L., famille des Renoncula
cées). Fig- 79». - Grande chélidoine ou éclaire.
PaTot cornu ou glaucier Jaune.
Glaucium flavum, Cranlz (Chelidonium Glaucium, L.). Racine fusiforme, vivace. Tige cylindrique, lisse, rameuse dans sa partie supérieure, haute de 35 à 50 centimètres, glauque comme toute la plante. Feuilles radicales allongées, pinnatilides, dentées, rétrécies en pétiole à leur base; les supérieures sont amplexicaules, simplement sinuées en leurs bords. Les fleurs sont d’un beau jaune d’or, larges de 30 à 35 centimètres, solitaires sur de courts pédoncules opposés aux feuilles supérieures. Le fruit est une silique linéaire, tuberculeuse, un peu rude au toucher ; il est long de 14 à 22 centimètres, courbé en forme de corne, s’amincissant insensiblement en allant vers l’extrémité et terminé par un stigmate épais et granuleux. Cette silique s’ouvre en deux valves, en allant du sommet à la base, et présente des semences nues, scrobiculées, nichées dans les cellules de la cloison spongieuse qui sépare le fruit en deux loges.
Le pavot cornu croît dans les lieux caillouteux et sablonneux des rivages de la mer, des lacs et des fleuves, dans l’Europe moyenne et méridionale. Par sa couleur glauque et par la forme
( 1 ) Liebig, Traité de chimie, t. II, p. 603 et 605, et t. III, p. 503.
Guibodiit, Drogues, 7* édit. T. III.-” 45
DICOTYLÉDONES TIIALAMIFLORES.
de ses feuilles supérieures, il a tout à fait le port d’un pavot ■ mais il s’en distingue par la couleur jaune de ses pétales et par la forme si remarquable de son fruit. Il est rempli d’un suc jaune, âcre, caustique et vénéneux. Sa racine contient, d’après M. Probst les deux mêmes alcaloïdes dont il a constaté la présence dans là chélidoine.
On trouve dans les mêmes lieux une autre espèce de pavot cornu ou de glaucier, assez semblable au précédent, mais en dillérant par ses pétales d’un rouge pâle: c’est le Glaucium fulvim de Smitb. Une troisième espèce plus petite, le Glaucium corniculatum, a les feuilles pinnatifides-incisées, les fleurs d’un rouge écarlate et les siliques couvertes de poils, ainsi que toute la plante.
vtrgémoue du Mexique.
[Argemone mexicam, L. Cette papavéracée, originaire du Mexique et de quelques régions voisines de l’Amérique septentrionale a été étudiée par M. Charbonnier (1). 11 a retiré de ses semences 26 pour 100 d’une huile siccative, dont l’industrie pourrait tirer parti, et qui pourrait aussi être employée comme médicament. Elle purge en effet à la dose de 15 à 50 gouttes.
Les tiges, les feuilles et les capsules contiennent un suc jaune laiteux, d’une odeur vireuse et d’une saveur amère, dans lequel M. Charbonnier a constaté la présence de la morphine.]
Pavot bluiic.
Papaver album. Lob. ; Papaver mnniferum a, L. {fig. 707) (2). — Car. gén. : 2 sépales concaves, très-caducs: 4 pétales; étamines indéfinies ; ovaire ovoïde, stipilé; style nul; stigmates au nombre de 4 à 20, sessiles, appliques sur l’ovaire comme un disque terminal, radié et persistant. Capsule oblongue ou arrondie, uniloculaire, oUrant à l’intérieur, sous forme de cloisons incomplètes, autant de Irophospenues pariétaux qu’il y a de stigmates
(1) Charbonnier, Recherches pour sertir à l’hisloire boianiqi.e, chinaque el physiologique de l’ Argemone »nea:îcann (ïlièse de l’école de pharmacie, de Paris, 1808).
(2) Regardant les caractères dillérenliels du pavot blanc et du pavot noir comme suffisant pour en former deux espèces, et ne sachant pas qu’on ait pu les faire passer de l'un à l’autre par le semis ou la culture, je les désignerai spécifiquement par leurs noms communs, déjà employés par Lobel, Papaver album et Papavernigrum. Les noms de Papaver olficmule, Gmel, et de Papaver somniferum. L., admis par Nees dans ses plantes médicinales, sont moins exacts ; d'abord parce que le pavot blanc n’est pas la seule espèce officinale; ensuite parce que le nom Papaver somniferum, L. appartient également aux deux espèces, et convient d’autant moins au pavot noir que ce n’est pas lui qui est usité comme somnifère. [Les deux espèces admises ici parGuibourt sont regardées par la plupart des botanistes comme de simples variétés du Papaver somniferum LJ
PAPAVRÉACÉES. — PAVOT. 707
rayonnés. Semences très-nombreuses, très-petites, rénifo'rmes, à surface réticulée.
Le pavot blanc est une plante annuelle, haute de un à 2 mètres, dont la tige est ronde, lisse, ramiliée à la partie supérieure, et munie de feuilles amplexicaules oblongues, ondulées, irrégulièrement divisées en lobes dont les dents sont obtuses. Les fleurs
sont solitaires à l’extrémité de la tige et des rameaux. Elles sont penchées tant qu’elles sont renfermées dans leur calice diphylle: mais elles se relèvent en s’épanouissant. Les pétales sont d’une belle couleur blanche, grands, étalés, orbiculaires avec un onglet très-court, quelquefois laciniés et doublés par la culture. La capsule est ovoïde, complètement indéhiscente, d’abord verte et succulente, puis sèche, blanchâtre et très-légère. Elle est séparée par un stipe court d’un bourrelet formé par le torus qui portait les étamines, et couronnée par un disque sessile, assez étroit, offrant de 10 à 18 rayons étalés, dont les extrémités sont moins élevées que le centre. Les dimensions de ces capsules sont très-variab'les; les plus ordinaires ayants centimètres de longueur sur 7 centimètres de diamètre, et d’autres acquérant fl centimètres sur 7. A l’intérieur, les capsules sont spongieuses , très-blanches et présentent des trophospermes pariétaux, sous forme de lames longitudinales, régulièrement sepacées, minces, jaunâtres, et dont chacune répond à un des stig-
■708 DICOTYLÉDONES TIIALAMIFLORES.
males linéaires du disque rayonné. Ces trophospermes portent un nombre très-considérable de semences très-petites, réniforraes, d’un blanc jaunâtre, translucides, dont la surface est marquée d’un réseau proéminent (Voir la figure a, qui représente la semence grossie). Linné a trouvé qu’une forte tête de pavot pouvait contenir 32,000 graines, et comme un pied donne un certain nombre de têtes, on a calculé qu’au bout de peu d’années, si toutes les semences produisaient, la descendance d’une seule plante couvrirait la surface de la terre.
Les semences de pavot blanc ont été usitées de tout temps comme aliment, en Perse, dans la Grèce et en Italie. Tournefort rapporte qu’à Gênes les dames mangent ces graines recouvertes de sucre. Suivant Matthiole, on les mêle en Toscane à des pâtisseries qui portent le nom de paverata. Les oiseaux en sont trèsfriands. Ces semences n’ont rien de narcotique, et l’on pourrait en extraire de Phuile (1), pour la table, comme on le fait avec la semence de pavot noir. Mais leur usage alimenUire et médicinal s’y oppose pour la plus grande partie.
Les têtes de pavot blanc sont d’un usage excessivement commun en médecine, comme calmantes; mais elles doivent être employées avec prudence, surtout pour les jeunes enfants qui ont été plusieurs fois victimes de l’abus qu’en font les nourrices pour les endormir. Elles contiennent évidemment de la morphine puisqu’elles sont susceptibles de fournir de l’opium par incision ; mais elles ont une activité très-variable suivant l’âge auquel elles ont été récoltées. [Il résulte des observations de M. Buchner (2) que les capsules mûres sont plus riches en alcaloïdes que les capsules vertes, dans la proportion de 50 à tOO. Le pavot récolté à sa maturité complète est donc plus actif que celui qu’on récolte à l’état vert.)
Pavot blanc à capiulea déprimée ■ {Papaver albWm dept'BSSUm). Les pavots blancs que l’on emploie en médecine, à Paris, provenaient déjà, du temps de Pomel, de la plaine d’Aubervilliers ; non-seulement cette culture n’a pas cessé depuis, mais elle a pris une grande extension et s’est propagée jusqu’à Gonesse, dont le territoire contribue aussi aujourd’hui à l’approvisionnement du commerce d’herboristerie de Paris. Mais, depuis un certain nombre d’années, il s'est opéré dans la forme et la grosseur des capsules du pavot un changement remarquable qui, ayant été adopté par le commerce, tend à devenir de plus en plus général, les cultivateurs n’employant plus que la semence de la nouvelle
(1) Elles en fburnissent de 42 à 45 pour 100 de leur poids.
(2) Buchner, Journal de pharmacie et de chimie, 3* série, XXU, 48.
PAPAVËRACÉES. — PAVOT.
variété (1), à laquelle je donne le nom de Papaver album depressum (fig. 799 et 800). La plante porte des pétales complètement blancs, comme la variété première. La différence réside dans la capsule, qui est plus ou moins déprimée, de manière à devenir souvent beaucoup plus large que haute. Le bourrelet inférieur,
Fig. 799. — Pavot blanc. Fig. 800. — Pavot blanc & capsules dépriraOcs.
formé par le torus, est très-gros et le plus souvent rentré dans un sinus profond, creusé à la base de la capsule. Celle-ci présente souvent des sillons longitudinaux répondant aux trophospermes de l’intérieur et la capsule offre alors une singulière ressemblance avec le fruit de YHura crepitans. Les capsules ont souvent, dans ce cas, 10 centimètres de diamètre sur 5 centimètres seulement de hauteur; mais elles ont plus ordinairement 9 centimètres de diamètre sur 6 de hauteur. De même que la base» le sommet en est déprimé et creusé en un sinus qui renferme plus ou moins les stigmates, et ceux-ci présentent un centre très-déprimé et creusé, tandis que les rayons sont au contraire redressés en forme de couronne, parallèlement à .'axe. Les capsules me paraissent plus épaisses, plus compactes, plus chargées de suc que celles de la première variété. Les trophospermes sont plus larges, d’un jaune plus foncé, et sont munis de chaque côté, à la base, d’une petite aile plus marquée que dans la variété oblongue. Les semences ne présentent aucune différence appréciable.
Petit pavot blanc d’Arménie. M. H. Gaultier de Claubry (2) fait mention de quatre espèes ou variétés de pavots qu’il distingue par leurs semences blanches, jaunes, noires ou bleu de ciel. Les graines blanches produisent des fleurs d’un blanc de lis ; les
l-idl) Cette variété n’est nouvelle que relativement au commerce de Paris; car c>st elle qui se trouve figurée par Blackwell (He> barium,it.b. 483), bien que la papule ne présente pas toute la dépression qu’elle est susceptible d’acquérir.
(2) H. Gaultier de Claubry, Note sur la culture de l'opium en ArménU {Journ. pharm. et chtm., t. XIII, p. 105).
DICOTYLÉDONES TlIALAMIFLORES.
jaunes donnent des fleurs rouges, les noires des fleurs noires; enfin les semences bleu de ciel donnent des fleurs d’un pourpre foncé assez vif. [M. Maltass indique également des variétés analogues, à semences de couleurs variées comme donnant l’opium d’Anatolie (1).]
Les graines blanches ou bleu de ciel produisent de grosses capsules oblongues {fig. 801); les graines jaunes ou noires produisent des têtes petites et complètement rondes (^5'. 802).
Les fabricants d’huile se servent souvent des graines blanches qui sont très-oléagineuses, quoique de médiocre grosseur. Elles sont préférées par les cultivateurs.
