‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou Cours d'histoire naturelle professé à l'École supérieure de pharmacie de Paris. Tome troisièmeChapitre 104 sur 139 · LÉGUMINEUSES. — BAUME DE SAN-SALVADOB · texte numérisé non relu

LÉGUMINEUSES. — BAUME DE SAN-SALVADOB

une petite quantité de baume résineux, jaune et transparent, liquide à l’état récent, mais sec et cassant dans les fruits parvenus par la voie du commerce. Il est impossible que cette faible quantité de suc résineux soit l’origine de celui du commerce; et d’ailleurs les autorités réunies d’Hernandez, de Pison, de Ruiz, de Alex, de Ilumboldt pour le baume de Tolu, de M. Bazire pour celui de San-Salvador, et de M. Weddell pour celui de la Paz, ne laissent aucun doute sur ce fait, que tous ces baumes sortent naturellement, ou par suite d’incisions, du tronc des arbres qui les fournissent. Je reviens maintenant au baume de San-Salvador.

[Les renseignements fournis à M. Ilanbury par M. Dorât (1) nous font Irôs-exaclement connaître la manière dont est obtenu ce baume.

Au mois de novembre ou de décembre commence d’ordinaire l’exploitation des arbres. On bat d’abord l’écorce du tronc sur quatre côtés soit avec un maillet, soit avec le dos d’une cognée de façon à laisser intactes quatre bandes intermédiaires, pour conserver à l’arbre sa vitalité. Cinq ou six jours après on approche de l’écorce ainsi battue des torches enflammées. Pendant les huit jours qui suivent, l’écorce tombe ou on la détache artificiellement, et l’on voit sur le bois une exsudation se produire. On garnit alors les solutions de continuité de morceaux d’étoffe qui s’imbibent de baume. Quand ces chiffons sont saturés, on lesjette dans des pots de terre aux trois quarts remplis d’eau bouillante, et on les y laisse jusqu’à ce qu’ils se soient presque complètement dépouillés du baume, qui tombe au fond du vase. On les sort de l’eau et on les soumet à une expression, qui en fait sortir une nouvelle quantité de baume, qu’on joint à celle déjà obtenue. Quand l’eau est refroidie, on la fait écouler et on verse le baume dans des calebasses. Si on veut le purifier, on le remet dans l’eau bouillante et on enlève l’écume et les impuretés qui viennent flotler à la surface.]

Ainsi obtenu, ce baume a la consistance d’un sirop cuit; il est d’un rouge brun très-foncé et transparent; il a une odeur forte, tirant un peu sur celle du styrax liquide, mais toujours trèsagréable, et une saveur âcre, amère et presque insupportable. Il brûle avec flamme lorsqu’il est chaud, et se dissout entièrement dans l’alcool ; mais la liqueur est toujours louche, et laisse déposer une petite quantité d’une matière fauve, pulvérulente; il cède de l’acide à l’eau bouillante et en contient quelquefois assez pour en former à la longue une-belle cristallisation aiguillée et

(1) Voir Pharm. Jown,, V série, t. V, p. 240.

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prismatique, au fond des flacons qui le renferment; il est employé dans plusieurs compositions pharmaceutiques et dans la parfumerie. .

Le baume noir du Pérou est très-sujet à être falsifié avec de l’alcool rectifié, différentes huiles fixes, du baume de copahu, etc. L’alcool rectifié se reconnaît par la diminution que le baume éprouve après son mélange avec l’eau ; les huiles grasses, hors celle de ricin, se reconnaissent en dissolvant le baume dans l’alcool; le copahu est signalé par son odeur; en général, la pureté et la force de l’odeur, jointes à la transparence parfaite du baume, sont des indices assez certains de sa bonté.

Le baume du Pérou noir a été le sujet de recherches de M. Stolze (î), mais c’est M. Frémy principalement qui nous a éclairés sur la nature des principes, qui le constituent.

D’après M. Frémy, le baume de San-Salvador (du Pérou noir) est principalement formé d’une résine, d’une huile liquide à laquelle il donne le nom de cinnaméine et d’un acide cristallisable que l’on avait pris jusqu’à lui pour de l’acide benzoïque, mais qui est de l’acide cinnamique.

Pouranalyser le baume de San-Salvador, M. Frémy le dissout dans de l’acool rectifié, puis il y ajoute un soluté alcoolique de potasse, laquelle forme avec la résine un composé insoluble qui se précipite. Le cinnamate de potasse et l’huile restent en solution. On y ajoute de l’eau qui précipite l’huile mêlée d’un peu de résine ; on purifie la première en la faisant dissoudre dans le naphte ei évaporant dans le vide. L’huile ainsi obtenue est liquide, peu colorée, presque inodore (2), pourvued’une saveur àcre, plus pesante que l’eau qui la dissout à peine. Elle tache le papier comme une huile grasse; elle se volatilise cependant à une température élevée, mais en se décomposant partiellement à la manière des huiles grasses. Cette huile, ou cinnaméine, est composée, suivant M. Frcmy, de C**H®*0*, ou suivant M. Mulder, de Cette dernière formule, dont le quart est de C>*H'03, a l’avantage de mieux représenter les rapports qui existent entre la cinnaméine, l’essence d’amandes amères (C‘*H®0^)et l’acide benzoïque (C‘*H®0*). En effet, quand on traite la cinnaméine par l’acide nitrique ou le suroxyde plombique, on la convertit en essences d’amandes amères; et quand on la traite par le chlore on la convertit en chlorure de benzoïle que l’eau décompose en acides chlorhydrique et benzoïque.

(1) Stolze, Journ. de chim. méd., t, I, p. 137.

