‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou Cours d'histoire naturelle professé à l'École supérieure de pharmacie de Paris. Tome troisièmeChapitre 111 sur 139 · V. Tarnmaquo anpAlIquc ; 'ïacaniBnuc on coque OU Bublimc · texte numérisé non relu

V. Tarnmaquo anpAlIquc ; 'ïacaniBnuc on coque OU Bublimc

Suivant Pomet, celte résine viendrait de Madagascar, où les habitants auraient coutume de mettre la première qui sort de Tarbre dans de petites gourdes coupées en deux, qu’ils recouvriraient ensuite d’une feuille semblable à celle d’un palmier. lîergius la fait venir du Brésil et de la Guyane ; Geoffroy, de la Nouvelle- Espagne et de Madagascar. On voit que rien n’csl moins certain que son origine ; c’est tout ce que nous pouvons faire que d’en indiquer les propriétés.

J’ai trouvé dernièrement dans les collections du Muséum d’histoire naturelle un bel échantillon de celle résine. Il consiste en un fond de calebasse ayant la forme d’un segment de sphère trèspeu profond, rempli de résine et recouvert d’une feuille mince, appartenant à une monocolylédone, adhérente à la surface de la résine. Celle substance est tout à fait semblable à celle que j’ai depuis longtemps et dont j’ai vu un reste de calebasse en la possession de M. Bonastre. Elle est d’un gris blanchâtre à l’extérieur, d’un gris jaunâtre ou rougeâtre à l’intérieur, à demi opaque, d’une cassure terne et d’une saveur amère ; sa poudre est d’un gris jaunâtre. Son principal caractère réside dans son odeur, qui est une des plus suaves que je connaisse, et presque semblable â celle de la racine d’angélique. Elle n’est pas enlièremcfll soluble dans l’alcool rectifié, même à l’aide de l’ébullition.

VI. T.irainnqiic ordinaire OU liaiime forot. Celte Sorte esl en masses jaunâtres OU rougeâtres, formées par l’agglomération dci petites larmes molles et transparentes et mêlées des débris d’une écorce jaune, très-mince, â libres apparentes très-serrées, droites et parallèles. Celle résine est amère, inodore en masse, donne une poudre blanchâtre lorsqu’on l’écrase, et exhale alors une odeur analogue â la précédente ; mais moins suave, faiole et disparaissant hientôt.

Il existe une dernière résine, verte, molle, gluante, nomir.éc (aeainaque de l’île llourbon, baume »ert OU baume Slarle, produite par le Calophyllum Tacamahaca, Willd. Elle sera décrite â la famille des Gutlifôres.

nt‘glne alouclii.

Pomet et Lemery supposent que l’arbre à l’écorce de Winler ou â la cannelle blanche, qu’ils confondent ensemble et qu’ils confondent aussi avec un arbre de Madagascar nommé Fimpi, fournit

DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

la résine alonchi. Du reste, ils ne donnent aucune description de cette résine. Pomet dit seulement que la résine alonchi ne peut être confondue avec le bdellium ni avec la résine de lierre, parce <|u’elle est mollasse, de dilférentes couleurs et fort vilaine.

En 1822, M. Bonastre a fait l’analyse d’une résine alouchi qui se trouvait en fragments de 4 à 32 grammes, mais qui provenait d’une masse cylindrique de 3 à 4 centimètres de diamètre, laquelle s'étail desséchée après avoir été moulée et enfermée, îi l’étal mou, dans une grande feuille de dicotylédone. Celte résine est d’un gris noirâtre, terne, presque opaque, à cassure suh-luisante, et offre dans son intérieur des parties larnelleuses blanchâtres, qui la font parailrc marbrée. Elle possède une odeur forte et agréable, analogue à celle des résines A’icica, dont sa composition la rapproche également ; car elle est formée de :

Résine soluble dans l’alcool froid . C8,ï

— cristallisable, insoluble dans l'alcool froid. 20,5 Huile volatile . Çl

Acide libre, sel ammoniacal .

Je ne mets pas en doute que cette résine n’appartienne à un /c/ca, et je ne suis pas éloigné de penser que son nom ne soit une allér.âlion du nom Aracoucitini, que porte à Cayenne VIcica Aracouchini d’Aublet ; de sorte que je la sujiposc produite par cet arbre.

Je possède dans mon drognier deux résines semblables pour la forme à la résine alouchi de M. Bonastre. Elles sont toutes deux noirâtres, opaques, avec des larmes blanchâtres enlrcmOlées et sont formées en cylindres de 4 centimètres de diamètre; mais l’une est enveloppée d’une feuille de canne d’Inde, et l’autre d’une écorce fibreuse, tpii lui sert d’étui. Toutes deux ont une odeur distincte, différente de la résine de M. Bonastre, de sorte (pie ce sont encore deux espèces différentes de résines d’arbres buiséracés.

Ilésiiie varagrne.

Suivant Monardès (1), on apporte de la partie intérieure du continent d’Amérique et des environs de Carlhagène, ou du Nomde-Jésus, une résine de la couleur de la lacamaque, nommée Cavanna chez les Indiens et par les Espagnols. Celte résine a une

(I) Monardès, cliap. ni.

TÉRÉBINTIIACÉES. — CARAGNE. 53b

oJeur (le lacamaqiie, mais plus forte; elle est brillante, oléagineuse et tenace ; elle a été apportée pour la première fois vers l’année 13G0. Tout ce qu’on a ajouté depuis à l’hisloire de la caragnc, c’est de l’altribiier à un arbre du Mexique nommé par llermandez Arbor insaniæ, Caragna nuneupata, et de dire qu’elle nous est apportée en masses enveloppées dans des feuilles de roseau. [Cette caragne primitive n’est autre chose que VElemi en pains, produite par Ylcica Carana, H. 13. K.] Mais la résine caragne qu’on connaît depuis longtemps dans les droguiers est une substance différente, qui, suivant le docteur Hancock, serait produite par un autre arbre térébinthacé, qui est VAniba guianencis d’Aublet {Cedrata longifolia, Willd).

La description la plus précise qui ait été donnée jusqu’ici de la résine caragne est celle de la l’harmacopée de Wirtemberg : résine tenace, ductile comme de la poix lorsqu’elle est récente, devenant dure et fragile en vieillissant. Elle est d’un vert noirâtre, d’une saveur amère et d’une odeur forte et agréable, principalement lorsqu’on la brûle. On l’apporte de la Nouvelle-Espagne, sous forme de morceaux cylindriques enveloppés dans des feuilles de roseau.

N'ayant pas reçu d’échantillon authentique de résine caragne, je ne puis que décrire ceux qui sont en ma possession.

A. Le premier est en morceaux de la grosseur d’une noix, diversement comprimés à leur surface, durs, mais paraissant avoir été d’une certaine mollesse. Cette résine est d’un noir grisâtre, opaque, h cassure terne, couverte dans les sillons de la surface d’une poussière fauve. Elle présente, lorsqu’on l’écrase, une odeur mixte de tacamaqiie et de résine de pin. Elle se fond facilement au feu et se dissout complètement dans l’alcool.

lî. Le second échantillon constitue une masse du poids de SOO grammes environ, un peu aplatie et paraissant avoir été'enveloppée dans une feuille dont l’impression ressemble à celle d’une feuille de maïs. Elle est d’un vert-noir opaque, à cassure grenue et brillante, et elle offre une odeur mixte d’élémi et de résine de pin; je ne serais pas étonné quand ce produit serait artificiel.

C. La troisième résine caragne que je possède est en larmes grosses comme des fèves, plus ou moins, et elle est généralement aplatie, comme a pu le faire une résine molle qui serait tombée sur un corps dur. La surface des larmes est inégale, souvent plissée, brillante et d’un vert-noir foncé. Elles sont très-fragiles, et leur cassure est inégale, mais très-brillante et vitreuse, et les parcelles qui s’en détachent paraissent transparentes. L’odeur de la résine est forte, analogue à celle des résines tacamaques, mais

{>36 DICOTYLÉDONES CALICIFLOIIES.

beaucoup moins agréable. Elle se ramollit en partie sous la dent et présente une saveur résineuse peu marquée, ni àcre ni amère. Elle forme avec l’alcool une teinture rougeâtre et laisse un résidu composé de deux sortes de parties : 1“ un peu de matières terreuses accidentelles; 2° une substance pulvérulente, d’un vert foncé, qu’on doit considérer comme la matière colorante de la résine. Cette matière verte est insoluble dans l’alcool bouillant; elle fond imparfaitement à l’aide de la chaleur, en dégageant une fumée blanche aromatique; elle Unit par brûler sans flamme, et laisse une cendre grise, faisant effervescence avec les acides.

[). It<-Hiiic carnune il’Aiiiboine. Iliimphius, dans son llerba- }'ium ambonense, décrit une espèce de Canarium (Canarium sylvestre DG.) dont la partie inférieure du tronc produit une grande (juanlité d’une résine noirâtre, liquide, mais non visqueuse, et devenant fragile. Cette résine, que Uumphius dit être presque semblable à la caragne d’Amérique, est arrivée en 1843, en môme temps que le dammar sélan. Elle ressemble, en effet, beaucoup à la résine caragne; mais sa couleur est moins foncée, d’un fauve verdâtre, et elle est translucide sur les bords. Elle se pulvérise entre les dents, et ne présente qu’un goût peu sensible. Elle a une odeur analogue à toutes les résines de ce genre, moins forte que celle de la caragne, dont elle peut être regardée comme une espèce inférieure.

