‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou Cours d'histoire naturelle professé à l'École supérieure de pharmacie de Paris. Tome premier (volume 2)Chapitre 51 sur 194 · ANTIMOINE OXYDÉ · texte numérisé non relu

ANTIMOINE OXYDÉ

à lui seul des filons plus ou moins puissants qui traversent les roches primitives, telles que le gneiss, le granité et le micaschiste. On le trouve aussi comme principe accidentel dans beaucoup de filons métalliques, surtout argentifères. Alors ses gangues les plus ordinaires sont le quartz, le feldspath, la baryte sulfatée et la chaux carbonatée. On le rencontre, en France, principalement à Dèze (Lozère), à Malbosc (Ardèche), à Massiac et Lubillac (C intal), à Portes (Gard), etc. La Hongrie, la Bohême, la Saxe, l’Angleterre, la Suède, en possèdent des mines encore plus abondantes.

Le sulfure d’antimoine est souvent combiné dans la nature à d’autres sulfures métalliques que Haüy regardait comme accidentels, de sorte qu’il formait de ces combinaisons un simple appendice au sulfure pur. Aujourd’hui même encore on regarde comme du sulfure d’antimoine le sulfure cylindroïde ou bacillaire , mentionné ci-dessus, dont les bâtons prismatiques, souvent courbés ou infléchis, et d’une apparence de plomb métallique, contiennent une quantité notable de sulfure de plomb. J'ajouterai également que, suivant l’observation de Serullas, le sulfure d'antimoine naturel contient presque toujours une petite quantité de sulfure d’arsenic, dont on ne tient pas compte pour sa spécification minéralogique; mais, quant aux combinaisons bien définies du sulfure d’antimoine avec les sulfures d’argent, de plomb, de cuivre ou de nickel, dans lesquelles ceux-ci jouent le rôle de base par rapport au premier, nous les rangerons comme espèces distinctes dans la famille du métal le plus positif, soit argent, plomb, cuivre, ou nickel.

Antimoine oxydé.

Il existe deux oxydes d’antimoine naturels : l’un Sb2Û3, répond à l’oxyde de l’émétique et de la poudre d’algaroth ; il est blanc ou grisâtre, comme nacré, facile à entamer avec le couteau, fusible à la flamme d’une bougie et volatil au chalumeau. Il offre une structure lamelleuse, ou se présente en petites aiguilles divergentes, ou bien enfin il est tout à fait terne et amorphe.

Cet oxyde était, il y a quelques années, une rareté minéralogique; on en voyait quelques échantillons venus de Bohême, de Saxe, de Hongrie, d’Allemont, dans l’Isère : il en vient maintenant en abondance de la mine de Serisa, dans la province de Constantine.

Dans le voisinage de cette mine, on a ouvert une autre exploitation, d’où l’on extrait un oxyde d’antimoine différent du précédent. Il cristallise en octaèdres, comme celui qu’on obtient dans les laboratoires. 11 forme des masses cristallines à éclat vitreux et est composé de : antimoine 84,32, oxygène 15, G8.

L’autre degré d’oxydation de l’antimoine est l’acide antimonieux, Sb20*. Il est blanc ou jaune, nacré, pulvérulent, infusible au feu. Il contient de l’eau que la chaleur en sépare dans un tube ' fermé.

Cet acide antimonieux paraît provenir de la décomposition du sulfure d’antimoine à la surface duquel on le trouve, et dans lequel l’oxygène s’est substitué au soufre, non pas atome à atome, mais quatre atomes pour trois, et pour la raison que j'indiquerai tout à l’heure. On trouve ainsi, parmi les minéraux, un assez grand nombre d’exemples de transformation par laquelle un composé perd un ou plusieurs principes, qui disparaissent sans qu’on sache ce qu’ils deviennent, et qui se trouvent remplacés par un ou plusieurs autres. Généralement celte substitution se fait de la circonférence au centre, et il n’est pas rare que le nouveau composé conserve la forme cristalline de l'ancien, ou que la surface des cristaux soit changée de nature, tandis que l'intérieur a conservé la sienne. On nomme ce singulier phénomène épigénie; il paraît dû à une influence électrique de la nature de celle qui opère la substitution d’un métal à un autre dans une dissolution métallique.

