‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou Cours d'histoire naturelle professé à l'École supérieure de pharmacie de Paris. Tome troisièmeChapitre 103 sur 139 · LÉGUMINEUSES. — BAUME DE SAN-SALVADOR · texte numérisé non relu

LÉGUMINEUSES. — BAUME DE SAN-SALVADOR

penser qu’elle soit originaire du Brésil et qu’elle ne soit autre chose que le Cabureicica de Pison (1), produit par le Cabweiba, arbre trôs-vaste et aromatique, à feuilles petites, semblables à celles du myrte, croissant dans les districts de Saint-Vincent et du Saint- Esprit, ainsi que dans la province de Pernambouc. Ce qui mé fait croire qu’il en est ainsi, c’est que M. Fr. Ph. Martius nous apprend que ce baume, qui est d’une fragrance extraordinaire et semblable à celui du Pérou, est renfermé par les Indiens dans les fruits non mûrs d’une espèce A’Eschweilera ou de Lecythis, et que le fruit dans lequel le baume du Pérou brun est ordinairement renfermé et que j’avais pris anciennement pour un petit coco, est en effet le fruit d’une lécythidée. Quoi qu’il en soit, ce baume est demi-liquide, grumeleux et d’une couleur assez foncée. 11 n’est pas transparent, si ce n’est étendu mince sur une lame de verre. Il paraît formé de deux sortes de matières : une plus fluide et une autre plus solide, grumeleuse et comme cristalline. Il a une saveur très-douce et parfumée, et il jouit d’une odeur forte et des plus suaves qui se rapproche beaucoup de celle du storax-calamite.

Ce baume vient aussi quelquefois en calebasses, comme te baume de Tolu. J’en possède une de ce genre, haute de 9 centimètres, large de 7,5, à moitié pleine d’un baume dont une partie est encore un peu coulante, unie, lisse, transparente et d’un rouge brun; tandis que l’autre présente une masse de petits cristaux étincelants, imprégnés de la première substance. Ces .cristaux n’ont aucune saveur âcre et ne doivent pas être de l’acide benzoïque ; la calebasse, renfermée dans un bocal de verre, le recouvre en peu de temps d’un sublimé blanc qui le rend complètement opaque.

Baume de San-Salvador.

Baume du Pérou noir, ou Baume, du Pérou liquide du commerce. — On a cru pendant très-longtemps que ce baume venait du Pérou, et que sa seule différence avec les précédents provenait de ce qu’il était obtenu par décoction dans l’eau des rameaux de l’arbre. Mais d’abord un baume qui serait obtenu par décoction dans l’eau, au lieu d’être plus liquide et plus aromatique que celui par incisions, serait plus consistant et moins pourvu d’buiJe volatile, et c’est le contraire qui a lieu. Secondement, ce baume ne devrait pas contenir d’acide benzoïque ou cinnamique, et le baume noir du Pérou en contient beaucoup : ainsi ce baume n’est r.is obtenu par décoction.

(1) Piso, Bras., p. 57.

4*8 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

D'un aulre côté, un pharmacien français qui a exercé pendant plusieurs années à Lima n’y a pas vu de baume du Pérou noir, et. deux voyageurs qui ont parcouru la Paz, pour y chercher les quinquinas, n’y ont rencontré ni baume, ni fruit semblable à celui des Myroxylon (1). Ces deux circonstances me faisaient déjà fortement douter que le baume du Pérou noir (et l’autre de même) vînt du Pérou, lorsqu’un négociant français (M. Bazire), revenant de la république de Centre-Amérique, me remit ce môme baume qui est obtenu en abondance sur la côte de San- Sonate, dans l’Étal de San-Salvador, par des incisions faites à un Myroxylon dont il m’a rapporté le fruit. Ce fruit, que j’ai décrit (2) manquait de l’aile membraneuse qui distingue les Myroxylon, et j’avais cru m’être assuré, par l’inspection des bords du fruit, que cette absence n’était pas accidentelle; mais la figure de l’arbre, que j’ai vue depuis dans Hernandez (3), m’a montré qu’il ne différait pas à cet égard des autres Myroxylon, et qu’il était probablement le même que le M . p)eruiferuni,h. Quoi qu’il en soit, il ne pouvait rester aucun doute que le prétendu baume noir du Pérou ne fût le môme que le baume d'Inde d’Hernandez, auquel j’ai cru pouvoir restituer son véritable nom en l’appelant llaiiiiie de Kan-^iilvador. J’ai donc été assez étonné de voir M. Recluz, pharmacien à Vaugirard, donner comme nouveau (4), ce que j’ai dit en 1834 sur l’origine de ce baume. Je n en aurais pas fait l’observation, si M. Recluz n’avait reproduit en môme temps, comme fait nouveau, une erreur de Jacquin, répétée par tous les botanistes qui l’ont même inscrite au nombre des caractères du genre Myroxylon : c’est que les loges séminifères et les semences elles-mêmes sont remplies de suc balsamique, d’où Jacquin a même formé le nom générique Myrospermum, qu’il donnait aux Myroxylon (semence-parfum), et d’où Ghaumeton (3) d’abord, mais avec doute, et M. Recluz ensuite, sans aucune hésitation, ont supposé que le baume du Pérou était retiré des semences, et non du tronc ou des gros rameaux de l'arbre. Or les semences des myrospermes sont formées d’un épisperme membraneux, blanc et très-mince, et de deux cotylédons jaunâtres, huileux et d’un faible goût de mélilot, qui ne contiennent aucune portion de baume ; la loge elle-même en est complètement dépourvue, et ce n’est qu’en dehors de l’endocarpe et dans plusieurs lacunes formées par le mésocarp# que l’on trouve

(1) Cet arbre y existe cependant, ainsi qu'on l’a vu.

(2) Journ. de pharm., t. XX, p. 55'\

(3) Hernanoîz, Mex., p. 51.

(1) Viecïai, Jok'-n, de pharnt., août 1819.

(5) Ghaumeton, t'/ore me’dicale.

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