‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou Cours d'histoire naturelle professé à l'École supérieure de pharmacie de Paris. Tome troisièmeChapitre 105 sur 139 · TÉRÉBINTHACÉES. — GALLES DE TÉRÉBINTHE · texte numérisé non relu

TÉRÉBINTHACÉES. — GALLES DE TÉRÉBINTHE

forte, agréable, analogue à celle du fenouil ou de la résine élétni. Elle offre une saveur parfumée, privée de toute amertume et d’âcreté, et qui rappelle tout à fait celle du mastic. Comme le mastic également, la térébenthine de Ghio se dissout en toutes proportions dans l’éther, et laisse, quand on le traite par l’alcool, une résine glutineuse. Cette coïncidence de propriétés n’a rien qui doive étonner, en raison de l’étroite parenté des arbres qui produisent les deux résines. Aussi suis-je tout à fait de l’avis des moines éditeurs de Mésué, qui disent que, à défaut de la térébenthine de Chio, la substance le plus propre à la remplacer est le mastic, et non les résines de conifères.

Le térébinlhe présente dans son organisation un fait très-singulier. D’après Théophraste, cet arbre est mâle et femelle. Chez les anciens, ces qualifications n’ont souvent aucun rapport avec le sexe des plantes ; mais ici elles se trouvent justement appliquées. Seulement Théophraste distingue deux arbres femelles : un, portant des fruits rouges, de la grosseur d’une lentille, non mangeables ; l’autre, produisant des fruits verts d’abord, puis rouges, enfin noirâtres, et de la grosseur d’une fève. Duhamel nous a donné l’explication de ce fait, d’après Gousineri : c’est que l’espèce du térébinthe comporte trois sortes d’individus ; les uns mâles, les seconds femelles et les troisièmes androgj nes, c’est-à-dire portant à la fols des fleurs mâles et des fleurs femelles. Ce sont ces derniers qui produisent les fruits les plus petits, ligneux et presque privés d’amandes. Les arbres véritablement femelles fournissent seuls un fruit complet et susceptible de germination. Ce fruit peut être mangé comme les pistaches, quoiqu’il soit moins agréable et qu’il ne serve guère qu’aux pauvres gens.

Galles de Térébinthe.

On trouve, dans Lobel(l), dans Clusius(2), et dans plusieursautres ouvrages postérieurs, une seule et même figure de térébinthe, portant, à l’extrémité du rameau, une galle en forme de corne allongée et contournée, qui est connue sous le nom de «"aroub de «ludée, soit qu’on l’ait comparée, pour la forme, au fruit du caroubier, soit qu’ou ait tiré son nom directement du mot hébreu kerub, qui signifie corne.

Mais cette galle, en forme de corne, n’est pas la seule que produise le tébérinthe, puisque Clusius lui-même mentionne une autre galle vésiculeuse, adhérente aux feuilles ou aux branches de

(1) Lobel, Observationes, p. 538, fig. î.

(2) Clusius, Rariorum plant.

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l’arbre, et semblable à la galle des feuilles de l’orme. Belon, les moines éditeurs de Mésué, J. Bauhin et Kæmpi'er, ont aussi parlé de ces différentes galles du térébinthe, dont la plus connue est toujours cependant celle en forme de corne, ou la caroub de Judée (I).

Cette galle {fig. 734, 733 et 736) a la forme d’une vésicule longue et aplatie, élargie au milieu et amincie en pointe aux deux

Fig. 735. — Caroub de Judée. Fig. 736. — Caroub de Judée.

extrémités-. Elle est généralement repliée sur elle-même près du pédoncule, et souvent dirigée en sens contraire vers l’autre extrémité. J’en possède une entière, longue de 7 centimètres sur 1 7 millimètres de large, et de plus grands échantillons non entiers de

(1) Consultez, pour plus de détails, mon Mémoire sur les galles de térébinthe et sur la galle de Chine (Revue scientifique, t. XIV, p. 409). — Voir aussi la coupe transversale vue à la loupe et au microscope d’une galle de térébinthe, dans Léon Marchand, thèse déjà citée.

