OMBELLIFÈRES. — RACINE D’ACHE
Racine d’ache.
On connaît en pharmacie deux plantes qui portent le nom û'ache : l’une est Vache des marais, ou Paludapium, ou ache proprement dite ; l’autre est l’acte de montagne ou la livècke, toutes deux appartenant à la famille des Ombellifères. Pour éviter toute confusion à l’avenir, nous donnerons à la première plante seule le nom A’ache, et à la seconde celui de livèche.
Achc de» nuirais, Apium graveolens, L., tribu des Ammidées. Celte plante (fîg. G33) se trouve dans toute l’Europe, sur le bord des ruisseaux et au milieu des marais. Sa lige est sillonnée, ra¬
meuse, haute de 2 pieds. Ses feuilles sont longuement pétiolées, une ou deux fois ailées, à segments cunéiformes-incisés, lisses et un peu luisantes. Ses fleurs sont d’un blanc légèrement verdâtre, disposées en ombelles axillaires ou terminales, presque sessiles et dépourvues d’iuvolucres et d’involuceUes; les pétales sont arrondis et entiers. Le fruit est brunâtre, très-menu, globuleux, composé de deux méricarpes dont chacun est marqué de 5 côtes saillantes et blanches. Ce fruit a une odeur semblable à celle de la racine dont nous allons parler, et une saveur amère, âcre, très-aromatique.
DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
La racine d’ache est grosse comme le ponce, grise au dehors, blanche en dedans, fusiforme, souvent divisée en plusieurs fortes radicules; elle jouit d’une odeur forte et suave qui a de l’analogie avec celle de l’angélique, et elle présente une saveur aromatiipie et amère à laquelle suecède une assez grande âcreté. Cette racine est une des cinq racines apéritives, et, à ce titre, fait partie du sirop de ce nom. C’est elle qui lui communique son odeur agréable, odeur qui résiste môme à la cuisson; mais il fautobserverqne, très-souvent, on lui substitue la racine de livèclie, plante assez commune dans nos jardins, et qui est presque la seule dont on récolte la racine à Paris; tandis que la racine tirée d’Allemagne, qui est celle que je viens de décrire, paraît être la vraie racine d’aclie : c’est donc elle qu’il faut préférer.
D’après de Candolle, la racine d’ache récente serait vénéneuse ou au moins très-suspecte. Il est vrai qu’elle présente une assez grande âcreté, mais je ne la crois pas dangereuse. Dans tous les cas, la dessiccation et la cuisson doivent lui enlever toute qualité nuisible.
La semence d’ache faisait autrefois partie de plusieurs électuaires purgatifs et de la poudre chalybée. On ne la trouve plus dans le commerce, et le seul fruit qu’on débite sous ce nom est celui de la livèclie.
Les botanistes regardent comme de simples variétés de Tache des marais deux plantes très-usitées dans Tart culinaire, sous le nom de céleri : Tune est le céleri ordinaire, Apium dulce de Miller, remarquable par la longueur de ses pétioles, qu’on a soin de soustraire à l’action de la lumière, afin de les blanchir et de les attendrir (c’est ce qu’on nomme étioler) ; l’autre est le céleri rare, OU Apium rapüceum, dont la racine napiforme et succulente égale souvent la grosseur des deux poings.
lliiclne de liréche.
Levüticurn officinale, Koc\^ \ Liyusticuni LevisCicum, L., delà tribu des Angélicées. Cette plante {fig. «34) croît naturellement dans les montagnes du midi de la France, mais elle est cultivée presque partout dans les jardins. Elle.§(élève à la hauteur d’un homme. Ses feuilles sont très-grandes, deux ou trois fois ailées et composées de folioles planes, cunéiformes, incisées vers le sommet ; elles sont de plus d’un vert foncé, luisantes et coriaces. Les fleurs sont jaunâtres, terminales, disposées en ombelles pourvues d’involucres et d’involucelles polyphyllcs. La marge du calice est peu marquée ; les pétales sont arrondis, entiers, avec une pointe courte recourbée en dedans. Le fruit est blan-
OMBELLIFÉRES. — RACINE D’ANGÉLIQUE OFFICINALE. 207 châtre, aplati, formé de deu-Y méricarpes qui se séparent à la marge. Ces méricarpes sont pourvus de 5 côtes ailées, dont les 2 marginales sont deux fois plus larges que les autres, mais toujours peu distinctes du fruit ; les vallécules ne présentent qu’un seul vaisseau résinifère, tandis que les commissures en offrent de 2 i\ 4. La coupe transversale présente une amande aplatie, rectangulaire, entourée d’un péricarpe foliacé, avec 3 dents triangtilairés sur la face extérieure, et 2 dents proéminentes plus développées sur les angles de la face interne. Ces fruits ont une odeur faible en masse, une odeur de térébenthine lorsqu’on les froisse sous les doigts, une saveur très-amère et térébinthacée ; ce sont les seuls que l’on trouve dans le commerce, sous le nom de semence d’ache.
