‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou Cours d'histoire naturelle professé à l'École supérieure de pharmacie de Paris. Tome troisièmeChapitre 61 sur 139 · FAMILLE DES ROSACÉES · texte numérisé non relu

FAMILLE DES ROSACÉES

Cette grande famille est composée de végétaux herbacés, d’arbustes et de grands arbres, dont les feuilles sont alternes, simples ou composées et stipulées. Les fleurs sont régulières, pourvues d’un calicç gamosépale à 4 ou 5 divisions, souvent doublé d’un calice extérieur qui le fait paraître à 8 ou 10 lobes. La corolle est â 4 ou S pétales réguliers, imbriqués, insérés sur le calice et alternes avec ses divisions {fig. 672). Les étamines sont distinctes et généralement nombreuses, insérées sur le calice. Le pistil présente de grandes modifications sur lesquelles

•288 dicotylédones CALICIFLORES.

principalement plusieurs botanistes se fondent pour séparer le groupe des rosacées (auquel alors on donne le nom de rosinées) en plusieurs familles distinctes, mais que l’on peut aussi continuer de regarder comme de simples tribus de la môme famille. L embryon est toujours

droit et privé d’endosperme.

1™ tribu, poMAcÉEs ; Tube du calice urcéolé, soudé avec les ovaires ; limbe libre et supôre à 3 divisions ; corolle à S pétales ; étamines presque indéfinies, à filets libres et subulés; ovaires au nombre de 5, rarement moins, soudés entre eux et avec le calice, ascendants, rarement davanlage (cognassier); styles en nombre égal aux ovaires, plus ou moins soudés à la base, divisés supérieurement et terminés par un stigmate simple. Le fruit est un mélonide, formé par le tube calicinal accru et devenu succulent, couronné par le limbe du calice ou par la cicatrice résultant de sa destruction, et contenant dans son intérieur 5 carpelles ou moins, disposés régulièrement, comme les rayons d’une étoile, autour de l’axe du fruit. L’enveloppe des carpelles, ou V endocarpe, est tantôt cartilagineux et en partie déhiscent du côté interne (genres Pynts, Cydonia, Sorbtis), tantôt osseux et indéhiscent Mespilus, Cratœgus, Cotuneaster).

2' tribu, rosées: Calice tubuleux, urcéolé, contenant un nombre indéterminé d’ovaires fixés à la paroi interne du tube, et renfermant un seul ovule pendant ; styles distincts ou soudés ; étamines nombreuses. Le fruit est un calicarpide, c’est-à-dire qu’il est formé du calice devenu charnu et contenant un grand nombre à’akaines dont la graine est pendante et la radicule supére. Le genre Rosa compose presque à lui seul cette tribu.

3' tribu, sANGDisoRBÉES : Fleurs ordinairement polygames et quelquefois sans corolle; étamines peu nombreuses; ovaires peu nombreux (ordinairement t ou 2), uni-ovulés. enveloppés par le calice ; akaines renfermés dans le tube du calice, à graine dressée ou pendante. Exemples : les genres Agrimonia, Alchemilla, Sanguisorba, Poterium.

4' tribu , DRYADÉEs : Calice à 5 divisions, rarement à 4, souvent doublé d’un calicule extérieur. Corolle à 3 ou 4 pétales ; étamines indéfinies ; ovaires nombreux, libres, portés sur un réceptacle convexe uni-ovulés, pourvus d’un- style latéral. Baies monospermes soudées où achaines libres, plus ou moins nombreux, les uns ou les autres portés sur un carpophdre charnu ou sec. Exemples : les genres Rubns, Fragaria, Potentilla, Geum, etc.

5« tribu, spiRÉACÉEs: Calice libre, persistant, à S divisions; 5 pétales; étamines nombreuses ; ovaires distincts, au nombre de 5, ordinairement verticillés, à plusieurs ovules pendants ; styles courts, stig.

Fig. 611. — Rosacée.