Ces quatre espèces ou variétés de pavots paraissent servir à l’extraction de l’opium, quoique la note ne soit pas explicite à cet égard ; mais les capsules qui ont été remises à M. H. Gaultier de Claubry, avec une incision circulaire qui indique qu’elles ont servi à l’extraction de l’opium, étant des capsules de pavot blanc, il est probable que c’est cette espèce surtout qui sert à l’extraction
de l’opium en Arménie. Les semences sont très-petites, blanches et translucides; les capsules sont fort petites, très-blanches, trèsminces et probablement très-peu productives en suc. J’en ai fait représenter une {fig. 801), de grandeur naturelle.
Pavot noir.
Papaver nigrum. Lob. Ce pavot ressemble au précédent, sauf
(1) Voir MatUss, Ou the production af opiur Journ,, t. XIV, 1855, p. 395).
(Pharmaceut.
PAPWÉRACÉES. — PAVOT NOIR. 7H
qu’il ne s’élève qu’à un mètre ou 1“,20, que ses feuilles sont d’un vert plus prononcé, que ses pétales sont d’un rouge violacé pâle, avec une tache noirâtre à la base, et que ses capsules sont arrondies, plus petites, plus nombreuses, couronnées par un large disque r.iyonné, et contiennent des semences noires, opaques, réniformes, dont un des lobes est manifestement plus petit que l’autre et un peu aigu. Mais le caractère principal de ce pavot résulte de ce que, au moment de la maturité des graines, le disque stigmatifère se sépare de la capsule et s’élève à une petite distance, par suite de l’allongement des lames qui unissent les trophospermes aux stigmates. 11 en résulte, dans l’intervalle de deux stigmates, une petite fenêtre répondant à une fausse loge de l’intérieur, et par laquelle les semences s’échappent et se dispersent (Voir fig. 802).
Le pavot noir est cultivé dans les jardins, où il se sème de luimême à l’automne, pour paraître au printemps suivant, en quantité considérable qu’on a beaucoup de peine à détruire. On en cultive aussi des variétés à grandes fleurs, simples ou doubles, à pétales entiers ou laciniés. Enfin, en Allemagne, dans le nord de la France et dans la Belgique, on cultive très en grand, dans les champs, le pavot noir, pour l’extraction de son huile, qui est trèsusitée sous le nom d’hnile d’œillette (1) dans la peinture, comme siccative, et dans le commerce de l’épicerie, pour falsifier, ou pour remplacer l’huile d’olive. On a cru pendant longtemps en France que cette huile était narcotique, et des peines sévères menaçaient, sans beaucoup les atteindre, ceux qui la substituaient à celle d’olive. Aujourd’hui cette substitution se fait presque partout; si elle ne nuit pas à la santé de ceux qui usent de l’huile comme aliment, elle n’en constitue pas moins une tromperie à leur égard, puisqu’ils payent comme huile d’olive un produit d’une valeur bien inférieure. Cette substitution est encore plus préjudiciable à ceux qui voudraient appliquer l’huile, sans le savoir, à la fabrication des savons et des emplâtres; les savons et les emplâtres formés avec l’huile d’œillette étant d’une grande mollesse et siccatifs à l’air, en même temps qu’ils y acquièrent une rancidité fort désagréable. J’ai indiqué (2) les moyens de reconnaître la pureté de l’huile d’olive.
(1) Ce nom est la traduction du mot italien olielto (petite huile). La semence vendue parles grainetiers de Paris, sous le nom de semence d' œillette, n’est cependant pas celle du pavot noir figuré ci-dessus. Cette semence est plus grosse, toujours opaqüe, mais d’un gris bleuâtre et non noire. Elle se rapporte probablement aux semences bleu de ciel d'Arménie.
(2) T. II, p. 590 et suiv.
DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.
Pavot rouge «auTage ou Coquelicot,
Papaver Rhœas, L. Racine annuelle, fibreuse, pivolanle. Tige droile, feuillue, plus ou moins rameuse, haute de 33 à 60 centimètres, chargée, ainsi que les feuilles, de poils rudes. Feuilles d’un vert foncé, étroites, profondément pinnatifides, à lobes allongés, incisés-dentés, aigus. Les fleurs sont larges de 8 centimètres et plus, portées à l’extrémité de la tige et des rameaux sur de longs pédoncules. Les sépales du calice sont velus; les pétales sont d’un rouge éclatant, avec ou sans tache pourpre noirâtre à la hase.
La culture peut doubler les coquelicots, et les faire passer par toutes les nuances depuis le rouge-pourpre jusqu’au blanc. Les capsules sont fort petites, glabres, obovées ou turbinées, couronnées ou plutôt couvertes par un large disque à 10 rayons; elles s’ouvrent par des trous qui se forment au-dessous du disque. Les semences sont très-petites et presque noires.
Le coquelicot croit par toute l’Europe dans les champs de blé, où il produit un bel effet, en juin et juillet, par le rouge éclatant de ses pétales. Ceux-ci sont récoltés et séchés pour l’usage de la médecine. [Ils contiennent un alcaloïde particulier, trouvé par Hesse et désigné par lui sous le nom de rhœadine (1). Ils doivent être conservés dans un endroit très-sec ; car ils sont très-hygrométriques et se détériorent promptement. Ils sont mucilagineux, adoucissants et calmants; ils sont très-utiles dans la coqueluche, les rhumes, les irritations intestinales, etc. On les emploie en infusion aqueuse, sous forme de sirop ou en extrait.
Pavot d’orient, Papaver orientalis, L. Cette belle espèce de pavot a été découverte dans l'Arménie par Tournefort, et depuis ce temps elle est cultivée dans les jardins de l’Europe. Sa racine est grosse comme le doigt, pivotante, très-vivace et peut durer, à ce qu’il parait, un grand nombre d'années. Elle produit tous les ans une ou plusieurs tiges hautes de 50 à 70 centimètres, munies de feuilles péliolécs, grandes, profondément pinnatifides, à lobes oblongs, dentés et pointus; elles sont toutes couvertes de poils rudes, ainsi que les tiges, les pédoncules et les calices. Chaque lige est terminée par une fleur longuement pédonculée, d’abord renfermée dans un calice à 2 ou 3 sépales ; les pétales développés sont au nombre de 4 ou 6, très-grands, d’un rouge foncé, avec une tache pourpre noirâtre à la base; les étamines
(1) Voir Hesse. Neues Repert. pharm,,\\, l.î9, d’après'/oMraoI de pharmacie et de chimie, IV, 80.
PAPAVÉRACÉES. — OPIUM. 713
sont très-nombreuses, terminées par des anthères d’un violet noirâtre; l’ovaire est turbiné, vert, lisse, terminé par un large disque à 12 ou 1(5 stigmates linéaires, d’un violet foncé. Capsule turbinée, déhiscente; semences noires.
Le nom de pavot d’Orient, que porte celte plante, a fait supposer à quelques personnes que c'était elle qui produisait l’opium. Mais Tournefort dit positivement que les habitants n’en tirent pas d’opium, quoiqu’ils lui en donnent le nom (aphion), et que ses capsules, qui sont d’une grande âcrelé, soient mangées par les Turcs, probablement dans le but de produire un effet narcotique analogue à celui de l’opium.
D’après M. Petit, pharmacien à Corbeil (1), ce pavot contient de la morphine dans ses différentes parties, et surtout dans sa capsule. 100 parties d’extrait alcoolique de ces capsules vertes en ont fourni 5 de morphine.
On cultive dans les jardins un pavot presque semblable au précédent, mais plus grand dans toutes ses parties, â folioles plus nombreuses et plus aiguës, à fleurs accompagnées de bractées, ce qui lui a fait donner le nom de Papaver bracteatum. Il paraît originaire des contrées asiatiques et méridionales de l’empire russe.
Opium.
L'opium est un suc épaissi fourni par les capsules du pavot. Celui que nous employons est tiré surtout de la Natolie et de l’Égyple; mais il en vient aussi de la Perse et de l’Inde; enfin, on peut récolter de l’opium dans beaucoup d’autres pays, et plusieurs personnes en ont obtenu en France et en Angleterre, par l’incision des capsules de pavot, qui était peu inférieur à celui du commerce. Cependant les essais tentés jusqu’ici n’ont guère servi qu’à constater l’identité des produits, le prix du terrain, la main-d'œuvre et la petite quantité du suc obtenu, faisant revenir l’opium indigène à un prix au moins aussi élevé que celui du commercé.
L’opium est connu depuis un grand nombre de siècles. Les anciens en distinguaient de deux sortes : l’un extrait par des incisions faites aux capsules de pavots, qu’ils nommaient proprement opium (2); l’autre, beaucoup plus faible, obtenu par la contusion et l’expression des capsules et des feuilles de la plante ; ils l’appelaient méconium (3). Beaucoup d’autres modernes ont prétendu qu’on n’en préparait plus de la première sorte, et que
(1) Petit, Mémoire sur le pavot d’Orient AJourn. pharm., t. xm, p. 183).
(2) "Oniov, de ÔTTÔç, suc,
(3) Dioscoride, lib. IV, cap. lx.
DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.
le seul opium que nous eussions était le méconium. D’autres, en admettant que l’on prépare encore do l’opium par incision, pensent que cet opium est entièrement consommé par les riches du pays, et que, par conséquent, nous n’avons toujours que le méconium des anciens; mais il n’en est pas ainsi : non-seulement parce qu’un extrait obtenu avec le suc de la plante, évaporé au feu, n’aurait en aucune manière l’odeur vireuse de l’opium du commerce, mais encore parce que tous les voyageurs s’accordent à faire récolter l’opium par incision, comme l’indique Dioscoride.
Ainsi, d’après cet ancien auteur, le matin, après que la rosée s’est évaporée, on fait aux capsules des pavots des incisions obliques et superficielles; on ramasse avec le doigt le suc qui en découle et on le reçoit dans une coquille. Peu de temps après on y retourne pour ramasser le nouveau suc écoulé. On môle dans un mortier le suc obtenu tant de cette fois que le jour suivant, et l’on en forme des trocbisques.
D’après Kæmpfer (1), en Perse, la récolte de l’opium se fait dans le courant de l’été, en incisant superficiellement les capsules des pavots proches de leur maturité (il remarque, comme Dioscoride, que les incisions ne doivent pas pénétrer dans l’intérieur de la capsule). On se sert à cet efi'et d’un couteau à cinq lames, qui fait d’un seul coup cinq incisions parallèles. Le suc est enlevé le lendemain avec un racloir et reçu dans un vase suspendu à la ceinture de l’opérateur. Alors on incise une autre face de la capsule, afin d’en recueillir le suc de la môme manière. Celte opération se répète plusieurs fois sur le môme champ, à mesure que les pavots arrivent au point convenable de maturité.
La préparation de l’opium en Perse consiste principalement à l’humecter d’un peu d’eau, afin de pouvoir l’agiter et le pétrir dans un vase de bois aplati, jusqu'à ce qu’il acquière la consistance et la ténacité de la poix; alors on le malaxe dans les mains, et l'on en forme de petits cylindres qui sont exposés en vente.
Suivant Delon (2), l’opium se récolte principalement dans, la Paphlagonie, la Cappadoce, la Galatie et la Gilicie, provinces de l’Asie Mineure. Là on sème des champs de pavots blancs, comme nous faisons pour le blé ; et, quand les têtes sont venues, on y fait de légères coupures, d’où sortent quelques gouttes de lait qu’on laisse un peu épaissir. Tel paysan en recueille 3 kilogrammes, l’autre 3, plus ou moins. Un marchand assura à Delon qu’il n’y avait pas d’années qu’on n’en enlevât la charge de cinquante chameaux, pour transporter en Perse, aux Indes et en Europe.
(1) Kæmpfer, Amœnit., C43.
(2) Delon, Singularités, liv. HL
PAPAVÉRACÉES. — OPIUM.
Le meilleur opium, dit toujours Belon, est fort amer, chaud et âcre au goût; il est de couleur fauve et formé de petits grains de diverses couleurs; car ces grains ne sont autres que les larmes recueillies sur les pavots, lesquelles se sont soudées ensemble en une seule masse,
Olivier (1) rapporte l’extraction de l’opium de la même manière que Belon. D’après lui, à Aphioum Kara-Hissar, ville de l’Asie Mineure, on obtient l’opium en faisant des incisions successives aux capsules de pavots blancs, avant leur maturité. Ces incisions ne doivent pas pénétrer dans l’intérieur du fruit. On recueille le suc à mesure qu’il s’échappe et se concrète.
