‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou Cours d'histoire naturelle professé à l'École supérieure de pharmacie de Paris. Tome troisièmeChapitre 19 sur 139 · VI. Cinriiona lancifoUa · texte numérisé non relu

VI. Cinriiona lancifoUa

(Mutis, Veriodko île Santa-Fe, 1793, III; DC., Prod., IV, 352. — C. anijuslifulia, Ruiz et Pavon, Suppléineid à la QuinoL, 1-5-, ciim. tah. — C. Condaminea S lannfoUu, Wedd., Hist. nat. Quinq., 38, tab. V.)

C. à feuilles lancéolées, aiguës, atténuées à la base, souvent scrobiculées; capsules lancéolées.

D’après les échantillons de l’herbier Triana que j’ai sous les yeux, cette espèce paraît présenter des formes diverses. Les auteurs décrivent les feuilles comme privées de scrobicules ; la plupart des échantillons do l’herbier friana en ont do bien marquées; en outre, l’aspect et lés dimensions des feuilles varient passablement ; tantôt elles sont coriaces et très-brillantes à la face supérieure, tantôt presque membraneuses; quelquefois très-étroitemenl lancéolées (G. awjusti folia, Ruiz et Pavon), d’autres fois beaucoup plus larges. Toutes paraissent cependant se rapporter nu môme type spécifique. Les écbanlillons à feuilles étroites sont marqués Tunita de Bogota, (rautres à feuilles plus grandes et plus ]&Tgos, Tuna de Fusaganugn.

Qi'ixcmiNAS LANCiFoLiA (2). — « Lcs écorccs se récoltent sur le

(!) La Cascaril/a lnm)âgna{L&üh., Bull, yharm., 11, 29‘). — Cascarilln lan:- /nü'i (Ruiz, QuinoL, art. IV, pag. G4). — Vulgo Cascarilla boba mnarilla. ou Quino bobo uniarillo.

(2) Quimi naranjarla ou Quina primiliva de Alutis. — Cascarilla navaujoda de Sanla-Fe (Laub.. Bull, phurm., II, 314). — Quinquina de Carlhaylme spon-

RUBIACÉES. — CINCHONA I.ANCIFOUA. 153

versant occidental de la Cordillère orientale, au S.*S.-Ü. de Bogota, dans une étendue de 2 à 3 degrés de latitude.

« Cette espèce offre de nombreuses variétés, sinon botaniques, au moins commerciales et pharmaceutiques.

« Suivant la latitude, la température, la localité, la nature du sol, sa hauteur, son exposition, le rendement peut varier de 10 à 33 grammes de quinine par kilogramme d’écorce, et ce rendement est loin d’être le même dans les diverses parties d’un même arbre. Ces considérations s’appliquent du reste à toutes les espèces de quinquina.

(I Ces écorces varient en couleur, du jaune plus ou moins foncé à l’orangé plus ou moins vif, et en grosseur, depuis l’écorce plate, épaisse de 7 à 8 millimètres, jusqu’aux tuyaux roulés semblables à la cannelle. Leur surface externe présenle aussi un aspect tout différent, suivant qu’elle a élé grattée jusqu’aux vraies couches corticales, ou suivant qu’on lui a laissé tout ou partie de son épiderme micacé, souvent épais, ou même de ses lichens et de ses mousses. Aussi en a-t-on fait à tort beaucoup d’espèces dans les livres et dans la droguerie.

« Ce quimiuina est, en général, tendre, friable, trôs-llbreux, à libres plus ou moins longues, plus ou moins Unes, peu chargé de tannin. 11 est d’une élaboration très-facile ; il donne un sulfate très-pur, très-blanc, très-léger, supérieur sous ces divers rapports au Calisaya lui-même ; aussi est-il fort recherché par les fabricants, qui payent les variétés riches G t\ 8 fr. le kilogramme. On réserve à ces dernières le nom de Colombia, tandis qu’on donne le nom très-impropre de Carthagène aux variétés d'un plus faible rendement (1). »

Dans le commerce, on dislingue les espèces suivantes qui ont toutes les caractères ci-dessus indiqués :

A. Calisaya de Santa-Fede Bogota (2). — Écorces très-menues de4 millimètres et moins d’épaisseur, à surface exiernecelluleuse, d’un jaune tirant sur le rouge. Fibres courtes se détachant facilement sous le doigt. Ce quinquina vient probablement du côté de Popayan. Il donne de 30 à 32 grammes de sulfate de quinine et 3 ou -i grammes de sulfate de cinchonine.

