‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou Cours d'histoire naturelle professé à l'École supérieure de pharmacie de Paris. Tome troisièmeChapitre 115 sur 139 · ACÉRÉES · texte numérisé non relu

ACÉRÉES

pourvu d’une odeur félide et alliacée, qui passe dans la chair des perroquets qui s’en nourrissent. L’écorce de l’arbre est aussi imprégnée d’une odeur félide, insupportable. Quant au bois, il est très-léger, poreux, rougeâtre, amer, inattaquable par les insectes, et pourvu, quand il est sec, d’une odeur aromatique agréable, analogue à celle du genévrier de Virginie. Il sert avec avantage à faire des charpentes de maisons, des meubles communs, ou des intérieurs de meubles d’ornement, des barques très-légères et pouvant soutenir de lourdes charges sur l’eau. On en fait aussi des caisses pour le sucre et des boîtes pour les cigares.

Bols ii’.imboiiie. Bois fort rare et fort cher provenant des loupes d’un arbre des Moluques. Ces loupes et les portions de bois qui les accompagnent ressemblent beaucoup au bois d’acajou de Honduras, de sorte qu’il ne me paraît pas douteux que ce bois ne soit produit par un arbre voisin des Swictenia. Peut-être est-ce par le Flindersia amboinensü de Poirel, Arbor raduUferaàt Rhumphius, quoique ce dernier ne parle aucunement de l’utilité de son bois.

BoIh aattné de l’Inde, east xndian satiti-iüood du commerce anglais. .Ce bois est comparable pour la forme, le volume, la couleur et le poli satiné au bois ci’hispaniiie décrit page 490; mais il est inodore et sa coupe perpendiculaire à l’axe présente,. à la loupe, des lignes radiaires continues, très-serrées, ne contenant généralement entre elles qu’une rangée de petits points blanchâtres, disposés par petits groupes interrompus. Je ne sais si c’est par suite d’une erreur d’origine, maison m’adonné comme venant du Brésil, sous le nom de satiné jaune de Para, une bûche cylindrique de 11 centimètres de diamètre, dont le bois ne diffère pas du salin-woodAe l’Inde que j’ai acheté â Londres en 1813.

Endlicher cite encore, comme bois de cédrélacées connus dans le commerce anglais, un bois rouge de l’Jnde {red-wood) fourni par le Soymida febrifuga, et un buis Jaune de l'.lusiralte {Avstralia yellow-tvood), dû à YOxleya Zanthoxyla.

GSOCI'E DES ACÉRÉES.

Endlicher comprend sous ce nom un assemblage de sept familles appartenant aux dicotylédones polypélales hypogynes ou Ihalamiflores. Ces familles étant peu nombreuses et peu importantes pour la matière médicale proprement dite, je me dispenserai d’en donner les caractères, qui se trouveront d’ailleurs suflisamment indiqués dans la description particulière des articles.

59l« DICOTYLÉDONES TIULAMIFLORES.

Voici le tableau de ces familles et des espèces les plus utiles.

SAPINDACÉES.

Savonnier des Antilles . Saphidus Saponaria, L.

Li tchi . . . Nephelium Litchi, h.

Guarana . Pautlinia sorbilis, Mart.

Cururu . — Cururu, L.

Bois de reinette . Dodonaea salici/’otia, DC.

HIPPOCASTANÉES.

Marronnier d'Inde . Æsculus Hippocastanum, L.

Pavia rouge . . . rubra.

RHIZOBOI.^ES.

Saouari . Caryocar villosum , Pers.

Pekoa butyreux . — butyromm, Willd.

— tuberculeux . — tomentosum, Willd.

ÉRÏTHROXYLÉES.

Coca du Pérou . Erythroxylum Coca, Lam.

coniAniÉES.

iîedûul . Corianu my^rtifolia, L.

malpighiacées.

Gerisier des Antilles . Malpighia glabra, L.

ACÉRI.NÉES.

Erable à sucre . saccharinum, L.

piang . . — platanoides, L.

— champêtre . - campesire, L.

— sycomore . — Vseudo-plaianut, L.

Vogundo . Neguiido fraxinifotium, Nutt.

Savonnier de« Antilles.

Sapindus Saponaria, L. Les savonniers sont des arbres ou des arbrisseaux croissant entre les tropiques, par toute la terre ; à feuilles alternes privées de stipules, pétiolées, composées pinnées, à folioles alternes ou opposées, très-entières, souvent ponctuées; à fleurs polygames, pourvues d’un calice à 4 ou 5 divisions égales» d’une corolle à 4 ou S pétales insérés à la base extérieure d’un> disque annulaire, de Sou 10 étamines libres, insérées entre le disque et l’ovaire. L’ovaire est central, sessile, à 3 loges contenant un seul ovule droit. Le fruit est composé de une, deux ou trois capsules charnues, indéhiscentes, monospermes.

Le savonnier des Antilles est un grand arbre dont le bois, la racine et les fruits sont empreints d’un principe amer qui cotnmunique à l’eau la propriété de mousser fortement et de produire sur le linge un effet analogue à celui du savon. Ce sont les fruits surtout qui servent à cet usage; ils sont de la grosseur d’u^ cerise, globuleux, luisants, d’uu roux jaunâtre, contenant sous une pulpe gluante et très-amère un noyau noirâtre, arrondi, fort

SAPIN’DAGÉES. — LI-TCHI. 5ft9

dur, renfermant une amande huileuse. Les fruits des Sapindus arborescens et fruteseens de la Guyane, divnricatus du Brésil, senegalensis du Sénégal, rigida de l’île Bourbon, sont presque semblables aux premiers et servent aux mêmes usages. J’ai reçu par M. Gaetano Ambrosioni celui du Sapindus divaricatus, dit pao de sabao au Brésil. Il est composé de un, 2 et rarement 3 baies lisses et luisantes, de la grosseur d’une petite cerise et d’un roux jaunâtre. Les baies avortées sont toujours représentées par un ou deux tubercules à la base de celles qui se sont développées. Le péricarpe de celles-ci est mince, formé d’un suc gluant desséché, assez transparent pour qu’on voie la semence au travers, ainsi que la mentionné MarcgralF (I). Cette semence adhérait à la partie inférieure de la graine au moyen d’un plexus ülamenleux ; mais elle s’en détache par la dessiccation, et on l’entend sonner dans l’intérieur de la loge, lorsqu’on agite le fruit. Cette semence est noire, lisse, formée d’un test épais et très-dur, à structure rayonnée, et d’une amande jaune, huileuse, non amère, mais peu agréable à manger. Le fruit entier, tel que je l’ai, possède une odeur d’acide acétique assez prononcée.

Cette semence sert à faire des colliers et des chapelets. Quant au péricarpe, quand on le fait tremper dans l’eau, on voit la matière mielleuse qu’il contient se dissoudre, et l’eau en acquiert une saveur très-amère et très-âcre, et la propriété de mousser comme de l’eau de savon. Cette eau ne se trouble pas lorsqu’on l’étend de beaucoup d’alcool et ne contient pas de gomme, par conséquent.

l.i-tchl.

Euphorial lehi, Desf. ; Scytalia ehinensis, Gærtn., t. 42. Le litchi est compté au nombre des fruits les plus estimés de la Chine. L’arbre qui le produit s’élève à la hauteur de 3 à 6 mètres et porte des feuilles alternes, ailées sans impaire, à 2 ou 3 paires de folioles. Ses fleurs sont petites, disposées en panicules lâches, et sont pourvues d’un calice à S dents, de 5 pétales réfléchis, de 6 à 8 étamines et d’un ovaire didyme, surmonté d’un style et de deux stigmates. Un des deux ovaires avorte constamment, et le fruit est formé d'une seule baie tuberculeuse, presque sphérique et d'un rouge ponceau, contenant, sous une enveloppe coriace, une semence entourée d’un arille épais et pulpeux, d’une saveur que l’on dit exquise et comparable à celle du meilleur raisin muscat. Les Chinois mangent cet arille à l'état récent, ou desséché au four, à la manière de nos pruneaux.

(I) Marcgraff, p, 113.

DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

Ciuarana.

On nomme ainsi une pâle préparée au Brésil avec les semences du PaulUnia soréîYis. Les semences étant pulvérisées grossièrement, sont mises en pâte avec de l’eau et formées en masses cylindriques, qui ont la forme d’un saucisson et qui ressemblent, pour la couleur et l’aspect, à de la pâle de cacao grossièrement broyée. Cette matière possède une saveur faiblement astringente ; au Brésil les voyageurs en emportent avec eux et l’emploient délacée dans de l’eau et sucrée, comme rafraîchissante et antifébrile. [Elle a donné à M. Fournier du tannate de caféine, un principe particulier indéterminé se colorant en rouge foncé par la lumière • trois huiles volatiles distinctes ; une huile fixe, de l’amidon et de la gomme (1).]

Une autre espèce de PaulUnia (PaulUnia Cururu, L.), décrite par Pison, sous le nom de cururu-ape, produit des fruits avec lesquels on enivre les poissons, et dont les sauvages de la Guyane se servaient également pour enduire leurs flèches d’un poison narcotico-âcre. Les PaulUnia pinna ta, L., elaustralis, Sainl-Hilaîre, sont encore plus vénéneux et sont employés par les nègres dans leurs empoisonnements.

Marronnier il'Inde.

Æsculus Hippocastanum. Le marronnier d'Inde est un grand et bel arbre originaire de l’Asie tempérée, d’où il a passé d’abord à Constantinople, on ne sait à quelle époque. C’est de cette ville que des échantillons en ont été envoyés pour la première fois à Malhiole, en 1569 ; mais ce n’est qu’en 1576 qu’un jeune arbre en fut adressé à Clusius, à Vienne, où il n’avait pas encore fleuri en 1588, époque à laquelle ce botaniste le quitta. Il n’a été cultivé en France qu’en 1615, et en Angleterre en 1833. A partir de celle époque, il s’est promptement répandu partout, peu de nos arbres indigènes pouvant lui être comparés pour la beauté du feuillage et l’élégance des fleurs.

Le marronnier s’élève à une hauteur de 20 à 27 mètres, sur un tronc de 3 à 4 mètres de circonférence. Il perd ses feuilles de bonne heure et se reconnaît pendant l’hiver à ses gros bourgeons ovoïdes et pointus, dont les écailles sont enduites d’un suc gluant, de nature résineuse. Il se couvre de feuilles à la fin du mois de mars, fleurit au commencement de mai et donne ses fruits en septembre. Ses feuilles sont opposées, palmées, longuement pé-

(') Voir yowr/ï. de pharm, et de chim., t. XXXIX, p. 191, 3* sép.

IIYPOCASTANÉES. — MARRONNIER D’INDE. 601

tiolées et composées de 5 à 7 folioles dentées, inégales et augmentant de grandeur en allant du pétiole à l’extrémité. Ses fleurs sont blanches, panachées de rouge, assez grandes, nombreuses et disposées en belles grappes pyramidales, redressées à l’extrémité des rameaux et sur toute la circonférence de l’arbre, ce qui lui donne un fort bel aspect. Ces fleurs sont composées d’un calice monosépale, à 5 dents inégales; d’une corolle à 5 pétales inégaux, ondulés et ciliés en leurs bords, rétrécis en onglet à la base ; de 7 étamines à filaments subulés, inégaux, attachés sous l’ovaire ; enlin d’un ovaire libre et supère, arrondi, à trois loges bi-ovulées, porté sur un disque et surmonté d’un style subulé, terminé par un stigmate simple. Le fruit est une capsule charnue, globuleuse, hérissée de pointes, s’ouvrant en trois valves septifères, et divisée en trois loges pouvant contenir chacune deux graines; mais la plupart avortent et on n’en trouve ordinairement qu’une ou deux. Ces graines sont grosses, glabres, luisantes, arrondies ou diversement anguleuses, et d’un brun clair avec un large hile basilaire, de couleur cendrée. Elles ont une singulière ressemblance extérieure avec les fruits du châtaignier cultivé, connus sous le nom de marron; mais elles en di/fôrent beaucoup â l’intérieur par leurs cotylédons amers, recourbés et soudés, pourvus d’une radicule conique dirigée vers le hile, et d’une plumule très-apparente, diphylle.

Le bois de marronnier est très-blanc, léger, tendre et facile à travailler. On en fabrique divers ouvrages à l’usage des dames, tels que vases, corbeilles, coffrets et tables de travail, sur lesquels on e.\écute des peintures à l’huile.

L’écorce du marronnier d’Inde a été prônée à différentes époques comme fébrifuge et comme succédanée du quinquina; mais il ne paraît pas qu’on en ait obtenu beaucoup de succès. Celle des branches de deux’à trois ans, que l’on doit préférer, est brune et rugueuse à l’extérieur, de couleur de chair dans sa cassure, qui est plutôt grenue que fibreuse ; elle est inodore, et jouit d’une saveur amère, astringente, très-désagréable.

L’infusion aqueuse d’écorce de marronnier rougit le tournesol, précipite la gélatine, verdit et forme un précipité vert par le sulfate de fer ; ne précipite pas l’émétique ; précipite par les acides, par la baryte et la chaux, ne précipite pas par la potasse, qui lui donne une couleur bleu intense (1). La même infusion forme, avec le nitrate d’argent, un précipité gris, passant de suite au noir, ce qui la distingue de l’infusion de quinquina, qui produit avec le même réactif un précipité blanc permanent (2).

(1) Annales de lAVII, p. 210.

(2) Bull, de pharm., t.J,- p. 35.

DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

Depuis que le marronnier d’Inde est cultivé en Europe, on voit avec regret que la grande quantité de fruits amylacés qu’il produit chaque année n’ait pas été utilisée pour la nourriture de l’homme ou des animaux; on a prétendu que les vaches, les chèvres, les moutons et les cochons les mangeaient avec plaisir; mais, ainsi que l’a remarqué Baumé, ils en mangent peu, par exception, et préfèrent leur nourriture ordinaire. Cependant les procédés pour extraire du marron d’Inde une farine pure et nutritive sont connus depuis longtemps, et ceux qui ont été préconisés dans ces dernières années n’en sont que la répétition. Ils consistent dans une division parfaite de la pulpe du fruit, expressément recommandée par Baumé, et dans son lavage répété au moyen de l’eau, soit pure, soit additionnée d’une petite quantité de carbonate alcalin. Dans tous les cas, la transformation de la fécule du marron d’Inde en glucose et en alcool fournirait un moyen très-simple d’utiliser ce fruit, et il faut espérer qu’on ne le laissera plus perdre à l’avenir.

La composition du marron d’Inde n’est pas encore parfaitement connue. Baumé n’a fait qu’y indiquer un principe très-amer soluble dans l’alcool, une substance particulière qu’il désigne sous le nom de gomme-résine, de l’huile, une matière sucrée et une autre azotée, analogue au gluten du froment. Il fait également mention de la propriété fortement mousseuse et savonneuse que le marron d’Inde communique à l’eau.

D’après M. Prémy, la matière savonneuse du marron d’Inde est identique avec la sapontne retirée, par M. Bussy, de la saponaire du Levant, et toutes deux, traitées par l’acide chlorhydrique, se transforment en un acide très-peu soluble dans l’eau, mais toujours très-soluble dans l’alcool, auquel M. Prémy (I) donne le nom d’acide esculiçue.

On cultive dans les jardins, sous le nom de pâTin rouH^e, un arbre peu élevé et très-élégant, qui ressemble au marronnier d’Inde par la forme de ses feuilles et par la disposition de ses fleurs ; mais il en diffère par ses folioles pétiolulées et non sessiles sur leur pétiole commun, par sa corolle à 4 pétales redressés, et par ses fruits pyriformes, dépourvus d’aiguillons. Lds sommités des tiges, les pétioles et les principales nervures des feuilles sont d’une couleur rougeâtre, et les fleurs sont d’un rouge éclatant.

