‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou Cours d'histoire naturelle professé à l'École supérieure de pharmacie de Paris. Tome troisièmeChapitre 121 sur 139 · MALVACÉES. — CACAO · texte numérisé non relu

MALVACÉES. — CACAO

rome, est Irôs-estimé. Les autres cacaos non terrés sont ceux de ]IIarag;iian, de Para, de Saint- Dominique, de la Blartintque, etc.; ils sont généralement petits, aplatis, à épisperme adhérent, plus rouges il l’extérieur et d’une saveur un peu âcre et amère. On les emploie seuls pour la fabrication des chocolats communs, ou mélangés avec les cacaos terrés pour les chocolats de bonne qualité. Ils servent, préférablement au cacao caraque, pour l’extraction du beurre de cacao, d’abord à cause de l’infériorité de leur prix, ensuite parce qu’ils en fournissent un peu plus.

La composition des semences de cacao n’est pas encore parfaitement connue. Elles contiennent environ moitié de leur poids d’huile solide, un principe colorant rouge soluble dans l’alcool, un principe tannant qui précipite les dissolutions de fer en vert, de la gomme, pas d’amidon, enfin un principe azoté cristallisable, analogue à la caféine et qui a reçu le nom de théobromine. Pour obtenir ce principe, on épuise les semences pulvérisées, au moyen de l’eau bouillante ; après le refroidissement des liqueurs, on sépare le beurre; on flllre, on précipite avec précaution le liquide filtré par l’acétate de plomb. On prive la liqueur de l’excès de plomb par l’hydrogène sulfuré, et l’on évapore à siccité, à la température du bain-marie. On traite le produit par l’alcool bouillant qui laisse déposer par refroidissement ou concentration une poudre cristalline qui est la théobromine.

Cette substance est faiblement amère, peu soluble dans l’eau, l’alcool et l’éther, inaltérable â l’air ; elle brunit et se volatilise en partie à une température supérieure à 2o0 degrés; elle paraît composée de C“HS^O‘.

A froid, le beurre de cacao est solide et cassant comme de la cire; il se fond par la seule chaleur des mains, et, lorsqu’il a été liquéfié au feu, il redevient solide entre le 26’ et le 21’ degré centigrade. Il a une couleur jaune pâle, une odeur agréable et une saveur très-douce. Suivant MM. Pelouze et Boudet, il consiste en une combinaison de stéarine et d’oléine, et se convertit uniquement , par la saponification, en acides stéarique et oléique.

11 est arrivé une fois dans le commerce, venant de Cayenne ou de Caracas, du beurre de cacao en pains, ayant la forme d’un tiers de tronçon de cylindre, pesant chacun 500 grammes, et enveloppés dans des feuilles de Maranta, comme ta plupart des productions de ces contrées. 11 est remarquable que ce beurre n’offre pas la moindre rancidité depuis dix ans et plus qu’il existe dans mon droguier et dans celui de l’École ; tandis que le beurre de cacao préparé dans nos pharmacies se rancit avec une

Goibouri, Drogues, édit. ^2

6S8 DICOTYLÉDONES TllALAMIFLORES.

grande promplitiule, à moins qu’on ne le soumette au mode de conservation que j’ai indiqué ailleurs (1).

On connaît à la Guadeloupe, sous le nom d’ome dei bas un arbre de la tribu des Byttnériacées que Linné avait compris dans le genre Theobroma, sous le nom de Theobroma ulmifoha, mais dont Lamarcka formé un genre différent, sous le nom de Guazuma ulmifolia. L’écorce de cet arbre a été quelquefois employée, sous le nom d'écorce d'orme, à la clarification du sucre.

FAMILLE DES LINÉES.

Cette petite famille a été établie par DeCandolle pour le genre Lmum de Linné, que Jussieu avait associé aux Curyophyllées, mais qui jg trouve presque intermédiaire entre cette famille et celles des Milvacées et des Géraniacées.

Les lins sont desplanles annuelles ou vivacis, à feuilles linéaires trèsentières, dépourvues de stipules. Fleurs complètes, régulières, terminales, souvent paniculées; calice persistant à 5 sépales ; corolle à 3 pétales onguiculés, contournés, quelquefois un peu soudés par la base avec l’anneau formé par les étamines. Étamines au nombre de 5 alternes avec les pétales, raonadelphes par la base, entremêlées de de'nts opposées aux pétales, qui doivent être considérées comme des étamines avortées. Ovaire globuleux, le plus souvent à 3 loges, rarement moins. Styles en nombre égal aux loges, libres, terminés par un stigmate simple. Capsule globuleuse, souvent surmontée par la base persistante des styles, formée de carpelles verticillés, il marges induplicatives, bivalves au sommet, divisés en deux petites loges par une cloison incomplète, née du centre du fruit. Une semence dans chaque petite loge, ovale, comprimée, inverse, pourvue d’un tégument extérieur, coriace et brillant, et d’une endoplèvre charnue simulant un eudosperine. Embryon nu, à cotylédons plans, elliptiques, oléagineux • radicule supôre, contiguS au hile. ’

On connaît plus de cinquante espèces de lins dont le plus grand nombre habitent l’Europe et l’Asie tempérée. L’espèce principale est le lin cultivé, Linum usitatissimum, L. [fig. dont la tige est simple, glabre, ronde, menue, haute de 65 centimètres, garnie de feuilles longues, étroites et pointues. Ses fleurs sont disposées en un corymbe paniculé, terminal; lès sépales sont ovales-aigus, membraneux à la marge ; les pétales sont bleus, crénelés à la partie supérieure, trois fois plus lonf^s que le calice. Les semences sont petites, aplaties, ballantes et contiennent, sous un épisperme coriace très-iriche en principe

(I) Guibourt, Pharmacopée raisonnée, ou Traité de Pharmacie. Paris 1847

CARYOPHYLLÉES. 689

gommeux, une amande huileuse. On en retire l’huile très en grand pour le besoin des arts ; mais cette huile, obtenue par la torréfaction de la semence, est âcre, irritante et nauséabonde : on peut en obtenir une beaucoup plus douce, et qui est quelquefois prescrite à l’intérieur, par la seule expression à froid de la farine de lin ; mais il faut pour cela employer de la farine que l’on ait préparée soi-même; car celle du commerce contient souvent du son ou d’autres matières amylacées, ou tout au moins du tourteau provenant de l’extraction de l’huile ; et ces mélanges rendentimpossible l’extraction de celle que l’on désire obtenir.

La farine de lin est employée en cataplasme, et la graine eutièrel’est en infusion ou en décoction. La tige du lin, soumise aux mêmes apprêts que le chanvre, peut être convertie en fil et en tissu. Le plus rie- n • — Lin cultive, beau lin vient du Nord.

Vauquelin a fait l’analyse du mucilage de graine de lin, obtenu par la décoction des semences dans l’eau. Il y a trouvé de la gomme, une matière azotée, de l’acide acétique libre, des acétates de potasse et de chaux, du sulfate et du chlorure de potassium, des phosphates de potasse et de chaux, enfin de la silice (1).

FAMILLE DES CARYOl’UYLLÉES.

