‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou Cours d'histoire naturelle professé à l'École supérieure de pharmacie de Paris. Tome troisièmeChapitre 54 sur 139 · OMBELLIFÉRES. — GOMME-RÉSINE AMMONIAQUE · texte numérisé non relu

OMBELLIFÉRES. — GOMME-RÉSINE AMMONIAQUE

[M. Borsczow (1) a mis hors de doute que c’est cette espèce qui produit la gomme ammoniaque. Elle a une racine moins grosse que le Scorodosma fœtidum, couronnée de même par les fibres provenant de la destruction des anciennes feuilles : la tige, feuillée seulement à la base, se divise en rameaux, qui portent de distance en distance, sur de courts pédoncules, de petites ombelles, à rameaux très-courts, offrant presque l’apparence de capitules (/îÿ'. 63 i)].

On trouve la gomme ammoniaque sous deux formes dans le commerce : 1° en larmes détachées, dures, blanches et opaques h. l’intérieur, blanches également à l’extérieur, mais devenant jaunes avec le temps; d’une odeur forte particulière, d’une saveur amère, âcre et nauséeuse ; 2° en masses considérables jaunâtres, parsemées d'un grand nombre de larmes blanches et opaques ; elle est moins pure que la précédente, et possède une odeur plus forte. La première sorte est préférée, à cause de sa pureté ; la seconde peut être employée, à son défaut, pour la préparation des emplâtres.

Bouillie avec un lait de chaux, elle donne, d’après M. Vigié(2), une couleur jaune-serin, et celte couleur persiste quand on chasse toute l’eau et qu’on dessèche ainsi la chaux.

Suivant l’analyse qu’en a faite M. Braconnot, fOO parties de gomme ammoniaque sont composées de : gomme 18,4; résine 70; matière gluliniforme insoluble dans l’eau et l’alcool 4,4; eau 6; ■perle 1 , 2 (3).

La gomme ammoniaque entre dans l’emplâtre diachylon gommé, dans celui de ciguë et dans les pilules de Bonlius.

Fnagge g^omme ammoniaque de Tanger. J’ai eu raison de dire plus haut que M. Jackson, en assurant que la gomme ammoniaque était produite dans le royaume de Maroc par une plante nommée faskook, avait probablement pris quelque autre gomme-résine pour la première. Un échantillon de cette gomme-résine, remise par M. Lindley â M. Pereira et dont ce dernier m’a transmis une partie, confirme cette opinion. Cette gomme-résine porte à Tanger le nom de fusàgh ou de fasàgh, et elle est produite, non parle Ferula orientalis auquel Sprengel rapporte le faskook de Jackson, mais par le Ferula tingitam, d’après M- Lindley. En apparence, cette gomme-résine ressemble beaucoup à la gomme ammoniaque en masse et larmeuse ; mais un examen subsé-

a trois comme dans les férules. A la vérité, très-souvent le canal mitoyen est seul développé et gorgé de résine, ce qui le fait paraître solitaire ; mais il n’est pas rare non plus d'en trouver deux, et je possède plusieurs fruits ou les trois canaux sont bien distincts.

(1) Borsczow, Op. cit.

{•/} Vigié, Loc. cit.

(3) Braconnot, Ann. de chim., t, LXVIII, p. CC.

DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

quent vient détruire cette similitude. Les larmes qui composent le fusdgh sont moins blanches et moins opaques que celles de la gomme ammoniaque, et présentent quelquefois sur leur contour une teinte bleuâtre ; elles sont aussi beaucoup moins dures et sont facilement pénétrées par une pointe de canif. La masse est presque inodore et la saveur en paraît d’abord presque nulle; cependant elle finit par devenir amère, mais elle n’otfre rien de l’acreté et du goût aromatique de la gomme ammoniaque. Ce sont donc deux substances différentes.

Je ne crois même pas que l’on puisse dire que le fusôgh soit la gomme ammoniaque de' Dioscoride, sur ce seul fondement que Dioscoride faisait venir ce produit de la Libye Cyrénaïque et des environs du temple de Jupiter Ammon. D’abord la Libye Cyrénaïque est bien éloignée du Maroc; ensuite Dioscoride a pu être induit en erreur par la similitude des noms ammon et ammoniaque ou armoniaque ; troisièmement cet auteur mentionne l’odeur forte de la gomme ammoniaque, qu’il compare â celle du castoréum, et distingue clairement les deux mêmes sortes de gomme ammoniaque que le commerce d’Asie nous à toujours fournies : à savoir, la gomme en larmes, qu’il nomme thi'ausa, et celle en masses, qu’il appelle phriama ou phurama. Je suis donc persuadé, quant à moi, que Dioscoride n’a pas connu d’autre gomme ammoniaque que la nôtre, et qu’il s’est seulement trompé sur le lieu de son origine.

