TÉRÉBINTUACÉES. — BAUME DE LA MECQUE
de la Mecque. Sa saveur est très-aromatique, amère et finit par devenir âcre à la gorge.
Une goutte de baume de fa Mecque liquide, que l’on fait tomber dans un vase plein d’eau, pénètre d’abord dans le liquide à une certaine profondeur, puis remonte à la surface ets'y étend aussitôt instantanément et complètement en une couche très-mince et nébuleuse, qui, vue à la loupe, présente une infinité de petits globules uniformément répartis sur toute la surface. Cette couche de baume, touchée avec un poinçon, s’y attache et s’enlève avec lui, comme le ferait une térébenthine. En attendant quelques instants, le baume devient assez solide, à cause de la prompte évaporation de son essence, pour que le tout s’enlève en une seule masse consistante. Ce caractère, indiqué par Prosper Alpin (1), est d’une grande exactitude et un des meilleurs pour reconnaître la pureté du baume. J’ai pu l’observer sur un baume très-ancien, presque épaissi en consistance de térébenthine, et d’une couleur un peu brunâtre ; seulement le baume reste un peu longtemps sous l’eau et est un peu de temps à s’étendre à la surface.
Une goutte de baume liquide, versée sur un papier collé, s’y étend un peu, mais ne pénètre pas le papier et ne le rend pas translucide. Après douze heures d’exposition à l’air, le baume est devenu assez consistant et assez tenace pour que, en pliant le papier en deux, on ait peine ensuite à le séparer sans déchirure.
S grammes de baume, traités par 30 grammes d’alcool à 90 degrés, forment un liquide blanc comme du lait, qui ne devient transparent qu’après un repos de huit à dix jours. Alors on trouve au fond du liquide un dépôt glutineux, formé par une résine insoluble dans l’alcool et qui est analogue à celle de VHymenœa Courbaril. Cette résine se dessèche promptement sur un papier collé, sans le traverser et sans le rendre transparent.
Enfin le baume de ta Mecque, trituré avec un huitième de son poids de magnésie calcinée, ne se solidifie pas, comme le font la térébenthine des pins et des sapins et plusieurs baumes de copahu. ’fels sont les caractères du vrai baume de la Mecque.
Ce baume, à l’état de pureté, est rare,-mais n’est pas introuvable. J’en avais vu antérieurement chez plusieurs pharmaciens bt droguistes, et, après avoir connu celui de M. B. Delessert, j’en ai acheté deux fois du semblable, renfermé dans des bouteilles carrées en plomb, de la contenance de 230 grammes environ. Mais il faut dire que la plupart des droguistes n’en ont que de falsifié, et que plusieurs même vendent, de bonne foi, de la térébenthine de Chio ou du baume du Canada pour du
(1) P. Alpin, Dialogue du baume, traduction d’Antoine Collin, Lyon, 18t9,
Sio DICOTYLÉDONES CALICIFLOltES.
baume de la Mecque. Antérieurement à I83S, j’avais moi-mCme acheté d’un brocanteur une grande bouteille en plomb de baume de la Mecque, que je regardais comme bon et qui était cependant altéré avec de l’huile, ainsi que je l’ai reconnu depuis. Comme il peut être utile d’en exposer les caractères, les voici :
Ce baume est semblable, pour la consistance sirupeuse et la demiopacite, à celui de M. Delessert; mais il a une teinte jaune verdftlre que n’offre pas ce dernier.
Dans le vase en plomb qui le renferme, il présente une odeur forte qui tient un peu du romarin. En vieillissant dans un flacon de verre en vidange, fermé en liège et quelquefois ouvert, l’odeur s’atTaiblit et se rapproche beaucoup de celle du baume vrai ; cependant on y découvre quelque chose de rance, et le bouchon blanchit, comme cela a lieu avec les huiles rances.
La saveur en est aromatique, âcre et amère.
Une goutte versée sur l’eau s’y étend inégalement comme le fait l’huile ; et les yeux ou les dessins formés sur l’eau sont miroitants et transparents, au lieu d’élre nébuleux et opaques. La couche résineuse ne peut être soulevée avec un poinçon, même après vingt-quatre heures d’exposition à l'air.
Une goutte versée sur du papier collé le pénèlre après quelque temps et le rend translucide. Le baume ne s’y dessèche pas, mémo après plusieurs jours d’exposition à l’air, et les deux moitiés du papier, pliées et appliquées l’une contre l’autre, se séparent sans effort et sans déchirure.
Ce baume, traité par l’alcool rectifié, le blanchit comme le véritable ; mais le dépôt qui s’y forme à la longue est un liquide épais, gras au toucher, et qui tache le papier à la manière d’une huile grasse.
