MINÉRAUX PROPREMENT DITS
Dans la classification des corps simples que nous avons adoptée, le silicium et le bore composent un genre tellement naturel qu’il est véritablement impossible en chimie d’étudier ces deux corps autrement que l’un auprès de l’autre. Tous deux, en effet, sont solides, fixes au feu, et peuvent être obtenus sous trois formes analogues à celle du carbone : ou amorphes , en une poudre brun foncé, privée de tout éclat métallique; ou en lamelles, qraphitoïdes; ou en cristaux. Tous deux forment par leur combinaison avec l’oxygène un acide peu soluble dans l’eau, fixe au feu, produisant par la voie sèche des sels fusibles et vitreux avec un grand nombre d’oxydes métalliques. Tous deux forment avec le fluor un gaz permanent et d’une forte acidité, et le chlore forme avec tous les deux des chlorides dont l’un, celui de bore, est un acide gazeux, et dont l’autre, celui du silicium, est un liquide acide et très-volatil. Enfin leurs oxydes, nommés acide borique et acide si -
licique, se combinent de la môme manière avec les éthers éthylique, mélhylique et amjlique, et forment des éthers composés de propriétés très- analogues ; de sorte que, malgré l’opinion de M. Ehelmen, auteur de la découverte de ces composés très-remarquables, je persiste à penser qu’on ne peut pas adopter pour les acides borique et silicique deux formules différentes. Et puisque l’acide borique, en raison de la composition du borax, ne peut guère être représenté autrement que par la formule BO3, il me semble qu’on doit aussi représenter l’acide silicique par SiO3. C’est donc celte formule que j’adopterai.
Le bore, pas plus que le silicium, ne se trouve à l’état natif dans la terre. Peut-être tous deux se trouvent-ils sous quelque état de combinaison non oxygénée, au-dessous des terrains primitifs et dans la masse encore fondue du globe ; mais, à la surface, ces deux corps n’existent que combinés à l’oxygène, et constituent les acides borique et silicique , qui tantôt sont libres et tantôt sont combinés aux bases oxygénées. Nous ne parlerons ici que de ces acides à l’état de liberté.
Acide silicique ou silice.
La silice est sans contredit la substance la plus abondante de la croûte solide du globe, et celle qui la forme principalement; car elle domine dans toutes les roches primitives et de transition dans les porphyres, les basaltes, les laves et les autres produits volcaniques. On la trouve également dans les grès et les argiles qui forment la plus grande masse des terrains de sédiment et d’alluvion. Mais ces différentes roches nous offrent, la plupart du temps, la silice h l’état de combinaison, et c’est de la silice pure ou peu mélangée que nous devons nous occuper présentement.
Ainsi restreinte, la silice se présente encore sous un grand nombre de formes, que l’on désigne ordinairement en masse sous le nom de quartz , et dont on distingue plusieurs variétés, qui sont :
Le quartz hyalin ou vitreux,
— agate,
— jaspe,
— silex,
— terreux.
Enfin la silice se trouve combinée avec de l’eau, ou à l'étal d 'hydrate, et constitue une espèce distincte qui offre encore plusieurs variétés.
Quartz hyalin ou vitreux.
Ce corps, lorsqu'il est transparent et incolore, porte communément le nom de cristal de roche et nous offre la silice à l’état de
purelé. Sa forme dominante est celle d’un prisme hexaèdre terminé par deux pyramides à six faces {fig. 64); mais sa forme primitive est un rhomboïde obtus, dont les angles dièdres culminants sont de 94° 15' et les angles dièdres latéraux de 85° 45' (/?„. 65).
On le trouve également sous forme d’un dodécaèdre triangulaire formé par la réunion de deux pyramides hexaèdres jointes base à base, sans prisme intermédiaire (fig. 66).