Plantes herbacées, à tiges noueuses et articulées, à feuilles simples, opposées ou verticillées, privées de stipules. Fleurs terminales ou axillaires ; calice à 4 ou S sépales distincts ou soudés entre eux ; corolle à S pétales onguiculés, manquant rarement. Étamines en nombre égal à celui des pétales, ou double. La corolle et les étamines sont insérées sur un forus plus ou moins élevé qui porte l’ovaire ; ovaire ovoïde ou oblong, présentant de 2 à 3 loges et surmonté d’autant de styles libres, couverts intérieurement de papilles stigmatiques. Ovules nombreux attachés à l’angle interne de chaque loge. Le fruit est une capsule le plus souvent uniloculaire (2), à 2-8 valves qui s’ouvrent le plus souvent seulement par le sommet, sous forme de dents : d’autres fois complètement de haut en bas. Les semences sont plus ou moins nombreuses, portées sur un trophosperme central, tantôt planes et membraneu-

(1) Vauquelin, Ann. de chim., LXXX, 314.

(2) Très-rarement une baie.

660 DICOTYLÉDONES TllALAMIFLORES.

ses, tantôt arrondies ; elles contiennent un ennbryon périphérique,

roulé autour d’un endosperme farineux.

La famille des caryophyllées peut se diviser en deux tribus dont voiciles caractères, les genres et quelques-unes des espèces principales.

I. Alsinêes. Calice à sépales libres ; pétales courts ou sans onglet

Fig. 778. — Stellaria.

II. SiLÉNÉEs. Calice gamosépale, tubuleux, à 5 dents ; pétales longuement onguiculés.

Lychnide visqueuse. .

Croix de Jérusalem. . .

Nielle des blés .

Behen nostras .

Silène visqueux .

Cornillet baccifère. . .

Saponaire officinale.

►- d’Espagne .

— d'Orlent .

Œillet de poète .

— mignardise .

— giroflée .

— rouge ou à ratafia.

Lijchnis viscosa, L.

— chalcedonica, L.

— Githago, Lam.

( Silene inflata, Smith, j Cucubalus Behen, L.

Silene viscosa, Pers.

Cucubalus bacciferus, L.

Saponaria officinalts, L.

Gypsophylla Struthium, L.

Dianthus barbatus, L.

— plumarius, L.

— Caryophyllus, L.

- ruber.

Qilillet ron^t;.

Dianthus Caryophyllus, L. — Les œillets sont caractérisés par un calice tubuleux à S dents, entouré à la base de 2 ou de plusieurs bractées imbriquées. Les 5 pétales sont longuement onguiculés, crénelés ou incisés au sommet; les étamines sont au nombre de 10; l’ovaire est surmonté de 2 styles; la capsule est uniloculaire ifig. 778); les semences sont comprimées, peltées, convexes Id’un côté, concaves de l’autre; l’embyron est à peine courbé. L’œil

CAKYOPHYLLÉES. — SAPONAIRE OFFICINALE.

let rouge (Dianthus Caryophyllus ruber) croît naturellement dans le midi de la France, en Espagne et en Italie. Sa racine, qui est ligneuse et fibreuse, produit plusieurs tiges étalées à la base, ensuite redressées, lisses, cylindriques, noueuses d’espace en espace, rameuses à leur partie supérieure, hautes de 40 à 65 centimètres, d’un vert glauque ainsi que les feuilles et les calices. Les feuille^ naissent à chaque nœud de la tige, opposées, sessiles, linéaires, lancéolées, canaliculées, trèsaigues au sommet. Les fleurs sont pédonculées, solitaires à l’extrémité de chaque rameau, entourées à la base du calice par des écailles ovales et très-courtes; «elles ont une odeur très-suave, analogue à celle du girolle, une couleur pourpre foncé, dans la plante sauvage ou non altérée par la culture; mais elles sont doublées, nuancées et panachées d’une infinité de manières, dans les variétés produites dans les jardins. Pour l’usage des pharmaciens et des liquoristes, on cueille des œillets rouges lorsqu’ils viennent de s’épanouir, et l’on en prend uniquement les pétales, dont on a soin encore d’enlever l’onglet. Alors on les fait sécher rapidement dans une étuve, ou bien on les emploie récents à la confection du sirop d’œillet, lequel forme un médicament cordial fort agréable.

Saponaire officinale.

Sapomria officinalis, L. (fig. 780).

Cette plante a la tige noueuse et les feuilles opposées et entières des caryophyllées, et ne diffère guère des œillets que par l’absence des bractées à la base du calice. Elle croit en France, près des haies et des ruisseaux, et se cultive aussi dans les jardins. Ses tiges sont droites, hautes de 50 à 65 centimètres, garnies de feuilles ovales-lancéolées presque sessiles, glabres comme toute la plante, d’un vert un

Fig. 779.

Dianthos.

662 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

peu jaunâtre, marquées de trois nervures longitudinales. Ses fleurs, qui paraissent en juillet et août, sont disposées en faisceaux corymbiformes, à la partie supérieure de la tige ; elles sont d’un rose très-pâle et d’une odeur douce et agréable. Les feuilles de saponaire ont une saveur un peu amère et salée. Elles communiquent à l’eau la propriété de mousser comme l’eau de savon et celle de nettoyer les étoffes, ce qui a valu à la plante son nom officinal et celui plus vulgaire de savonnière; mais les racines sont préférables pour cet usage. Elles sont longues, menues, noueuses comme la tige, d’un gris brunâtre au dehors, jaunâtres en dedans. Dans la racine sèche l’épiderme est ridé longitudinalement; l’écorce est mince, grise, presque transparente, en partie isolée du bois ; elle a une saveur mucilagineuse d’abord et nauséeuse, qui finit par devenir très-âcre à la gorge. Le bois est d’un jaune serin, poreux, spongieux sous la dent, d’une saveur douceâtre. Toutes les parties de la plante sont employées en médecine, comme fondantes et dépuratives.

On trouve mentionnée, par Berzelius, une analyse de la racine de saponaire, faite par Bucholz, de laquelle il résulte que cette racine ne contient pas d’amidon et qu’elle est formée, sur 100 parties, de :

Résina brune et molle . 0,25

Matière mousseuse, soluble dans 1 eau et dans 1 alcool

(saponine impure) . 34,00

Gomme soluble dans l oau . 33,00

Fibre ligneuse . i2,25

Apothème d’extrait . 0,25

Eau . 13,00

Racine de Saponaire d’Orlent.

Cette racine se trouve dans le commerce en morceaux longs de 12 àSO centimètres, et épais de 25 à SO millimètres; elle est cylindrique, assez droite, et couverte d’un épiderme jaunâtre, interrompu par quelques lignes transversales blanches. La partie corticale qui se trouve sous l’épiderme est blanche, d'une saveur fade et mucilagineuse, qui devient ensuite âcre et persistante. La partie centrale est jaunâtre, dure, compacte, d’une structure rayonnée. La poudre de la racine est blanche; elle fait éternuer, même à distance ; la teinture d’iode ne la colore pas (la racine de saponaire officinale se comporte de même); elle devient gluante par la macération dans l’eau, et le liquide filtré, qui est presque incolore, mousse très-fortement par l’agitation.