Coca.

Ërythroxylum Coca, Lam. Arbrisseau originaire du Pérou, devenu célèbre par l’usage que l’on fait de ses feuilles. Il s’élève à (O Freray, Ann. chim. phys., t. LVIII, p. loi. ^

CORIARIÉES. — REDOUL.

la hauteur de 10 à 13 décimètres, et se divise en rameaux nombreux et redressés. Les feuilles sont alternes, courtement pétiolées, entières, ovales-aiguôs, presque à 3 nervures et longues de 40 millimètres sur 27 millimètres de large. Les fleurs sont petites, nombreuses, portées sur des tubercules dont sont couverts les jeunes rameaux. Elles portent un calice persistant, à .'5 dents; 5 pétales à large onglet, munis d’une écaille à leur base; 10 étamines monadelphes par le bas; un ovaire supère à 3 loges et surmonté de 3 styles. Le fruit est un drupe rouge, oblong, à une loge monosperme, accompagnée de deux loges avortées; la semence est pendante, pourvue d’un embryon droit dans l’axe d’un endosperme cartilagineux; radicule supère.

Les feuilles de coca paraissent exercer sur le système nerveux une action analogue à celle du vin. Mâchées en petite quantité par les voyageurs et par les ouvriers mineurs, elles soutiennent leurs forces et leur permettent de supporter la faim et la soif pendant une journée presque entière. Mâchées en plus grande quantité, avec mélange de feuilles de tabac, elles procurent une ivresse dont les effets paraissent assez semblables à' ceux du chanvre indien. Prises en infusions Ihéiformes, elles sont' un stimulant très-utile. On en fait au Pérou et dans la Bolivie un commerce considérable. [Ainsi on estime à 13 millions de francs la valeur de la production annuelle de ces deux pays. C’est surtout avec l’Amérique centrale et méridionale que ce commerce se fait sur une grande échelle. En Europe nous n’en recevons que des quantités relativement insignifiantes.

La plante donne des récoltes à l’âge de deux ans, e,t on en fait chaque année trois récoltes, l’une en mars, l’autre en juillet, la troisième en octobre (1).

M. Niemann a, sous la direction de M. Wœhler, isolé du coca un alcalo'ide qu’il appelle cocaïne, et qui est en petits prismes incolores, inodores, peu solubles dans l’eau, plus solubles dans l’alcool, très-solubles dans l’éther. Cet alcaloïde neutralise les acides, mais ne forme avec la plupart d’entre eux que des sels amorphes. On n’a pas vérilié si son action physiologique était celle des feuilles de coca (4). j

Hcdoul .

Coriaria mijrtif'olia, L. {fig. 7G2). Cet arbrisseau, nommé aussi redon, corruyèru, herbe au* tanneur*, appartient à la décandrie

(1) Voir Ménier, Sur la coca et le maté {Journal de Pharmacie et de Chimie, 3' sério, IX, 215).

(2) Voir Journal de Pharmacie et de Chimie, 3' série, XXXVllI, 167.

DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

penlagynie de Linné et sert de type à la petite famille des Goriariées qui a beaucoup de rapports avec celle des Malpighiacées. 11 croît naturellement dans le midi de la France, en Espagne et en Italie. Ses rameaux sont tétragones, ses feuilles opposées, ovales-Iancéolées, glabres, très-entières, larges de 7 à 27 millimètres et longues de 20 millimètres à 54. Elles offrent, outre la nervure

du milieu, deux autres nervures très-saillantes, qui partent, comme la première, du pétiole, s'écartent et se courbent vers le bord de la feuille, et se prolongent jusqu’à la pointe. Les fleurs sont disposées en grappes simples, pourvues de bractées. Elles présentent un calice à 5 sépales distincts, ovés, pointus, concaves à l’intérieur; une corolle à 5 pétales petits, charnus, élargis par le bas, 10 étamines libres; un ovaire sessile, libre, quinquéloculaire, surmonté de 5 styles filiformes, velus et couverts de papilles. Le fruit est composé de a coques soudées, en partie couvertes par les pétales persistants. Les coques sont crustacées, indéhiscentes et monospermes; les semences sont pendantes et et privées d’endosperme.

Les fleurs de cet arbuste présentent un caractère particulier; quoiqu’elles contiennent toutes des étamines et un pistil, elles sont cependant de deux sortes. Les unes (a) ont des étamines longues et des anthères fertiles et sont véritablement hermaphrodites; les autres (6) ont des étamines très-courtes et les anthères stériles et sont considérées comme simplement femelles.

ACÉRINÉES. — ÉRABLES.

Le fruit du redoul est vénéneux : des militaires français en ayant mangé en Espagne, trois en moururent, et l’on cite d’autres exemples aussi funestes. Les feuilles sont également très-dangereuses et causent des vertiges aux bestiaux. Ces feuilles, par une coupable cupidité, sont quelquefois mêlées à celles du séné et ont causé à plusieurs reprises des accidents très-fâcheux. J’ai indiqué précédemment les moyens de les distinguer (page 370).

[Les propriétés délétères du redoul sont dues â un principe actif, qui en a été isolé par M. Riban, et qu’il a appelé coriamyrline. C’est une substance crislallisable, blanche, inodore, d’une saveur amère insupportable et douée de propriétés vénéneuses extrêmement énergiques. Elle est peu soluble dans l’eau, soluble dans l’alcool froid, plus encore dans l’alcool bouillant, soluble aussi dans l’éther, le chloroforme et la benzine. Elle se dédouble sous l’action des acides en glucose et en une substance résineuse : elle appartient donc à la classe des glucosides (1).

Le redoul, en raison de l’abondance de son principe astringent, est employé avec avantage pour le tannage des peaux. On le trouve, pour cet usage, dans le commerce, préparé à la manière du sumac, et sous la forme d’une poudre verte, inodore, très-astringente.]

Les érables sont des arbres ou de grands arbrisseaux dont les feuilles sont opposées, longuement péliolées et partagées en plusieurs lobes palmés. Leurs Heurs sont petites, d’une couleur verdâtre, disposées en grappes ou en bouquets dans l’aisselle des feuilles ou au sommet des rameaux; elles sont polygames, les unes étant hermaphrodites et fertiles, et les autres mâles, sur le même individu ou sur des individus différents. Elles sont formées d’un calice à 5 divisions, d’une corolle à 5 pétales, de 8 étamines (rarement de 5 à 12) insérées sur un disque hypogyne. L’ovaire est libre, bilobé, formé de deux carpelles soudées à une colonne centrale qui se termine par un style et par un stigmate bifide. Le fruit est formé de deux capsules indéhiscentes, comprimées, réunies à leur base et du côté interne, terminées du côté opposé par une aile membraneuse, et formées intérieurement d’une seule loge monosperme. Les graines sont arrondies, pourvues d’un double tégument dont l’intérieur est charnu; l’embryon est dépourvu d’endosperme et formé de 2 cotylédons

(1) Riban, Recherches expérimentales sur le principe toxique du Redoul (thèse de doctor en médecine de Montpellier, 1863).

606 DICOTYLÉDONES THXLAMIFLORES.

foliacés, irrégulièrement contournés ; la radicule est cylindrique,

descendante et dirigée vers le hile.

On connaît une trentaine d’espèces d’érables qui croissent dans les parties tempérées de l’Amérique et de l’ancien continent, et dont voici les principales espèces.

Érable sycomore (1), Acer Pseudo-platams, L., nommé vulgairement sycomore et faux platane. Il Croit naturellement en France, dans les bols des montagnes, et s’élève à la hauteur de 10 à 20 mètres. Ses feuilles sont larges, portées sur un pétiole creusé en gouttière, découpées en 3 lobes pointus et dentés, d’un vert foncé en dessus, blanchâtres en dessous; ses fleurs sont petites, d’une couleur herbacée, disposées en grappes longues, trèsgarnies et pendantes. Son bois est estimé pour faire des planches pour les ouvrages de tour et pour les montures d’armes à feu. Il est excellent pour brûler et donne plus de chaleur que la plupart des autres bois indigènes. Son tronc renferme une sève sucrée dont on peut retirer par évaporation une quantité assez considérable de sucre cristallisé, ainsi qu’on le fait en Amérique, avec la sève de l’érable à sucre.

Érable plane, Acer platanoides, L. Cette espèce, connue sous les noms de plane et de faux sycomore, est un arbre élevé dont les feuilles sont glabres, d’un vert jaunâtre, portées sur des pétioles cylindriques, et découpées en 5 lobes pointus, bordés de dents longues et étroites ; ses fleurs sont jaunes, terminales et disposées en corymbe. Quelquefois les feuilles se couvrent, pendant les chaleurs, de petits grumeaux blancs et sucrés, dont les abeilles font une ample récolte. Cet arbre contient donc du sucre, comme plusieurs de ses congénères.

Érable cbampêtre, Acer campestre, L. Arbre peu élevé, trèsrameux, dont l’écorce est rude ou crevassée; ses feuilles sont pubeseentes en dessous, à 3 ou 3 lobes obtus; ses fleurs sont petites, d’un vert jaunâtre, disposées en grappes courtes et paniculées; ses fruits sont pubescents, à ailes très-divergentes; son bois est dur et propre pourdes ouvrages du tour et pour ceux des arquebusiers.

Érable & sucre, Acer saccharinum, L. Arbre très-élevé, originaire du nord des États-Unis d’Amérique; ses feuilles sont longuement pétiolées, larges de 14 centimètres, partagées en 5 lobes entiers et aigus, lisses et d’un vert clair en dessus, blanchâtres en dessous; ses fleurs sont petites, jaunâtres, disposées en corymbes peu garnis ; ses fruits sont munis de deux ailes courtes, redressées et rapprochées.

(1) U ne faut pas confondre cet arbre, non plus que le suivant, avec le sycomore des anciens, Ficus Sycomorus,h,, dont il a été question tome II, page 3|y

ACÉRINÉES. — ÉRABLES. (iOT

Le bois de l’érable à sucre est blanc, très-serré, et prend, quand il est poli, une apparence lustrée et joyeuse. Il est souvent parsemé d’une infinité de petits nœuds qui le font rechercher pour la confection des meubles de prix. Dans ce cas, on l’emploie en placage très-mince, à la manière de l’acajou.

Le sucre qu’on fabrique avec la sève de cet érable est d’une assez grande importance dans les parties centrales des États de l’Union américaine, et il est d’une grande ressource pour les habitants qui vivent à une grande distance des ports de mer, dans des contrées où cet arbre abonde. Le procédé qu’on suit pour obtenir ce sucre est très-simple : dans les premiers jours de mars, on fait aux arbres, h l’aide d’une tarière de 2 centimètres de diamètre, et à un demi-mètre de terre, deux trous parallèles, obliques de bas en haut et à 12 ou 14 centimètres de distance l’un de l’autre. Il faut avoir Taltention que la tarière ne pénètre que de 15 millimètres dans l’aubier. Le suc qui coule par ces deux ouvertures est conduit, au moyen de tuyaux en sureau, dans des augets placés au pied de l’arbre, d’où on le transporte [directement dans les chaudières où se fait l’évaporation. Celle-ci se fait sur un feu très-actif; on écume avec soin la liqueur, et, lorsqu’elle est arrivée en consistance sirupeuse, on la passe à travers une étoffe de laine ; on verse le sirop dans une autre chaudière, où on le concentre au point nécessaire pour le faire cristalliser.

Le sucre d’érable est employé le plus souvent à l’état brut; mais on peut le purifier et l’amener à l’état de sucre en pains aussi blanc et aussi bon que celui qui sort des raffineries de l’Europe. Lorsque le temps est beau et sec, un arbre donne facilement de 8 à 12 litres de sève sucrée en vingt-quatre heures, et le temps de son écoulement dure environ six semaines. On estime que trois personnes suffisent à l’exploitation de 250 pieds d’arbres, qui donnent environ 500 kilogrammes de sucre. Les mômes arbres peuvent être travaillés pendant trente années de suite, et donner des récoltes annuelles semblables, sans diminuer de vigueur; parce que, comme on évite de perforer le tronc aux mêmes endroits, il se forme un nouvel aubier aux places qui ont été entamées, et les couches ligneuses qu’ils acquièrent successivement mettent les arbres dans le même état que ceux qui n’ont pas encore été soumis à cette opération (1).

On exploite aussi l’érable noir, Acernigrum, Mich., qui n’est peut-être qu’une variété du précédent, appartenant à une latitude un peu plus méridionale. On exploite également l’érabie blanc,

(I) Voir Avequin, Sur l'érable à sucre des États-Unis {Journal de Pharmacie . et de Chimie, 3* série, XXXIl, 280).

DICOTYLÉDONES TIIALAMIELORES.

Acer eriocnrpum, Midi., et l’érable rou^e ou érable de Viri^inie, Acer rubrim, L. ; mais il faut le double de sève de ces deux derniers arbres pour prcxfuire la môme quantité de sucre.

FAMILLE DES GUTTIFÈRES (JuSSÎeu),

Arbres ou arbrisseaux quelquefois parasites, à rameaux opposées, souvent tétragones et articulés. Les feuilles sont opposées en croix, pétiolées, articulées sur les rameaux, dépourvues de stipules ; elles sont simples, très-entières, coriaces, brillantes, penninervées, à nervures secondaires transversales, rapprochées. Les fleurs sont hermaphrodites ou unisexuelles par avortement, munies d’un calice coloré à 2, 4 ou 6 sépales imbriqués, quelquefois à 5 ou 6 parties. La corolle est insérée sur un torus charnu, formée de pétales en nombre égal ou plus rarement supérieur aux divisions du calice, alternes ou opposés avec elles, non persistants. Les étamines sont nombreuses, libres ou réunies en anneaux ou en phalanges, plus rarement en tube. L’ovaire est libre, sessile, à 1, 2, 5 ou un plus grand nombre de loges. Les ovules sont solitaires ou géminés dans chaque loge, quelquefois au nombre de quatre dans l’ovaire uniloculaire et dressés sur sa base, ou attachés en grand nombre à l’axe central des loges. Le style est simple, souvent presque nui, portant un stigmate pelté et radié, ou à plusieurs lobes. Le fruit est tantôt capsulaire, tantôt charnu ou drupacé, s’ouvrant quelquefois en plusieurs valves dont les bords rentrants sont fixés à un placenta unique ou à plusieurs placentas épais. Les semences sont souvent pourvues d’un arille charnu ; l’embryon est droit, formé tantôt d’une radicule très-grosse à cotylédons très-petits ou nuis, tantôt de 2 cotylédons épais, soudés en un corps charnu et d’une radicule très-petite. Les arbres gultifères habitent les contrées interlropicales de l’Asie et de l’Amérique; ils sont presque tous pourvus d’un suc résineux ou gommo-résineux, jaune ou vert, noircissant souvent à l’air, et qui sert à divers usages dans les pays qui les produisent. Plusieurs portent des fruits très-recherchés pour la table (1).

Mammei il’Amériiiiie OU Abricotier de Saint- Oomlni'ue, Mammea Americana, L. Grand et bel arbre des Antilles, dont les fleurs sont blanches, odorantes, de 4 centimètres de diamètre ; le calice est à 2 folioles caduques ; les pétales sont au nombre de

(1) Voir, pour les caractères des Guttifères et particulièrement pour la structure de leur embryon, J. E. Planclion et Triaiia : Mémoires sur les Guf. lifères {Ann. sc. nâl., -S» série, Xlll).