Cralbanum.

Celte gomme-résine est encore un exemple de l’incertitude qui peut régner sur l’origine des substances les plus anciennement connues. Tous les. auteurs, tant anciens que modernes, s’accordent à dire que le galbanum vient de Syrie, où il est produit par une espèce de Férule ; et Lobel ayant trouvé dans du galbanum pris à Anvers des fruits d’ombellifôre, grands, larges et foliacés, les sema, et en vit naître une plante qu’il décrivit et figura sous le nom de Ferula galbanifera (t). Cette plante devait, sans aucun doute, produire le galbanum et cependant cette opinion tomba devant la description que lit Paul llermann (2) d’une plante originaire du cap de Bonne-Espérance, devenue depuis le Bubon Galbanum, L., qui laissait découler, spontanément ou par des incisions, un suc gommo-résineux offrant tous les caractères du galbanum. On ne douta plus que le galbanum ne provînt du Bubon Galbanum de Linné.

Tant de botanistes cependant se sont laissé abuser par la ressemblance des sucs d’ombellifères entre eux, qu’on aurait dû ne pas croire aussi facilement qu’une plante du Cap produisît une

(1) ï.obel, Observ., p. 4SI.

(2) Hermann, Parodisus batavus, p. IC3, fig, 43.

OMDELLIFÈRES. — GALBANUM.

gomme-résine Urée jusque-là de Syrie. J’ajoute qu’il n’y a aucun rapport entre les fruits très-petits du Bubon Galbanum et ceux très-larges que l’on trouve dans une des sortes de galbanum du commerce ; mais ce qui m’empêche de décider entièrement la question contre Hermann et ceux qui l’ont suivi, c’est qu’il existe dans le commerce deux espèces de galbanums, et que je ne puis dire au juste de quelle contrée elles sont tirées.

[Des recherches récentes permettent d’attribuer le galbanum à une espèce du genre Ferula décrite par M. Boissier sous le nom de Ferula erubescens, à cause de la couleur rougeâtre de ses fruits. Buhse, en 18S0, a trouvé dans la Perse et les régions voisines les deux types de cette espèce, distingués par M. Boissier sous les n oms de Ferula gummosa et de Ferula rubricaulis. Cette dernière variété produirait d’après Buhse le meilleur galbanum. Il découle naturellement de la partie inférieure de la tige et de la base des feuilles sous forme de larmes, couleur jaune d’ambre, d'odeur aromatique, devenant molle entre les doigts. M. Borsczow a en outre signalé, entre la mer d’Aral et la mer Caspienne, une autre Férule, qu’il a appelée Ferula Schaïr, du nom vulgaire qu’elle porte dans le pays, et qui produit un suc analogue au galbanum du commerce.]

Ciaibanum mou. Ce galbanum est le premier que j’aie connu, et le seul décrit dans mes deux premières éditions. On le trouve sous deux formes dans le commerce, en larmes et en masse. Le premier est en larmes molles, ou se ramollissant dans les doigts, jaunes, vernissées et gluantes à l’extérieur, ce qui est cause que les larmes les plus pures et les plus sèches s’agglutinent toujours en une seule masse. Il est jaune et translucide à l’intérieur, offrant une cassure grenue et comme huileuse ; il a une odeur forte, tenacè, particulière et légèrement fétide; sa saveur est âcre et amère.

Le galbanum en masse ne diffère du premier que parce que, étant encore plus chargé d’huile volatile, ses larmes se sont réunies en une seule masse, dans laquelle on les distingue encore, he fond de la masse, ordinairement plus foncé, et devenant brunâtre avec le temps, est en outre souillé d’impuretés. Au total, en larmes’ ou en masse, ce galbanum est toujours mou, gluant et comme vernissé. Je n’y ai jamais rencontré de fruits.

On distingue facilement ce galbanum de la gomme ammoniaque, par les larmes dont il se compose. Les larmes de la gomme ammoniaque sont solides, dure^, et se ramollissent beaucoup plus difficilement; elles sont tout à fait blanches, laiteuses, opaques à l’intérieur, et offrent une cassure lisse ; leur odeur est aussi moins forte et différente.

DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

Ce galbanum aurait plus de ressemblance avec le sagapénum; mais il s’en distingue par son odeur et sa saveur ; elles sont, à là vérité, fortes et désagréables, mais elles n’ont aucun rapport avec celles de l’asa-fœtida, que les larmes les plus pures de sagapénum offrent toujours. Je ne doute pas que ce ne soit cette sorte de galbanum qui ait été analysée par M. Pelletier. Ce chimiste en a retiré :

Résine . CG,86

Gomme . 10,28

Bois et impuretés . 7,52

Malate acide de cliauv . traces.

Huile volatile et perte . e,.34

[Bouilli avec un lait de chaux, le galbanum donne au mélange une couleur brune et à la chaux desséchée une teinte café (1).]

La résine de galhanum jouit d’une propriété singulière : lorsqu’on la chauffe à une température de 120 à 130° centigrades, on en retire, entre autres produits, une huile d’un beau bleu indigo. Celte huile est très-soluhle dans l’alcool, auquel elle communique sa couleur. Les acides et les alcalis ne la changent pas, à moins qu’ils ne soient assez concentrés pour décomposer l’huile elle-même, etc. (2).

Cialbanum sec. Ce galbanum est, comme le précédent, en larmes ou en masse; mais il est beaucoup plus sec, et ses larmes, qui ne sont ni gluantes ni vernissées, ne se réunissent pas en une seule masse. Elles sont jaunes à l’extérieur, blanchâtres et souvent opaques à l’intérieur; se distinguant toujours de celles de la gomme ammoniaque par leur peu de consistance, et par leur cassure inégale, qui n’a pas l’aspect d’un lait durci et vitreux. Ce galbanum a une odeur aromatique non désagréable, quoique toujours analogue à celle du précédent. Il est sujet à contenir des tronçons de tige sillonnée, et les carpelles isolés d’une plante ombellifêre, semblables à ceux qui ont produit la plante de Lobel et à ceux examinés par Don, qui, d’après leurs caractères, pense que la plante doit former un genre particulier, voisin des Siler, et qui la nomme Galbanum officinale (3), Voici quels sont ces caractères :

Carpelles détachés, longs de 20 millim., larges de 9; blanchâtres ou jaunâtres, un peu terminés en pointe aux deux extrémités, plans du côté de la commissure, un peu bombés sur le

(1) Vigié, Loc. cit.

(2) Pelletier, Bulletin de pUar.

(3) Arch. de bot., 1. 1, p. 37.3.

OMDELUFÈRES. — OPOPANAX. ÏM

dos, marqués de 5 côtes linéaires demi-ailées, les marginales ne l’étant pas plus que les dorsales. Ces fruits sont dépourvus de canaux résinifères apparents dans les vallécules, qui cependant sont souvent remplies de gomme-résine. Don admet deux canaux résinifères du côté de la commissure ; mais je n’y vois que des sillons remplis de gomme-résine à nu, comme les vallécules.

Opop.inax.

Celte gomme-résine, très-bien décrite par Dioscoride, esllirée d’une plante ombellifère nommée par lui Panaces Heracleum, dont les caractères se rapportent bien à Y Heracleum /’anaces de Linné. Cependant on a préféré depuis l’attribuer, soit au Pastinaca Opopanax, L., soit à son Laser pitium chir onium dont les botanistes ne font aujourd’hui qu’uneespècesous lenomde Opopanax Cliironium Koch. On trouve l’opopanax sous deux formes dans le commerce, en larmes et en masse.

La première sorte d’opopanax est en larmes anguleuses et irrégulières, ayant à peu près le volume d’une pistache ou d’une semencè de cacao. Ces larmes sont d’une couleur orangé rougeâtre ou rougeâtre, et demi-transparentes à l’extérieur; mais elles sont généralement opaques, blanchâtres, jaunâtres ou d’un jaune marbré de rouge à l’intérieur. Elles sont légères et friables, quoique peu sèches; elles ont une saveur âcre et amère et une odeur aromatique très-forte, qui tient de l’ache et de la myrrhe. Elles ont quelquefois l’aspect de la myrrhe ; mais leur légèreté, leur friabilité cl leur odeur particulière les font facilement reconnaître. Elles sont aussi facilement attaquées par les insectes, ce qui tient à l’amidon qu’elles contiennent et auquel elles doivent pareillement leur opacité et leur friabilité.

L’opopanax en niasse est sous forme de grumeaux agglutinés, toujours jaunâtres à l’extérieur, blanchâtres à l’intérieur, d’odeur et de saveur semblables à la première sorte. Il ressemble beaucoup au galbanum sec en masse, dont on le distingue surtout par son odeur. Je n’ai pas observé qu’il fût attaqué par les insectes comme l’opopanaxen larmes.