(î) Il manque alors quelque chose h l’analyse de M. Fremy : c’est de faire connaître le principe auquel est due l’odeur si forte et si caractérisée du

LÉGUMINEUSES. — INDIGO. 48i

On trouve maintenant en Angleterre un bnumc blanc de Son Sonate obtenu par expression du fruit, de sorte que' M. Recluz était à peu près bien informé quand il a dit qu’on retirait le baume de Pérou noir des semences de l’arbre. La substance qu’on obtient ainsi n’est pas du baume de Pérou noir; elle n’a même aucun rapport avec le baume blanc de Ruiz, ni avec aucun autre vrai baume retiré par incision du tronc des Myrospermum. C’est une substance qui a l’aspect d’un miel nébuleux, blond jaunâtre et grenu, et qui provient du mélange rfw corps gras contenu dans l’amande avec la petite quantité de résine balsamique enfermée dans deux lacunes du mésocarpe. Cette substance présente l’odeur de mélilot des semences. Elle est fort peu soluble dans l’alcool froid, et beaucoup plus soluble dans l’éther, qui laisse, après son évaporation, une matière beaucoup plus grasse que résineuse. M. Stenbouse, en traitant le baume blanc de Son Sonaté par l’alcool chaud, en a retiré une substance résineuse indifférente, incolore, facilement cristallisable, 5 laquelle il a donné le nom de myrcxocarpine . Elle lui a paru composée de C‘*H350« (1).

Inilig'o.

L’indigo est une matière colorante que l’on retire des feuilles d’un certain nombre de plantes appartenant presque toutes à un genre de la famille des Légumineuses, qui a été nommé à cause de cela Indigofera. Les principales espèces qui en fournissent sont: i°\’ Indigofera argentca , ou indigotier sauvage, qui fournit le plus beau, mais en petite quantité ; 2® VIndigofera disperma, ou Gualimala ; 3® VIndigofera Anil, ou l’anil {fig. 'Ï26) ; 4“ VIndigofera

(1) Voir John Stenhouse, Sur la myroxocarpine {Pharmac. Journ., t. X, p. 299).

GmioüiT, Drogue», 7* édit.

T. III. — ai

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tincloria, o\i l’indigotier français, qui le donne moins beau que les autres espèces, mais en plus grande quantité, ce qui est cause de la préférence qu’on lui accorde pour la culture (Edward).

Le genre Indigo fera appartient à la tribu des Lotées, de la sousfamille des Papilionacées, Le calice est à cinq dents aiguees ; l’étendard est arrondi ; les ailes sont de la longueur de la carène, qui est gibbeuse ou éperonnée de chaque côté ; les étamines sont diadelphes ; le style est filiforme et glabre. Le légume est cylipdroïde ou tétragone, droit ou falciforme, bilvalve, polysperme ou monosperme par avortement, séparé par des étranglements entre chaque semence. Les semences sont ovoïdes, tronquées aux deux extrémités, ce qui leur donne une forme à peuprès cubique. Les feuilles sont imparipinnées, rarement à une seule paire de pinnules, et quelquefois unifolioliées.

Les indigotiers sont indigènes aux Indes et au Mexique, d’où ils ont été propagés dans les deux Amériques et aux îles. Il parait que la manière d’en retirer l’indigo et celle d’appliquer cette couleur aux tissus ont été très-anciennement connues dans l’Inde ; mais ces procédés ont été ignorés en Europe jusque vers le xvi' siècle, que les Hollandais commencèrent à faire connaître l’importance de l’indigo. Néanmoins l’usage en fut restreint jusqu’au milieu du siècle suivant. Alors sa supériorité sur tous les autres produits tinctoriaux fut généralement reconnue ; on cultiva les indigotiers au Mexique et dans les îles, et avec assez de succès pour faire oublier l’indigo de l’Inde. Enfin, depuis un certain nombre d’années, les Anglais ont fait recouvrer à 1 indigo de l’Inde son ancienne réputation, et maintenant ils pourraient à eux seuls approvisionner toute l’Europe.

La plante qui fournit l’indigo est bisannuelle, mais elle est ordinairement épuisée dès la première année. On la sème tous les ans au mois de mars ; deux mois plus tard on en fait une première récolte, deux mois après une autre, et quelquefois une troisième et une quatrième dans le courant de la même année, selon le pays. Mais la première coupe est la meilleure, et les autres vont en déclinant : au .Mexique et dans les îles on en fait orninairement trois ; dans l’Amérique méridionale on en fait deux au plus, la première ne pouvant avoir lieu que six mois après l’ensemencement de la terre.

On coupe la plante avec des faucilles et on la dispose par couches (fans une très-grande cuve appelée trempoir; on en remplit cette cuve aux trois quarts, et l’on charge la plante de poids, pour l’empêcher de surnager l'eau que l’on verse ensuite dessus, de manière à ce qu’elle en soit surpassée d’un pied environ. On laisse fermenter le tout jusqu’à ce qu’on voie se former sur la sur-

face de la liqueur une écume irisée ; alors on soutire l’eau et on la laisse couler dans une autre cuve inférieure nommée batterie. Là on l’agite fortement pendant quinze ou vingt minutes, à l’aide de quatre ou cinq grandes perches disposées en bascules sur un des côtés de la batterie, et munies à leur extrémité d’une auge sans fond. Lorsque la liqueur, de verdâtre et de trouble qu’elle était d’abord, devient bleue et sans caillebotte, on y ajoute une certaine quantité d’eau de chaux, qui facilite beaucoup la précipitation de la matière colorante et qui préserve la liqueur de la putréfaction. On laisse reposer, on décante l’eau, on lave le précipité, on le met égoutter sur des toiles ; après quoi on en remplit de petites caisses carrées en bois munies d’un fond de toile, et l’on en achève la dessiccation en suspendant ces carrés à l'ombre.

L’indigo, considéré sous le rapport du commerce et par ses propriétés physiques, est une substancesèche, d’une couleur bleu foncé, qui varie cependant du bleu au violet et au bleu cuivré. Il est facile à casser, d’une cassure uniforme et très-fine. Une de ses propriétés les plus caractéristiques est celle de prendre nn éclat cuivré par le frottement de l’ongle. On préfère celui qui prend le plus d’éclat par ce moyen, 'qui est le plus léger et d’une belle nuance bleu violet foncée.

On distingue les sortes d’indigo par le nom du pays qui les fournil. Ainsi, on a l’indlg^ode l’inde, qu’on distingue en Beng^ale, Iludraa, Coromandel, etc. ; rindi<(o Ciuadlmala, OU Indigo flore, qui est le plus estimé ; l’indlgode la Couiaiane, et d’autres encore.

L’indigo flore est le plus léger de tous : il a une belle couleur bleu violet. L’indigo du Bengale est celui qui s’en rapproche le plus. L’indigo de la Louisiane est plus compacte, plus foncé, et a une cassure cuivreuse; il doit fournir beaucoup à la teinture.