Celte huile n’existe dans le baume qu’en petite quantité, mais elle suffit pour lui imprimer des caractères bien tranchés de celui qui esl pur de tout mélange (1).
Fruit du Banmler de la Mecque, on Carpobalsamum .
Ce fruit est d’un gris rougeâtre, gros comme un petit pois, allongé, pointu par les deux bouts, et marqué de quatre angles plus ou moins apparents. Il est composé d’un brou desséché et rougeâtre, d’une saveur très-faiblement amère et aromatique ; d’un noyau blanc, osseux,’ convexe d’un côté, marqué d’un sillon longitudinal de l’autre, et insipide ; enfin, d’une amande huileuse d’un goût agréable et aromatique. Ce fruit entier n’a pas d’odeur sensible ; il ressemble un peu au cubèbe, ou poivre à queue ; mais celui-ci est plus arrondi, plus foncé en couleur, plus ridé,
(1) Il est possible que cette petite quantité d’Iiuile provienne de l'amande du fruit du baumier. On lit dans quelques auteurs, qu’on altère le baume de la Mecque en y mêlant le produit oléo-résineux et aromatique provenant de l’expression du carpobalsamum r
TÉRÉBINTHACÉES. — MYRRHE. 511
nonligneux, et jouit d’une saveur âcre, amère, très-aromatique, tout à fait différente. Le fruit du baumier entre dans la thériaque.
nol» de Banmier, OU X j^lolialgamum .
Ce bois, tel qu’on le trouve dans les droguiers, se compose de petites branches longues de 16 centimètres, épaisses comme de petites plumes à écrire, marquées alternativement de tubercules ligneux qui sont un reste des petites branches secondaires fort courtes, qui portent les fleurs mâles {fig, 745 a). L’écorce est d’un brun rougeâtre et marquée de stries longitudinales régulières ; le bois en est blanchâtre, dur, d’une odeur douce trèsfaible et d’une saveur nulle, ce qui ne doit pas surprendre, vu l'ancienneté de cette substance dans les droguiers, et la facilité avec laquelle elle perd son odeur première, d’après Prospér Alpin (1). Cette' substance est exactement représentée dans Matthiole (2).
J’ai trouvé dans le commerce deux autres substances vendues comme Xylobahamum. La première est formée de petits bouts de branches longs seulement de H à 14 millimètres, épais de 2 millimètres au plus, couverts d’une écorce rougeâtre, très-rugueuse et à stries transversales et non longitudinales. Cette substance a une saveur aromatique un peu amère et une odeur douce et agréable, lorsqu’elle est en masse. Froissée dans la main, elle développe une odeur forte, analogue à celle du romarin. Cette substance appartient aux petites branches secondaires de l’individu mâle {fig. 745). Elle est évidemment préférable aux rameaux inodores que j’ai décrits d’abord.
L’autre substance, trouvée dans le commerce, est composée de petits fragments grisâtres, anguleux, d’une odeur de genièvre, qui sont en effet l’extrémité des rameaux du genévrier commun.
Myrrhe.
La myrrhe est une gomme-résine dont l’usage, comme aromate et comme médicament, remonte à la plus haute antiquité. Elle est prescrite dans V Exode (3), sous le nom de mur, la première des substances aromatiques les plus exquises qui doivent composer l’huile sainte. Les Grecs la nommaient Smyrna ou Myrrha, et la supposaient produite par les pleurs de la mère d’Ado-
(1) Prosper Alpin, Dialogue du baume. Traduction, p. “G.
(2) Matthiole, édition de G. Bauhin, p. 60.
(3) Exode, ch. xxx, 23.
SI 2 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
nis, après que les dieux compatissants l’eurent changée en arbre
pour la soustraire à la vengeance de son père Cyniras.
La myrrhe découle en Arabie et en Abyssinie d’un arbuste épineux que l’on a longtemps pensé pouvoir être un acacia, mais que Forskal avait regardé antérieurement comme un végétal térébinlhacé, voisin de son Amyris Kataf. Celte dernière opinion a été confirmée par MM. Ehrenberg et Heinprich, naturalistes prussiens, qui, dans un voyage dans le Dongolah et l'Arabie, ont rapporté des spécimens de l’arbre à la myrrhe.