J’ai trouvé dans le commerce un opopanax en masse, d’un brun noirâtre, tenace, compacte, présentant à peine quelques larmes jaunâtres, et qui n’était guère reconnaissable qu’à son odeur caractéristique d’ache et de myrrhe mêlées. Celle sorte doit être rejetée.

[L’opopanax bouilli avec un lait de chaux donne au mélange une couleur jaune rougeâtre assez caractéristique (Vigié).]

D’après l’analyse de M. Pelletier, l’opopanax est composé de:

Résine . 42,0

Gomme . 33,4

Amidon . 4,2

Extractif et acide inahquo . 4,4

Ligneux . 9,G

Cire . 0,3

Huile volatile et perte . 3,9

FAMILLE DES GROSSULARIÉES.

Cette petite famille, composée presque du seul genre Eibes ou groseillier, avait été comprise par A.-L. de Jussieu.dans celle des Cactées, dont elle se rapproche par son fruit charnu et infère, contenant un gr and nombre de graines fixées à 2 trophospermes pariétaux ; mais dont elle diffère par le nombre fixe et restreint des parties de la fleur et par un endospermc très-développé. Les groseilliers sont des arbrisseaux en général peu élevés, pourvus ou dépourvus d’aiguillons, à feuilles alternes et lobées. Les fleurs sont disposées en grappes axillaires dans les espèces dépourvues d’aiguillons, ou bien sont solitaires ou réunies en petit nombre dans les espèces aiguillonnées. Le calice est monosépale, à 5 divisions rabattues en dehors; les pétales sont au nombre «de 5, pe. tits, droits, insérés sur le calice et alternes avec les divisions ; l’ovaire est infère, uniloculaire, surmonté d’un style simple, terminé par 2 stigmates. Le fruit est une baie globuleuse, ombiliquée au sommet, contenant plusieurs graines attachées par des funicules à 2 trophospermes pariétaux opposés. Ces graines sont pourvues d’une première enveloppe gélatineuse et d’un tégument crustacé (endoplôvre) adhérent à l’endosperme. L’embryon est droit, très-petit, placé à la base de l’endosperme très-développé et presque corné.

Les groseilliers croissent naturellement dans les taillis un peu humides des lieux tempérés et même un peu froids des deux c onlincnts. Trois espèces principalement sont cultivées pour leurs fruits.

Cirusciiiier rouge, Jhbes rubrum, L. Sa tige se divise dès sa base en rameaux nombreux, non épineux, formant un buisson de 1 mètre à i“,05 de hauteur. Ses feuilles sont pétiolées, découpées en 5 lobes, glabres ou légèrement pubescentes. Ses fleurs sont d’un blanc verddlre, disposées en petites grappes simples, axillaires. 11 leur succède de petites baies globuleuses, lisses, glabres, succulentes, d’une saveur acide et agréable due aux deux acides malique et citrique. Elles sont ordinairement rouges, mais quelquefois roses ou blanches, suivant les variétés. Les rouges sont plus acides ; les blanches sont plus mucilagineuses et plus sucrées. On fait une grande consommation des unes et

• CACTÉES, FICOIDÉES, CRASSUUCÉES, PORTULACÉES. 251 (les autres, soit pour la table, soit pour la préparation d’une gelée et d’un sirop qui sont très-usités.

Ciroseilller noir OU cassis, Ribes nigrum L. Feuilles à 3 ou 5 lobes, glanduleuses en dessous. Grappes très-lâches, velues; pétales oblongs. Fruits noirs, plus gros que les groseilles rouges, fortement aromatiques et d’un goût piquant. Ils ne sont guère employés que pour la préparation d’un ratafia nommé cassis, qui a eu une grande vogue pendant longtemps, mais qui est beaucoup moins usité aujourd’hui.

«roseiliicr à maquereau, Ribes Uva-crispa, L. Cette espèce, à l’état sauvage, constitue un petit arbrisseau, haut de 60 centimètres, très-épineux, pourvu de fleurs axillaires, solitaires ou géminées, auxquelles succèdent des fruits verdâtres, globuleux ou ovoïdes et de la grosseur d’une noisette. Cet arbrisseau cultivé a fourni un grand nombre de variétés dont les fruits verdâtres, l>Ianchâtres, rougeâtres ou violacés, dépassent souvent la grosseur des cerises ou du raisin. Ces fruits sont nus ou couverts de poils rudes ; ils ont une saveur sucrée, aigrelette et un peu aromatique. On peut, en les faisant fermenter, en obtenir un vin que l’on dit être assez agréable.

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