Je possède un nombre assez considérable d’autres résines de térébinthacées, dont les suivantes m’ont été communiquées avec leur nom.

nésiiie curucnytie la Colombie (1). Résine fauve, translucide, d’une odeur très-forte et peu agréable.

Résine de sandarnque tiuatlmaia (2).

Copal de Santo (3).

Résine cacicarita de la côte de Terre-Ferme, employée contre les affections du foie, donnée par M. Aug. Delondre. Résine grise, ayant aggloméré un grand nombre de petites larmes blanches et opaques, et beaucoup d’impuretés. Cette résine, par son odeur, se rapproche de la tacamaque angélique.

Bois de citron des ébénistes.

On donne dans le commerce le nom de 6oy de citron à plusieurs bois de couleur jaune et d’odeur analogue à celle du citron, mais qui n’ont

(I) Journ. de pharm., t. XVI, p. 13C.

{1) ma., t. XX, p. 524.

(3) Ibid., t. XX, p. 523.

TÊRÉUINTIUCÉES. — BOIS DE CITRON. o37

aucun rapport avec le bois de citronnier, lequel est blanc et inodore.

C’est ainsi que déjà, en traitant des laurinées (t), j’ai décrit le bois lie Henri de Cayenne, qui porte aussi les noms de bois de rose mâle et de bois de citron de Cayenne, et, à son occasion, j’ai mentionné un autre bois de Cayenne nommé bois de rose femelle et bois de cèdre blanc, lequel me paraît dû à l’un des Icica d’.àublet, soit peut-être à son Aniba guianensis, qui porte également à Cayenne le nom de bois de cèdre.

Quoique les bois de citron dont je dois traiter en ce moment soient bien plus anciennement employés que les deux précédents, et qu'ils soient l’objet d’un commerce considérable, ils sont encore moins connus sous le rapport de leur origine ; ayant été attribués, tantôt à l’£/'<- Ihalis fruticosa, C. (Itubiacées), tantôt aux Amyris sylvatka ou toxifem, b., qui ne paraissent pas pouvoir les produire, à cause de leur peu d’élévalionet du petit volume de leurtige. Un seul arbre, parmi ceux dont l’espùce est déterminée, pourrait être supposé en produire un : c’est le Zanthoxylum emarginatuni de Swartz, que Sloane a défini : Lawo affinis arbor, terebenthi folio alato, ligno odorato candido, flore aibo ; mais on ignore si cet arbre croît à Saint-Dnmingue, d’où nous arrivent les bois en question.

I-e premier de ces bois est celui que l'omet et I.emery ont d(5cril sous les noms de bois de citron, bols de Jiismin, et bois de cbaiidelle, et ce sont ces noms mômes, donnés aussi à l’Erithalis fruticosa, qui ont fait supposer que cet arbrisseau devait produire le bois de citron. Ce bois porte aussi, dans le commerce, le nom d’hisiianille, parce qu’il vient surtout do l’ancienne partie espagnole de l’île de Saint- Domingue, qui a porté elle-môme, pendant longtemps, le nom d’/fiîîpaniola. Il arrive sous la forme de madriers équarris et privés d’aubier, longs de 2 à 4 métros, larges de 33 à [10 centimètres, épais de 16 à 22 centimètres, et d’un poids considérable. 11 est assez tendre et facile à travailler, susceptible d’un beau poli satiné, et fait de fort beaux meubles. 11 est d’un jaune pâle et d’une odeur persistante, mixte et trèsagréable, decilroneldemélilot. Je luilrouveune saveur rance due sans doute à l’altération de l’iiuile qu’il contient. Sa coupe, perpendiculaire à l’axe, présente des lignes circulaires nombreuses, régulièrement espacées, et des lignes radiaircs très-serrées, très-apparentes, non continues, et longuement amincies à leurs extrémités. Ses points ligneux sont dispersés également partout, sur les lignes radiaircs comme dans leur intervalle (2).

Un l.siG, il est arrivé en France une partie do bois d’bispanille de l’orto-Hico. et j’en possède depuis longtemps une bûche apportée de Cayenne. Cette bûche est cylindrique, épaisse de tG centimètres, pourvue d’une écorce grise peu épaisse, assez compacte, amère et non aro-

(1) Guibourt, Drogues, G' édition, t. II, p. 397.

(2) Los Angiais nomment lo bois d’bispanille satin-wood; mais ils distinguent doux bois satinés, l'un de Saint-üominguo et l’autre de l’Inde. Ce dernier est produit par le Cblornxylum Swielema de la famille des (’.édrclées. En France, c’est principalement lo bois de Férolcs (Eerolia guiauensis d’Aublct) qui porte le nom de bois satiné. Il est d’un rouge jaunâtre veiné de rouge, et susceptible d’un beau poli satiné.

K3S dicotylédones CAI.ICIFLOnCS.

mallquo. L’aubier esl épais de 2 ccnlimèlres. Le canal médullaire exislc encore au centre.

boU €ic citron. Le bois arrive en poutres carrées de It à )D centiméires d’épaisseur; il est dur et plus pesant que le précédent, d’un Jaune plus prononcé, avec des veines concentriques plus marquées et des restes d’aubier blanc sur les angles. Il a une odeur analogue .Scelle de rhispanillc, mais beaucoup plus faible et disparaissant à l’air. l,orsq{i’on le rûpe, cette odeur devient plus sensible, peu agréable et acquiert quelque chose de l’odeur des bêles fauves.

Le bois constitue ccrtainetnenl une espèce ditrérento du précédent. Je ne sais si c’est lui que ^icbol8on a décrit sous le nom de bois dv chandelle (1).

■I Kola «le cliniiilclle. Taouia et alacoabj. On en distingue de deux sortes, le blanc et le noir. Le premier est un arbre do moyenne grandeur. Son tronc ne s’élève guère au-dessus de 12 à 15 pieds; son diamètre est tout au plus de 3 à 4 pouces; son écorce est lisse et d’un brun cendré; son bois jaunftlre, dur, odorant, résineux, posant. Ses feuilles sont pointues, on forme de lance, fermes, odorantes, sans dentelure, paraissent percées lorsqu’on les regarde au soleil, luisantes disposées par trois à l’extrémité dos branches, qui sont toujours terminées par une impaire (feuilles pinnées, à 3 folioles, dont une impaire). Les Heurs sont petites, blanches, et produisent de petites baies noires d’un goût aromatique et de très-bonne odeur. On fait avec le bois de cet arbre des flambeaux pour s’éclairer la nuit : c’est de là que lui «ient son nom. «

La description qui précède convient très-bien à un Xmyris,

lloU «le cllroii «lu llc*i«|ue.

Ce bois porte au Mexique le nom de Lignaloe ou Hnalué (bois d’aloès) ! trompé par ce nom, il y a plusieurs années, un négociant français en rapporta une assez grande quantité à Bordeaux et fut fort désappointé qu’on ne voulût pas le lui acheter au prix de 18 ou 20 francs le kilogramme. Ce bois aurait cependant une certaine valeur pour la parfumerie. Il esl blanc à l’intérieur, avec des veines longitudinales très-irrégulières, légèrement brunâtres. 11 esl très-léger, poreux et pourvu d’une très-forte odeur de citron. U contient une si grande quantité d’essence, qu’on dirait qu’ireri a été imprégné par immersion, et que celte essence se condense par gouttelettes, contre le vase qui le renferme, et pénètre entièrement la carte de l’étiquette.

Ce bois a été attribué à un Amyris (2).

Buis «le Ciunzalo-AIvèa.

Ce bais, qui est un des plus beaux que l’on puisse employer pour l’ébénislerie, est confondu en France avec le courbaril, dont il porte

(1) Nicliolson, Histoire de Saint-Domingue, page 16’.

(2) Ensayo para la materia medica mexicana. Puebla, 1832.

RIIAMNÉES. — JUJUBES.

le nom dans le commerce. Il vient de Hio-Janciro et est produit par un arbre delà tribu des anacardiées, nommé Astronium fraxinifolium. il >ient en bûches ou en gros madriers carrés. Il est très-dur, compacte, susceptible d’un beau poli, et présente, sur un fond qui varie du rouge de feu au rouge foncé, de larges veines noires du plus bel effet. Il c\bale une légère odeur désagréable lorsqu’on le rûpe, et est astringent au goût.

Ce bols porte en Angleterre le nom de bois de zèbre, et dans plusieurs contrées de l’Amérique celui do gateado, ce qui veut dire bois de chat loujours à cause de sa rayure noire que l’on a comparée à celle zèbre, du chat ou du tigre. Indépendamment de celui qui vie Urésil, j’en ai de fort beaux écliantillons venus de la Nnuvelle-Gi et de la Vera-Cruz. I.e Hrésil en fournit d’ailleurs plusieurs qu qui doivent être produites par plusieurs espèces à’ Astronium.

FAMII.t.R DES RIIAMNÉES.