Le clivage est très-difficile à opérer, les cristaux ayant très-généralement une cassure irrégulière et conchoïde. On ne peut même obtenir le clivage qu’avec des cristaux noirs des montagnes de la Toscane, que l’on fait rougir au feu et que l’on plonge ensuite dans l’eau froide, afin de faciliter la Fig. 64. - Quartz hyalin en séparation des lames.
prisme hexaèdre pyramide. Le quartz pur est donc tout à fait incolore et transparent. Il pèse spécifiquement 2,653. Il raie la chaux fluatée, le verre et le feldspath, et fait feu avec le briquet; mais il est rayé par la topaze, le corindon
et le diamnt. Il fait éprouver h la lumière la double réfraction, mais seulement en allant d’une des faces de la pyramide à la face opposée du prisme. Il ne conduit pas l’électricité et prend l'électricité vitrée par le frottement de la laine. Il devient lumineux dans l’obscurité par le frottement réciproque de ses morceaux. II est infusible au chalumeau ordinaire au foyer du miroir ardent; mais il fond au chalumeau alimenté par le gaz oxygène. 11 est inattaquable par tous les acides, hormis
l’acide fluorhydrique quf le corrode et le dissout. Il se dissout à la chaleur rouge dans la potasse et la soude, et forme avec ces deux alcalis, mis ea excès, des sous-silicates solubles dans l'eau, d’où les acides précipitent la silice hydratée et gélatineuse (1).
Le quartz cristallisé pourrait être confondu à la vue avec la chaux phosphatée cristallisée en prisme hexaèdre pyramidé ( chrysolite ), si cè n’était sa dureté bien plus grande et sa pyramide plus aiguë. Ainsi, la chaux phosphatée est rayée par le feld>palh, et les faces de la pyramide font avec les faces du prisme un angle de 120° 13', tandis que le quartz raye le feldspath et offre des angles correspondants de 141° 40'.
Le quartz taillé en diamant simule assez bien ce dernier corps; mais le quartz ne pèse que 2,633, et est rayé par la topaze et le corindon, tandis que le diamant pèse 3,3, raye les deux corps désignés, et offre un éclat de surface bien plus considérable, qui lui est particulier, et qui porte le nom d’éclat adamantin.
Quelquefois les cristaux de quartz offrent des cavités intérieures disposées sur un même plan et qui contiennent soit de l’eau, soit du naphte, soit un gaz qui parait de l’azote, et quelquefois ces trois corps ensemble. Quelquefois aussi le quartz se présente sous des formes qui appartiennent à d’autres minéraux qu’il a remplacés peu à peu dans le lieu qu’ils occupaient. C’est ainsi qu’on le trouve modelé en chaux carbonatée métastatique, dans le département des Côtes-du-Nord;
En chaux carbonatée équiaxe à Schneeberg en Saxe ;
En chaux sulfatée lenticulaire dans les couches de marne des collines de Passy ;
En chaux flualêe cubo-oclaèdre, en fer oxydé primitif, etc. ;
Enfin, le quartz qui provient de la destruction des terrains anciens’ par les eaux de la mer ou des fleuves, se trouve sous forme de galets ou de cailloux roulés et plus ou moins arrondis (tels que les cailloux du Rhin, de Cayenne, de Médoc, etc ), ou bien sous la forme de sable plus au moins fin, qui constitue des terrains modernes d'une étendue très-considérable; et ce sable,, lorsqu’il se trouve agglutiné et solidifié par une infiltration de carbonate de chaux (qui communique quelquefois à la masse sa forme rhomboédrique), constitue une espèce de grès, tel que celui de Fontainebleau, qui sert au pavage des rues de Paris. Le grès n’est pas toujours calcaire. Le plus estimé ne l’est pas. Les grains de quartz sont agglutinés par un ciment siliceux.
Le quartz est souvent coloré par des oxydes métalliques qui, en raison de leur faible quantité, ne lui ôlent pas sa transparence.
(t) Il faut souvent chauffer le mélange ft l’ébullition pour opérer la précipitation de r acide silicique.
78 FAMILLLE DU SILICIUM.
Alors il imile certaines pierres précieuses dantil usurpe le nom.
