CHAUX CARBONATÉE
polypiers charnus). On le trouve aux Écaussines, près de Mons.
Marbre noir antique el noir de Flandre. — Le premier est complètement noir, et le second tire un peu sur le gris. On emploie le premier pour les monuments funèbres et le second pour le carrelage des églises ou des habitations. Il est imprégné de bitume et dégage une odeur fétide parle frottement.
Marbre Iwnachelle (de lumach, limaçon), presque entièrement composé de coquilles brisées engagées dans de la chaux carbonatée sublamellaire.
Marbre brèche, composé de morceaux brisés et anguleux d'un marbre plus ancien, enchâssés dans une pâte de couleur différente.
Marbre ruini forme oxxmarbre de Florence. — Cette substance est la dernière qui puisse porter le nom de marbre, car elle est à peine polissable, et on doit plutôt la considérer comme une marne, ou mélange de carbonate de chaux et d'argile, qui, en se desséchant, a permis à des infiltrations d'oxyde de fer hydraté d'y produire des lignes et des dessins offrant l'image d'une ville ruinée.
Nous avons été amenés, par la nature de notre sujet, à décrire les principales variétés polissables de chaux carbonatée ou de marbre, à peu près suivant leur rang de plus grande ancienneté dans les couches de la terre. En continuant de la même manière l'étude des variétés plus modernes, nous arrivons à la •pierre lithographique, calcaire compacte et d'un grain très-fin, susceptible d'un poli terne, à cassure conchoïde et d'une structure un peu schistoïde, qui lire son nom de l'usage qu'on en fait pour remplacer la gravure sur métaux. Cet art, qui a été nommé lithographie, a pris naissance en Bavière, où la pierre lithographique a d'abord été trouvée, à Pappenheim, sur les bords du Danube, et qui fournit encore les pierres les plus estimées ; mais on en a trouvé depuis dans bien d'autres lieux, et notamment en France, à Châteauroux (Indre), à Belley (Ain), à Dijon, à Périgueux, etc. Cette pierre appartient aux dépôts jurassiques.
Calcaire oolitique. — En globules agglutinés par un ciment calcaire ou marneux ; d'un volume variable, depuis celui d'un grain de millet jusqu'à celui d'un pois; mais toujours uniforme dans une localité donnée. L'intérieur des grains est compacte ; rarement on y distingue une ou deux couches extérieures concentriques.
Ce calcaire constitue des bancs considérables au pied des montagnes jurassiques. On s'accorde à penser qu'il a été formé, par voie de dépôt, dans une eau constamment agitée.
Ci "aie. — Substance blanche, mate, opaque, très-tendre et pour ainsi dire pulvérulente. Elle constitue partout, au-dessus du grès
vert, les dernières assises des terrains secondaires ; au-dessus se trouve l'argile plastique qui commence les terrains tertiaires. Elle l'orme des collines entières peu élevées et souvent dégradées ; elle renferme fréquemment des lits d'argile, de sable, degrés, et surtout du silex pyromaque qui s'y trouve en rognons isolés, mais disposés avec une sorte de régularité, suivant des lignes parallèles superposées. On y trouve un grand nombre de coquilles et de madrépores fossiles, et particulièrement des bélemnites, des ananclu/tes, des spatangus, etc. ; mais ce qu'il y a de plus singulier, c'est que la craie elle-même paraît être en très-grande partie formée, d'après les observations microscopiques de M. Ehrenberg, de la dépouille fossile de très-petits êtres organisés appartenant à deux familles distinctes, les polythalamies et les nautilites. Ces petits corps organisés ont environ 1/298° de ligne de longueur, en sorte qu'il peut y en avoir plus de 1 million dans chaque pouce cube de craie, et plus de 10 millions dans un morceau du poids de 500 grammes. La craie constitue des terrains d'une immense étendue, dans toutes les parties du monde. En France elle entoure de tous côtés le bassin parisien, d'une part parla Normandie, la Touraine et la Sologne ; de l'autre par la Picardie, l'Artois, la Belgique, la Champagne et l'Auxerrois. C'est à son affleurement à la surface du sol qu'une partie de la Champagne, si énergiquement flétrie d'un nom vulgaire, doit la stérilité dont elle est frappée. Enfoncée sous le terrain de Paris, la craie s'y relève en quelques endroits et s'y montre presque à la surface du sol, comme à Meudon et à Bougival, d'où Paris tire celle qui lui est nécessaire.
Chaux carbonatée grossiè)-e, pierre à bâtir des Parisiens, calcaire à écrithes. — Cette variété constitue, dans le terrain de Paris et audessus de l'argile plastique, des couches puissantes dont l'origine marine est prouvée par un grand nombre de coquilles, et spécialement par des cèrithes dont quelques-unes présentent une taille gigantesque. Ce calcaire est grossier, jaunâtre, facilement attaqué par les instrumenls tranchants, nullement susceptible de poli. Il est exploité tout autour de Paris ; mais la meilleure pierre vient de Saint-Nom, dans le parc de Versailles, de la Chaussée près de Saint-Germain, de Poissy, de Nanterre, etc.
Chaux carbonatée conditionnée. — Cette variété de calcaire se forme encore de nos jours en couches superposées, dues au dépôt successif du carbonate de chaux qui se trouve dissous dans les eaux terrestres par un excès d'acide carbonique.