GUTTIFÈRES. — GOMME-GUTTE. 009

quatre, arrondis, concaves; les étamines sont nombreuses, trèscourtes, à anthères petites et oblongues ; l’ovaire est libre, arrondi, surmonté d’un style court et d’un stigmate en tète. Le fruit est un gros drupe charnu, tétragone, couvert d’une première enveloppe coriace et astringente, d’une seconde pellicule amère, et contenant un noyau cartilagineux, à 4 loges monospermes, souvent réduites à 3, 2 ou une loge, par avortement. Ce fruit a une saveur particulière, douce et très-agréable, moyennant la précaution qu’il faut avoir d’enlever soigneusement la seconde enveloppe amère. Les fleurs, distillées avec de l’alcool, fournissent une liqueur très-vantée dans les Antilles sous le nom d’eau des créoles.

Huiig'oustaii cultivé, Garcinia. Mangostana, L. — Car. gén. : calice persistant, tétraphylle, à folioles imbriquées ; corolle à 4 pétales bypogynes, alternes avec les sépales. Fleurs mâles : étamines nombreuses, insérées sur un réceptacle charnu et quadrangulaire, libres ou réunies à la base; filaments filiformes, courts ; anthères introrses, biloculaires, dressées, à loges longitudinalement déhiscentes; un rudiment d’ovaire. Fleurs femelles : étamines stériles, de 8 à 30, à filaments distincts, monadelplies ou télradelphes ; ovaire libre, offrant de 4 à 8 loges ; ovules solitaires, dressés, analropes ; style terminal très-court ou nul; stigmate largement pellé, sous-lobé. Drupe charnu, portant à la base le calice persistant, couronné par le stigmate, enfermé dans une enveloppe solide, à 4-8 loges; semences solitaires, dressées, entourées d’une pulpe charnue, à test coriace.

Le mangoustan cultivé est un arbre originaire des îles Moluques, d’un très-beau port, pourvu de feuilles opposées, pétiolées, épaisses, fermes et lisses, ovales-aiguës et très-entières. Les fleurs sont terminales, solitaires, pédonculécs, rouges et d’une grandeur médiocre. Les fruits, représentés par Gærtner (1), forment une baie sphérique, de la grosseur d’une orange, d’un vert jaunâtre au dehors, à épicarpe épais et fongueux, divisé intérieurement en 6 loges ou plus, remplies d’une pulpe blanche, succulente à demi transparente et d’une saveur délicieuse. Ce fruit est un des meilleurs de l’Inde.

Le mangoustan du Malaiiar, Garcinia nialabarica, Lam., est un arbre de l’Inde qui s’élève à plus de 27 mètres, sur un tronc de 3 mètres de circonférence ; ses fruits sont assez semblables aux précédents, mais moins estimés. Son bois est blanc et très-dur.

Le Garcinia cornea des îles Moluques produit un bois d’une dureté considérable, d’une couleur roussâlre et ayant la demitransparence de la corne.

(I) Gærtner, tab. (;V.

üriBoraT, OioguM, 7. édit. - T. 111.-39

filO DICOTYLÉDONES TIIALAMIFLORES.

Ciomme-gntte.

La gomme-gutte est un sue gommo-résineux qui forme avec l’eau une émulsion d’une magnifique couleur jaune, et dont le principal usage, en raison de cette propriété, est de servir à la peinture à l’eau. Elle est aussi employée en médecine comme purgative et fait partie des pilules hydragogues de Bontius.

La gomme-gutte a été mentionnée pour la première fois par Charles de l’Écluse, dit Clusius (1), qui la reçut en 1603, alors qu’elle venait d’être apportée de Chine par l’amiral hollandais VanNeck. « C’est un suc très-pur, dit-il, plutôt qu’une résine, qui, pour peu qu’on le touche avec de l’eau ou de la salive, se colore fortement en jaune. 11 est privé de toute amertume ; mais il laisse, après quelques instants, une forte âcreté à la gorge. Ce suc se nomme ghitta jemou. Les naturels s’en servent, à la dose de 15 à 20 grains, pour évacuer l’eau des hydropiques, et sans aucun accident. »

Suivant Murray, la gomme-gutte fut bientôt connue dans la peinture; mais elle fut longtemps négligée dans la pratique médicale et n’obtint une place dans les pharmacopées européennes qu’après le commencement du siècle suivant. Ce fait n’est pas exact, car je trouve le ghitta jemou ou Gutta gamba mis au nombre des médicaments simples dans la petite Pharmacopée d’Amsterdam de 1639; dans celle de Zwelfer, publiée en 1633, et dans celle de Toulouse, de 1693. Il est vrai cependant que beaucoup de médecins voyaient alors dans la gomme-gutte un médicament trèsdangereux, ceqiiien restreignaitbeaucoup l’emploi. Aujourd’hui, quoiqu’on la regarde toujours comme une substance très-active et irritante, on reconnaît généralement qu’elle peut être, dans plusieurs cas, un purgatif salutaire.

L’origine de la gomme-gutte a longtemps été un sujet de doutes et de controverse. Clusius, d’après son odeur et son âcreté, soupçonnait que ce pouvait être le suc d’une euphorbe. Bontius, qui exerçait la médecine à Batavia, au commencement du xvii® siècle, supposait aussi qu’elle était produite par une plante semblable à YEsula indica dont il a donné la figure et la description. Mais en 1677, Paul Hermann, dans une lettre à Syen (2), annonça que la gomme-gutte était produite par deux arbres appelés ca>’cayot<//e qui ont été nommés par les botanistes modernes Garcinia cambogia et Garcinia morella, et faisait l’observation que la gomme pro-

(I) Clusius, Exofic., p. 82.

^2) Paul Hermann, Horlus malabaricus.

GUTTIFÈRES. — GOMME-GUTTE.

CH

duite par ce dernier était plus estimée (1); de sorte que Hermann doit être reconnu pour le premier qui ait indiqué la véritable source de la gomme-gutte. A partir de ce moment, il semble que presque chaque essai qui ait été fait pour rendre, sur ce sujet, notre instruction plus correcte et plus précise, ait eu un résultat contraire. Ainsi Linné, publiant, en 1747 (2), une liste des plantes de Ceylan, commit l’étrange erreur de confondre sous le môme nom spécifique {Cambogia Gutta) les deux arbres si bien distingués par le botaniste hollandais ; et cette confusion a duré jusqu’à Gærtner, qui, d’un côté, réunissant en un seul genre Mangostana les deux genres Garcinia et Cambogidàü Linné, et distinguant, de l’autre, comme Hermann, les deux carcapulli d’Acosta et de Lynschoten, nomma le premier Mangostana Cambogia et le second Mangostana Morella (3). Enfin Desrousseaux, préférant le nom générique Garcinia, nomma le carcapulli d’Acosta Garcinia Cambogia et le carcapulli de Lynschoten Garcinia Morella; telle est la synonymie de ces deux végétaux.

Mais, dans l’intervalle de Linné à Gærtner, un fait assez singulier s’était passé. Des deux végétaux confondus par Linné, un seul ayant été figuré par Rhecde, sous le norri de Coddam-pulli, ce fut lui seul, bientôt, qui fut cité comme synonyme du Cambogia Gutta, et l’autre fut complètement oublié. De sorte que Kœnig crut faire une découverte, en écrivant à Hetz, le IG octobre 1782 : « La vraie gomme-gutte ne provient pas du Cambogia Gutta; elle est produite par un autre arbre polygame, à fruit cérasiforme, mangeable, que je décrirai une autre fois.

l'I) Voici la note de Syen ajoutée à l'article codtlam-pulli de Rlieedo (t. I, p. 43) :

K Cet arbre {le coddam-pulh) est le même que le fructus tnnlo aureo (emulu.i de G. Bauliin, ou carcapulli d’Acosta ; mais Bauhin confond à tort ce carcapulli d’Acosta avec celui de Lynschoten, ce qui deviendra manifeste pour quiconque examinera la description de chacun ; car Acosta dit que le fruit de son arbre ressemble à une orange, et Lynschoten décrit le sien comme ayant la grosseur d’une cerise. Afin que cette distinction devienne encore plus évidente, je transcrirai ici les propres paroles d’Hermann, qui, dans une lettre envoyée, l’année dernière, de Colombo, me dit ; « Ici sont les feuilles et les « fleurs de Varbor indica quæ gummi goitœ fundit, fi uctu acido,sutcato, aureo, ■ malt magniludine, carcapulli Acostce, ghoraka Cingnlensitus dicta. Je joins

à ces objets les feuilles et les fleurs de l’autre espèce, qui est Varbor indica « quæ gummi gottce fundit, fruclu dulci, rotundo, cerasi magnitudine, carca- “ pulli LinschoUii. Bauhin, dans son Pinax, confond à tort ces deux arbres en » une seule espèce, à savoir le carcapulli d’Acosta et le carcapulli de Lyns- « clioten. Us diffèrent entre eux par la fleur et le fruit, mais -se ressemblent « dans le reste. Le dernier est nommé par les Cingalais kanna ghoraka, c’est- 0 è-dire ghoraka doux. Le tronc de cos deux arbres étant incisé, iaisse décou- « 1er de la gomme-gutte ; mais celle du kanna ghoraka l’emporte sur l’autre, »

(2) Linné, Flora zeylanica.

(3) Gærtner, Frucl., tab. GV.

612 DICOTYLÉDONES TIIALAMIFLORES.

La description promise fut envoyée à Banks et se trouve rapportée par Murray (1). L’arbre avait reçu de Kœnig le nom de Guttœfera vera; Murray lui imposa plus lard celui de Stahgmitis cambogioides (2), et les botanistes en ont fait une espèce et un genre séparés du Garcinia Morella ; mais les propres paroles de Kœnig, si semblables à celles d’Hermann, et la patrie semblable, ne permettent pas de douter que le Stalagmüis Cambogioides et le Garcinia Morella ne forment qu’une seule et même espèce,

11 est vrai de dire, cependant, que la description du Stahgmitis cambogioides, Aonalie par Murray en 1788, paraissant avoir été faite sur des échantillons de parties provenant de plusieurs plantes, quelques-uns des caractères donnés par Murray au Slalagmitis cambogioides, ne semblent pas lui appartenir, et que la similitude des deux espèces résulte plutôt de la propre description de Kœnig, insérée dans V Apparatus medicaminum.

Enlin, un caractère déjà faiblement indiqué par Kœnig {Staminu clavala, subquadranguhriu), mais bien déterminé par M. II. Graham, professeur de botanique à l’Université d’Édimbourg, a conduit ce savant à former de cet arbre un genre particulier auquel il donne le nom A' Hebradendron, fondé sur ce que les anthères sont terminales, operculées, et s’ouvrent par une fissure circulaire que l’auteur compare à une sorte de circoncision. Voici donc, en définitive, la synonymie et la description de celle espèce.

Garcinia Morella, Desrousseaux (3).

Hebradendron cambogioides. Grah. (4).

Stalagmiiis cambogioides, Murr. (5), Moon(6).

Mangostana Morella, GæiTner (7) ; Guttæfera vera, Kœnig Mss. ; Kannaghorokû, Herm. ; Carcapulli de Lynscholen, etc.

Arbre de médiocre grandeur, à feuilles opposées, péliolées, obovées-ellipliques, coriaces, lisses, brillantes. Fleurs unisexuelles, monoïques ou polygames. Fleurs mâles {fig. 763), ramassées dans les aisselles des feuilles et portées sur de courts pédoncules unitlores; calice à 4 sépales, dont les deux extérieurs un peu plus petits. Corolle à 4 pétales coriaces, deux fois plus longs que le calice, caducs. Étamines réunies en colonne par le bas, divisées plus haut en 4 faisceaux ; libres par la partie supérieure. Filets courts, claviformes ; anthère terminale en forme de tête arrondie, s’ouvrant par la circoncision d’un couvercle plat et ombiliqué (a).

(1) Murray, Alil'Oralus niidicaminuin. t. IV, p. C.'iV.

(2) Comm. Soc. Gotling., 1788, vol. IX, p. 169.

ta) fUct. enci/cl.,t. III, p. 70 1.

(V) (Irali., iomp. to ihe liulan. mag., n“ 19, p. 193.

(5) Murray, App. med., t. IV, p. üS4.

(6) Moon’s catalogue of plants tn Ceylan, part. I, p. 73.

GUTTIFÉRES. — GOMME-GUTTE. 613.

Pollen elliptique; ovaire nul. Fleurs femelles (Kœnig), hermaphrodites (Murray), ramassées dans l’aisselle des feuilles : calice, corolle et étamines semblables. Ovaire globuleux; style court; stigmate à 4 lobes ouverts et persistants. Baie globuleuse, glabre, deux fois grosse comme une cerise, couronnée par les lobes du stigmate; 4 loges monospermes; semences réniformes-ellipliques, comprimées latéralement, couvertes d’un tégument brunâtre, aisément séparable en deux parties ; cotylédons épais ; radicule centrale Qliforme, légèrement courbée.

Le Garcinia Morella croît abondamment dans l’île de Ceylan et fournit par incision un suc jaune qui jouit de presque toutes les propriétés de la gomme-gutte.

Cependant comme ce suc n’est arrivé jusqu’ici en Europe que comme objet de recherche ou de curiosité ; que toute la gomme-gutte du commerce paraît provenir de Camboge et de Siam, par la voie de Chine et de Singapore, et que la contrée qui la produit n’a pas encore été explorée par les botanistes, on voit que, en réalité, personne ne peut aflirmer que nous connaissions l’arbre qui produit cette substance, quoique tout porte à croire qu’il doive peu différer de celui cultivé à Ceylan.

[Depuis, on a envo)'é de Singapore l’arbre qui y produit la gomme-gutte, et on a pu s’assurer que ce n’est en effet qu'une variété du Gurcinia Morella, ne différant du type que par ses fleurs mâles pédicellées. C’est le Garcinia Morella, Desr. ; pe'licellala{{).]

La gomme-gutte de Ceylan, suivant la description qu’en a donnée M. Christison (2), paraît avoir été mise sous la forme d’une masse arrondie et aplatie, du poids de 400 grammes environ, non homogène et formée de larmes très- irrégulières et celluleuses, laissant entre elles des intervalles où la surface des larmes est

(1) Voir Christison, On the Cambogu tree of Siam {Pharm. Jour»., X, ‘ 35) et Hanbury, On the hotanieal origine of Camboge [Pharm. Journ., S" série, VI, 349).

(•i) Christison, Companion ol the Bol. mag., n” 20, p. 233

614 ‘ DICOTYLÉDONES TIIALAMIFLORES.

coiiverle d’une matière pulvérulente, obscure et d’apparence terreuse. Celte substance n’a d’ailleurs été soumise à aucune purification ni préparation analogues à celles subies par la gommegulle de Siam, et elle pourrait difficilement être appliquée à la peinture, dans l’état où elle sc présente. Elle est d’un jaune orangé foncé, assez semblable à celui de la gomme-gutte de Siara ; mais, ainsi que la remarqué Duncan, elle ne forme pas aussi facilement une émulsion avec l’eau, et celte émulsion me paraît être d’un jaune moins pur, moins brillant et tirant un peu sur la couleur orangée. Suivant l’analyse faite parM. Cbristison, cellé subslance est composée de :

Résine jaune, obtenue par l'étlier et desséchée . CS, 8 71,5 7'?, 9

Gomme soluble ou arabine . 2u,7 18,8 19,4

Fibre ligneuse, etc . 6,8 5,7 4,3

Humidité . 4,6 ind. ind.

Composition peu différente de celle de la gomme-gutte de Siam.