Arbres ou arbrisseaux, à feuilles simples et alternes, très-raremeni opposées, accompagnées de 2 stipules caduques ou persistantes, et épineuses. Les fleurs sont petites, hermaphrodites ou unisexuées, pourvues d’un calice gamosépale, plus ou moins tubuleux par la partie inférieure, où il adhère plus ou moins avec l’ovaire ; le limbe est évasé, à 4 ou 5 lobes valvaircs. La corolle est formée de 4 ou 5 pétales très-petits, souvent voûtes. Les étamines sont on même nombre que les pétales, placées devant eux, insérées il leur base et souvent renfermées dans la concavité du limbe. L’ovaire est tantôt libre, tantôt demi-infèro, quelquefois complètement adhérent, à 2, 3 ou 4 loges contenant chacune un ovule dressé. Les styles sont en nombre égal aux loges de l'ovaire, mais soudés entre eux et terminés par autant do stigmates soudés ou distincts. I.e fruit est charnu et indéhiscent, contenant ordinairement 4 nucules, ou sec et s’ouvrant en 3 coques. La graine est dressée et contient dans un endosperme charnu, qui est quelquefois trèsmince, un embryon homotrope, à cotylédons planes et appliqués.

La famille des Hhamnées, depuis qu’on en a séparé les staphyliers, les fusains et les houx, pour en former les familles des Célastrlnées et des ilicinées, ne se recommande plus guère à nous que par les genres Ziziplius et Rhamnus, qui nous fournissent les jujubes et les baies de nerprun.

duj allier et diijulirs.

Ziziphus vulgaris, lam.; Rhamnus Ziziphus, L. {fig. 750). Le jujubier est un arbrisseau trôs-rameux qui s’élève à la hauteur de 5 à 7 mètres. Ses rameaux sont garnis d’aiguillons géminés, dont l’un e>l droit et l’autre recourbé. Ses feuilles sont alternes, lisses, très-fermes, ovales-allongées, légèrement dentées, avec trois nervures longitudinales. Les fleurs sont très-petites, jaunâtres, réunies en paquet dans l’aisselle des feuilles. Elles sont formées d’un calice à .5 divisions ouvertes et caduques; d’une corolle à

nii:OTYLÉDONES CALICIFI.ORES.

") pétales Irôs-pelils, alternes avec les divisions du calice; de 5 étamines opposées aux pétales et d'un ovaire hiloculaire surmonté de 2 styles. Le fruit est un drupe ovoïde on elliptique, du volume d’une grosse olive, recouvert d’une peau ronge, lisse, coriace, et renfermant une pulpe jaunâtre, douce, sucrée, assez agréable lorsque le fruit est récent. Au centre se trouve un noyau osseux, allongé, surmonté d’une pointe ligneuse, et divisé intérieurement en deux loges dont l’une est ordinairement oblitérée.

amande huileuse. Ce noyau n’est d’aucun usage; on le rejette lorsqu’on emploie les jujubes. Le jujubier est originaire de Syrie, d’où il a été apporté en Italie sur la tin du régne d’Auguste. 11 est depuis longtemps naturalisé dans le midi de la France, cl principalemcntaux îles d’Ilyères, d’où les jujubes nous arrivent sèches avec les autres fruits du Midi. On en fait une tisane, un sirop et une pâle qui porte son nom, mais d’où on les retranche à tort, le plus ordinairement.

On trouve en abondance, sur les côtes d’Afrique, principalement dans la régence de 'l'unis et dans l’île de Zerbi, pays habité autrefois par les Lotophages, une espèce de jujubier \Ziziphus Z.o<os, Dcsf.) haut de 13 à 16 décimètres, dont les fruits jouissaient, sous le nom de lotos, d’une grande réputation chez les anciens. Ces fruits sont rougeâtres, presque ronds, de la grosseur de ceux du prunier sauvage : ils contiennent, sous une chair pulpeuse, d’une saveur agréable, un noyau globuleux à 2 loges. Homère suppose que ce fruit avait un goût si délicieux, qu’il faisait perdre aux étrangers le souvenir de leur patrie, et qu’Ulysse fut obligé d'enlever de force ceux de ses compagnons qu’il avait envoyés pour reconnaître le pays.

Itaics «le X«‘ri»run.

Jt/iamnus calharticus, L. — Car, gén,: calice ù 4 ou 5 divisions dont la base persiste souvent après l’anthèse, sous la base du

loge développée contient une

RIIAMNÉES. — BAIES DE NERPRUN. Îi41

fruit ; 4 OU 3 étamines opposées aux pétales ; style bi ou quadrifide; fruit bacciforme ou presque sec, à 2, 3 ou 4 loges monospermes, s’ouvrant intérieurement par une fente longitudinale. Semence oblongue, marquée, du côté extérieur, d’un sillon profond plus large à la base. Arbrisseaux ou petits arbres dont les rameaux sont souvent spinescents à l’extrémité. Pleurs souvent unisexuelles. Fruits non comestibles.

Le nerprun {fig. 731) croît à la hauteur d’un petit arbre; son écorce est lisse; ses branches sont garnies d’épines terminales. Ses feuilles sont ovées, glabres, assezlarges et dentées sur leurs bords. Ses fleurs sont petites, verdâtres, dioï(iues ou polygames, munies d’un calice et d’une corolle quadrifldes. Ses fruits sont gros comme ceux du genévrier, verts d’abord, noirs quand ils sont mûrs. Ces fruits contiennent au centre quatre nucules accolées, et sont remplis d’ailleurs d’un suc rouge-violet très-foncé; ce suc devient rouge par les acides, vert par les alealis, et offre un bon réactif pour reconnaître la plus petite quantité de ces corps à l’état dff liberté. C’est en combinant le suc de nerprun avec la chaux que l’on obtient la couleur connue sous le nom de vert de vessie.

On récolte les baies de nerprun dans les mois de septembre et octobre; on les choisit grosses, luisantes et abondantes en suc. ün en fait un extrait et Un sirop qui sont purgatifs; on ne les fait pas sécher ordinairement.

L’écorce du nerprun peut servir à teindre en jaune. Le bois du tronc est formé d’un aubier blanchâtre peu épais, et d’un cœur d’un rouge rosé, devenant satiné et comme transparent à la surface lorsqu’il est poli, ün en ferait de très-jolis meubles s’il offrait des dimensions plus considérables.

Autres espèces :

.\erpruii tit-g teinturier», li/iamms infectorius, L. Cette espèce croît surtout dans le midi de la France et de l’Europe. Ses fruits, connus sous le nom de graine d' Avignon, sont usités dans la teinture, à laquelle ils fournissent une belle couleur jaune, mais peu

512 DICOTYLÉDONES CALICIFLOIIES.

solide. D’autres nerpruns, plus ou moins analogues, produiseul, dans l’Oiieut Aca graines jaunes jjliis estimées que celles d’Avignon, et connues sous les noms de graine de Ihrse, d'Andrino/tle, de Marée, etc., suivant le pays d’où êllcs proviennent. Ces nerpruns paraissent être surtout les Ithamnusamygdalinus, oleoides et mxalilis.

La ifrniiio «le Perse est la plus estimée de toutes; elle est grosse comme uti petit pois, arrondie, formée d’un brou mince, d’un vert jaunâtre, appliqué immédiatement sur 3 ou -i coques jaunes, monospermes, réunies au centre, ce qui donne au fruit une forme Irigone ou lélragone régulière; elle a une saveur amère très-désagréable, et une odeur nauséeuse assez forte.

La ifruiiie «l’Aïinnoit est beaucoup plus petite, plus verte quelquefois noirâtre, et paraît avoir été cueillie avant sa m.ilmité.’ Elle offre rarement 3 coques réunies, et n’en a ordinairement que 2, par l’avortement des autres; elle a une odeur moins forte et une saveur beaucoup moins marquée.

[M. Lefort a retiré des diverses espèces de fruits de nerprun deux principes isomères : la llliamnine et la lihamnégine, dont l’étude est très-intéressante pour l’induslrie de la teinture (1).]

On prépare avec la graine d’Aviguou et la craie une sorte de laque jaune, connue en peinture sous le nom de Std de grain.

La iioiirKî'ni* ou uiiiie noire, /{hamnus hrangula, L. Cet arbrisseau non épineux est commun dans les bois ; son écorce peut servir à teindre en jaune, comme celle du nerprun, [ün en a retiré une substance colorante cristallisablc, d’un jaune citron, appelée Khamnotaxine ou Fran,tdine (2)] ; ses fruits sont également purgatifs et peuvent être employés à faire du vert de vessie. Le bois, qui est tendre et poreux, donne un charbon très-léger qui sert à la fabrication de la poudre à canon.

L’uiaterne, Il/iamnus Alalernus, L. Arbrisseau toujours vert, â feuilles luisantes, très-souvent panachées, très-employé pour la décoration des jardins paysagers,

FAMILLU DES ILIClNÉliS.