Un antre voyageur français, M. Charles Texier, a encore décrit l’extraction de l’opium presque dans les mêmes termes (2). Seulement M. Texier ajoute qu’on pile le suc épaissi en crachant dessus, les paysans assurant que l’eau le fait gâter.
[M. Bourlier (3) donne des détails analogues sur la récolte de l’opium. D’après lui, on ne fait qu’une incision horizontale à la capsule, au tiers de sa hauteur; et c’est le meilleur moyen d’obtenir la plus grande quantité d’opium dans le moins de temps possible. — Quand le suc épaissi est recueilli, on crache dessus, et on le malaxe avec le couteau de manière à donner à la masse une consistance homogène.]
Comme on le voit, les auteurs les plus recommandables s’ac. cordent à dire que l'opium du commerce est obtenu par des incisions faites aux capsules des pavots; mais de ces auteurs Dioscoride, Kœmpfer, MM. Texier et Bourlier, font piler ou mafaxer l’opium, ce qui doit en former une masse homogène; tandis qu’Olivier, et Belon surtout, font sécher le suc directement, puisque ce dernier décrit l’opium comme formé par l’assemblage des petites larmes recueillies sur les capsules. Nous allons retrouver ces deux caractères dans les différents opiums du commerce, ce qui montrera à la fois l’origine et l’exactitude des descriptions citées.
On trouve dans le commerce français trois sortes d’opiums qu’il importe de savoir distinguer, à raison de leur valeur bien différente en morphine et en propriétés médicales : ce sont les opiums de Smyrne, de Constantinople et d'Égypte. J’y joindrai la description des opiums de Perse et de l'Inde. Quant à ceux qui ont été récoltés à différentes reprises à Naples, en France, en Suisse et en Angleterre, à part l’odeur forte et vireuse et la sa-
(1) Olivier, Voyage dans l’empire ottoman.
(i) Journ de pharm., t. XXI, p. 197.
(3;. Soir Journal de pharmacie et de chimie, 3* série, XXXIIl, p. 99.
DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.
veur amère des opiums du Levant, ils n’ont pas de caractère de forme particulière qui puisse les faire reconnaître.
Opium de Smjrne. Cet opium est en masses presque toujours déformées et aplaties, à cause de leur mollesse primitive. Sa surface est tout à fait irrégulière, grossièrement granuleuse, et offre des fissures qui indiquent la réunion de plusieurs masses en une seule. Elle présente quelques restes de feuilles de pavot, mais elle est surtout couverte de semences de Rumex, qui souvent sont passées à l’intérieur par la soudure et la confusion en une seule de masses plus petites et d’abord isolées. Cet opium, d’abord mou et d’un brun clair, noircit et se durcit à l’air; il a une odeur forte et vireuse, et une saveur amère, âcre et nauséeuse.
[Cet opium est récolté dans un certain nombre de localités distantes d’au moins 8 à 10 lieues de Smyrne': la plus grande partie vient de 10 à 18 journées de marche. Chacune des localités d’où on le retire lui donne des formes particulières, et c’est à Smyrne, que les pains primitifs sont remaniés et prennent à peu près les caractères qu’on leur voit dans le commerce. C’est là aussi qu’ils risquent surtout de subir les falsifications nombreuses, qu’on a occasion de signaler (1).]
L’opium de Smyrne est, à n’en pas douter, l’opium deBelon, qui a été tiré par incision des capsules, et séché sans aucune opération intermédiaire; car, lorsqu’on le déchire avec précaution quand il est encore mou, et qu’on l’examine à la loupe, on le voit tout formé de petites larmes blondes ou fauves, transparentes, agglutinées ensemble comme celle du sagapénum, dont elles présentent l’aspect. C’est donc là l’opium le plus pur que l’on puisse trouver; c’est aussi celui qui donne le plus de morphine et qui est le plus estimé.
[11 est cependant des sortes d’opium arrivant par Smyrne qui n’ont pas ce caractère, et présentent, au contraire, une pâte homogène bien liée (2).]
Je pense que c’est à Topium de Smyrne qu'il faut rapporter les principaux travaux chimiques qui ont été faits sur celte substance et les résultats qui en ont été obtenus. Quelles que soient la simplicité du procédé par lequel on se l’est procuré, et l’homogénéité apparente de la matière, sa composition est des plus compliquées; puisque, en réunissant les travaux de Derosne, Séguin, Sertuerner, Robiquet, Pelletier, Gouerbe, Merck, Hinterberger, T et H. Smith, etc., on ne trouve pas moins d’une vingtaine
(1) Voir sur ce sujet : Landerer, Neues Archiv fur Pharm.,\,k1i, et Journal depharm. et de Mm., XXIII, 233, et ianoxit \e Jaltresbeiichl de Wiggers et Husemann pour 1867, p. 105 et suiv.
(2) Voir Jahresberkht de Wiggers et Husemann, toc. eit.
PAPAVÉRACÉES. — OPIUM.
de principes, dont six cristallisables, azotés et'pliis ou moins alcalins, ont reçu les noms de morphine^ codéine, pseudomorphine, paramorphine ou thébaïne, narcotine, narcéine, papavêrine, opianine, rhœadine; un autre, également cristallisable, non azoté, nommé méconùie; trois acides, les acides acétique mécanique et thébolactique; une huile fixe, une huile volatile, une résine, du caoutchouc, une matière extractive, de la gomme, des sulfates de potasse et de chaux, etc. On peut croire cependant, en raison de la facilité bien reconnue avec laquelle les principes organiques se transforment les uns dans les autres, que tous ces corps n’existent pas simultanément dans un môme suc végétal, et que plusieurs d’entre eux résultent du procédé qui a servi à tes en extraire.
[Les nombres suivants, obtenus par MM. T. et H. Smith, d’Édiinbourg, donneront l’idée des proportions des divers principes contenus dans un bon opium ordinaire:
Morphine . 10 p. 0/0
Narcéine . . 0,02
■ Codéine . 0,30
t ■ Papavêrine . 1,00
Thébainc . 0,15
Narcotine . 6,00
Mécoiiine . 0,01
Acide méconiqne . 4,00
Acide tliéholactique . 1,25
L’opium de Smyrne bien divisé, traité par l’eau froide, donne une liqueur fauve rougeâtre, qui s’éclaircit facilement par le dépôt de son résidu insoluble, lequel possède une propriété glutineuse très-marquée lorsqu’on le malaxe entre les doigts. La liqueur filtre avec une grande facilité : elle rougit fortement le tournesol, devient d’un rouge de sang par l’addition d’un sel de sesquioxyde de fer (réaction due à l’acide méconique), et forme avec l’ammoniaque un abondant précipité blanchâtre caillebotté, principalement composé de morphine. Elle produit avec le nitrate de baryte un précipité abondant de sulfate de baryte, et devient seulement louche par l’oxalate d’ammoniaque, en raison de ce que l’acide sulfurique se trouve combiné dans l’opium, principalement à la morphine et à la potasse, et fort peu à la chaux, qui n’y existe qu’en minime quantité.
L’opium de Smyrne, devenu sec à l’air, bien épuisé par l’eau froide, fournit de 58 à 61 pour 100 d’extrait sec et cassant; mais cet extrait, étant redissous dans 15 parties d’eau froide et ramené à siccité, se trouve réduit à 55 ou 57. Le résidu insoluble desséché, réuni à celui du premier traitement, pèse 37 ou 38 pour 100; d’où l'on voit qu’en moyenne, l’opium de Smyrne sec fournit :
DICOTYLÉDONES TIIALAMIFLORES.
Extrait aqueux purifié . 6fi,0
liésidu insoluble . 37,5
Eau et perte . C,5
L’extrait purifié qui précède, étant redissous de nouveau dans l’eau froide et additionné d’ammoniaque en très-léger excès, fournit de 23 à 26 de précipité sec, pulvérulent et de couleur fauve, de morphine impure. Ce précipité, lavé d’abord à froid avec de l’alcool à 40 degrés centésimaux, puis traité deux fois par de l’ai cool à 90 degrés bouillant, fournit facilement de 13 à 17 pour 100 du poids de l’opium brut, de morphine cristallisée. Ce qui revient à 28 pour 100 du poids de l’extrait purifié.
[De nouvelles analyses faites par M. Guihourt sur une douzaine d’opiums de Smyrne lui ont donné une moyenne de 12,40 pour 100 de morphine pour les échantillons mous, contenant par conséquent une certaine quantité d’eau ; 13,37 pour les échantillons devenus durs; 14,66 pour les mêmes échantillons desséchés àl00“(l).]
Opium de Constantiiioplc. Je présume que cet opium est tiré des parties les plus septentrionales de la Natolie et qu’il est apporté des ports de la mer Noire à Constantinople. 11 y en a deux sortes bien distinctes.
L’un, que je nommerai opium de Constmilinaple •■■■ boules ou en gros pains, est en pains assez volumineux dont les plus gros, pesant de 256 à 330 grammes, ont été mis sous forme de houles; mais ils ont pris, en se tassant réciproquement, la forme de pains carrés et un peu coniques. Les autres, du poids de 130 à 200, grammes, sont aplatis, allongés et déformés à la manière de l’opium de Smyrne, mais ils le sont beaucoup moins. Tous sont entourés d’une feuille de pavot presque entière, ont une surface propre et assez unie, et ne présentent qu’un petit nombre de semences de Itumex. Ces pains, ayant été formés avec un opium beaucoup moins mou que l’opium de Smyrne, ne se soudent pas entre eux; à l’intérieur, ils sont formés de petites larmes agglutinées, comme l’opium de Smyrne, mais d’une couleur plus foncée, quelquefois pures, d’autres mélangées, surtout dans les gros pains arrondis, de raclures de tôles de pavot. Cet opium se rapproche donc beaucoup de l’opium de Smyrne, et bon nombre de commerçants à Paris l’achètent ou le vendent sous ce nom; mais il lui est inférieur en qualité. Traité de la môme ma-
(1) Voir Guibourt., Mémoire sur le dosage de ropium {Jourual de pharmacie et de chimie, novembre 1861,'.
PAPAVÉRACÉES. OPIUM. 1{9
nière que l’opium de Smyrne, il m’a donné, après que l’extrait a été redissous dans l'eau et ramené à siccité :
Extrait aqueux puriflé... ;
Résidu insoluble desséché Eau et perte .
L’extrait, redissous dans l’eau et précipité dans l’ammoniaque, a fourni 16,37 de morphine brute, d’où j’ai retiré 10,9 de morphine cristallisée.
[Merck en a obtenu 13 pour 100 de morphine pure, M. Ghristison 14 pour 100 de chlorhydrate de morphine (Ij, enfin M. Guibourl (2) a trouvé dans un échantillon de cet opium dur 13,72 pour 100 de morphine cristallisée, et dans un autre 14,23 pour 100. On voit donc que certains opiums de Constantinople sont d’aussi bonne qualité que ceux de Smyrne, et on ne s’en étonnera pas si l’on songe que c’est presque des mêmes lieux que viennent ces opiums. Le grand avantage de Smyrne sur Constantinople, c'est «d’avoir un marché régulier et régulateur (3) », où il est plus facile de s’éclairer sur la bonne qualité des produits achetés.]