Gonime-g:utte du commerce en canons OU en bâtons {pipe Camboge, Engl.). Ainsi qu’il a été dit toulà l’heure, cette substance paraît tirée des royaumes de Siam et de Camboge, et elle est importée de Chine en Angleterre par la voie de Singapore ; mais d’après les renseignements fournis à M. Cbristison, par M. J. B. Allan, il paraît qu’il en vient aussi de Bornéo, qui est envoyée par les Malais à Singapore, où les Chinois la purifient et la façonnent pour les marchés européens. La plus belle sorte de gommegutte se trouve sous la forme de rouleaux de 3 à 6 centimètres de diamètre, dont les uns ont été roulés à la main, pendant que la matière était encore ductile, tandis que les autres ont emprunté leur forme cylindrique à des liges de bambou dans lesquelles la substance gommo-résineuse a été coulée, ainsi que l’indique l’impression de fibres longitudinales et parallèles dont est marquée sa surface (î). Elle est d’un jaune orangé, tirant un peu sur le fauve, quelquefois pâle et laiteux, le plus souvent assez foncé ; mais, par suite du frottement des morceaux, elle est souvent recouverte à sa surface d’une poussière d’un jaune verdâtre, ou

(1) Quelquefois les cylindres sont creux ou repliés sur eux-mêmes et adhérents. Plusieurs de ces tubes ou cylindres peuvent aussi être soudés ensemble et former des pains ou gâteaux irréguliers, de 1,000 à 1,.500 grammes, dans lesquels on peut encore voir le reste des cavités très aplaties. Il paraît que, dans ce cas, la masse est habituellement enveloppée dans de grandes feuilles qui paraissent appartenir â une plante bombacée ou malvacéc ; mais je n’ai pas été & même de voir ces feuiUes.

GUTTIFÈRES. — GOMME-GUTTE.

d’un jaune doré, ce qui est aussi la couleur de sa poudre. Elle a une cassure conchoïJale, très-fine, unie, sub-luisanle, et une demi-opacilé uniforme. Enfin loutindique que c’est une substance d’une grande homogénéité, qui n’a pu être amenée à cet état que par une préparation très-soignée. Elle est complètement inodore et d'une saveur presque nulle d’abord, suivie d’une légère âcreté dans l’arrière-bouche. Il suffit de la toucher avec de l’eau ou de la salive, pour en former aussitôt une émulsion homogène, d’un jaune magnifique.

D’après M. Braconnot, la gomme-gutte traitée par l’alcool lui cède 0,80 de résine, et laisse 0,20 d’une gomme presque entièremenfsoluble dans l’eau. La résine fondue est rouge, transparente, insipide, et donne une belle poudre jaune. Elle est soluble dans les alcalis qu’elle neutralise; elle est décolorée par le chlore, qui s’y combine et forme un composé dans lequel la présence du chlore ou de l’acide chlorhydrique ne devient sensible que par la destruction du composé au feu (1).

En extrayant la résine par le moyen de l’éther, M. Chrlstison est arrivé à des proportions un peu différentes de résine et de gomme, et qui, d’ailleurs, ne sont pas toujours les mêmes. Deux analyses lui ont donné :

Résine séchée à 204 degrés centigrades . . 74,2

Gomme soluble ou arabino, séchée à 100 degrés . 21,8

Humidité chassée par une chaleur de 132 degrés . 4,8

Clomme-gutle du commerce en masses OU en g;àteanx {cake Camboge, Engl.). Il ne faut pas confondre cette sorte inférieure de gomme-gutte avec les masses formées par l’agglutination des cylindres de la première sorte, quoiqu’on les trouve souvent réunies dans une môme caisse. La gomme-gutte en gâteaux est en masses informes, du poids de 1,000 à 1,500 grammes, et qui paraissent très-variables en qualité, de sorte qu’il est difficile d'en donner une description générale ; mais voici les caractères de celle que je possède. Elle est en masse informe, non celluleuse, et d’une teinte brunâtre très-marquée. Les parties voisines de la surface ont une cassure assez brillante, plutôt esquilleuse que conchoïdale, et une transparence plus marquée que dans la première sorte de Camboge; tandis que, au contraire, les parties centrales ont une cassure tout à fait terne et cireuse. Elle renferme quelques débris de branches et de pétioles, qui ne me paraissent

(I) Braconnot, Ann. Chim., t. LXVIII, p. 33.

CIO DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

pas tous appartenir au végétal qui la produit; mais laction de l’eau iodée ne m’y a pas fait découvrir d’amidon. Elle forme avec l’eau une émulsion jaune très-gluante, et qui me parait être plus gommeuse que celle provenant de la première sorte.

Cette gomme-gutte me paraît différer de celle que M. Christison a analysée sous le nom de cakecamboge, et encore plus d’une autre sorte tout à fait inférieure que les Anglais nomment coarse Camboge (1). Voici le résultat de ces analyses :

Cake camboge.

(moyenne).

Ciomme-a:ut«e ilu Garcinia Cambogia. — Je ne puis passer complètement sous silence cet arbre qui a été regardé pendant si longtemps comme la source de la gomme-gutte du commerce. Cet arbre est le Mangostana Cambogia de Gærtner, le Cambogia Gutta deLinné, le Coddam pullide llheede, le Carcapulli A’ KeosXo,. Son véritable nom indien paraît être Ghorka ou Corcapulli et son nom cingalais Ghoraka, quoique, suivant lloxburgh, le ghoraka de Ceylan ne doive pas être confondu avec celui de l’Inde ; eelui-ci ayant les fleurs terminales et solitaires, et celui de Ceylan les ayant axillaires, les fleurs mâles sous-ternées et pédonculées, et les fleurs femelles sous-sessiles.

Le corcapulli de l’Inde [fig. 766) est un grand et bel arbre

(I) En deliore de toutes les sortes plus ou moins impures de gomme-gutte, j’ai trouvé une fois, dans une caisse de gomme-gutte, une bien singulière substance que je désignerai sous le nom de résine ronge lie gumme-giitie. Cette substance forme un pain aplati du poids de 130 grammes, enveloppé dans unefeuille de planfe monocotylédone. Elle est opaque, d'un rouge assez vif, vue en masse, et d’une odeur forte, peu agréable. A l’intérieur, elle est marbrée et présente trois sortes de matières : I " la matière résineuse rouge et opaque, qui communique sa couleur h la masse ; elle a une cassure luisante, donne une poudre rouge-orangée, et exbale, quand on la pulvérise, une odeur de citron, bien différente, par conséquent, de celle présentée par la masse entière ; 2° une matière ayant l’apparence de petites taches noires disséminées, mais formée d’une résine vitreuse et d’une couleur brune foncée ; 3 ’ une troisième matière mélangée à la première, sous forme de larmes ou de fragments bracciformes. Cette dernière a une cassure terne et cireuse et une couleur blanchâtre ou quelquefois jaunâtre. Lorsqu’on mouille la surface cassée avec de l’eau ou de la salive, la dernière substance est la seule qui prenne l’aspect d’un lait jaune et opaque, comme la gomme-gutte. Il me semble possible que cette matière soit une résine séparée de la gomme gutte, pendant la purification que je suppose qu’on lui fait subir et qu’elle SC trouve en excès de celle qui peut rester émulsionnée dans le suc purifié

Résine .

Arabine .

Fécule .

Ligneux .

Humidité. . . .

Coarse camboge.

GL’TriFÉRES. — GOMME-GUTTE. 017

dont le tronc peut avoir 3 et 4 mètres de circonférence; les feuilles sont lancéolées; les fleurs terminales, sous-sessiles et solitaires, peu nombreuses; l’ovaire est arrondi, à 8 côtes et couronné

par un stigmate il 8 lobes . Lé fruit est une baie arrondie, de la grosseur d’une orange, jaune à maturité, à huit côtes obtuses, et partagée intérieurement en 8 loges membraneuses, renfermant cbacune une semence brune, oblongue, contenue dans une double enveloppe et enfoncée dans une substance pulpeuse. La chair de ce fruit est un peu acide et se mange. L’écorce du tronc, étant incisée, laisse découler un suc laiteux qui reste longtemps visqueux à l’air, mais qui se présente enfin sous forme de larmes d'un jaune de citron clair, presque sans odeur ni saveur, d’une nature résineuse très-apparente, et non susceptible de former une émulsion sous le doigt mouillé. Cette substance ne peut donc pas être confondue avec la gomme-gutte du commeree. Suivant l’analyse qu’en a faite M. Ghrislison, elle est composée de :

618 DICOTYLÉDONES TlIALAMIFLORES.

Celle siibslance diffère de la vraie gomme-gutte par la présence de l’huile volatile et par la nature de sa résine qui est moins soluble dans l’éther, et d’une couleur jaune plus pâle et non rouge ni orangée. Enfin, d’après les expérimentations de M. Christison, elle ne paraît pas être purgative à la dose de 13 grains, quantité trois fois plus forte que celle à laquelle la résine de gomme-gutte peut être utilement employée.

Cioninie-rt-i>ine tiu Xanthochymus pictorius. — Roxburgh et M. Royle ayant exprimé l’opinion que cet arbre produisait une espèce de gomme-gutte, M. Christison a été désireux de vérifier celle assertion sur un échantillon dû à l’obligeance de M“® Walker. Le suc concret de cet arbre diffère encore plus de la vraie gomme-gutte que celui du Corcopulli. Il forme de petites larmes d’un vert grisâtre ou d’un vert jaunâtre pâle, transparentes comme de la résine, et ne pouvant se réduire en émulsion par le frottement du doigt mouillé. Elle est assez dure, se ramollit à la chaleur et ne peut être pulvérisée que par un temps froid. Un essai d’analyse, fait avec une très-petite quantité de matière, a donné environ 0,763 de résine; 0,176de gomme soluble et 0,039 de fibres ligneuses.

Résine de mani. — Celle résine est produite par le Mani (Moronobea coccinea, Aubl.), grand arbre de la Guyane ; elle en découle sous forme d’un suc jaune très-abondant, qui noircit et se solidifie à l’air. Les créoles l’emploient pour goudronner les barques et les cordages et pour faire des flambeaux. Elle varie de forme suivant la manière dont elle a été obtenue : celle qui a découlé naturellement de l’arbre est en morceaux très-irréguliers, secs et cassants, grisâtres à l’extérieur, noirs et brillants à l’intérieur, insipides et d’une odeur faiblement aromatique ; celle qui a été obtenue par incision et qui a été renfermée, avant son entière solidification, par masses de 300 à 1,000 grammes, dans des feuilles de palmier, est d’un noir un peu jaunâtre, moins sèche, plus fusible, plus aromatique que la première. Elle brûle avec une flamme très-blanche et très-éclairante, sans répandre ni beaucoup d’odeur ni beaucoup de fumée. Cette résine existe chez quelques droguistes qui la vendent comme résine caragne.

Calaiia OU sniba «les Autiiiea, Culophyllum Calaba, Jacq.

Cet arbre, nommé aussi Bois-Marie ii Saint-Domingue, et Ocw/eà Cuba, s’élève à une hauteur de 7 à 10 mètres. Ses feuilles sont ovales-obtuses, très- entières, lisses, douces au toucher, remarquables par leurs innombrables nervures latérales, très-fines, trèsserrées, droites et parallèles, presque perpendiculaires à la nervure médiane. C’est pour exprimer l’aspect agréable de ces feuilles que Linné a formé le nom de Calophyllum (de xaAov çéXXov)

GUTTIFÈRES. — CALABA. 619

qui veut dire belle feuille. Les fleurs sont disposées en petites grappes opposées et axillaires, sur les jeunes rameaux; elles sont trèspetites, odorantes, hermaphrodites et mâles sur le même individu. Le calice a 2 sépales, et la corolle 4 pétales; les étamines sont nombreuses, libres ou polyadelphes parle bas. Le fruit est un drupe sphérique, du volume d’une grosse cerise. Il est formé d’une première enveloppe charnue, peu épaisse, se ridant par la dessiccation; facile à détruire par le temps, et laissant à nu un noyau sphérique, obscurément trigone à la partie supérieure, jaunâtre, ligneux, mais très-mince. Sous cette enveloppe ligneuse s’en trouve une seconde d’un tissu beaucoup plus lâche et rougeâtre, lisse et lustrée à l’intérieur. Au centre se trouve une amande jaune ou rougeâtre, arrondie, formée de deux cotylédons droits, épais et oléagineux, pouvant fournir une grande quantité d'huile par expression.

En incisant l'écorce du tronc et des branches du calaba, on eu obtient un suc résineux verdâtre, d’une odeur forte, non désagréable, qui s’épaissit à l’air en acquérant une couleur verte foncée, mais qui y reste très-longtemps gluant et tenace. Ce suc résineux est employé comme vulnéraire aux Antilles, sous le nom de baume de Marie.

Je possède quelques autres fruits de calaba qu’il est difficile de rapporter aux espèces admises par les botanistes, la description des fruits manquant à ces espèces. Le premier fruit est celui figuré par Gærtner (I), sous le nom de Calophyllum Inophyllum, avec la seule différence que le noyau ligneux jaunâtre est plus épais que dans la ligure, quoique toujours moins épais que l’endocarpe intérieur, spongieux et rougeâtre. L’amande est turbinée, avec un petit tubercule radiculaire à la base. Le noyau est ovo'iJe, un peu pointu aux deux extrémités, non trigone et non sphérique comme dans \e Calophyllum Calaba; chacune des deux parties de l’endocarpe est beaucoup plus épaisse que dans ce dernier. Le fruit est aussi plus volumineux.

Le second fruit me parait appartenir au Bitnngor maritima de Itumphius (2). 11 consiste en une capsule ligneuse, jaunâtre. Sphérique et de la grosseur d’une petite pomme, n’offrant à l’extérieur que quelques débris d’une pellicule blancbâlre, assez mince, représentant la partie charnue des fruits précédents. La coque ligneuse est très-mince; l’endocarpe spongieux et rougeâtre est très-épais à l’une des extrémités du fruit et sur les côtés, mais il est très-mince vers l’autre extrémité, de manière que la

(t) Gærtner, Tab. XLIII.

(2) Rumpliius, Amb. II, tab. 71.

•>20 DICOTYLÉDONES TDALAMIFLOR ES.

loge séminifère, au lieu d’ôlre. centrale, touche à cette extrémité.

La semence manque.

Le troisième fruit présente, à l’état sec, le volume d’un petit œuf de poule; il contient, sous un épiderme grisâtre, une pulpe épaisse, jaunâtre et mélangée de fortes fibres ligneuses, longitudinales et anastomosées, qui persistent après la destruction du parenchyme. La coque ligneuse que l’on trouve dessous est blanchâtre, compacte, assez épaisse. L’endocarpe intérieur est grossièrement fibreux, et d’une épaisseur égale à la coque ligneuse. La surface interne de la loge est unie. L’amande a la grosseur et la forme d’une olive récente, avec un petit tubercule radiculaire à la base. Ce fruit, au contraire des précédents qui sont inodores, est pourvu d’une odeur analogue à celle du vétiver, mais qui lui a peut-être été communiquée. Il porte, dans le droguier de l’École de pharmacie, le nom de Tacamahaca de Bourbon. Je possède un quatrième fruit conformé comme le précédent, mais noir, de la. grosseur d’une petite prune et inodore.