[L’herbier de Ehrenberg contient deux plantes très-voisines, dont l’une a été décrite par Nees d’Esenbeck sous le nom de /iakamodendron Myrrha, indiquée comme la vraie plante à la myrrhe, et acceptée pendant longtemps comme telle. Ce n’est que vers 1863 que O. Berg étudiant les exemplaires de Ehrenberg s’aperçut que la plante, indiquée par Ehrenberg lui-même comme laissant découler cette substance, n’appartenait pas à l’espèce décrite par Nees, mais bien à une espèce voisine à laquelle il a donné le nom de Balsamodendrm E hrenbergianum (l) et dont nous donnerons la figure (fig. 7L6a) d’après cet auteur (2). Ce Balsamodendron présente des rameaux inermes; les plus jeunes sont répandus çà et là sur les branches, très-raccourcis, et portent à leur extrémité deux ou trois feuilles composées ternées, péliolées, recouvertes de poils fins, à folioles entières obovales, la terminale pétiolulée, souvent obeordée. Le fruit ressemble au carpobalsamum, à cela près qu’il est terminé par le style persistant et recourbé .: il est solitaire sur un pédoncule plus court que lui. Le B. Myrrha de Nees diffère de cette espèce par ses rameaux terminés en pointe aiguë, ses feuilles glabres sessiles, ses folioles dentées au sommet, dont les deux latérales sont beaucoup plus petites que la terminale (3). ]
La myrrhe choisie, et telle que les pharmaciens doivent l’employer, est sous forme de larmes pesantes, d’un volume trèsvariable, rougeâtres, irrégulières, comme efflorescentes à leur surface, demi- transparentes, fragiles, brillantes et comme huileuses dans leur cassure. Les plus gros morceaux offrent, dans leur intérieur, des stries opaques et jaunâtres, demi-circulaires, qui paraissent ducs à une dessiccation moins parfaite, et que
(1) Berg, Darsletlung und Beschreihuno der offizinellen Geu>âchse, Leipzie
1843, IV, pl. ixxix, d. V II e g,
(2) M. Oliver (Flora of tropical Africa, 1868) regarde le B. Ehrenbergianum de Berg comme la même espèce que le B. opobnlsamum,K.\ml.
(3) Voir sur le siège de la myrrhe dans les tiges de Balsamodendron r Léon Marchand, Sur Corigine^ la provenance et la production de la myrrhe : lu à la Société lirméenne de Paris, le 31 août 1866.
DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
l'on a comparées à des coups d’ongles, d’où est venu à celle myrrhe le surnom de unguiculée. Les uns et les autres ont une saveur ‘amère, âcre, très-aromatique, et une odeur forte et aromatique toute particulière. On doit rejeter la myrrhe qui est en masses agglomérées, noirâtres, mélangées d’écorce de l’arbre qui la produit ou d’autres impuretés. Pn prépare avec la myrrhe plusieurs teintures alcooliques. Elle entre dans la thériaque, la confection de safran composée (ci-devant d’hyacinthes), le baume de Fioraventi, et dans l’élixir de Garus, auquel elle communique l’odeur qui y domine.
Suivant l’analyse de Brandes, la myrrhe est composée de :
Huile valatilc .
Résine molle .
Gomme soluble .
— insoluble .
Sels à base de potasse et de chaux.
Impuretés .
Perte .
M. Bonaslre (1) a signalé l’existence de plusieurs substances qu’il nomme myrrhe nouvelle ou famse myrrhe, mais qu’il ne me paraît pas avoir neUement distinguées. L’une de ces substances est celle qui sera décrite sous le nom de Bdellium de l’Inde, caractérisée par sa couleur brunâtre, sa cassure inégale, résineuse, molle et collante par places, sa saveur très-amère et lérébinlhacée. Une autre est celle que je nomme Bdellium opaque, reconnaissable à son opacité blanchâtre et cireuse, et à sa saveur amère, un peu gommeuse, nullement âcre à la gorge. La troisième est une espèce de myrrhe jaunâtre, en grosses larmes d’une transparence imparfaite, toujours amère, mais surtout d'une trèsgrande âcreté à la gorge. Toutes ces substances peuvent être attribuées, sans invraisemblance, à diverses espèces de Balsamodendron, voisines de celles que j’ai déjà nommées.
Bdellium.
Suivant Dioscoride, le Bdellium est une larme produite par un arbre du pays de Saracène, en Arabie, qui est amère, translucide, ayant l’aspect de la colle de taureau, grasse en dedans, se liquéfiant au feu, et répandant une fumée odorante. On en connaît une autre sorte apportée de l’Inde, qui est noire, sale, agglomérée en gros morceaux, d’une odeur (Faspalalhe. Enfin on en
I! J nastre, Journal de pharmacie, t. XV, p. 281.
TÉRÉBINTIIACÉES. — BDELLIUM. 515
trouve une dernière espèce qui lient le second rang pour la bonté, qui est résineuse, livide, venant de Pétra (Arabie).
