CRUCIFÈRES- — MOUTARDE NOIRE
CSAzS* + C«H5 = C8H»AzS*.
L’essence de moutarde présente d’ailleurs un grand nombre de réactions des plus intéressantes. Elle se combine avec un équivalent d’ammoniaque pour former une base organique cristallisable nommée thiosinammine :
C'H'AzS» -i- H^Az = C»H«Az*S'
Cette base alcaline forme des sels complexes en se combinant aux chlorures de platine, de mercure et d’argent.
La thiosinammine traitée par l’oxyde de mercure (ou par l’oxyde de plomb) devient noire, liquide, perd son soufre et forme une nouvelle base alcaline puissante et cristallisable, nommée sinammine, composée de CWi^O iorsqu’elle est hydratée, et de C'H’Az® à l'état anhydre. Enfin l’essence de moutarde traitée par l’oxyde de plomb hydraté forme du sulfure de plomb, du carbonate de plomb et une troisième base saliQable, cristallisable et non sulfurée, composée de On la nomme simpoline.
La moutarde blanche n’a pas été l’objet de moins de recherches chimiques que la noire; mais on est loin d’étre aussi éclairé sur sa composition. Il est probable que l’intermède de l’eau est également nécessaire A la production de son principe âcre, mais ce principe n’est pas volatil; aussi les pédiluves préparés avec la moutarde blanche, quoique très-âcres au goût et très-actifs, sont-ils presque inodores et n’exercent-ils pas à distance, sur les yeux, l’action irritante des pédiluves de moutarde noire.
M.M. Ossian Henry et Garot, en traitant d’abord par l’alcool l’huile exprimée de la moutarde blanche, en ont exlraitun corps cristallisable, azoté et sulfuré, jouissant de la propriété de colorer les sels de sesquioxyde de fer en rouge-cramoisi et qui paraissait acide; aussi les auteurs l’ont-ils nommé acide sulfosinapique. Mais, Pelouze ayant contesté l’existence de cet acide, les deux premiers chimistes ont repris leur travail, et, en traitant la moutarde blanche par l’eau, puis l’extrait aqueux par l’alcool, ils ont obtenu un corps cristallisé, jouissant des propriétés précédemment reconnues à l’acide sulfosinapique, hors l’acidité, ce qui les a engagés à changer ce nom d’acide en celui de sulfosinapisine (1).
Robiquet et M. Boutron se sont aussi occupés de la moutarde blanche. Cette semence, pulvérisée et presque épuisée d’huile fixe par expression, a été traitée par l’éther, et a fourni un produit huileux d'une âcreté très-prononcée, d’où l’alcool a extrait un principe âcre, non volatil, rougissant les sels de fer, et une matière cristallisée. La moutarde blanche, épuisée par l’éther, traitée ensuite par l’alcool, a pro-
(1) Ossian Henry et Garot, Journ.pharm., t. XVII, p. 1.
DICOTYLÉDONES TIIALAMIFLORES.
duit de la sulfosinapisine rougissant les sels de fer, comme celle de MM. Henry et Garot.
Robiquet et M. Boutron ont ensuite traité directement le tourteau de moutarde blanche par l’alcool. Celte fois toute âcreté a disparu, non-seulement dans le tourteau, mais encore dans la liqueur et la matière cristalline qui en est provenue. Cette matière différait de la sinapisme de MM. Henry et Garot par plusieurs propriétés, entre autres par celle de ne pas rougir les persels de fer, et par sa composition élémentaire (1).
[La sulfosinapisine est un sulfocyanhydrate d’une base particulière nommée sinapine (C’^H^AzO'"), qui a été découverte et étudiée par MM. Bado et Hirchsbrunn en 1852 Cette sinapine ne peut exister qu’en dissolution aqueuse, de couleur jaune, précipitant les sels de cuivre en vert, ceux d’argent et de peroxyde de mercure en brun. Si on veut l’obtenir à l’état sec, elle se dédouble en acide sinapiquc, et
en sinkaline, C'^H'^AzO’?]
FAMILLE DES FÜMARIACÉES.
Cette petite famille a été formée pour le genre Fumaria, L., que Laurent de Jussieu avait réuni aux Papavéracées, dont il se rapproche par son calice diphylle caduc, et par sa corolle tétrapétale; mais cette corolle est irrégulière et forme comme une gueule profonde à deux mâchoires, elles étamines sont au nombre de six et diadelphes(^g. 794) : ces deux caractères suffisent pour les en séparer.
Le genre Fumaria, L., une fois constitué en famille, a bientôt été divisé en plusieurs genres; aujourd’hui il en forme six, dont voici les noms et les caractères :
t. Diclytra. 4 pétales, dont 2 extérieurs également gibbeux ou éperonnés à la base. Silique bivalve polysperme.
2. Adlumia. 4 pétales soudés en une corolle monopétale, gibbeusc à la base, fongueuse et persistante. Silique bivalve polysperme.
Fig. 794. Cysticapnos (2). 4 pétales, dont un seul gibbeux à la
Étamines de base. Capsule vésiculeuse polysperme. fumaria. 4. Corydolis. 4 pétales, dont un seul éperonné à la base. Silique bivalve, comprimée, polysperme.
