‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou Cours d'histoire naturelle professé à l'École supérieure de pharmacie de Paris. Tome troisièmeChapitre 12 sur 139 · T. HI · texte numérisé non relu

T. HI

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Ces expériences ont été reprises par d’autres auteurs, entre autres par M. Flückiger.et plus récemment par M. Caries, dans sa thèse inaugurale à l’École de pharmacie, et elles ont été en tous points confirmées. M. Caries a employé pour ses expériences des écorces très-diverses, et entre autres celles du Calisayn. Or, avec ce quinquina, sur lequel M. Weddell s’était particulièrement appuyé pourémettre son opinion, M, Caries est arrivé aux résultats suivants :

Écorces entières . j

Couches péridermiques. | ^^""hon'ine Couches Ubériennes . J chîchonine.

Actuellement, il ne parait pliis douteux que le siège des alcaloïdes ne soit dans le parenchyme cellulaire, et particulièrement dans les couches e.xtérieures les moins riches ou même tout à fait pauvres en fibres libériennes.

Une circonstance que les derniers voyageurs ont surtout remarquée, pouvait du reste faire prévoir une pareille solution du problème. Les conditions climatériques qui paraissent les plus favorables à la production des alcaloïdes sont les p'ius contraires au développement des fibres corticales. Les troncs qui ont prospéré dans les vallées chaudes des Andes, sont remarquables par la prédominance de leurs fibres sur les autres tissus: ils renferment peu de principes actifs. Les individus de la même espèce, sous l'influence des froids tempérés des hauteurs, deviennent au contraire riches en alcaloïdes, tandis que le tissu du liber cède la place aux zones cellulaires.

Cette influence de l’exposition et de la hauteur sur la richesse des écorces paraît bien constatée (1) pour plusieurs espèces, les C. lancifolia, C. Pitayensis, C. succirubra, etc., etc., et il est probable que les observations ultérieures ne feront que confu mer et étendre les résultats de ces premières recherches.

§ IV. CoMMi RCE DES QUINQUINAS. — Lc quinquina est l’un des articles les plus importants du commerce de l’Amérique tropicale. Le seul État de la Bolivie a donné, d’après M. Weddell (2), trois millions de livres d’écorce en deux ans (1850-1831), malgré les restrictions apportées à la récolte par le gouvernement ; les autres régions cinchonifères ne sont pas moins productives.

Comment cette écorce est-elle récoltée? Quelles préparations

(1) Voir Howard, iOid., et possint.

(2) Weddell, Voyage dans la BoUvie.ÿaxï^, 1849, in-8.

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subit-elle après sa séparation de l’arbre? Par quelles voies arrivet-elle jusqu’à nous? Ce sont tout autant de questions intéressantes qui méritent de nous arrêter quelques instants.

Rien n’est plus curieux que la récolte des quinquinas, telle que nous l’a dépeinte M. Weddell. Les difficultés de tous genres que rencontrent les cascarilleros k la recherche de ces espèces précieuses, sont au-dessus de toute idée, et elles font de cette première partie de l’opération commerciale le privilège presque exclusif des indigènes. Les quinquinas vivent rarement en groupe, le plus souvent ils se trouvent isolés au milieu des forêts vierges ; leurs troncs, chargés de lianes ou entourés d’une végétation luxuriante, échappent facilement à l'œil. Il faut, pour reconnaître leur présence, savoir proQter du plus léger indice. « Souvent les feuilles sèches que rencontre le cascarillero, en regardant à terre, suffisent pour lui signaler le voisinage de l’objet de ses recherches, et, si c’est le vent qui les a amenées, il saura de quel côté elles sont venues. Un Indien est intéressant à considérer dans un moment semblable, allant et venant dans les étroites percées de la forêt, dardant la vue au travers du feuillage ou semblant flairer le terrain sur lequel il marche, comme un animal qui poursuit une proie, se précipitant enfin tout à coup, lorsqu’il a cru reconnaitre la forme qu’il guettait, pour ne s’arrêter qu’au pied du tronc, dont il avait deviné pour ainsi dire la présence. Il s’en faut de beaucoup cependant que les recherches du cascarillero soient toujours suivies d’un résultat favorable ; trop souvent il revient au camp les mains vides et ses provisions épuisées; et que de fois, lorsqu'il a découvert sur le flanc de la montagne l’indice de l’arbre, ne s’en trouve-t-il pas séparé par un torrent ou par un abîme ! Des journées peuvent alors se passer avant qu’il atteigne un objet que, pendant tout ce temps, il n a, pour ainsi dire, pas perdu de vue (1). »