Ainsi on donne le nom d 'améthyste ou de quartz améthyste au quartz coloré en violel par de l’oxyde de manganèse, tandis que la vraie améthyste orientale est du corindon ou albumine cristallisée de couleur violette.
Le quartz rose, dit rubis de Bohême, est une très-jolie pierre fort rare que l’on croit aussi colorée par du manganèse.
Le quartz jaune, ou topaze dinde, est sous forme de petites masses roulées que l’on fait passer pour des topazes du Brésil. Celles-ci sont un fluosilicate d’alumine. Quant à la topaze orientale, c’est du corindon jaune. On suppose que le quartz jaune est coloré par de l’oxyde de fer.
Quartz enfumé, dit topaze de Bohême ou diamant (TA lençon. Pierre assez commune, mais d’une belle transprrence et d’un bel effet de lumière, qui parait colorée par.une matière organique.
Indépendamment des variétés précédentes, le quartz est quelquefois mélangé de matières diverses qui lui ôtent sa transparence. Ainsi on en trouve de noir coloré par une matière carbonée; de blanc laiteux, devant sa couleur et son opacité à un mélange intime de carbonate de chaux ; de rouge jaunâtre, quartz hématoïde ou hyacinthe de Composteile, coloré par de l’oxyde de fer hématite. Ces trois variétés sont généralement en prismes hexaèdres pyramidés très-réguliers. La dernière tire son nom hyacinthe de Composteile, du lieu d’Espagne où on la trouve, et dé l’usage qu’on en faisait autrefois pour les compositions de pharmacie, au lieu de la vraie hyacinthe de Ceylan. Le môme quartz liémtaoïde massif et non cristallisé se nomme sinople,
Qartz aventuriné, ou aventurine. Matière siliceuse, rougeâtre ou verdâtre, offrant des points scintillants dus à la réflexion de la lumière à la surface des particules distinctes dont la pierre est composée. D’autres fois cette scintillation est produite par des paillettes de mica disséminées dans le quartz. On imile assez bien l’avenlurine avec un verre coloré mélangé de limaille de cuivre.
Quartz jaspé.
Translucide, à cassure terne et cireuse, mais susceptible de prendre un poli brillant ; dureté aussi grande que celle du quartz hyalin; couleurs variables souvent vives et tranchées; blanchit et devient opaque à une haute température, sans dégager sensiblement d’eau.
Le quartz agale reçoit différents noms, suivant sa couleur ; ainsi on nomme calcédoine celui qui est doué d’une transparence nébuleuse uniforme, avec une teinte blanchâtre ou bleuâtre ou
verdâtre. On en connaît une variété de Kapnik, en Transylvanie, d’une couleur azurée, et nommée saphirine, qui sè présente sous forme de cristaux agglomérés en plaques plus ou moins épaisses. D’après Haüy, ces cristaux sont des rhomboèdres presque cubiques et appartiennent en propre à la calcédoine ; suivant d’aulres minéralogistes, ce sont des cubes appartenant primitivement à du fluorure de calcium qui a été remplacé par de la calcédoine.
La calcédoine est souvent colorée en brun noirâtre par une matière carbonée qui peut s’y trouver uniformément répandue, ou disposée en dendrites, en zones, etc. ; on dit alors qu'elle est enfumée , ponctuée , herborisée, zonée, rubanée, etc. La calcédoine zonée porte spécialement le .nom d 'onyx (mot grec qui signifie ongle), parce qu’il est facile, en la taillant, d’y produire des taches arrondies d’une des couleurs sur l’autre; mais son plus grand usage est pour la gravure des camées, qui offrent une figure en relief prise dans l’une des couches de la pierre, sur un fond différent, formé par la couche immédiatement inférieure.-
Cornaline : c’est une agale d’un rouge orangé assez homogène. Elle devient opaque à une forte chaleur, sans perdre sa couleur rougeâtre, à moins que des vapeurs combustibles ne viennent réduire le peroxyde de fer qui la colore. Elle contient aussi un peu d’alumine.