Résine tacamaque rie Bourbon. Cette résine, nommée aussi baume vert e\. baume Marie, découle par des incisions AeCalophyllum Tacamahaca, Willd., grand arbre de l’ile de la Réunion (Bourbon) auquel appartient sans doute le troisième fruit décrit cidessus. Suivant un ancien échantillon que j’en ai, cette substance forme une petite masse cylindrique, portant à sa surface l'impression des feuilles de l’arbre; vue en masse, elle paraît d’un vert noirâtre et opaque; mais elle est d’un vert jaunâtre et translucide dans les lames minces ; son odeur, qui se trouve affaiblie par le temps, est analogue à celle du tacamahaca des Antilles et présente quelque chose de celle de la conserve d’ache. Elle ne se dissout qu’en partie dans l’alcool rectifié et laisse un résidu grumelé, blanc, assez considérable, de nature gommeuse et soluble dans l’eau. Le dernier résidu, qui est encore très-marqué, est formé de débris ligneux. J’ai décrit anciennement, comme Tacamaque de Bourbon, une substance que je tiens de M. Boutron-Charlard mais qui est plutôt une sorte d’onguent préparé avec la résine que la résine elle même. Cette substance, qui a été coulée à l’état de fusion, dans un bocal de verre, est molle, gluante se solidifiant lentement à l’air, d’une couleur vert-bouteille foncée d’une odeur très-forte, onguenlacée, qui, affaiblie à l’air, devient assez agréable et semblable à celle du fenu-grec. Elle ne se dissout que très-imparfaitement dans l’alcool froid, davantage dans l’alcool bouillant, sur lequel surnage alors une substance grasse, fondue, qui est étrangère à la résine découlée de l’arbre. Elle ne se dissout pas entièrement dans l’étber et laisse un peu d’une substance floconneuse que je n’ai pas examinée.

GUTTlFÈaES. — CANNELLE BLANCHE. <121

On trouve à Madagascar un arbre nommé fouraha, qui parait être un Calaphijllum et qui pourrait bien être la source de la «acumiiquc angôliqiic et du baume foi-ot, décrits pages 5^9 et 530. Les débris d’une prétendue écorce très-mince, à fibres parallèles, trouvés dans le baume focot, ne sont en elfet que des débris de feuilles de Calophyllum.

Caunelle blanche,

Cannella alba, Murr. (fig. 767). — La cannelle blanche vient des Antilles et surtout de la Jamaïque ; elle a longtemps été confondue avec l’écorce de Winter, ainsi que les arbres qui les produisent, et cette confusion a été cummise par Linné luimôme, lorsqu’il a nommé l’ar^ bre à la cannelle blanche ILVwterania Cannella et qu’il lui a donné pour synonyme le Cortex iiùnleranus de Clusius. La confusion n’a véritablement cessé que lorsque Forster eut nommé l’arbre à l’écorce de Winter Drymis Winteri , et que Murray eut rendu à celui de la cannelle blanche son premier nom de Cannella alba.

Le cannellier blanc a d’abord été rangé dans la famille des guttifères ; mais il s’en distingue par des caractères assez tranchés pour qu’on puisse en former une petite famille distincte, sous le nom de Cannellacées. Ce petit groupe comprend quelques arbres d’Amérique, à feuilles alternes, très-entières, privées de stipules.

Le cannellier blanc, en particulier, a les fleurs disposées en corymbe terminal et pourvues des parties suivantes ; calice persistant, à 3 folioles imbriquées, concaves ; corolle à 5 pétales hypogynes, oblongs, concaves ; étamines soudées en un tube renflé à la partie supérieure et portant 21 anthères, linéaires, parallèles, bivalves, fixées extérieurement, au-dessous du sommet; ovaire libre, enfermé dans le tube staminal, triloculaire ; plusieurs ovules dans chaque loge, insérés à l’axe central ; style cylindrique; stigmate exserte, à 2 lobes courts et obtus. Le fruit est une baie globuleuse , charnue réduite à une ou deux

Fig. 76:. — Caunelle blanche.

DICOTYLÉDONES TIIALAMIFl.ORES.

loges par avortement ; les semences sont noires, brillantes, globuleuses, avec un petit bec recourbé, superposées au nombre de 2 ou 3 dans chaque loge ; l’embryon est renfermé dans le bec de la semence, petit, cylindrique, recourbé, pourvu de 2 cotylédons linéaires et accompagné d’un albumen charnu.

La cannelle blanche est en morceaux roulés de 1/2 mètre à un mètre de longueur, de 15 à 40 millimètres de diamètre et de 2 à 5 millimètres d’épaisseur. Quelquefois aussi on en trouve des morceaux provenant du tronc, qui sont plus larges, plus épais et recouverts d’un épiderme fongueux, rougeâtre, crevassé, souvent d’un blanc de craie à l’extérieur.

L’écorce ordinaire est raclée, d’un jaune orangé pâle et comme cendré à l’extérieur; sa cassure est grenue, blanchâtre, comme marbrée; sa surface intérieure paraît revêtue d’une pellicule beaucoup plus blanche que tout le reste ; elle a une saveur amère, aromatique et piquante; une odeur très-agréable, approchant de celle du girofle mêlé de muscade ; sa poudre est blanche ; elle donne une huile à la distillation.

Ecorce de ^Vinter du commerce.

Cette écorce est en morceaux roulés durs, compactes et pesants, longs de 30 à GO centimètres, ayant de 20 à 53 millimètres de diamètre et de 2 à 7 millimètres d’épaisseur. Quelques morceaux présentent un reste de périderme blanchâtre, peu épais, spongieux, crevassé, tendre et facile à détruire; de sorte que, soit que cette partie ait disparu par le frottement réciproque des écorces, soit qu’elle ait été enlevée à dessein, la presque totalité des morceaux en est privée. Alors l’écorce présente une surface presque unie, grise ou d’un gris rougeâtre sale ; de plus, elle offre çà et là de petites taches r-ouges elliptiques, qui sont ou un vestige de l’insertion des pétioles, ou celui' du tubercule qui, dans l’état naturel, s’élevaient au-dessus de l’épiderme. La surface interne de l’écorce est très-unie dans les jeunes écorces, un peu moins unie et marquée de quelques arêtes proéminentes dans les grosses ; d’une couleur rougeâtre comme l’écorce, ou d’une teinte noirâtre développée pendant la dessiccation. La cassure transversale présente, à la simple vue, deux couches concentriques différemment colorées : la couche extérieure est très-mince et blanchâtre; la couche intérieure est rougeâtre. Cette môme cassure est grenue, ou présente de petites lignes proéminentes, concentriques et très-serrées. La coupe transversale polie présente au contraire, à la loupe de petites lignes rayonnantes ondulées e[ blanchâtres, sur un fond brun. L’écorce possède une odeur très-

GUTTIFÈRES. — PARATUDO AROMATIQUE. f.23

forte et très-agréable de basilic et de poivre mêlés. Sa saveur est âcre et brûlante; sa poudre a la couleur de celle du quinquina gris.

[Elle diffère beaucoup par sa compacité et par son odeur des écorces produites par les Dnjmis et se rapproche de la cannelle blanche. Aussi est-ce par une plante voisine des Cannella qu’elle est produite. Ilanbury (1), après une comparaison attentive d’échantillons authentiques du Cinnamodendron corlicosum, Miers, avec l’écorce de Winter du commerce, n’hésite pas à identifier ces deux produits. Les Cinnamodendron forment un genre voisin lies Cannella, mais qui en diffèrent à première vue parce que leurs fleurs sont axillaires et non terminales.] Il est caractérisé par sa corolle à 5 pétales, accompagnée d’un nombre égal d’écailles obovées et ciliées ; par son tube staminal court et portant 10 anthères sessiles, dressées, contiguës, ovées et biloculaires. Les pédoncules floraux sont axillaires et triüores.

L’écorce de Winter entre dans le vin diurétique amer de la Charité. Elle est rare dans le commerce et on lui substitue souvent la cannelle blanche. Celle-ci s’en distingue par sa couleur extérieure jaune cendré, sa cassure grenue et marbrée, sa surface intérieure très-blanche, son odeur d’œillet, sa saveur piquante et amère.

Écorce à odeur de muscade de Cayenne. — Je trouve dans mon droguier, sous le nom A'écorce de giroflier de Cayenne, une écorce qui présente une grande analogie avec la cannelle blanche et qui doit être produite par un arbre très-voisin. Cette écorce est épaisse de 5 millimètres et formée de deux couches distinctes. La couche extérieure (périderme), qui est plus mince que l’autre, est assez dense, d’un gris rougeâtre, et parsemée de nombreux tubercules ronds et aplatis; la parlie intérieure est encore plus dense, d’un gris blanchâtre, offrant une surface interne unie et d’une couleur plus blanche que le reste. Cette écorce est pourvue d’une odeur de muscade mélangée d’acore, aussi forte que celle de la noix-muscade et très-agréable. Elle présente une saveur très-aromatique semblable, jointe à une grande âcrelé.

Écorce de Paratudo aromatique .

Ainsique je l’ai dit précédemment (t. II, p. 577) le nomparatudo, qui signifie propre à tout, a été donné au Brésil à plusieurs substances auxquelles on attribue de grandes propriétés médicales I telles sont la racine du Gomphrena officinalis, plante de

(I) Voir Pharm. Journ., XVIII, 503.

'in DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

la famille des Amaranlacées, et deux écorces Irès-amères, dont une, au moins, paraît appartenir à la famille des Apocynacées. Quant à l’écorce de pnratudo aromatique, dont il est ici question, elle est due au Canne/la axiUans de Marlius, dont Endlicher a formé le nouveau genre Cinnamodendron.

L’écorce de paratudo aromatique, telle que je l’ai reçue anciennement de Rodolphe Brandes, est épaisse de 5 à 7 millimètres, formée d'un périderme gris foncé, profondément crevassé, et d’un liber jaunâtre, très-uni intérieurement, très-compacte et à cassure grenue. Il est un peu huileux sous la scie, et peut acquérir le poli et l’apparence d’un bois dense et d’un tissu très-fln. Cette écorce possède une odeur grasse, un peu analogue à celle du poivre, et une saveur amère tellement âcre et brûlante que le poivre et la pyrèlre n’en approchent pas.

FAMILLE DES HYFÉRICINÉES.

Arbres, arbrisseaux ou plantes herbacées, souventrésineux, à feuilles opposées, entières, très-souvent parsemées de glandes transparentes, immergées dans l’épaisseur du limbe ; privées de s ipulcs. Fleurs complètes, régulières, souvent terminales et disposées en cymes nues ou bractéolées ; le plus souvent jaunes, rarement rouges ou blanches. Calice libre, persistant, à S divisions profondes et inégales, rarement à 4 parties. Corolle à S ou 4 pétales contournés en spirale avant leur évolution. Étamines très-nombreuses, réunies en 3 ou 5 faisceaux par la base des filets, très-rarement libres ou monadelphes. Ovaire libre, surmonté de plusieurs stylos; quelquefois plus ou moins soudés. Il offre autant de loges polyspermes que de styles ; très-rarement les loges ne contiennent qu’un ovule. Le fruit est une capsule ou une baie à plusieurs loges polyspermes, très-rarement monospermes ; les graines contiennent un embryon homotrope, sans endosperme.

Cette petite famille diffère de celle des Guttifères, dont elle se rapproche beaucoup, par ses fleurs presque toujours pentamères par ses styles séparés, par ses semences très-souvent indéfinies et privées d’arille, et par ses feuilles qui sont comme percées à jour par des points transparents. Plusieurs espèces arborescentes des pays chauds fournissent, par incision de l’écorce, un suc résineux jaune, analogue à celui des guttifères; tel est surtout le caopia de Pison et Marcgraff ( Ffs/nfa guianensis, Pers. ; Hypericuui guianense, Aubl.; Hypericum bacciferum, L. f.), dont le sue desséché, jaune rougeâtre, assez semblable à la gomme-gutte, purge à la dose de 7 à 8 grains. En Europe, on employait autrefois comme vulnéraire, résolutive et vermifuge, une plante nom - ■ mée Androsèiup OU Toiite iaine (fJypericitin Androscemurn, L.

IlYPÉaiCINÉES. — ‘ MILLEPEHTÜIS. 62j

Androsæmum officinale, Ail.), qui diffère des millepertuis par son fruit en forme de baie arrondie, noirâüe et uniloculaire. La seule plante qui soit encore aujourd’hui usitée en médecine est le millepertuis vulgaire dont voici la figure et la description.

Mliirpcrtiils volgiiirc, Hypericum perforatum, L. {fig. 768). Cette plante, haute de 30 à 6ü centimètres, est commune dans les lieux découverts des bois, sa tige est droite, très- rameuse, légèrement anguleuse et marquée de petits points noirs, glanduleux , que l’on retrouve sur toutes ses parties vertes. Les feuilles sont sessiles , elliptiques - oblongues, obtuses, parsemées sur le disque d’une infinité de petites glandes transparentes, qui ont valu h la plante le nom de millepertuis, et sur le bord d’une rangée de points noirs, également glanduleux.

Les Oeurs sont très-nombreuses, d’un jaune éclatant, rapprochées en corymbe au sommet delà tige et des rameaux. lii;- les. - wiiiepcrtuU vulgaire.

Elles présentent un calice

persistant, à 5 divisions profondes et lancéolées; une corolle à 3 pétales étalés, plus grands que le calice ; des étamines nombreuses, dont les anthères sont noirâtres et dont les filets capillaires sont réunis en 3 faisceaux. L’ovaire est supère, surmonté de 3 styles, d’un rouge foncé, divergents, terminés par un petit stigmate globuleux. Le fruit est une capsule ovale, empreinte d’un suc rouge, à 3 lobes arrondis et â 3 valves ; les bords rentrants des valves, prolongés jusqu’au centre, divisent la capsule en 3 loges et portent de nombreuses semences brunes, trèsmenues, d’une odeur et d’une saveur résineuses. La racine est dure, ligneuse et vivace.

Les sommités d’hypéricum entrent dans la thériaque, le baume du commandeur, l’huile d'hypéricum, etc. Elles contiennent deux principes colorants: l’un qui est jaune, soluble dans l’eau, et dont le siège est dans les pétales; l’autre qui est rouge, de nature résineuse, soluble dans 1 alcool et dans 1 huile, qui réside surtout dans les stigmates et dans le fruit.

T. lit. — 40

DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

FAMILLK DES AÜR ANTIACÉES.

Arbres ou arbrisseaux assez souvent épineux, à feuilles alternes, ordinairement pinnées avec impaire, mais souvent réduiles à la foliole terminale, qui est alors articulée directement sur un pétiole souvent pourvu de deux ailes foliacées. Les feuilles sont fermes, très-glabres, longtemps persistantes, et pourvues de glandes vésiculeuses transparentes, remplies d’huile volatile. Ces vésicules se retrouvent sur toutes les parties du végétal, et principalement sur le calice, les pétales, les stigmates et le derme du fruit.

Les fleurs sont régulières et présentent un calice court, à 4 ou 5 divisions ; une corolle à 4 ou 5 pétales libres ou légèrement adhérents par le bas, inséi-és à la base d’un disque ou torus qui supporte l’ovaire. I.es étamines sont insérées sous le disque, en nombre double ou multiple de celui des pétales : elles sont libres ou polyadelphes. L’ovaire est libre, à plusieurs loges, contenant un ou plusieurs ovules fixés à l’angle interne. Le style est simple, terminé par un stigmate en tète, indivis ou lobé. Le fruit est une baie sèche ou le plus souvent charnue, pluriloculaire, dont les loges renferment une ou plusieurs semences pondantes, à tégument cartilagineux, parcouru par un raphé ïuillant. L’embryon est droit, privé d’cndosperme, formé de deux cotylédons charnus, souvent inégaux etauriculés à la base; la radicule est très-courte et supère, placée près du hile ; la plumule est manifeste (l).