Les Indigofera ne sont pas les seules plantes qui puissent fournir de l’indigo; \e Nerium tincloriuin, L. {Wrighlia tinctoria, U. Br.), arbre très-commun dans l’Inde, en '•ontienl une grande quantité : pour l’en extraire, on traite les feudles à chaud au lieu de les traiter à froid; mais du reste on agit de même.

La g^ucde. vuuëde, OU paati-1 {Isatis tinctoria, L., tétradynamie siliqueuse, famille des Crucifères), fournit aussi de l’indigo. Pendant la grande guerre continentale, la France étant privée de produits coloniaux, on a essayé d’extraire cet indigo, et quelquesuns de ces essais ont eu lieu à la pharmacie centrale des hôpitaux civils. On y a traité le pastel delà manière précédemment exposée, et l’on a observé les mômes phénomènes ; seulement on a été obligé d’ajouter une plus grande quantité d’eau de chaux, pour opérer la précipitation de la matière bleue : il s’en est suivi

i'i DICOTYLÉDONES CALICIFLOBES.

que la grande quantité de carbonate de chaux formée, jointe à la matière verte de la plante, qui s’est précipitée également, a tellement étendu la couleur bleue, que l’indigo ainsi préparé n'a pu soutenir la concurrence avec celui du commerce ; mais on a pu, en traitant cet indigo, alternativement par la potasse, qui dissout la matière verte, et par l’acide chlorhydrique, qui décompose et dissout le carbonate de chaux, en obtenir de l’indigo très-pur, identique en tout aux meilleurs indigos exotiques; seulement la quantité en était peu considérable.

On emploie en Chine, depuis un temps immémorial, pour la teinture en bleu, une plante de la famille des Polygonées, nommée Polygonum tinclorium.Geüe plante, ayant été introduite en France, devint l’objet d’un certain nombre de recherches, à ta suite desquelles, en 1839, la Société de pharmacie de Paris proposa un prix pour l’extraction de l’indigo du Polygonum tincloHum. Ce prix fut remporté par Osmin llervy, préparateur à l’école de pharmacie, qui périt bientôt après, victime du plus funeste accident (1). Il résulte de son mémoire et de celui de MM. Ciirardin et Preisser (2), qu’il serait possible, dans des circonstances données, et si cela devenait nécessaire, d’extraire de rinditro du Polygonum. Je passe sous silence plusieurs autres piailles qui en contiennent également, mais en trop petite quantité pour qu’il soit possible d’en tirer un parti utile.

L'indigo du commerce, considéré chimiquement, ne doit pas être regardé comme un principe immédiat des végétaux. C’est une pâte colorante dont une grande partie, à la vérité, est formée d’un principe immédiat particulier, mais qui contient en outre une résine rouge, soluble dans l’alcool, une autre matière rouge verdâtre soluble dans l’eau, du carbonate de chaux, de l’alumine, de la silice, et de l’oxyde de fer en assez grande quantité. Ce n’est qu’en épuisant l’indigo flore successivement par les différents agents capables de dissoudre tes corps (3), qu’on obtient le principe immédiat pur, ou Vindigotine, dont alors voici les propriétés :

(L Le 30 décembre 1840, Hervy, préparant de l’acide carbonique liquide dans un des laboratoires de l’école, fut renversé par l’explosion de l’appareil ; il avait les deux jambes brisées. 11 est mort le 3 janvier suivant, emportant les regrets des professeurs et des élèves, ses condisciples et ses amis.

(î) Girardin et Preisser, Joum. de pharm. de 1840.

(3) L’indigo Guatimala a fourni à M. Chevreul :

(Ammoniaque . ,

Matière verte . j

Indigo blanc, peu . { 12

Extractif . ,.. l

Gomme . /

Il a une couleur bleu violet superbe ; il est inaltérable à l’air ; chauffé dans un vase clos, il se fond et se volatilise, partie décomposé, partie non altéré, sous la forme de belles vapeurs pourpres qui se condensent en aiguilles cuivrées : chauffé avec le contact de l’air, à la chaleur strictement nécessaire il sa sublimation, l’indigotine se volatilise entièrement et sans décomposition.

Lindigotine est une substance azotée, dont la composition est de C''H“AzO*. Elle est tout à fait insoluble dans l’eau, l’alcool, les alcalis et les acides faibles. L’acide sulfurique concentré la dissout et forma ce qu’on nomme le bleu en liqueur, que Berzélius considère comme formé de deux acides analogues à l’acide sulfo-vinique, et qu’il nomme acide sulfo-indigotique et acide hyposulfo-indigolique. 11 se produit aussi un composé pourpre insoluble dans la liqueur acide étendue, mais soluble dans l’eau pure, qui a reçu le nom à’acide sulfo-purpurique.

L’indigotine, traitée par un mélange d’acide sulfurique et de bichromate de potasse, donne naissance à un composé oxygéné nommé isatine, cristallisable en prismes rhomboïdaux, d’une couleur aurore foncée et très-éclatante, et dont la composition égale C'‘h»AzO‘.

Ce corps, découvert par M. Laurent, a été transformé par lui en une foule de composés chlorés, bromés, iodés, sulfurés, etc.

L’acide nitrique agit de deux manières différentes sur l’indigo lorsqu’il est en petite quantité et étendu d’eau, il le convertit en acidi indigotique cristallisable, incolore et volatil, dont la composition es.' C'^AzO*", que l’on représente plutôt par C’*H‘AzO*-|-yO, une molécule d’eau se trouvant remplacée, dans les sels, par une molécule d’oxyde métallique.

L’indigo, traité par dix à douze fois son poids d’acide nitrique concentré, donne naissance à un acide jaune, cristallisable, très-amer et détonant, nommé acide nitro-pkrique, acide picrique, carbazotique, nitro-phénisique, amer de Welter, lequel se forme également par l’action de l’acide nitrique sur un grand nombre d’autres corps, tels que la salicine, la coumarinc, la soie, etc. Cet acide cristallisé égale C'*H*Az’0“, desquels HO sont remplacés, dans les sels, par M 0. Ces sels détonent par l’action de la chaleur.

L’indigo bleu, mis en contact à la fois avec un alcali et avec un corps

Par l’alcool .

Par l’acide clilorlijfdrique Résidu non dissous .

^ Matière verte .

, Résine rouge .

' Indigo bleu, peu....

. Résine rouge . i

\ Carbonate de chaux.