La racine qui nous occupe parait être le Struthion de Dioscoride, qui, déjà de son temps, était employé au dégraissage des

POLYGALÉES.

laines. Cet usage, qui s'est perpétué dans l’Orient et dans quelques parties de l’Europe, paraissait cependant ignoré, lorsque, il y a une trentaine d’années, on commença à nous rapporter cette substance, d’abord pulvérisée, puis entière. Elle fut prise d’abord pour la racine du Brymia abyssinica, Lamk. ; mais Théodore Marlius a rencontré plus juste en l’attribuant à une gj'psophylle, genre de plantes très-rapprochées des saponaires, soit le Gypsophylla Struthium, L., connu sous le nom de Saponaire d’Espagne, soit quelque autre espèce orientale {G. paniculata, altissima, etc.). Depuis un savant a prétendu, contre toute espèce de raison, que la saponaire d’Oricnt était produite par le Leontice Lecntopetalum L., de la famille des Berbéridées. Or la racine de cette plante est figurée et décrite partout comme un tubercule noirâtre, en forme de pain orbiculaire aplati, semblable à celui du Cyclamen europœum, mais plus volumineux. Quel rapport le savant en question pouvait-il trouver entre un semblable tubercule et la racine blanchâtre, pivotante, longue de plus de 60 centimètres, qui forme la saponaire d’Orient?

M. Bussy a retiré de la saponaire d’Orient, par le moyen de l’alcool, une substance blanche, pulvérulente, douée d’une saveur âcre, très-soluble dans l’eau, à laquelle elle communique, même en dissolution très-étendue, la propriété de mousser fortement par l’agitation. Cette substance, à laquelle la saponaire d’Orient doit évidemment ses propriétés, a reçu le nom de saponine. Elle est neutre, non volatile, et formée seulement de carbone, d’hydrogène et d’oxygène (1). [Elle se dédouble en glucose et en sapogénine. Elle appartient donc au groupe des glucosides.]

FAMILLE DES POLYGALÉES.

Petit groupe très-naturel, mais d’affinités douteuses ; compris d’abord dans les Pédiculaires de Jussieu, puis comparé aux Papillonacées dont il diffère beaucoup, il présente plus de rapports avec les Droséracées, les Violariées et les Fumariacées.

Herbes ou arbrisseaux à feuilles éparses, simples, entières, sans stipules. Fleurs complètes irrégulières ; calice ordinairement à S sépales, dont 3 extérieurs petits et égaux, et 2 intérieurs latéraux, beaucoup plus grands et pétaloïdes, mais persistants. La corolle est à 3 ou S pétales insérés sur le réceptacle, alternes avec les folioles du calice, soudés par la base avec le tube des étamines; 2 pétales postérieurs sont rapprochés et répondent à l’étendard des Papillonacées ; le pétale opposé ou l’antérieur (carène) est plus grand, concave, unilobé et pourvu d’appendices au sommet, ou trilobé et nu ;il renferme les organes

(1) Voy., pour plus de détails, le Journal de pharmacie, t. XIX, p. i.

664 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

sexuels. Les deux pétales latéraux sont très-petits, squammiformes ou tout à fait nuis (genre Pulyyala). I.es étamines sont au nombre de 8, rangées en deux groupes égaux, et portées sur un tube fendu, formé parla soudure des filets. Chaque partie du tube porte donc 4 anthères, lesquelles sont droites, uniloculaires et s’ouvrent par un pore terminal ou par une petite fente courte. I/ovaire est libre, comprimé, biloculaire ; le style est terminal, simple, courbé, terminé par un stigmate creux, irrégulier. Le fruit est une capsule comprimée, biloculaire, s’ouvrant par la marge des loges (souvent uniloculaire paravortemenl), contenant dans chaque loge une semence pendante, souvent accompagnée d’une sorte d’arille ou de caroncule ; endosperme charnu, peu développé ou nul. Embryon homotrope, droit, axile, de la longueur de l’endosperme.

Le genre Pobjgalo, qui est le plus nombreux et le plus important de cette petite famille, renferme des espèces très-nombreuses répandues par toute la terre, et principalement dans les contrées tempérées de l’hémisphère boréal. Ce sont des plantes à suc laiteux, très-actives, abandonnées aujourd’hui comme la plupart des médicaments ; mais que leur action éméto-catharlique , diurétique, sudorifique et fortement stimulante, devrait pouvoir rendre utiles dans plusieurs maladies graves dont on sait fort bien suivre et constater les progrès sans tenter souvent beaucoup d’efforts pour les arrêter.

Palygrala de Virginie.

Polygala Senega, L. {fig, 781).

— Cette plante croît dans l’Amérique septentrionale. Sa racine estvivace, formée de grosses fibres tortueuses; elle produit plusieurs tiges un peu couchées à la base, puis dressées, hautes de 30 h 40 centimètres, pubescentes, garnies de feuilles alternes, lancéolées, Fig. 781. — Polygala de virginie. sessiles, glabres. Les fleurs sont blanchâtres, tachetées d’un peu de rouge, disposées en grappes lâches à l’extrémité des rameaux; leur pétale inférieur (carène) n’est pas frangé.

La racine de polygala de Virginie, telle que le commerce nous la présente, varie depuis la grosseur d’une plume jusqu’à celle du petit doigt.’ Elle est toute contournée, remplie d’éminences cal-

POLYGALÉES. — POLYGALA DE VIRGINIE.

leuses, et terminée supérieurement par une tubérosité difforme. On y remarque une côte saillante qui, suivant toutes les sinuosités de la racine, va du sommet à l’extrémité. L’écorce en est grise, épaisse, comme résineuse; le meditullium ligneux est blanc. La saveur de la racine, d’abord fade et mucilagineuse, devient âcre, piquante, excite la toux et la salivation ; son odeur est nauséeuse, sa poussière trôs-irritante. La racine de polygala, récente, est employée en Amérique contre la morsure des serpents venimeux; telle que nous l’avons, c’est encore un médicament très -actif, qui a été reconnu utile contre l’hydrotborax, le catarrhe pulmonaire, le croup, l’ophthalmie purulente, le rhumatisme aigu, etc. On peut l’administrer en poudre à la dose de quelques décigramraes à un gramme, ou en décoction aqueuse, à celle de 4 à 8 grammes. Il est émétique et purgatif à la dose de 8 à 16 grammes.

D’après une analyse deGehlen, faite en 1864 et rapportée par Berzelius, la racine de -polygala Sencga contient, sur 100 parties :

Résine molle . 7,50

Principe âcre nommé sénegine . 0,15

Matière extractive, douceâtre et âcre . 26,85

■Gomme mêlée d’un peu d’albumine . 9,50

Matière ligneuse . 46

Pour procéder à cette analyse, on épuise la racine pulvérisée par de l’alcool rectifié et l’on distille l’alcool jusqu’à siccilé. On traite le résidu pulvérisé par l’éther, jusqu’à ce que celui-ci ne dissolve plus rien. L’éther dissout la résine molle, qui est d’un rouge brun, onctueuse, très-fusible, odorante, amère, de nature complexe et contenant un acide qui rougit le tournesol. La partie de l’extrait alcoolique non dissoute par l’éther est traitée par l’eau froide, qui dissout la matière extractive douceâtre et un peu âcre. Le nouveau résidu est la sénégine que Gehlen aurait dû purifier par une nouvelle solution alcoolique, et alors on ne peut guère douter qu’il ne l’eût obtenue tout à fait semblable hV acide polygalique de M. Quevenne (1), que l’on doit considérer comme le principe âcre du polygala, amené à l’état de pureté. Cet acide polygalique est blanc, pulvérulent, inodore, d’abord peu sapide, mais devenant bientôt d'une âcreté strangulante. Sa poudre irrite fortement le nez et la gorge et excite l’éternument. Il est peu soluble dans l’eau froide, mais facilement soluble dans l’eau tiède, soluble dans l’alcool, plus à chaud qu’à froid, et s’en précipite en partie par le refroidissement. Il est complètement insoluble dans l’éther et dans les huiles fixes et volatiles. Sa dissolution aqueuse, mousse fortement par l’agitation, et il est évident que ce corps est de même nature que la

(1) Quevenne, Journ. pharm,, t. X\II, p. 460.