On nomme sardoine une agale qui doit sa couleur brun orangé foncé au mélange des deux matières colorantes de l’onyx et de la cornaline.
Prase ou chrysoprase : agate colorée en vert-pomme par de l’oxyde de nickel.
Le quartz hyalin se trouve dans tous les terrains, mais surtout dans les terrains primitifs, dont il remplit les fissures et où on le trouve souvent cristallisé et servant de gangue aux substances métalliques. Le quartz agale appartient plutôt aux terrains volcaniques anciens, de nature trappéenne, comme en Auvergne, en Irlande, en Islande, en Sicile, dans le duché des Deux-Ponts, le Palatinat, etc. Il est le plus ordinairement en masses concrétionnées ou en nodules formés de couches concentriques, qui paraissent s’être déposées et solidifiées en allant de la circonférence au centre, et qui offrent souvent au milieu une géode occupée par du quartz cristallisé ou par d’autres substances telles que du soufre ou de la chaux carbonatée. On fabrique avec les différentes variétés d’agate des objets d’ornements, des bijoux et des mortiers pour l’analyse chimique. Presque tous ces objets viennent aujourd’hui d’Oberslein, dans la Prusse rhénane.
Quartz jaspe.
Il diffère du quartz agate par son opacité, par ses couleurs quelquefois uniformes, souvent variées et rubanées, mais non concentriques. Il contient toujours beaucoup d’alumine et d’oxyde de fer et est quelquefois magnétique.
Le jaspe constitue quelquefois des collines entières, sous forme de bancs épais et continus. C’est à lui également qu’il faut rapporter la plupart des bois silicifiés ou qui, s’étant détruits' peu à peu dans le sein de la terré, ont été remplacés, molécule à molécule, par du quartz qui en a prix exactement la forme et la structure; on en trouve au si cependant changé en calcédoine ou en quartz hydralé.
Quarts silex ou silex.
Quartz translucide sur les bords, à cassure terne, de couleurs ternes et non concentriques, à pâle moins tine que celle des agates et non suscepiible de poli. On en distingue trois variétés nommées silex corné, silex pyromaque, silex molaire .
Silex corné, kératite , hornstem in fusible des Allemands. Snb'tance rayant fortement le verre, tenace, à cassure droite, mais inégale et comme esqudleuse. Elle présente la translucidité de la corne et ressemble à une matière gélatineuse endurcie. Un trouve cette variété de silex à peu près dans tous les terrains; par exemple remplissant en partie les liions de la mine de plomb de Huelgnét (Finistère); dans le calcaire compacte lin des environs de Grenoble, dans les assises inférieures du terrain crétacé, dans le calcaire grossier et dans le calcaire siliceux du bassin de Paris, et enfin dans le terrain d'eau douce supérieur du môme terrain. H renferme dans ces dernières positions des coquilles marines ou d’eau douce, des graines de Churu et d’aulres débris organiques qui ont été pénétrés et agglutinés au moyen de la substance siliceuse.
Silex fiyromaqu ■ ou pierre à fusil. Silex translucide à pâte uniforme. de couleme nouâire, roug' âlre, blonde ou verdâtre; il est divisible par le choc en fragments conchoïdes et à arôtes tranchantes, qui, frappées sur l’acier, en tirent de vises étincelles. Ce silex contient euvion 0,01 d’eau interposée qui est néce.-sure 4 son emploi, et sans laquelle ou ne pourrait pas le tailler, car. lorsqu’on le laisse exposé à l’air sec, il devient plus op aque, et perd sa cassure concboïde pour en prendre une fragmentaire ; il blanchit et devient opaque par I application du feu. U11 le trouve surtout dans la craie sous forme de rognons isolés, mais disposés par lits horizontaux.
Le silex molaire ou pierre meuliere, se trouve dans certains ter-
rains tertiaires, lacustres ou d’eau douce, supérieurs au gypse à ossements et au terrain de sable ou de grès marin qui le recouvre. Telle est spécialement sa position géologique dans le bassin de Paris, qui offre les meulières les plus estimée et dont on fait un commerce qui s’étend à toutes les parties du monde. Les plus belles viennent de la Perté-sous-Jouarre.