La racine de livèche est épaisse, noirâtre au dehors, blanche en dedans, d’une odeur forte et d’une saveur âcre et aromatique, comme le reste de la plante. Celle racine est celle que l’on emploie généralement à Paris sous le nom de racine d'ache. Lorsqu’elle est sèche, elle est grosse comme le pouce, plus ou moins, grise h l'extérieur, ridée longitudinalement ou transversalement, offrant souvent i» sa partie supérieure, et à la dislancc de R à S centimètres, plusieurs reulleménts dus à de nouveaux collets qui se forment chaque année. L’intérieur est jaunâtre cl spongieux, d’une saveur parfumée, un peu sucrée et un peu âcre. L’odeur est fort agréable et tient de celle de l’angélique.
Racine il’aiiRélique ofaciiiale.
Archangelica offidnalis, llolfin . , Angehca arcliangelica, L., tribu des Angélicées [fig. 635).
L’angélique croît surtout en Laponie, en Norvège, en Bohême, en Suisse, dans les Pyrénées, dans les montagnes de l’Auvergne, ün la cultive aussi dans les jardins ; alors, de bis, annuelle qu’elle est naturellement, elle peut devenir vivace.
Sa racine est grosse, charnue, très-odorante, et peut fournir au printemps, par une incision faite à la partie supérieure, un suc gommo-résineux, d’une forte odeur de musc. Cette r,icine se divise en un grand nombre de rameaux qui s’enfoncent perpendiculairement dans la terre. Sa tige s’élève à la hauteur Se lüJ à 130 centimètres. Elle est grosse, creuse, cannelée, verte, trèsodorante; ses feuilles, également odorantes, sont grandes, deux fois pinnées, à segments sous cordés, lobés et finement dentés ; le lobe extrême est tripartile ; le pétiole embrasse la lige en formant une coupe ou un sac ouvert; les fleurs sont d’un blanc verdâtre, disposées en une grande ombelle hémisphérique munie
DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
d’un involucre fort petit, et •d’involucelles partiels dont les folioles égalent les ombellules. Le fruit est blanchâtre, comprimé, elliptique, formé de deux méricarpes à 3 côtes dorsales élevées et rapprochées, et à 2 côtes latérales élargies en une membrane
qui double le diamètre du fruit. La semence est volumineuse, en forme de navette, convexe du côté externe, creusée en gouttière du côté interne ; elle est isolée dn péricarpe et toute couverte de vaisseaux à suc résineux-balsamique, qui lui communiquent une odeur et une saveur très-fortes et très-agréables d’angélique.
La racine d’angélique nous est apportée sèche de la Bohême, des Alpes et des Pyrénées. Elle se compose du corps de la racine et de grosses fibres rassemblées en faisceau (/i^. 630). Elle est grise à l’extérieur et très-ridée, blanchâtre à l’intérieur, d’une odeur forte très-agréable, d’une saveur amère, musquée, âcre et persistante. 11 faut la choisir bien sèche, nouvelle, non vermoulue, et la conserver dans un endroit sec, avec l’attention de la cribler souvent ; car elle attire l’humidité et se laisse très-facilement attaquer par les insectes. Peut-être les pharmaciens devraient-ils, en raison de la vétusté ordinaire de la racine d’angélique du
OMlîELLlFÈRES. — RACINE D’ANGÉLIQUE. 209
commerce, faire sécher eux-mêmes, après la chiile des feuilles et à la fin de la première anuée, celle de la plante cultivée dans iiQs jardins : je m’en suis procuré de celle manière qui est fort supérieure pour là force et la suavité de son odeur à celle du commerce.
L’eau dans laquelle on|fait infuser la racine d’angélique prend une couleur jaune, le goût et l’odeur de la racine, mais dans un faible degré. L’alcool se charge de principes plus actifs, et l’éther en dissout aussi quelques-uns. 1000 grammes de celle racine donnent ordinairement 8 grain, d’huile volatile, 200 à 2o0 gram. d’extrait alcoolique résineux et balsamique, ou bien 300 à 37o gram. d’extrait aqueux, d’une odeur faible.
