‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou Cours d'histoire naturelle professé à l'École supérieure de pharmacie de Paris. Tome troisièmeChapitre 112 sur 139 · FAUSSE ANGUSTURE · texte numérisé non relu

FAUSSE ANGUSTURE

Saveur.

De l’écorcp.

De l’écorce.

De l’écorcé.

Odeur.

.Nulle.

Couleur.

Orangée.

Orangée ; moitié moins fou-

Teinture de tour-

Couleur détruite.

Parait très-faiblement rougie.

Nitrate de baryte.

Rien.

Rien.

Oxalate d'arnmo-

Grand trouble.

Grand trouble.

Nitrate cV argent.

Précipité très-abondant qu’un grand excès d’acide nitrique ne dis-

Trouble qu’un excès d’acide nitrique ne fait pas disparaî-

Émétique.

Précipité très-abon-

Précipité blanc.

Deutochlorure de

Précipité très-abon-

Trouble.

Sulfate de fer.

Précipité gris blanchâtre, très-abondant.

Couleur vert-bouteille ; trouble léger.

Cijanure ferroso-

Rien ; l’acide chlorliy-

Trouble léger, qui n’augmente pas par l’acide chlorhydrique ; la liqueur prend un aspect verdâtre.

potassique.

drique y forme ensuite un précipité jaune très-

Noix de galle.

Précipité jaunâtre trèsabondant.

Précipité blanc extrêmement

Gélatine.

Potasse caustique.

En petite ou on grande quantité, la liqueur se fonce en orangé avec une teinte verdâtre et précipite ; l’acide nitrique rétablit la couleur primi-

Une petite quantité donne une couleur vert-bouteille ; une grande quantité, une couleur orangée foncée avec une teinte verdâtre ; la liqueur reste transparente. L’acide nitrique ajouté pou â peu rétablit la couleur vert-bouteille, puis celle do l’infusion.

Eau de chaux.

En petite ou en grande quantité, couleur plus foncée, légèrement verdâtre et grand trouble ; l’acide nitrique rétablit la couleur primitive.

En petite quantité, couleur vert-bouteille transparente; en plus grande quantité, couleur jaune légèrement verdâtre et léger trouble. L’acide nitrique rétablit d’abord la couleur vertbouteille, puis la couleur de l’infusion, mais affaiblie.

Acide nitrique.

Une petite quantité trouble fortement la liqueur; couleur affaiblie; en grande quantité, liqueur rouge transpa-

En petite quantité, couleur affaiblie; liqueurtransparente; en grande quantité, liqueur rouge transparente.

Acide sulfurique.

En petite quantité, trouble fortement ; un excès redissout le précipité sans rougir la li-

nées des quinquinas et de l’angusture, les écorces de plusieurs arbres ou arbrisseaux de la tribu des Diosmées : tels sont le Ticorea fehrifuga, St-Hil., dit très fol/ias brancas; YEsmibeckia

Gdibodst, Drogues, 7* édit.

562 DICOTYLÉDONES TIIALAMIFLORES.

febrifuga, Mari., nommé très foUm vcrmelhes, larangeira domate, quina et angostura; Vl/ortia brasiliana, Velt., dit quina de Campo, etc. J’ai reçu d’Allemagne, sous le nom â'Esenbeckia febrifuga, une écorce tellement semblable à celle des Exostemma, qu’il me paraît bien difficile qu’il n’y ait pas eu confusion entre elles.

Écorce de clnraller Jaune ou d’épineux Jaune des itntilles.

Zanthoxylum Clava-IIerculis,L.\ Zanthoxylum can'4eMwi,Lamk.; tribu des Zanthoxylées.

Cette écorce a plusieurs traits de ressemblance avec la véritable angusture; elle est mince, pourvue d’une odeur semblable, et elle offre une saveur amère très-désagréable, qui laisse une impression d’ûcreté au bout de la langue et qui porte à ta salivation. Elle s’en distingue facilement, cependant, parce qu’elle est d’un jaune serin et qu’elle colore la salive en jaune; enfin elle est formée à l’intérieur de lames fibreuses qui l’empêchent de casser net.