Très-petit groupe do végétaux arborescents, confondu d'abord avec les rhamnées, puis avec les célaslrinées, lorsque celles-ci ont été séparées des rhamnées, formant enfin aujourd’hui une petite famille qui se distingue des rhamnées par ses étamines qui alternent avec les pétales

(1) Lefort, Mémoire sur les graines de nerpruns lincloriaux au point de vue chimique et industriel (Journ. de Chim. et de Pharm., 4' série, IV, t ;0 et V 17) (î) Voir Casselmann, Sur la Franguline (Ann. der Chemie vnd Pharmacie’ LIV, (7. D’après Journal de Pharmacie et de Chimie, 3' série, XXXIII, 7g) ’

ILICINÉES. — HOUX. 543

et par scs ovules pendants du sommet de chaque loge ; et des célaslrinôcs, par l’absence d’un disque entourant l’ovaire, par sa corolle souvent gamopétale, par ses étamines insérées au réceptacle et par ses ovules pendants.

Le principal genre est celui des iioux [Hex, L.), dont voici les caractères : (lalice i dents, persistant; corolle hypogyne, h 4 pétales contigus ù. leur base ; 4 étamines alternes avec les pétales, réunies à eux par leur base et servant à établir la connexité qui existe entre eux ; un ovaire siipôre surmonté de 4 stigmates sessiles; un drupe arrondi contenant 4 osselets monospermes, à semence inverse.

iioux conimiiii, //ex aquifolitm, L. {/ig. 752). Grand arbrisseau ou petit arbre haut de7 à 8 mètres.

Son tronc est droit, garni de rameaux souvent verticillés, souple, à écorce lisse et verte. Les feuilles sont alternes, pétiolées, ovales, coriaces, luisantes, d’un beau vert, le plus souvent ondulées, anguleuses, dentées et épineuses. Les fleurs sont blanches, petites, disposées en bouquets serrés et axillaires. Les fruits sont globuleux, de la grosseur d’un grain de groseille, d’un rouge vif, d’une saveur douceâtre désagréable. Cet arbuste croît naturellement dans les bois montagneux de l’Europe tempérée. On le cultive dans les jardins paysagers, où il produit un bel effet par la persistance de ses feuilles pendant l’hiver, et par ses fruits d’un rouge éclatant, qui restent sur l’arbre presque jusqu'au printemps. La culture en a produit un grand nombre de variétés, dont une à feuilles panachées de blanc ou de jaune.

Les feuilles de houx ont été usitées en médecine comme diaphréotiques et fébrifuges. M. Deleschamps, pharmacien, en a extrait un principe cristallisé et amer, nommé llicine, qui a été proposé comme propre à servir de succédanée à la quinine. L’écorce de houx contient beaucoup de glu, et c’est elle surtout qui sert à la préparation de celle singulière substance. Le bois de houx est très-blanc dans les jeunes arbres, très-dur, très-pesant, susceptible d’un beau poli et prenant très-bien la teinture noire, ce qui le fait servir à contrefaire l’ébène. Il est très-recherché poulies ouvrages de tour et de marqueterie.

DICOTYLÉDONES TllAUMIFLOUES.

Houx npalurhlno OU lliô iI«‘h ^tpalat-liea, Ilex VOmitoria, Ail. Arbrisseau des lieux humides et ombragés de la Floride, de la Caroline et de la Virginie. Les sauvages de ces conlrées en emploient les feuilles en manière de Ibé, et leur allribiient une grande verlu tonique, diapliorétique et diurétique ; mais à forte dose elles purgent et excitent le vomissement.

[Mu(A ou tiu'. «lu l'uruiriin)', llex paratjmriensis , S.-Ilil. Les feuilles de cette espèce sont glabres, oblongues, lancéolées, cunéiformes à la base, dentées en scie de distance en distance ; lorréliées et j)ulvérisées, elles sont très-employées en guise de thé dans l’Amérique méridionale, et ont été depuis quelque temps apportées en Europe, l/exportation du llrésil a atteint dans ces dernières années plus de 3 millions de francs et celle du Paraguay plus deü millions. Les propriétés stimulantes du maté sont dues probablement à la présence de la théine. Une analyse récente faite par .Slraucb (1) a donné une proportion de 0, 43 pour 100 de ce principe, et ^0, 88 d’acide caféilanni([ue, sans trace aucune d’buile essentielle.]

I.e Cüssine Gnuguba de Marlius possède des propriétés à peu près semblables à celles du maté et lui est quelquefois substitué.

IILITIKME CLASSE

ItlCOTYLLOONES TIIAL.tMIFLOIlES.

FAMILLE DES RUTACÉES.

Celte fumille, telle qu’elle a été établie par Adrien de Jussieu, forme un groupe très-important de végétaux, dont voici les principaux caractères : Feuilles opposées ou alternes, souvent marquées de points translucides. Fleurs hermaphrodites, ou très-rarement unisexuées; calice d’une seule pièce, à 3, 5, ou, plus ordinairement, 5 divisions ; pétales en nombre égal aux divisions du calice, alternes avec elles, insérés sous l’ovaire, ordinairement distincts, quelquefois soudés en une corolle monopétale, rarement nuis ; étamines en nombre égal aux pétales et alternes avec eux, ou en nombre double, dont celles qui leur sont opposées avortent quelquefois ; ovaire libre et supère, à loges opposées aux pétales et en nombre égal, réunies autour d’un axe central ou plus ou moins séparées, et contenant chacune un ou plusieurs

(1) Wittstein’ aVierleljahressc/iri/t, XVI, I6T. D'après le Jahreshertcht de Viggers und Uusemann pour Fatmée 1867, page 150.

RUTACÉES.

SiS

ovules allachôsà leur angle interne; autant de styles et de stigmates que de loges, distincts ou réunis en tout ou en partie. Fruit tantôt simple, capsulaire, à plusieurs loges quelquefois indéhiscentes, s’ouvrant le plus ordinairement en autant de valves septifères, ou se séparant en plusieurs coques souvcntbivalves ; tantôt composé de plusieurs drupes ou de plusieurs capsules distinctes. Les loges du fruit sont revêtues d’un endocarpe mince ou quelquefois solide, quelquefois détaché du mésocarpe, sous forme de deux valves internes recouvrant les graines. Celles-ci contiennent un endosperme charnu ou cartilagineux qui manque rarement ; l’embryon est pourvu d’une radicule droite dirigée vers l’ombilic.

Les rutacées se partagent en cinq tribus que beaucoup de botanistes considèrent comme autant de familles distinctes.

tribu : zygophyllées. Fleurs hermaphrodites, régulières ; pétales distincts ; étamines en nombre double, à tilets hypogynes, nus ou accompagnés d’une écaille. Ovaire entouré de glandes ou d’un disque lobé ; à plusieurs loges pluri-ovulées, indiquées par des sillons; style simple. Fruit capsulaire se partageant en plusieurs coques ou en plusieurs valves septifères; endocarpe ne se sépàrant pas du mésocarpe ; embryon à radicule montante, entouré d’un endosperme (le genre Triô«/as excepté). Tiges herbacées, ou ligneuses. Feuilles opposées, le plus souvent composées; pédoncules axillaires. Genres : Tribulus, Fagonia, Zygophyllum, Porliera, Guajacum, etc.

2" Iribu : butées. Fleurs hermaphrodites, régulières ; 4 ou ti pétales ; étamines distinctes en nombre double (triple dans le Peganum), portées sur le support de l’ovaire ; ovaire simple, à moitié divisé en 4 ou S lobes et partagé en autant de loges pluri-ovulées ; style simple ou divisé par le bas pour communiquer avec les loges. Fruit capsulaire, dont les loges, écartées par le haut, s’ouvrent intérieurement en forme de coques, ou extérieurement parleurs valves cloisonnées ; embryon endospermé à radicule montante, 'figes herbacées ou peu ligneuses. Feuilles alternes, souvent simples et couvertes de points glanduleux transparentes. Genres : Peganum, Buta, Haplophyllum, etc.

3° tribu ; diosmées. Fleurs hermaphrodites, régulières ou irrégulières; calice à 4 ou 8 divisions; corolle à 4 ou 5 pétales distincts ou quelquefois soudés, rarement nuis ; étamines en nombre égal ou double, hypogynes, rarement périgynes; pistil nu à sa base, ou entouré d’un disque libre ou adhérent au fond du calice ; plusieurs ovaires réunis ou distincts, dont les styles sont réunis entièrement ou seulement à leur sommet, pour former un seul stigmate divisé en autant de lobes. Fruit tantôt simple, tantôt composé de capsules réunies, mono- ou dispermes; plus souvent formé de capsules séparées ; l’endocarpe se détache intérieurement dn mésocarpe, à l’époque de la maturité, et se sépare en deux valves qui recouvrent les graines ; embryon privé ou pourvu d’endosperme. Tiges presque toujours ligneuses. Feuilles opposées ou alternes, simples ou pennées, sans stipules, souvent parsemées de points glanduleux. Genres : Galipea, Ticorea, Esenbceckin, Diosma, Biclamnus, etc.

4° tribu : zanthoxylées. Fleurs régulières, diclines par avortement ;

Gcibocrt, Drogues, 7* édit. HI* ““ 35

54(i DICOTYLÉDONES TIIALAMIFLORES.

calice à 3 ou 5 divisions; pétales en nombre égal, rarement nuis: fleurs m/lles pourvues d’élainines en nombre égal ou double, insérées autour du support d’un pistil rudimentaire; fleurs remolles portant autour du pistil des filets stériles, très-courts; plusieurs ovaires réunis cl surmontés d’un seul style, ou plus ou moins séparés et portant nulant de styles plus ou moins réunis ; 2 ou 4 ovules dans chaque ovaire. Fruit tantôt simple, charnu ou capsulaire, h plusieurs loges ; tantôt composé de plusieurs drupes ou capsules mono- ou dispermes, dont l’endocarpe se détache en partie; embryon endospermé, à radicule montante et à lobes aplatis. Tiges ligneuses. Feuilles alternes ou opposées, non stipulées, simples ou souvent pennées, souvent ponctuées. Cenres : Brucea, '/jitnthoxfflum, Blackburnia, Tuddulia, IHlocarpua, Ptdea, etc.

