‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou Cours d'histoire naturelle professé à l'École supérieure de pharmacie de Paris. Tome troisièmeChapitre 134 sur 139 · PAPAVÉRACÉES. — SANGUINAIRE DU CANADA · texte numérisé non relu

PAPAVÉRACÉES. — SANGUINAIRE DU CANADA

traformosa ou Corydalis formosa) de l'Amérique du Nord, dont les tubercules globuleux, de la grosseur d’une graine de moutarde ou d’un petit pois sont employés comme antiscrofuleux et antisyphililiques (1).

FAMILLE DES PAPAVÉRACÉES.

Plantes herbacées, très-rarement sous-ligneuses, à feuilles alternes, entières ou plus ou moins profondément découpées. Leurs fleurs sont pourvues d’un calice à 2, très-rarement à 3 sépales concaves, très-caducs; la corolle est à 4 pétales (très-rarement 6), planes, chiffonnés avantleur épanouissement. Les étamines sont libres et très-nombreuses (très-rarement définies); l’ovaire est libre, ovoïde ou linéaire, à une seule loge, contenant un grand nombre d’ovules attachés à des trophospermes pariétaux, saillants à l’intérieur sous forme de lames ou de fausses cloisons. Le style, très-court ou presque nul, se termine par autant de stigmates qu’il y a de trophospermes. Le fruit est une capsule ovoïde, couronnée par les stigmates ou une capsule linéaire, siliquiforme, s’ouvrant en deux valves ou se rompant transversalement par des arliculations. Les graines sont ordinairement fort petites et accompagnées d’une caroncule charnue; l’embryon est très-petit, placé à la base d’un endosperme charnu.

Les Papavéracées sont pourvues d’un suc laiteux, blanc ou jaune, âcre, amer, d’odeur vireuse, et de propriétés diverses. Dans les pavots, ce suc se fait remarquer par une propriété fortetement narcotique, et c’est lui qui, obtenu par des incisions faites aux capsules d’une des espèces, constitue l’opium. Nous traiterons de ce produit d’une manière toute spéciale, après avoir décrit quelques plantes moins importantes, mais pouvant cependant rendre des services à l’art médical.

^angfiiiiialrc du Canada.

Sanguinaria canadensis, L. Cette jolie plante fait l’ornement des bois dans l’Amérique septentrionale, depuis le Canada jusqu’à la Floride. Elle est pourvue d’une racine de la grosseur du doigt, presque horizontale, d’un rouge sanguin. Du collet de la racine sort une feuille, quelquefois deux, entourées par la base de plusieurs spathes membraneuses. Ces feuilles sont longuement péliolées, arrondies, profondément échancrées en cœur du côté du pétiole, incisées sur leur contour à la manière des feuilles de figuier. Elles sont vertes en dessus, d’un blanc bleuâtre en dessous.

(l) Voir Bentley, Pharm. Jouni., V série, IV, 3i3.

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avec des veines rouges. Les fleurs sont blanches, solitaires à l’extrémité d’une ou de deux hampes de la même longueur que les pétioles. Ces fleurs présentent un calice diphylle très-caduc, une corolle à 8 pétales dont les 4 intérieurs, alternes et plus étroits ne sont sans doute que des anthères transformées. Les étamines sont au nombre de 24, à anthères linéaires. Le fruit est une capsule ovale-ohlongue, amincie en pointe aux deux extrémités, couronnée par le stigmate persistant. Les semences sont portées, sur deux trophospermes épais et persistants. Elles sont rouges, accompagnées d’une caroncule blanche.

La racine de sanguinaire est nommée par les Indiens puccoon, et par les Anglo-Américains turmeric, c’es^à-dire curcuma. Elle est pourvue d’un suc rouge sanguin, qui teint la salive de la même couleur; elle a une saveur âcre, brûlante, et agit comme émétique, étant desséchée et pulvérisée, à la dose de 10 à 20 grains (0«’,647 à 18",29o). Le docteur Dana en a extrait, en 1824, une substance alcaline qui a reçu le nom de sanguinarine, mais qui paraît être de même nature que la chélérythrine extraite de la chélidoine. Dans tous les cas, le nom de sanguinarine^ étant le plus ancien, devra être préféré (1).

Cïrantle chélidoine ou éclaire.

Chelidonium mafus, L. {fig. 796). Cette plante se rencontre fréquemment dans les haies et au pied des murs, par toute l’Europe. Sa racine est fibreuse et donne naissance à plusieurs tiges rameuses, hautes de 35 à 60 centimètres. Ses feuilles sont pinnatisectées, à segments arrondis, dentés-lobés. Ses fleurs sont jaunes et portées sur des pédicelles qui sont réunis en nombre variable et comme ombellés à l’extrémité d’un pédoncule opposé aux feuilles. Les pétales sont jaunes et cruciformes; les étamines sont très-nombreuses. Le fruit est une silique bivalve, s’ouvrant de bas en haut, pourvue de deux trophospermes qui se réunissent à l’extrémité en un stigmate bilobé, et dont l’intervalle est libre de fausse cloison. Les semences portent sur l’ombilic une crête granuleuse, comprimée.

Toutes les parties de la grande chélidoine exhalent une odeur forte et nauséeuse, et il en découle, à la moindre blessure, un suc propre abondant, d’un jaune foncé, amer, âcre et même caustique. On s’en sert pour détruire les verrues ; il a même été usité autrefois pour faire disparaître les taies qui se forment sur les

(1) Voir Llebig, Traité de chimie organique, t. III, p. 503; Bentley, Pharm- Journ., IV, 263.

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yeux, et c’est de là que lui est venu le nona A' éclaire ; mais son application doit exiger les plus grandes précautions.

M. Probst parait avoir découvert dans le suc de la grande chélidoine un acide particulier auquel il a donné le nom à’acide chélidonique, et deux alcaloïdes azotés nommés chélidonine et chélérythrine (1).

On donne à la plante que nous venons de décrire le nom Aegrande chélidoine pour la distinguer d’une autre plante plus petite, mais d’apparence assez semblable, nommée ficaire oa petite chélidoine ( Ficaria ranunculotdes,

Mœnch; Ranunculus Ficaria,

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