Opium de Consianllnoiile en petits pains. — Cet Opium est en petits pains aplatis, assez réguliers, de forme lenticulaire, larges de 53 ù 80 millimètres et du poids de 80 à 90 grammes, î' est recouvert d’une feuille de pavot dont la nervure médiane partage le disque en deux parties; il a une odeur semblable aux deux opiums précédents, mais plus faible. Quelques personnes pensent que cet opium a été remanié et altéré à Constantinople; mais peut-être a-t-il été préparé en Asie même, en ajoutant au produit de l’incision celui de l’expression des pavots. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’il est plus mucilagineux que l’opium de Smyrne et qu’il contient beaucoup moins de morphine. Dans un essai fait anciennement, cet opium, traité par infusion dans l’eau m’a donné 60,94 d’extrait non puriflé, lequel, redissous dans l'eau et précipité par l’ammonlùque, n’a produit que 11,68 de morphine impure, répondant, d’après les essais précédents, à 7 ou 8 pour 100 de morphine cristallisée. [Depuis lors M. Guibourt (4) est arrivé à 13,32 et 14,57 pour lOO.dans des échantillons de cet opium, amenés à l’état dur.]
(1) Voip Pereira, Materia medica, 1855, II part., il, 600.
(î) Guibourt, Mémoire cité, p. IC.
(3) Voir Délia Suda, Monographie des opiums de i'empire ottoman envoyés à fExposilion universelle de Paris, Paris, 1867.
(4) Guibourt, Mémoire cité.
720 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.
Opium «l’Éjj'ypte. — Il est probable qu’autrefois l’opium venait principalement d'Égypte, comme l’indique le nom à'optum thébaïque qu’on lui donne encore aujourd’hui dans la pratique médicale. Mais celte sorte avait pendant très-longtemps disparu du commerce, lorsqu’elle y reparut il y a de vingt à vingt-cinq ans. Je me rappelle avoir assisté à l'ouverture de la première caisse qui en vint à Paris. Cet opium me surprit par son aspect tout particulier; je le crus cependant de bonne qualité, et j’en pris une certaine quantité ; mais, l’ayant essayé, comparativement avec l’opium de Smyrne, je vis qu’il contenait moins de morphine : on doit donc le rejeter.
L’opium d’Égypte est en pains orbiculaires aplatis, larges de 8 centimètres environ, réguliers, très-propres à l’extérieur, et paraissant avoir été recouverts d’une feuille dont il ne reste que (tes vestiges. Cet opium se distingue de celui de Smyrne par sa couleur rousse permanente, analogue à celle de l’aloès hépatique; par une odeur moins forte, môlée d’odeur de moisi ; parce qu’il se ramollit à l’air libre au lieu de s’y dessécher, ce qui lui donne une surface luisante et un peu poisseuse sous les doigts; enfin, parce qu’il est formé d’une substance une et non grenue, ce qui indique qu’il a été pisté ou malaxé avant d’être mis en masses, comme l’ont indiqué trois des auteurs précités.
Je n’ai fait anciennement qu’un seul essai sur l’opium d’Égypte, qui tout en montrant que cet opium était inférieur à celui de Smyrne, le plaçait au-dessus de celui de Constantinople. J’avais trouvé, en effet, que 100 parties de cet opium fournissaient, par infusion dans l’eau, 61 parties d’extrait non purifié, et cet extrait, redissous dans l’eau et précipité par l’ammoniaque, m’avait donné 14,72 de précipité que je supposais contenir proportionnellement la môme quantité de morphine que les autres, ce qui faisait environ 0,5 pour lÜO du poids de l’opium.
Ce résultat a été contredit implicitement par d’autres chimistes. D’après M. Berlhemot, la solution aqueuse d’opium d’Égypte contiendrait de l’acide acétique libre qui dissoudrait toute sa narcoline ; de sorte que ce principe, au lieu de rester en grande partie dans le marc, comme cela a lieu avec l’opium de Smyrne, se trouverait dans la liqueur et ferait partie du précipité formé par l’ammoniaque. D’autres n’admettent que 3 ou 4 pour 100 de morphine, dans l’opium d’Égypte; mais M. Merck en a retiré 6 à 7, et M. Chrislison a obtenu du même opium 10,4 de chlorhydrate de morphine très-pur, ce qui répond à 8,43 de morphine cristallisée.
[M. Gastinel attribue au mauvais procédé de culture et d’arrosage la proportion très-faible de morphine dans les opiums oble-
PAPAVÉRACÉES. — OPIUM. 721
nus des pavois cultivés en Égypte ; par une culture convenable, il est arrivé ii faire produire à ces mêmes pavots un opium contenant 10 à 12 pour 100 de morphine (1).]
A l’occasion de l’opium d’Égypte, je vais revenir sur l’espèce de pavot qui doit fournir l’opium. 11 est remarquable que tous les auteurs, jusqu’à Selon, aient annoncé que l’opium était tiré du pavot noir, Dioscoride et Pline le disent pour l’opium en général; Avicenne, Abd-Allatif, Ebn-Beilar, et Prosper Alpin l’énoncent spécialement pour l’opium d’Égypte. J’avais cru trouver là la cause de l’infériorité de cet opium ; mais il paraît, d’après un renseignement qui m’a été fourni par M. Ilassan- Hachim, élève égyptien de notre école, que c’est le pavot blanc qui sert à l’extraction de l’opium d’Égypte. M. Hassan-Hachira m’a dit avoir vu au Caire les capsules de pavot qui y sont apportées en très-grande quantité de la haute Égypte, à cause de l’usage que l’on fait de leurs semences comme aliment. Ces semences sont blanches, et les capsules portent l’empreinte des incisions qui ont servi à l’extraction de l’opium.
Opium de Perse. Cet opium parait venir par la voie de Trébizonde : tel que je l’ai reçu de M. Morson, de Londres, il est en bâtons cylindriques ou devenus carrés par leur pression réciproque; il est long de 95 millimètres, é|)ais de H à 14, enveloppé d’un papier lustré, maintenu avec un fil de coton. Chaque bâton pèse environ 20 grammes ; la pâle en est fine, uniforme, offrant '■ependant encore à la loupe l’aspect de petites larmes agglutimais bien plus petites et plus atténuées que dans l’opium deSrayrne, Cet opium est bien celui dont la préparation a été décrite par Kæmpfer : il a la couleur hépatique de l’opium d’Égypte, une odeur semblable, c’est-à-dire vir^use, mêlée de l’odeur de moisi, une saveur très-amère. 11 se ramollit également à l’air humide. Cet opium diffère beaucoup par sa nature de celui de Smyrne ; il ne contient pas de sulfate de chaux et ne renferme que très-peu d’un autre sulfate soluble. Il fournit par l’eau froide 8ü,5o d’extrait, qui se réduisent à 78,76 par une seconde solution dans l’eau. Les deux résidus solubles réunis ne pèsent que 18, 26 : il ne reste que 2,78 pour l’eau et la perte.
L’extrait, redissous dans l'eau et additionné d’ammoniaque, n’a fourni que 4,95 de précipité contenant de la morphine ; mais le temps m’a manqué pour terminer l’essai, et je n’ai pu le reprendre depuis. M. Merck a obtenu avec peine, du môme opium, un pour cent de morphine et une trace de narcotine.
(I) Voir Journal de pharmacie et de chimie, 4' série, I et VII, 737. — Voir aussi Figary Bey, note («rf., VII, 37).
CuiiooHT, Drogues, 7« édil.
722 DICOTYLÉDONES TIIALAMIFLORES.
[M. Réveil (1), qui a étudié cet opium de Perse, y a trouvé 8,15 pour lOO de morphine et 4,15 de narcotine : en même temps une quantité considérable de glucose, 15 pour 100 environ.
L’opium de Perse se présente aussi sous d’autres formes variées, en pains sphériques, en masses irrégulières, etc., eic. ; mais dans tous les cas il est remarquable par l’homogénéité de sa substance et par son hygroscopicité très-marquée. M. Réveil a constaté dans tous les échantillons qu’il a étudiés une certaine quantité de glucose, qui peut s’élever jusqu’à 31,6 pour 100. L’origine de ce sucre se trouve, d’après Guibourt (2), expliquée par le passage suivant de Kœmpfer : « La masse (de l’opium) est souvent très à propos additionnée non d’eau, mais de miel, dans le but d’en tempérer non-seulement la siccité, mais encore l’amertume; cette préparation est appelée spécialement bælirs[Z). »]
Lorsqu’on évapore la solution d’opium de Perse, elle forme pendant l’évaporation un dépôt blanc cristallin, et, vers la (in, elle se présente comme un miel grenu, de couleur orangée.
Opium €ie l'indr. On lisait dans plusieurs ouvrages que l’Inde fournit à l’Angleterre une immense quantité d’opium ; mais quand je me suis adressé à Pereira, à Londres, pour avoir de l’opium de l’Inde, il m’a répondu que cet opium était extrêmement rare en Angleterre, et que le seul échantillon qu’il en eût (et qu’il voulut bien partager avec moi) lui avait été envoyé de Bombay par un de ses élèves (4). L’Inde cependant produit une grande quantité d’opium; mais celui qui n’y est pas consommé passe tout entier aux iles de la Sonde, en Chine et dans les autres contrées orientalesde l’Asie, où l’usage de fumer l’opium est généralement répandu (5).
On connaît ;j’ailleurs dans l’Inde trois sortes principales d’opiums, savoir : ceux de Malwa, de Palna et de Dénarès. L’opium de Malwa passe à Bombay, ceux de Patna et de Bénarès sont transportés à Calcutta et constituent Yopium de Bengale des commerçants anglais. Ges deux derniers opiums, récoltés dans deux contrées limitrophes, sur le bord du Gange, sont en effet presque semblables ; l’opium de Malwa seul est différent et paraît se rapprocher de celui de Perse, par sa nature et sa préparation.
Opium tie Mniwa (Pereira), Masse uniforme, ovale-allongée,
(1) Voir Réveil, Sur les opiums de Perse (Journal de pharmacie et de chimie, 3' série, XXXVIII, 101).
(2) Guibourt, Mémoire cité, page 36.
(3) Kœmpfer, Amœnila/es, 644.
(4) Journ. de phorm., t. XVU, p. 116.
(5) En 1827 ou 1828, l’exportation de l’opium de l’Inde pour la Chine a été de 550, 76S kilogrammes; en 1833 elle était de 1,397,887 kilogrammes. Il est nro table qu’elle est encore plus forte aujourd’hui.
PAPAVÉRACÉES. — OPIUM.
aplatie, pesant moins de30 grammes; extérieur propre, sans feuilles ni semences ; intérieur d’un brun noirâtre, assez mou, luisant comme un extrait ; saveur piquante, très-amère, laissant un goût nauséeux. Odeur de fumée un peu vireuse, bien différente de celle de l’opium du Levant. Cet opium, traité par infusion dans l’eau, m’a donné 37,12 pour 100 d’extrait, lequel, redissous dans l’eau, et précipité par l’ammoniaque, a produit 8,33 de morpbine impure, répondant à 3,5 de morphine cristallisée. C’est ce môme opium qui, traité anciennement par le professeur Thompson, lui a fait dire que l’opium de l’Inde ne contenait que le tiers de morphine de celui de Turquie. C’est lui encore qui a fourni à M. Smyttan, inspec^teur de l’opium à Bombay, de 3 à 3 centièmes de son poids de morphine. Unopium de qualité supérieure, mais non commercial, obtenu dans le jardin de culture, a fourni de 7,73 à 8,23 de morphine pour 100 (1).
Depuis l’envoi de cet opium, M. Fereira (2) a décrit une autre sorte d’opium de Malwa consistant en un pain rond et aplati, du poids de 10 onces qui semble avoir été enveloppé dans une poudre grossière faite de pétales de pavot broyés. La consistance de cet opium est celle de l’opium de Smyrne moyennement dur ; son odeur est semblable; sa substance intérieureparaît homogène.
