‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou Cours d'histoire naturelle professé à l'École supérieure de pharmacie de Paris. Tome premier (volume 2)Chapitre 9 sur 194 · PRONONCÉ PAR M. BUIGNET. XV · texte numérisé non relu

PRONONCÉ PAR M. BUIGNET. XV

sentaient qu'une partie des effets de l’opium et du quinquina ; et celte opinion qu’il exprimait à une époque déjà éloignée de nous, la chimie elle-même s’est chargée de la confirmer en isolant de ses mêmes produits des alcaloïdes nouveaux, pourvus de propriétés spéciales et distinctes.

Les relations que M. Guibourt entretenait avec les savants étrangers l’avaient mis à même de recevoir des échantillons de matière médicale de tous les points du globe. Il a pu ainsi, nonseulement vérilier les caractères d’un grand nombre de substances depuis longtemps connues, mais indiquer ceux d’une multitude de produits nouveaux, tels que bois, liges, écorces, racines, dont il eut à cœur d’enrichir la matière médicale française.

Je regrette de ne pouvoir vous présenter même une énumération rapide de toutes les substances, tant anciennes que nouvelles, sur lesquelles il a porté son examen. Nous lui devons :

Une histoire botanique, chimique et médicale du bebeeru et de l’alcaloïde fébrifuge qu’il renferme ;

Des recherches sur l’origine si longtemps controversée de Y ergot de seigle, dans lesquelles, à la suite d’une dissertation savante sur celte singulière substance, il entrevoit sa véritable nature, telle qu’elle a été établie depuis, de la manière la plus concluante par les observations de M. Tulasne;

L’examen d’un grand nombre de racines et de semences aromatiques appartenant à la famille de scitaminées ;

Un exposé des caractères physiques et chimiques qui permettent de distinguer la cannelle blanche et V écorce de Winter, et des indications exactes sur le genre auquel il convient de rapporter cette dernière substance ;

Une étude sur la valeur comparée des cochenilles noire et grise ;

Des renseignements sur la véritable origine de Porseille d'Auvergne, que M. Fée attribuait au lichen Parellus de Linné, et qu’on rapporte aujourd’hui, d’après l’opinion de M. Guibourt, confirmée par des observations ultérieures, au variolaria orcina ;

Des observations très-intéressantes sur le musc et le casloréum. sur les diverses espèces de baumes et de térébenthines, sur le cachou, le gambier, la gomme kino, et tant d’autres substances que je pourrais citer, si je ne craignais de fatiguer votre attention.

On voit, par ce rapide exposé, combien sont nombreux et importants ceux des travaux de M. Guibourt qui se rapportent à l’histoire naturelle médicale. L’intérêt qui l’attachait à cette science était tel que, non content de nous faire connaître le résultat de ses propres observations, il mettait le même empresse-

ÉLOGE DE M. GUIBOURT

ment à nous faire connaître celles des naturalistes étrangers. C’est à lui que nous devons d’avoir connu les différents mémoires de M. Hanbury sur les cardamomes, sur le kamala, sur l’huile de bois de l’Inde ; ceux de M. Pereira sur les aloès et en particulier sur l’aloès succotrin liquide ; les observations de M. Christison et de M. Graham sur la gomme-gutte. En nous mettant à même d’apprécier la valeur de ces communications, M.Guibourt a su toujours en accroître l'intérêt par les détails dont il a pris soin de les accompagner.

Les travaux que M. Guibourt a publiés sur la pharmacie proprement dite sont eux-mêmes très-nombreux et ils ont une grande importance, en raison de l’intérêt pratique qui s’y rattache. Sans entrer dans le détail de ces publications, qui se recommandent toutes par la scrupuleuse exactitude des expériences et par la déduction logique des résultats, nous indiquerons d’une manière succincte l’objet général auquel elles se rapportent.

Les unes ont eu pour but de faire connaître des procédés nouveaux, que la pratique a sanctionnés, pour la préparation de certains médicaments, tels que le sirop d’ipécacuanha, la pommade mercurielle, V huile de crolon-tiglium, les sirops de salsepareille et de Cuisinier, l 'onguent de la mère,- Yélhiops martial, etc.

Les autres ont eu pour objet d’indiquer des préparations nouvelles, telles que la pommade épispastique sans cantharides, ou pommade au garou, que M. Guibourt a fait connaître le premier, et dont les avantages thérapeutiques sont aujourd’hui parfaitement constatés.

Dans d’autres circonstances, M. Guibourt s’est proposé : tantôt de rechercher le genre d’altération que le temps fait éprouver à certaines substances telles que les cantharides, le jalap, la teinture d’iode; tantôt de signaler des falsifications pratiquées sur les médicaments les plus précieux, tels que le séné, le safran, l 'essence de rose, le baume de copahu, Yiodure de potassium.

L’essai chimique des matières premières a beaucoup occupé M. Guibourt. Quoiqu’en principe il montrât plus de confiance dans l’examen des caractères extérieurs que dans la pratique d’analyses toujours plus ou moins imparfaites, il était loin de méconnaître l’utilité de ces essais rapides qui sont aujourd’hui d’un usage si fréquent dans les laboratoires. Pour montrer l’importance qu’il attachait à ce genre de recherches, il me suffira de citer les observations qu’il a produites sur le dosage de la, morphine dans l'opium, observations qui se rapportent à plus de quarante échantillons de provenances diverses, et qui ont permis

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