La pierre meulière se trouve en bancs peu épais et souvent interrompus ; sa texture est le plus souvent cellulaire, et les cellules sont très-irrégulières et souvent traversées par des lames ou des fibres grossières de silex.
La cassure de ce silex est droite, et il est plus difficile à casser et plus tenace que le silex pyromaque. Il est faiblement translucide, d’une couleur terne, blanchâtre, jaunâtre ou rougeâtre.
A la Ferté-sous-JoUarre, l’exploitation de la meulière se fait à découvert. Lorsqu’on est parvenu au banc de silex, on taille dans la masse un cylindre qui, selon sa hauteur, doit fournir une ou deux meules, rarement trois. Oncreuse sur la circonférence du cylindre une forte rainure qui détermine la hauteur de la meule, et on y fait entrer de force des calles de bois et des coins de fer, qui séparent la meule. Une belle pierre de la Ferté se vend jusqu’à 1,200 francs. Les morceaux d’un certain volume ne sont pas perdus; on les taille en parallélipipèdes et on en forme des meules assujetties au moyen de cercles de fer.
Le silex molaire qui ne se trouve pas en bancs assez continus pour qu’on en fasse des meules sert aux constructions, principalement pour les parties exposées à l’humidité. Il se lie trèsbien avec le mortier. Telles sont les meulières de Montmorency, Sanois, Gormeil et Meudon.
Quartz terreux.
Les différentes variétés de silex disséminées dans les terrains calcaires sont ordinairement recouvertes d’une couche mince, blanche, opaque et d’apparence terreuse, que l’on prendrait en apparence pour de la craie, mais qui est de la silice sensiblement pure. Ces silex eux-mêmes, par suite de quelque circonstance qui n’a pas permis au suc siliceux de s’isoler complètement du milieu calcaire, peuvent offrir tous les degrés possibles d’opacité et d’apparence terreuse, et il n’est pas rare d’en trouver des rognons plus ou moins translucides, denses et tenaces au centre, qui se convertissent peu à peu à l’extérieur en une matière trèsblanche, opaque, légère, happant à la langue, et dont la masse est souvent considérable. Cette substance contient environ 20 p. 100 de carbonate de chaux et le reste en silice blanche et anhydre.
Guibovht, Drogues, 7« édit. T. I. — 6
Enfin, il peut arriver que le carbonate de chaux se trouve éliminé après la formation du mélange précédent, et laisse la silice sous la forme de rognons poreux et légers, qui ont reçu le nom de quartz neetiquece qui veut dire surnageant l'eau. Ce quartz se trouve principalement à Saint-Ouen, près de Paris, dans un terrain de marne d’eau douce. Il se présente sous forme de masses sphéroïdales ou tuberculeuses, opaques, blanches ou grises, à cassure facile et inégale. Il est plus léger quê l’eau et la surnage jusqu’à ce que l’imbibition l’ait rendu plus pesant. Yauquelin l’a trouvé composé de 0,98 de silice et 0,02 de carbonate de chaux.
Quartz thermogène. On donne ce nom à la silice terreuse qui forme les parois des sources bouillantes du Geiser en Islande, et qui provient de celle qui était dissoute dans l’eau ; la température à laquelle cette silice se sépare de l’eau la rend anhydre. Elle forme des masses concrétionnées et ondulées qui empâtent fréquemment des plantes, à la manière des eaux calcaires incrustantes.
Quartz hydraté ( quartz résinite, Haüy).