J.’écorce de clavalier jaune a été analysée par MM. Chevallier et G. Pclletan, qui en ont retiré le principe amer et colorant à l’état cristallisé, et l’ont nommé Zanthopicrite. [M. Dyson-Perrins a établi depuis l’identité de cette substance avec la berbénne, qu’il a trouvée dans plusieurs plantes de familles diverses (1).

L’écorce du clavalier est fébrifuge et tinctoriale, mais peu usitée.

On a longtemps confondu avec l’espèce précédente le Zanthoxylum fraxineum W., qui croit dans l’Amérique septentrionale. Si les caractères botaniques ont permis celte confusion, ceux de l’écorce auraient suffi pour distinguer les deux arbres. L’écorce du Zanthoxylum fraxineum est formée d’un épiderme gris, ridé transversalement par la dessiccation, et d’un liber presque blanc, d’une saveur faiblement mucilagineuse d'abord, qui se termine par une forte âcreté et qui excite la salivation'. Elle contient aussi de la berbérine. Les Américains nomment l’arbre tooth-ache tre (arbre au mal de dent), et prickly ash, ou frêne épineux (2).

La plupart des autres espèces de Zanthoxylum, et principalemen t celles qui appartenaient au genre /^’a^rara, L., à présent réuni au

(1) Voip M. Dyson-Perrins, On berberine. Contribution to Us Histonj and Révision of Us Formula {Transactions of the Chemical Society, 1862, et Phar. maceutical Journal, 2® série, IV, 403.)

(2) Voir Bentley, Sur le Zanthoxylum fraxineum (Pharm, Journ oi,.îo

V ftOQi ■* '

UUTACÉES. — CLAVALIER JAUNE. 563

premier sont pourvues dans toutes leurs parties, d’un goût de poivre aromatique et brûlant, qui les fait servir d’épice dans les différents pays où elles croissent. Les plus connues sont : le Fagara d’Avicenne, dont Clusius a figuré les fruits (l) ; le Fagara heterophylla, Lamk., croissant à l’île Bourbon, et le Fagara piperùa, L., que l’on trouve décrit et figuré par Kæmpfer (2). Tous les fruits de ces espèces paraissent être de petites capsules charnues, de la grosseur d’un grain de poivre à celle d’un très-petit pois, tuberculeuses à leur surface, simples ou didymes, contenant une semence noire, luisante et peu aromatique, le principe actif résidant surtout dans l’enveloppe glanduleuse de la capsule. Mais j’en possède une espèce différente, faisant partie d’une collection de plantes de la Chine, que je décrirai aussitôt que le temps me le permettra, et dont j’extrais ce qui a rapport au fruit en question.

Iloa-tiiao (fleur-poivre). Ce fruit, dans son étal normal, me parait composé de 4 capsules sessiles à l’extrémité d’un pédoncule ; mais il est rare que ces capsules se développent complètement toutes les quatre, et le plus que j’en aie trouvé, c’est trois avec une quatrième moitié moins grosse que les autres. Le plus ordinairement il n’y en a que deux et souvent une seule ; mais la différence que je trouve entre celte capsule solitaire et celles qui ont été décrites par d’autres auteurs, c’est qu’elle est constamment accompagnée à la base de 1, 2 ou 3 tubercules, qui représentent autant de capsules avortées.