D’après MM. Mayer et Zeuner, la racine d’angélique contient trois acides volatils, dont un, l’acide valérianique, y aurait élé difficilement soupçonné. Peut-être est-il le résultat d’une transformation subie par quelque autre principe volatil.
Pour obtenir ces acides, on fait bouillir la racine avec de l’eau tenant en suspension de l’hydrate de chaux. La liqueur brune qui en résulte est concentrée, additionnée • d’acide sulfurique en excès et distillée. Le produit distillé consiste dans une eau trouble acide, mélangée d’essence acide. On salure le tout par la potasse, on concentre fortement la liqueur, on l’acidifie de nouveau par l’acide sulfurique et on distille. On obtient ainsi un liquide très-acide, trouble, surnagé d’acide valérianique huileux et tenant en dissolution une portion de ce même acide mélangé d’acide acétique et du troisième acide, qui a reçu le nom A' acide angélicique. On obtient celui-ci cristallsé par le refroidissement de la liqueur. 11 est blanc, fusible à io degrés, volatil à 190 et distillant sans altération. Il a paru composé de C‘®ll*ü*.
La racine d’angélique entre dans la composition des alcoolats Itiériacal et de mélisse composé, et dans celle du baume du commandeur. Les feuilles récentes font partie de l’eau vulnéraire, simple et spiritueuse. Les confiseurs forment un condiment trèsagréable et stomachique avec les tiges. Les fruits, qui étaient aussi employés autrefois, ne le sont plus aujourd’hui.
On trouve chez les herboristes, indépendamment de la racine
Guimhiht, Diogucs, :• Mil. T. III. — t4
I ig. 636. — Racine d’augélique.
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d’angélique de Bohême, dont je viens de parler, une autre racine pins grosse, plus blanche, à radicules moins nombreuses, et d’une odeur presque nulle. Beaucoup de personnes ont pris cette dernière racine pour celle de Y Angelica sylvestris de Linné ; mais c’est la racine de VArc/iangelica, cultivée dans les jardins et récoltée à la fin de la seconde année, lorsque la plante a fructiûé et est parvenue au terme 'de son existence; tandis que celle que l’on peut récolter à la fin de la première année, après la chute des feuilles, est au moins aussi aromatique que celle qui^ous atrive de la Bohême et des autres lieux susnommés.
Ita'cine de «amliola ou ■amliulu.
Racine pouvant avoir, dans son entier, la forme et le volume d’une betterave, mais souvent surmontée de plusieurs bourgeons distincts, et partagée par le bas en plusieurs grosses radicules . Telle que le commerce me l’a présentée, il y a une dizaine d’années, elle était coupée en tronçons dont le plus considérable a H centimètres de diamètre et 4 centimètres d’épaisseur. Ces tronçons sont couverts à la circonférence d’un épiderme gris, papyracé, et §ont marqués de stries circulaires très-nombreuses. La partie supérieure de la racine, qui se rétrécit en un ou plusieurs collets, présente des poils rudes et courts, disposés parrangs circulafrés, devant provenir de la destruction d’écailles qui entouraient tes bourgeons radicaux. A l’intérieur, la racine est d’un blanc farineux; elle contient en effet beaucoup d’amidon et elle devient en peu de temps la proie des insectes. Les surfaces des morceaux coupés depuis longtemps est comme salie par une matière adipo-résineuse jaunâtre, exsudée à l’intérieur. Enfin cette racine est remarquable par une forte odeur de musc, qui fait supposer qu’elle doit être produite par une plante ombellifère voisine des angéliques. Elle a été apportée de Russie, itiais elle vient de l’intérieur de l’Asie. Un voyageur russe, M. Pedschenko, a trouvé, en 1869, la plante qui donne la racine du Sumbul, au S.-E. de Samarkand. 11 en a envoyé des échantillons au jardin botanique de Moscou, où un exemplaire a fleuri en 1871. La plante, qui ressemble a une Férule, a été décrite sous le nom A' lüuryangium Sumbul, Kautfmann. C’est la même espèce que Koch avair désignée sous le nom de Sumbulus moschatus.
llacine d'uugéllque du Brésil.
