‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de ParisChapitre 15 sur 194 · Diamant limpide octaèdre · texte numérisé non relu

Diamant limpide octaèdre

Le frottement de la lime et le choc du briquet peuvent aussi servir à reconnaître la dureté des corps; mais ils donnent un résultat moins précis que la comparaison des minéraux entre eux, puisqu'ils ne peuvent les diviser qu'en deux séries, savoir :

-1° Ceux qui sont attaqués par la lime et qui cèdent au choc du briquet : tels sont les cinq premiers des dix corps nommés tout à l'heure ; .

2° Ceux qui ne sont pas attaqués par la lime et qui font feu sous le choc du briquet: tels sont, les cinq derniers corps de la série précédente, à commencer par le feldspath.

Cependant ce caractère peut être utile pour distinguer certains minéraux : par exemple, l'antimoine natif ressemble pour la couleur au mispickel ou sulfo-arséniure de fer ; mais celui-ci étincelle sous le briquet, et le premier cède à son choc. Quand on dit qu'un corps étincelle sous le briquet, on se sert souvent d'une expression inexacte. C'est le briquet, au contraire, qui étincelle le plus ordinairement par le choc du corps dur, lequel en détache des parcelles d'acier, qui brûlent vivement au contact de l'air, en raison de la haute température à laquelle la compression du choc les a portées.

Il y a deux propriétés opposées à la dureté : -ce sont la tendreté et la mollesse. Un corps est tendre lorsqu'il joint la friabilité à l'absence de la dureté : exemple, la craie. Il est mou lorsque le manque de dureté est associé à la ductilité : exemple, le plomb.

Percussion du marteau, Malléabilité, etc.

La percussion du marteau sert à séparer les corps en deux autres catégories, qui sont les corps malléables et les corps cassants. Les premiers s'aplatissent et s'étendent sans se rompre : exemples, le cuivre, Y argent, l'or et le platine. Les seconds, au contraire, se brisent sans s'étendre; tels sont Y antimoine, le bismuth, le marbre, le grès.

Les corps qui se brisent sous le marteau ne le font pas de la même manière,' ce qui permet encore de distinguer :

4° Ceux qui se brisent difficilement, effet dû à une certaine ténacité jointe à la dureté : exemple, le fer chromité du Var;

2° Les corps qui étant durs, mais dépourvus de toute ténacité, se brisent très-facilement ; on les nomme fragiles : exemple, Yeuclase ;

3° Les corps qui se divisent en grains faiblement agglomérés : on dit qu'ils sont friables, par exemple, certains grès.

On peut remarquer que la friabilité de la masse n'exclut pas la dureté des particules. Lorsqu'au contraire celles-ci sont privées de dureté, alors le corps est dil tendre, par exemple, la craie.

Flexion ; ténacité, élasticité, etc.

L'effort de la flexion étant appliqué à des lames, ou à des prismes d'une certaine épaisseur, les corps qui composent ces lames ou ces prismes se conduisent de l'une quelconque dès manières suivantes.

1° Ils rompent sans ployer avec un degré de plus ou moins grande facilité qu'il est souvent très-important de connaître, par exemple, lorsqu'il s'agit de déterminer la force de résistance ou la ténacité de la fonte, du marbre, de la pierre à bâtir, d'un ciment solidifié. A cet effet, on forme une barre, ou un prisme carré, de la subsLance que l'on veut essayer; on fixe ce prisme horizontalement à l'extrémité d'un support solide et invariable, de manière qu'il le dépasse d'une certaine quantité, et on applique sur la partie libre un poids que l'on augmente jusqu'à fracture. On trouve alors qu'il y a des substances très-tenaces, comme le jade et Yémeri; ce sont ceux . qui résistent également le mieux au choc du marteau ; viennent ensuite le jaspe, le quartz, le silex pyromaque on pierre à fusil, le fer oligiste, etc. Parmi les plus fragiles, au contraire, il faut citer le fer sous-sulfaté résinite, Yeuclase et le soufre.