l es capsules développées sont de la grosseur d’un grain de poivre. Elles sont formées d’un mésocarpe tuberculeux, rougeâtre, translucide, âcre et très-aromatique, enveloppant une coque blanche, de la consistance d’un parchemin, soudée avec le mésocarpe dans la plus grande partie de son étendue. Tous deux s’ouvrent par une fente qui part du point d’attache interne, où les ovaires se touchaient, s’élève et se prolonge du côté externe, jusqu’aux trois quarts de la circonférence, et se termine vers la partie Inférieure externe, par une petite couronne qui indique la place de l’insertion du style. L’ovaire était cependant formé de 4 carpelles accolés, dont les styles devaient partir du sommet et plutôt du côté Interne; mais chaque carpelle, en se développant, a éprouvé une évolution qui a porté le point d’insertion du style tout à fait au dehors du fruit. Dans chaque capsule ouverte, l’endocarpe présente seulement un commencement de séparation du côté interne. La semence est noire, luisante, portée sur un funiculc qui, en s’allongeant, a porté la base de la graine à la partie supérieure de la capsule, ainsi que le représente le Zanthoœylum caroHnianum figuré par Gærtner (3) La semence est dure sous la dent et n’a qu’un léger goût huileux. Ce

(1) Clusius, Exolicœ, lib. I, cap. xxiii.

(2) Kæmpfer, Aniœnitates, p. 892 et 89.3.

(3) Gærtner, tab. LXVIIl.

-ifii DICOTYLÉDONES TIIALAMIFLORES.

fruit, qui juBlifie la réunion opérée entre les Fnijura elles Zantimylum, me parait appartenir au jnmma sansja de Kætnpfer, p. 895 [M. Hanbury (t) le rapporte au Zanthoxylon ulatum, Hoxb.]

Jahoraiwli.

On désigne sous le nom de Jahorandi un médicament sudorifique et sialagogue, qui a été récemment introduit dans la thérapeutique et que M. Haillon (2) a rapporté au Pilocarpus pennatifolius, Lemaire. €elte plante est originaire du Brésil; elle a été transportée, il y a une quinzaine d’années dans les serres de quelques établissements horticoles; le muséum de Paris en possède un pied vivant.

Les caractères sont les suivants (/ig. 758) : arbre peu élevé; à racine d’un jaune pâle, s’exfoliant à la surface en minces plaques papyracées; rameaux, plus ou moins puhescenls dans leur partie jeune; feuilles composées, imparipinnées, à 7-8 folioles, ponctuées; fleurs en grappes grêles, tantôt à l’extrémité des jeunes rameaux, tantôt sur le vieux bois. Calice petit à 5 petites dents ; corolle à 5 pétales; 5 étamines insérées au-dessous et autour d’un gros disque annulaire, du milieu duquel s élève le sommet de 5 carpelles et, entre ces carpelles, un style court surmonté de 5 stigmates appliqués les uns contre les autres. Fruit formé normalement de 5 carpelles, souvent réduites à 3 ou 2. Ce carpelle est une sorte de coque, dont l’endocarpe lisse, se sépare d’un mésocarpe et d’un é|)icurpc membraneux, marqué de nombreuses rides et de sillons courbes à concavité tournée vers le pédoncule. La coque s’ouvre par la suture vqnlrale et montre une seule graine, manpiée sur le bord interne d’un hile blanchâtre, et contenant un embryon exalbuminé.

Les racines et les liges de la plante contiennent dans leur écorce une grande quantité de matières résineuses, à laquelle elles doivent probablement leur saveur piquante. Quant aux feuilles, elles sont très-riches en oléo-résine. Ce sont elles qu’on a surtout utilisées et elles mériteut à ce titre une description plus détaillée :

Elles sont le plus souvent à 9 folioles, quelquefois à 7, plus rarement à 11. Leur largeur totale alleinl dans certains échantillons 43 centimètres. Le pétiole est fort, épaissi à la base, convexe à sa face inférieure, creusé en gouttière supérieurement; il se

(1) Uanbui-y, Notes on chinese materia medka {Pharm. Journ., 2' séi'îp 11, 554).