I Peroxyde de fer.. .

Indigo bleu .

Berzélius a signalé dans les indigos du commerce la présence d’un brun d’iniligo, soluble dans les alcalis, qui parait avoir do l’analogie avec l’acide urique, et celle d’un rouge d'indigo, qui est.probablement le même corps que la résine rouge de M. Chevreul.

DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

avide d’oxygène, (el que du miel, du glucose, du protosulfale de fer, du sulfure jaune d’arsenic, etc., se change en un corps incolore ou verdâtre, nommé indigo réduit ou indigo blanc, qui est très-soluble dans les alcalis, et susceptible de s’oxygéner de nouveau à l’air, ce qui lui rend sa couleur bleue et son insolubilité, l.a manière la plus simple d’expliquer ces faits serait de supposer que l’indigo blanc est de l’indigo bleu désoxygéné, et de représenter sa composition par C“H®AzO; mais comme ce corps contient en plus HO, et que sa composition est en réalité C‘®H*AzO*, M. Dumas préfère le regarder comme de l’indigo hydruré ; ce qui s’explique d’ailleurs facilement, en admettant que, dans la décoloration de l’indigo, c’est l’eau qui se trouve décomposée et qui cè'ide, d’une part son oxygène au corps réductif, de l’autre l’hydrogène à l’indigo. Pareillement, dans la réapparition de l’indigo bleu au contact de l’air, l’oxygène ne ferait qu’enlever à l’indigo blanc 1 équivalent d’hydrogène.

On admet généralement que l’indigo existe dans les plantes à l’état d’indigo blanc, parce que, en effet, il y est privé de couleur, et que le contact de l’air paraît indispensable à son extraction : mais, comme l’a supposé Robiquet, il serait possible que le corps primitif qui existe dans la plante fût non-seulement incolore, mais encore privé d’azote, et que l’indigo se formât par la fixation des éléments de l’ammoniaque et d’une petite quantité d’oxygène sur ce corps primitif (I). Quoi qu’il en soit, c’est sur la propriété que possède l’indigo d’ètre dissous après avoir été hydrogéné ou désoxygéné, qu’est fondée la manière de l’appliquer aux tissus de laine et de coton. On le met d’abord en contact, soit avec des matières végétales qui, par un commencement de fermentation putride, s’emparent de son oxygène, soit avec des sels métalliques au minimum, ou avec des sulfures, que l’on accompagne d’alcalis; de sorte que l’indigo, désoxygéné et dissous par ces différents moyens, donne un bain de teinture verte ; celte couleur passe ensuite au bleu par exposition à l’air; en dernier lieu on lave le tissu, et on le fait sécher.

L’indigo n’est employé en pharmacie que pour colorer quelques onguents.

FAMILLE DES TÉHÉBINTHACÉES (2).

Arbres ou arbrisseaux souvent résineux, ayant les feuilles alternes, généralement composées, non stipulées. Les fleurs sont hermaphrodites ou unisexuelles, généralement petites et disposées en grappes. Chacune d’elles présente un calice composé de 3 â S sépales quelquefois soudés à la base; la corolle, qui manque quelquefois, est régulière et se compose d’un nombre de pétales égal aux lobes du calice. Les étamines sont en nombre égal aux pétales et alors alternes avec eux, quelquefois en nombre double, ou très-rarement quadruple. Le pistil se com-

(1) Robiquet, Journ. de pharm., t. XIl, p. Î8t.

(2) VoirL. Marchand, Des Térébinthacées et de ceux de leurs produits qui sotit

employés en pharmacie (thèse d'agrégation à l’École de Pharmacie). Paris, 18C!».

TÉRÉBINTHACÉES. 487

pose de 3 ou 5 carpelles distincts ou plus ou moins soudés, entourés à leur base d’un disque périgyne. Quelquefois plusieurs carpelles avortent et il n’en reste qu’un surmonté de plusieurs styles. Chaque carpelle est à une seule loge contenant tantôt un ovule porté au sommet d’un podosperme filiforme, tantôt un ovule renversé, ou deux ovules renversés et collatéraux. Les fruits sont secs ou drupacés, contenant généralement une seule graine, sans endosperme.

. Aujourd’hui plusieurs botanistes regardent les Téréblntliacées , telles qu’elles ont été définies par de Jussieu et De Candolle, comme un groupe ou une alliance à laquelle on réunit d’abord les Rutacées, et qu’on divise ensuite en un assez grand nombre de familles. Mais je préfère suivre M. Richard, qui laisse ces deux groupes séparés, et qui divise celui des Térébinthacées en cinq tribus dont voici les caractères :

I. Anacabdiées. Pétales et étamines insérés sur le calice ou sur un disque calicinal; ovaire uniloculaire et monosperme; graine portée sur un podosperme basilaire ; radicule repliée sur des cotylédons épais.

— Genres Anacardium, Semecarpus, Mangifera, Pütacia, Astroniam, Co mocladia, Picramnia, Rhus, Schinus.

II. Spondiacées. s pétales insérés sous un disque dentelé, entourant l’ovaire; 10 étamines; ovaire quinquéloculaire ou bi-quadriloculaire par avortement ; loges uniovulées; drupe à noyau bi-quinquéloculaire ; cotylédons piano-convexes; feuilles imparipinnées. — Genres Spondios, Poupartia.

III. Buhsébacées. 3 à s pétales insérés sous un disque calicinal; étamines en nombre double des pétales ; ovaire 2-o-loculaire, à loges bi-ovulées. Style simple ou nul. Autant de stigmates que de loges à l’ovaire. Drupe à noyau bi-quinquéloculaire; cotylédons chiffonnés ou charnus; radicule droite, supère. — Genres BnsweUia, Balsamodendron, Elaphrium, Icica, Bursera, MarUjuia, Colophoiiia, Gananum,. Hedwigia, Garuga.

IV. AiiYitiDÊES. Fleurs hermaphrodites ; 4 pétales imbriqués, 8 étamines; torus épais et proéminent; ovaire uniloculaire, biovulé ; stigmate sessile, en tète; drupe à noyau chartacé, monosperme, indéhiscent; semence sans endosperme à cotylédons charnus, à radicule supère, trèscourte; feuilles composées, marquées de points transparents; péricarpe glanduleux. — Genre Amyris.