666 DICOTYLÉDONES TIIALAMIFLORES.

salseparine et la saponine. Ses propriétés acides sont peu énergiques: il ne déplace pas l’acide carbonique de ses combinaisons.

[L’acide polygalique a donné à M. Bolley, sous l’influence de l’acide chlorhydrique, un dédoublement en glucose et en sapogénine : ce qui lui a permis de réunir trés-étroitement ces deux produits, qui ont la même formule chimique (t).]

Poljgala vulgaire.

Pohjgala vulgarü, L. Celle plante est commune en France, dans les lieux herbeux, montagneux, non cultivés. Ses liges sont grêles, simples, étalées b leur base, un peu redressées à leur partie supérieure, longues de 16 à 27 centimètres, garnies de feuilles lancéolées-linéaires. Ses fleurs sont petites, ordinairement bleues, quelquefois rougeâtres ou blanches, disposées en une grappe serrée dans la moitié supérieure des tiges. A la première vue, la plante ressemble à une véronique. Le commerce nous offre sa racine et sa tige non séparées et séchées. La tige est menue, cylindrique et d’une couleur verte ; la racine est longue de 25 à 30 millimètres, de 2 à 3 millimètres de diamètre, figurée comme le polygala de Virginie, mais moins contournée, plus unie et n’olTrant pas la côte saillante qui distingue l’autre espèce ; sa couleur est plus foncée à l’extérieur, et son intérieur, presque entièrement ligneux, a une saveur très-faiblement aromatique, puis un peu âcre, sans amertume bien sensible; elle a une odeur faible, non désagréable. Celte racine est très-peu usitée.

Haiine «le poljgala nmer, Polygala amara, L. Celle espèce ne diffère guère de la précédente que parce qu’elle est plus petite dans toutes ses parties et que ses feuilles radicales sont obovées et plus grandes que celles de la tige. Elle s’en distingue aussi par sa saveur amère très-marquée : on lui attribue également plus de propriétés médicales, mais il est rare de trouver le polygala amer dans le commerce, et ce qu’on donne sous ce nom n’est ordinairement que du polygala vulgaire.

Rarlne de Ratanhia.

Krameria triandra, IL P. (fig. 782). Les Krameria sont mis à la suite des Polygalées dont ils ne peuvent être séparés; mais ils en diffèrent assez cependant pour qu’on doive au moins en former une tribu distincte. Ces plantes ont un calice à 4 divisions, rarement à 5, soyeuses en dessus, colorées en dedans; les pétales sont au nombre de 5, dont 2 postérieurs orbiculaires, sessiles, un peu

(I) Voir Procter, On PohjgaKc acid [Pharm, Journ.fi • série, I, p. 570'.

POLYGA.LÉES. — RATANniA.

épais, et 3 antérieurs, séparés des premiers, allongés, soudés par leurs onglets. Les étamines sont au nombre de 3 ou 4, sousmonadelphes à la base, à anthères terminales, biloculaires, s’ouvrant par un double pore. Le fruit est globuleux, indéhiscent, couvert de poils terminés en aiguillon ; il ne présente à l’intérieur qu’une loge et une semence inverse, à test membraneux et à ombilic nu. L’embryon est dépourvu d’endosperme, et formé de 2 cotylédons bi-auriculés à la base, embrassant une radicule supère. L’espèce qui nous fournit la racine de ratanhia croît au Pérou. Ses fleurs sont pourvues de 4 pétales d’un rouge foncé à l’intérieur, et n’ont que 3 étamines.

La racine de ratanhia est ligneuse, et divisée en plusieurs radicules cylindriques, longues, ayant depuis la grosseur d’une plume jusqu’à celle du pouce; elle est composée d’une écorce rouge brun, un peu fibreuse, ayant une saveur très-astringente, non amère , et d’un cœur entièrement ligneux, très-dur, d’un rouge pâle et jaunâtre. Gomme ce cœur a moins de saveur et de propriétés médicales que l’écorce, il convient de choisir les racines les plus petites, ou au moins les moyennes, parce qu’elles contiennent proportionnellement plus de cette écorce que les grandes.

[A côté de ce Ratanhia officinal il faut citer quelques espèces, qui s’introduisent de plus en plus dans le commerce et tendent à y prendre chaque jour de l’importance. Ces sortes commerciales ont été bien étudiées par M. Gotton (1), dont nous e.\lrayons les renseignements suivants.

Pendant longtemps on n’a connu comme espèce commerciale que le ratanhia du Pérou, et si quelques auteurs ont mentionné les racines d’autres espèces de Krameria mêlées à la forme offi-

(1) Gotton, Élude comparée sur le genre Krameria et les racines qu’il fournit à la médecine (Thèse de l’école de pharmacie de Paris, 186S). Le résumé qui suit est extrait en grande partiade notre Rapport sur le concours pour le prix des thèses de la Société de pharmacie de Paris [Journal de Pharm. et de Chirn,, 4' série, VIII, 428).

Fig. 782. — Ratanhia.

668 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

cinale, ils en ont méconnu l’origine et n’ont rien su de positif à leur égard. C’est en 1815 qu’arrive pour la première fois sur le marché de Londres un ratanhia d’aspect particulier, venant par Savanille, à l’embouchure du fleuve Magdalena. Cette sorte nouvelle se répand; elle tend à remplacer la racine du Pérou, et dès lors de divers points de la mer des Antilles partent de nouveaux produits qui ne ressemblent plus au vrai ratanhia de Savanille. Les droguistes continuent cependant à les désigner tous sous le même nom. De là une confusion au milieu de laquelle on peut cependant reconnaître les types suivants :

1“ Ratanhia du Pérou déjà décrit,

2“ Ratanhia de la Nouvelle-Grenade ou Ratanhia de Savanille proprement dit, à racines courtes, tortueuses, grisâtres, à cassure nette, à écorce friable, adhérente au bois, à saveur astringente sans amertume. C’est l'espèce arrivée la première en assez grande abondance sur le marché de Londres, et dont on n’a connu l’origine qu’en 1865 par les soins de M. Hanbury. Ce savant pharmacologiste, profitant d’une mission de M. Weir à la Nouvelle-Grenade, provoqua de la part de ce voyageur des recherches qui l'amenèrent à trouver sur le lieu môme de l’exploitation la plante qui fournit le ratanhia de Savanille, M. Hanbury y reconnut sans peine un Krameria voisin de VIxina. M. Triana, auquel il la montra ensuite, n’hésita pas à l’identifier avec la plante qu’il avait récoltée lui-même dans la Nouvelle-Grenade et qui a été décrite sous le nom de K. Ixina, B. granatensis, Triana et Planch., M. Gotton, examinant les échantillons types de M. Triana, croit devoir les rapporter au Krameria tomentosa, Saint-Hilaire.