Çl) Journal (le Pharmacie et de Chimie, lanskr 1875; v^ir aussi J. Planclioii, sur les caractères et l’origine botanique du Juborandi. {Journal de Phnr-

DICOTYLÉDONES TllALAMIFLORES.

portées sur un péliolule d’un demi-cenlimètre à un centimètre environ. Elles sont fermes, coriaces, en général elliptiques ou oblongues, obtuses au sommet, qui est émarginé, légèrement inéquilatérales à la base, entières sur les bords, qui sont manifestement réfléchis en dessous. Leurs dimensions peuvent atteindre t5 centimètres de long sur 6 centimètres de large. La nervure médiane est forte, saillante à la face inférieure, non It la face supérieure. Les nervures secondaires, au nombre de 10, s’en ^étachent sous un angle de 70“ environ ; elles sont saillantes sur les deux faces, mais surtout à la face inférieure. Environ aux deux tiers de la distance entre les bords de la nervure médiane, chacune d’elles se recourbe en arc pour s’anastomoser avec la nervure immédiatement supérieure, formant ainsi une ligne ondulée, qui court parallèlement aux bords. Les intervalles qu’elles laissent entre elles sont remplis par un réseau polygonal irrégulier, à grosses mailles, formées par des nervures tertiaires.

La face inférieure des folioles est marquée d’une quantité de petites taches brunes, punctiformes, de grosseurs différentes, dont quelques-unes atteignent 25 à 35 centièmes de millimètre. A la loupe, elles ont l’aspect de petites dépressions remplies d’une exsudation résinoïde. Par transparence, on les voit comme des points clairs, translucides, qui criblent toute la surface de la foliole. Les mômes glandes reparaissent sur la nervure médiane.

L’odeur de la feuille est aromatique, rappelant à la fois celle des feuilles d’oranger et de biicco; mais en môme temps elle a quelque chose de nauséeux assez spécial. La saveur est aussi nauséeuse et aromatique.

Les variations des feuilles sont nombreuses; certaines sont ovales, oblusémenl acuminées vers le haut; d’autres, la plupart déformées sous l’influence de la piqûre des insectes, sont plus ou moins largement obovales ou presque arrondies ; les nervures sont devenues presque perpendiculaires à la nervure médiane • les dimensions peuvent se réduire à 5 centimètres de long sur tout autant de large.

La plupart des feuilles adultes sont complètement glabres ainsi que les rameaux qui les portent; mais on en trouve d’autres, portant des poils plus ou moins rares; et les rameaux jeunes sont d’ordinaire couverts d’une pubescence assez serrée d’un gris légèrement jaunâtre.

La structure anatomique de la feuille est assez simple. A la surface, une cuticule amorphe, recouvrant une seule couche de cellules transparentes, carrées ou rectangulaires, qui représentent l’épiderme. Puis, à la face supérieure, immédiatement au-des-

RUTACÉES. — RACirfE DE JEAN LOPEZ. S67

SOUS (le cet épiderme, une série de cellules longues et étroites, étendues perpendiculairement à la surface, serrées les unes contre les autres et renfermant de la chlorophylle; enflnj un parenchyme lâche de cellules contenant aussi de la matière granuleuse verte. Ce parenchyme, fréquemment interrompu par des lacunes aérifères, s’étend jusqu’à la couche épidermique de la face inLérieure. Çà et là on aperçoit des faisceaux fihro-vasculaires, correspondant à la coupe des nervures, et dans le milieu, au point où se trouve la nervure médiane, un faisceau développé de tissu ligneux entremêlé de vaisseaux spiralés et de trachées. Au milieu du parenchyme, se trouvent les éléments les plus inressants au point de vue de notre étude : ce sont les grosses glandes translucides oléifères. Elles sont formées par des lacunes, bordées de tous côtés par des cellules spéciales, plus petites que celles du tissu environnant et qui forment à la glande une paroi continue. Ces lacunes oléifères sont disséminées çà et là sur toute la coupe; parfois elles se rapprochent de la face supérieure, interrompant les couches de cellules chlorophylliennes perpendiculaires à la surface; mais le plus grand nombre sont placées vers la face inférieure.