ROSACÉES. — POMACÉES. — COING.

mates épais. Fruit composé de follicules rangés circulairement, contenant une ou plusieurs graines pendantes. Exemples : les genres Spiræa, (iillenia, Brayera, QuUlaia,

6“ tribu, AMYGDAi.ÉEs: Calice libre, tombant; 5 pétales; étamines nombreuses; ovaire unique, uniloculaire, contenant 2 ovules pendants. Drupe à noyau disperme ou monosperme; semence suspendue à un funicule qui s’élève du fond de la loge. Embryon sans endosperme, à cotylédons charnus, à radicule supère, très-courte. Genres Amygdalus, Prunus, Cerasus, etc.

7» tribu, cHRYsoBALANÉEs : Ovaire unique, libre, contenant 2 ovules dressés ; style tfaissant presque de la base de l’ovaire ; fleurs plus ou moins irrégulières ; fruit drupacé. Genres Chrysobalanus, Licauia, Moquilea, Parinarium, elc.

La famille des Rosacées produit le plus grand nombre des fruits charnus que l'on mange en Europe, soit qu’ils en soient originaires, soit qu’ils y aient été introduits depuis très-longtemps. Elle fournit en outre un certain nombre de partie ou des produits très-utiles à l’art de guérir. Nous examinerons les uns et les autres suivant l’ordre des tribus.

Tribu des Pomacées.

Coinif et. Cognassier.

Cydonia vulgaris, Pers. ; Pyrus Cydonia, L. Arbuste à lige tortueuse, haut de 4 à 5 mètres, dont les feuilles et les jeunes rameaux sont couverts d’un duvet blanchâtre. Les fleurs sont d’un blanc rosé, assez grandes, solitaires à l’extrémité des jeunes rameaux ; le calice est très-velu, à 5 divisions denticulées ; l’ovaire est infère, à 5 loges, surmonté de 5 styles réunis h la base. Le fruit est un mélonide en forme de poire, couvert d’un duvet cotonneux, ombiliqué au sommet, partagé vers le centre en S loges cartilagineuses qui contiennent chacune 8 graines et plus, disposées sur deux rangs. C’est cette pluralité de semences qui sépare les cognassiers des poiriers, auxquels Linné les avait réunis.

Les coings mûrs sont d’une belle couleur jaune, et ce sont eux que Virgile désigne (1) sous le nom de malaaurea. On les nommait aussi mala cotonea et mnla cydonia, du nom de la ville de Cydonie, dans l’ile de Crète, où on les cultivait avec un soin tout particulier. On pense, enfin, que les fameuses pommes d’or du jardin des Hespérides, conquises par Hercule, étaient des coings et non des oranges ; d’abord parce que les oranges et même les dirons

(I) Troisième bucolique.

T. JH. — ,

•290 DICOTYLÉDONES CALIGIFLORES.

OU les cédrats n’ont été connus en Europe que bien longtemps après les temps d’Hercule; ensuite parce que des sculptures antiques représentent Hercule tenant dans ses mains des fruits qui ressemblent beaucoup plus à des coings qu’à des oranges.

Les coings sont très-odorants et pourvus d’un goût très-âpre et astringent. Ils sont peu agréables à manger crus; mais ils sont très-bons cuits, surtout réunis au sucre, et l’on en fait un sirop et une gelée qui sont fort recherchés. Les «emencea de coinir renferment dans leur épisperme un mucilage très-abondant, analogue à la gomme adragante, et l’on en fait un grand usage en médecine, comme adoucissantes. Celles du commerce sont souvent mêlées de pépins de pomme et d’une certaine quantité d’un fruit sec, coupé par petits morceaux, appartenant probablement à un arbre pomacé, mais dont j’ignore l’espèce. Il convient d’y faire attention.

Les poiriers et les pommiers forment deux genres d’arbres très-voisins que Linné, et la plupart des botanistes après lui, ont réuni en un seul, mais qui diffèrent par un assez grand nombre de caractères pour qu’on eût pu les laisser séparés, comme l’avaient fait Tourne fort et Jussieu.