2° Les corps ploient sans se rompre, et reviennent à leur premier état lorsqu'on fait cesser la force de flexion. On appelle

CARACTÈRES PHYSIQUES DES MINÉRAUX. Il

ces corps élastiques, et l'on remarque qu'en général leur élasticité est en raison de leur dureté.

3° Les corps fléchissent et gardent la forme qu'on leur a donnée, même après que la force de flexion a cessé d'agir. On dit que ces corps sont mous ou non élastiques, parce que, effectivement, cette propriété de plier sans être élastique ne va jamais sans la mollesse.

Pression du laminoir, filière.

La pression graduée du laminoir et la traction à la filière servent à séparer les corps en deux classes, savoir : les corps ductiles ou qui peuvent s'étendre sans se rompre, et les corps non ductiles. On trouve parmi les premiers tous les corps qui s'étendent également sous le marteau ou qui sont malléables. Les seconds comprennent tous les corps cassants.

Le laminoir est composé de deux cylindres d'acier placés horizontalement l'un au-dessus de -l'autre, pouvant être rapprochés et fixés à volonté, et tournant en sens contraire. On aplatit par un bout le corps que l'on veut y faire passer, et on l'engage par cette extrémité entre les deux cylindres dont le mouvement contraire tend à l'y faire entrer. La résistance opposée par l'axe des cylindres à leur écartement étant plus grande que celle du corps soumis à l'expérience, celui-ci ■ est forcé de s'aplatir et de se réduire en une lame d'autant plus mince que les cylindres sont plus rapprochés. 11 n'y a que les métaux, et encore un petit nombre de métaux, qui puissent passer au laminoir.

La filière est une plaque rectangulaire d'acier, percée de trous de différents diamètres, à travers lesquels on fait passer le corps que l'on veut réduire en fils. Il n'y a de même que les métaux non cassants qui puissent se prêter à cette opération. On les coule en lingots allongés dont on amincit une extrémité, de manière à pouvoir l'engager dans un des trous de la plaque disposée verticalement et fixée avec beaucoup de solidité. On saisit l'extrémité amincie avec une pince fortement serrée et tirée à l'aide d'une force mécanique. La filière offrant encore plus de résistance que le corps métallique, c'est lui qui, lorsqu'il en est susceptible, s'étend dans le sens de sa longueur, s'amincit et se réduit en un fil d'autant plus délié que le trou de la filière est plus petit.

Il faut remarquer que les métaux ne suivent pas le même ordre dans leur faculté de pouvoir se réduire en fils d'un trèspetit diamètre au moyen de la filière, ou en lames très-minces par le laminoir ou le marteau, ce qui dépend de leur degré de

dureté ou de mollesse, et de leur texture fibreuse ou lamellaire. L'or est le plus malléable de tous les métaux, et peut être réduit en feuilles si légères que le moindre souffle les enlève; mais sa mollesse s'oppose à ce qu'on en tire des fils très-fins; tandis que le fer, dont la dureté est plus considérable, et qui a d'ailleurs une texture fibreuse, se réduit en fils d'une ténuité extrême. Yoici donc l'ordre de la malléabilité des métaux : or, argent, cuivre, platine, étain, plomb, zinc, fer, nickel, palladium. Voici celui de leur ductilité à la filière : fer, cuivre, platine, argent, or, étain, zinc, plomb.

Suspension d'un poids augmenté jusqu'à la fracture.

J'ai parlé précédemment de la ténacité des corps cassants, qui se mesure par la difficulté que l'on éprouve à les rompre sous le choc du marteau, ou par la suspension d'un poids appliqué à l'extrémité libre d'un prisme carré de la substance. La même propriété existe dans les métaux ductiles, mais on la mesure d'une manière différente. A cet effet, on fixe un fil métallique d'un diamètre connu, par une de ses extrémités, et l'on suspend à l'autre, qui tombe librement, un poids que l'on augmente graduellement jusqu'à ce que le fil vienne à se rompre. Or, il est évident que la ténacité, ainsi mesurée, n'est que la limite de celle en vertu de laquelle les métaux peuvent se tirer en fils plus ou moins déliés au moyen de la filière ; car il est évident que la force qui tend à faire passer le fil à travers la filière peut être assimilée à un poids suspendu à l'extrémité de ce fil, pris à l'endroit où son diamètre est le plus petit, et que, dans les deux cas, le fil se rompra au même diamètre, pour une égale force de traction. L'ordre des ténacités pour les métaux est donc le même que celui de leur plus grande ductilité a la filière.