5. Sarcocapnos. 4 pétales, dont un seul éperonné à la base. Capsule bivalve, indéhiscente, disperme.
fi. Fumaria. 4 pétales, dont un seul gibbeux ou éperonné à la base. Fruit capsulaire, indéhiscent, monosperme (cariopse).
(I) Bobiquet et Boutron, ibtd., p. Ï19 et suiv.
(2 Cysticapnos de (xùotiî, vessie, et xawvà?, fumeterre) . De capnos sont aussi dérivés les noms capnoides, capmtes, capnoi-chis, sarcocapnos, sphœrocapnos platycapnos, que l’on rencontre dans les ouvrages descriptifs de botanique.
FUMARIACÉES. — FUMETERRE.
l'umetcrre officinale.
Fumaria officinialis, L. {fig, 793). Cette plante paraît être originaire de l’Orient; elle était très-rare en Europe du temps de Conrad Gesner (mort en 1563) ; mais elle y est très-commune aujourd’hui dans les jardins, dans les champs et dans les vignes
cultivées. Sa racine est fusiforme et menue; ses liges sont rameuses, dressées ou diffuses, hautes de 16 à 27 centimètres, carrées ou pentagones; les feuilles radicales sont pinnatisectées , celles de la tige deux ou trois fois tripartites, à segments multifides, dilatés et incisés au sommet, d’un vert glauque. Les fleurs sont petites, d’un rose foncé mêlé de noir, disposées en grappes simples, opposées aux feuilles. Le calice est formé de 2 folioles latérales, caduques. La
corolle représente 4 pétales dont l’anté¬
rieur est caréné, et le postérieur un peu éperonné à la base et soudé aux deux pétales latéraux et intérieurs. Les étamines sont divisées en deux faisceaux opposés aux deux pétales antérieur et postérieur. Chaque faisceau se compose d’un support élargi à la base, portant au sommet trois anthères, dont celle du milieu est à 2 lobes et les deux latérales à une loge. L’ovaire est uniloculaire, à un seul ovule pariétal ; il est surmonté d’un style terminal tombant, et d’un stigmate bipartite. Les fruits sont des cariopses sous- globuleux, portés sur des pédicelles deux fois plus longs que les bractées, contenant une semence réniformeà ombilic nu.
Le fumeterre possède une amertume prononcée et désagréable ; elle est employée comme stomachique et dépurative. Elle entre dans la composition du vin antiscorbutique.
DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.
M. Winckler a retiré du suc de fumeterre un acide qui s’y trouve combiné à la chaux et qui est cristallisable, volatil, soluble dans l’alcool et dans l’éther, inattaquable, par l’acide nitrique. Cet acide, nommé d’abord acide fumarique, a ensuite été trouvé semblable à Vacide paramaUique obtenu par Pelouze de la distillation de l’acide malique (1).
On trouve dans le midi de la France et de l’Europe une fumclerre grimpante [Fumaria capreolala, L.) dont la tige est rameuse; haute de 60 à 100 centimètres, et susceptible de s’attacher aux corps qui sont dans le voisinage, au moyen des pétioles de ses feuilles qui s’entortillent en manière de vrilles. Ses feuilles sont deux fois pinnatisectées, un peu glauques, divisées en lobes cunéiformes, Iripartites. Ses fleurs sont longues de 11 à 14 millimètres, blanchâtres, d’un pourpre noirâtre à l’extrémité.
On trouve fréquemment dans nos contrées, dans les mêmes lieux que la fumeterre officinale, une fumeterre moyenne (Fumaria media, Lois.), intermédiaire entre les deux espèces précédentes. Elle est plus élevée que la fumeterre officinale, à tiges droites, moins rameuses, moins diffuses; à feuilles plus grandes et plus glauques, dont les pétioles cherchent à s’entortiller autour des corps environnants. Les fleurs sont également plus grandes. Cette plante est employée concurremment avec la fumeterre officinale et ne parait pas lui être inférieure en propriétés. 11 n’en est pas de môme d’une autre espèce qui croît également dans nos champs, où elle fleurit en mai et juin, qui ressemble beaucoup à la fumeterre officinale, mais qui n’en a pas l’amertume, suivant l’observation qu’en a faite M. Chatin, de sorte qu’il faut éviter de les confondre.
Cette espèce, dite fumeterre de Taillant (Fumaria Vaillantii), a les pédicelles fructifères plus longs que les bractées, les grappes courtes, les fleurs roses, les feuilles surdécomposées, à lobes linéaires et planes entièrement glauques.
Les corydales se distinguent des fumeterres par leurs fruits en forme de siliquc, uniloculaires, bivalves, polyspermes. Un assez grand nombre ont une racine tubéreuse, une tige simple, des feuilles alternes plus ou moins divisées. Les plus communes sont la corydale à racine creuse (Corydalis tuberosa, DG.); la corydale à racine aollde (Corydalis bulbosa, DC.), la corydalc à fleurs Jaunes (Corydalis capnoides, DC.), etc. M. Wackenroder a retiré des racines des deux premières un alcali organique cristallisable, dépourvu de saveur, nommé corydaline.
[Celte corydaline se retrouve dans le Diclytra formosa (Dicen-
(1) Hor. Demarçay, Aanales de chimie et de physique, t. LVI, p. 8i et 429