Les poiriers sont des arbres de moyenne taille, à fleurs blanches disposées en corymbes terminaux ou latéraux ; leurs étamines sont divergentes et laissent à nu la base des styles, qui son! entièrement libres. Les fruits sont turbinés, rétrécis et souveni allongés en mamelon à la base, ombiliqués au sommet, formés d’une chair ferme et astringente que la culture a rendue plus ou moins fondante, savoureuse, douce et sucrée.

Les pommiers diffèrent des poiriers par leurs fleurs disposées en ombelle simple ; parleurs pétales nuancés de rouge rosé, surtout à l’extérieur; par leurs étamines dressées et serrées contre les pistilsqui sontréunisàla base; enfin parlaformede leurs fruits, qui sont globuleux, généralement déprimés sur la hauteur et creusés à la base d’un enfoncement profond dans lequel s’implante le pédoncule. Ces fruits ont une chair ferme, cassante, âpre et amère dans les arbres sauvages, plus ou moins acide et sucrée dans ceux que la culture a modiflés. Sous ce rapport, on divise les pommiers indigènes en deux souches principales qui ne diffèrent peut-être que parle plus ou moins de culture : l’une constitue le pommier à cidre (Afaft/sacerôa, Mérat; Pÿrusacerlia, DC.); l’autre, le pommier doux ou pommier à couteau (J7af«s sativa)^ dont les fruits se servent ordinairement sur les tables.

■ 11 ne faudrait pas croire, cependant, que toutes les pommes à cidre fussent âpres ou aigres, et toutes les pommes à couteau simplement

ROSACÉES. — POMACÉES. — POMMIER. 291

douces et sucrées, comme on seriùt tenté de le supposer, d’après les noms admis ou cités par de Candolle. J’ai même reçu, à cet égard, une lettre d’un pharmacien du département de l’Oise, qui me reproche d’avoir dit, dans mes précédentes éditions, que le cidre se faisait en Normandie et en Picardie anec de petites pommes aigres et âpres qui y sont fwt communes, et qui m’assure que le cidre se prépare presque exclusivement avec des pommes douces et sucrées, et qu’il est d’autant meilleur que les pommes sont plus belles et plus agréables au goût. Ce pharmacien a raison en grande partie, puisque les pommes agrestes de la Normandie, quoique généralement petites et d’une grosseur à peu près uniforme, présentent un grand nombre de variétés, qui les fait encore distinguer en pommes acidei, douces, amères, précoces, demitardives, tardives, etc., et que ce sont les pommes douces et sucrées qui forment, en réalité, la base du cidre. Mais il est également certain que ces pommes douces, employées seules, ne fourniraient qu’un cidre peu sapide, non susceptible de se conserver, et qu’on y mélange toujours une certaine proportion de pommes âpres et amères (1) qui donnent au cidre de la force et en assurent la conservation (2).

C’est dans la racine de pommier, et ensuite dans celtes de poirier, de cerisier et de prunier, que l’on a découvert la phlorizine, principe cristallisable neutre, non azoté, analogue à la salicine, à l’orcine et à d’autres composés organiques que l’on pourrait désigner sous le nom générique de colorigénes, parce que ce sont eux qui, par leur oxygénation ou par leur combinaison simultanée avec t’oxygène et l’ammoniaque, paraissent former le plus grand nombre des matières colorantes végétales. La phlorizine, en particulier, dont la composition parait être C**H**0’*, et qui ne diffère de la salicine que par 2 molécules d’oxygène en plus, en absorbant 2 équivalents d’ammoniaque, 8 d’oxygène, et en perdant 6 équivalents d’eau, se convertit en un principe colorant rouge nommé phlorizéine, dont la combinaison avec l’ammoniaque forme un sirop d’un bleu foncé :

CV2jiî90M -1- 0« = 1^0» -f- C*Ml»»Az20>8.

PhlürizC-ine.

La phlorizine, traitée par divers acides étendus, non oxygénants, éprouve une transformation non moins singulière qui la rapproche de la salicine et jusqu’à un certain point du tannin; elle se dédouble en glucose hydraté eleaphlorétine, autre composé cristallisable, peu soluble dans l’eau froide, peu soluble dans l’éther et très-soluble dans

l’alcool.

