénakite l'acide et la base contiennent la môme quantité d'oxygène, et quelle que soit la constitution de la glucine et de la silice, sa formule minéralogique sera toujours GSi (page 74). Mais si l'on admet G pour le signe de la glucine, la formule chimique de la phénakite sera

G3Si ; si Ton admet G pour la glucine, la formule chimique du minéral deviendra G Si. Elles sont, comme on le voit, aussi simples et aussi satisfaisantes l'une que l'autre.

Le silicate de glucine, en se combinant avec du silicate d'alumine, constitue deux autres pierres gemmes, qui sont Veuclase et Yémeraude .

Euclase.

Cette substance se trouve dans la province de Minas-Geraès au Brésil, dans les mômes alluvions que le diamant, ou dans l'itacolumite schisteuse qui sert également de gangue à ce dernier corps. Elle est toujours cristallisée, très-brillante, transparente et d'un vert bleuâtre ou d'un bleu très-faible. Elle raie facilement le quarz, mais elle présente une telle fragilité en raison d'un clivage très-facile dans le sens de sa petite diagonale, que le plus léger choc la buise dans cette direction. Elle pèse 3,098 ; elle possède la réfraction double à un haut degré ; elle est électrique par simple pression et conserve pendant vingt-quatre heures son électricité. Chauffée très-fortement au chalumeau, elle se fond sur les bords en un émail blanc. Ses cristaux ont pour forme primitive un

ÉMERRUDE.

prisme oblique rhomboïdal dans lequel l'incidence des faces latérales est de 114° 50', et celle de la base sur les mêmes faces de 118° 46'. Leur forme dominante est celle d'un prisme rhomboïdal terminé par un pointement à quatre faces. Deux des arêtes du prisme et celles du pointement sont ordinairement chargées de facettes.

D'après l'analyse de Berzélius, l'euclase contient :

Oxygène.

Acide stannique. . .

Formule : 2G1 Si -f Al2SÏ.

M. Daméur a prouvé depuis que l'euclase renferme 6 p. 100 d'eau, qui ne peut être entièrement chassée qu'au rouge blanc, et il a attribué à cette substance la formule :

H3 G2 Al3 Si4, qu'on peut écrire plus simplement :

H3 Si4 {G, Al ) 5.

Émeraude.

Substance vitreuse, cristallisant en prisme hexaèdre régulier dont les arêtes et les angles sont souvent remplacés par des facettes; mais la forme primitive est toujours très-apparente, et il est très- rare que les facettes qui rétrécissent la base la fassent disparaître, et que le pointement soit complet. On en trouve aussi des prismes qui paraissent soudés, cannelés et arrondis. Les cristaux des variétés communes sont quelquefois très-volumineux ; on en rencontre à Chanteloup, près de Limoges, qui ont de 25 à 30 centimètres de diamètre sur 35 à 40 centimètres de hauteur.

L'émeraude pèse spécifiquement de 2,72 à 2,77; elle raie le quarz. Elle est presque infusible au chalumeau ; mais elle se fond avec le borax en un verre transparent et incolore.

L'émeraude varie beaucoup dans sa transparence et dans sa couleur. Ainsi elle peut être parfaitement transparente ou complètement opaque, et, quant à la couleur, elle peut être d'un vert pur, d'un vert bleuâtre, d'un vert jaunâtre ou jaune.

L'émeraude transparente et d'un vert pur vient surLout du Pérou et deSanta-Fé de Bogota; mais les montagnes d'Ethiopie en

BÎW FAMILLE DU GLUCIUM.

ont fourni anciennement de fort célèbres. Bien que celte pierre le cède en dureté à plusieurs autres gemmes, sa rareté et la beauté de sa couleur lui donnent un très-grand prix. Une belle émeraude de 2 décigrammes vaut environ 100 francs; une pierre de 8 décigrammes vaut 1,500 francs. Une émeraude de 12 décigrammes 75 a été vendue 2, 400 francs.

L'émeraude bleuâtre du Brésil, nommée aigue-marine (aqua marina), h cause de la ressemblance de sa couleur avec l'eau de mer, est d'un prix beaucoup moindre, et le béril ou émeraude vert-jaunâtre de Sibérie n'en a qu'un médiocre. Cependant un beau béril transparent de la mine de Canbayum, aux Indes orientales, taillé et du poids de 184 grammes, a coûté 12,300 francs à M. Hope, son possesseur actuel. Quant aux cristaux blanchâtres et opaques des environs de Limoges, ils n'ont d'autre valeur que celle que les chimistes leur donnent, pour en retirer la glucine.

L'émeraude est essentiellement formée, et dans des rapports constants, de silice, d'alumine et de glucine; mais elle contient en outre un principe colorant, qui est l'oxyde de chrome pour la belle émeraude du Pérou, et l'oxyde de fer pour l'aiguë- marine et le béril. Berzélius a trouvé dans une émeraude de Broddbo, en Suède :

Oxygène.

Silice 08, 3b 36,18

Alumine 17,00 8,22

Glucine 13,13 8,31

Oxure ferreux 0,72 0,16

Acide tantalique.. 0,72 »

Si l'on admet que la silice ait été un peu augmentée par la matière détachée du mortier, et que le rapport de l'oxygène de la silice et des deux bases soit comme les nombres 12, 3 et 3, la for mule de l'émeraude sera :

Gi Si2 -f- Al Si2 (1).

L'euclase et l'émeraude contiennent la même quantité proportionnelle de glucine et d'alumine ; c'est la silice seule qui varie et qui se trouve en beaucoup plus grande quantité dans l'émeraude.

Leucophane. — Minéral trouvé en Norwége disséminé dans une syénite, avec albite, éléolite et yttrotantalite. Il est translucide, d'un vert sale ou d'un jaune de vin pâle. Il pèse 2,974, est à peu près aussi dur que le spath lluor et possède une structure cristalline avec trois clivages distincts. L'analyse a donné :

(l) C'est sans doute par erreur de calcul ou d'impression que d'autres formules ont été données dans la traduclion française du mémoire de M. Awdejew, et dans Dufrénoy, Traité de minéraloijir.

Rapports.

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