Opium Ile l'ntiia OU «le Bénarès. Cet opium, dont je dois uu bel échantillon à M. Christison, est sous forme d’une boule grosse comme une tête d’enfant pesant 3 livres 1/2 avoir-du-poids, ou 1,587 grammes. Cette boule est enfermée dans une enveloppe soépaisse de près de un centimètre, formée de pétales de pavot serrés et agglutinés entre eux, et pesant à elle seule une demilivre (227 grammes) comprise dans les trois livres 1/2 cidessus. Dans l’état d’altération où sont ces pétales, il est difficile de décider s’ils appartiennent au pavot blanc ou noir. Cependant beaucoup paraissent blancs, ce qui s’accorde avec un passage de Roxburgh, qui se borne à dire que la variété blanche de Papaver soinniferum, à semences blanches, est cultivée sur une très-grande échelle dans plusieurs parties de l’Inde (3). A l'intérieur, la masse est molle, d’un brun très-foncé, possédant une.-odeur et un goût forts et purs d’opium.
M. Smyttan annonce n’avoir retiré de l’opium du Bengale que 2 ou 3, et jamais plus de 3, 3 de morphine pour 100. Mais d’après M. Morson, chimiste et pharmacien très-distingué de Londres, l’opium de Bénarès contiendrait environ moitié de la quantité de morphine trouvée dans les bonnes sortes d’opium
(1) Smyttan, Journ. pfiarm., t. XXI, p. 6i4.
(2) Pereira, Materia medica, 2' édition.
(a; Roxburgli, Flora indien, II, 571.
DICOTYLÉDONES TlIALAMIFLORES.
de Turquie. [M. Guibourl(l)y a trouvé depuis .5,758 de morphine pour 100 d’opium pur.]
Opium €iu Jardin de Pallia. Gel opiuiu m’a été donné par M. Chrislisonsous le nom à’opium de Malwa, et je l’ai décrit sous ce nom dans ma dernière édition, louten le distinguant soigneusement de l’opium de iMalwa envoyé par M. Perdra. Pastérieurement, M. Christison m’a appris que cet opium, non commercial, avait été préparé dans le jardin de Palna, par les ordres de M. Fleming, dans la vue de trouver les moyens de remédier à la mauvaise qualité des opiums de l’Inde ; on peut donc considérer ce nouveau produit comme indiquant le degré de supériorité que l’opium de l’Inde peut acquérir. Ce produit présente la forme d’un pain carré, de 7 centimètres de côté et del',5 d'épaisseur. Il est enveloppé dans une lame très-mince et transparente de mica, et a l’aspect lisse et homogène d’un e.\trait pharmaceutique bien préparé. Traité par l’eau froide, il a produit 63,89 d’extrait sec, qui se sont réduits à 61,11 par une nouvelle solution à froid. Le marc insoluble pesait 36,11 ; ilétait huileux et graissait le papier. L’extrait, redissous dans l’eau, lui donnait la couleur rouge d’un bain de bois de teinture. Précipité par l’ammoniaque, il a fourni 10,07 de morphine impure, de laquelle j’ai retiré 6,7 de morphine cristallisée. M. Christison a obtenu du même opium 9,3 pour 100 de chlorhydrate de morphine très-pur, une quantité considérable de narcotine, et, suivant M. Pereira, 8 pour 100 de codéine; mais ce dernier nombre est sans doute entaché d’erreur. M. Merck a retiré du même opium 8 de morphine, 3 de narcotine, 0,5 de codéine, un de thébaïne, des traces du méconine, et 0,5 d’un nouvel alcaloïde auquel il a donné le nom de porphyroxine, Enlin, c’est encore le môme opium qui a fourni à M.‘ Mouchead 10,5 de morphine et 10,7 k M. Payen (2).
Opium intliKèiie. C’esl Belon qui a conseillé le premier de préparer en l'iurope, et spécialement en France, de l’opium, en emplovanl le procédé usité dans la Natolie. Ceux qui s’en sont le plus occupes sont MM. Cowley et Staines en Angleterre ; Young en Écosse, Petit et le général Lamarque en France, Hardy et Simon en Algérie. Le plus beau de ces opiums m’a été envoyé d’Angleterre par M. Pereira ; il a la forme d’un pain aplati, dont la cassure est très-homogène, luisante et de couleur hépatique brune; il offre une odeur assez forte d’opium de Smvrne et une saveur trôs-Acre et très-amère. Je ne doute pas qu’il ne soit d-une excellente qualité et supérieur à celui de MM. Cowley et Staines qui n’a fourni à M. Hennel que 7,57 de morphine pour 100.
(1) Guibourt, Mémoireciié. p.
(2) Payen, Comptta rendus cle
l'Académie des sciences,
XVII, p. 849.
PAPAVÉaACÉES. — OPIUM.
Un opium préparé aux environs de Provins a donné à M. Petit, de Corbeil, 16 à 18 pour 100 de morphine (1), ce qui le montre égal au meilleur opium de Smyrne, et M. Cavenlou paraît avoir obtenu un résultat analogue.
L’opium récolté par le général Lamarque, il Eyrôs (département des Landes), n’a pas la belle apparence de l’opium anglais décrit plus haut, étant en grumeaux agglomérés auxquels on n’a pas cherché à donner la forme d’une masse homogène; mais il est également d’une trèsbonne qualité. M. Cavenlou annonce, en effet, en avoir extrait, en 1828, plus de 14 de morphine pour 100 (2), et Pelletier, en employant la précipitation à chaud par le carbonate d’ammoniaque (ce qui est un mauvais procédé), en a retiré 10,3 de morphine. Le résultat le plus singulier de l’analyse faite par Pelletier, c’est qu’il n’a pas trouvé de narcotine dans l’opium d’Eyrès (3).
Je no puis passer sous sih'nce les tentatives faites de 1843 à 1843, par M. Hardy et par M. Simon, pour récolter de l’opium en Algérie, tentatives qui ont été l’objet de plusieurs rapports faits par M. Payen à l’Académie des sciences (4). L’opium récolté, en 1843, par M. Hardy, directeur de la pépinière d’Alger, paraissait être de bonne qualité; mais il n’a rendu que S de morphine pour 100, ce qui n’est que la moitié de la quantité fournie par les opiums moyens du commerce et le tiers de ce que produisent les qualités supérieures.
M. Simon, directeur du Jardin des Plantes de Metz, a eu l’idée de renfermer l’opium recueilli par lui à Alger dans des capsules de pavot vides, ce qui donne au produit une forme spéciale qu’il serait facile de faire admettre dans le commerce. Cet opium, analysé par M. llerpin, pharmacien en chef de la Pharmacie centrale, à Alger, a fourni 12 pour tdO de morphine, qui s'est réduite à 10,75 par la purification ffue M. Payen lui a fait subir. Mais cette bonne qualité ne s’est pas soutenue en 1843, où l’opium récolté par M. Simon n’a offert que 3,74 à 3,84 de morphine, et celui de M. Hardy 4,84 à 4,94. On ne voit pas la raison, cependant, pourquoi on n’obtiendrait pas en Algérie un opium aussi bon que celui récolté en France, à moins que la chaleur du climat ne soit nuisible à sa qualité.
Enfin signalons l’extrait d’un mémoire de M. Aubergier (5) sur la récolte de l’opium, qui mérite une sérieuse attention, à part les faits que l’auteur a crus nouveaux et qui étaient connus depuis longtemps. Ainsi son couteau à quatre lames, pourabrégcrl’opération de l’incision des pavots, est surpassé par celui à cinq lames décrit par Kæmpfer et rappelé par Geoffroy et par moi même (6). Pareillement Kæmpfer et Geoffroy, d’après lui, ont fait connaître que « la larme que l’on recueille
(I) Petit, J'juni. pharm., t, XIII, p. 183.
{2) l'aventou. Comptes rendus, t. XVII, p, 1075.
(3) Journ. pharm., t. XXI, p. 571.
;4) Payen, Comptes rendus, t. XVH, XVIII, XX et XXII.
(.5) Aubergier, Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. XXII, p. 838. — Voyez aussi Aubergier, de la Culture du pavot en France pour la récolte de l'opium (Mém. de F Acad, de médecine . Varia, 1855, t. XIX, p, 49).
(G)Guibourt, Histoire des simples drogues.
DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.
la première, nommée gobaar, est d’un jaune pAle et la plus calmanteque la seconde, qui est le plus souvent d’un roux noirâtre, n’a pas autant de vertu et n’est pas aussi chère ; enfin que quelques-uns font une troisième opération, de laquelle on retire une larme très-noire et de peu de vertu. » Il n’en est pas moins intéressant de voir ce fait confirmé par l’analvse chimique. Ainsi le pavot blanc à capsule ronde (var. depressa) ayant été exclusivement cultivé par M. Aubergier, en 1840, le premier opium qu’il en a obtenu a donné 6,63 de morphine, le deuxième 5,53,1e troisième 3,27. Un autre fait important à mentionner et à vérifier consiste en ce que le premier opium récolté en 1844, ayant fourni 8,75 de morphine, au lieu de 6,63 donné par hi premier opium de 1845, M. Aubergier attribue cette différence à ce que l’opium de 1844 provenait d’un mélange de pavots à têtes longues et à tètes rondes, tandis que celui de 1845 avait été fourni exclusivement par cette dernière variété; d’où il résulterait que la variété à tète longue, quoique donnant moins de suc, devrait être préférée, on raison de la supériorité du produit.
M. Aubergier mentionne également un pavot ^lourpre qui a fourni, en 1844 et 1845, un opium variant de 10,5 à 11,2 de morphine; et un pavot lime à graine noire, très-productif pour la semence, mais à coque tellement mince, qu’on ne peut l’inciser sans pénétrer dans l’intérieur. Celui-ci a fourni un opium de première récolte, produisant 17,83 pour 100 de morphine très-pure, et un opium de seconde récolte produisant 14,78. Nous retrouvons encore là la richesse des opiums de Smyrne de la première qualité.
Opium ruiDiflé. Selon plusieurs auteurs, l’opium du Levant, quand il arrive à Marseille, y est ramolli, incorporé avec des substances étrangères e.t remis ensuite dans le commerce (1). Je n’ai vu, quant à moi, que quelques morceaux d’opium qu’on pouvait supposer avoir subi une semblable falsification, reconnaissable à leur cassure qui n’offrait pas la netteté et la pureté des bons opiums de la Natolie, et qui présentait, au contraire, des aspérités dues au mélange d’une substance étrangère .
Mais j’ai été à môme d'examiner deux opiums falsifiés d’une nature différente, et dont voici la description.
Le premier, qui n’aurait pu être vendu seul, en raison de sa dureté et de sa densité comparables à celle d’une pierre, a été trouvé mélangé dans de l’opium de Smyrne dont il représente exactement l’aspect extérieur ; mais à l’intérieur il était composé d’une matière siliceuse pulvérisée et de marc d’opium épuisé par l’eau, le tout incorporé au moyen d’un mucilage.
Le second opium faux paraît avoir été fabriqué à Londres, en 1836 ou 1837, sur une^grande échelle, avec le résidu glutineux de l’opium qui avait servi à l’extraction de la morphine. Cet opium faux présentait si bien, à l’extérieur, l’apparence de l’opium de Smyrne ou de celui de Constantinople en gros pains, et, à l'intérieur, l’aspect de
(1) Voyez Soubeiran, Dictionnnire des falsifications et alléralvins des médicaments et des aliments. Paris, 1874.
NYMPIIÉACÉES.
peliles larmes brunes, agglutinées, mais non entièrement confondues, ainsi que les olTrent les bons opiums, qu’il était très-difficile de l’en distinguer; mais il avait, sous la pression des doigts, une consistance élastique qui appelait sur lui l’attention; alors voici ce qu’on découvrit.