Glucose hydraté . C'W*0“

Phlorëtine .

Phlorizine .

(1) Souvent même des pommes pourries, ce qui doit nuire A la qualité du produit.

(2) Voy. Rabot, Du Cidre, de son analyse, de sa préparation, de sa conservation et des falsifications qu'on lui fait subir {Ann. d’hyg., 1861, 2' série, t. XVI, p. 111).

292 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

Indépendamment des pommiers, les botanistes comprennent aujourd’hui dans le genre Pyrus un assez grand nombre d’arbres ou d’arbustes indigènes à nos forêts, et qui se sont montrés assez rebelles à la culture pour que leurs fruits soient restés fort petits et très-acerbes, de sorte qu’on ne les emploie guère que pour en retirer, par la fermentation, une boisson vineuse peu estimée et d’un emploi local et très-restreint.

Tels sont :

r.'alizter, Pyrus Aria. Arbre de 7 à 10 mètres de hauteur, à feuilles entières, ovales, dentées, vertes en dessus, garnies en dessous d'un coton très-blanc, dont les fleurs sont disposées en corymbes rameux ; dont les styles sont libres et réduits à 2 ou 3, et dont la pomme est rouge, globuleuse-ovoïde, couronnée par les dents du calice, assez douce lorsqu’elle est mûre. Le bois d’alizier est d’une texture très-fine et compacte comme celui du poirier; il est plus fort et plus durable.

Le sorbier commun OU cormier, Pyrus Sorbus, Gærtn. ; Sorbus domestica, L. Arbre de 13 à 10 mètres de hauteur, dont le tronc est droit et terminé par une tête pyramidale assez régulière. Ses feuilles, au lieu d’être simples et entières, comme celles des poiriers et des pommiers, sont composées, pinnées avec impaire et à folioles dentées, vertes en dessus, velues et blanchâtres en dessous. Les fleurs sont blanches, petites, très-nombreuses, disposées en corymbe à l’extrémité des rameaux. Les fruits, nommés sorbes ou cormes, ressemblent à de trèspetites poires d’un jaune rougeâtre.

Le sorbier croît très-lentement et vit fort longtemps. Loiseleur-Deslongchamps en cite un âgé de S ou 600 ans, dont le tronc avait 4 mètres de circonférence. Le bois de sorbier a le grain très-fin et est susceph’* ble d’un beau poli. Il est recherché par les ébénistes, les tourneurs, les armuriers, etc.

Le sorbier €iea olaeaiix, Pyrus aucuparia, Gærtn. ; Sorbus aucuparia, !.. Arbre de 7 à 8 mètres, dont les feuilles sont composées, pinnées avec impaire, de même que celles du précédent. Les fleurs sont blanches, très-nombreuses, et forment de nombreux corymbes terminaux. Les fruits sont arrondis, de la grosseur d’une petite cerise, d’un rouge vif; très-recherchés parles grives, les merles et d'autres oiseaux. Cet arbre croît naturellement dans les forêts des montagnes, en France. On le plante dans les jardins paysagers qu’il embellit au printemps par ses fleurs et dans l’automne par ses gros bouquets de fruits d’un rouge éclatant. En 1815, M. Donovan retira de ces fruits un acide cristallisé auquel il a donné le nom d’ocide sorbique; mais on reconnut plus tard que cet acide n’était autre chose que de l’acide malique pur, lequel jusque-liV, et depuis Schèele qui l’avait découvert, n’avait été obtenu qu’impur, liquide et incristallisable.

Sorbier hjbrlile. Cet arbre nous présente les fleurs et les fruits du sorbier des oiseaux ; mais il a les feuilles entières, découpées seulement à leur base en 4 à 8 pinnules, et terminées par un grand lobe irrégulièrement denté ; de sorte que l’arbre tient le milieu, pour les feuilles entre l’alizier et le sorbier des oiseaux. On le cultive, comme le précédent, pour l’ornement des jardins.