Le commerce d’aujourd'hui nous offre aussi trois sortes de bdellium, qui paraissent être les mêmes que celles de Dioscoride.
Bdellinm d’Afrique. Ce bdellium est probablement la première sorte de Dioscoride. Je lui donne le nom de bdellium d’Afrique, parce qu’on le trouve toujours mêlé en petite quantité à la gomme du Sénégal, et qu’on l’a quelquefois fait venir séparément de celte contrée et de la côte de Guinée; mais il en vient aussi d’Arabie qui paraît être de même nature. Il est en larmes arrondies, de 25 à 30 centimètres de diamètre, d’un gris jaunâtre, ou rougeâtre, ou verdâtre, demi-transparent, d’une cassure terne et cireuse ; en vieillissant il devient tout à fait opaque et comme farineux à sa surface. 11 a une odeur faible qui lui est particulière et une saveur amère. [M. Flückiger (1) en a retiré par l’alcool bouillant 70,3 de résine; le reste est une gomme complètement soluble dans l’eau, mais qui diffère de l’arabine en ce qu’elle n’est précipitée desa dissolution ni par le chlorure de fer ni par le borax. Il n’existe que des traces inappréciables d’huile essentielle.]
Ce bdellium est produit au Sénégal par un arbrisseau épineux haut de 3 mètres, et de la famille des Térébinthacées, qu’Adanson avait désigné sous le nom de Niottout, et que Richard et Guillemin (2) ont décrit sous le nom de Heudelotia africana. Il appartient au genre Bahamodendron, et porte aujourd’hui le nom de lialsarnudendron africanum. La seule circonstance qui paraissait contraire à cette origine, c’est que les larmes de bdellium recueillies par M. Perrottel sur cet arbrisseau n’étaient guère plus grosses que des pois, et il fallait, ou que le bdellium du commerce fût produit par une espèce différente, ou que le niottout pût devenir un arbre plus fort et plus élevé que .M. Perrollet ne l’avait vu. Cette objection a été levée par M. Caillé, qui a trouvé le niottoul dans l’intérieur de l’Afrique, sous la forme d’un arbre élevé et d’une grosseur proportionnée. Il a également été trouvé dans le royaume d’Adel ; d’où il est probable qu’il traverse l’Afrique de part en part, et rien n’empêche de penser qu’il ne croisse également en Arabie.
Bdellium de l’Inde. Cette substance est en masses noirâtres, souvent salies de terre à l’extérieur, et mélangées de tiges ligneuses et d’une écorce feuilletée comme celle du bouleau; elle a
(1) Flückigei’, Gummi und Bdellium vom Sénégal {Sehweizer. W'osclieiischrift füi' Pharmacie, 18C9, n“’ C, 7 et 8. — M. Fiiickiger pense que l'analyse de Pelletier, donnée par Guibourt dans la édition, ne se rapporte pas au vrai Bdellium.
(2) Richard et Guillemin, Flore de Sénégambie.
ol6 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
une cassure terne ou brillante, et presque toujours l’une et l’autre à la fois, offrant comme un suc résineux, poisseux et brillant, qui exsude par gouttes d’une masse gommo-résineuse terne. Exposée entre l'œil et la lumière, elle paraît translucide et d’un gris brunâtre; elle a une odeur assez forte et une saveur trèsamère et âcre, accompagnée tantôt d’un léger arôme de myrrhe, tantôt d’un goût fortement térébinthacé. Cette substance se rapproche de la myrrhe et est vendue par les droguistes sous le nom de myrrhe de l'Inde. C’est elle également que M. Bonastre a décrite sous le nom de myrrhe nouvelle première espèce (1).
Il est extrêmement probable, ainsi que l’a pensé M. Iloyle, que le bdellium de l’Inde est produit par l’Amyris commiphora, Roxb. (Balsarnodendron Roxburghii Arnott), qui porte dans l’Inde le nom de gongool, googul ou googula. En effet Iloxhurgh dit (2) que le tronc et les principaux rameaux de cet arbre sont couverts d’une pellicule légère et colorée, comme celle du bouleau, qui s’exfolie de temps en temps, en laissant à nu une enveloppe verte et unie qui, successivement, produit de nouvelles exfolialions : on vient de voir que le bdellium de l’Inde présente un débris d’écorce tout à fait semblable. A côté du Balsarnodendron Roxhurghii, il faut placer le' Balsarnodendron MuckulWodker du Scinde, qui donne une gomme-résine, semblable au Bdellium de 1 Inde et porte de môme dans le Béloutchistan le nom de googul (3).