V. CoNNABAcÉEs. 5 pétales insérés sur le calice; 10 étamines; 5 carpelles à un style, distincts, ou en nombre moindre par avortement , biovulés, monospermes par avortement. Semences élevées du fond du carpelle, souvent arillées, pourvues ou privées d’endosperme, à cotylédons foliacés ou charnus ; radicule située au sommet ou près du sommet de la graine ; courte et épaisse ; feuilles composées, non ponctuées.

— Genres Connarus, Omphalobium.

La famille des Térébinthacées fournit un très-grand nombre de matières résineuses, plusieurs gommes-résines, un certain nombre de fruits alimentaires ou médicinaux, et plusieurs bois usités dans la teinture ou l’ébénisterie. Quelques espèces sont vénéneuses, ou pourvues d’un suc caustique.

DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

Sumac «les corroyeura.

Rourctieacorroycura, :Rhus Coriaria, L. Tribu des Anacardiées. Car. gén. ; fleurs souvenl dioïques ou polygames ; calice monophylle à 5 divisions persistantes ; coroHe à 5 pétales ovales, étalés; 5 étamines à filaments très-courts; ovaire uniloculaire, pourvu de 3 styles très-courts ou de 3 stigmates sessiles. Le fruit est un drupe uniloculaire et monosperme.

Le sumac des corroyeurs croit naturellement dans les lieux secs et pierreux du midi de l’Europe, C’est un arbrisseau de 3 à 4 mètres de hauteur, dont les rameaux sont revêtus d’une écorce velue. Les feuilles sont imparipinnées, à 5 ou 7 paires de folioles velues, à pétiole nu, un peu marginé au sommet; les foioles sont elliptiques et grossièrement dentées. Les fleurs sont petites, verdâtres, disposées en grappes serrées à l’extrémité des rameaux; les stigmates sont sessiles. Le fruit est un petit drupe aplati, brun verdâtre, d’un goût acide et très-astringent, contenant une semence de forme lenticulaire. Ce fruit était usité autrefois dans les cuisines comme assaisonnement. Les feuilles, séchées et pulvérisées grossièrement, servent au tannage et à la teinture. Du temps de Clusius, la province de Salamanque en faisait un commerce considérable,

i^umac »ie Virginie, Rhus Ujphinum, L, Arbrisseau originaire de l’Amérique septentrionale, cultivé depuis longtemps en Europe pour l’ornement des jardins. Ses jeunes rameaux sont couverts d’un poil ras, épais, roussâtre et doux au toucher, ce qui les fait ressembler aux jeunes andouillers de cerf. Ses feuilles portent, sur un pétiole très-pubescent, 8 â IG paires de folioles avec impaire, glabres en dessus, pubescentes en dessous, lancéolées, très-aiguCs, finement dentées en scie. Les fleurs forment des épis veloutés et rougeâtres au sommet des rameaux ; les fruits sont rouges, arrondis, pressés les uns contre les autres, pubescents, d'une saveur acide et astringente très-marquée.

Le sumac de Virginie peut servir aux mômes usages que le précédent; il découle de son écorce incisée un suc lactescent qui se concrète en une gomme-résine.

On cultive dans les jardins un autre sumac originaire de l’Amérique, nommé «umac glabre, Rhus ÿ/aémn, L,, qui diffère du précédent parce que ses rameaux et ses feuilles sont glabres et ses fleurs verdâtres. On peut citer encore le sumac vernU, Rhus Vemix, L., arbrisseau du Japon, qui fournit par incision un suc laiteux qui se condense et noircit à l’air, et qui sert à faire un vernis noir, après avoir été dissous dans une huile siccative ; le

TÉRÉBINTHACÉES. — SUMACS. 489

Rhus copallinum du Mexique, qui fournit une résine que l’on a cru être le copal dur ou animé dure du commerce, dont l’origine est bien différente, ainsi que nous l’avons vu ; enfin, le Rhus Metopium, L., arbrisseau de la Jamaïque, dont les feuilles ont deux paires de folioles avec impaire, dont les fleurs sont hermaphrodites, et dont l’écorce incisée laisse découler une gomme-résine purgative, émétique et diurétique, nommée hog-gum ou doclorgum. Cette gomme-résine est en larmes ou en masses demi-opaques, friables, d’un jaune assez prononcé, ainsi que le serait de la gomme ammoniaque teinte avec de la gomme-gutte. Elle est inodore et faiblement amère (1).

Sumacs vénéneux.

Deux espèces de sumacs, peu distinctes l’une de l’autre, se font remarquer par une forte qualité vénéneuse. Ce sont les Rhus radicans et Toxicodendron {fig, 727), originaires tous deux de l’Amérique septentrionale, et cultivés depuis longtemps dans les jardins. Ces arbrisseaux ont des tiges nombreuses, faibles et flexibles, pouvant s’attacher aux arbres par des radicules qui s’enfoncentdans leur écorce.

Leurs feuilles sont composées d’une seule paire de fo lioles avec impaire. Les fleurs sont dioïvjues, disposées en petites grappes verdâtres dans l’aisselle des feuilles. Les fruits sont de petits drupes blancs, arrondis, ayant presque l’apparence du poivre blanc. Le Rhus radicans a les folioles ovales, pointues, vertes, glabres, très-entières; le Rhus Toxicodendron a les siennes pubescentes, anguleuses, quelquefois incisées.

Le toucher de ces deux plantes, et suivant beaucoup d’auteurs, la seule exhalation d’un principe âcre qui s’en dégage, suffit pour causer la tuméfaction et l’inflammation des paupières et du visage, et une cuisson brûlante des mains, suivie d’inflammation

(1) Voir, sur ce produit, Pharmaceutical Jotirn,, t. Vil, p. 270, 18i8.

DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

et d’éruption de petites vésicules pleines de sérosité. Mais ces propriétés dangereuses disparaissent par l’action du feu, et l’extrait des feuilles a pu être administré à des doses assez considérables sans produire aucune action délétère.

Fualet.

Rhus Cotinus, L. Les tiges de cet arbrisseau sont hautes de 2 à 3 mètres, divisées en rameaux glabres comme toute la plante, garnis de feuilles simples, ovales, d’un vert gai et luisantes en dessus, d’un vert blanchâtre en dessous. Les fleurs sont petites, verdâtres, disposées au sommet des rameaux en pamicules trèsrameuses, dont les divisions filiformes s’allongent beaucoup, quand les fleurs sont stériles, et se chargent de poils glanduleux et rougeâtres, qui leur donnent l’aspect de grosses houppes de duvet.