Tous les arbres de la famille des Auranliacées sont originaires des contrées intertropicales de l’Asie, où ils sont employés comme aliments ou médicaments. [VÆgle MarmeLs donne à la médecine des Indes orientales, l’écorce astringente de sa racine et de sa lige, le suc exprimé de ses feuilles, ses fruits à moitié mûrs : toutes ces parties sont utilisées comme astringents dans les cas de dyssenlerie (2,.] Le port élégant d’un certain nombre d'Auranliacées, l’arome agréable dont leurs différentes parties sont pourvues, le suc acide ou sucré de leurs fruits, les ont fait propager dans toutes les contrées chaudes du globe. Ceux du genre Citrus, particulièrement, sont depuis longtemps cultivés en l'jurope et jusque sous le climat de Paris, moyennant le soin qu’il faut avoir de les rentrer dans une serre, aussitôt que la température s’abaisse à 6 ou 7 degrés centigrades. Ce sont les seuls arbres de cette famille dont nous nous occuperons.

Lescilres sont caractérisés par un calice persistant, urcéolé, à 3 ou 5 divisions {fig. 769); une corolle ayant de S à 8 pétales elliptiques, concaves, ouverts ; 20 à 60 étamines à filets élargis,

(1) Vuir BaiUoii, De la famille des Auranliacées. Thèse de la Faculté de Médecine. Paris, 1858.

(2) Voir 0/1 lhe Æg/e Marmelos {Pharmaceutical Journ., t. X, p. 166).

AURANTIACÉES. — CITRUS. 027

réunis à la base en plusieurs faisceaux et disposés circulaireraent en cylindre ; un ovaire supère, arrondi, surmonté d’un style simple et d’un stigmate hémisphérique; une baie plurilociilaire contenue dans une enveloppe celluleuse, plus ou moins épaisse, dont la substance intérieure est généralement blanche, charnue et peu sapide, tandis que la couche extérieure est d’une belle couleur jaune et toute parsemée de vésicules pleines d’une essence dont l’odeur est très-agréable. Au-dessous de cette enveloppe celluleuse se trouve la baie proprement dite, qui est formée de plusieurs carpelles ou de plusieurs loges verticillées (de 7 à 12), pourvues chacune d’une enveloppe propre, très-mince, séparable

Fig. 769. — Oranger.

sans déchirement. L’intérieur de chaque loge est rempli de vésicules pulpeuses et très-succulentes, disposées perpendiculairement à l’axe; enfin, vers le milieu de l’angle interne de chaque loge, se trouvent fixées un petit nombre de semences horizontales, munies d’un test membraneux- Lescitres sont des arbres peu élevés ou des arbrisseaux armés d’épines axillaires, et dont les feuilles sont réduites à la foliole terminale, articulée sur le pétiole, qui est souvent ailé. Ceux qui sont cultivés en Europe avaient été partagés, par Linné, en deux espèces seulement, sous les noms de Citrus medica et de Citrus Avrantium; mais Gallesio, de Savone, ayant scindé chacune de ces espèces en deux, en a formé quatre espèces, sous le.s

DICOTYLÉDONES TIIALAMIFLORES.

noms, de citromùr, limonier, oranger et bigaradier {i). Je suivrai cette division, moyennant que je donnerai à la première espèce le nom le plus significatif de cédratier, llisso (2) a formé, sous le nom de limettier, une cinquième espèce qui n’esl pas généralement admise.

I. Cédratier, Citrus Cedra, Gall., Ferrari (.3). — Arbre de 4 à S mètres, à branches courtes et rqides, dont les jeunes rameaux sont anguleux et violets, avant de devenir arrondis et verdâtres. Les feuilles sont ovales-oblongues, trois fois plus longues que larges, et d’après Gallesio, continues avec le pétiole, qui est court et non ailé. Les fleurs sont blanches en dedans, violettes en dehors, portées sur de courts pédicelles, réunis plusieurs ensemble sur un pédoncule quelquefois axillaire, mais le plus souvent terminal. Les étamines sont au nombre de 30 à 40 ; le pistil manque souvent, de sorte que l’espèce est polygame. Les fruits sont volumineux, oblongs, mamelonnés à l’extrémité, à surface raboteuse et souvent tuberculeuse; d’un rouge violet dans leur jeunesse, d’un beau jaune à maturité. La partie jaune extérieure, qui porte le nom de zeste, fournit par expression, ou par distillation, une essence d’une odeur très-suave ; l’écorce intérieure est très-épaisse, blanche, tendre, charnue, et forme la partie la plus considérable du fruit. On en fait une confiture qui est délicieuse. La baie est très-petite, à 9 ou 10 loges, contenant un suc acide, non usité; les semences sont oblongues, à pellicule rougeâtre.

Le cédratier est originaire de Perse et de Médie et a été connu en Europe après les guerres d’Alexandre. Théophraste, le premier auteur qui en ait parlé, nomme le cédrat pomme de Perse ou de Médie, et Virgile, pomme de Médie, ce qui donne l’origine du nom linnéen Citrus medica, que quelques personnes traduisent à tort par citronnier médicinal. Le cédratier a été nommé aussi citronnier des Juifs, parce que, dès que les Juifs l’ont connu et jusqu’à nos jours, ils l’ont consacré à la fête des Tabernacles, afin de se conformer à la loi de Moïse, qui leur prescrit de présenter au Seigneur, le premier jour de cette solennité, leur plus beau fruit, des feuilles de palmier et des rameaux de myrte et de saule. »

Les cédrats acquièrent souvent un poids considérable. Suivant Ferrari, ceux de Calabre pèsent de 6 à 9 livres et vont quelquefois jusqu’à 30 livres, ce qui est le poids connu du cédrat de Gènes. Le cédrat de Salo pèse de 1 à 10 livres, et, s’il faut en croire

(1) Gallesio, TraïW (/m ciO-uî. Paris, 1811.

(2) Risso, Annales du Muséum d’htsloire naturelle. Pans, 1813, t. XX, p. 1C9

(3) Ferrari, Hespérides, tab, 59, 61, 63.

AÜRANTIACÉES. — CÉDRATIER. 629

quelques-uns, jusqu’à 40 livres. Ceux de Rome pèsent ordinairement 20 livres (1).

II. Limonier, Citrus Limon, Gall. (2). — Arbre plus élevd que le cédratier, à branches longues et flexibles, qui se prêtent de préférence à l’espalier. Ses jeunes pousses sont anguleuses et violettes ; ses feuilles sont ovales, deux fois plus longues que larges, pointues, articulées sur un pétiole nu ou très-faiblement ailé. Ses fleurs sont un peu moins grandes que celles du cédratier, et un peu plus grandes que celles de l’oranger. Elles sont en partie hermaphrodites et en partie privées de pistil, rouges en delior.q blanches en dedans, à 30 ou 40 étamines polyadelphes.

Le fruit est ovoïde et terminé par un mamelon; l’écorce extérieure ou le zeste est mince, et pourvue d’un arôme pénétrant; l’écorce intérieure est mince, blanche, coriace et très-adhérente à la baie, qui est volumineuse, à 9, 10 ou 11 loges remplies d’un suc abondant, fortement acide; les semences sont jaunâtres et très-amères.

Le limonier parait être originaire de l’Inde, ainsi que le bigaradier. Les croisés les ont trouvés cultivés en Palestine et les ont fait connaître à l’Europe ; mais déjà les Arabes les avaient naturalisés en Afrique et dans le midi de l’Espagne, d’où ils ont pu également se répandre dans le midi de la France et en Italie.

L’espèce du limonier est riche en variétés et plus encore en hybrides. Elle a pour type un fruit oblong, à écorce très-odorante, mince et très-adhérente à la baie, et on en trouve des variétés qui renchérissent encore sur le type par la finesse et l’odeur de l’écorce et l’abondance du jus acide, jointes à la forme arrondie du fruit : telles sont le Ltisirata de Rome, le Dugnetta de Gènes et le Baloltn d'Espagne :mi\s on en connaît beaucoup d’autres dans lesquelles l’écorce s’épaissit et rapproche le fruit du cédrat. Gallesio n’admet pas cependant que ces variétés soient des hybrides du cédrat ; tel est principalement le limonier ordinaire de Gênes (3), qui est cultivé presque sur toute la côte de la Ligurie, depuis la Spezzia jusqu’à Hyères. C’est la variété qui fournit le plus de fruits au commerce, parce que l’écorce étant plus épaisse et plus charnue, ils résistent davantage dans les envois qu’on en fait pour le Nord. Ce sont ces fruits qui sont connus à Paris sous le nom de citrons. Quant aux variétés qui sont des hybrides du cédrat et qui

(1) Je présume qu’il s’agit ici de la livre romaine de 321*', 24, suivant laquelle

6 livres = 1“‘,927 gram. ; 9 livres = 2‘",89l grain. ; .30 livres =|Li“',0.37 gram. ; 50 livres = 12‘“,849 gram. ^

(2) Ferrari, tab. I«9, 193.

(8) Gallesio, n“ 8; Ferrari, tab. 199.

630 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

sont nommées communément Poncires ou poncines, on en trouve

un grand nombre figurées par Ferrari (1).

Le suc acide des citrons sert à faire le sirop de limons. Ce même suc, saturé par de la craie, sur les lieux mûmes de sa production, donne naissance à du citrate de chaux, d’où on extrait l’acide citrique par l’intermède de l’acide sulfurique. Le zeste jaune des citrons, récent, fait partie de l’alcoolat de mélisse composé et de l’alcoolat ammoniacal aromatique de Sylvius.Cemûme zeste fournit par expression et distillation, Vhuile volatile ou essence de citrons. Celle par expression est jaune fluide, d’une pesanteur spécifique de 0,8o, d’une odeur très-suave ; mais elle est légèrement louche, à cause d’un peu d’eau et de mucilage qu’elle contient, et elle s’altère plus promptement que l’autre. L’essence obtenue par distillation est incolore, très-fluide, d’une odeur moins suave et moins estimée pour la parfumerie ; mais elle est préférable pour détacher les étoffes. Ces deux huiles sont sujettes à Ctre falsifiées avec de l’alcool. On peut reconnaître la fraude, soit en les agitant avec de petits morceaux de chlorure de calcium sec, qui s’unit à l’alcool et forme une couche liquide que surnage l’essence; soit en les agitant avec de l’eau qui devient et reste laiteuse, dans le cas de la présence de l’alcool, et diminue le volume de l’essence ; tandis qu’elle redevient limpide en très-peu de temps, lorsque l’essence est pure, et sans en diminuer le volume. A cet effel, l’essai doit en être fait dans un tube gradué.

L’essence de citrons ou de limons et celle de cédrat sont composées de carbone et d’hydrogène, sans oxygène, et leur formule est C'®H* pour 4 volumes. Cette composition est la même que celle de l’essenc'ë de térébenthine, mais avec une condensation moitié moindre des éléments. Ces huiles exercent d’ailleurs une action bien différente sur la lumière polarisée ; car, tandis que l’essence de térébenthine fait éprouver au rayon lumineux une déviation A gauche de 43 degrés, l’essence de citron détermine une déviation à droite de 80 degrés. Ces mûmes huiles, en se combinant au chloride hydrique, volume à volume, donnent naissance A un camphre artificiel, qui diffère, par conséquent, de celui de l’essence de térébenthine, parce qu’il contient moitié moins d’hydrogène et de carbone. Ces mûmes essences, exposées à l’air, en absorbent l’oxygène, s’épaississent et forment différents produits, tels que de l’eau, de l’acide acétique, une résine cristallisable, etc.

l’ai fait connaître précédemment (page 2'JO) les raisons qui portent aujourd’hui les savants à penser que les célèbres pommes d’or des Hespérides n’étaient ni des oranges, ni mûme des citrons ou des tédrats, fruits inconnus en Europe au temps d’Hercule.

Je ferai l’observation pareillement, que les bois de CUrus d’Afrique, dont on faisait, du temps de Cicéron i Pline, des tables d’un prix si considérable, n’étaient pas du bois de citronnier, comme beaucoup de' traducteurs l’ont pensé. Ces tables étaient si follement recherchées que

(i; Ferrari, tab. 21®, 249, 255, 301, 303, 307, 337, etc.

AURANTIACÉES. — LIMONS.

le prix en dépassait souvent 100,000 francs de notre monnaie ; et cependant, la plus grande de toutes, qui appartenait à Tibère, n’avait que 4 pieds 2 pouces de diamètre (1“,226). Mais celte dimension est considérable, si l’on fait attention que la table était formée d’une seule racine ou d’un seul nœud de racine. Cette grande dimension, jointe à une couleur de vin miellé, montre bien que l’arbre ne pouvait être un citronnier. D’ailleurs le nom même citrus, qui est peut-être employé ici par erreur, en place de cednis, sa correspondcnce avec le nom grec thya ou thyon, la grande ressemblance de l’arbre avec le cyprès mentionné par Pline, etc., tout indique que le citrus d’Afrique était un arbre conifère du genre des genévriers, des thuyas ou des cyprès.

Donnons, pour terminer, les caractères des bois de nos citres actuels; je ne connais pas le bois du cédratier, maisje le suppose peu différent de celui du citronnier-limonier. Celui-ci est inodore, très- dense, d’un jaune serm, veiné, susceptible d’un beau poli, et peut être employé sur le tour, aux mêmes usages que le buis ; mais il est moins beau. I.e bois de bigaradier est dur, d’un blanc grisâtre fort peu agréable ; enfin, le bois d’oranger est blanc, quelquefois lavé de rouge au centre, sans veines apparentes, sans rien qui le rende utile ou remarquable. Tous ces bois sont inodores.

III. J’ai dit que Risso a établi sous le nom de limettieh {Citrus Limetta) une espèce de citre dont le type paraît être le limonier à fruits doux ou \'à lime douce Ao Gallesio(i), qui se trouvait assez embarrassé sur sa classification, cet arbre se rapprochant des hybrides de l’oranger, dont il n’offre cependant aucune trace dans sa feuille, dans sa fleur (sauf la couleur), ni -dans son fruit. Risso lui donne, comme caractères distinctifs, des pétioles ailés, une corolle très-blanche, 30 étamines réunies 3 par 3, un fruit globuleux, d’un jaune pâle et verdâtre, couronné d’un mamelon obtus ; une écorce de fruit ferme, assez épaisse, insipide ; une baie à 9 loges, à suc doux et fade. 11 y comprend comme variétés : le limdtier limoniforme (“2) ; le limettier à fruit étoilé (3), que Gallesio met au nombre des hybrides de bigaradier, et le limettier bergamottier que Gallesio regarde aussi comme un hybride, mais qui offre les caractères propres aux limettiers. Le bergamottier a les rameaux épineux et les feuilles grandes, ovales-arrondies, portées sur de longs pétioles ailés. Les fleurs sont blanches, pourvues de 20 à 26 étamines ; les fruits sont petits, arrondis, pyriformes, un peu mamelonnés au sommet ; l’écorce en est mince, d’un jaune doré, unie, remplie d’une essence suave et piquante, dont l’odeur particulière fait tout le mérite ; car sa pulpe aigre et amère n’est d’aucun usage. L’écorce était très-usi-

(1) Gallesio, p. 112.

(2) Ferrari, tab. 330.

(3) luEM., tab. 315.

DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

ti.'Ii

tée autrefois pour faire de jolies bonbonnières qui portaient aussi le nom de bergamottes.