Cet opium n’offrait qu’une faible odeur vireuse et une saveur mucilagineuse dépourvue d’amertume et d’écreté; il blanchissait par le contact de l’eau ou de la salive, comme le fait la scammonée; traité par 1 eau froide ou ciiaude, il s’y délayait facilement et formait une sorte d’émulsion mucilagineuse, qui filtrait très-difficilement. Le liquide évaporé fournissait un peu plus de la moitié du poids de la substance employée, de même que cela a lieu avec le bon opium ; mais cet extrait, redissous dans l’eau, ne rougissait pas le tournesol, précipitait fortement par l’alcool et ne se troublait pas par l’ammoniaque, toutes propriétés contraires celles du véritable opium. Enfin, le résidu insoluble dans l’eau était gras au toucher et tachait comme une huile le papier sur lequel on le faisait sécher. Tous ces essais m’ont convaincu que ce prétendu opium était un mélange de marc d’opium, d’un extrait végétal quelconque, de goœftne, et d’une petite quantité d’huile qu’on y avait ajoutée très- habilement pour rompre lu continuité de l'extrait et lui donner l’apparence de petites larmes à moitié agglutinées. l'ar suite du rapport qui fut fait sur ce faux opium, des quantités considérables en ont été saisies chez plusieurs commerçants de Paris et dans la maison entropositaire du Havre qui le leur expédiait. Par suite d’une condamnation prononcée, toute la quantité saisie a été détruite parle feu.
FAMILLE DES NÏMPIIÉACÉES.
Grandes et belles ''plantes qui nagent à la surface des eaux et dont la lige forme une souche souterraine de forme variée. Leurs feuilles sont alternes, entières, orbiculées, portées sur de très-longs pétioles. Leurs fleurs sont grandes, solitaires, portées également sur de longs pédoncules qui les élèvent jusqu’à la surface de l’eau. Leur périanthe est composé d’un grand nombre de parties disposées sur plusieurs rangs; les plus extérieures, au nombre de 4 ou 6, sont de la nature des sépales, vertes au dehors et consistantes; les intérieures sont pétalo'ides et diversement colorées. Les étamines sont très-nombreuses, insérées sur plusieurs rangs au-dessous de l’ovaire, ou même sur le contour de l’ovaire, de même que les pétales les plus intérieurs, qui ne sont sans doute que des étamines transformées. L’ovaire est libre et sessile au fond de la fleur, ou soudé avec le calice ; il est surmonté d’un disque sessile à stigmates rayonnants, et divisé intérieurement en autant de loges qu’il y a de stigmates sur le disque. Le fruit est charnu, indéhiscent, à plusieurs loges polyspermes. Les graines sont formées d’un tégument épais, contenant un gros endosperme farineux, surmonté d’un deuxième endosperme beaucoup plus petit, qui renferme un embryon à deux cotylédons.
La nature, en formant les êtres organisés, paraît n’avoir eu qu’un
DICOTYLÉDONES TIIALAMIFLORES.
but, celui de les pourvoie d’organes propres A les Taire vivre ; ou plutôt peut-ôtre, parmi le nombre infini d’ôtres qu’elle a pu créer, ceux-là seuls ont vécu dont les parlies se sont prêtées à la permanence de la vie. Or que sont nos classifications auprès de l’innombrable variété des combinaisons nées de la fécondité de la nature?
Les Nymphéacées sont un des nombreux exemples de l’impuissance de nos méthodes. Les botanistes ne peuvent s’accorder sur la place qu’elles doivent occuper dans la méthode dite naturelle. Les uns se fondant sur les deux cotylédons de l’embryon, les rangent dans les dicotylédones, et alors leur place doit être auprès des Papavéracées ; les autres, considérant la structure endogène du rhyzome et le port général des plantes, les mettent dans les monocotylédones, auprès des Ilydro-
charidées. Le fait est qu’elles participent des caractères de ces deux grandes divisions du règne végétal, et qu’elles ne peuvent appartenir exclusivement ni à l’une ni à l’autre.
Les Nymphéacées ne comptent qu’un petit nombre de genres partagés en trois tribus. Dans la première, composée des genres Eurycila et Victoria, l’ovaire est adhérent au calice et les pétales sont distincts. Dans la seconde tribu, formée des genres Nymphœa et Nuphar, le calice est libre et les pétales distincts. Dans la troisième, ne contenant que le seul genre Barclrya, le calice est libre et la corolle est gamopétale, portée sur le sommet d’un torus.
I.e genre Victoria, dédié par M. Lindley à la reine d’Angleterre, ne comprend que deux espèces, dont une nommée Victoria regia, est une plante magnifique et tout à fait extraordinaire par l’énorme grandeur de ses feuilles et de sa fleur, qui viennent s’étaler sur les bords du fleuve des Amazones et de la rivière Berbice, dans la Guyane anglaise. Les genres JSymphœa et Nuphar, autrefois réunis et formant aujourd’hui la tribu des Nymphées, comprennent ensemble une trentaine d’espèces dont deux croissent naturellement en Europe et deux autres en Égypte, où elles ont été l’objet d’une sorte de culte religieux, comme tout ce qui tenait au Nil, à titre de prod.uit ou d’attribut.
IVénupliar blanc.
Nymphœaalba, L. (fig. 803). — Car. gén. .'calice coloré à i folioles; corolle à 16-28 pétales, insérés surtout autour de l’ovaire et sur plusieurs rangs; étamines nombreuses insérées sur l’ovaire au-dessus des pétales; ovaire ovoïde, couronné par un stigmate large, orbiculaire, étoilé; capsule sphérique, couverte de cicatrices, charnue, divisée en 16 à 20 loges, contenant chacune plusieurs graines attachées aux cloisons. — Car. spéc. : feuilles en cœur, arrondies, très-entières; stigmate à 16 rayons ascendants.
Le nénuphar blanc croit dans les étangs et dans les eaux tranquilles. Son rhizome est cylindrique, un peu comprimé, charnu jaune à l’intérieur, moins gros que le bras, couché horizontalement an fond de l’eau; il est muni de radicules fibreuses qui
N’YMPIIÉACÉES. — NÉNUPHAR BLANC. 729
s’enfoncent dans le sol, et est presque complètement recouvert par des écussons de couleur noire. Ses feuilles sont flottantes à la surface de l’eau, très-grandes, cordiformes-arrondies, ou mieux peltées-orbiculaires, mais échancrées d’un côté jusqu’au pétiole. Les fleurs, qui viennent aussi s’épanouir sur l’eau, sont larges de 8 à H centimètres, très-belles, d’un blanc éclatant, et lui ont mérité le nom de lù d’eau ou de lis des étangs. Ces fleurs sont usitées pour faire un sirop que l’on croit être calmantet réfrigérant. Le rhizome passe pour avoir la même propriété; mais il n’est pas usité, parce que l’idée qu’on se fait de sa blancheur prétendue est cause qu’on emploie à sa place le rhizome du nénuphar jaune (Nuphar lutea) , qui est blanc, tandis que celui du nénuphar blanc est jaune à l’inlérieuret rendu presque noir à l’extérieur, par la grande quantité de tubercules foliacés ou radicaux qui le recouvrent.
Ces deux plantes étaient connues des anciens, et Dioscoride les a bien décrites. Mais elles n’ont pas égalé en réputation les deux nymphæas du Nil, dont l’un, nommé lotos, a la racine tubéreuse, oblongue, grosse comme un œuf de poule, noirâtre extérieuremenl, jaune en dedans, d’une saveur douce.
Ses feuilles sont cordifornties, ovales, dentées sur le bord, à ICou 20 pétales.
Ses fruits sont arrondis, de la grosseur d’une petite pomme, entourés à la base par les divisions du calice, un peu allongés en pointe à l’extrémité. Les Égyptiens mangent encore aujourd’hui la racine de celte plante, après l’avoir fait cuire dans l’eau ou autrement, et font une sorte de pain avec ses graines, ainsi que l’usage en existait déjà au temps d’Hérodote et de Théophraste. Cette plante est le Nymphæa Lotus, L.
L'autre nymphæa du Nil {Nymphæa cœrulea, Sav.) a la racine tubéreuse, pyriforme; les feuilles arrondies échancrées à la base, et les fleurs d’une belle couleur bleue. On la cultive en France en
DICOTYLÉDONES TIIALAMIFLORES.
la tenant toute l’année dans la serre chaude, placée dans une terrine, au milieu d’un grand baquet d’eau. Elle y fleurit trèsbien. Cette plante porte en arabe le nom de linoufar ou niloufar, d’où nous avons fait nénuphar.
.\)‘iiiiphar .{aune.
J\uphar luteum, DG. ; ISymphœa lutea, L. Celte plante croît dans les mêmes lieux que le nénuphar blanc et dans les eaux courantes, Elle se distingue du nénuphar blanc par son rhizome blanc à l’intérieur, jaunâtre à l’extérieur, portant à sa surface, sous forme d’écussons, des écailles trapézoïdales brunâtres, assez régulièrement espacées et disposées en spirale. Ses feuilles sont oblongues,. échancrées du côté interne jusqu’au pétiole, qui est triangulaire. Ses fleurs sont formées d’un calice à 5 sépales et de 10 à 18 pétales, beaucoup plus petits que les sépales, jaunes, tous insérés sur le réceptacle, ainsi que les étamines, de sorte que l’ovaire est complètement libre, et que le fruit (/îg'. 801) est lisse à la surface et dépourvu de cicatrice. Il est aminci en pointe à la partie supérieure et terminé par le disque qui porte les stigmates; il est divisé intérieurement en loges rayonnantes remplies par une pulpe au milieu de laquelle sont nichées les semences.
Ainsi que je l’ai dit plus haut, c’est cette plante qui fournit la racine de nénuphar employée en pharmacie ; de sorte que les parties connues en médecine sous les noms de fleur et de racine de neVm/jéa?' appartien-nent à deux plantes différentes : la fleur appartient au Nymphæa alba, la racine au !\uphar luteum .
M. Morin, de Rouen, qui a fait l’analyse de cette racine, en a retiré beaucoup d’amidon, du muqueux, du tannin, du sucre incristallisable, de la résine, une matière azotée, différenls sels, etc. (t). La quantité de tannin est assez grande pour que la racine puisse servir à la teinture en noir.
famille des nélumbiacées.
On a établi cette famille pour un genre de plantes très-peu
(1) Morin, Jour», tle pharm., t. VII, p. 450.
NÉLUMBUCÉES. — FÈVE D’ÉGYPTE. 731
noml)reux en espèces, dont le type a été fourni par une plante qui eroissait autrefois dans le Nil, d’où elle a complètement disparu aujourd’hui; mais elle a été retrouvée dans l’Inde par Kheede, et dans les îles Moluques par Rumphius, ce qui a permis de vérifier l’exactitude des descriptions que les anciens, et principalement Théophraste, nous en ont laissées.
Cette plante est la feve «l’Ksypte (xüïjjio; xîyuTtTioç, Théoph. ; Nelumhium speciomm, Willd. ; Nelumbo nucifera, Gærtn.; Nympliœa Nelumbo, 1. ). C’est autrement le lotos sacré qui surmonte la tête d’isis et d’ûsiris, et le tàmnrama de la mythologie indienne, qui sert de conque flottante à Vichnou et de siège à Brahma.
Pour les modernes, c’est toujours une de plus belles plantes qui ornent la surface des eaux. Sa racine est longue, charnue, rampante, munie de distance en distance de nodosités d’où s’élèvent les longs pétioles des feuilles ou les pédoncules des üeurs, les uns et les autres couverts d’épines courtes. Ses feuilles sont peltées ou en forme de bouclier, creusées au centre, larges’ de 60 à 70 centimètres. Les fleurs sont deux fois grandes comme celles d’un pavot, formées d’un calice à 4 ou 5 sépales et d’une corolle à 16-28 pétales roses. Les étamines sont très-nombreuses, multisériées, insérées sur le réceptacle, à filament prolongé en appendice au-dessus de l’anthère. Au centre de la fleur se trouve un torus charnu, turbiné, tronqué supérieurement et creusé, à la face
supérieure, de 20 à 30 alvéoles dans chacun desquels est placé un ovaire uni-ovulé, surmonté d’un style court et d'un stigmate. Les fruits sont ovoïdes, de la grosseur d’une petite noisette, et leur sommet excède un peu la surface du torus accru et présentant la forme conique d’un guêpier ou d’une pomme d’arrosoir {fig. 803). Chaque fruit contient, sous un double tégument, un embyron sans endosperme, épais, charnu, renversé, entier
DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.
parla partie supérieure, divisé en deux parties inférieurement contenant, sous une membrane mince, une plumule descendante diphylle, germant dans l’intérieur du fruit. Les anciens mangeaient ce fruit récent ou desséché et réduit en farine; ils mangeaient aussi la racine cuite.