Les stomates des feuilles, nombreux surtout à la face inférieure, sont assez petits, de forme ellipsoïde, bordés de deux cellules réniformes; les poils sont simples et unicellulaires.

Haclne de Jfean Liopcz.

Cette racine tire son nom de Juan Lopez Pineiro, qui, d’après Ilcdi, l’apporta le premier delà côte de Zanguebar, en Afrique ; suivant d’autres, elle viendrait de Goa, ou plutôt de Malacca, d’où elle aurait été portée parle commerce dans les divers pays qui ont été censés la produire. La racine de Jean Lopez varie beaucoup de grosseur; elle est sous la forme'de bâtons qui ont jusqu’à 22 et 27 centimètres de long et 3 à 5 centimètres de diamètre, ou sous celle d’un tronc ligneux de 14 à 16 centimètres de diamètre. Le bois en est blanc jaunâtre, plus léger que l’eau, poreux et néanmoins susceptible d’être poli. 11 a une saveur amère et une odeur nulle. L’écorce est brune, compacte, amère, recouverte elle-même d’un tissu subéreux jaune, spongieux, doux au toucher et comme velouté. Cette racine est quelquefois employée comme anti dysentérique ; mais elle est très-rare et fort chère.

On a fait plusieurs suppositions sur l’arbre qui fournit la racine de Jean Lopez; les uns l’attribuent à un Zanthoxylum, d’autres à unilfenispermutn. Je pense que cette racine, qui a été vantée d’abord contre la morsure des serpents, les fièvres tierces et quartes, et'la dyssenterie, u’a été apportée en Europe que parce qu’elle jouissait de la même répu-, talion en Asie (autrement, pourquoi l’aurait-on apportée?), et qu’elle appartient encore, par conséquent, à l’un des nombreux végétaux qui

.■i68 DICOTYLÉDONES TDALAMIFLORES.

ont porté le nom de boU de couleuvre; peut-être au soulamoe de Kumphius (t), dont la description se rapporte en elîet au Jean Lopez. t)'un autre côté, je possède une racine ligneuse apportée de l’Inde et de l'île liourbon, qui se rapproche beaucoup par ses caractères physiques de celle do Jean Lopez. Elle est produite par le Toddaliu aculeat/i ou par le Toddalia paniculutu, de la famille des Zanthoxylées ; elle est formée d’un bois assez dense et jaunUtre, et d’une écorce brune et compacte, couverte d’une couche subéreuse jaune et spongieuse. Cette racine ressemble donc beaucoup à celle de Jean Ix)poz ; mais je no l’ai jamais vue qu’en rameaux cylindriques ayant au plus 2 centimètres de diamètre; de plus, elle possède une odeur analogue à celle do la rhubarbe et une saveur nauséeuse pareille à celle de l’angusture vraie. Je ne puis donc pas dire que ces deux racines soient identiques, et je laisse toujours dans le doute de l’origine et de la racine de Jean Lopez.

[1,08 doutes de .M. Cuiboiirl ont été levés depuis par l’examen de nouveaux échantillons de Toddaliu ; et il a admis comme origine bien établie le Toddalia aculeata {i).]

<|unRsia «le .Surinam.

Quassia amara, L., tribu des Simaroubées. Ce végétal a pris le nom d’un nègre de Surinam, nommé Quassi, qui, touché des bons procédés de Charles-Gustave Dablberg, officier de la milice hollandaise, lui fil connaître les propriétés de la racine de l’arbre, qu’il appliquait depuis longtemps, en secret, à la guérison des fièvres pernicieuses. Dablberg communiqua cettedécoiiverteà Linné, qui en fit le sujet d’une dissertation (3).