:>■> tribu : simabubées. Fleurs régulières, hermaphrodites ou diclines par avortement ; corolle à 4 où S pétales hypogynes, alternant avec les divisions du calice ; étamines en nombre égal ou double, insérées sur un disque placé sous l’ovaire ; 4 ou 5 ovaires implantés sur un disque commun, contenant chacun un seul ovule attaché au sommet de la loge, et portant chacun un style, lequel d’abord séparé se réunit bientôt avec les autres en un seul style, terminé par 4 ou S stigmates. 1,0 fruit se compose de 4 ou U drupes séparés, quelquefois réduits à un nombre moindre par avortement ; tous secs et indéhiscents, contenant une seule graine pendante, privée d’endosperme et contenant un embryon à lobes épais, entre lesquels s’enfonce la radicule. Tiges ligneuses. Feuilles alternes, non stipulées, simples ou plus souvent cocuposées. Genres ; Quassia, Siniuruùa, Simula, Samadera, etc.

Ctayac officinal.

Guajacum officinale, L. {pg. 753). Arbre très-élevé, dont le tronc acquiert quelquefois un mètre de diamètre, et dont la croissance est si lente, qu’il faut plusieurs siècles pour acquérir cette dimension. 11 croît dans les Antilles, et principalement à la Jamaïque, à Saint-Domingue, à Cuba et à la Nouvelle-Providence, une. des îles Lucayes. Les divisions des rameaux sont souvent dicholomes. Les feuilles sont opposées, pinnées sans impaire, à 2, souvent à 3, très-rarement à 4 rangs de folioles sessiles, ovales ou obovées, fermes, glabres, d’un vert clair. Les folioles extrêmes ont 3 ou 4 centimètres de long sur 2 de large ; les folioles d’en bas sont plus petites et plus arrondies. Toutes ont une nervure médiane trèsapparente qui les divise en deux parties à peu près égales, plus une nervure secondaire extérieure, partant comme la première du point d’insertion. Les nervures latérales, naissant de la médiane, sont opposées ou alternes. Les fleurs sont bleues, pédonculées, presque disposées en ombelles au sommet des rameaux. Le calice est à 5 lobes obtus; la corolle est à 5 pétales ; les étamines sont en nombre double, à filets élargis à la base. Le fruit est une cap-

RUTACÉES. — GAYAC. 547

suie charnue, réduite à deux loges par avortement, presque en cœur, élargie et amincie sur les deux côtés, tronquée au sommet, avec une petite pointe courbe. Chaque loge renferme une se¬

mence osseuse (une avorte le plus souvent), suspendue à l’angle interne, pourvue d’un endosperme crevassé et corné, entourant un embryon droit, formé de 2 cotylédons foliacés et d’une radicule

supère.

Bols de gayac ofncinal. Ce bois arrive en troncs d’un fort diamètre, ou en bûches assez droites, recouvertes quelquefois de leur écorce. 11 est très-dur, bien plus pesant que l’eau (pes. spec. : d, 33), formé d’un aubier jaune plus ou moins épais et d’un cœur brun verdâtre. 11 est pourvu d’une structure sanlaline difficile à observer, à cause de sa grande compacité, mais qui consiste en ce que ses couches sont alternativement dirigées à droite et à gauche, et se croisent en formantavec Taxe un angle de 30 degrés environ. La coupe perpendiculaire à l’axe, étant polie, présente à la loupe une rayure rayonnante très-fine et très-serrée, parsemée çà et là de gros vaisseaux coupés, remplis de résine verte; mais la plus grande partie des vaisseaux ligneux sont tout à fait inapercevables. Ce bois n’a pas d’odeur sensible à froid; mais, lorsqu’on le râpe, il prend une légère odeur balsamique, et sa poussière fait éternuer. Sa râpure a une saveur âcre et strangulante; elle est jaunâtre et devient verte au contact de l'air et de la lumière, où lorsqu’on l’expose à la vapeur nitreuse. Toutes ces propriétés sont dues à la résine dont le bois est imprégné. Le bois râpé est usité en teinture alcoolique ou en décoction dans l’eau; il fournit, à l’aide de ce dernier moyen, un extrait gommo-résineux, d’une odeur balsamique très-marquée. Ce bois râpé est

b48 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

acheté par les pharmaciens, dans le commerce de la droguerie, où il est versé par les tourneurs, qui emploient une grande quantité de gayac pour faire des mortiers ou des pilons, des roues de poulies, des roulettes de lits, et beaucoup d’autres objets pour lesquels la dureté est une qualité essentielle. Comme alors ce bois peut être mClé à de la râpure de buis, il convient de s’assurer de sa pureté, soiten l’exposant, pendantunjourou deux, àla lumière, soit en l’exposant, sous une cloche, à la vapeur nitreuse qui le verdit presque instantanément.

On trouve dans le commerce plusieurs variétés de bois de gayac, égaleinent supposées appartenir au Gayacutn officinale, et dont je ne puis indiquer la différence d’origine. La première, que je regarde comme le gayac le plus ordinairement employé, est en bûches cylindriques assez régulières qui, pour un diamètre de 18 centimètres, offrent un aubier de 20 à 30 millimètres, régulier et bien séparé du bois. Cet aubier est d’un jaune de buis avec des mouchetures vertes, du côté interne, dues à des vaisseaux résineux ouverts. Le cœur est d’un vert noirâtre foncé, ou en acquiert la teinte à la lumière. Ce bois est inodore, comme le suivant.

Je nomme le second bois içnjac à couches irrégttlière*. Il est irrégulièrement cylindrique et souvent sa coupe transversale représente la section d’une poire, faite du pédoncule à l’ombilic (Geoffroy) ; l’aubier est proportionnellement plus épais que dans le premier, et la matière résineuse, qui donne au cœur sa couleur verdâtre, est très-inégalement répartie et ne suit pas la régularité des couches ligneuses. Enfin, la résine est moins abondante et laisse voir par intervalles la couleur jaune naturelle du bois, qui, par suite également, n’acquiert pas une couleur aussi foncée par l’action prolongée de l'air et de la lumière.

Je nomme la dernière sorte de bois is odeur de mnille.

J’en possède un tronçon de 22 â 25 centimètres de diamètre, complètement privé d’aubier, soit naturellement, soit par la main de l'homme. Il est excessivement dense, serré et d’un vert noirâtre

uniforme tellement foncé, qu’on a peine àendistinguerles couches.

11 est onctueux et gras au toucher, et il conserve, môme entier, une odeur balsamique très-analogue â celle de la vanille.

Écorce de grayac offlcimol. Il y a une dizaine d’années qu’il est arrivé une quantité considérable de cette écorce dans le commerce. Comme elle différait beaucoup de celle que j’y avais vue plus anciennement, je la considérai comme une fausse écorce de gayac jusqu’à ce que je l’eusse retrouvée sur un tronc de gayac à couches irrégulières. Ainsi c’est une écorce de vrai gayac. Elle est en morceaux plats ou cintrés, très-durs, très-compactes, épais de 3 à g

HUTAGÉES. - GAYAC.

Si!)

millimèlres, couverts d’une croûte cellulaire un peu fongueuse et jaunâtre, se séparant souvent par plaques de dessus le liber et y laissant des taches vertes ou brunes. Le liber est jaune, amer, très-uni à l’intérieur. Cette écorce fournit avec l’alcool une teinture jaune qui ne verdit pas par l’acide nitrique, ce qui indique que sa matière résineuse n’est pas de même nature que celle du bois.

Voici, d’après Trommsdorff, la composition comparée du bois et de l’écorce de gayac :

Bois. écorce.

Résine . . . . 23 2,3

Extrait piquant et amer . 0,8 4,8

Matière colorante jaune brunâtre . l .4,1

Extrait muqueux avec sulfate de cbaux . 2,8 12,8

Matière ligneuse. . Cl),i 7G

Ainsi que je l’ai dit plus haut, la résine de l’écorce est différente de celle du bois.

■lésine ale Kayac ofadnai. On peut obtenir cettc résine, dans les pharmacies, en traitant le bois de gayac râpé, par l’alcool rectifié ; mais celle du commerce est obtenue, soit en faisant des blessures à l’arbre, soit à l’aide de la chaleur, en réduisant le tronc et les prjncipaux rameaux en bûches que l’on perce d’un large trou suivant l’axe du bois ; on place ces bûches sur le feu, de manière que la résine, liquéQôe par la chaleur du bois qui brûle à l’extérieur, puisse couler par le trou et être reçue dans des calebasses.