Antimoine oxjNulfurè.

Nommé aussi kermès natif, à cause de sa couleur et de sa composition semblables à celles du kermès minéral des chimistes. Car il est remarquable que, bien qu’on doive souvent considérer le kermès des officines comme un mélange d’oxyde et de sulfure d'antimoine hydraté, cependant l’analyse l’a presque toujours .trouvé composé d’une' molécule d’oxyde sur deux de sulfure. Telle est aussi la composition du kermès natif, que M. H. Rose a trouvé formé de :

Oxyde d'antimoine . 30,14 1 moléc.

Sulfure d’antimoine . 2

Soit SbW + 2 Sb2S3.

Cette substance paraît provenir de l’altération du sulfure d’antimoine par l’air, et voici comment je m’explique la diversité des résultats auxquels cette oxydation peut donner lieu. Le protoxyde d’antimoine ne me paraît se former qu’à la surface de l’antimoine natif, comme à Allemont (Isère), et il est le seul qui puisse en effet se former dans celle circonstance.

L’oxysulfure d’antimoine se forme par l’action de l’air humide sur le sulfure, lorsque ce sulfure est pur; parce que, là encore, il n’y a aucune raison pour que l’antimoine passe à un degré supé-

ANTIMOINE OXYSULFURÉ. 133

rieur d’oxydation, et que le protoxyde, une fois formé, a d’ailleurs une tendance manifeste à se combiner à deux molécules de sulfure, ce qui met une borne à la décomposition ultérieure de celuici. Mais si le sulfure d’antimoine contient, le sulfure d’un métal électro-positif, notamment celui de plomb ; en raison de la forte alcalinité de l’oxyde de plomb, l’antimoine absorbera un autre atome d’oxygène et passera pour le moins à l’état d 'acide antimonieux. Aussi n’esl-ce guère qu’à la surface du sulfure d’antimoine plombifère et quelquefois ferrifère, cuprifère, nickélifère, que l’on observe la formation de l’acide antimonieux; ajoutons que ce produit épigénique, contenant toujours une quantité notable de la base qui en a déterminé la formation, doit être considéré plutôt comme un antimonile que comme de l’acide natif.

Disons maintenant quelques mots de l’exploitation des mines d’antimoine.

Le sulfire est seul assez abondant pour faire le sujet de cette exploitation, et c’est lui qui fournit les produits antimoniques du commerce. On le prive de sa gangue à l’aide de plusieurs procédés dont le plus ancien, qui est encore assez généralement suivi, est celui-ci :

On enfonce en terre un grand creuset jusqu’à son bord, et on y fait entrer à moitié un autre creuset plus grand, percé de trous à son fond. On remplit ce dernier de minerai, et on le chauffe en l’entourant de feu : le sulfure, étant bien plus fusible que sa gangue, se fond seul, et coule dans le creuset inférieur, où il cristallise en refroidissant. Il est alors tel qu’on le voit dans le commerce, en masses formées d’aiguilles parallèles, très-longues, très-brillantes et d’un gris bleuâtre. Il pèse environ 4,3 ; il donne une poudre noire, et jouit des autres propriétés précédemment indiquées.

Pour obtenir l’antimoine métallique, ou le régule d’antimoine, comme on le nommait autrefois, on prend le sulfure puriüé comme je viens de le dire; on le concasse, on le mêle avec un peu de charbon, et on le grille dans des fours à une chaleur trèsmodérée, afin de ne pas le fondre. Mais, à mesure que le soufre se dégage et que l’antimoine s’oxyde, la matière devient moins fusible, et on augmente un peu le feu. On continue ainsi jusqu’à ce que le sulfure soit converti en une matière d’un gris terne qui est un mélange, plutôt qu’une combinaison, d’oxyde d’antimoine et de sulfure non décomposé.