Le quassi ou quassia {fig. 759) est un arbrisseau de la Guyane, à feuilles alternes, pétiolées, composées de une ou deux paires de folioles avec impaire. Les folioles sont sessiles, oblongues, pointues aux deux extrémités, glabres et entières. Les pétioles sont ailés et articulés à l’endroit de l'insertion des folioles. Les fleurs sont hermaphrodites, disposées en grappes allongées, presque unilatérales; le calice est fort petit, à 5 divisions profondes; la corolle est assez grande et formée de 5 pétales rouges, contournés avant l'anthèse. Les étamines sont au nombre de 10 accompagnées d’une écaille à la base interne deslllets, qui sont fort longs et contournés. L’ovaire est formé de S carpelles surmontés d’un style simple. Le fruit est formé de 5 drupes ovoïdes isolés, portés sur un disque, contenant une semence pendante, privée d’endosperme.

Le bois de quassia que l’on trouve dans le commerce provient

(1) Rumphius, Amb., II, p. 129-

(2) Voir Journal de Pharmacie et de Chimie, 3' série, t. XXXV, p. 15.

(3) Linné, Amænilates acodemicœ, t. VI. p. 41C.

RUTACÉES. — QUASSIA AMARA.

de la racine ; il est sous forme de bâtons cylindriques, de 35 à 55 millimOlres de diamètre, couverts d’une écorce unie, très-mince, très-légère, très-amère, blanchâtre, tachetée de gris, peu adhérente au bois. Celui-ci est d’un blanc jaunâtre, léger, d’une texture assez fine cependant et susceptible d’un assez beau poli.

Il est inodore, pourvu d’une amertume forte et franche, due à un principe crislallisable , nommé quassine, qui en a été extrait parM. Winckler et examiné par M. Wiggers. La quassine est fort peu soluble dans l’eau, plus soluble dans l’alcool et dans l’éther, fusible par l’action de la chaleur ; elle parait composée de C^OHi^OB-

J’ai trouvé à Londres un morceau détrône de quassia ayant 9 centimètres de diamètre, et pourvu d’une écorce toujours très-mince, blanche à l’intérieur, couverte d’un épiderme d’un gris noirâtre; le bois est d’un jaune très-pâle, un peu moins serré que celui de la racine, mais susceptible encore d’un beau poli et satiné. II ferait un joli bois d’ébénisterie (i).

Huassia tic la tfamaïque.

Pierœna excelsa, Lindley ; Simaruba excelsa.BG. ; Quassia excelsa, Swartz ; Bittera febrifuga, Çélanger (2); Bylter ash Aes habitants.

(1) M. Théodore Martius m'a envoyé, sous le nom de Quassia de fupurupo ou Quassia paraensis, une racine qui ressemble beaucoup au Quassia amara, mais que son frère pense être la racine d’un arbrisseau grimpant nommé lachi {Tachia guianensis, Aubl.). de la famille des Gentianéos. Cette racine diffère de celle du quassia par son écorce plus épaisse et adhérente au bois ; par une teinte plus grise A l’intérieur et des taches bleuâtres offertes par la coupe transversale ; enfin, par une structure rayonnée que ne présente pas le quassia.

f(î) Nous identifions le Biltera febrifurga, étudié par M, Gerardias (Voir le

570 DICOTYLÉDONES TIULAMIFLORES.

Arbre d’une grande dimension, pourvu de feuilles pinnées avec impaire. Les fleurs sont petites, d’un jaune verdâtre, polygames ; le calice est petit, à 5 divisions; la corolle a 5 pétales plus longs que le calice; les étamines sont au nombre de 5, aussi longues que la corolle, velues ; 3 ovaires placés sur un réceptacle charnu ; 3 fruitsdrupacés, globuleux, bivalves, implantés sur le réceptacle.