La résine de gayac du commerce est en masses assez considérables, d’un brun verdâtre, friables et brillantes dans leur cassure. Ses lames minces sont presque transparentes et d’un vert jaunâtre. Conservée dans un bocal de verre, elle devient d'une assez belle couleur verte par les surfaces qui regardent le jour. Elle renferme ordinairement des morceaux d’écorce et d’autres débris du végétal; elle se ramollit sous la dent, a une saveur d’abord peu sensible qui se change bientôt en une âcrelé brûlante dont l’action se porte sur le go.sier ; elle a une légère odeur de benjoin qui devient très-sensible par la pulvérisation ou par le feu; sa poussière excite fortement la toux.

La résine de gayac donne avec l’alcool une dissolution brune foncée, qui devient blanche par l’eau. L’acide chlorhydrique y forme un précipité gris cendré; l’acide sulfurique, un précipité vert pâle ; le chlore, un précipité bleu pâle. L’acide azotique n’y produit d’abord aucun changement; mais, au bout de quelques heures, le liquide devient vert, puis bleu, enfin brun, et forme

5S0 DICOTYLÉDONES TIIALAMIFLORES.

alors un précipité brun. En arrêtant à temps l’action de l’acide avec de l’eau, on obtient de même un précipité vert ou bleu. L’action de l’acide azotique légèrement rutilant sur la teinture de gayac peut fournir un caractère distinctif et journalier de cette résine avec les autres. Si l’on expose un papier imbibé de teinture de gayac dans un bocal au fond duquel on a versé un peu d’acide azotique jaunâtre, la vapeur qui s’en exhale suffit pour colorer le papier en bleu.

La résine de gayac a été le sujet des recherches d’un grand nombre de chimistes. Suivant M. Unverdorben, elle est formée de deux principes résineux, dont l’un est très-soluble dans l’ammoniaque aqueuse, et dont l’autre forme avec cet alcali un composé goudronneux qui ne se dissout que dans 6,000 parties d’eau. D’après Thierry, ancien pharmacien de Paris, la résine de gayac contient un acide particulier nommé acide gmjacique, qu’il a obtenu en dissolvant la résine dans de l’alcool à 36 degrés centigrades, et distillant la teinture pour obtenir les 3/4 du liquide employé. 11 reste dans le bain-marie une liqueur acide et jau. nâtre surnageant la résine. On salure la liqueur par de l’eau de baryte, on évapore à moitié, on filtre et l’on y ajoute de l’acide sulfurique en quantité exactement nécessaire pour précipiter la baryte. On évapore en consistance sirupeuse et l’on traite le produit par l’éther sulfurique, qui dissout l’acide guajacique et le donne cristallisé, après son évaporation. On le puritie par sublimation. Cet acide est donc volatil, soluble dans l’élber, l’alcool et dans l’eau; il diffère des acides benzoïque et cinnamique par une beaucoup plus grande solubilité dans l’eau et par ses combinaisons salines. M. Deville l’a trouvé composé de C*'^11*0®.

Enfin ce dernier chimiste a obtenu, par la distillation à feu nu de la résine de gayac, une huile essentielle analogue par ses propriétés et sa composition à l’essence d’ulmaire ou hydrure de salicyle. Cette essence, que M. Deville nomme hydrure de guayacyle, est composée de C**ll*0*.

[Depuis, M. Hadelich (1) a donné l’analyse suivante de la résine de gayac :

Acide gayaconique . 70, .q

Acide résine gayacique . 10 j

Résine p . O^g

Gomme . . 3^7

Substances minérales . .. 0 8

Acide guajacique, matière colorante, impuretés.. loo

L’acide gayaconique, découvert par Hadelich , est amorphe (I) Voir Flückiger, Pharmacognosie, page 68.

RUTACÉES. — GAYAC. 551

d’un brun clair, fusible vers 100°, insoluble dans l’eau; il a pour formule Le second acide, résino-gayacicjue, trouvé

par M. lllasiwetz, est crislallisable, soluble dans l’alcool, l’acide acétique, l’éther, le chloroforme et le sulfure de carbone, insoluble dans l’eau et l’ammoniaque. Il se dissout dans l’acide sulfurique avec une telle coloration rouge. La résine B est soluble dans l’alcool, l’acide acétique et les alcalis : elle est précipitée de ses dissolutions en flocons bruns par l’éther, le chloroforme elle sulfure de carbone. Enfin la matière colorante est jaune, cristallise en octaèdres à base carrée, et se dissout dans l’acide sulfurique avec une coloration fugace d’un bleu d’azur.]

Ciajac à fruit tétrugone.

Guajacum sanclum. L. Cet arbre croît en abondance dans l’île de Saint-Domingue, aux environs du port de la Paix, dans l’ile de Porto-Rico et au Mexique; c’est lui, très-probablement qui se trouve figuré par Hcrmandez sous le nom de hoaxacan. De Gandolle lui donne des feuilles à 5 ou 7 paires de folioles ovalesobtuses, mucronées ; des pétioles et des jeunes rameaux sous-pubescents. Des auteurs plus anciens lui donnent un bois couleur de buis, presque privé de cœur plus foncé; des feuilles d’un vert foncé, longues de 8 ou 9 lignes, larges de 3 ou 4, et des fruits rouges, tétragones, semblables à ceux du fusain. D’après ces caractères, je ne doute pas que ce ne soit cette espèce de gayac qui ail été rapportée de Guatimala par M. Bazire (1), en 1834. Les échantillons qu’il m'en a laissés, tout faibles qu’ils sont, me permettront de faire connaître cette espèce plus complètement qu’on ne l’a fait jusqu’ici.

Rameaux supérieurs et pétioles sous-pubescents ; pétioles Irèsgrôles, de la grosseur d’un fil, offrant les marques de 3 à 5 paires <le folioles, y compris la terminale ; folioles sessiles, épaisses, d’un vert foncé, très-entières et mucronées; elles sont presque linéaires, un peu élargies cependant par le haut et un peu recourbées en sabre, à cause de l’inégalité de leurs deux moitiés : la moitié intérieure étant dressée contre le pétiole et presque droite, et la moitié extérieure se développant en une courbe ellipsoïde. La nervure médiane est à peine visible, rapprochée du bord interne de la feuille et presque semblable à d’autres nervures qui partent comme elle du point d’attache, pour se diriger vers l’extrémité. Longueur des folioles, 12 à 13 millimètres ; largeur 5 ou 6.

Les fruits sont rouges, formés de 4 coques monosperines op-

(I) Bazire, Jour», de Pliarm., t. XX, p Ô20.

5S2 DICOTYLÉDONES TIIALAMIFLODES.

posées en croix, élargies el amincies sur le boni, terminées chacune par une pointe aiguS. Les semences ont à peu près la forme et la grosseur d’une graine de citron ; elles présentent sous un épisperme assez mince, blanc et peu consistant, un cndosperme épais, corné, demi-transparent, d’une grande dureté, renfermant un embryon jaunâtre, à cotylédons foliacés.

Le iiou, dont je n’ai qu’un simple éclat, est d’une couleur fauve uniforme; il a une structure fibreuse et éminemment santalinc ; il est excessivement dur et compacte. Il a un aspect corné et il est translucide sur les bords. 11 ne change pas à la lumière. Sa coupe transversale polie présente la même rayure fine et rayonnante que le gayac officinal, mais parsemée d’un très-grand nombre de points blanchâtres, provenant de la coupe des vaisseaux ligneux.

L’écorce est recouverte d’un périderme crevassé noirâtre, recouvert par places d’une couche blanche crétacée. Le liber est très-dur et formé de couches serrées, d’un gris noirâtre el livide. Celte écorce est toute couverte d’une résine transparente et cî’-n jaune verdâtre, dont il e,\isle également quelques larmes dét chées. Je pense avoir trouvé dans le commerce l’écorce el la ré^ sine de cet arbre.

Aiirieiinc écorcc de Rajac. Celte écorce se Irouvc assez bien décrite par Geoffroy (f), qui l’attribue aussi au gayac à fruit tétragone. Elle est en larges morceaux cintrés, épais de 4 à 8 millimètres, Elle est pourvue à l’extérieur d’un périderme jaunâtre, fongueux et crevassé, qui s’enlève naturellement par petites plaques, en laissant des impressions en forme de coquille de différentes couleurs, et, quand c’est le liber qui est mis à nu, il apparaît avec une couleur vert noirâtre. Le liber est aussi dur el aussi compacte que du bois, d’une couleur noirâtre el livide à l’intérieur. Sa surface interne est tantôt grise, tantôt noirâtre, offrant l’impression des fibres ligneuses de l’aubier, et quelquefois sillonnée de rides réticulaires, ainsi que le dit Geoffroy. Celte écorce est amère, peu résineuse el colore à peine l’alcool rectifié. Un papier trempé dans la liqueur et desséché ne se colore ni à l’air ni h la lumière.

Béaiiie de (çajac en larmea. J’ai trouvé quelquefois celle résine dans le commerce, sous la forme de larmes détachées, arrondies, presque transparentes et d’un jaune verdâtre. Ecrasée sur le papier, elle devient à l’air d’un vert d’émeraude. Elle est si parfaitement semblable à celle rapportée par M. Bazire, que je ne doute pas qu’elle ne soitproduile par le Guajacum sanctum.

(1) Geoffroy, Traité de la Matière médicale. Paris, 1743.