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30 à 35 millimètres de large, et dont la longueur peut avoir été de 16 à 18 centimètres. Cette galle. est d’une couleurrouge décidée, surtout à l’extérieur, qui est strié longitudinalement et doux au toucher. Elle est épaisse de un millimètre seulement, et vide en dedans, excepté une petite quantité de dépouilles des pucerons {Aphis pistaciœ,L.) qui ont été cause de son développement. La substance même de la galle est compacte, translucide, mêlée de fibres ligneuses blanches qui vont d’une extrémité à l’autre. Elle est chargée d’un suc résineux qui exsude par places, à l’extérieur ou à l’intérieur, et elle possède une saveur très-astringente, accompagnée d’un goût aromatique semblable à celui de la térébenthine de Ghio. Enfin, on peut observer que cette galle, étant formée par la piqûre d’un bourgeon terminal, est toujours simple et Urminée par une pointe unique.

Ciulle nolro et cornne du pistacliier. J’ai attribué cette galle à un pistachier, parce qu’elle m’a paru être la galle corniculée, qui, dans les Adversaria de Lobel (p. 412), acccorapagne la figure du Pistacia naî-bonensis, L., lequel n’est qu’une simple variété du Pistacia Terebinthus. Cependant, comme la galle du térébinthe, en séjournant longtemps sur l’arbre après la sortie des pucerons, ou en restant sur la terre exposée à l’humidité, peut acquérir les caractères de cette nouvelle galle, je n’oserais dire aujourd’hui que cette galle est certainement produite par un pistachier. Dans tous les cas, elle diffère beaucoup de la première espèce, étant longue seulenaent de 4 à 6 centimkres, épaisse de 8 à 15 millimètres, plus ou moins recourbée et terminée par une pointe aiguë (,fig. 737). Elle est souvent comme toruleuse dans sa longueur;

Fig. 737. — Galle de térébiuthe.

elle est d’un gris noirâtre à la surface, et offre souvent de petites glandes plates et circulaires, d’où exsude une résine jaune. La

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substance môme de la plie est entièrement noire, légère, fragile, épaisse de 1/3 à 1/2 millimètre. La saveur en est mucilagineuse, sans astringence, mais avec un goût aromatique.

tJalIe de piatacliler, de Boukhara {fig. 738). D’après Roylc, on importe dans l’Inde, de Boukhara, les fruits du pistachier, conjointement avec une petite galle, nommée gool-i-pîsta (fleur de pistache), reconnue pour appartenir à cet arbre , ainsi qu’une résine appelée afuÆ-eo/MOTéa^. Les plus grosses de ces galles ne dépassent pas le volume Fig. 738. — Galle de pistachier, d’une petite cerise ; elles sont rougeâtresou brunâtres extérieurement, vides à l’intérieur, quelquefois lobées ou didymes, d’un faible goût de térébenthine de Chio; elles sont mélangées de très-petites larmes rondes semblables au mastic. Cette galle paraît être la même que la petite galle de pistachier figurée par Lobel (1).

«aile de Chine OU ou-poey-üe.

Cette galle jouit d’une grande célébrité en Chine, non-seulement comme substance propre à la teinture, mais encore comme un puissant astringent dont les médecins savent tirer parti dans un grand nombre de maladies. La description de cette substance et de ses propriétés a été empruntée par Duhalde au célèbre livre chinois le />en6ao (2). Geoffroy (3) l’a très-bien décrite également, et il parait qu’on la recevait alors par la voie du commerce ; mais, depuis longtemps, il n’en restait plus que des échantillons brisés et inconnus dans les droguiers, lorsque le commerce anglais l’introduisit de nouveau en Europe, où elle peut être appelée à partager les divers emplois de la noix de galle, des bablahs, du libidibi, du cachou, du gambir et des autres astringents d’un arrivage facile.

D’après Duhalde, la grosseur des ou-poey -/se varie depuis celle d’une châtaigne à celle du poing; la plupart sont d’une forme ronde ou oblongue {fig. 739 et 740); mais il est rare qu’ils se ressemblent entièrement par la configuration extérieure; leur couleur est d’abord d’un vert obscur, qui jaunit ensuite. Alors cette coque, quoique ferme, devient très-cassante. Les paysans chinois

(1) Lobel, Adversaria, p. 412.

(2; Pen-tsuo ou puH-tsao cong mou, ou herbier chinois en 52 livres. — Duhalde, Description géographique et historique de la Chine, Paris, 1735, t III p. 49C. — Grosier, Description de la Chine, 1. 1, p. 641.

(3) Geoffroy, Mém, de l'Acad, des sciences, année 1 724, p. 320.

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