Le bois de cet arbre a été introduit dans le commerce, pour être substitué au quassiade Surinam. Il arrive en bûches qui ont souvent 33 centimètres de diamètre. 11 est couvert d’une écorce très-amère, épaisse de un centimètre environ, blanche et fibreuse à l’intérieur, mais cependant dure et compacte; l’épiderme est mince et noirâtre. La surface extérieure présente des stries longitudinales et souvent des nervures proéminentes, formant une sorte de réseau lâche, longitudinal ; la surface intérieure, qui est blanche, présente souvent aussi des nervures longitudinales et un peu allées qui pénètrent dans le bois. Celui-ci est d’un jaune plus prononcé que le bois de quassia de Surinam; mais il est d’une libre beaucoup plus grossière, et moins susceptible de poli.

Cependant, comme il est satiné, qu’il présente des dimensions considérables et que sa grande amertume le rend inattaquable par les insectes, il pourrait être très-utile dans la menuiserie. Il a une amertume au moins aussi forte que celle du quassia de Surinam et ne parait pas lui être inférieur sous le rapport de l’application médicale. M. Gerardias a retiré de celle plante un produit qu’il a nommé d’abord bittérine ci qu’il a ensuite reconnu comme identique avec la quassine de Wiggers.

Écorce de ■imaroiiba.

Sitnaruba officinalis, DC . ; Simaruba amara, Aubl.; Quassia Simaruba, L. Le simarouba (fig. 700) s’élève à 20 mètres de hauteur et plus, sur un tronc de 8 décimètres de diamètre . Son écorce est assez épaisse, blanche, fibreuse, légère et poreuse à l’intérieur rugueuse à sa surface et couverte d’un épiderme mince, noir couvert de taches grises et blanches. Le bois est blanchâtre* fibreux, léger, à peu près semblable à celui du quassia de la Jamaïque. Les feuilles sont ailées, formées de 2 à 9 rangs de folioles alternes, presque sessiles, oblongues,' terminées à chaque extré-

rapport fait sur son mémoire par M. Guibourt, Journal de Pharmacie ;(• sfSrio XXXI, IIO), avec le Picræna excetsa. Les échantillons de ces deui niant» que nous avons trouvées dans le droguier do M. Guibourt sont identiques M. Guibourt l'admet dans les notes qui accompagnent ces échantillons l ' catalogue des colonies françaises pour l’Exposition do ISCT r ■ • t-e

produits pré] page 117, '.J

RUTACÉES. — CÉDRON.

mité par une pointe courte. Les fleurs sont monoïques, disposées en panicules rameuses et éparses. Elles sont fort petites, formées d’un calice à 5 divisions, de pétales un peu plus grands que le calice. Les fleurs mâles ont 10 étamines accompagnées à la base d’une écaille velue, et un ovaire stérile, à 5 lobes, entouré par les écailles staminales. Les.

fleurs femelles ne diffèrent des fleurs mâles que par l’absence des étamines et parce que l’ovaire est surmonté d’un style à 3 cannelures, terminé par un stigmate à 3 divisions disposées en étoiles. Le fruit est composé de 5 capsules drupacées, écartées les unes des autres, ayant à peu près la forme et le volume d’une olive.

Le simarouba croit dans les lieux humides et sablonneux de Fig. leo. — simarouba.

l’île de Cayenne et de la Guyane.

Ses racines sont fort grosses, et s’étendent au loin, près de la surface de la terre, qui les laisse souvent à moitié découvertes. C’est l’écorce de ces racines que l’on enlève pour la faire sécher et la livrer au commerce. Elle est en morceaux longs de plus de un mètre, repliés sur eux-mèmes ; elle est d’un gris blanchâtre, très-flbreuse, légère, sans consistance, facile à déchirer dans le sens de sa longueur, mais Irès-difücile à rompre transversalement et à pulvériser. Elle est très-amère, fébrifuge et antidyssentérique. Son principe amer paraît être le même que celui du quassia.