RUTACÉES. — GAYAC.

oa3

Gayocaii île Caracas.

M. Anlhoine, négociant français que j’ai déjà cité (page 434), m’a fait don d’un morceau de bois de gayacan {Guajacum arloreum, DC.). Il provient d'un tronc tortueux, dépourvu d’écorce, qui, pour un diamètre de 26 centimètres, ne présente que 5 millimètres d’un aubier blanc et Irès-régulîer. Le bois est d’un fauve verdâtre, très-nuancé par couches concentriques, avec un second cœur intérieur plus foncé. Il se fonce lentement à l’air et tend à se rapprocher de la couleur du gayac officinal. Il est beaucoup plus âcre que les autres lorsqu’on le travaille, et l’ouvrier qui l’a poli l’a gratifié du nom de Gayac pique-nez. Sa coupe transversale présente une rayure fine et rayonnante, en lignes droites, non ondulées, et d’innombrables vaisseaux ligneux très-petits, blanchâtres, disposés par petites lignes tremblées, dirigées dans le sens des rayons. Ce dernier caractère, qui est exceptionnel dans le bois des Zygopliyllées, forme au contraire le caractère distinctif et presque général des bois de Sapotées (1).

Uayac iiii Chili, Porliera hygrometrica, H, P. Guillemin m’a remis sous ce nom une tige d’arbre' de 4 centimètres de diamètre, pourvue d’une écorce très-rugueuse, grise à la surface, mince, dure, compacte et d’une couleur noirâtre à l’intérieur. L’aubier est d’un jaune pâle et très-dur. Le cœur est également très-dur et très-pesant ; il est d’un vert noirâtre, devenant presque noir à l’air; la teinture alcoolique, séchée sur un papier, verdit à la lumière, comme celle du gayac.

Je mentionnerai, à la suite des bois de gayac, trois bois d’ébénisterie qui s’en rapprochent par leur dureté et leur grande densité, mais dont l’origine m’est inconnue. Le premier porte le nom de boi» irécaille. Je l'ai vu en morceaux équarris de ici centimètres d’épaisseur, offrant sur les angles un reste d’aubier blanc, très-dur et prenant le poli de l’ivoire. Le bois lui-mûme est fauve, noueux, très-dur, très-pesant, translucide lorsqu’il est en lame mince ; le tronc de l’arbre devait être tortueux et épineux. Le second bois portait, dans l’ancien droguier de riicole, le nom de bois de gayac ; mais j’en avais, de mon côté, un morceau également fort ancien, étiqueté vralgrreiiaïUlle. Ce bois est fort différent du grenadille ordinaire du commerce, que j’ai attribué au Brya Ebenus (p. 354). L’échantillon de l’École représente un tronc de tO centimètres de diamètre, très-irrégulier dans sa forme et ayant des angles rentrants. Il porte les débris d’une écorce noire.au dehors, jaunâtre en dedans, mince, légère et fibreuse. L’aubier est épais de 15 millimètres, de couleur de bois de noyer clair. Le cœur est de couleur de noyer foncé, avec des veines brunes irrégulièrement dessinées. Le mérite de ce bois consiste moins dans sa couleur que dans sa grande dureté et dans la beauté de son poli. L’ancien échantillon que j'en ai pèse 1,201 ; l’aubier en est très-mince et de couleur de buis ; le cœur est de couleur de noyer très-foncé ; le poli est égal à celui de l’ivoire ; ce bois est amer. La coupe transversale présente une rayure rayon-

(1) Voy. t. Il, p. 58S.

Sji DICOTYLÉDONES TIIALAMIFLODES.

liante de la plus grande finesse sans aucune apparence de tubes ligneux. Le dernier bois porte dans le commerce le nom de yrenadille et est supposé être de même origine que le grenadille de Cuba. Je le nommerai Krenaaiille jiiiiiie. Je l’ai sous la forme d’une petite bûche de 7 centimètres de diamètre, pourvue d’une écorce dure et compacte, assez semblable à celle du gayac, mais beaucoup moins dure. L’aubier est jaune et épais de lü millimétrés ; le cœur est d|un jaune brun. La coupe transversale présente une rayure très-fine et rayonnante, parsemée dépeints blanclifltres très-petits et très-nombreux. Ce bois est susceptible d’un poli moins parfait que les deux précédents.

Rue ofOcinale.

Huta graveolens, L. {fig. 754), tribu des Ilulécs. — Car. gén. : calice à 4 divisions; corolle à 4 pétales concaves; 8 étamines;

8 porcs neclarifèrcs à la base de l’ovaire : 1 style : 1 capsule polysperme 4 lobes et à 4 loges (la Qeur terminale a une cinquième partie de plus). — Car. spéc. : feuilles décomposées ; lobes oblongs, le terminal obové ; pétales entiers ou sous-dentés.

La rue est cultivée dans les jardins, où elle s’élève jusqu’à 12 ou 16 décimètres ; elle répand une odeur forte, aromatique et désagréable. Elle est sudoritique, anthelminthique et emménagogue. On l’emploie verte ou sèche; on en retire l'huile volatile on en fait une eau distillée, une huile et un vinaigre par macération, etc.

RUTACÉES. — FEUILLES DE BUCHU.

L’essence de rue est d’un jaune verdâtre, un peu épaisse, d’une odeur très-désagréable et d’une saveur âcre et amère. Elle pèse 0,887 ; elle ne rougit pas le tournesol ; elle distille à 220 degrés. Sa composition répond à la formule

Frulllcs de biicliu.

Les feuilles de bnchu, bocco ou bocco, sont produites par plusieurs espèces de Barosma, arbrisseaux aromatiques du cap de Bonne-Espérance, qui appartiennent à la tribu des Diosmées ; mais c’est principalement le Barosma crenata, Kunze {Diosma crenata, L.) qui paraît fournir les feuilles que l’on trouve dans le commerce.

Le Barosma creimta {/ig. 755) est un arbrisseau haut de 00 à

100 centimètres, garni de feuilles alternes Irès-courtcment péliolées, longues de 25 millimètres, ovales-oblongues, finement crénelées, entièrement glabres, rigides, d’un vert sombre en dessus, plus pâles en dessous, avec quelques nervures obliques peu apparentes. Ces feuilles sont couvertes de glandes transparentes, indépendamrnent d’une étroite marge transparente tout autour. Les pédoncules sont à peu près aussi longs que les feuilles ; le calice est à 5 divisions vertes et un peu pourprées, la corolle est à 5 pétales bleuâtres, ouverts, courtement onguiculés. Les étami-

«Oti DICOTYLÉDONES TIIALAMIFLORES.

nés sont au nombre de 10, dont 5 fertiles, alternes avec les pétales, et 5 opposées stériles, plus courtes de moitié, pélaloïdes, ciliées, obscurément glanduleuses au sommet. Il y a S ovaires réunis et auriculés au sommet, uniloculaires, contenant 2 ovules superposés, suspendus h l’axe central. Le style est unique, central, plus long que les étamines, atténué au sommet, terminé par un stigmate à 5 lobes. Le fruit est une capsule penlacoquc, à coques un peu comprimées, auriculées au sommet .du côté extérieur, couvertes de points glanduleux : l’endocarpe est cartilagineux, séparé du raésocarpe, s’ouvrant en 2 valves élastiques, monospermes.

[A ces feuilles de Barosma crenata, il faut joindre celles du B. crenulata, Hooker; B. belulim, Bentb, et deux espèces, à feuilles étroites et allongées, qui donnent le buchu long, ce sont le B. serratifolia, Willd. et V Empleurum serrulatum, Alton, de la même famille des Diosmées (1).]

Les feuilles de buchu du commerce sont mélangées de pétioles et de fruits. Elles sont douces au toucher, un peu brillantes, finement crénelées et chargées, principalement vers le bord et à la face inférieure, de glandes pleines d’huile volatile. Leur odeur est très-forte et analogue à celle de la rue ou de l’urine de chat ; leur goût est chaud, âcre et aromatique. L'essence est d’un brun jaunâtre, plus légère que l’eau, d'une odeur semblable à celle des feuilles.

Les feuilles de buchu sont toniques, stimulantes, diurétiques et diaphorétiques. Elles paraissent exercer une inQuence particulière sur les organes urinaires.

■lacine de diclame blanc ou de fraxlnelle.

Dictamus albus, L. {fig. 756). Tribu des Diosmées. Celte belle plante croît surtout dans le midi de la France et en Italie. Ses tiges simples, rondes, flexibles et fermes cependant, s’élèvent à la hauteur de 05 centimètres. Ses feuilles sont alternes, imparipinnées, vertes, luisantes et fermes; elles ressemblent, pour la forme, à celles du frêne, ce qui a valu à la plante son nom do fraxinelle. Ses fleurs sont disposées en grappes à l’extrémité des tiges ; elles sont pourvues d’un calice h 5 divisions et tombant ; d’une corolle à b pétales, irréguliers, développés, blancs ou purpurins, et marqués de lignes rouges plus foncées : les étamines sont au nombre de 10, à ülets abaissés et couverts de poils glanduleux-

(I) On peut voir de bonnes figures de ces espèces dans Berg et Schmidt Beschreibung und üarstellung der offizinellen GewScItse.