Tantôt celte eau, en filtrant à travers la voûte de grottes souterraines, y forme de longues colonnes nommées stalactites, qui pendent jusqu'à terre, comme dans la grotte d'Anli'paros, une des îles grecques; ou bien, en tombant sur le sol ou en coulant le
CI1ÀUX CARBONATÉE MAGNÉSIFÈRE.
long des parois, elle forme des couches mamelonnées qui portent le nom de stalagmites. La matière elle-même qui forme ces stalactites ou stalagmites est dure, susceptible d'un beau poli, à structure cristalline, et formée de couches alternativement transparentes et nébuleuses. Elle est quelquefois d'un blanc parfait ; mais le plus ordinairement elle présente des zones plus ou moins colorées en jaune roussâtre. C'est celle qui constitue le véritable albâtre des anciens, lequel est bien loin, comme on le voit, de présenter toujours la blancheur qui semble attachée à son nom. On en fait des vases et d'autres objets d'ornement d'une valeur assez considérable.
Lorsque l'eau chargée de particules calcaires coule à la surface du sol, elle forme un calcaire grenu ou cristallin plus ou moins impur qui porte le nom de travertin ; tels sont celui produit par l'Anio, en Italie, qui a servi à la construction des monuments de Rome, et celui qui forme le pont de Saint-Allyre près de Clermont (Puy-de-Dôme). D'autres fois, enfin, le carbonate de chaux se dépose sur des objets étrangers, végétaux ou animaux, qui se trouvent plongés dans le courant de l'eau incrustante, et constitue des sortes de pseudomorphoses que l'on produit le plus souvent à dessein, comme à la fontaine de Saint-Philippe en Toscane et à celle de Saint-Allyre.
Chaux carbonatée magnésifère on Dolomie.
J'ai dit précédemment que la chaux carbonatée avait pour forme primitive un rhomboèdre de 105° 5', et qu'elle pouvait être mélangée de plusieurs carbonates isomorphes avec celui de chaux sans perdre sa cristallisation et ses principales propriétés. Il ne faut pas prendre cette assertion dans un sens rigoureux, car l'an- . gle dièdre du rhomboèdre des carbonates de magnésie, de manganèse et de fer, étant renfermé entre 107° 25' et 107°, le mélange d'un ou de plusieurs de ces carbonates change nécessairement l'angle de la chaux carbonatée, et il est évident que la pesanteur spécifique, la dureté et la résistance aux acides doivent éprouver des variations analogues. Pour ce qui regarde la chaux carbonatée ferrifère ou manganésifère, je me bornerai à dire que la première 'portait autrefois le nom de spath jaunissant, et la seconde celui de spath brunissant, à cause de l'action de l'air sur l'oxyde du carbonate de fer ou de m mganèse ; mais je dois m'arrêter sur la chaux carbonatée magnésifère ou dolomie, qui se présente souvent avec
une composition constante (CaC-f-MgC) et qui offre un assez grand intérêt géologique.
Cette substance cristallise en rhomboèdres de 106° 15' et
73° 45'. Elle présente des formes beaucoup moins variées que celles de la chaux carbonatée ; cependant, outre le rhomboèdre primitif qui se montre le plus souvent (comme à Traverselle en Piémont, à Pesey en Savoie, à Guanaxuato au Mexique), on trouve le rhomboèdre équiaxe, l'inverse, deux autres rhomboèdres plus aigus, le dodécaèdre métastatique, le prisme hexaèdre surmonté des faces du rhomboèdre, et quelques autres ; et il est à remarquer que ces formes dérivent du rhomboèdre de 106° 15', ce qui lui donne une valeur réelle et spécifique, tout à fait indépendante du rhomboèdre de la chaux carbonatée.
La dolomie pèse de 2,859 à 2,878; elle raie la chaux carbonatée rhomboédrique ; mais elle est un peu moins dure que l'aragonite. Elle possède (surtout lorsqu'elle se présente en incrustations cristallines et arrondies sur d'autres substances) un éclat nacré trèsprononcé, qui lui a valu le nom de spath perlé. On l'a nommée aussi chaux carbonatée lente, parce qu'elle se dissout très-lentement et avec une effervescence peu sensible dans les acides. La dissolution, après avoir été précipitée par l'oxalate d'ammoniaque, et môme par un sulfhydrate alcalin, pour se débarrasser du fer et du manganèse, forme encore un précipité blanc par la potasse caustique.
La dolomie peut se présenter en grandes masses saccharoïdes analogues par leur blancheur et leur éclat au marbre de Carrare ; mais, bien loin d'en avoir la solidité, les petits cristaux dont elle est composée paraissent comme isolés ou mal soudés, et se désagrègent très-facilement. On trouve également de la dolomie compacte et de la dolomie terreuse.
La dolomie forme des dépôts considérables dans un grand nombre de terrains. On la trouve d'abord dans des terrains trèsrapprochés des primitifs, comme aux environs du Saint-Gothard, où elle forme des couches puissantes intercalées avec des micaschistes ou des roches serpentineuses. Il en existe aussi de gran- I des masses dans les terrains secondaires, principalement dans le calcaire pénéen qu'elle remplace même quelquefois entièrement, comme en Angleterre : on en trouve encore dans le lias, dans le calcaire jurassique, et môme, à ce qu'il parait, au milieu de la craie du terrain de Paris. Dans presque toutes ces positions, on a remarqué que la dolomie se trouvait en relation avec des ro-. ches ignées, telles que des ophites, des amygdaloïdes et des basaltes, d'où l'on a inféré qu'elle était le résultat de la transformation du carbonate de chaux des terrains de sédiment en carbonate double de chaux et de magnésie; transformation opérée, lors de l'expulsion de ces roches ignées, par voie de cémentation, au moyen d'un effluve de particules magnésiques sorti simultanément du sein de la terre.