Depuis longtemps, dit M. Ilooker (t), l’illustre directeur du Jardin royal de Kew, beaucoup de recherches ont été faites sur la semence d’une plante connue des habitants de la Nouvelle-Grenade, sous le nom de cédron, et trùs-célébrée pour ses propriétés médicinales. M. Purdie, à son passage dans la province d’Antioquia, m’écrivait, en juillet i846, qu’il avait eu lé bonheur de découvrir le célèbre cédron, dont les semences sont vendues au prix d’un réal chaque cotylédon, et sont regardées comme un spécifique inappréciable contre la morsure des

(1) Hooker, Pharmaceui. Journ., vol. X, 341.

î>72 DICOTYLÉDONES TIIALAMIFLORES.

serpents, la fièvre intermittente, et généralement toutes les maladies

de l’estomac. L’écorce et le bois abondent aussi en principe amer.

Le 20 juillet tSiiO, M. Jomard a présenté à l’Académie des sciences de Paris les semences de cédron, avec l’extrait d'une lettre de M. Ilerran, chargé d’alTairesdc la République de Costa-llica en France, qui relate aussi l’efiicacité de, la semence de cédron contre la morsure des serpents venimeux, et qui annonce avoir employé ce médicament avec succès contre divers cas de fièvres intermittentes.

[Nous avons essayé san^ succès le cédron contre un certain nombre do fièvres intermittentes (I). C’est simplement un médicament tonique, qui doit être rangé auprès de ses congénères le Quassia et te.Sim«rou6(i.|

M. J. E. Planchon a rangé le cédron dans le genre Simaki de la famille desSimaroubées, et lui a donné le nom de Simaba Cédron. L’arbre n’excède pas 6 mètres de hauteur sur un tronc de 15 à 25 centimètres •de diamètre. Les feuilles sont glabres, longues de (iO centimètres et davantage, composées de 2U folioles et plus, plus souvent alternes qu’opposées. Les folioles sont sessiles, longues de 10 à 15 centimètres acuminées, obliques ou inégales à la base, penninerviées. Le pétiole commun est cylindrique, terminé par une foliole impaire. Les grappes sont longues de 60 centimètres et plus, serrées, rameuses, couvertes d’un duvet court, rougeâtre et velouté. Le calice des fleurs est petit, en forme de coupe, à 5 dents obtuses, couvert du même duvet ocreux. La corolle est composée de 6 pétales linéaires, étalés, d un brun pâle et cotonneux extérieurement; 10 étamines courtes se dressent derrièreun nombre égal d’écailles staminifères, rapprochées en tube; 5 ovaires supportés par une colonne tomentcuse ; 5 styles unis entre eux au-dessus de la base, et excédant les étamines ; un seul ovule dans chaque ovaire. Le fruit est très-volumineux, solitaire par l'avorlemcnt des autres carpelles, drupacé, d’une forme ovale, obliquement tronqué au sommet ; la partie charnue du fruit, qui ne parait pas avoir été bien molle,' entoure un endocarpe corné. La semence est unique, volumineuse, suspendue, couverte d’un tégument membraneux avec une chalaze très-apparente. L’albumen est nul; les cotylédons sont trèsgrands, charnus et blancs à l’état récent.

Ce sont ces cotylédons isolés que l’on trouve dans le commerce. Ils sont longs de 3 à 4 centimètres, rarement de 5, larges de 15 à 20 millimètres, d’une forme elliptique, un peu courbée d’un côté. Ils sont convexes du côté extérieur, aplatis du côté interne, avec une petite cicatrice près du sommet. Par la dessiccation, ils sont devenus d’un* jaune foncé, souvent sale et noirâtre à l’extérieur, et d’un jaune plus pâle à l’intérieur. Ils sont amylacés, avec une apparence légèrement grasse, et possèdent une forte amertume de quassia.

M. Lewy, en traitant le cédron par l’étber, en a retiré une matière grasse neutre, cristalline, presque insoluble dans l’alcool froid. Le résidu du traitement éthérique a cédé ensuite à l’alcool une substance cristallisable, d’une très-grande amertume, neutre au papier de tournesol .

(1) G. Planchon, noies manuscrites.

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