C’est de la silice contenant de 6 à 10 centièmes d’eau combinée ; il est quelquefois presque transparent ; mais il a le plus souvent un aspect laiteux ou gélatineux, avec des reflets plUs ou moins vifs. Dans tous les cas, il blanchit au feu, et perd en poids la quantité d’eau qu’il contient. Sa pesanteur spécifique varie, en raison des oxydes métalliques qui s’y trouvent mélangés ; mais elle est généralement moindre que celle du quartz et ne dépasse pas 2,11 à 2,35. 11 a une cassure conchoïde, luisante, semblable à celle de la résine. Il ne fait pas feu avec le briquet eL est rayé par une pointe d’acier. On en distingue plusieurs variétés.
Hyalite : substance mamelonnée, d’un gris de perle, presque transparente, contenant de 6 à 8 centièmes d’eau. On la trouve à la surface ou dans les fissures de roches d’origine ignée (trachyles et basaltes). Elle provient, à n’en pas douter, de la silice dissoute dans les eaux chargées de soude des terrains volcaniques, et déposée à l’état gélatineux, sous la forme de petites concrétions globuliformes aplaties ; telle est celle de Bohüniez, en Hongrie.
Girasol : aspect gélatineux, d’un blanc bleuâtre, avec des reflets rougeâtres ou d’un jaune d’or, lorsqu’on le regarde au soleil.
Opale noble : substance d’un très-haut prix, d’apparence laiteuse et d’une teinte bleuâtre, mais offrant des reflets irisés qui jaillissent de son intérieur et produisent les teintes les plus vives et les plus variées.
Résinite : silice hydratée en rognons quelquefois trôs-volumi-
ACIDE SILICIQUE OU SILICE, neux, translucide ou opaque, contenant toujours de l’alumine et de l’oxyde de fer. On en trouve de toutes les couleurs, de blanches, de jaunâtres, de jaunes roussâlres, de brunes, de vertes, de roses, etc. Les variétés blanchâtres et roussâlres ressemblent, à s’y méprendre, à des gommes-résines végétales.
Ménilite : variété de quartz hydraté particulière au terrain de Paris, et qui tire son nom de la butte de Ménilmontant, où on la trouve principalement au milieu d’une marne argileuse et magnésienne. Elle se présente en masses fissiles ou en rognons mamelonnés et déprimés, d’un gris bleuâtre ou jaunâtre. Sa cassure est d’un gris brunâtre, un peu conchoïde et luisante ; elle pèse 2,18 ; elle contient 0,11 d’eau et de la magnésie.
Hydrophane : cette substance n’est autre chose que de l’opale devenue poreuse et opaque par la perte de son eau d’hydratation. Elle reprend une certaine transparence lorsqu’on la plonge dans l’eau, ce qui lui a valu son nom.
Cacholong : quartz presque opaque et d’un blanc d’ivoire, à cassure unie, luisante ou terne, happant souvent à la langue, qui paraît être produit par la déshydratation d’un quartz résinite.
Silice hydratée terreuse : substance blanche ou jaunâtre, tendre et friable comme la craie, qui se distingue du quartz terreux, dont il a été question précédemment, par son état d’hydratation et par sa solubilité dans les solutions d’alcalis caustiques. Od en trouve des couches puissantes à Bilin, en Bohême, à Ebstorf, dans le Hanovre, à Ceissat et à Randan, dans le département du Puy-de-Dôme. Ce qu’il y a "de remarquable dans l’origine de cette silice, c’est qu’elle paraît être entièrement formée de dépouilles d’animaux infusoires. Elle contient de 10 à 16 pour 100 d’eau. La terre pourrie d’Angleterre, qui se trouve en couches épaisses sur la chaux carbonatée compacte, près de Bakewel en Derbyshire, est probablement de même nature; elle est d’un gris cendré, très-fine et très-estimée pour polir les métaux.