g^cux ou Quinquina orangé de Mntis (Guib., loc. cil., 142). — Quinquina jaune orangé de Aliths; Quinquina jaune orangé roulé; Calisaya de Sinta-Fe; Quinquina jaune de Midis ; Quinquina Carlhagène ligneux (üeloiid. et Bondi. . loc. oit., pag. 3.3-38, pl. .\I, XIII, XIV, XVI.'. — China flava fihro-a; China 'le Carthagène ftlrosa (GObel et Kuiue, pag. 60, tab. IX). — Orange coloured Cinchona hark; Cnq'ietta {Caquella?) bark of english commerce (l'ereira, loc. cil., 1044). — Quinquina Colombia el Carlhagène du commerce.

(1) Itampon. loc. cil.

(2) ûeloud. et Bouch., loc. cil., p. 33, pl. XI, non

Laubert.

DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

lo4

B. Quinquina jaune orangé roulé {\). — Venant souvent mêlé au quinquina orange en grosses écorces. ïlcorces longues, minces, roulées comme la cannelle de Ceylan, dont elles ont la couleur. Cassure résineuse en dehors, fibreuse en dedans; amertume franche. 38 grammes de sulfate de quinine, 4 à -5 grammes de sulfate de cinchonine.

C. Quinquina jaune orangé de Mutü (2). — Écorces légèrement cintrées, épaisses de 2-8 mil!., jaune orangé, plus ou moins rouge. Texture uniforme à fibres longues et flexibles ; surface extérieure plus foncée que l’inlérieure, quelquefois recouverte de plaques micacées. Fracture transversale ligneuse en dedans, subéreuse sur une épaisseur d’un millimètre au plus. Amertume légèrement aromatique. Ces écorces produisent 13-16 grammes de sulfate de quinine. M. Ilampon a envoyé à l’École de pharmacie de Montpellier des échantillons qui en donnent de 24 à 30 grammes par kilogramme.

D. Quinquina jaune de Mutis (3). — Ce quinquina diffère du pre- .cédent par la couleur de sa surface interne, qui est d’un jaune ocreux, sa texture moins unie, les sillons longitudinaux de la surface interne et les rides de la surface externe. MM. Delondre et Bouchardat lui attribuent 12-14 grammes de sulfate de quinine et 5 à 6 grammes de sulfate de cinchonine.

Un échantillon envoyé par M. Hampon, et qui se rapporte bien il cette espèce commerciale, est marqué comme donnant de 28 à 32 grammes de sulfate de quinine ; une écorce de la môme espèce a été désignée par Howard : C. lanci folia, var.? rich in alcaloïds.

E . Quinquina Carthagene ligneux (4). — Cassure caractéristique à longues fibres, flexibles ; surface externe jaune rougeâtre, avec quelques plaques micacées ; surface interne jaune fauve ; texture unie, montrant cependant les longues fibres de l’écorce. Amertume se développant facilement, sans astringence, et persistante.

D’après MM. Delondre et Bouchardat, cette écorce donne jusqu’à 20 grammes de sulfate de quinine sans cinchonine. M. Ram-

(1) Delünd. et Boucli., pag. 34, pl. XI.

(2) Delond. et Boucli., p. 3i, pl. XIV. — Quinquina orangé de Mutis {Guih., loc.cil., 142). — Caqueita bark of english couiniercj (Pereira, loc. cit., 1614;.' — Quim naranjada et Quina primitiva, Mutis. — China fliwa fibrom (Gobél et Kunze, pag. 59, tab. IX). — Quinquina Colombia du commerce.

r3) Delond. et Bouch., loc. cit., pag. 37, tab. XVI. — Calisaya de Santa-Fe ? (Laub., Bull, phurm., II, 303). — Quinquina Colombia du commerce.

(4) Delond. et Bouch., loc. cil., pag. 35, pl. XIII. — Quinquina Carthagine du commerce actuel.

RUBIACÉES. — CINCHONA LANCIFOLIA. loo

pon allribue aux échantillons qu’il a envoyés, 16 à 18 grammes de sulfate de quinine par kilogramme.