FAMILLE DES BERBÉBIDÉES.
Herbes ou arbrisseaux à feuilles alternes, accompagnées de stipules souvent persistantes et épineuses. Fleurs ordinairement jaunes, en épis ou en grappes; calice à 4 ou 6 sépales, accompagné extérieurement de plusieurs écailles; pétales en nombre, égal et opposés aux sépales; étamines en même nombre, également opposées aux pétales; antbères sessilcs ou portées sur un filet, mais offrant toujours deux loges dont chacune s’ouvre de bas en haut par une sorte de panneau. Ovaire uniloculaire renfermant plusieurs ovules. Fruit sec ou charnu, uniloculaire, i'ndéhiscent. Semences contenant un embryon droit au milieu d’un endosperme charnu. Cette famille, composée d’un petit nombre de genres, fournit à la pharmacie le berbéris ou épine-vinette, dont nous employons les fruits ou les semences. La racine sert à la teinture.
Berbéris ou épine-vinette.
Berberisvulgaris, L. {fig. 806). Arbrisseau haut de 2 à 3 mètres, divisé en branches rameuses, années d’épines simples ou Iripartites. Ses feuilles sont assez petites, ovales-oblongues, rétrécies en pétiole à la base, glabres, bordées de dents très-aiguës et presque épineuses. Elles sont pourvues d’une saveur acide agréable. Les fleurs sontpetites, jaunâtres, pédonculées, disposées en grappes simples et pendantes, qui sont entourées à leur base d’une rosette de 8 «A 10 feuilles d’inégale grandeur. Elles ont une odeur désagréable et comme spermatique. Elles sont à 6 pétales et à 6 étamines insérées entre deux glandes à la base de chaque pétale. Lors de la fécondation, les étamines, qui sontcachées dans la concavité des pétales, se redressent l’une après l’autre pour venir répandre leur pollen sur le stigmate. Ces étamines présentent d’ailleurs une irritabilité analogue à celle de la sensitive; lorsqu’on irrite le filament par le contact d’une aiguille, elles se rejettent sur le pistil; l’électricité et ta chaleur d’un verre ardent produisent le môme phénomène, d’après Kœhlreuter. Les insectes qui vont puiser le miel sécrété par les glandes situées à la base des pétales le produisent également et favorisent ainsi l'éjaculation du pollen.
Les fruits ont la forme d’une baie allongée, d’un rouge de co-
liERBÉRlDÉES. — ÉPINE-VINETTE.
rail (I), d’une acidité forte, mais agréable, due à l’acide malique. On en fait un sirop et une confiture qui sont très-agréables. Les
semences entrent dansl’électuaire longues, rougeâtres, inodores, d’une saveur astringente et comme vineuse.
La racine de berbéris est ligneuse, d’un jaune pur, à structure rayonnée, comme celle des Ménispermées. Elle est usitée pour la teinture en jaune, ainsi que son écorce, qui est quelquefois substituée à celle de grenadier. J’ai fait connaître précédemment (p. 804) les moyens de les distinguer. Le principe colorant de la racine de berbéris a été obtenu à l’état de pureté par MM. Buchner père et fils, qui lui ont donné le nom de berbérine.
[M. Fleitmann a constaté depuis ses propriétés alcalines (2).
Cette substance cristallise en
diascordium. Elles sont petites,
aiguilles jaunes déliées; elle est
très-peu soluble dans l’eau et l’alcool froids ; plus soluble dans les mêmes liquides bouillants; insoluble dans l’éther. L’ammoniaque la dissout, en la colorant en rouge.
A côté de la berbérine se trouve, dans la racine de berbéris, Voxyacanthine, substance blanche, friable, cristallisable, d’une saveur âcre et amère.]
[Ou em|)loie aussi dans l’Amérique du Nord les rhizomes du Caulofihyllum lhaliciroïdes, Michaux, du Podophylluin peltatum, L. et du Jeffersonia diphylla (Podophyllum diphyllum).
La première de ces espèces est regardée comme stimulant de l’utérus et sert à faciliter l’accouchement. Son principe actif paraît être une matière résineuse qu’on distingue sous le nom de caulophyllin, et qui n’est probablement qu’un mélange impur d’un alcaloïde incolore et d’une grande quantité de sapo-
ni ne (3).
(1) Il y a des variétés dont les fruits sont jaunes, violets, pourpres, noirâtres ou blancs; une autre n’a pas de semences.
(2) Fleitmann, Annalen der Chemie und Pharm., LIX, ICO.
(3) Voir Pharm. Journal, 2' série, 517.
DICOTYLÉDONES TIIALAMIFLORES.
Le Jeffersonia diphylla est utilisé comme purgatif; mais c’est surtout le Podophyllum pellatum qui est préconisé comme tel.]
Poiloplijlluiu poltatiim, L.
Le Podophyllum peltalum a été regardé par un grand nombre d’auteurs comme apparlemant à la famille des Itenonculacées. C’est une plante herbacée, de 8 à 12 pouces de haut, portant sur sa tige des feuilles longuement péliolées-pellées, à 5 ou 7 lobes oblongs, et une fleur blanche solitaire, formée de 3 sépales, G à 9 pétales, plusieurs étamines, et donnant un fruit indéhiscent surmonté par le stigmate pelté.
Les rhizomes, qui sont la partie employée, se trouvent dans le commerce en fragments de 8 à 10 centimètres, d’aspect un peu différent suivant leur âge. Les plus vieux sont cylindriques, un peu aplatis, plus gros qu’une grosse plume d’oie, lisses à leur surface, portant seulement de distance en distance des impressions circulaires obliques J leur couleur est d’un brun noirâtre; leur texture est compacte. Chacun des fragments porte un ou deux renflements aplatis, creusés d’une concavité vers la partie supérieure, d’où s’élevait la lige aérienne, et portant à sa partie inférieure un certain nombre de racines lisses, de la môme couleur que le rhizome, ou bien de petites cicatrices blanchâtres, résultant de la chute de ces racines. Les fragments plus jeunes sont beaucoup plus minces, d’une couleur plus claire, d’une texture plus lâche : ils sont fortement ridés longitudinalement à leur surface par suite de la dessiccation, et portent souvent sur leur tubérosité la plus jeune le bourgeon, qui devait se développer en lige aérienne.
[On extrait de ces rhizomes une substance résineuse, qui paraît en être le principe actif et qu’on a nommé podophyllin. C’est une poudre de couleur brune ou jaunâtre ; insoluble dans l’eau, soluble dans l’alcool, d’une saveur désagréable ; sans odeur bien particulière. Celte poudre purge à la dose de S à 10 centigrammes; aussi t’appelle-t-on en Amérique calomel véyétal. M. Oberlin en a retiré deux résines particulières et de la bcrhérine (1).
FAMILLE DES MÉNISPERMACÉES.
Plantes ligneuses, sarmenteuses et grimpantes des pays chauds, dont les feuilles sont alternes, privées de stipules, et les fleurs le plus souvent dioïques. Le calice se compose de plusieurs sépales disposés par
(I) Voir, pour les détails sur le Podophyllum pellatum. Bentley, iVeaj Amet*ican reniedies {Pharm, Journ., 2® série, III, 456).
MÉNISPERMACÉES. — COLOMBO. 733
séries de 3 ou 4 ; il en est do même de la corolle, qui manque quelquefois. I.es étamines sont libres ou monadelphes, en nombre égal, double ou triple de celui des pétales, ou indéterminé. Les carpelles sont peu nombreux, libres ou soudés, contenant un seul ovule amphitrope; d’autres fois uniques, mais excentriques, d’abord dressés, puis recourbés, de manière à rapprocher le sommet de la base. Le fruit est une baie ou un drupe droit ou réniforme, contenant une semence inverse, droite ou courbée en fer à cheval, pourvue ou dépourvue d’endospermo, contenant un embryon liomotrope, à radicule courte, éloignée du hile.
La famille des Ménispermacées, quoique peu nombreuse, renferme beaucoup de plantes actives, usitées dans les contrées qui les produisent. Il y en a trois surtout dont les produits viennent jusqu’à nous. Ces produits sont la racine de Calombo, celle de pareira-brava et la coque du Levant.
Itacliie de eoloiubo.
Cocculiis palmatus, DG. — Car. gén. : Heurs dioïques; calice à (j sépales, rarement à 9, disposés par séries ternaires; G pétales disposés sur deux séries : fleurs mâles à 6 étamines opposées aux pétales; fleurs femelles offrant de 3 à G ovaires libres, uniloculaires, surmontés d’un stigmate sessile, simple ou bifide au sommet. Fruits composés de drupes presque secs, à noyau réniforme renfermant une semence conforme, dont l’embryon présente deux cotylédons séparés et parallèles, interposés dans un endospcrrne huileux (Voir la fgure 807 qui représente la coque du Levant, dont la semence est conformée de la même manière). — Car. spéc.: feuilles cordées à la base, à .'3 lobes palmés, profondément divisés, acuminés, très-entiers, velus.
La plante qui fournit la racine de Colombo a passé pendant longtemps pour croître dans l’ile de Ceylan, et surtout dans les environs de la ville de Colombo, d'où la racine a d'abordété transportée en Europe, et qui lui a donné son nom; mais des renseignements plus certains ont appris que le Cocculus palmatus, qui la produit, était commun à Madagascar et sur la côte orientale de l’Afrique, d’où la racine était portée sèche à Ceylan. Maintenant que ce fait est bien connu, on lire directement la racine de colon)bo de l’Afrique australe. La plante quria fournit est vivace et à lige grimpante, comme toutes les Ménispermées.
La racine de Colombo, telle que le commerce la présente, est en rouelles de 3 à 8 centimètres de diamètre, ou en fronçons de a à 8 centimètres de long. Elle est recouverte d’ua épiderme d’un gris jaunâtre ou brunâtre, quelquefois presque uni. le plus
736 * DICOTYLÉDONES TIIALAMIFLORES.
souvent profondément rugueux; les rugosités sont irrégulières et
n’offrent aucune apparence de stries circulaires parallèles.
Les surfaces transversales sont rugueuses, déprimées au centre de la racine par suite de la dessiccation, ou offrent plusieurs dépressions concentriques comme la hryone desséchée. Dans quelques morceaux dont la végétation parait avoir souffert et qui sont presque entièrement ligneux, les libres ligneuses offrent d’une manière frappante Indisposition rayonnée des racines de pareirabrava. On observe la môme disposition, mais plus difticilement, dans les morceaux mieux nourris et plus amylacés.
La racine de Colombo a une teinte générale jaune verdâtre; cette couleur, observée dans la coupe transversale, va en s’affaiblissant de la circonférence au centre, à l’exception d’un cercle plus foncé qui se trouve à la limite des couches ligneuses et des couches corticales. Elle a une saveur très-amère et une odeur désagréable, mais qui ne devient sensible que lorsque la racine est rassemblée en masse. Sa poudre est d’un gris verdâtre.
La racine de Colombo ne colore pas l’éther, et foriiie avec l’alcool une teinture jaune verdâtre foncée; humectée et touchée avec la teinture d’iode, elle prend tout de suite une couleur noirâtre due à la présence de l’amidon ;elle forme avec l’eau un macéré brun qui n’exerce aucune action sur le tournesol, la gélatine et le sulfate de fer. Elle a été analysée par Planche, qui en aretiré : 1“ le tiers de son poids d’amidon ; 2“ une matière azotée très-abondante; 3“ une matière jaune amère, non précipitable par les sels métalliques ; 4° des traces d’huile volatile; 3“ du ligneux ; 6“ des sels de chaux et de potasse, de l’oxyde de fer et de la silice (1).