Arrivé au pied de l’arbre, le cascarillero le coupe aussi près que possible de la racine; il le débarrasse ensuite des arbres voisins qui le soutiennent, ou des lianes qui l’entourent. Alors seulement le tronc et les branches principales sont accessibles, et la décortication peulcommencer. L’écorce, débarrassée du périderme par un massage préalable, est profondément incisée jusqu’au contact des couches ligneuses; des lignes longitudinales circonscrivent de longues planchettes rectangulaires ; le couteau pénètre ensuite dans la couche génératrice et sépare peu à peu l’écorce des parties profondes. La même opération est répétée sur les branches et sur les rameaux, avec la seule différence que

(I) A\ eddell, Hisl. nat. des quinquinas, p. 10.

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le périderme est conservé dans ces portions plus jeunes de la

plante.

Les écorces doivent ensuite être séchées, et c’est un des points importants de leur traitement ; car leur qualité peut varier du tout au tout, suivant le soin qu’on aura mis à cette opération. Les grosses écorces doivent rester plates, et, pour leur conserver cette forme, « après une première exposition au soleil, on les dispose les unes sur les autres en carrés croisés, comme sont disposées les planches dans quelques chantiers, et, sur la pile quadrangulaire ainsi composée, on charge quelque corps pesant. Le lendemain, les écorces sont remises pendant quelque lemps au soleil, puis de nouveau rétablies en presse, et ainsi de suite; on laisse enlin se terminer le dessèchement dans ce dernier état (Weddell). » Ce sont les écorces en plancha ou tabla. Les écorces des jeunes branches {canutusou canutillos) sont en cylindres creux, et elles prennent d’elles-mômes cette forme par la simple exposition au soleil.

Toutes ces opérations terminées, il reste encore au ca^carillero la tâche la plus difficile; il doit transporter lui-même son fardeau à travers les sentiers de la forêt que, libre, il a déjà eu tant de peine à parcourir. « Il y a tel district où il faut que le quinquina soit porté de la sorte pendant quinze ou vingt jours avant de sortir des bois qui l’ont produit (Weddell). »

Le cascarillero est d’ordinaire au service d’une compagnie, et il rapporte son butin à un majordome chargé de veiller à la récolte. Ce dernier s’établit au voisinage de la forêt et reçoit les écorces qui lui arrivent de divers côtés. Il les choisit et en fait des espèces de bottes, enveloppées et cousues dans un gros canevas de laine, qu’il expédie à dos d’homme ou de mulet dans les dépôts voisins. Les écorces sont alors emballées dans des caisses, ou enveloppées d’un cuir frais qui se dessèche sur elles; ces derniers ballots portent le nom de surons et serons. C’est sous ces deux formes que sont expédiés les quinquinas par les dillérents ports du Pacilique ou de l’Atlantique.

Le centre le plus ancien d’exploitation est sans contredit celui de Loxa, dans la république de l'Équateur. C’est de celle localité que provenait probablement le quinquina qui guérit la comtesse d’ElGinchon ; c’est là que La Gondamine rechercha la première espèce de Cinchona, et déjà à cette époque elle y était devenue •rare. Des écorces d’apparences diverses en ont été successivement exportées: la forme primitive {old crown bavk) a été depuis longtemps remplacée dans le commerce par des formes très-voisines, désignées sous le même nom générique, et qui appartiennent comme elles à la classe des quinquinas à base de cincbonine.

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Toutes nous arrivent d’ordinaire par le port de Payla, soit en caisses, soit en suroiis.

C'est dans le même port que s’embarquent les quinquinas de Jaen, bien moins célèbres que les précédents et dont l’époque d’introduction dans le commerce est très-incertaine. Jaencslde la même zone à quinquina que Loxa et relativement peu éloigné de cette localité.