J’ai reçu sous ce nom, de M. Théodore Martius, une racine ligneuse, pivotante, épaisse de 5 à 6 centimètres, longue de 11, et
OMBELLIFÈRES. — RACINE D’IMPÉRATOIRE. 2)1
divisée à sa partie inférieure en plusieurs rameaux, les uns perpendiculaires, les autres horizontaux. Cette racine est composée d’un bois dur et compacte, d’un gris jaunâtre, lequel est recouvert d’une écorce mince, d’un gris brunâtre, crevassée par place dans sa longueur. Cette racine offre une odeur et une saveur fi'anches de fenouil, plus fortes et accompagnées d’amertume dans l’écorce. Un botaniste distingué paraît avoir attribué cette racine à une rutacée ; mais il semble qu’elle soit plutôt due à une aralie, dont une espèce ligneuse, l’^l'ra/ja spinosa, L., porte dans r.Amériquc septentrionale le nom d’Angelica tree.
Ilncinc d’impératoire.
Imperatoria Ostruthiuin, L. , Peucedanum Oslruth ium, Koch ; tribu des Peucédanées {fig. 637).
L’impératoire croit sur les Alpes de la Suisse et de la Savoie
Sasouche, qui est dirigée obliquement près de la surface du sol, donne naissance à une tige haute de63 centimètres, garnie de feuilles longuement pétiolées , à gaine ample, terminées par trois larges folioles pinnatiseclées, ou pal mati-lobées, à segments ovales-oblongs et den lés. Ces feuilles donnent àl’impératoire une assez grande ressemblance avec l’angélique; mais son ombelle plane la rend très- facile à distinguer. L’involucre est nul; les involucelles sont composées d’un petit nombre de folioles; le limbe du calice est peu *’’’• — inip«>-»io>re.
apparent; les pétales
sont blancs, terminés par une dent recourbée en dedans et' échancrée. Les fruits sont comprimés par le dos, formés de 2 méricarpes pourvus de 3 côtes dorsales liliformes et de marges
trÈs-élargies. Les vallécules sont à un seul vaisseau résineux; les
commissures en offrent deux.
La souche d’impéraloire sèche est grosse comme le doigt, un peu aplatie, brune, très-rugneuse à l’extérieur et comme marquée d’anneaux. Elle a une texture fibreuse et une couleur jaune verdâtre à l’intérieur. Elle possède une odeur analogue à celle de l’angélique, mais moins agréable et plus forte, et une saveur très-âcre et aromatique. Toutes ces propriétés disparaissent avec le temps, et il n’est pas rare de trouver dans le commerce la racine d’impératoire vermoulue, noirâtre â l’intérieur, tombant en poussière lorsqu’on la casse, et d’une odeur faible. Il faut donc la choisir récente et telle que je l’ai décrite d’abord. Elle entre dans l’eau impériale, l’eau Ihériacale, l’esprit carminalif de Sylvius. Elle donne de l’huile volatile à la distillation.
L’impératoire porte en Savoie, dans les montagnes, le nom à’otours, soit que ce nom provienne de l’altération du nom latin ostruthium, soit que le nom botanique ait été formé sur le nom vulgaire.
llaciiie de méiiin.
Meum alhamanticum, Jacq,; Æthma Meum, L., tribu des Sésélinées.
Celte plante croît dans les Alpes, les Pyrénées et autres montagnes du midi de l’Europe. Sa racine est vivace, allongée, entourée à son collet de fibres nombreuses qui sont les débris des anciens pétioles; sa tige est droite, un peu rameuse, haute de 35 à 60 centimètres; les feuilles sont deux à trois fois ailées, portées sur des pétioles dilatés et ventrus, et composées de folioles très-nombreuses, glabres, courtes et capillaires; les fleurs sont blanches, très-petites; les fruits portent sur chaque méricarpe 3 côtes saillantes et aiguës, dont les 2 marginales sont un peu dilatées; la coupe de chaque semence est demi-circulaire.
La racine de méum, telle que le commerce la présente, est grosse comme le petit doigt, longue de 11 centimètres, grise au dehors, blanchâtre en dedans, d’un tissu lâche, d’une saveur et d’une odeur de racine de livèche, mais plus faibles ; sa saveur est mêlée d’un peu d’amertume. On la reconnaît surtout à son collet, entouré d’un grand nombre de poils rudes et dressés, de môme que dans la racine de chardon-roland. On pourrait donc quelquefois la confondre avec cette dernière; mais la racine de chardon-roland est en général beaucoup plus grosse, plus longue, et, de plus, est d’une odeur désagréable. La racine de méum est Irès-peu usitée maintenant.