Cristallisation ou forme plus ou moins régulière des minéraux

Les minéraux sont des assemblages de particules similaires, liées entre elles par une force qui a reçu le nom de cohésion. Lorsque ces particules viennent à se réunir lentement, après avoir été dissoutes d'une manière quelconque, elles s'unissent, de manière à former des corps polyédriques, terminés par des surfaces planes, et semblables ou analogues aux solides de la géométrie. On donne à ces corps polyédriques le nom de cristaux.

En parlant, dans notre introduction, des différences qui distinguent les corps inorganiques des corps organisés ou doués de

vie, nous avons omis de faire menlion de la faculté de cristalliser, ou d'offrir des solides terminés par des surfaces planes et des arêtes rectilignes, qui appartient exclusivement aux corps inorganiques, tandis que les corps organisés offrent toujours des formes plus ou moins arrondies, et sans véritable surface plane, ni arête rectiligne.

A la vérité, cependant, les êtres organisés produisent un assez grand nombre de substances cristallisées, telles que le camphre, le sucre, Yoxalate de chaux, la cholestérine, l'acide urique, etc. ; mais ces substances, entièrement privées de vie, sont de véritables corps inorganiques, analogues par leur manière de se former et de croître aux composés minéraux.

De quelque manière que se soient formés les cristaux, ils offrent un nombre plus ou moins considérable de surfaces planes dont l'étendue est extrêmement variable, et des angles qui ont une ouverture constante pour chaque espèce minérale.

On donne aux surfaces le nom de faces, quand elles offrent une assez grande dimension comparativement à la grandeur du cristal, et qu'elles déterminent la forme dominante de celui-ci.

On donne le nom de facettes à des faces plus petites, qui paraissent se former par la troncature des angles ou des arêtes, et qui altèrent plus ou moins la forme principale.

Quant aux angles, on en distingue trois espèces : 1° des angles plans, formés par deux arêtes contiguës appartenant à une même face; 2° des angles dièdres, ou angles saillants, formés par l'incidence de deux faces ; 3° des angles solides, formés par la réunion de plus de deux angles plans, ou par l'incidence de plus de deux faces.

Il existe dans les cristaux des joints naturels qui sont quelquëfois visibles et d'autres fois invisibles, mais que l'on peut presque toujours mettre en évidence, en frappant les faces du cristal suivant certains sens, soit avec une lame d'acier, soit avec un marteau. Ces joints naturels portent le nom de clivage, et servent à diviser les cristaux en cristaux plus petits, quelquefois semblables aux premiers, mais très-souvent aussi différents, et qui sont d'une grande importance pour la détermination des espèces minéralogiques. En effet, Haiiy, que l'on peut regarder comme le fondateur de la science cristallographique, a vu que, quelles que soient les formes cristallines sous lesquelles se montre un même minéral, ces formes peuvent être ramenées par le clivage, ou par la séparation mécanique des lames fournies par les joints naturels, à une seule et même forme, qui en est comme le noyau commun. Cette forme est quelquefois réductible elle-même en une autre encore plus simple; de sorte que Haiiy a distingué trois

sortes de formes cristallines pour la môme substance minérale :

d° Les formes secondaires, qui sont les formes naturelles, et souvent très-variées, sous lesquelles se montre un môme minéral : par exemple, la chaux carbonatée spathique, qui offre pour formes secondaires cinq rhomboèdres différents, deux prismes hexaèdres réguliers, quatre dodécaèdres triangulaires scalènes, etc.;