La région voisine du Ghimborazo, qui s’étend sur le revers oriental de la chaîne maritime depuis cette haute montagne jusqu’à l’Assuay, est la patrie du quinquina rouge, si apprécié de nos jours par sa richesse en principes actifs. L’arbre provenant de ce district était probablement exploité dès la seconde moitié du xviii' siècle. En 1779, le commerce en reçut des écorces pour la première fois. Leur aspect tout nouveau inspira d’abord de la méfiance, mais bientôt les négociants anglais en apprécièrent toute la valeur, et dès lors les demandes ont été toujours en augmentant. Les quinquinas de celte espèce arrivent par la voie de Guayaquil en caisses et en surons ; leur exploitation parait relativement bornée, à en juger par la rareté des écorces et leur prix excessif.

Jusqu’en 1776, les quinquinas de l’Équateur furent les seuls répandus dans le commerce. Mais, à celte époque, don Francisco Ilenquifo découvrit de nouvelles espèces à Cuchero et à Huanuco, dans le bas Pérou, et celte partie des possessions espagnoles commença dès lors à fournir son contingent à la médecine. Les écorces connues sous le nom de quinquina gris de Lima ou de quinquina de Huanuco, se répandirent surtout vers 1783 et furent en grande réputation jusqu’en 1813. Depuis lors, elles n’arrivent que rarement dans le commerce, et le district de Huauuco produit principalement des écorces piales sans épiderme, qui rentrent dans la catégorie des quinquinas jaunes. Gallao, port de Lima, a toujours été le point d’embarcation de ces produits péruviens.

En môme temps que le Pérou, la Nouvelle- Grenade offrait au gouvernement espagnol de nouvelles richesses. Au milieu d’écorces très-inférieures en qualité, ce pays envoyait à la métropole des quinquinas jaunes dont la valeur ne saurait être aujourd’hui contestée ; mais diverses causes, et probablement la juste défaveur jetée sur quelques produits provenus de la môme source, discréditèrent ces espèces et les firent rejeter du commerce espagnol. Les Anglais, les Allemands, les Italiens en firent plus de cas, et, depuis vingt ans environ, « ces quinquinas ont acquis une telle vogue, qu’ils entrent aujourd'hui pour plus de moitié dans la consommation générale, et que leurs prix ri-

valisent avec ceux des Calisaya et leur sont môme supérieurs.

«Leurs principaux marchés sont Londres, Paris el New-York. Ils sont suiTout appliqués à la fabrication du sulfate de quinine, et l’on ne saurait en évaluer en moyenne à moins de 12,000 balles l’exporlation annuelle.

« Ils viennent, en général, en sacs de cuir connus sous le nom de surons ou serons, du poids de .50 à 60 kilogrammes, quelquefois en sacs de grosse toile d’aloès, jamais eu caisses.

« Les principaux ports d’exportation sont Sainte-Marthe ou Savanilla, plus rarement Carlhagène sur la mer des Antilles, et Buenaventura sur le Pacifique (1).

Vers la fin du dernier siècle s’ouvrait également au commerce européen un centre important d’exploitation. Les forêts de la Bolivie fournissaient une écorce d’une valeur supérieure, longtemps méconnue à cause de l’engouement général pour les écorces de Loxa et du Pérou, mais qui devait cependant se faire une des premières places parmi les produits de l’Amérique méridionale. C’était le quinquina Calisaya, dont la concurrence devint redoutable pour les autres espèces, quand l’analyse chimique eut démontré, en 18-20, qu’il l’emportait sur toutes en principes actifs. Dès lors, les cascarilleros se répandirent dans les forêts (le la Bolivie, et menacèrent par leurs exploitations de faire disparaître tous les C. Calisaya. Le gouvernement dut prendre des mesures, régler la coupe des arbres, et finalement monopoliser la récolte, en traitant directement avec une compagnie, seule autorisée à l’exploitation. C’est par cet intermédaire que les écorces arrivent en Europe. Elles sont en surons et s’embarquent à Arica, sur la côte du Pérou. Une tentative récente, faite par M. Rada, permet d’espérer que ces quinquinas si importants pourront nous arriver plus facilement et à moins de frais par la voie de l’Amazone et de ses affluents (2).

A part ces produits importants, il s’en est introduit dans le commerce un grand nombre de qualité inférieure , exportés quelquefois comme espèces distinctes, mais le plus souvent mêlés aux écorces actives. Tels sont par exemple les quinquinas Huamalies, arrivant d’ordinaire avec les quinquinas gris, depuis la fin du dix-huitième siècle ou le commencement du dix-neuvième; les écorces de Cuzco, qui ont paru, en 1829, à la fois à Bordeaux, à Hambourg et en Angleterre, et qui servent trop sou-

(1 Rampon, notes inédites. (Les notes inédites, que M. Rampon avait bien voulu nous fournir en 1864 pour notre travail sur les Quinquinas, ont été reprises avec de nouveaux développements dans V Annuaire de thérapeutique Aq M, Bouchardat pour l’année 1860.)

