CRUCIFÈRES. — MOUTARDE NOIRE
connue. Boerhaave, et, sans doute, d’autres avant lui, avaient reconnu que cette semence fournit deux espèces d’huiles ; une par expression, parfaitement douce et usitée contre les douleurs néphrétiques ; l’autre, par distillation, d’une qualité âcre et caustique.
M. Thibierge, pharmacien, a indiqué l’existence du soufre dans l’huile distillée de moutarde, et celle de l’albumine dans le macéré aqueux ; il a vu que ni l’éther ni l’alcool ne dissolvaient le principe Acre de la moutarde; l’huile exprimée avait une très-légère odeur que l’alcool lui a enlevée aisément ; cette huile est süluljle dans 4 parties d’éther, dans 1200 parties d’alcool, et forme un savon solide avec la soude caustique. M. Thibierge supposait que l’huile volatile existait toute formée dans la semence de moutarde, mais qu’elle avait besoin de la température de l’eau bouillante pour se développer; et il admettait qu’elle se développait aussi bien par l’action du vinaigre que par celle de l’eau (1).
C’est moi qui ai dit le premier (2), que la semence de moutarde ne contenait pas d’huile volatile toute formée. En effet, disais-je, la semence de moutarde pilée à sec n’a aucune odeur; la poudre traitée par l’alcool et l’éther ne cède à ces deux menstrues aucun principe âcre ni volatil : ce principe n’y existe donc pas en quantité appréciable; mais le contact do Teau suffit pour le développer en trèsgrande abondance, et, une fois formé, on peut l’obtenir par ta distillation, sous forme d’un liquide huileux, plus pesant que l’eau, trèsvolatil, très-âcre, caustique, soluble dans l’alcool et Téther, donnant du soufre par sa décomposition élémentaire. Quant à l’influence de la chaleur sur la formation de l’huile, j’ajoutais que, suivant M. Thibierge, une température élevée était nécessaire à son développement; mais que c était une erreur : que le contact de Veau suffisait, et que seulement une chaleur modérée rendait le développement plus considérable. Enfin, pour ce qui regarde l’action des acides, et spécialement du vinaigre, sur la moutarde, c’est encore moi qui ai dit le premier, dans la Pharmacopée raisonnée, que, si l’on se plaignait si souvent du peu d’action des sinapismes, cela tenait, d’une part, à ce qu’on employait de la farine de moutarde du commerce, qui est presque toujours altérée; et, de l’autre, à ce qu’on se servait de vinaigre pour la réduire en pâte. Car, disaisje, bien que celte addition ait été faite dans la vue de rendre le sinapisme plus actif, il est remarquable qu’elle neutralise presque tout 1 effet de la moutarde, comme on peut s’en convaincre par le goût et l’odorat, et par l’application sur la peau.
En examinant à leur tour la moutarde noire, Robiquet etM. Boutron ont cru reconnaître que le tourteau de cette semence, traité par l’alcool, se conduisait comme celui d’amandes amères; c’est-à-dire qu’il ne cédait à ce véhicule aucun principe âcre, et que Teau ne pouvait plus ensuite y développer d’huile volatile, preuve que cette huile n’y existait pas toute formée (3).
(1) Tliibiergc, Journ. pharm., t. V, p. 439.
(2) (ïuibourt, Hisl. tint, des Drogues simples. Seconde édition.
(3) Robiquet et Boutron, Journ. pharm,, t. XVII, p. 294.
DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.
Dans un premier travail sur la moutarde noire, Fauré aîné, pharmacien à Bordeaux, a reconnu comme moi que l’huile volatile ne préexiste pas dans cette semence et que le vinaigre s’oppose à son développement; mais il a supposé, à l’exemple de M. Thibierge, que ce développement de l’huile volatile dans l’eau est d’autant plus prompt que la température est plus élevée (1). Fauré a constaté dans la moutarde noire la présence de la sinapisine. 11 a cru voir, comme MM. Boutron et Robiquet, que la farine épuisée d’huile grasse par l’éther conserve la propriété de devenir âcre et rubéfiante avec l’eau, tandis que l’alcool lui enlevait cette propriété.
Dans un travail postérieur sur la moutarde noire, Fauré est arrivé à un résultat beaucoup plus important et qui n’a pas été sans influence pour la découverte de la véritable manière dont se forme l’huile volatile dans les amandes amères. Fauré a constaté que l’eau chauffée audessus de 70 degrés centigrades, l’alcool, les acides, certains sels métalliques, le chlore, la noix de galle, tous corps qui coagulent l'albumine, mutent la poudre de moutarde ou s’opposent à la formation de l’essence, et il en a conclu que cette albumine, à l’état de dissolution, est indispensable à la production de l’essence, et qu’elle perd cette propriété en se coagulant. Enfin, M. Bussy est venu découvrir ce qui restait encore à connaître sur cette réaction. Jusqu’à lui on s’était bien aperçu que l’alcool enlevait au tourteau de moutarde noire la propriété de produire de l’essence, mais on supposait que cet effet était dû à ce que l’alcool enlevait au tourteau un corps très-complexe et sulfuré, trouvé dans la moutarde blanche et nommé sul/’osinapisine ou sinapisine, et le séparait ainsi de l’albumine qui restait dans le résidu. Les deux points importants du travail de M. Bussy sont : 1® d’avoir montré que l’alcool laisse, au contraire, dans le résidu, le principe sulfuré propre à produire l’essence; 5.® que, à la vérité, ce résidu ne développe pas immédiatement d’odeur âcre par l’eau, mais que, par un séjour dans l’eau de 24 à 48 heures, l’albumine recouvre la propriété d’agir sur le principe sulfuré. Pour obtenir ce principe, il suffit donc de traiter brusquement par l’eau le tourteau épuisé par l’alcool. On fait évaporer en consistance sirupeuse, et l’on traite par l’alcool, qui fournit ensuite, par l’évaporation, des cristaux d’uu sel à base de potasse, dont l’acide, nommé acide myronique, est positivement le corps qui forme l’essence de moutarde lorsqu’il se trouve mis en contact avec l’albumine particulière de la moutarde noire et blanche. Cette albumine, qui jouit seule de la propriété d’opérer cette transformation, a reçu le nom de myrosine, de même que celle des amandes a été nommé émulsine.
L’essence de moutarde est composée de carbone, d’hydrogène, d’azote et de soufre, et a pour formute CH^MS». Cette composition représente un sulfocyanure d’allyle (t. Il), ainsi que le montre l’équation suivante :
(l) Fauré, ibid., p. 300.