Le bois de fustet, tel que le commerce le présente ordinairement, est formé de souches et de branches tortueuses de 3 centimètres de diamètre environ; il est pourvu d’un aubier blanc, poreux, que les vers attaquent facilement, et d’un cœur assez dur, d’un jaune foncé, à la fois brunâtre et verdâtre. Les grosses souches, sciées et polies, offrent, comme la racine de buis, des dessins de couleurs variées, qui les font rechercher des tourneurs et des tableliers ; mais le plus grand usage du fustet est pouf la teinture. Il teint les étoffes en jaune orangé, mais qui fst trop, altérable pour être appliqué seul. On l’emploie toujours aïec une autre couleur, qu’il modifie par le mélange de la sienne propre. ;

On Irouve aiissi du fustet provenant des troncs cylindriques et réguliers dépourvus d’aubier, et ayant cependant encore 9 centimètres dé diamètre; il est moins riche en principe colorant que • Ifi .précédent.

Cir<‘ du Japon.

[On connaît sous ce nom une cire qui a paru depuis une douzaine d’années en Angleterre et dont on reçoit aujourd’hui des blocs considérables pesant environ 120 livres. Cette cire est blanche, à odeur légèrement rance. Elle se présente dans les collections sous forme de gâteaux circulaires de 1 â 4 pouces et demi de diamètre sur un pouce d’épaisseur, aplatis d’un côté, convexes de l’autre. La surface est recouverte d’une sorte d’efflorescence cristalline. Elle est plus molle que la cire d’abeilles, plus soluble dans l’alcool. Son point de fusion est, d’après M. Hanbury, compris entre 5-2“ et 55“ centigrades.

TÉRÉBINTHACÉES. — NOIX D’aCAJOU. 491

On attribue d’ordinaire celte cire au Rhus succedaneum, L. Thunberg nous apprend que les graines de celte plante, pilées et bouillies dans l’eau, puis soumises à l’action de la presse, donnent une buile concrète qui, en se refroidissant, a la consistance du suif et s'emploie au Japon pour la fabrication des chandelles. On a reçu en effet, dans un envoi récent de cette cire, des graines qui ressemblent tout à fait à celles du Rhus succedaneum. Cependant ces graines, mises à germer, ont donné non une plante à feuilles entières comme celles de celte espèce, mais à feuilles dentées en scie. Il est donc probable qu’à côté du Rhus succedaneum, qui paraît évidemment l’origine d’une des cires du Japon, il y a d’autres espèces qui produisent une substance analogue.]

Xoix d'acajou.

Cassuvium pomiferum, L Anacardium occidentale, L., tribu des Anacardiées [fg. 728). Arbre de moyenne grandeur, répandu dan‘'

presque toutes les contrées chaudes de la terre, comme aux îles Moluques, aux Indes, au Brésil, dans la Guyane et aux Antilles.

492 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

Ses feuilles sont simples, entières, ovales, un peu atténuées à la base, très-obtuses et échancrées au sommet. Ses fleurs sont disposées en panicules terminales, et sont accompagnées de bractées nombreuses. Le calice est partagé jusqu’à moitié en divisions aiguës ; la corolle est à 5 pétales linéaires-lancéolés, trois fois plus longs que le calice et réfléchis au sommet ; les anthères sont au nombre de dix, soudées par la partie inférieure des filets, libres par le haut ; de ces dix étamines, ordinairement une seule est exserte et pourvue d’une anthère biloculaire ferijlle ; les autres, plus courtes et renfermées dans la corolle, ne portent que des anthères atrophiées et stériles ; l’ovaire est simple, uniloculaire, porté sur un torus charnu, qui remplit la partie non divisée du calice. 11 est pourvu d’un long style latéral, terminé par un stigmate arrondi. Le fruit, provenant de l’ovaire développé, est composé d’un péricarpe en forme de rein, lisse et grisâtre, qui sous une première enveloppe coriace, présente des alvéoles remplis d’un suc huileux, visqueux, brun noirâtre, âcre et caustique ; ces alvéoles sont bornés à l’intérieur par 'un seconde membrane coriace, semblable à la première, et renfermant une amande réniforme, à deux lobes, blanche, huileuse, douce, bonne à manger et d’une saveur agréable. Cette amande est encore recouverte immédiatement par une pellicule rougeâtre.

Ce fruit, dans son état naturel, est suspendu parle plus gros de ses deux lobes à l’extrémité d’un corps charnu, présentant presque le volume et la forme d’une poire, et provenant du développement du torus calicinal. On donne à cette partie le nom de pomme d’acajou; elle est acide, sucrée, un peu âcre, non désagréable.

La noix d’acajou n’est plus usitée. Si les médecins voulaient l’employer, ils ne sauraienttrop avoir l’attention de prescrire s’ils désirent le péricarpe seul ou l’amande, ou les deux ensemble, vu les propriétés tout à fait opposées de ces deux parties. Le suc huileux du péricarpe a quelquefois été employé pour ronger les cors, les vieux ulcères, et pour dissiper les dartres.

La noix d’acajou n’est pas produite par l’arbre qui fournit le bois de môme nom, si recherché pour les meubles. Celui-ci provient du Sivietina Mahogoni, L., de lafamille des Méliacées ; mais c’est l’arbre à la noix d’acajou qui donne la gomme d’acajou dont il va être parlé.

Ciomme cl’acajon. — Cette gomme arrive en quantité assez considérable des divers pays où croit le Cassuvium pomiferum, et pourrait être utilisée pour les arts, en raison de la gomme soluble qu’elle contient.

Elle est en larmes stalactiformes, souvent très-longues, jaunes.

TÉRÉBIMHACÉES. — ANACARDE. 4D:t

transparentes, dures, à cassure vitreuse, et ressemblant ausuccin. Elle se dissout difficilement dans la bouche et s’attache fortement aux dents. Traitée à froid par 48 parties d’eau, elle s’y gonfle et s’y dissout eu partie. La portion non dissoute présente les propriétés de la bassorine. La liqueur surnageante, qui passe facilement à travers un filtre, en raison de son peu de consistance, ne rougit pas le tournesol, se trouble par l’oxalate d’ammoniaque, et forme par l’alcool un précipité blanc, abondant, floconneux, que je regarde comme de Varabine, ou gomme soluble d’Arabie ou du Sénégal.