Udeilinm opaque. Je désigne ainsi un suc gommo-résineux, d’origine inconnue, que j’ai sous forme d’une larme ovo'ide, large de 4 centimètres et longue de près de 8 centimètres; il est jaunâtre comme de la cire jaune â moitié décolorée, uniformément laiteux, presque opaque, d’une saveur très-amère un peu aromatique, et nullement âcre à la gorge.
Olilian, OU encens.
L’oliban est une gomme-résine qui a été apportée de tous temps de l’Arabie, où elle est produite par un arbre encore inconnu assez semblable au lenlisque. On a cru pendant longtemps, mais à tort, que cet arbre était le Juniperus Lycia, L. On sait maintenant que ce sont des arbres de la famille des Burséracées, du genre BosweUia,
[Les plantes de ce genre sont des arbres à écorce souvent papyracée, portant des feuilles caduques, alternes, imparipinnées, et
, (I) Bonastre, Journal de pharmacie, t. XV, p. 27.3.
(2) Roxburgli, Flora indica, t. II, p. 245.
(3) Voyez Stokes, On two Baham-trees from Scinde (IV. ttooker' Journal of Botanij and new Gardeiis, II, 1850).
TÉRÉBINTHACÉES. — ENCENS. 517
des grappes ou des panicules de fleurs caractérisées de.la manière suivante : Un calice petit, le plus souvent à 5 dents, parfois à 4, 6, 7 ou 1 0 ; une corolle ayant autant de pétales qu’il y a de lobes
^18 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
du disque ; un ovaire le plus souvent triloculaire. Le fruit est un drupe à 3, 4 ou 5 angles, formé de 3 à 3 carpelles osseux se séparant de l’axe, contenant chacun une graine comprimée, pendante, exalbuminée.
Les deux espèces principales, celles qui produisent l’encens, sont :
Le Boswellia Cartcri, Birdwood (fig, 747), caractérisée par ses rameaux pubescents ou lomenteux ; ses feuilles à 7 ou 10 paires de folioles ovales- oblongues, ondulées ou crénelées sur les bords, largement arrondies ou tronquées à la base ; ses grappes de Heurs simples fasciculées, plus courtes que les feuilles ;son fruit obovale obtus. — C’est un petit arbre, à fleurs blanches, àcorolle étalée, portant un disque rose, campanulé, qui enveloppe la moitié inférieure de l’ovaire.
La plante vient dans les montagnes du Somal, en Afrique ; on la trouve aussi dans la région méridionale de l’Arabie, qui a été longtemps citée comme le vrai pays de l’encens. Celte dernière forme répond à la plante que M. Flückiger avait appelée Bosivellia Sacra.
La seconde espèce importante et qu’on donne aussi comme origine de l’encens est le Bosivellia Bhau-Dajiana, Birdwood {fig. 748). Elle vient sur les montagnes du Somal. C’est un petit arbre à rameaux terminaux un peu pubescents ou glabres; à feuilles composées de 7 à 10 paires de folioles, oblongues-lancéolées ou oblongues, largement arrondies ou tronquées à la base, pubescentes et dentées en scie, ou très-obscurément dentées etalors glabres sur la face supérieure verte, blanchâtres sur la face inférieure. Les fleurs sont en grappes, réunies par 5 à 6, un peu plus courtes que les feuilles : la corolle s’étale à peine, les pétales sont blancs ou verdâtres; le disque pubescent ; le fruit un peu en massue.
C’est à ces arbres et peut-être aussi à quelques autres Boswellia qu’il faut rapporter la production de l’encens (1). On a admis jusqu’à ces derniers temps qu'une partie de l’encens, celui qui nous arrive sous le nom d’encens de l’Inde était produit dans ce pays parle Boswellia serrala, découvert en 1809 par Colebrooke : mais on sait maintenant que celte espèce donne en effet une gommerésine aromatique, employée en guise d’encens dans le pays, mais qui n’estjamais venue en quantité considérable dans le commerce européen. L’encens qui arrive en Europe découle tout entier des arbres d’Arabie ou d’Abyssinie. Une partie nous arrive directement d’Afrique par la mer Rouge: l’autre passed’abord par l’Inde.
(1) Le Buswellia pnptjrifera, Rich., du SouHa” et de 1 Abyssinie ne parait pas donner d’encens au commerce.
520 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
Encens ii'Arrique. Cet encens est formé d’un certain nombre de larmes jaunes, mêlées d’une quantité plus considérable de larmes et de marrons rougeâtres. Les larmes les plus pures sont oblongues ou arrondies, la plupart d’un petit volume, d’un jaune pâle, peu fragiles, à cassure terne et cireuse, non transparentes. C’est ce défaut do transparence qui les distingue du mastic, auquel elles ressemblent beaucoup. Mises dans la bouche, elles se ramollissent sous la dent comme le mastic, et offrent une saveur aromatique faiblement âcre; elles jouissent d’une odeur assez marquée, analogue à celle de la résine de pin et de la résine lacamaque réunies.