L’essence de bergamotte n’cst guère obtenue que par l’expression des zestes ; elle est jaune et d’une densité plus considérable que celle de citrons, car elle pèse 0,880. Elle s’altère aussi beaucoup plus vite dans les flacons où on la conserve, et y forme un dépôt plus ou moins marqué. D’après les expériences de M. 01me et celles de MM. Soubeiran et Capitaine, elle aurait une composition différente et contiendrait une certaine quantité d’oxygène ; ou, tout au moins, elle serait le résultat d’une bydratation de l’essence C'”!!* (1).

IV. Bigaiiadier, Citrus Bigaradia^'tiouy. Duham.; Citrm vulgaris, Risso ; Aurantium vulgare acre, Ferrari (2). Gel arbre {fig. 758) s’élève jusqu’à 8 mètres et porte une tête arrondie et touffue. Ses jeunes pousses .sont anguleuses, épineuses et d’un vert très-clair ; ses feuilles sont ovales-lancéolées, une fois plus longues que larges, articulées sur un pétiole fortement ailé. Les fleurs sont entièrement blanches, très-odorantes, à 20 étamines. Les fruits sont globuleux, recouverts d’un zeste jaune rougeâtre, raboteux et pourvu d’un arôme très-pénétrant ; l’écorce interne est peu épaisse, blanche et très-amère ; la baie est composée de 8 à 12 loges contenant chacune deux graines ou plus, et remplies d’un suc acide et très-amer. Cette espèce, de même que les précédentes, a formé un assez grand nombre de variétés et d’bybrides. Parmi les premières, je citerai le bigaradier à fleurs semi-doubles (Perr., 391) ; le multiflore, dit aussi bouquetier ou riche -dépouille (Perr., •789); V oranger nain ou petit chinois (Perr., âSS); le bigaradier à feuilles de myrte ; le bigaradier cornu (Perr., 409, 415) : parmi les hydrides, il faut distinguer ceux qui participent du limon ou du cédrat, tels que ceux représentés par Ferrari, tab. 311, 313, 315, .321 , 423, dont plusieurs portent les noms de lumie, de pomme d’Adam, de pompoleon, et ceux qui participent de l’oranger, qui sont le bigaradier à fruit doux (Perr., 374) et le bigaradier à écorce douce (Perr., fig. 433, 435).

Le bigaradier est une des espèces les plus utiles du genre et celle dont la médecine fait le plus d’usage. 11 est vrai que l’amertume de sa baie empêche qu’on ne la mange comme fruit d'agrément ; mais on s’en sei t comme d’assaisonnement sur les tables et on en fait des confitures très estimées ; enfin c’est cet arbre, et non l’oranger vrai, qui fournit à la pharmacie les feuilles d'oranger, les fleurs d'oranger qui servent à faire l’eau de fleur d'o-

(1) Jnurn. Pharm., t. XXVI, p. 509.

(2) rerrari, tab. 377, f. 1.

AL'RANTIACÉES. — ESSENCE DE BIGARADE. «RB

ranger et l’essence de néroli, les orangettes el re'co?’ee d'orange amère ; parce que toutes ces parties sont, chez lui, plus sapides et pourvues d’une odeur plus vive et plus pénétrante que dans l’oranger vrai. C’est pour cette raison que le bigaradier est presque le seul cultivé dans les serres des climats froids ou tempérés, sous le nom à’oranger.

FeuilleH A'oranger. — 11 faut les choisir entières, d’une belle couleur verte, fermes, très-aromatiques et d’une saveur amère.

I*eiu ifrain OU orangctieg. — On iiomme petit grain, les petits fruits tombés de l’arbre, peu après la floraison. On en retire par la distillation une huile volatile qui porte le môme nom. Il est vrai que, suivant M. Ilisso et d’autres, l’essence de petit grain est obtenue, en tout ou en partie, par la distillation des feuilles du bigaradier ; mais c’est par une substitution semblable à celle qui fait remplacer souvent les fleurs par les feuilles, dans la préparation de l’eau de fleur d’oranger du commerce. Le nom d’essence de petit grain suffit d’ailleurs pour indiquer que cette essence doit être préparée avec le jeune fruit. On donne le nom A'orangettes aux fruits recueillis avant qu’ils aient atteint le volume d’une cerise. On en prépare une teinture amère qui est très-stomachique ; mais leur plus grand usage est pour la fabrication des pois d'oranges pour les cautères. Car ces pois, qui sont bruns et aromatiques, sont faits avec les orangettes dont on retrouve la structure dans leur intérieur, et non avec le bois de l’arbre, qui est fort dur, blanc et inodore.

Essence d’orange amère. — L’écorce d’orange amère la plus estimée vient de la Barbade et de Curaçao, et porte le nom de curaçao des îles ou de Hollande. Le premier, provenant de fruits non mûrs, est en petits quartiers verts à l’extérieur, épais, durs, compactes, d’une odeur forte et persistante, d’une saveur amère très-parfumée ; le second, provenant de fruits mûrs el ayant été mondé en Hollande de sa pulpe blanche interne, est sous forme d’écorces très-minces, presque réduites à leur zeste, d’un jaune rougeâtre, chagriné à l’extérieur et très-aromatique.

On apporte d’Italie et de Provence des écorces semblables, ou petites et verdâtres, ou plus âgées el jaunâtres, mais non mondées de leur partie blanche interne. Les unes et les antres, mais principalement le curaçao de Hollande mondé, servent à faire une liqueur de table très-estimée, une teinture alcoolique et un sirop, qui sont d’excellents stomachiques et vermifuges.

Essence de bigarade. — Cette essence a une odeur vive et pénétrante, el pèse 0,855. Elle a la môme composition moléculaire que les essences de citron el de cédrat ; mais elle agit beau-

DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

coup plus fortement sur la lumière polarisée, qu’elle fait dévier de 120 degrés vers la droite.

EsRence de iiéroli. — Celle essence est moins fluide que les précédentes, d’une couleur jaune qui brunit à l’air, et d’une pesanteur spécifique de 0,888. D’après MM. Soubeiran et Capitaine, elle se compose de deux huiles dont l’une est d’une odeur trèsagréable et se dissout en grande quantité dans l’eau de fleur d’oranger, tandis que l’autre est presque insoluble dans l’eau et ne .se rencontre que dans l’essence. La première rougit par l’acide sulfurique et communique celte propriété à l’eau distillée.

V. Oranger vrai, Citrus Avrantium, Risso. — L’oranger de Portugal s’élève à la hauteur de 6 à 7 mètres et porte une large tête ronde sur un tronc droit et cylindrique. Ses feuilles sont ovales oblongues, aiguSs, lisses, luisantes, légèrement crénelées, d’un vert foncé, portées sur un pétiole moyennement ailé. Les fleurs sont axillaires, d’un beau blanc, à pédicule court, et réunies deux à six ensemble, sur un pédoncule commun ; elles ont de 20 à 22 étamines et sont toutes hermaphrodites et fertiles.

Les fruits sont globuleux, quelquefois un peu déprimés, revêtus d’un zeste lisse ou peu rugueux, d’un jaune safrané, recouvrant une pulpe mince, blanche, filamenteuse, d’un goût fade, peu adhérente à la baie. Celle-ci, qui forme la presque totalité du fruit, est à 8 ou 10 loges occupées par des vésicules oblongues, pleines d’un suc jaunâtre, doux, sucré, et d’un goût fort agréable. Les graines sont blanches, oblongues, arrondies, volumineuses.

On distingue parmi les variétés de l’oranger celui i\i de Portugal qui est le plus commun : celui de Chine (Ferrari, tab. 427) ; l’oranger à suc rouge; Voranger à écorce douce; celui à écorce épaisse (Ferrari, 379); Voranger à fruit nain; Voranger à fleurs doubles, dont les fruits en renferment souvent un second dans leur intérieur ; Voranger pompelmous d’Amboine {Citrus Aurantium decumanum) qui est peut-être une espèce distincte, remarquable par la grandeur de toutes ses parties, etc. Parmi les hybrides, on compte Voranger à figure de limon ou lime orangée (Ferrari, tab. 383); Voranger à fruit panaché de blanc (Ferrari, 399) ; Voranger à /j’Mfé sfne (Ferrari, 401), etc.

Ainsi que je l’ai dit précédemment, l’oranger à fruit doux se recommande par son fruit, qui est un des plus beaux et des plus agréables que l’on connaisse ; mais il le cède, pour toutes ses autres parties, au bigaradier, ses feuilles et ses fleurs étant pourvues d’une saveur et d’une odeur beaucoup plus faibles, et l’écorce de son fruit, que l’on vend quelquefois comme écorce d’orange amère, s’en distinguant par sa nature spongieuse et par son goût fade ou faiblement amer. L’essence retirée du zeste est la plus légère

TERNSTRŒMIACÉES. — THÉ.

(le celles des Aurantiacées : elle pèse 0,84i non dislillée et, 0,835 lorqu’elle est bien rectifiée. C’est aussi celte qui agit le plus sur la lumière polarisée, qu’elle dévie de 127 degrés vers la droite. Elle porte dans le commerce le nom d’essence de Portvgal.

FAMILLE DES TERNSTRCËMIACÉES.

Arbres ou arbrisseaux à feuilles alternes, sans stipules, souvent coriaces et persistantes. Calice à 5 sépales concaves, inégaux et imbriqués ; corolle à o pétales ou plus, imbriqués et contournés, quelquefois soudés à la base ; étamines nombreuses, souvent réunies par la base de leurs filets et soudées avec la corolle. Ovaire libre, placé sur un disque hypogyne, divisé en 2 et 5 loges contenant plusieurs ovules fixés à leur angle interne. Les styles sont en nombre égal à celui des loges, plus ou moins soudés ensemble, terminés chacun par un stigmate simple. Le fruit présente de 2 à S loges ; il est tantôt coriace ou un peu charnu et indéhiscent ; d’autres fois sec, capsulaire, s’ouvrant en autant de valves qu’il y a de loges ; l’embryon est nu ou pourvu d’endosperme.

Les ternstroemiacées présentent d’assez grands rapports avec les guttiféres. On les divise en six tribus dont une, qui a reçu le nom de Camelliées ou do ThéacéeSjélail d’abord comprise dans les Aurantiacées, puisa formé une petite famille distincte, avant d’ètre réunie aux Terns- Irœmiacées. Une autre tribu, celle des Cochlospermées, plus rapprochée des Malvacées, ne comprend que le seul genre Cochlospermum que je cite ici, parce que, une des deux espèces dont il se compose, le Cochlospermum Gossypium {Bombtix Gossypium, L.), est indiqué par Endlicher dans son Ëiichiridion botanic im, ouvrage si concis et si plein de faits exacts et d’érudition, comme la source delà gomme kutera ou kuleera (hutira) de l’Inde, à laquelle j’ai conservé jusqu’ici, provisoirement, le nom de gomme de Bassora (page 4o3), mais qu’il faut définitivement appeler gomme hutira. Ce môme arbre {Cochlospermum Gossypium) porte, dans une capsule ovale, à S loges polyspermes et à 5 valves, de petites semences réniformes, couvertes d’un duvet blanc, que l’on peut employer aux mêmes usages que le coton. Les semences elles-mêmes, écrasées avant leur maturité, fournissent un suc qui a la couleur de la gomme-gutte. Je ne dirai rien des camellia, arbrisseaux si connus pour l’élégance de leur feuillage et la beauté de leurs fleurs, mais qui ne sont d’aucune utilité pour la médecine, et je me bornerai à parler du thé, dont l’importance commerciale est si grande et dont l’importation procure au fisc, dans plusieurs pays de l’Europe, une ressource considérable.

Thé.

Le thé (fig. 770) se nomme tsja au Japon et Icha en Chine (1),

(1) D’après Kaîmpfer, cependant, le thé se nommerait thèh en chinois.

1530 DICOTYLÉDONES TlIALAMIFLORES.

ce qui ne forme probablement qu’un seul et même nom. C’est un arbrisseau rameux, toujours vert, qui croît Jusqu’à la hauteur de 2 mètres environ. Il a les feuilles alternes non stipulées, pétiolées, légèrement coriaces, ovales-oblongues, pointues, finement dentées. Ses fleurs sont axillaires solitaires , pédonculées , munies d’un calice à 5 sépales imbriqués, dont les extérieurs sont plus petits ; tous sont un peu soudés par la base. Les étamines sont nombreuses, plurisériées, à filaments filiformes, portant une anthère appliquée, oblongiie, biloculaire. L’ovaire est libre, triloculaire, surmonté d’un style triflde et de :t stigmates aigus. Le fruit est une capsule formée de 3 coques arrondies, à déhiscence loculicide, ne contenant chacune ordinairement qu’une grosse semence ronde.

Celle-ci est formée d’un embryon sans endosperme , à cotylédons charnus et oléagineux, et à radicule très-courte et centripète.

On trouve dans le commerce un grand nombre de sortes de thés que l’on rapporte toutes à deux arbustes de la Chine, qui ont été nommés par Linné 7’/iea Bohea et Thca viridü;\& premier ayant les feuilles plus courtes et les fleurs hexapétales, et le second les feuilles plus longues et les fleurs à 9 pétales. Mais d’après les observations de Letlsom, le nombre des pétales peut varier dans les deux arbustes de 3 à 9, de sorte qu’on ne les regarde plus que comme deux variétés d’une même espèce nommée lhea chinensis. Il faut admettre alors que les difl'érences remarquées entre les sortes de thé proviennent en partie de l’âge auquel on a cueilli les feuilles et du mode de leur dessiccation. On fait la récolte des feuilles plusieurs fois par an, et on les fait sécher suides plaques de fer chaudes, où elles se crispent et se roulent comme on le voit dans le thé du commerce. Les feuilles des thés de choix sont, en outre, roulées une à une dans la main. Kniin, je suis porté à croire que la différence qui existe entre les deux sortes principales de thés du commerce, désignées sous les noms de thé verset de thé noir, est due à ce que ce dernier a subi une préparation particulière avant sa dessiccation.

TERNSTRŒKMXC'ÉES. — TBÉ. 637

[Celte supposition se trouve confirmée par le^ renseignements recueillis depuis, et particulièrement par ceux de MM. Grundherr et Herlel (1), desquels il résulte que le thé noir subit, avant d’être soumis au feu, une sorte de fermentation, tandis que les feuilles qui doivent donner le thé vert sont directement torréfiées.]

On distingue ensuite un grand nombre de variétés de thés verti et noirs. Ou compte parmi les premiers ceux dits thé vert ou tonkai, thé songln, thé hayswen-skin, thé hayswen ou hyson, thé perlé ou impérial, thé poudre à canon, thé chulan, etc. On désigne au nombre des seconds, le thé bouy, le congou, le campoui, le souchong ou saotchon, le pekao, le thé en boules, etc. ; je n’en décrirai que six variétés.

Le thé hayswen est en feuilles roulées longitudinalement, d’un vert sombre un peu noirâtre et bleuâtre, d’une odeur agréable et d’une saveur astringente. Lorsqu’on le fait infuser dans l’eau, les feuilles se développent, acquièrent de 30 à 50 millimètres de longueur, de 15 à 20 millimètres de largeur, et une teinte plus verte. Ces feuilles sont ovées-lancéolées, glabres d’un côté, légèrement pubescenles de l’autre, dentées de petites dents aiguës sur leurs bords; plusieurs feuilles sont brisées. La liqueur est jaune, transparente, a une saveur amère, rougit le tournesol, ne précipite ni le nitrate de baryte ni l’o-xalate d’ammoniaque ; forme, avec le nitrate de plomb, un précipité blanchâtre ; avec le nitrate d’argent, un précipité noir ou blanc passant au noir, par la réduction de l’argent; elle réduit de même la dissolution d’or et celle de prolonilrale de mercure, ce qui indicjue dans ce thé un principe avide d’oxygène (le tannin).

