‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou Cours d'histoire naturelle professé à l'École supérieure de pharmacie de Paris. Tome premier (volume 2)Chapitre 6 sur 194 · PRONONCÉ PAR M. BU1GNET · texte numérisé non relu

PRONONCÉ PAR M. BU1GNET

des notions précises sur la chimie et sur les découvertes nouvelles dont elle s’élait successivement enrichie.

A peine en possession de son titre, M. Guibourt s’empressa d’ouvrir une officine. Il ne chercha point à éblouir le public par de brillants dehors. Située au fond d’une cour de la rue Feydeau, sa pharmacie ne pouvait guère attirer que ceux qui connaissaient la valeur personnelle du titulaire. Mais son désir était moins d’arriver à la fortune que de satisfaire son goût pour la science. Aussi, tout en ne négligeant rien des soins qu’exige un premier établissement, poursuivit-il ses études sur toutes les branches des connaissances pharmaceutiques. Il s’y livra avec tant d’ardeur, et ses recherches devinrent tellement multipliées, qu’il serait vraiment impossible de vous en présenter ici un tableau complet. Épars dans les différents recueils ou journaux scientifiques, tous ces mémoires, si variés par les sujets qu’ils traitent, ont une qualité commune, celle de concourir au perfectionnement de l’art et h la considération scientifique du pharmacien.

Lorsque j’ai essayé de diviser en plusieurs classes les nombreuses productions de M. Guibourt, j’ai vu qu’il avait porté successivement son attention sur la chimie, la physique, la toxicologie, l’histoire naturelle médicale, la pharmacie. J’ai donc pensé qu’il était possible de réduire à ces différents chefs toutes les découvertes de ce savant.

Ceux de ses mémoires qui se rapportent à la chimie proprement dite, embrassent la chimie minérale, la chimie organique, la chimie animale.

M. Guibourt avait à peine présenté sa thèse sur les composés oxygénés du mercure qu’il publiait des remarques fort importantes sur le carbonate de potasse, autrefois nommé mitre fixé par le tartre. Les détails qu’il donne sur la préparation de ce sel renferment une critique judicieuse et parfaitement fondée des proportions dans lesquelles on a employé jusqu’ici les deux éléments qui concourent à le former. Mais ce que cette note renferme de particulièrement utile, c’est cette observation confirmée par l’expérience qu’un simple changement dans les conditions de température amène un changement considérable dans la nature du produit obtenu. La formation du cyanure de potassium en quantité d’autant plus grande que la chaleur est plus élevée montre combien >1 importe que les pharmaciensobservent, dans leurs préparations, jusqu’aux moindres détails des procédés qui s’y rapportent.

Un peu plus tard, M. Guibourt faisait connaître des résultats très-intéressants sur l’arsenic et ses composés, sur l'eau de cristallisa-

ÉLOGE DE M. GUIBOURT

tion des sels de soude, sur la purification du nitrate d'argent. 11 montrait, dans les publications relatives à ces divers sujets : que les sulfures d’arsenic préparés artificiellement contiennent parfois jusqu’à 96 pour 100 d’acide arsénieux; que le sulfate et le carbonate de soude, pris à l’état cristallisé et exposés tous deux dans un air sec, y perdent des proportions d’eau bien différentes, le premier de ces sels devenant complètement anhydre, tandis que le second retient obstinément les 30 centièmes environ de l’eau qu’il contenait originairement. 11 montre enfin qu’à l’aide d’un procédé aussi simple que facile, on peut enlever au nitrate d'argent jusqu’aux dernières traces de cuivre qui s’y trouvent contenues.

Les recherches de l’Iode dans l'urine ont été pourM. Guibourt l’occasion de signaler une particularité très-importante de ces sortes d’analyses, à savoir la combinaison que forment certains éléments minéraux avec les liquides de l’organisme, l’état de dissimulation où ils s’y trouvent, et la nécessité où l’on est de détruire la matière organique elle-même, si on veut rendre leurs réactions manifestes.

L’étude de la matière sucrée du miel, faite en 1821, c’est-à-dire à une époque où nos connaissances sur les sucres étaient fort peu avancées, n’a pas eu seulement pour résultat de confirmer les idées de Proust sur la nature de ce principe et sur les différences qu’il présente avec le sucre de canne ; elle a montré, en outre, l’étendue des variations que celte matière sucrée peut subir suivant la nature des végétaux qui croissent dans les contrées habitées par les abeilles.

L’examen qu’il fit, en 1843, du procédé indiqué par M. Pelouze pour la préparation du tannin, l’a conduit à reconnaître que l’éther pur est impropre par lui-même à dissoudre cette substance et que l’emploi de l’éther aqueux est indispensable au succès de l’opération. Il a pu constater ainsi, en pratiquant le procédé dans les conditions les plus convenables, que la proportion de tannin contenue dans la noix de galle, était beaucoup plus considérable qu’on ne l’avait annoncée.

TousceÊ faits étudiés avec conscience, et présentés avec clarté annoncent un esprit éminemment observateur que préoccupe avant tout l’intérêt pratique des questions qu’il traite. C’est ce même esprit qui se révèle dans l’étude patiente et minutieuse que M. Guibourt a faite de la Pepsine à l’occasion d’un rapport dont il avait été chargé. Oi\connaissail depuis longtemps les merveilleuses propriétés de ce principe ; mais la diversité des

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