Les marrons sont rougeâtres, faciles à ramollir entre les doigts, d’une odeur et d’une saveur beaucoup plus fortes que les larmes, souvent mêlés de débris d’écorce, et, ce qui les distingue surtout, contenant une quantité assez considérable de petits cristaux de spath calcaire (carbonate de chaux) dont plusieurs sont d’une régularité parfaite (M. Marchand). On trouve également de ces cristaux isolés dans le menu des ballots ; il est très-probable qu’ils ont été ajoutés par fraude â la résine.
Les larmes rougeâtres tiennent le milieu pour la couleur, la saveur et l’odeur, entre les larmes jaunes et les marrons; elles ne sont pas à dédaigner sous le rapport des propriétés ou 'de l’usage qu’on en peut faire comme aromate.
Eiirciis iit> i’IikIc. Cet encens arrive en caisse d’un poids considérable; il est presque entièrement formé de larmes jaunes demi-opaques, arrondies, généralement plus volumineuses que celles de l’encens d’Afrique; les plus grosses larmes sont â peine rougeâtres et contiennent peu d’impuretés; il jouit d’une saveur parfumée et d’une odeur forte qui tient beaucoup plus de la tacamaque que de la résine de pin. Cet oliban est, avec raison, plus estimé que le premier.
L’oliban n’est qu’en partie soluble dans l’eau et l’alcool ; il se tond difficilement et imparfaitement par la chaleur, brûle avec une belle flamme blanche lorsqu’on l’approche d’une bougie, enfin donne une petite quantité d’huile volatile ii la distillation.
D’après l’analyse de M. Braconnot, 100 parties d’oliban sont composées de : résine soluble dans l’alcool, 5G,0 ; gomme soluble dans l’eau, 30,8; résidu insoluble dans l’eau et dans l’alcool contenant probablement une résine insoluble dans ce dernier, B,2; huile volatile et perte, 8,0 (1).
On distingue dans les anciens traités de drogues simples deux
(1) Braconnot, Ann, chim., t. LVTII, p. 60.
TÉRÉBINTHACÉES. — ÉLÉMI. Ü2I
sortes (l’oliban ou d’encens : l’un mâle, l’autre femelle. Le premier se compose des larmes les plus nettes, les mieux détachées, les plus pures; le second, des larmes moins sèches, ordinairement irrégulières et soudées ensemble. Ces noms ridicules peuvent être oubliés.
L’oliban a, de toute antiquité, été brûlé dans les temples, en l’honneur de la divinité. Cet usage, qui a passé dans l’église catholique, tire son origine de l’habitude où ont été presque tous les peuples de sacrilier des animaux, ce qui remplissait leurs temples d’émanations désagréables, souvent putrides, et nécessitait l’emploi des vapeurs aromatiques, le seul moyen qu’ils connussent d’y remédier.
En pharmacie, l’oliban fait partie de la thériaque, de l’alcoobit de Fioraventi, de différents emplâtres, etc.
R(‘Hine élémi.
On a donné d’abord le nom â'êlèmi à plusieurs résines d’Amérique, jaunes et très- odorantes, produites par différents arbres de la tribu des Burséracées et de celle des Amyridées. Ensuite et assez récemment, lorsque la résine élémi est sortie du domaine de la matière médicale pour entrer dans celui des arts industriels, on a fait venir des résines plus ou moins analogues de toutes les parties du monde, et notamment de la côte occidentale d’Arri(|U('. de Madagascar, de l’Inde, des tics Malaises et des Philippines. Enfin, on apporle des mômes pays, et surtout d’Ainéricpic, un grand nombre d’autres résines nommées chtlmu ou cachilou, (acainahaca ou lacamnque, alouchi, aracouchini, caragne, etc., toutes retirées d’arbres des mômes tribus et jouissant de propriétés plus ou moins semblables, ce qui rend l’iiistoire de ces produits cl leur distinction fort difficiles à faire.
Geoffroy distinguait deux sortes d’élémi : une vraie ou à'Iithmpie, en masses cylindriques souvent enveloppées de feuilles >le roseau ou de palmier; et une fausse ou d’Amérique, en masses considérables, de couleur blanchâtre, jaunâtre, verdâtre, etc., produite par un arbre du Brésil, nommé v icariha. Ces deux sortes d’élémi existent toujours dans le commerce, mais toutes deux viennent d’Amérique; et celle du Brésil, que Geoffroy nommait fausse, est aujourd’hui la plus estimée et est considérée comme le vrai type de la résine élémi. 11 ne vient pas d’élémi d’Ethiopie; l’erreur de Geoffroy était causée par l’idée que l'on avait ou d’abord que cette résine n’était autre chose que la gomme d’olivier mentionnée par les anciens, et qui avait disparu du eommerce.