RUTACÉES. — ANGL'STURE.

le slyle est décliné, le stigmate est simple. Le fruit est formé de 3 carpelles réunis .au-dessous du centre, et dispermes. Toute la plante est très-odorante, et l’on assure que l'émanation d’huile volatile qui s’en échappe, dans les pays méridionaux et par les soirées chaudes de l’été, est assez concentrée pour être quelquefois enflammée par l’approche d’un flambeau; de sorte que la plante s’enveloppe pour un instant d’une auréole de feu. Biot, qui a voulu s’assurer de la réalité du fait, n’a pu qu’enflammersuccessivement, par l’approche immédiate d’un corps en ignition, les nombreuses utricules huileuses qui recouvrent toutes les parties supérieures de la plante, sans que cet effet soit devenu général, et surtout sans que jamais l’émanation odorante qui entoure natu- P‘B- — Dictame blanc.

Tellement le végétal ait pu s’enflammer par l’approche d’un flambeau (t). D’autres personnes pensent cependant que le fait a pu être observé dans des contrées plus méridionales.

La racine de dictame est usitée en pharmacie, et seulement encore l'écorce mondée de la racine. On nous l’envoie toute préparée du Midi : elle est blanche, roulée sur elle-même, d'une odeur presque nulle et d’une saveur amère. Elle fait p.arlie de la poudre de Guttète. On donne souvent en place, dans le commerce, le meditullium môme de la racine privée de son écorce. C’est une petite tromperie facile à reconnaître.

Écorce il’aniruHture vraie.

L’emploi de cette écorce, en Europe, ne remonte pas au delà de l'année 1788. Elle fut d’abord apportée en Angleterre de Tîle de la Trinité, où l’arbre qui la produit avait été transporté des environs d’Angostura, ville de Terre-Ferme.

De même que la plupart des drogues exotiques, elle a été attribuée suecessivement à différents arbres, et entre autres au Magnolia glauca, L. : mais il a été reconnu par MM. de Humboldt et Bonplanil qu’elle était produite par un arbre de la famille des

(1) Biot, Ann. chim. phys., t. L, p. 38G.

S58 DICOTYLÉDONES TIIALAMII^ORES.

lliilacées. qui a reçu d’eux le nom de Cvsparia febrifuga, el qu’ils ont trouvé formant d’immenses forêts sur les bords de l’Orénoqiie. C’est ce même arbre qui a élé nommé depuis par Willdenow honplandia trifoliata, et par De Gandolle Galipea Cusparia (1). Cependant, d'après le docteur Hancock, ce ne serait pas le Galipea Cuspuria qui produirait l’écorce d’angusture vraie; ce serait une espèce voisine, qu’il a décrite et nommée Galipea officinalis.

Voici les caractères du genre Galipea : calice court, cupuliforme, à 5 divisions. Corolle à 5 pétales, hypogynes, linéaires, inégaux, très-souvent réunis par le bas en un tube pentagone. 5 étamines, en général, plus on moins adhérentes aux pétales, très-rarement toutes fertiles; 5 ovaires insérés sur un disque déprimé, à 10 dents peu marquées, libres ou soudés par leur angle central, uniloculaires. Ovules doubles, superposés, attachés à la suture centrale, le supérieur ascendant, l’inférieur pendant; 5 styles distincts par la base, soudés au sommet. Capsule réduite à une ou deux coques monospermes, par avortement, bivalves, à endocarpe séparable et s’ouvrant avec élasticité ; semence rénilorme, à test coriace; embryon privé d’endosperme, homotrope, pourvu de deux grands cotylédons auriculés à la base, plissés, roulés l’un sur l’autre.

Le Galipea Cusparia DC. {fig. 737), est un arbre majestueux, de 21) à 23 mètres d’élévation. Ses feuilles sont composées d’un pétiole long de 30 centimètres environ, terminé par trois folioles sessiles, ovales-lancéolées, très-aromatiques, dont celle du milieu égale la longueur du pétiole. Les Heurs forment des grappes pé- (lonculées vers l’extrémité des rameaux; elles sont blanches et pourvues, à l’extérieur, de fascicules de poils situés sur des corps glanduleux. Les étamines sont monadelphes, au nombre de 5, dont une ou deux seulement sont fertiles et les autres privées d’anthères.

Le Galipea officinalis, flanc., est un arbrisseau haut de 4 à S mètres, le plus ordinairement, et dont la taille n’excède jamais 10 mètres. 11 a les feuilles trifoliées, el les folioles ohlongucs, pointues auxdeiix extrémités, longues de 13 à 2.”> eentirnèlres, portées sur un pétiole de même longueur. Les fleurs sont blanches et poilues ; les étamines distinctes, au nombre de 1 ou 2 fertiles et de 1 à 5 stériles. ’

Les caractères extérieurs de l’écorce d’angusture sont variables, el on la trouve sous trois formes dans le commerce :

1“ Il y en a des morceaux courts, plats, minces, plus ou moins larges, recouverts d’un périderme gris jaunâtre, mince et peu

(1) De Gandolle, Prodromus, t. 11, 731.

RUT.CÉES. — ANGl’STURE. 55‘J

rugueux; leur cassure est d’un brun jaunâtre, nette, compacte et résineuse ; leur surface intérieure est d’un jaune fauve souvent rosé, et se divise facilement par feuillets; leur odeur et

leur saveur sont un peu moins fortes que celles des variétés suivantes.

2" On en trouve d’autres morceaux qui sont longs de 16 à 40 centimètres ; qui ont une odeur forte, animalisée, très-désagréable ; qui sont roulés et recouverts d’un périderme épais, fongueux, blanc et comme limoneux. Dessous ce périderme est l’écorce proprement dite, qui est brune, dure, compacte, et qui casse net sous la main. Celte écorce a une saveur amère, sur laquelle domine le principe odorant et nauséeux; cette saveur passée, il reste A l’extrémité de la langue une impression mordicante qui excite la salivation.

Enfin, on trouve des morceaux d’angusture qui tiennent le milieu entre les précédents, c'est-à-dire qu’ils sont plus longs, moins plats et plus épais que les premiers; que leur enveloppe extérieure est grise, peu épaisse et peu fongueuse, et qu’ils ont la même saveur et la même odeur que les derniers. Toutes ces écorces peuvent provenir du môme arbre croissant dans des expositions différentes.

La poudre d’angusture a une couleur presque semblable à celle de la poudre de rhubarbe; son infusion dans l’eau est très-colo-

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rée, amère, odorante et nauséeuse, comme l’écorce. Ses propriétés médicales sontd’étre fébrifuge et antidysentérique.

M. Saladin a constaté dans l’écorce <l’angusture la présence d'un principe amer cristallisable, auquel il a donné le nom de ciisparin. Ce corps est blanc, non acide ni alcalin, insoluble dans l’élher et dans les huiles fixes et volatiles, Irôs-pcu soluble dans l’eau, très-soluble dans l’alcool à O, 835 de densité. Le cusparin, quoique non alcalin, se dissout avec facilité dans les acides affaiblis; l’acide sulfurique concentré le colore en rouge-brun et le nitrate acide dç mercure en rouge-pourpre, propriétés qu’il partage avec la salicine et qui le distinguent Tune et l’autre de la quinine (i).

J’ai raconté, dans le volume précédent (page 565), comment, vers l’année 1807 ou 1808, de graves symptômes d’empoisonnement s’étant manifestés à la suite de l’usage de l’écorce d’angusture, on découvrit que celte écorce avait été mélangée d’une autre écorce fort dangereuse, qui fut désignée sous le nom de faiiBso nuifiiiture, et qui fut reconnue plus tard pour être celle du Strychnos IVux vomica. Cette écorce qu’il importe beaucoup de distinguer de la véritable augusture, est beaucoup plus épaisse que celle-ci; elle est compacte, pesante et comme racornie par la dessiccation. Sa substance intérieure est grise et son épiderme varie: tantôt il est un peu épais, non fongueux, et estd’un gris jaunâtre, marqué de points blancs proéminents ; tantôt il est fongueux et d’une couleur de rouille de fer. Du reste, cette écorce est inodore, et sa saveur, qui est infiniment plus amère que celle de la véritable angusture, persiste très-longtemps au palais sans laisser d'âcreté à l’extrémité de la langue. Sa poudre a une couleur bien différente de l’autre, car elle est d’un blanc légèrement jaunâtre.

Pour mettre encore mieux à môme de distinguer ces deux écorces, je rappellerai la comparaison de leurs infusés aqueux que je fis il y a déjà beaucoup d’années. Elle pourra ôtre utile.

J’ai fait macérer pendant dix-huit heures A grammes de poudre de chacune des deux angustures dans 90 gramnries d’eau et j’ai filtré. Le résidu de l’angusture avait encore une odeur et une saveur très-fortes; l’autre était toujours très-amer.

La teinture du tournesol, le sulfate de fer, le cyanure ferrosopotassique, aidé de l’acide chlorhydrique, et les alcalis offrent les meilleurs moyens pour distinguer la véritable angusture de la fausse.

On emploie au Brésil, comme fébrifuges et comme succéda-

(1) Saladin, JoMca. chtm. méd., 1833, t. IX. p, ,388.

nCTACÉES. — ANGÜSTURE.

RÉACTIFS

AN(iUSTUnE VRAIE.

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