2° La forme primitive, que l'on peut mettre à découvert, en séparant mécaniquement les lames des différentes formes seT condaires, et qui est unique pour chaque espèce minérale. Je prends pour exemple la môme chaux carbonatée spathique, dont toutes les formes secondaires, si diverses et si nombreuses qu'elles soient, se réduisent à un noyau identique, qui est un rhomboïde obtus ;

3° La forme de la molécule intégrante, que l'on peut obtenir par une division ultérieure de la forme primitive. Lorsque cette division ne peut plus s'effectuer que par des plans parallèles aux faces de la forme primitive, et de plus en plus rapprochés entre eux, la forme reste la même, seulement le noyau devient de plus en plus petit : par exemple, encore, la chaux carbonatée spathique. Quand, au contraire, la division peut s'effectuer suivant d'autres sens que ceux des faces, alors la forme change en se simplifiant : par exemple, la baryte sulfatée, dont la forme primitive est un prisme droit rhomboïdal, et la forme de la molécule intégrante un prisme triangulaire.

Haiiy n'admettait que trois formes principales de molécules intégrantes ; le tétraèdre, le prisme triangulaire et le parallélipipède. Ces formes ont cela de remarquable que ce sont les plus simples que l'on puisse concevoir. En effet, il faut au moius quatre plans pour circonscrire un espace, et trois lignes pour borner un plan. Le solide le plus simple sera donc terminé par quatre faces triangulaires : c'est le tétraèdre. Le prisme triangulaire est de même le solide le plus simple que l'on puisse former avec cinq plans, et \&parallélipipède avec six.

Quant aux formes primitives, Haiiy en reconnaissaitsix, savoir : 1° le tétraèdre régulier ; 2° le parallélipipède rhomboïdal ou cubique ; 3° Y octaèdre, dont les faces sont des triangles équilatéraux, isocèles ou scalènes, suivant les espèces ; 4° le prisme hexaèdre régulier ; 5° le dodécaèdre à plans rhombes ; 6° le dodécaèdre triangulaire, formé de deux pyramides droites, hexaèdres, opposées base à base.

Ces mêmes six formes primitives de Haûy, jointes à trois autres formes plus compliquées, composent ce que d'autres minéralogistes ont nommé depuisjes formes dominantes des cristaux, obtenues d'une manière moins rigoureuse que par le clivage, en ne

considérant que l'ensemble des faces les plus étendues, qui déterminent en effet la forme extérieure dominante du cristal. Ces trois nouvelles formes ajoutées aux primitives de Haûy, sont : 7° le dodécaèdre pentagonal ; 8° Yicosaèdre triangulaire, formé de vingt faces triangulaires, et 9° le trapézoèdre, solide terminé par vingt-quatre faces trapézoïdales.

Les caractères que l'on peut tirer de la forme des cristaux, pour la distinction de Yespèce minérale, ont perdu de leur importance, aujourd'hui qu'on a reconnu qu'ils étaient loin d'avoir la généralité et la certitude que leur accordait Haiïy. Ainsi, d'une part, il y a des minéraux qui peuvent offrir plusieurs systèmes de cristallisation, c'est-à-dire qui offrent des formes secondaires dérivant de deux formes primitives ; par exemple, le soufre natif, la chaux carbonatée, le fer persulfuré ; et, de l'autre, Mitscherlich a vu qu'il suffisait que deux corps chimiques différents fussent composés d'un môme nombre de molécules groupées semblablement pour qu'ils présentassent le même système de cristallisation. Par exemple, tousles oxydes formés d'une molécule d'oxygène et d'une molécule de métal (magnésie, chaux, protoxyde de fer, protoxyde de manganèse, peroxyde de cuivré), ou bien de deux molécules de métal sur trois d'oxygène {alumine et peroxyde de fer), offrent pour chaque genre de composition, très-sensiblement la môme forme primitive et peuvent se substituer l'un à l'autre dans les composés minéraux, sans en changer le système de cristallisation.