Cette plante est sous-frutescente; la tige est cylindrique, couverte comme le reste de la plante d’un duvet fin, brun jaunâtre plus ou moins foncé ; les feuilles sont alternes, ovales ou elliptiques, terminées par une pointe aiguë, coriaces, tomenleuses, souvent marquées de 3 nervures dorsales. Les fleurs sont rouges, dressées sur un pédoncule court, tomenteux, muni vers son milieu de deux bractées opposées ; elles ont un calice à 4 sépales ; une corolle à 5 pétales, dont les 3 supérieurs à limbe lancéolé, sont réunis à la base par les onglets; les 2 inférieurs sont beaucoup plus courts, tronqués obliquement au sommet; les étamines sont au nombre de 4, charnues, presque égales, glabres; le fruit est globuleux, garni d’aiguillons crochus, de couleur rosée, garnis eux-mêmes de petits aiguillons blancs, dirigés de haut en bas.

3“ Ratanhia du Brésil ou du Para. Ratanhia des Antilles, de M. Cotton. Ce ratanhia a longtemps servi à falsifier le ratanhia du Pérou, mais il n’est arrivé en quantités dans le commerce qu’après le ratanhia de Savanille, qu’il tend maiutenant à rem-

POLYGALÉES. — RATANHIA.

placer. Quoiqu’on l’ait souvent confondu avec ce dernier, il s’en distingue facilement à ses racines longues, droites et cylindriques; il présente du reste deux formes bien reconnaissables : d’une part des racines noirâtres, marquées de nombreuses fentes transversales, revêtues d’une écorce très-friable; de l’autre des racines de couleur fauve, à stries longitudinales, à écorce plus résistante. Ces variations correspondent probablement à des espèces botaniques distinctes. M. Cotton rapporte la première forme au K. Ixina; la seconde, avec doute, au K. Spartioides ou à une espèce voisine.

4° Nous n’indiquerons que pour mémoire te Ratanhia du Texas, qui n’a comme sorte commerciale qu’une importance très-secondaire en Allemagne, nulle en France. 11 est produit par le K. lanceolata, et se présente sous forme de racines longues, cylindriques, recouvertes d’une écorce spongieuse, adhérant peu au bois, marbrée sur sa face interne.

D’après les recherches des chimistes Vogel, Gmelin, Peschier, Soubeiran, Trommsdorf, on peut indiquer dans la racine de ratanhia: du tannin ; un principe extractif rouge peu soluble; une espèce de sucre : ces deux derniers corps proviennent;probablement, d’après M. Cotton, du dédoublement du tannin; de la gomme; de la fécule; une matière mucilagineuse; quelques sels; un acide mal déterminé.

Le tannin a été étudié avec soin par M. Cotton, qui l’a obtenu dans un état de plus grande pureté que les chimistes qui l’avaient précédé. Ce tannin se présente sous la forme d’écailles luisantes, légèrement verdâtres. Il est susceptible, sous l’influence des acides, de se dédoubler en glucose et en rouge kramérique. Cette môme transformation se reproduit sous l’influence de la chaleur : le rouge qui se forme dans cette circonstance s’oxyde au contact de l’air et prend alors une teinte noirâtre.

Les caractères chimiques permettent de distinguer les diverses espèces de ratanhia. Par la manière dont il se conduit sous l’action des dissolvants, le ratanhia du Pérou se sépare nettement de tous les autres. Son tannin est moins altérable; le rouge qu’il fournit est d’une teinte plus claire, enfin ses solutions aqueuses présentent une série de réactions caractéristiques, dont nous n’indiquerons qu’une seule. La potasse et la soude colorent la liqueur, mais sans former de précipité, tandis que, dans les mêmes conditions, elles troublent abondamment la solution préparée avec le ratanhia des Antilles et de la Nouvelle-Grenade. Ces deux derniers présentent des rapports bien plus intimes; leurs tannins se conduisent de la même manière, et pour distinguer l’une de l’autre leurs solutions aqueuses, M. Cotton n’a trouvé

DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

qu’un procédé délicat et qu’il faut employer avec beaucoup de précautions pour réussir. Traitée d’abord par du bichlorure de mercure et un excès d’ammoniaque, mise ensuite à refroidir, la décoction de ratanbia de la Nouvelle-Grenade se colore, sous l’action du protoclilorure d’étain, en un beau rouge qui ne se produit point dans la décoction du ratanbia des Antilles.]

Le commerce nous fournit quelquefois l’extrait de ratanbia tout préparé. 11 est sec, cassant, à cassure vitreuse, presque noire , d’une saveur très-astringente, donnant une poudre d’une couleur de sang. Ces propriétés le rapprochent beaucoup du kino, dont il est assez difficile de le distinguer, même à l’aide des réactifs chimiques {voy. page 43(i).

Le ratanbia et son extrait sont employés comme astringents et toniques, dans les hémorrhagies, les écoulements vénériens, etc.

FAMILLE DES VIOLARIÉES.

Herbes ou arbrisseaux à feuilles alternes (très-rarement opposées) et stipulées. Fleurs axillaires, pédonculées, irrégulières ou régulières; calice à 5 sépales libres ou légèrement soudés ; corolle à 5 pétales irréguliers ou réguliers, dont le pétale Inférieur se prolonge à sa base, dans le premier cas, en un éperon plus ou moins allongé. Les étamines, au nombre de S, sont presque sessiles, à anthères bilocula ires contiguës latéralement; les 2 étamines correspondantes au pé tale inférieur sont souvent pourvues d’un appendice lamelliforme recourbé , qui s’enfonce dans l’éperon. L’ovaire est globuleux , uniloculaire, contenant un grand nombre d’ovules attachés à 3 trophospermes pariétaux. Le style est simple, coudé à sa base, renflé à sa partie supérieu re qui se termine par un stigmate couvert de glandes et percé latérale ment. Le fruit est une capsule uniloculaire, s’ouvrant en 3 valves, po rtànt chacune un trophosperme chargé de graines, pourvues à la base d’une petite caroncule charnue. L’embryon est droit, placé dans l’axe d’un endosperme charnu.

Les Violariées passent pour être plus ou moins vomitives. Cette propriété est surtout manifeste dans les racines de plusieurs violettes d’Amérique, dont on a formé le genre lomdiwn, et qui sont usitées comme succédanées de l’ipécacuanha. Les ayant mentionnées à la suite de cette dernière racine, pages 94 et 93 de ce volume, je]crois inutile d’y revenir. Parmi les espèces d’Europe, il n’y en a guère que deux qui soient usitées en médecine.

'Violette odorante.

Viola odorata,ll.[fig.^S3). Car. gén. .-calice à 5 divisions presque égales, prolongées au-dessous du point d’insertion, dressées après l’anthèse; 3 pétales inégaux, dont le plus inférieur est pro-

’ VIOLARIÉES. — VIOLETTE. 671

longé à la base en un éperon creux; 5 étamines à anthères rapprochées, surmontées d’un appendice membraneux, les deux antérieures étant pourvues d’un appendice dorsal qui s’enfonce dans l'éperon.