DICOTYLÉDONES CALICIFLODES.
Il est possible môme que ce soit là l’origine du mot élémi, dont la racine paraît être ?X«toî, nom grec de l’olivier.
I. Réaine éii^nii du Brt-sii. L’arbre qui produit cette résine a été décrit par Pison et Marcgraff sous le nom à’Icicariba {Icica Jcicanba, DG.). La résine en découle abondamment, à la suite d’incisions faites au tronc. On la récolte vingt-quatre heures après, et on la renferme dans des caisses qui peuvent en contenir 100 à 150 kilogrammes. Elle est molle et onctueuse, mais elle devient sèche et cassante par le froid ou par la vétusté. Elle est demitransparente, tantôt d’un blanc jaunâtre assez uniforme, mêlé de points verdâtres ; tantôt formée de parties larmeuses dont la couleur varie du blanc jaunâtre au jaune et au vert jaunâtre. En vieil lissant, elle prend une teinte jaune plus foncée et plus uniforme. Elle a une odeur forte, agréable, analogue à celle du fenouil, et due à une essence qu’on peut en retirer par la distillation. Comme elle doit en partie ses propriétés à celte essence, il faut la choisir récente, pas trop sèche et bien odorante. Elle a une saveur très-parfumée, douce d’abord, mais devenant très-amère après quelque temps de mastication. Elle est soluble, en partie seulement, dans l’alcool froid, entièrement soluble dans l’alcool bouillant, à l’exception des impuretés qu’elle peut contenir, et la dissolution bouillante et concentrée laisse déposer, par le refroidissement, une résine aiguillée, blanche, opaque, très-légère, inodore et insipide, qui a reçu le nom d’élémine (I).
La résine élémi contient, suivant M. Bonastre ;
Résine transparc
Élétnino .
Essence .
Extrait amer. . . .
Impuretés .
La résine élémi du Brésil est quelquefois falsifiée avec du galipot ou de la poix résine, qui se reconnaissent à leur odeur propre, et par la solubilité beaucoup plus grande du mélange dans l’alcool.
II. Réaiiie élémi en pains. Cette résine est en masses triangulaires et aplaties, du poids de 500 à i ,000 grammes, enveloppées dans une feuille de palmier. Elle paraît avoir été plus molle et plus coulante que l’élémi du Brésil ; elle est d’une substance plus homogène, d’une transparence plus marquée, et d'une teinte verdâtre uniforme. Elle offre çà et là des parcelles de matière li-
(I) Voir G. Planchon, Sur Coriç/ine de Nlémi en pains {llulleti„s delà SocMé olanique de France, XV, IG. 1868).
TÉRÉBINTHACÉES. — ÉI.ÉMI. :i2i
gneuse rougeâtre. Son odeur et son amertume sont celles de l’élémi du Brésil.
J’ai trouvé dans le commerce, à deux fois différentes, une résine semblable à la précédente, non en pains et venue probablement dans des caisses. Elle était tout à fait récente, très-huileuse, presque coulante, mélangée d’une assez grande quantité de petites écailles rougeâtres.
S’il faut s’en rapporter à l’autorité de Lemery, la résine élérai en pains serait apportée du Mexique ; [mais elle provient en réalité de la Nouvelle-Grenade, où elle est produite par Vlcica Carana, H. B. K.] Dans tous les cas, cette résine dilfère d’une autre sorte d’élémi importée de Mexico en Angleterre, et qui parait due h une espèce d' Flaphrium.
III. H<'Bine Mémi iiu Mexique. Celte résine a été importée directement de Mexico en Angleterre, avec des parties de l'arbre qui ont permis à M. Royle d’y reconnaître une espèce d’Elaplirtuni qu’il a nommée Elaphrium elemiferum (1). La résine porte au Mexique le nom de copal, qui est appliqué, suivant ce que j’ai dit, à toutes les résines odoriférantes usitées comme parfums. Celle résine, lorsque je l’ai reçue il y a quelques années, était trèsmolle, presque transparente et d’un gris verdâtre ; elle est devenue aujourd’hui dure, sèche et friable, tandis que la résine élémi en pains, et la même résine reçue en caisse, conservent leur mollesse depuis beaucoup plus longtemps; de plus, l’élémi du Mexique présente, sous la friction des doigts, une odeur plus forte que celle de l’élémi en pains ou du Brésil, tenace, peu agréable et tenant de celle du cumin. Elle est dépourvue d’amertume. Celle résine diffère donc véritablement des deux précédentes.
lY. Copal de Nanto de Gnatimala. Résine SOUS forme d’iiiie boule brune, luisante, vernissée,. ayant une odeur et une saveur de galipot : elle est produite par un sumac voisin du likus copallinum (2).