Pareillement Yacide phosphorique et Y acide arsènique, qui sont également composés de deux molécules de radical sur cinq molécules d'oxygène, et qui saturent la même quantité d'oxygène dans les bases, produisent des sels tout à fait semblables parleurs formes cristallines, très-souvent confondus les uns avec les autres dans la nature, et dont la détermination précise ne peutêtre faite qu'à l'aide de l'analyse chimique. On a donné aux corps qui peuvent ainsi cristalliser de la môme manière, le nom d 'Isomorphes, deïcoç, égal, et [i.opcpV], forme.

Il résulte évidemment de là qu'une même forme cristalline prouve une disposition semblable dans l'arrangement des molécules bien plus qu'une identité de nature, et qu'ainsi le caractère donné par la forme, pour l'établissement de l'espèce minéralogique, ne peut, dans beaucoup de cas, être mis sur la même ligne que celui fourni par l'analyse chimique. Nous verrons cependant par la suite que, dans quelques circonstances, on s'est fondé sur le caractère cristallographique, combiné avec le nombre et la disposition des molécules, plutôt que sur la nature chimique, pour l'établissement de quelques silicates d'une composition très-compliquée.

Mesure des angles.

Romé de Lisle est le premier qui ait fail l'observation que dans une forme donnée d'une espèce minérale, les faces pouvaient avoir une étendue très-variable; mais que les angles offraient une constance qui formait un élément important de la détermination de l'espèce. Les instruments dont on se sert pour mesurer les angles portent le nom de goniomètres (de ywvta, angle. etpEtpov, mesuré), et on en emploie de deux sortes, à savoir : 1° ceux qui mesurent les angles dièdres des cristaux parle moyen de lames métalliques qui s'appliquent sur deux faces contiguës, on les nomme goniomètres par application ; 2° ceux qui font connaître la valeur d'un angle au moyen de la réflexion d'un objet éloigné sur les deux faces adjacentes : on les nomme goniomètres par réflexion. Ces derniers sont beaucoup plus exacts, et doivent être employés lorsqu'on veut déterminer, avec une grande précision, les caractères cristallographiques d'une substance; mais les premiers suffisent pour l'étude ordinaire, et c'est d'un de ceux-ci que nous nous servirons pour vérifier les angles des cristaux que nous devons apprendre à connaître.

Le goniomètre par application (fig. I), tel que l'a imaginé

l'ig. I. — Goniomètre par application de Garangeot.

Garangeot, se compose d'un demi-cercle gradué, en cuivre ou en argent, divisé en 180 parties, et de deux alidades, la première ne

pouvant se mouvoir que clans le sens du diamètre et répondant toujours au 0 de l'échelle ; la seconde pouvant tourner sur le centre, et indiquant par son arête tranchante, qui parcourt le cercle répétiteur, le nombre de degrés de l'angle supérieur qui est égal à l'angle opposé formé par l'application immédiate des branches les plus courtes des deux alidadés sur les arêtes ou sur les faces du cristal. On peut d'ailleurs allonger ou raccourcir à volonté ces dernières branches, suivant la grandeur ou la petitesse du cristal à examiner, en faisant glisser les alidades sur le centre du cercle, au moyen des rainures à jour qui s'y trouvent pratiquées. La seule observation à faire pour obtenir avec cet instrument une mesure aussi bonne que possible d'un angle plan, c'est d'appliquer exactement les branches libres de l'instrument sur les deux arêtes contiguës d'une même face, qui forment l'angle ; et lorsqu'il s'agit d'un angle saillant dièdre, d'appliquer les deux branches de l'instrument sur les deux faces qui forment l'angle, en ayant le soin de les placer bien perpendiculairement à l'intersection des faces.