Suivant un ancien procédé, qui est encore employé dans quelques usines, on mêle celte matière grise avec partie égale de tartre brut pulvérisé, et on projette le tout dans les creusets rouges. L’acide tartrique et la matière colorante du tartre étant composés

FAMILLE DE L’ANTIMOINE, de principes combustibles non saturés d’oxygène, réduisent l'oxyde d’antimoine, en même temps que la potasse du même tartre s’empare du soufre du sulfure. Le résultat de cette double réduction est un culot métallique recouvert de scories qui contiennent du sulfure de potassium Uni à de l’antimoine sulfuré. Aujourd’hui on remplace assez généralement le tartre rouge par du charbon imprégné de carbonate de soude. En suivant l’ancien procédé, l’antimoine contient du potassium; d’après le nouveau, il contient du sodium, et dans tous les deux il renferme, en outre, un peu de fer, et demande à être purifié. A cet effet, on le pulvérise, on le mêle avec un tiers de son poids de sulfure grillé, et on le fond de nouveau dans un creuset. On le sépare ainsi des deux métaux étrangers, et on le coule dans des vases hémisphériques, où il prend la forme de pains aplatis, qui offrent à leur surface une cristallisation très-marquée, disposée en étoile ou en feuilles de fougère. Il est d’un blanc un peu bleuâtre très-éclatant, à structure lamelleuse, et cassant. Il pèse 6,70; se fond à la chaleur rouge, et se volatilise à l’air, qui le change en protoxyde fusible, volatil lui-même et cristallisable, autrefois nommé fleurs argentines d'antimoine.

Oxyde d'antimoine sulfuré demi-vitreux. — Ce composé porte communément le nom de Crocus; mais ce n’est pas le crocus metallorum ou safran des métaux des anciennes pharmacies. On préparait celui-ci en fondant dans un creuset parties égales de nitrate de potasse et de sulfure d’antimoine, et lessivant le produit jaune saie ou foie d'antimoine qui en résultait. L’eau dissolvait le sulfate de potasse et le sulfure de potassium formés pendant l’opération, plus un peu d’oxysulfure d'antimoine; mais la plus grande partie de celui-ci restait en poudre insoluble d’un jaune rougeâtre, c’était là le safran des métaux. Aujourd’hui on prépare cet oxy-sulfure en fondant simplement dans un creuset le mélange gris d’oxyde et de sulfure d’antimoine, qui résulte du grillage du sulfure. Par la fusion les deux composés antimoniques s’unissent, et forment un corps qui, en refroidissant, devient cassant et opaque.

L’oxysulfure d’antimoine opaque est d’un gris foncé, éclatant, à cassure conchoïde. Sa poudre, qui est brune, se fond sur les charbons en répandant l’odeur du soufre qui brûle. Traité par l’acide chlorhydrique, il donne lieu à un dégagement de gaz sulfhydrique, et à un dissoluté d'antimoine qui forme un précipité blanc lorsqu’on l’étend d’eau.

Oxyde d'antimoine sulfuré vitreux , verre d'antimoine. — Ce composé s’obtient comme le précédent en faisant fondre, dans un creuset, le mélange gris d’oxyde et de sulfure d’antimoine, provenant

ANTIMOINE OXYSULFURÉ.

du grillage du sulfure. Seulement on le tient fondu beaucoup plus longtemps, et à une plus haute température. Par ce moyen, une nouvelle quantité de sulfure est décomposée et changée en acide sulfureux qui se dégage, et en oxyde d’antimoine qui reste dans le creuset. Mais de plus, en raison de l’élévation de température, cet oxyde attaque le creuset et en dissout de l'alumine, de l’oxyde de fer et surtout de la silice (quelquefois 8 à 10 pour 100), qui lui donne la propriété de rester à l’état de verre transparent lorsqu’il se refroidit (car l’oxyde d’antimoine pur devient opaque). Lorsqu’on s’aperçoit qu’il a acquis cette propriété, on le coule sur une plaque de pierre ou de fonte.