Le tripoli est une silice terreuse, qui paraît encore avoir une origine semblable, mais qui a subi l’acLion d’une forte chaleur par le voisinage des volcans ou des houillères embrasées, ce qui a changé l’état d’agrégation de la silice. Le plus estimé vient de l’île de Corfou. 11 est schisteux, rougeâtre, imprégné d’une petite quantité d’acide sulfurique ou de persulfate de fer qui le rend très-hygrométrique. On en trouve d’analogue à Ménat, près de Riom (Puy-de-Dôme), à Yalckeghem, près d’Oudenarde, en Belgique ; en Toscane, en Saxe, etc. Dans les arts, on donne indifféremment le nom de tripoli à toutes les silices fines et terreuses qui peuvent servir à polir. Mais il faut alors en distinguer de trois sortes : 1° ceux qui sont anhydres et produits par voie chimique ;
gi FANILLE DU BORE.
ils peuvent être considérés comme une modification des silex; 2° ceux qui sont hydratés et produits par voie de sédiment, avec les dépouilles d’innombrables infusoires qui ont habité les eaux où ils se sont formés ; 3° ceux qu’on présume d’origine semblable, mais qui ont subi l’action du feu des volcans ou des houillères.
Acide lioriauo.
L’acide borique a longtemps été un produit de l’art. On le retirait du borate de soude par l’intermède de l’acide sulfurique. Aujourd'hui, au contraire, on fabrique le borax avec l’acide borique que l’on retire des lagoni de Toscane, où il a été observé, pour la première fois, en 1776, par Hoefer et Mascagni.
En 1819, Lucas fils l’a également trouvé cristallisé dans le cratère du Vulcano, qui est une des îles Lipari. Il y forme des croûtes de 2 à 3 centimètres d’épaisseur, mélangées de soufre. On n’aurait presque qu’à le ramasser pour le livrer au commerce.
Les lagoni de Toscane sont des lacs boueux qui doivent leur formation à des bouches de vapeur d’eau qui prennent naissance à ce qu’il paraît, dans des terrains de transition profondément situés, et qui traversent les terrains supérieurs pour se faire jour au dehors. Cette vapeur d’eau entraîne avec elle un volume considérable de gaz, composé principalement d’acide carbonique et d’azote, mais contenant aussi un peu d’oxygène et d’acide suifhydrique ; et elle entraîne de plus une petite quantité d ‘acide bo rique, et des sulfates de fer, de chaux, d'alumine , de magnésie et d! ammoniaque. Autrefois celte vapeur se condensait en partie sur le sol qui entoure l’ouverture, le délayait et en formait une boue liquide et bouillante, chargée des corps susnommés. Aujourd’hui, on la reçoit dans des bassins glaisés, creusés dans le sol même sur l’ouverture des suffioni, et disposés en gradins, suivant l’inclinaison du terrain. On fait parvenir de l’eau de source dans le bassin supérieur, où elle se charge des principes fixes amenés par la vapeur. Après vingt-quatre heures, on la fait écouler dans le second bassin, où elle reste le même temps, puis dans un troisième et dans un quatrième ; et comme on remplace ù chaque fois le liquide supérieur par de l’eau, l’opération marche sans interruption. La solution sortie du quatrième bassin, et marquant seulement 1 degré ou 1 degré 1/2 au pèse-sel deBaumé, est mise à reposer dans un réservoir, puis écoulée dans une sérié de chaudières en plomb, très-étendues et peu profondes, chauf.
fée par-dessous avec la vapeur môme des suffioni ;-de sorte que le feu est banni de cette exploitation, qui, bien dirigée, produit jusqu’à 3000 kilogrammes d’acide borique par jour. Mais cet acide contient de 18 à 25 pour 100 de matières étrangères, dont on peut le séparer en le faisant redissoudre et cristalliser plusieurs fois, ou mieux en l’amenant à l’état de borax, dont on le retire ensuite par l’intermède de l’acide chlorbydrique.il est alors sous forme de petites paillettes éclatantes, peu sapides et trèspeu solubles, qui contiennent 3 atomes doubles d’eau, ou 53, 62 pour 100. Chauffé à 100 degrés, il perd la moitié de cette eau et n’en conserve que 27, 9 pour 100. Enfin, fondu au feu jusqu’à ce qu’il cesse de se boursoufler, et qu’il soit en fonte tranquille, il perd toute son eau et prend, en se refroidissant, la forme d’un verre incolore et transparent, composé de
Bore . 136,204 31,19
Oxygène . 300 68,81
FAMILLE DU CAllBONE.