(2) Voir Howard, Journal ofbotany, n“ i.xxi, novembre 1868, p. 353.

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vent aujourd’hui à falsifier le quinquina Galisaya ; enfin le quinquina de Maracaybo, qui ne contient que trôs-peu d’alcaloïdes, et se trouve probablement depuis une trentaine d’années dans le commerce européen. \

§ V. Introduction des quinquinas a Java et dans les Indes Anglaises (1). — A côté de ces centres d’exploitation qui s’épuisent à fournir l’Europe de quinquinas, nous pouvons heureusement signaler un certain nombre de points où, grâce à la prévoyance de gouvernements éclairés, sont établies ces espèces précieuses, et où elles ont toutes chances de se multiplier toujours davantage. La Hollande, d’une part, l’Angleterre, de l’autre ont la gloire de cette grande entreprise, que la France, à la sollicitation de M. Weddell, avait tentée la première, et dont elle a fourni aux autres puissances les premiers matériaux. C’est en effet des serres du .Muséum, et des graines apportées par .M. Weddell, que sont sortis les premiers plants de Cinchonas qui ont été plantés comme essai dans les Indes hollandaise et anglaise (2).

Le gouvernement hollandais a le premier mis sérieusement la main à l’oeuvre. En 1852, le ministre des Colonies proposa lui-mème la culture des quinquinas dans File de Java, et sa proposition fut approuvée. M. Charles Hasskarl, antérieurement attaché au Jardin de Buitenzorg, à Java, fut chargé de cette mission difficile. Il partit presque aussitôt pour Lima, traversa les deux Cordillères, et arriva dans la province de Jauja; mais ce fut surtout vers le district de Carabaya qu’il poussa ses investigations. Il fit dans cette province une provision de jeunes plants de Calisaya, et, après les avoir soigneusement empaquetés, de façon à les garantir à la fois des froids excessifs des hautes régions et de la chaleur tropicale de la plaine, il retourna vers la côte, chargé de ce riche butin. Une frégate l’attendait au port d’Islay, sur laquelle étaient préparées des caisses à la Ward. Grâce à ces précautions, les quinquinas arrivèrent à Batavia en décembre 1854, sans avoir trop souffert de leur trajet. Une forêt de Liquidambar Aliingiana avait été détruite pour leur faire place, et c’est sur ce nouveau sol, à cent milles environ de Batavia, qu’ils furent d’abord transplantés. On s’aperçut bientôt que cette position ne leur convenait guère. Le niveau était trop peu élevé, et

( I) Nous ongageoiis toutes les personnes qui désireraient avoir sur ce sujet des détails plus nombreux, à lire l’intéressant rapport de MM. Léon Soubeiran et Augustin Delondre : /Je l’introduction et de t’accliinidation des Cinc/ionos dans les Indes Néerlandaises et dons tes Indes Britanniques {Bulletin de la Société d’acclimainlion, années I867-18C8).

(?) Voir Weddell, Culture des quinquinas {Actes du congrès internationat de botanique, 1867).

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par suite les chaleurs trop fortes pour les quinquinas. Un champignon (espèce de lihizomorpha) se développait entre l’écorce et le bois et menaçait de comprometlre tous les plants ; un ennemi d’un autre genre, un insecte du genre Dermestes ou un Bostrischus attaquait profondément le bois, de telle sorte que toute la récolte du docteur Hasskarl aurait été bientôt perdue si l’on n’avîiit changé les conditions d’existence des jeunes arhres, en les transportant dans un endroit plus frais et plus élevé.

Deux espèces, de valeur très-inégale, formaient le fond de cette récolte : le C. Calisaya, et une espèce nouvelle décrite par M. Howard sous le nom de Pahudiana, pauvre en principes actifs. C’est celte dernière qui s’esl le mieux trouvée des conditions climatéritiues de Java. En 1839 elle ne comptait pas moins de 98,838 pieds jeunes ou déjà en pleine terne de C Pahudiana, et seulement 3,201 Calisaya ; à ces deux espèces principales, il fallait joindre alors :

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