La violette odorante croît dans les bois et se cultive dans les jardins. Sa racine est cylindrique, horizontale, munie de fibres menues. Elle donne naissance à des jets traçants, semblables à de petites tiges couchées , garnies à leur extrémité supérieure de plusieurs feuilles pétiolées, cordiformes, glabres, crénelées sur le bord, plutôt obtuses qu’aiguës. Les fleurs naissent immédiatement des rejets, portées sur des pédoncules aussi longs que les feuilles ; les divisions du calice sont ovées-obtuses ; l’éperon est trèsobtus; le stigmate est crochu et nu; la capsule est renflée et velue; les semences sont turbinées et blanchâtres; tes pétales sont d’un bleu-pourpre, sauf l’onglet, qui est d’un blanc verdâtre. Une variété a les fleurs blanches .

Les fleurs de violettes paraissent au mois de mars et durent peu. Il faut les récolter dans les premiers moments de leur épanouissement, parce qu’elles sont alors d’une plus belle couleur bleue, et que plus tard elles deviennent pourpres. Elles sont douées d’une odeur très-douce et très-agréable; elles se doublent par la culture.

On a cru pendant longtemps sur l’autorité de Lemery et de Baumé, que les violettes simples étaient préférables aux doubles, pour la couleur et l’odeur; mais en 1810, M. Mouchon ayant annoncé que les pharmaciens de Lyon se servaient exclusivement de violettes doubles, dont ils avalent reconnu la supériorité, j’ai pris dos renseignements sur les violettes que l’on peut se procurer à Paris, et j’ai appris qu’on en trouve de quatre sortes :

1° Une variété de Viola odorata, nommée violette de» quatre saison», parce qu’elle fleurit plusieurs fois dans l’année; on la cultive sous châssis, pendant l’hiver; les fleurs paraissent à la fin de février, et sont les premières que l’on vende dans la ville, sous forme de petits bouquets.

2“ La seconde variété est la violette simple cultivée (Viola odorata), qui donne vers le milieu de mars et vient principalement de Monreuil. Elle est bien odorante et d’une belle couleur bleue.

DICOTYLÉDONES TIIALAMIFLORÈS.

3“ A la fin de mars arrive la violette dei boU que l’on altribue au Viola canina, l,. (1), apportée par les gens de la campagne. Les pétales sont inodores et d’un pourpre un peu pâle et rougeâtre. Ces pétales se vendent à Paris- moitié du prix des fleurs précédentes, ce qui engage beaucoup de personnes à les employer.

4“ Enfin, dans le courant d’avril, paraissent les violettes cultivées doubles (variété du viola odorata), fournies par les jardiniers de Paris el des environs. Elles sont d’une belle couleur bleue, trfts-odorantes, et l’essai que j’en ai fait m’a prouvé qu’elles sont préférables à la violette cultivée simple: la plus inférieure est la violette des bols (2).

Quelques personnes recommandent, pour faire sécher la fleur de violette, de l’arroser préalablement d’eau chaude, afin d’enlever une matière mucilagineuse qui fermente pendant ou après la dessiccation, et détruit très- promptement la couleur; mais cette méthode est défectueuse, car les pétales, mouillés et collés les uns contre les autres, sèchent moins promptement et s’altèrent plus que lorsqu’on ne leur a fait subir aucune préparation. On obtient de la fleur de violette fort belle en étendant simplement les pétales en couches minces dans une éluve, et en la renfermant, lorsqu’elle est bien sèche, dans des bocaux de petite dimension et hermétiquement fermés (3).

Les pharmaciens jaloux de donner véritablement de la fleur de violette sèche à ceux qui lê désirent doivent, la faire sécher eux-mémes; car tout ce qu’on trouve dans le commerce comme fleur de violette n’est que de la fleur de pensée tricolore [viola tricolor, L.) récoltée dans le Midi, et séchée avec son calice.

La racine de violette a quelquefois été employée comme émétique ou purgative. Elle est de la grosseur d’une plume, tortueuse, irrégulière, munie d’un grand nombre de radicules chevelues, formée d une écorce fongueuse facilement détruite par les insectes, et d’un méditullium dur et ligneux : elle est d’un jaune blanchâtre, d’une odeur faible, indéterminée, et d’une saveur peu sensible. Les semences de violette ont aussi quelquefois été prescrites comme purgatives,.et font partie de l’électuaire de rhubarbe composé, dit catholicum double; elles ont à peu près le volume et l’apparence du millet, mais elles sont huileuses à l’intérieur. Boulay (4) a retiré des différentes parties de la violette (racines, feuilles, fleurs et semences) un principe alcalin, amer, âcre, vireux et même vénéneux, auquel il a donné le nom de viuline.

(I) Viola camna, L.— Stigmate sous-réfléchi, couvert do papilles. Tige ascendante, rameuse, glabre. Fouilles cordées^; stipules acuminées,%èmnen< découpées en dents de peigne; sépales subulés; pédoncules glabres. Capsule allongée, à valves acuminées; semences piriformos, brunes,

(S) Journal de chimie médicale de 1842, p. 464.

(3) Guibourt, Pharmacopée raisonnée, p. 746.

(4) Boullay, Recherches analytiques sur la violette {Mémoires de l’Académie de médecine, 1828, t. I, 417).

ClSTiNÉES.

Violette tricolore ou Pensée.

Herbe de la Trinité, Viola tricolor, L. Car, sjm. : stigmate urcéolé, couvert de poils fasciculés, à ouverture grande et munie d’un labelle ; style atténué du sommet à la base : capsule obscurément hexagone; 3 pétales inférieurs à onglet barbu ; éperon court et obtus; semences oblongues-ovales. Racine sous-fusiforme. Tige triangulaire diffuse. Feuilles oblongues incisées; stipules pinnatifides.

La pensée vient naturellement dans les champs de l’Europe, de la Sibérie et de l’Amérique septentrionale. Elle présente de très-grandes variations dans la forme de ses feuilles, dans la couleur et la grandeur de ses fleurs suivant les lieux où elle croît, et ses variétés cultivées ont encore été modifiées presque à l’infini. Les deux variétés principales, pour nous, sont celles qui portent en France les noms de pensée sauTstre et de pensée cuitiTée. La première, dite Viola tricolor arvensis, croit dans les champs, les terres cultivées et les jardins. Sa tige est rameuse, redressée, glabre, haute de 16 à 22 centimètres. Ses fleurs sont axillaires et portées sur des pédoncules plus longs que les feuilles; les pétales sont à peine plus longs que le calice, d’un blanc jaunâtre mélangé de violet pâte ; la capsule est globuleuse, glabre, s’ouvrant en 3 valves et remplie d’un grand nombre de petites semences blanches. Toute la plante a une saveur mucilagineuse non désagréable, et est employée comme dépurative.

La pensée cultivée {Iïo/« tricolor hortensis) diffère de la précédente par l’ampleur et la beauté de ses pétales, dont les deux supérieurs sont d’un violet foncé et velouté, et les trois autres d’un jaune vif, taché de violet à l’extrémité, et de lignes rougeâtres à la base ; la culture les a d’ailleurs parés des dessins les plus riches et les plus variés. Il y a une variété de pensée dont les pétales sont entièrement teints d’un violet pourpre foncé, et servent à faire un sirop d’une couleur magnifique, mais inodore. La pensée tricolore croît aussi naturellement dans les Alpes et les Cévennes : on la récolte pour le commerce de l’herboristerie, où elle remplace la fleur de violette ; elle conserve mieux sa couleur que celle-ci, quoiqu’elle la perde également lorsqu'elle reste exposée à la lumière du soleil ou à l’humidité.