Théchuiun. — Ce thé ressemble entièrement, par ses caractères physiques et par les propriétés de son infusion, au thé hayswen ; sa seule différence consiste en une odeur infiniment plus suave, qui passe également dans son infusion, et en rend l’usage très-agréable. Celle odeur n’est pas naturelle au thé; elle lui est communiquée par la fleur de VOlea fragrans, L. (Osmanthrus fragrans. Lour. ; Lanhoa des Chinois). Ce thé est un des plus recherchés.

D’autres sortes de thés paraissent devoir de même leur odeur particulière à d’autres substances aromatiques, telles que les fleurs du Camellia Sesanqua, celles du Mongorium Sambac de la famille des Jasminées, etc.

Le thé perlé diflôre extérieurement du thé hayswen, par sa forme ramassée, comme arrondie, et par sa couleur plus brune

(I) Voii' dans Neues Jahrbuc/i der Pharmacie, X.WIII, 201 ; d'après le Jahresbericht de Wiggers pour 18G7.

(338 DICOTYLÉDONES TlIALAMlFLOREs.

et néanmoins cendrée ; son odeur est plus agréable. Lorsqu’on le fait infuser dans l’eau, il s'en pénètre et se développe plus difficilement. Alors on reconnaît que sa forme arrondie provient de' ce que les feuilles de thé entières, après avoir été roulées longitudinalement, sont en outre repliées et tordues sur elles-mêmes; opération qui a dû se faire à la main, et à laquelle ce thé doit d’êlre moins accessible à l’humidité, et de conserver plus longtemps son parfum et ses autres propriétés. Les feuilles de thé perlé développées sont entièrement semblables à celles du thé hayswen, seulement elles sont un peu plus petites. L’infusion est un peu plus foncée et légèrement trouble; du reste, elle jouit des mêmes propriétés.

poudre à. canon. — Ce thé paraît roulé encore plus fin que le thé perlé; cependant il provient de feuilles plus grandes et semblables à celles du thé hayswen ; mais ces feuilles ont toutes été coupées transversalement en trois ou quatre parts avant d’êlre roulées, ce qui est la seule cause de la petitesse de son grain. Son infusion ressemble entièrement à celle du thé perlé.

Thé noir, thé houy, thé «ouciiong. — Ces sortes de thés sont d’un brun noirâtre, d’une odeur agréable, d’une saveur moins astringente que le thé hayswen. Ils sont beaucoup plus légers, plus grêles, et, comme lui, seulement roulés dans leur longueur.

Le thé noir, infusé dans l’eau, se développe facilement; ses feuilles sont elliptiques ou lancéolaires, dentées, brunes, plus épaisses que le thé hayswen, comme membraneuses et élastiques, mêlées de pétioles. L’infusion a une odeur agréable, une saveur moins amère que celle du thé hayswen, une couleur orangée brune. Cette infusion rougit le tournesol, ne précipite pas le nitrate de baryte, et réduit la dissolution d’or ; précipite en fauve le nitrate de plomb ; précipite de même sans les réduire les nitrates d’argent et de mercure, ce qui indique l’absence presque totale du principe avide d’oxygène contenu dans les précédentes sortes.

Le thé pekao me paraît n’ôtre que la sorte précédente plus choisie. Il a la même couleur brune, la môme forme, la même saveur; seulement son odeur est plus agréable, et il est mêlé de petits ülets argentés, qui ne sont autre chose que les dernières feuilles delà branche non encore développées, et plus pubescentes que les autres : son infusion est entièrement semblable à celle du thé bouy.

Ce que je viens d’exposer sur ces six sortes de thés ne contredit en aucune façon l’opinion émise précédemment, qu’elles ne proviennent que d’une espèce végétale: eu effet, le thé ckulan n’est que du thé hayswen aromatisé artiüciellement ; le thé pou-

TERNSTRŒMIACÉES. — THÉ. bSU

dre à canon n’est que du thé vert haché et roulé ; le thé perlé ne me semble différer du thé hayswen que parce que ses feuilles sont un peu plus petites, ce qui peut tenir à ce qu’on les a récoltées dans un âge moins avancé; enfin, l’infusion de ces quatre sortes exerce une même action réduclive sur les dissolutions d’or, d’argent et de mercure.

Quant au thé bouy et authé pekao, qui différent des autres par leur couleur brune, et par l’absence du principe avide d’oxygène, on pourrait les croire produits par une espèce distincte; mais il est possible aussi que leur différence résulte de ce que les feuilles récoltées auraient été traitées par l’eau ou par la vapeur d’eau, ou soumises à un commencement de fermentation avant leur dessiccation; car l’une ou l’autre de ces opérations aurait en effet pour résultats la coloration en brun des feuilles et l’altération du principe oxygénable: ce qui me semble appuyer cette opinion, c’est que le thé bouy n’est pas toujours entièrement privé de la propriété de réduire les dissolutions d’argent et de mercure.

[Parmi les substances qui entrent dans la composition chimique du thé, il faut signaler d’une manière particulière ; 1° l’huile essentielle, qui est la cause de son arôme : elle est jaunâtre, épaisse, d’une odeur de thé très-forte et étourdissante ; 2° la théine découverte dans le thé par M. Oudry, en 1827 et qui a été reconnue par MM. Jobst et Mulder, identique avec la caféine; 3° enfin un autre principe azoté, queM. Péligot a signalé et qu’il rapproche du caséum du lait (1).]

C’est en 1606 qu’on a commencé à faire usage du thé en Europe ; depuis il est devenu d’un usage si général, qu’on en importe annuellement plus de 20 millions de livres. C’est â i’occasion d’une taxe sur le thé que les États-Unis d’Amérique se sont séparés de l’Angleterre. L’infusion de thé est stimulante, stomachique, très-bonne pour les indigestions et pour arrêter le vomissement.

[Cette planle précieuse a été introduite dans diverses régions. 11 y a une quinzaine d’années, on l’a transportée dans les Indes orientales, dans les montagnes de Neilgherries, sur la côte de Malabar (2). Vers 1838, M. Fortune, chargé d’une mission spéciale, en apportait des échantillons de Chine aux États-Unis (3). Enfin le Brésil en cultive dans diverses provinces et, d’après le catalogue des produits de cette nation à l’Exposition universelle.

(0 Houssaye, Monographie du ihé. Paris, 18i3, 98.

(2) Voir Phannaceut. Journal, 2* série, 1, 3J1.

(3) Pharmaceut. yourm/, 2' série, I, 429.

«iO DICOTYLÉDONES TIIALAMIFLORES.

la culture du thé donne de belles espérances fondées sur les qualités et le rapport abondant de cette plante (1).]

Succédanés du thé. — L’usage presque universel du thé esl cause que dans plusieurs pays on en a donné le nom aux feuilles de diverses plantes susceptibles d’être prises en boisson Ihéiforme. L’une d’elles a môme acquis une grande importance commerciale dans l’Amérique méridionale : c’est le thé du Paraguay. dont la recherche a coûté pendant si longtemps la liberté à notre célèbre botaniste Bonpland. Cette plante est une espèce de \\o\ix, llex pai'agariensis, que M. Auguste Saint-Hilaire a trouvé au Brésil sous le nom de Aruore de mate; de sorte que les nations qui en font usage pourront se soustraire au monopole du gouvernement du Paraguay en la tirant du Brésil.

Les feuilles de cet arbrisseau, telles qu’on les trouve dans le commerce, sont toujours brisées et même presque pulvérisées, afin d’en déguiser la nature. Ces feuilles ont une odeur assez prononcée et une saveur un peu astringente; on les emploie en infusion comme le thé (2).

Dans l’Amérique septentrionale on fait usage des feuilles de Vllex vomit oria, sous le nom de thé des Apalaches. Au Pérou, on fait un commerce fort considérable des feuilles de coca, Erythroxylum Coca, de la petite famille des Érylhroxylées. Ces feuilles, qui n’ont qu’une saveur faiblement aromatique et amère, jouissent d’une propriété excitante qui peut aller jusqu’à causer l’ivresse. Les Indiens et les mineurs, surtout, en mâchent continuellement et paraissent trouver dans cet usage un puissant remède contre la fatigue. On a donné aussi le nom de thé du Mexique au Chenopodium ambrosioides, et celui de thé d’Europe à la véronique et à la sauge. Cette dernière plante a môme pendant quelque temps été envoyée en Asie en échange du thé de la Chine ; mais l’usage en a été passager, tandis que ce dernier est devenu un objet de nécessité en Europe.

FAMILLE DES TILIACÉES .

Arbres, arbiisseaux, très-rarement plantes herbacées, à feuilles alternes, accompagnées de deux stipules le plus souvent caduques. Fleurs complètes, pourvues d’un calice à 4 ou ü sépales libres ou plus ou moins soudés ; corolle à 4 ou S pétales insérés à la base d’une glande ou d’une squammule, entiers ou lacérés au sommet, rarement

(1) L'empire du Brésil à l’Exposilion universelle de 1867 à Paris. Rio de Janeiro, 1867, p. 189.

(7) Voy. Marvaud, les aliments d'épargne, alcool et boissons aromatiques. î' édition, Paris, 1874.

TILIACKES. — TILLEUL D’EUROPE.

fiil

nuis. Étamines le plus souvent indéfinies, insérées sur le torus ; à filaments filiformes, libres ou légèrement soudés à la base. Anthères biloculaires, s’ouvrant par une fente longitudinale ou par un pore terminal. L’ovaire présente de 2à tO loges, contenant chacune un ou plusieurs ovules attachés à leur angle interne. Le style est simple, terminé par un stigmate lobé. Le fruit est une capsule à plusieurs loges et polysperme, ou un drupe monosperme par avortement. Les graines contiennent un embryon droit ou un peu recourbé, dans un endosperme charnu.

Les Tiliacées forment deux sous-familles, les Tiliées et les Élœocarp'ées : les premières ont les pétales entiers ou rarement nuis, et les anthères à déhiscence longitudinale; les secondes ont les pétales incisés et les anthères s'ouvrant au sommet par une valvule transversale. Les unes et les autres se recommandent à différents titres dans les contrées qui les produisent ; naais je n’en citerai que deux espèces appartenant aux Tiliées. L'une est la corette potagère OU mélochie [CorchoruS olilofius, L.), plante égyptienne cultivée dans plusieurs parties de l’Asie, de l’Afrique et de l’Amérique, à cause de ses feuilles que l’on mange cuites et assaisonnées. L’autre espèce, qu’il nous importe davantage de connaître, est notre tilleul d’Europe.

l'Ulcul d’Europe.

filia europœa, L. — Les tilleuls sont des arbres élevés, à feuilles alternes, simples, cordiformes, dentées, et dont les fleurs sont disposées en corymbes sur un pédoncule commun qui sort du milieu d’une bractée longue et linéaire. Le calice est à 5 divisions caduques; la corolle est à 5 pétales oblongs, alternes avec les sépales, nus intérieurement ou accompagnés à la base d’une %wfe staminifère. Les étamines sont nombreuses, libres et insérées sur le réceptacle, ou partagées en cinq groupes portés par les ligules; l’ovaire est libre, globuleux, velu, terminé par un style et par un stigmate en tète, à.*) lobes. L’ovaire est divisé intérieurement en 5 loges dispermes. Le fruit est un carcérule globuleux, coriace ou ligneux, à 5 loges monospermes, dont quatre avortent ordinairement. L’embryon est droit, formé de deux cotylédons foliacés, dans l’axe d’un endosperme cartilagineux.

Le tilleul d’Europe a les pétales dépourvus de ligules et les étamines libres, par conséquent. Il présente un assez grand nombre de variétés dont plusieurs ont été élevées au rang d’espèces; tels sont le tilleul à large» feuilles, dit tilleul de Hollande {l'ilia platyphylla, Scop.) ; le tilleul àpetltes feuilles ou à feuilles d’orme, nommé aussi tilleul sauvage OU tillot {Ttba mict'ophylla,

GU..OB.T, Drogue,, 7. édU. ^ T. Ht. - 41

642 DICOTYLÉDONES THALAMIFLOHES.

Vent.) ; tilleul rouge {Tilia rubra, D C.), dont les jeunes branches fle.\ibles sont colorées en rouge, etc. Quant au tilleul argenté de Hongrie qui se trouve représenté figure 771, il se distingue des précédents par ses feuilles glabres et d’un vert foncé en dessus, revêtues en dessous d’un duvet court et serré ; et par ses Heurs d’une odeur analogue à celle de la jonquille, et dont les pétales sont pourvus d’une ligule staminifère, comme les tilleuls de l’Amérique septentrionale, ce qui avait l'ait supposer d’abord qu’il était originaire de cette partie du monde.

Le bois de tilleul est blanc, assez léger, facile à travailler.

Il est employé par les menuisiers, les boisseliers, les tourneurs, les sculpteurs et les sabotiers. La seconde écorce de tilleul (ou le liber) est très-fibreuse, difficile à rompre et sert à faire des' cordes à puits. Les feuilles de tilleul se couvrent, pendant l’été, d’une exsudation Fig. 7n. - Tilleul argenté. mielleusc ct siicréc, récoltéc

par les abeilles, et la sève de l’arbre, obtenue par incision du tronc, peut fournir du sucre cristallisé, ou, mise à fermenter, elle produit une liqueur vineuse assez agréable au goût.

Les fleurs de tilleul sont pourvues d’une odeur douce et agréable, qui parfume l’air vers la fin de juin ; elles attirent les abeilles qui viennent y puiser un miel abondant. On en fait un fréquent usage en médecine, comme antispasmodiques, étant employées sèches en infusion théiforme. Cette boisson, qui est très-agréable, peut aussi, jusqu’à un certain point, remplacer le thé. Les fleurs récentes, distillées avec de l’eau, fournissent une essence liquide et incolore qui est peu connue. L’hydrolat préparé avec les fleurs sèches est très-usité comme antispasmodique dans les potions.

Diptérocarpées. — Petite famille très-voisine des Tiliacées, composée d’arbres de la première grandeur, habitant l’Inde et les lies de l’archipel Indien, et pourvus de sucs huileux ou résineux, d’une grande utilité pour les pays qui les produisent; mais ils arrivent peu jusqu’à nous. Au nombre de ces arbres se trouve

TILIAGÉES. — CAMPHRIER. 643

d’abord le Dryobalanops Camphora {fig. 772), nommé aussi camphrier de Bornéo OU de Sumatra, dont j’ai décrit le Camphre naturel (1). Plusieurs Z)e/>te/’ocaryo«s, arbustes très-voisins des ZJryo-

Fig. 77S. — Camphrier de Bornéo.

balanops, fournissent une résine balsamique utilisée comme poix navale, comme encens dans les temples, ou comme médicament vulnéraire et cicatrisant.

Le premier de tous est le Diplerocarpus triuervis de Java, arbre immense dont la résine fait partie d’onguents employés contre les ulcères invétérés, et remplace le copahu dans tous ses usages, lorsqu’elle est dissoute dans l’alcool. Le Diplerocarpus lœvts, arbre de l’Inde, étant ineisé à la hache et approché d’un feu doux, fournit une grande quantité d’une huile balsamique, dite Wood-oü ou baume de Gurgun (2), très-usitée comme vulnéraire et en place de vernis. Le S/iorea robusta de l’Inde produit également une résine qui passe pour une espèce de dammar, et le

(I) T. Il, p. 417.

(v) Voir page 470.

(ji4 DICOHLÉDONES THALAMIFLORES.

Vattria indica a été regardé, pendant un certain temps, comme la source de la résine animée orientale ou copal dur lorsqu’on imaginait que celte résine provenait de l’Inde (page 456).

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