Quinquina à quinidine du commerce (1). — Faut-il rattacher aux Quinquinias lanci folia une écorce que j’ai reçue de M. Rampon, sous le nom de Quin'/uina à quinidine et qui, d’après lui, répond au quinquina rouge de Mulis, Delond. et Bouch., et au quinquina Cartkagène rosé des mêmes auteurs ? La même écorce est marquée par M. Howard : Cinchona lanci folia red variety, et ses rapports avec les quinquinas du C. lancifolia paraissent, en effet, bien évidents. La structure anatomique du Cartkagène rosé rapproche aussi cette écorce de celle du lancifolia, mais celle du quinquina rouge paraît un peu différente, etM. Phœbus, qui a fait connaître la constitution de ce quinquina, ne serait pas éloigné de l’attribuer au C. Pallon. 11 me paraît cependant difficile d’assimiler le quinquina à quinidine au quinquina Pa/ton que nous avons décritj et il est, je crois, beaucoup plus conforme à l’observation de placer cette écorce à côté des précédentes.

En tout cas, voici sur ce point les renseignements que M. Rampon a bien voulu me transmettre.

« Quinquina à quinidine. Cinchona . à spécifier botanique¬

ment Ql).

« On le récolte au nord de Bogota, à Velez, au Socorro, dans la province d’Ocana et de Pamplona.

« Son écorce a la môme texture que celle du lancifolia ; mais sa surface externe, lorsqu’elle est dépouillée de l’épiderme micacé, offre une teinte rosée ou rouge plus ou moins vive, tout à fait caractéristique pour un œil exercé.

«Elle imite assez bien dans ses grosses écorces l’aspect du quinquina rouge, mais elle en diffère essentielleineut par la structure et la composition chimique.

« Nous n’avons pu étudier sa floraison, mais ses feuilles ont une dimension et une forme très-différentes de celles du C. lancifolia, dont l’éloignent aussi la teinte caractéristique de son écorce et l’alcaloïde qui prédomine en elle.

« Le rendement est de 15 à 22 grammes d’alcaloïdes par kilogramme. — Prix 3 à 4 francs le kilogramme. »

P. Il faut rapprocher de ce quinquina une écorce venant ega-

(1) Quinquina rouge de Midis (Del. et Bouch., pag. 37, pl. XV;, et Quinquina Carthagèue rosé, ibid.

(2) M. Howard a rattaché le Quinquina à quinvUne à une espèce particulière le C. rosulenta, qu'il a décrit dans le BuUtiin de ta Société botanique de France (13 mai 1870). Nous croyons cependant devoir rattacher cette écorce aux C. tancifolia. (Voyez Dictionnaire des sciences médica 'es, article QiiNQt i- N4S, par G. Planchon, (-î* série, tom. I, pag. 29t)).

DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

i.ïa

lemenl fie la collection (le M. Howard, avec celle suscripUon : C. lancifolia, var. from C/iiquinqm'ra. Ces échantillons sont enroulées quelquefois en double volute ; ils ont de 2 à 3 centimètres de diamètre ; la surface externe est ridée longitudinalement et marquée de faibles rugosités transversales ; la couleur est jaune fauve foncé, le derme revêtu çà et là de plaques micacées ; la cassure, subéreuse à l’extérieur, est fibreuse à l’intérieur ; les fibres sont longues et llexihles ; la face interne, de la couleur de l’externe, est finement sillonnée longitudinalement. L’amertume se développe assez vile avec peu d’astringence.

Examen microscopique des écorces du C. lancifolia. — Ces écorces présentent, en général : des fibres corticales disposées à la fois en séries rayonnantes et en couches concentriques. Cette dernière disposition est surtout prononcée dans les couches extérieures du liber. Les poresde ces libres sont d’ordinaire très- marqués. L’écorce moyenne est plus ou moins développée et contient, ainsi que le liber, des cellules à résine ou à cristaux. Dans les jeunes écorces, on retrouve la disposition des éléments fibreux en couches concentri(iues. Beaucoup de cellules sont encore béantes et en voie de formation ; çà et là quelques vaisseaux laticifères, et, dans les deux zones internes, des cellules à résine.

Toutes les écorces que nous avons décrites (même le quinquina rouge de Mutis) répondent assez bien à ces caractères ; il n’y a réellement entre elles que des différences individuelles tenant à l’àge de la branche d’où elles proviennent, ou à des circonstances analogues (t).

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