Prenons pour premier exemple un cristal cubique de spath fluor ou fluorure de calcium. Dans ce cristal, les angles plans et les angles dièdres sont tous égaux et sont des angles droits : aussi, soit que nousappliquionslesarêtes du goniomètre sur deux arêtes contiguës d'une même face, ou sur deux faces contiguës et perpendiculairement à leur arête d'intersection, nous trouverons également 90 degrés, ce qui est la mesure de l'angle droit ; mais si, au lieu d'appliquer les deux alidades perpendiculairement à l'arête d'intersection de deux faces, on les appliquait obliquement à cette arête, î'angleserait trouvé d'autant plus petit que l'obliquité serait plus grande, d'où l'on reconnaît bientôt la nécessité de les appliquer perpendiculairement à l'arête. Si, au lieu d'un cube, nous avons à mesurer les angles d'un rhomboïde obtus de chaux carbonatée, nous trouverons pour les angles plans des faces culminantes au même sommet 101° 32', et pour les angles dièdres entre les mêmes faces 105° 5'. Quant aux angles aigus formés par la rencontre des faces appartenant aux deux sommets du cristal, on les trouvera de 78° 27' s'il s'agit des angles plans, et de 74° 55' si l'on mesure les angles dièdres.

Le goniomètre peut suffire quelquefois à faire distinguer des minéraux que l'on serait tenté de confondre à la première vue. Par exemple, la chaux carbonatée cuboïde de Gastelnaudary. nommée d'abord chaux carbonatée cubique, pourrait être prise pour du fluorure de calcium cubique ; mais celui-ci, comme nous venons de le voir, a tous ses angles de 90 degrés, tandis que ceux de la chaux carbonatée sont de 88 et de 92 degrés.

Guibouht, Drogues, 5c édition- T. I. — 2

Secondement, on trouve en Piémont, dans un talc schisloïde. des tourmalines noires en prismes hexaèdres, dont les sommets sont oblitérés et qu'on serait tenté de prcndrcpourdesûw?/5/a7»o/<?s; mais le goniomètre prévient la méprise, la tourmaline ayant tous ses pans inclinés entre eux de 120 degrés, tandis que, dans l'amphibole, il y a deux inclinaisons de 124° 30'etquatre de 117° 45'.

Troisièmement, le sulfate de strontiane de Sicile forme souvent des cristallisations magnifiques en prismes transparents et limpides, que l'on prenaitpour du sulfate de baryte 'avant que Vauquelin eût montré par l'analyse leur véritable composition. Mais avant Vauquelin, Haiiy avait prévu que les cristaux de Sicile devaient différer par leur nature de ceux du sulfate de baryte, parce que ceux-ci ont des angles dièdres de 101° 42' et 78° 18' que ceux de sulfate de strontiane ont des angles de 104° 3' et 75° 30', et qu'il ne pouvait faire dériver les uns des autres par aucune loi de décroissement connue.

Formes cristallines.

Solide à quatre faces.

Tétraèdre régulier {fig. 2). — Solide formé par quatre aces triangulaires équilatérales, également inclinées entre elles, sous un angle dièdre de 70° 31' 44", et également distantes d'un point in-

Fig. 2. — Tétraèdre régulier. Fig- 3- — Cube.

térieur qu'on peut regarder comme le centre du cristal, et qui est aussi le centre de la sphère circonscrite, ou dont la, surface passerait par les quatre angles solides. Le cuivre gris cristallise souvent en tétraèdre, qui estaussisa forme primitive.

Solide à six faces.

Parallélépipède.— Solide terminé par six facesparallèles deux à deux. La grandeur relative des faces et l'ouverture des angles peuvent lui faire prendre neuf formes différentes.

1° Cube (fig. 3). — Parallélipipède dont tous les angles scnl

droits ou de 90 degrés, et dont toutes les faces sont égales et carrées. De môme que dans le tétraèdre, toutes les faces et tous les sommets, ou angles solides, sont également disLanls d'un point central qui est aussi le centre delà sphère circonscrite. ~Lq plomb sulfuré cristallise presque toujours en cube, qui est également sa orme primitive.