FAMILLE DES CISTINÉES.

Les cistes et les hélianthèmes, qui composent principalement la famille des Cistinées, sont des herbes ou des arbrisseaux, à feuilles oppo-

Goiboij»t, Drogues, 7* édil. . T. III. — 43

674 DICOTYLÉDONES TIULAMIFLORES.

Bées entières, accompagnées ou dépourvues de stipules. Leurs fleurs sont généralement terminales, grandes, élégantes, pourvuesd’un calice à S sépales persistants, dont deux extérieurs plus petits. La corolle est à 5 pétales réguliers, hypogynes, sessilcs, étalés en rose, contournés en sens opposé des sépales du calice, et très-caducs. Les étamines sont nombreuses, libres, à anthères biloculaires ; l’ovaire est à 5 ou 10 loges dans les cistes, à une seule loge dans les hélianthèmes, surmonté d’un style et d’un stigmate. Le fruit est une capsule à o ou tO loges dans les cistes, à S ou 10 valves septifères; ou bien uniloculaire, à 3 valves et à 3 trophospermes pariétaux dans les hélianthèmes. Les semences sont nombreuses, petites, pourvues d’un embryon plus ou moins recourbé ou roulé en un spirale, dans un endosperme farineux.

Les cistes et les hélianthèmes habitent pour la plupart le bassin de la Méditerranée. Je ne citerai que deux espèces du premier genre à cause du produit résineux qu’elles fournissent au commerce, où ce produit est connu sous le nom de ladanum.

Ijadanum de Crète.

Cette substance exsude spontanément, sous la forme de gouttes, des feuilles et des rameaux d’un arbrisseau del’île de Candie, nommé Cistus cretims. Autrefois on récoltait le ladanum en peignant la barbe des chèvres qui broutent les feuilles du ciste; mais aujourd’hui on l’obtient en promenant sur les arbrisseaux des lanières de cuir attachées ensemble et disposées comme les dents d’un peigne. On racle ensuiteces lanières avec un couteau, et l’on renferme la résine dans des vessies, où elle acquiert plus de consistance.

Le ladanum ainsi obtenu est rare dans le commerce. J’en ai cependant vu une masse de 12 à 13 kilogrammes renfermée dans une vessie. Il était noir, solide, mais tenace et peu sec. Sa cassure était grisâtre, noircissant promptement à l’air; il se ramollisait avec la plus grande facilité sous les doigts, et y adhérait comme de la poix. 11 développait alors une odeur toute particulière, très-forte et balsamique. Un morceau de ce ladanum conservé dans mon droguier a perdu beaucoup do son poids, en raison surtout de l’eau qu’il contenait. Maintenant il est très-sec, poreux, assez léger, d’une cassure grisâtre permanente. 11 se ramollit moins facilement dans les doigts, et y adhère un peu moins. Son odeur est toujours forte, etpre'sente une analogie assez grande avec celle de l’ambre, gris, lise fond très-facilement et entièrement par l’action de la chaleur.

L.aiiaiium d'Espagne. J’ai reçu, SOUS ce nom, un ladanum massif, noir, coulant et s’arrondissant un peu comme de la poix noire, dont il n offre pas cependant la cassure nette et vitreuse. Il ressemble plutôt au storax noir, dont il se distingue par son odeur semblable à celle du ladanum de Crète. On dit que ce ladanum est obtenu- en Espagne, en faisant bouillir dans l’eau les sommités du Cistus ladaniftrus, L.

Le ladanum ordinaire du commerce est bien différent de ceux que je viens de décrire. Il est tout â fait sec, dur et formé en rouleaux que

CISTINÉES. — LADANUM.

l’on a tournés en spirales ce qui lui a fait donner le nom de Ladanum in tortü. Du reste, il est impossible de lui assigner des propriétés, parce que chaque fabricant a sa recette. J’en ai vu deux sortes venant de Hollande : l’une est encore un peu résineuse, mais ne contient pas un atome de ladanum, et n’est qu’un mélange de résine ordinaire et de cendres ou de sable; l’autre, dans laquelle l’odeur indique une petite quantité de ladanum, est tellement chargée de terre, qu’elle se réduit en poudre sous les doigts, fume à peine sur les charbons, et qu’on ne conçoit même pas comment on a pu la malaxer à l’aide de la chaleur : il faut avoir une conscience bien cuirassée pour donner à de pareilles préparations le nom de Ladanum.

Pelletier a publié une analyse de ladanum, que voici (1) :

Résine . i . 20

Gomme contenant un peu de malate de chaux . 3,00

Acide malique.. . . 0,60

Cire . 1,9U

Sable ferrugineux . 72

Huile volatile et perte . 1,90

Il est évident qu’il a opéré sur un ladanum très-impur. J’ai traité 100 grains de celui que j’ai décrit d’abord, par l’alcool à 40 degrés, bouillant. Le liquide filtré s’est presque pris en masse par le refroidissement. Étendu d’alcool et filtré de nouveau, il m’est resté 7 grains de cire sur le filtre. La dissolution alcoolique a laissé, par son évaporation, 80 grains d’une résine rouge, transparente, molle, très-odorante, donnant de l’huile volatile par sa distillation avec l’eau. La portion de ladanum insoluble dans l’alcool n’a cédé à l’eau qu’un grain d’une substance dont le soluté ne rougissait pas le tournesol, ne précipitait pas par l’alcool, se troublait à peine par l’oxalate d’ammoniaque, et ne précipitait le sous-acétate de plomb qu’au bout d’un certain temps. Ces divers résultats n’indiquent que peu ou pas de gomme, d’acide malique et de malate de chaux.

Le résidu insoluble dans l’eau n’était composé, à ce qu’il m’a semblé, que de terre et de poils. Il pesait G grains. Cet essai d’analyse donne, pour la composition du ladanum :

Résine et huile volatile. .

Cire . .

Extrait aqueux .

Matière terreuse et poils

La présence de la cire dans le ladanum tient sans doute à la manière dont il est récolté. Beaucoup de végétaux, indépendamment des sucs propres contenus à l’intérieur, et qui souvent, en raison de leur surabondance, transsudent au dehors, présentent à leur surface un grand nombre d’utricules remplies de cire. Le ciste de Crète estproba-

(1) Pelletier, Bull, depharm,, t. IV, p. 503.

676 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

blement dans ce cas; alors les lanières de cuir que l’on promènesiir ses rameaux et sur ses feuilles doivent déchirer ces ulricules, dont le suc se mêle à celui fourni pur les vaisseaux résineux.

Le ladanum n’esl plus usité en médecine, quoiqu’il paraisse doué de propriétés assez actives. Pourquoi faut-il aussi qu’on l’ait presque toujours falsifié ?

FAMILLE DÇS BIXACÉES.

Cette petite famille, réunie aujourd’hui aux Flacourtiacées de Richard, forme un petit groupe de végétaux à placentation pariétale, qui a été séparé, pour ce caractère, des Tiliacées auxquelles il avait été joint d’abord, afin de le rapprocher des autres familles de Dicotylédones polypétales hypogynes à placentation pariétale, telles que les Tamariscinées, les Droscracées, les Violariées, les Cistinécs, les Résédacées, les Capparidées, etc. Ce sont des végétaux ligneux, indigènes aux contrées chaudes de l’Amérique et aux îles Maurice, et dont un seul produit, connu sous le nom de Rocou, est usité en Europe comme matière tinctoriale; ce sera le seul dont aussi nous parlerons.

