TÉRÉBINTHACÉES. — BAUME DE LA MECQUE
jours est-il qu’à partir du xi« siècle jusqu’au xvi° ou au xyii% l’arbre du baume était cultivé auprès du Caire, dans un lieu nommé Matarée, enclos de murs et gardé par des janissaires. Mais, lors du voyage de Belon au Caire (en 1530), et malgré plusieurs importations successives de baumiers de la Mecque, il n’en restait que neuf à dix pieds, presque privés de feuilles et ne donnant plus aucune quantité de baume ; le dernier pied est mort en 1613, dans une inondation du Nil. Ce n’est donc plus dans la Judée, ni en Égypte, qu’il faut chercher l’origine du baume de la Mecque ; c’est dans l’Arabie Heureuse, et dans les environs de Médine et de la Mecque, oü l’arbre croît naturellement et où il n’a pas cessé d’exister.
Abd-Allatif, médecin de Damas, qui a vécu de 1161 à 1231, a donné sur l’extraction du baume, au jardin de la Matarée, des détails que je crois devoir reproduire ici.
« Le baumier a deux écorces : l’une, extérieure, qui est rouge et mince; l’autre, intérieure, verte et épaisse. Quand on mâche celle-ci, elle laisse dans la bouche une saveur onctueuse et une odeur aromatique. On recueille le baume vers le lever de la canicule, de la manière suivante : après avoir arraché de l’arbre toutes ses feuilles, on fait au tronc des incisions avec une pierre aigufi, en prenant garde d’attaquer le bois. Lorsque le suc en découle, on le ramasse avec le doigt que l’on essuie sur le bord d’une corne. Quand la corne est pleine, on la vide dans des bouteilles de verre ; ce qu’on continue sans interruption, jusqu’à ce qu’il ne coule plus rien de l’arbre. Plus l’air est humide, plus la récolte est abondante; au contraire, elle est médiocre dans les années de sécheresse. On prend à mesure les bouteilles et on les enfouit dans la terre, jusqu’à ce que l’été soit dans toute sa force; alors on les retire de terre et on les expose au soleil. Chaque jour on les visite et l’on trouve l’huile qui surnage sur une substance aqueuse mêlée de parties terreuses. On retire l’huile surnageante, et l’on remet les bouteilles au soleil, ce qui se répète alternativement jusqu’à ce qu’il ne se sépare plus d’huile . Alors on prend toute l’huile, cl l’homme qui est chargé de ce soin, la fait cuire secrètement, sans souffrir que personne assiste à cetle opération ; ensuite il la transporte dans le magasin du souverain. La quantité d’huile pure que l’on retire du suc monte, quand elle est passée, à un dixième du total. On m’a assuré qu’on recueillait annuellement environ 20 rôtis d’huile (7 kil., 25 gram.) (t). »
Si j’osais modifier quelque chose à la description précédente, je dirais qu’il me parait peu probable que le baume huileux,
(1) Le jardin d’Aîn-Schems, ou de ta Matarée, avait 7 feddans d'étendue (plus de 9 arpents). Extrait d’Abd-Allatif, Relation de l’Égypte, traduite par Sylvestre de Sacy, Paris, 1810.
508 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
épuré par le procédé décrit par Abd-Allatif, et qui était réservé pour le souverain, fût soumis à une cuisson quelconque, qui ne pouvait qu’en altérer la qualité. Je suppose que cette cuisson était appliquée plulôt au produit impur et môlé d’eau, d'où le premier avait été séparé, et qu’il pouvait en résulter un baume de qualité inférieure, destiné à être versé dans le commerce.
Augustin Lippi, cité par Geoffroy (1), indique un autre procédé usité pour obtenir deux autres qualités de baume de la Mecque. Ce procédé consiste à remplir une chaudière de feuilles et de rameaux de baurnier, à y verser de l’eau jusqu’à ce qu’elle les surpasse, et à chauffer jusqu’à l’ébullition. Lorsque le liquide commence à bouillir, il vient surnager une huile limpide et suave que l'on recueille à part et qui est réservée pour l’usage des dames turques; en continuant l’ébullition, il s’élève à la surface de l'eau une huile plus épaisse et moins odorante, qui est destinée au commerce.
Pendant longtemps, ainsi que je l’ai dit ailleurs (2), je n’ai pu énoncer que d’une manière vague ou douteuse les véritables caractères du baume de la Mecque, faute d’en avoir eu à ma disposition un échantillon authentique ; mais, en 1838, M. Benjamin Delessert, ayant bien voulu me permettre de puiser dans un flacon qui avait été rapporté d’Égypte par M. le professeur Delile,j’ai pu dire alors à quels caractères on peut reconnaître la pureté de ce produit célèbre, et qui est d’un prix très-élevé, môme dans les contrées qui nous le fournissent.
Le baume de la Mecque de M., Delessert était renfermé dans un flacon sphérique, bouché en cristal ; il pouvait y en avoir 900 grammes. Renfermé dans ce vase depuis la glorieuse expédition d’Égypte, ce baume s’était séparé en deux couches : une supérieure, liquide, mobile et presque transparente ; une infépieure, opaque, épaisse et glutineuse. Ayant môlé le tout par l’agitation, le baume a pris la consistance uniforme et la demiopacité qu’il doit avoir lorsqu’il est récent.
Ce baume offre alors la consistance et presque l’aspect du sirop d’orgeat, mais avec une teinte fauve que ne doit pas avoir le sirop. 11 a une odeur très-forte, analogue à celle de quelque plante labiée que je ne puis déterminer ; cette odeur s’affaiblit promptement à l’air, et iilors elle devient suave, tout à fait particulière, et ne peut plus être comparée qu’à elle-même. La pureté et la suavité de cette odeur affaiblie forment déjà un bon caractère du baume
'!) Geoffroy, Matière médicale.
(2) Guibourt, Observations de pharmacie, de chimie et d’histoire naturelle, Paris, 1838.