2° Prisme droit à base carrée (fig. 4). — Ce solide diffère du cube en ce que quatre de ses faces sont des carrés allongés ou des rectangles. Ces plans rectangulaires sont alors considérés comme les faces principales du prisme.' Les deux autres faces, tout à fait carrées, portent le nom de bases. L'axe du prisme est une ligne idéale qui le traverse dans sa longueur parallèlement aux faces latérales, et vient aboutir au centre des deux bases. Exemples de cristallisation en prisme droit à base carrée : idocrase, magnésie sulfatée, plomb chromaté.

3° Prisme droit à base rectangle (fig. 5). — Ce cristal diffère du cube, en ce que toutes ses faces sont des rectangles qui sont égauxdeux à deux. Pour six faces, il y a donc trois grandeurs différentes. Tous les angles sont droits. *

4° Prisme droit rhomboïdal {fig . 6).— Ce prisme est droit comme les précédents, c'est-à-dire que les faces latérales sont perpendi-

Fig. 4. — Prisme droit à base carrée.

Fig. S. — Prisme droit Fig. G. — Prisme droit Fig. 7. — Prisme droit à base

à base rectangle. rhomboïdal. de parallélogramme.

culaires sur la base; mais celle-ci, au lieu d'être un carré ou un rectangle, est un rhombe ou losange, c'est-à-dire qu'elle est un parallélogramme obliquangle dont tous les côtés sont égaux. Exemples : baryte sulfatée, topaze.

5° Prisme droit à base de parallélogramme {fig. 7). — Ce prisme diffère du précédent par sa base, qui, au lieu d'être un losange, est un parallélogramme à côtés inégaux. Exemples : épidote, chaux sulfatée.

Nous arrivons maintenant aux prismes obliques, c'est-à-dire dont la base n'est pas perpendiculaire à l'axe. On en distingue trois :

6° Prisme quadrangulaire oblique à bases non symétriques (fig. 8). — Celle forme se présente lorsque la base d'un prisme se

trouve inégalement inclinée sur toutes les faces, ou forme avec toutes les faces des angles inégaux. Exemples : le cuivre sulfaté, Vaxinite.

7° Prisme quadrangulaire oblique à base reposant sur une face {fig. 9). — Dans cette espèce de prisme, la base

Fig. 9.- Prisme quadran- forme avec deUX faces

gulaire oblique à base opposées dCUX angles , reposant sur une face. 11 .

l'un obtus, 1 autre aigu,

Fig. 8.— Prisme quadrangulaire oblique à bases non symétriques.

supplémentaires l'un de l'autre, de même que cela a lieu pour le toit d'une petite maison par rapport aux murs de face et de fond. Exemple : le feldspath.

g0 prisme quadrangulaire oblique à base reposant sur une arête» {fig. 10). — Ce prisme prend naissance lorsque la base

a ou le toit s'incline sur une arête,

en formant deux angles égaux' avec les deux faces contiguës. Exemples : pyroxène, amphibole.

9° Ce dernier solide présente un cas bien remarquable, c'est lorsque l'angle que la base fait avec deux faces contiguës est égal à celui que ces deux faces font entre elles.

Alors l'angle solide a, résultant de la base et des deux faces, se trouve formé de trois angles dièdres ou de.

trois angles plans égaux ; et comme la même disposition se répète à l'angle solide opposé, il en résulte \ \ I que le cristal, présenté de manière que la diagonale passant par les deux sommets soit verticale (cette Kg. 12.- Rhomboèdre diagonale devient alors Vaxe du a'su' cristal), paraît formé de deux pyra-

mides triangulaires opposées, mais dont les arêtes, au lieu de coïncider, seraient dirigées respectivement sur le milieu d'une des faces de l'autre sommet. Ce cristal, un des plus importants

Fig. 10. — Prisme quadrangulaire oblique à base reposant sur une arête.

Fig. 11.— Rhomboèdre obtus.

de la cristallographie, porte le nom de rhomboèdre. On le dit obtus (fig. 11), lorsque l'angle-sommet a est forme d'angles plans plus grands que 90°, par exemple la chaux carbonatée; et aigu 12) quand les angles plans du sommet sont plus petits que 90°, par exemple encore la chaux carbonatée.

Solides à huit faces.

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