Anacarde orientale.

Anacardium longifolium, Lam. ; Semecarpus Anacardium, L. {fig. 729). Arbre des montagnes de l'Inde, à feuilles simples elliptique.s-oblongues, pourvu de fleurs petites, disposées en panicules axillaires et terminales ; le calice est à cinq divisions aiguôs, la corolle à cinq pétales oblongs, très-ouverts ; les étamines sont au nombre de cinq, libres, égales, alternes et insérées avec les pétales sur un disque urcéolé; ovaire unique, libre, uniloculaire, uniovulé, surmonté de trois styles terminaux.

Le fruit est cordiforme, un peu aplati, porté sur un lorus épaissi, qui peut être mangé impunément.

Ce fruit, tel que le commerce l’apporte, est noir, lisse, cordiforme, et présente souvent à sa base son réceptacle entier, plus petit que le fruit luimême, fortement ridé et durci par la dessiccation. On observe souvent en outre, à l’extrémité atténuée de ce] réceptacle, un pédoncule ligneux, qui était le véritable pédoncule de, la fleur. A l’intérieur, l’anacarde est entièrement disposée comme la noix d’acajou : première enveloppe coriace et élastique ; alvéoles

*94 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

remplies d’un suc oléo-résineux, noir, visqueux, caustique, d’une odeur fade (ce suc y parait plus abondant que dans la noix d’acajou) ; seconde enveloppe coriace, semblable à la première ; amande blanche, douce au goût, encore recouverte immédiatement par une pellicule rougeâtre.

Gomme on le voit, les différences entre l’anacarde et la noix d’acajou sont toutes superficielles ; et si une chose peut étonner, c’est que des arbres qui produisent des fruits aussi intimement semblables, diffèrent autant par leurs organes sexuels: aussi sontils séparés dans le système de Linné, l’anacardier ayant été rangé dans la pentandrie, et le pommier d’acajou dans l’ennéandrie ou la décantirie.

L’anacarde a les mômes propriétés que la noix d’acajou ; cependant elle paraît moins dangereuse prise à l’intérieur, et elle a été plus souvent prescrite comme purgative.

Fruit et Bemence de mango.

Mangifera indica, L. ; Mangifera domestica, Gærtn. (1). Le mango est un arbre des Indes orientales, qui a été propagé dans les Antilles, où il a formé un grand nombre de variétés. Il s’élève à la hauteur de 12 à 14 mètres. Ses feuilles sont simples, entières, oblongues-lancéolées. Les fleurs sont en panicules droites, et accompagnées de bractées. Le calice est à 5 divisions; la corolle a 5 pétales plus longs que le calice ; les étamines sont au nombre de 5, alternes avec les pétales, soudées à la base; il n’y en a qu’une seule exserte et fertile, les autres sont raccourcies et stériles. L’ovaire est libre, sessile, oblique, uniloculaire, à un seul ovule ascendant ; le style est latéral courbé en arc, exserte, terminé par un stigmate obtus. Le fruit est un gros drupe un peu réniforme, très-variable dans ses dimensions, sa couleur et son goût, mais généralement très-recherché pour sa saveur parfumée acidulé et sucrée. Le noyau est plus ou moins volumineux, comprimé, un peu réniforme, formé d’un endocarpe ligneux, tout couvert de libres blanches et chevelues. La semence présente deux enveloppes complètes, membraneuses, tout à fait distinctes et isolées l’une de l’autre ; la première, qui est unarille, puisqu’on trouve à l’intérieur le funicule qui conduit au hile, a la blancheur et la finesse d’une baudruche. Le tégument propre à la semence est lui-même formé de deux tuniques soudées: l’une, extérieure, blanche et lustrée; l’autre, intérieure, d'un rouge foncé. L’amande est formée de deux cotylédons tournés en spirale et comme formés de pièces articulées. Cette amande présente un goût for- (1) Gærtner, tab. 100.

TÉRÉBINTHACÉES. — PISTACHES. 495

tement astringent, et contient, suivant l’observation de M. Avequin, une forte proportion d’acide, gallique libre, qu’on peut en extraire par un procédé beaucoup plus facile et plus expéditif que celui qui sert à extraire cet acide de la noix de galle (1).

On donne en Amérique le nom de prunier d’ Espagne {fig. 730), de mornbin ou de myrobolan mombin, à deux espèces de Spondias, qui sont les Spondias purpurea et lutea, L. Le premier surtout produit des fruits très-recherchés pour la table ; ils sont ovales, revêtus d’une peau colorée de jaune et de pourpre, et sont formés, à l’intérieur, d’une chair parfumée, un peu acide et sucrée. Le noyaux est volumineux, à 5 loges monospermes, tout hérissé de crêtes ligneuses à l’intérieur.

Pistachier et piatache*.

Pistacia vera, L., tribu des Anacardiées {fig. 731). Car, gén. : fleurs dioïques. Fl. m. : calice petit à 5 dents; corolle nulle, (étamines 5, opposées aux divisions du calice; filaments très-

(l)Avequin, Jown. de pharm., t. XVII, p. 121.

49(> DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

courts, réunis en disque à la base ; ovaire rudimentaire {fig, 732). Fl. fem. : calice à 3 ou 4 divisions pressées contre l’ovaire; corolle, étamines et disque nulS; ovaire unique, sessile, unilocu¬

laire, offrant très-rarement les rudiments de 2 loges avortées • style très-court; 3 stigmates ; drupe sec. ’

Le pistachier croit naturellement depuis la Syrie jusq^’a^ Bokhara et au Caboul. Selon Pline, ses fruits furent apportés pour la première fois à Rome par Lucius Vitellius, pendant qu’il était gouverneur de Syrie, sur la fin du règne de Tibère, et, vers le même temps, Flaccus Pompéius , chevalier romain, les porta en Espagne. Le pistachier est très-répandu d’ailleurs dans les îles grecques et en Sicile, et est cultivé jusque dans la Provence et le Languedoc, en France.