Carbone pur ou Diamant.
Corps vitreux, eu cristaux plus ou moins parfaits qui dérivent de l’octaèdre régulier. Ainsi, on le trouve cristallisé en octaèdre {fig. 67) en cube, cubo-octaèdre, cubo-dodécaèdre, dodécaèdre rhomboïdal {fig. 68), enfin sous forme d’un solide sphéroïdal {fig. 69), terminé par quarante-huit facettes triangulaires curvilignes, dont six répondent à chacune des faces de l’octaèdre.
Pesanteur spécifique 3,52. Dureté plus grande que celle de tous les corps ; il les raye tous, môme le corindon, et n’est rayé par aucun. Réfraction simple, mais trèsforte, qui avait fait penser à Newton que le diamant devait être combustible. Cette opinion avait été rendue plus probable, en p 1694, par les académiciens de Florence qui, ayant exposé le diamant au feu du miroir ardent, virent qu’il paraissait y brûler et qu’il y disparaissait. Après eux, plusieurs chimistes français prouvèrent cette combustibilité en montrant que le diamant ne disparaissait ainsi qu’autant qu’il avait le contact de l’air; mais la nature n’en fut véritablement connue que lorsque Lavoisier montra que le produit de la combustion
Ht/
était de l’acide carbonique ; et que, par conséquent, le diamant
était du carbone à l’état de pureté (t).
Le diamant jouit d’un éclat très-vif et, en quelque sorte, demi-
métallique, auquel on donne le nom d’éclat adamatin; il prend l’électricité vitrée par frottement.
Gisement. — Le diamant se trouve dans des dépôts qui appartiennent aux terrains de transport (terrains clysmiens, Br.), c’està-dire qui ont été formés à une époque où les eaux paraissent avoir envahi violemment les continents et les avoir labourés dans toute leur étendue; d’où il est résulté que les substances tendres ont été broyées, tandis que les plus dures, ou les plus ductiles,
(1) On fait généralement honneur à Newton d’avoir deviné le premier la combustibilité du diamant ; mais cet honneur revient à Anselme Boéce de Boot.
Le propre du vrai diamant, dit Boéce de Boot ( Parfait Joaillier, Lyon, 1644), est de recevoir la teinture , qui s'y applique et s’y unit tellement que les rayons qu’il jette en sont considérablement augmentés. Aucune autre pierre précieuse ne produit cet effet. Or, cette teinture se fait avec du mastic épuré, noirci avec un peu de noir d’ivoire, Le diamant chauffé, étant appliqué sur ce mastic un peu chauffé lui-même, il y adhère incontinent d’une vraie et forte union que toutes les autres pierres précieuses repoussent. « J'estime que cétte mutuelle union du diamant et du mastic procède d'une ressemblance dans leur matière et qualités; car les choses semblables se plaisent et.s’unissent avec leurs semblables. Ainsi les choses aqueuses se mêlent aux aqueuses, les huileuses avec les huileuses, les ensoufrées avec les ensoufrées (pour parler en chimiste). Los choses qui ont une matière dissemblable ne se conjoignent pas : ainsi l’eau ne peut être mêlée à l’huile, quoique l’huile soit liquide, parce qu’elle est de la nature du feu. La gomme de cerisier peut se dissoudre dans l’eau, cause qu’elle est do la matière de l’eau ; la gomme de mastic jamais, parce qu’elle est de la nature du feu (combustible), et pour cette raison elle est jointe facilement A l'huile, comme toutes les choses qui sont de la nature du feu et qui peuvent être facilement changées en flamme. Donc, puisque le mastic, qui est de nature ignée, peut être uni facilement au diamant, c'est un signe que cotte union se fait h cause de la ressemblance de la matière, et que la matière du diamant est ignée et sulfurée : que celui à qui mon opinion ne satisfera pas en donne une meilleure. »