M. Wittstock a retiré en outre de la racine de Colombo un principe particulier cristallisable, auquel il a donné le nom de colombiné. Pour l’obtenir, on épuise la racine par l’éther et l’on abandonne la dissolution à l’évaporation spontanée ; ou bien on évapore aux trois quarts la teinture alcoolique et on la laisse cristalliser. iÛO grammes de racine de colomho ne fournissent que de colombinc. Cette substance est inodore, fortement amère, non acide ni alcaline, non azotée.
En outre M. Büdecker a montré que la couleur jaunâtre de la racine de colomho est due à de la berbénne, combinée probablement avec un acide amorphe, jaune, un peu moins amer que la colombiné, qu’il a isolé sous le nom à’acide colombique (2).
La berbérine se retrouve encore dans plusieurs autres plantes
(1) Planche, de pharmacie, t. III, p. 289.
(2) Voir Journal de pharmacie et de chimie, XXIII, p. 153.
MÉNISPEEUUCÉES. — COLLMBO. 7:t7
tle la famille des Ménispermées, ainsi dans la racine du Memspermum canadense, L.; dans le Pereiria niedica, Lmûley{Cosciniuinfenestratum, Coleb.), et probablement aussi dans l’écorce de l'Anamirta Cocculus, Arnott.
La racine de Colombo a été vantée contre les indigestions, les coliques, les dyssenteries et les vomissements opiniâtres. Elle paraît douée en effet de propriétés très-actives. On l’emploie surtout en poudre, en extrait aqueux ou en teinture alcoolique.
Racine de faux Colombo. Vers les années 1820 à 182Ü, la racine de Colombo avait entièrement disparu du commerce français, et on lui substituait presque partout, sans la moindre contradiction, une racine toute différente, mais d'un prix bien inférieur.
Cette fausse racine de Colombo est en rouelles ou en tronçons, comme la précédente, mais elle est bien moins régulière dans sa forme. Elle a une teinle générale jaune fauve, une saveur faiblement amère et sucrée, une faible odeur de racine de gentiane.
Elle offre un épiderme gris fauve, très-souvent marqué de stries circulaires, parallèles et serrées. Les surfaces /iîahsversales sont irrégulièrement déprimées, comme veloutées, d’un fauve sale ou d’un jaune pâle et blancbâlre. La couleur intérieure est d’un jaune orangé avec un cercle plus foncé vers la limite des couches ligneuses; la racine de gentiane offre exactement le môme caractère. La poudre est d’un jaune pâle tirant sur le
La fausse racine de Colombo n’éprouve aucune coloration parle contact de l’iode, ce qui indique qu’elle ne contient pas d’amidon ; elle communique à l’éther une couleur peu foncée d’un jaune pur ; en faisant évaporer la teinture élliérée et reprenant le pi-oduit par l’alcool, il reste une matière jaune, solide, qui se lustre par le frottement comme de la cire. Cette racine colore l’alcool en jaune fauve, et l’eau en jaune orangé. Le macéré aqueux rougit la teinture de tournesol, se colore en vert noirâtre par le sulfate de fer, et se trouble légèrement par la colle de poisson ; déplus, la potasse caustique en dégagede l’ammoniaque sensible à l’odorat, et par l’approche d’un bouchon mouillé d’acide acétique. Rien de semblable n’a lieu avec le vrai Colombo. J’ai signalé la substitution du faux Colombo au véritable (i); mais, sur une fausse indication qui m'avait été donnée, je supposai alors qu’il venait d’Afrique, par la voie de Mar.-eille. 11 y a longtemps que j’ai rectifié cette erreur en faisant connaître que cette racine provenait des États-Unis d’Amérique, où elle porte
(1) Guiboui't, Journal de chimie médicale, t. Il, p. 33t.
OIIIBOÜ»!, Urogues, 7« édit. 7^-
738 DICOTYLÉDONES TIIALAMIFLOKES.
effectivement le nom de colombo, et où elle est produite par le Frasera Walteri, Mich., plante de la famille des Genlianées. Au moins avais-je signalé sa ressemblance avec la racine de grande gentiane, et avais-je conclu qu’elle devait appartenir à une plante voisine, mais différente.
Le faux colombo ne pourrait pas môme remplacer notre racine de gentiane, dont il n’est que la pâle copie. On l’en distinguera facilement à sa faible saveur amère, à son odeur peu marquée, et par son collet arrondi supérieurement et terminé par un bourgeon central écailleux ; tandis que la gentiane possède une saveur et une odeur des plus caractérisées et offre un large bourgeon qui occupe tout le disque de la racine. Enfin, la racine de gentiane contient une matière analogue à la glu et une grande quantité de principe gélatineux (grossuline ou pecline), dont le faux colombo paraît être dépourvu.
Kaciiie île butua OU de parelra-brava.
La racine connue dans les oflicines sous le nom de pareirabrava est produite par une liane ou plante sarmenleuse du Brésil, dont les tiges, en se tordant autour du tronc et des branches des arbres voisins, finissent par en atteindre le sommet quelque élevé qu’il soit. Son nom pareira-brava veut dire vigne sauvage. Sa racine est ligneuse, très- fibreuse, dure, tortueuse, quelquefois de la grosseur du bras. Elle est brunâtre à l’extérieur et d’un jaune fauve et grisâtre à l’intérieur. Elle présente, sur sa coupe transversale, plusieurs cercles concentriques d’une couleur brunâtre, dont les intervalles sont traversés par une infinité de lignes radiaires très-apparentes. Celte racine, bien nourrie, est gorgée de suc désséché, compacte et pesante ; mais dans des circonstances moins favorables, les faisceaux ligneux dont elle se compose se séparent facilement les uns des autres, suivant les lignes concentriques et radiaires ci-dessus, et la racine, étant légère, presque ligneuse et de qualité moindre, doit être rejetée.
On trouve souvent mêlée à la racine de pareira la lige de la plante qui, étant moins active, doit être également rejetée. Elle est couverte d’un épiderme grisâtre, ridé longitudinalement par la dessiccation. Elle est ordinairement ronde, mais marquée d’un angle obtus très-près duquel se trouve situé le canal médullaire, lequel est ainsi tout à fait excentrique, les couches ligneuses ne s’étant développées que du côté extérieur de la lige volubile.
La racine de pareira-brava est inodore et pourvue d’une amertume très-marquée, mêlée d’un goût un peu semblable à celui de la réglisse. Elle parait être fortement diurétique et a été recommandée contre la colique néphrétique, la suppression d’urine,
MÉNISPERMACÉES. — PAREIRA-BRAVA. 73!l
l’empoisonnement par la morsure des animaux venimeux. On l’a mCme conseillée, mais avec peu de succès sans doute, pour dissoudre les calculs des reins ou de la vessie. Elle a élé analysée par M. Feneulle, qui y a reconnnu la présence de l’azotate de potasse, sel que l’on trouve dans la plupart des substances ligneuses qui ont vieilli dans les droguiers. La quantité de ce sel est d’ailleurs trop petite pour expliquer la qualité diurétique de la racine qui doit être attribuée plutôt à quelque prineipe organique parliculier. [iM. Wigers (1) a en effet retiré de la racine âe pareirahî-ava un alcaloïde, d’une saveurà la fois douce et amère, inodore, insoluble dans l’eau, s’altérant au contact de l’air et se résinifiant sous l’action de l’acide azotique. Chauffé à 100°, il perd de l’eau et devient soluble dans l’alcool et l’éther. C’est la pélosine ou cissampôline, dont l’étude a été tout récemment reprise par M. Flüekiger. Ce savant pharmacologiste l’identilie avec la herbérine et toutes les deux à la paricine et à la buxine (2).]
La racine de pareira brava est communément attribuée au Cissantpelos Pareira, L.(3), qui croit principalement dans les bois monlueux des Antilles; mais M. llanbury et M. Flüekiger (4) ont montré qu’elle ne pouvait être produite par cette plante : elle doit être plutôt attribuée tiuBolryopsis platiphylla, St.-Hil., croissant au Brésil, ou à VAbuta rufescens d’Aublet (Cocculus rufesccns, Endl.), dont la racine, au dire d’Aublet, est transportée en Europe sous le nom de pareira-brava. 11 paraît d’ailleurs que [)lusieurs espèces de Cissampelos ou de Cocculus produisent des racines presque semblables et de propriétés très-analogues. Tels sont ;
1° Le Cissampelos glaberrima, St.-Hil., qui est le caapebaùe Fison et de Marcgraff, que Linné a eu tort de confondre dans son Cüsampdos Pareira.
Lei Cissampelos ebracteala, St.-Hil., et ovalifolia, DC., qui portent également au Brésil le nom de orelha de onça.
3° Le Cissampelos Caapeba, L., croissant dans les Antilles, et le Cissampelos mauritiana, Petit-Thouars, dont les racines sont beau-
(1) Wiggers, Annaten derPhnvm., X.WIII, 81.
(2) Voir Flüïkig^r, Ztir Geschichte des liuxins [Seues Jarbuch für Pharmacie, I809J.
(3) Cissampelos Pareira, L. — Car. Ge'n. : fleurs dioiqiics : fleurs mâles k i pétales ouverts et cruciformes ; corolle nulle; disque sous-cliarnu; é'amines réunies en une colonne monadelphe k 4 anthères uniloculaires. Fleurs femelles à un seul sépale unilatéral; corolle à un seul pétale opposé au sépale; ovaire ové surmonté de 3 stigmates; drupe monosperme, réniforme, les stigmates s'étant rapprochés de la base. Endosperme nul; embryon long, cylindrique, périphérique. — Car. sp(c. : feuilles peltées, sous-cordées, soyeuses en dessous; grappes femelles plus longues que les feuilles. Fruits hispides.
(4) Voir Flüekiger, Mémoire cité.
DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.
coup plus grêles que le pareira-brava du Brésil, mais d’organisation et de propriétés semblables.
[En réalité, la véritable origine de notre Pareira-brava, tel qu’il se trouve actuellement dans les pharmacies, est encore inconnue. Mais celte racine n’est plus celle qui avait été préconisée aux xvii' et xviii” siècles, et qui, selon toutes les probabilités, avait beaucoup plus d’action que le médicament qu’on nous apporte maintenant. Elle se distinguait surtout par une sorte de cylindre central, dans lequel les faisceaux ligneux, séparés par de larges rayons médullaires, sont disposés en éventail autour de l’axe. Cette substance, dont on trouve encore des échantillons dans les anciens droguiers, est la racine du Chondodendron tomentosum, Ituiz et Pavon {Botryopsis plalyphylla, Miers.)J.
Coque (lu licvant,
Anamirta Cocculiis, Arnott; Cocculus suberosus, DC. ^Menüpermum Cocculus, L., Gærtn., lloxb. {fig. 807). La coque du Levant est connue depuis très-longtemps sous le nom de Cocculi Indi;
mais l’arbre qui la produit n’est peutêtre pas encore parfaitement déterminé. Gærtner, • qui a figuré et décrit le fruit avec une grande exactitude, n’a connu l'ig. 807. — Coque du Levaui. l’arbrc quc par
la description de
Linné, lloxburgh est le premier qui ait vu cet arbre vivant, dans le jardin de Calcutta, provenant de semences reçues du Malabar en 1807 ; mais à la lin de 1812, quoique la plante surpassât en hauteur des arbres élevés, elle n’avait pas encore fleuri. Je ne sais si cet arbre est celui qui, ayant fleuri plus tard, a été figuré par Nees d’Esenbeck (1), sous le nom de Menispermum Cocculus de Wallich, et dont l’individu femelle seul se trouve représenté; mais il est probable que c’est lui dont l’individu mâle se trouve décrit d’après M.Walker-Arnott (2), de sorte qu’il faudrait réunir les deux descriptions pour avoir une connaissance complète de l’espèce. M. Walker-Arnoll admet comme synonymes V Anamirta racemosa, Coleb., et le Menispermum heteroclitum de Koxburgb.
(1) Necîsvon Esenbeck, Plantes officinales. Dusseldorf. 1828-1833.
(2) Walker-Arnott, Annales des sciences naturelles. Paris, 1834,
II, p. C5,