Le pistachier s’élève à la hauteur de 7 à 10 mètres. Ses feuilles sont composées de 2 à 3 paires de folioles glabres, un peu coriaces, ovales ou ovales-lancéolées, avec une impaire. Dans une variété, les feuilles n’ont que 3 folioles. Les fruits, nommés pistaches, sont gros comme des olives, et composés : l» d’un brou tendre, peu épais, ordinairement humide, rougeâtre, très-rugueux, légèrement aromatique; 2“ d’une coque ligneuse, blanche qui se divise facilement en deux valves; 3“ d’une amande anguleuse, recouverte d’une pellicule rougeâtre, d’un vert pâle à l’intérieur et d’un goût doux et agréable. Ces amandes nourrissent beaucoup; elles donnent de l’huile par l’expression, servent à faire des loochs qui sont verdâtres, et sont très-employées par les confiseurs qui en font des dragées, et par les glaciers, qui en mettent dans leurs crèmes.

Fig. 734. — Pistacia.

TÉRÉBINTHACÉES. — LENTISQL’E ET MASTIC.

licntisque et mastic .

Le lentisque, Pistacia Lentiscus, L., est un petit arbre, haut de 4 à 5 mfitres, divisé en rameaux nombreux et tortueux, garnis de feuilles ailées sans impaire, composées de 8 à 10 folioles lancéolées-obluses, coriaces, persistantes, d’un vert foncé en dessus, plus pâles en dessous. Les fleurs mâles ou femelles, sur des individus différents, sont très-petites, purpurines, et disposées en petites grappes axillaires. Les fruits sont arrondis, brunâtres, et peuvent être mangés. On en retire par expression une huile propre à l’éclairage et pour Tusage de la table. Mais le produit principal du lentisque, celui pour lequel il est cultivé avec soin dans l’Orient, et surtout dans l’îlede Chioou Scio, est sa résine, connue sous le nom de mastic. La chaleur du climat influe beaucoup sur la production de cette résine ; car, bien que le lentisque soit abondant dans le midi de l’Europe et en Provence, il n’y fournit aucune quantité de mastic.

C’est donc de l'île de Scio principalement que nous vient cette résine. Pour l’obtenir, on fait, dans le courant de l’été, de nombreuses et légères incisions au tronc et aux branches principales de l’arbre. Le suc liquide qui en découle s’épaissit peu à peu, et prend la forme de larmes d’un jaune pâle, dont les plus grandes sont aplaties et de forme irrégulière, et les plus petites souvent sphériques. La surface de ces larmes est mate et comme farineuse, à cause de la poussière provenant du frottement continuel des morceaux; leur cassure est vitreuse; leur transparence un peu opaline, surtout au centre. Leur odeur est douce et agréable; leur saveur aromatique; elles se ramollissent sous la dent, et y deviennent ductiles.

Le mastic est légèrement tonique et astringent. Ün en fait une grande consommation en Orient, comme masticatoire, pour parfumer l’haleine et fortifier les gencives : c’est de cet usage que lui est venu le nom de mastic.

Le mastic n’est pas entièrement soluble dans l’alcool. La partie insoluble, qui est tenace et élastique tant qu’elle contient de l’alcool interposé, et sèche et cassante lorsqu’elle n’en contient plus, paraît analogue à celle que nous avons précédemment trouvée dans la résine animée. Le mastic est soluble en toutes proportions dans l’éther, et il se dissout facilement à chaud dans l’essence detérébenthine.

La résine sandaraque, produite par le Thuya aj'ticula(a{îarQ\\le des Conifères, t.II, pag. 250), ressemble beaucoup à celle du lentisque; on l’en distingue facilement, cependant, à Ig forme al-

GoiBOBiiT, Drogues, 7» édit. T. III. — • 32

498 DICOTYLÉDONES CALIGIFLORES.

longée de ses larmes, à sa grande friabilité sous la dent.àsa complète solubilité dans l’alcool, et à sa solubilité beaucoup moins grande dans l’élber et l’essence de térébenthine.

PUtarhifr atlantique, Pistacia atlantica, Delf. Grand et bel arbre de l’État de Tunis, qui s’élève à une hauteur de plus de 20 mètres, sur Gu à 100 centimètres de diamètre, au bas du tronc. Ses feuilles sont caduques, composées de 7 à 9 folioles lancéolées, un peu ondulées, glabres, sur un pétiole un peu ailé. Il découle du tronc et des rameaux de cet arbre un suc résineux, d’un jaune pâle, qui a beaucoup de ressemblance avec le mastic, et qui sert aux mêmes usages.

Térébenthine de Chio.

Chez les anciens, le mot térébenthine n’était d’abord qu’un nom adjectif et spécifique, qui, joint au nom générique resme, s’appliquait exclusivement au produit du téréblnthe {Pistacia Terebinthus, L.). Mais, plus tard, ce nom a été appliqué génériquement à tous les produits résineux mous ou liquides, composés, comme le premier, d'essence et de résine. Alors il a fallu désigner plus particulièrement la térébenthine du térébinthe par le nom de l’arbre qui la produit ou par le lieu de sa provenance la plus habituelle.

Le térébinthe croît naturellement dans le Levant, dans la Barbarie et dans l’ile de Chio, d’où nous vient la térébenthine la plus estimée. C’est un arbre assez élevé, dont les feuilles sont caduques, composées de 7 à 9 folioles ovales-oblongues, vertes, luisantes, portées sur un pétiole un peu ailé. Le suc résineux s'en échappe naturellement, pendant l’été, par les fissures de l’écorce; mais on en obtient davantage à l’aide d’incisions, faites au printemps, au tronc et aux principales branches ; le suc résineux en découle pendant tout l’été, et tombe sur des pierres plates placées au pied de l’arbre, où on le ramasse tous les matins, quand il a été épaissi par la fraîcheur de la nuit. On le purifie en le faisant couler à travers de petits paniers exposés aux rayons du soleil.

Les térébinthes fournissent fort peu de résine; car un arbre de soixante ans, dont le tronc a 13 à 16 décimètres de circonférence, n'en produit ordinairement que 300 à 330 grammes par an. Aussi cette térébenthine est-elle toujours rare dans le commerce, et d’un prix élevé. Elle est toujours très- consistante et souvent presque solide; elle est pour le moins nébuleuse et quelquefois presque opaque. Elle est d’un gris verdâtre ou jaune verdâtre. Son odeur paraît très-faible à l’air ; mais, quand elle est renfermée . dans un vase de verre, elle en conserve une assez

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