Il se présente alors sous formes de plaques minces et transparentes, d’une couleur d’hyacinthe (rouge jaunâtre) plus ou moins foncée. Sa poudre est d’un jaune fauve. Elle s’agglutine légèrement sur les charbons ardents en dégageant une fumée blanche et une odeur sulfureuse peu marquée . Elle se dissout dans l’acide chlorhydrique avec un faible dégagement de sulfide hydriquè. La liqueur étendue d’eau forme un précipité blanc très-abondant.

D’après l’analyse de Soubeiran, le verre d’antimoine est formé d’environ :

Protoxyde d’antimoine . 90,5

Sulfure d’antimoine . 1,8

Peroxyde de fer . 3,2

Silice . 4,5

Nous arrivons maintenant aux métaux contenus dans le groupe des platinides, et ce nom seul indique que ce seront des métaux très-pesants et difficilement oxydables, même par l’action du calorique. Ainsi 1 & platine, l’or et l’ iridium sont les plus pesants de tous les métaux, les moins oxydables directement, et les plus indestructibles par conséquent par l’action de l’air et du feu. Les autres {osmium, palladium, rhodium), quoique très-pesants et peu oxydables aussi immédiatement, le cèdent cependant à cet égard à trois métaux qui appartiennent à d’autres groupes. Ainsi le tungstène et le mercure sont plus pesants que le palladium et le rhodium, et l’argent est moins oxydable que Yosmium et le rhodium.

Les platinides sont très-difficilement attaquables par les acides ; le palladium est le seul qui soit soluble dans l’acide nitrique, encore ne jouit-il de celte propriété que quand il est très-divisé et non forgé ; car sous ce dernier état il est insoluble. L’or et le

FAMILLE DU l’LATINE.

platine se dissolvent seulement dans l’eau régale, les trois autres (osmium, iridium et rhodium ) sont complètement inattaquables par l’un ou l’autre liquide.

Les oxydes de ces métaux sont, en général, plus disposés à jouer le rôle d’acide que celui de base. U en résulte que les métaux, si difficilement attaquables par les acides, le sont très-facilement par les alcalis à une haute température. L’or seul peutêtre fait exceplion, à cause de la facilité avec laquelle son oxyde se réduit à l’étal métallique.

Enfin, la tendance acide des platinides est encore plus marquée dans leurs chlorures que dans leurs oxydes ; car tous ces chlorures, sans exception, se combinent comme acides avec les chlorures alcalins. Il en est de même, proportion gardée, de leurs fluorures, bromures, iodures et sulfures.

Ce métal paraît avoir été découvert, en 1735, par Don Ulloa, savant espagnol qui accompagnait les académiciens français envoyés au Pérou, et, en 1741, par Wood, qui était essayeur h la Jamaïque. Cependant on ne se faisait pas une idée précise de sa nature ; on le regardait comme une matière nuisible à l’or ; en conséquence, on le rejetait, et il est probable qu’on en a perdu ainside très -grandes quantités. C’est par le travail de Scheirer, fait en 1752, qu’on apprit que cette substance était un métal particulier, et qu’elle reçut le nom d’or blanc ou platine, c’est-à-dire As petit argent. Depuis lors, on le recueillit avec plus de soin, et maintenant qu’on sait le travailler de manière à en faire des vases et ustensiles de première nécessité pour la chimie, son exploitation est devenue un des principaux produits des pays qui le présentent.

Le platine appartient aux terrains primitifs, comme l’or et la plupart des métaux. Cependant il n’y a encore été observé qu’une fois en place, par M. Boussingault, qui l’a trouvé sous forme de grains dans les filons aurifères de Santa-Rosa, qui appartiennent aux terrains de diorite (1). Antérieurement Yauquelin avait trouvé du platine dans une mine d’argent de Guadalcanal, en Espagne ; et, plus récemment, M. Gaultier de Claubry a examiné un minerai de plomb sulfuré de France, qui contenait un peu de platine ; mais ce sont les seuls exemples connus.

(11 Roche primitive formée d’amphibole et de feldspath compactes, cil par ticules visibles et uniformément disséminées.

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