V. Réaine élémi de Manille. En 1821, M. Maujean, pharmacien, fut chargé d’examiner, pour la Société linnéenne de Paris, une résine récoltée par M. Perrotlet, aux lies Philippines, sur un grand arbre térébinthacé du genre Canartum. Cette résine était molle, verdâtre, faiblement amère, d’une odeur de fenouil trèsprononcée et très-analogue à celle de l’élémi du Brésil. Elle a fourni à M. Maujean (3) la môme résine cristallisable que M. Bonastre a retirée de l'élémi.
(1) Royle, A Manual of vmterin mc lica. London, 1847.
(ï) Journ. P/iarrn., t. XX, page 52;î.
(3) Maujean, Journ. pliarm,, t I\, p. 47.
52i DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
La résine élémi de Manille est arrivée, depuis, dans le comnacrce; elle est en masses molles d’un vert noirâtre ou blanchâtre à l’extérieur; grises, opaques, et d’une consistance de cire àTintérieur; l’odeur et la saveur sont semblables. M. Daup(l) en a retiré, par des dissolvants variés, les matières suivantes ; 1° huile essentielle, incolore, plus légère que l’eau, d’une odeur agréable, 7 */j P- 100; 2“ de Vamyrine (sous-résine de MM. Maujean et Bonaslre), substance blanche, brillante, cristalline, trèssoluble dans l’éther, dans l’alcool à chaud, insoluble dans l’eau; .3“ une résine amorphe ; 4° de la bréine en cristaux prismatiques transparents, insolubles dans l’eau, solubles dans 70 parties d’alcool à 85 centièmes, très-soluble dans l’éther; 5“ de la brioïdine en fllamenls blancs, soyeux, d’une saveur légèrement amère et âcre ; donnant par l’élévation de la température une vapeur qui produit une sensation d’aslriction et de sécheresse à la gorge ; 6° de la bréidine en cristaux transparents solubles dans 260 parties d’eau, dans l’alcool, et un peu dans l’éther, donnant une vapeur piquante et qui provoque la toux.
VI. lt<-Miiie de la Nouvelle Ciulnéc, à oileur d’C-léml. Cette substance a été rapportée par M. Lesson, de son voyage autour du monde ; elle est en une masse d’un blanc jaunâtre, recouverte d’une efflorescence blanche, qui est de nature résineuse comme le reste. Cette masse est solide, mais paraît avoir été molle pendant longtemps, et se ramollit encore facilement dans les doigts, en acquérant une élasticité très-marquée. Elle a une odeur peu sensible à froid; mais par la chaleur ou la simple trituration, elle en acquiert une presque semblable à celle de la résine élémi. Celte odeur et la mollesse habituelle de celle subslanee pourraient faire croire que c’est celle que Itumphius a décrite sous le nom do résine canarine, produite par le Canarium zephyrinuin, lequel appartient à un genre lérébinlhacé très-voisin des Icica. Sans oser décider la question, je rapporterai ici la description de Itumphius :
« Ces arbres (les Canarium commune et zephyrinim), qui troisi( sent à Cérain et dans les autres grandes îles environnantes, (( produisent une résine si abondante, qu’elle pend, en gros « morceaux et en grosses larmes coniques, du tronc et des piinit cipales branches. Celte résine est d’abord blanche, liquide, 'I visqueuse; ensuite elle jaunit et se durcit comme de la cire. (I Elle ressemble tellement,- par son odeur et sa couleur, à la « résine élémi, qu’elle pourrait passer pour elle. »
(I) Voir Baup, Sur les résines île l'nrbol-a-brea et Pliann. et de Chim., 3' série, XX, p. 32|, 1851).
de Vélémi{ Jour», de
TÉRÉBINTilACÉES. — GOMMART.
Au reste, la résine de la Nouvelle-Guinée ne ressemble pas autant à l’élémi d’Amérique que la résine rapportée des Philippines par Perrottet; car, lorsqu’on la traite par l'alcool, elle laisse pour résidu une substance molle très-élastique, soluble dans l’éther, et qui conserve longtemps à l’air de la mollesse et de l’élasticité ; on pourrait presque considérer cette substance comme une sorte de caoutchouc (1).