Rocouler et Rocou.

Bixa Orellana, L. {pg. 784). Le rocouier est un élégant arbuste de 4 à 5 mètres d’élévation, dont la tige est droite, divisée par le haut en branches qui forment une cime touffue. Les feuilles sont alternes, pétiolées, cordiformes par le bas, acuminées, entières et glabres. Les Heurs sont disposées en panicules terminales.

Le calice est entouré à sa base de 3 tubercules et se compose de S folioles orbiculaires, colorées en rose, caduques. La corolle est formée de 5 pétales oblongs, blancs, lavés de rose ; les étamines sont très-nombreuses, insérées sur le réceptacle. L’ovaire est supère, surmonté d’un style filiforme et d’un stigmate à 2 lobes. Le fruit est une capsule assez volumineuse, d’un rouge pourpre, hérissée d’aiguillons mous, un peu creusée en cœur par le bas, pointue à l’extrémité, s’ouvrant en deux valves dont chacune porte un trophosperme linéaire. Les semences sont nombreuses, moins grosses qu’un pois, entourées d’une matière gluante, d’un ronge vif, qui colore fortement les mains, et qui constitue le rocoU. L’embryon est droit, dans l’axe d’un endosperme charnu •

BIXACÉES. — ROCOU. 677

les cotylédons sont foliacés ; la radicule supère, placée près de l’ombilic.

Pour obtenir le rocou on détache et l’on rejette la première enveloppe du fruit. On écrase les graines dans des auges de bois et on les délaye dans l’eau chaude. On jette le tout sur un tamis peu serré. L’eau passe, entraînant avec elle la matière colorante et scs débris. On la laisse fermenter sur son marc, ce qui atténue et divise davantage la matière colorante; on la décante et l’on fait sécher la matière à l’ombre. Lorsqu’elle a acquis la consistance d’une pâte solide, on en forme des pains de 1 à 2 kilogrammes, que l’on enveloppe dans des feuilles de balisier (1).

On doit choisir le rocou d’un beau rouge de colcotar. Dans le commerce, on entretient sa mollesse en le malaxant de temps en temps avec de l’urine. Il offre alors, comme l’orseille, des points blancs et brillants dus à l’efflorescence d’un sel ammoniacal. Il serait préférable de faire sécher complètement la pâte de rocou et de la conserver â l’état sec. On a proposé également de livrer au commerce les semences de rocou simplement séchées à l’air. Il est certain qu’elles fournissent alors à la teinture une magnifique matière colorante ; mais elles ont l’inconvénient de se décolorer à la lumière et de noircir à l’humidité, et demandent par conséquent à être abritées de ces deux agents destructeurs. Le même inconvénient n’a pas lieu pour la pâle d’orseille préparée et desséchée. Le rocou paraît être de nature résineuse. Il se ramollit au feu, s’enflamme et brfile avec beaucoup de fumée, en laissant un charbon léger et brillant. Il est à peine soluble dans l’eau, qu’il colore seulement en jaune pâle; mais il est facilement soluble dans l’alcool et dans l’éther, qu’il colore d’une belle couleur orangée. Des alcalis caustiques ou carbonatés le dissolvent en très-grandes proportions et forment des solutés d’un rouge foncé, d’où les acides le précipitent sous forme de flocons trèsdivisés. En traitant ainsi le rocou par une dissolution alcaline et en le précipitant sur la soie non alunée par le moyen de l’acide acétique, on en obtient une teinture d’un jaune doré magnifique, qui, à cause de son éclat, ne peut être remplacée par aucune autre ; mais elle est malheureusement très-fugace.

[Le rocou ainsi obtenu contient une quantité d’eau variable entre 67 à 71 p. 100, et beaucoup de matières étrangères à la substance colorante. M. du Monlel a proposé un mode de préparation, qui a pour but d’enlever la matière colorante à la graine en lavant celte dernière sans la broyer. Par son procédé, il obtient ce qu’il appelle la bixine, qui contient la matière colorante pure en

(I) Sur la culture du Bixa Orellamet la préparation du rocou {Pliarmaceul. Journal, 2' série, 1, 185).

DICOTYLÉDONES THALAMI FLORES.

très-grandes proportions, non altérée par la fermentation et débarrassée de la plupart des matières étrangères (t).

On se sert du rocou pour colorer le beurre et la cire. On l’a aussi quelquefois employé en médecine comme purgatif. Les anciens Caraïbes s’en servaient pour se peindre le corps, surtout lorsqu’ils allaient en guerre.

FAMILLE DES RÉSÉDACÉES.

Les RÉSÉDACÉES ont les feuilles alternes, simples, entières, trifides ou pinnatifides. Les fleurs forment des épis simples et terminaux; elles sont pourvues d’un calice à 4 ou 6 sépales persistants, et d’une corolle à un même nombre de pétales, généralement composésde deuxparties: la partie inférieure est entière, et la supérieure divisée en un nombre variable de lanières. La corolle manque quelquefois. Les étamines sont nombreuses, libres, hypogynes, entourées à la base, entre les filets et les pétales, par un anneau glanduleux, plus élevé du côté supérieur. Le pistil, légèrement stipidé à la base, paraît composé de trois carpelles soudés bord à bord, dans les deux tiers de leur hauteur, et se continuant sous la forme de trois cornes qui portent chacune un stigmate à leur sommet. Le fruit est ordinairement une capsule un peu allongée, ouverte au sommet, uniloculaire et contenant des graines réniformes, fixées à trois tropbospermes pariétaux. L’embryon est recourbé en forme de fer à cheval, nu ou entouré d’un endosperme très-mince.

Cette petite famille doit son nom au genre dont une es-,

pèce, originaire d’Égypte et nommée Réséda odorata, est très-recherchée dans nos jardins pour l’odeur suave de ses fleurs. Une autre espèce, le Réséda luleola, est très-employée dans la teinture en jaune sous le nom de gaude. Elle croît naturellement en France, dans les terrains incultes ; mais on la cultive aussi en grand pour l’usage des teinturiers. Elle produit une tige droite, effilée, haute de 50 centimètres à i mètre, et pouvant atteindre 2 mètres; mais celle de hauteur moyenne paraît plus riche en matière colorante. Ses feuilles sont linéaires-lancéolées, un peu obtuses, légèrement ondulées, glabres comme toute la plante. Les fleurs sont très-peliles, verdâtres, courtement pédonculées, disposées en un long épi terminal. Le calice est quadriflde et la corolle a 4 pétales. On récolte la plante entière, dans les mois de juillet et d’août ; on la fait sécher et on la met sous forme de bottes qu’on livre au commerce. Le principe colorant de la gaude a été obtenu par M. Ghevreul et par M. Preisser (2). Il a reçu le nom de lutéoline.

(1) Voir J. Girardin, Sur la Bixiiie {Journal de ptiarm. et te chim., 3' série

XXI, p. 114). ’ ’

(2) Preisser, Journ.pharm. et chim., t. V, p. 254.

CAPPARIDÉES. — CAPRIER.

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