Parmi les autres arbres indigènes, encore fort nombreux, qui appartiennent aux pomacées, je ne puis me dispenser de citer les trois suivants ;

Wèaier, Mespilus germanica, L. Arbre médiocre ou grand arbrisseau il rameaux tortueux, privés d’épines lorsqu’il est cultivé. Ses feuilles sont courtement pétiolées, grandes, oblongues-lancéolées, très-entières, glabres en dessus, pubescentes en dessous. Les fleurs sont blanches, assez grandes, solitaires, à 5 styles distincts, accompagnées de bractées persistantes. Le fruit est arrondi, assez gros dans les variétés cultivées, non entièrement recouvert par le calice qui forme une large couronne autour du sommet resté nu. On trouve à l’intérieur 5 loges à endocarpe osseux, contenant chacune une semence droite pourvue d’un test membraneux. Les nèfles, même mûres, ont une saveur tellement acerbe, qu’elles ne sont pas supportables ; mais en les cueillant en automne et lui les laissant étendues sur la paille, elles éprouvent un commencement d’altération nommé blessissement, qui les ramollit et leur donne une saveur douce, vineuse, assez agréable. C’est alors seulement qu’on peut les manger.

Aubépine OU épine blanche, Crafægus oxyacantha, L. Arbre de 6 à 8 mètres, qui se présente le plus souvent sous la forme d’un buisson Irès-rumeux et armé de fortes épines, ce qui le rend très-propre à former des clôtures, dans la campagne. Ses feuilles sont glabres, luisantes, plus ou moins profondément découpées en lobes un peu aigus et divergents. Ses fleurs sont blanches ou roses, disposées en bouquets corymbiformes et pourvues seulement de un ou 2 styles. Elles sont douées d une odeur très-agréable; elles paraissent au mois de mai et forment alors un ornement pour les habitations qui en sont entourées. Les fruits sont petits, ovo'ides, d'un beau rouge, couronnés et non entièrement recouverts par les dents du calice, dépourvus des bractées qui accompagnaient les fleurs. Us ne contiennent que deux osselets fort durs, à une seule semence.

Azerolier ou épine il’Eipagne, Cratœgus Azarolm, L. Cet arbre, très-élégant, croît naturellement dans le midi de la France, en Italie et en Espagne; il ressemble beaucoup au précédent, mais il est plus grand dans toutes ses parties. Ses fruits sont arrondis ou piriformes, ronges ou blanchAtres, suivant les variétés; d’une saveur aigrelette assez agréable dans le Midi; mais ils restent acerbes sous le climat de Paris.

Tribu des Rosées.

Cette tribu est presque exclusivement formée du seul genre Boaier OU Boaa, dont les caractères consistent dans un calice tabulé, ventru, rétréci au sommet, à 5 lobes souvent divisés et pinnatifldes. La corolle présente 5 pétales qui sont très-souvent doublés par la culture ; les étamines sont indéfinies; les ovaires sont nombreux, insérés sur le fond du calice, libres, uniloculaires, à un seul ovule pendant ; les styles naissent sur le côté des ovaires et

294 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

sortent du calice. Le fruit est composé d’un grand nombre d’a-

chaines velus, renfermés dans le tube du calice accru et devenu

charnu.

Les rosiers sont des arbrisseaux à rameaux déliés, quelquefois très-longs et pouvant s’élever à l’aide de supports à une grande hauteur. Ils sont presque toujours armés d’aiguillons nombreux et pourvus de feuilles éparses, imparipinnées, pourvues de stipules soudées au pétiole et à folioles dentées. Leurs fleurs sont terminales, solitaires ou disposées en corymbes, pourvues d’une grâce et d’une suavité qui leur assurent la prééminence sur toutes les fleurs. On en compte plus de doO espèces assez rapprochées entre elles, et dont les variétés se multiplient tellement tous les jours, que l'on est tenté de croire qu’elles proviennent toutes d’une souche primitive diversifiée par les migrations et la culture. J’en citerai seulement quatre espèces dont les parties sont usitées en pharmacie.

Rosier sauvage, églantier sauvage, rose de chien OU cjnorrhodon, Rosa canina, L. {ftg. 673). Cette espèce est commune, en Europe, dans les haies et sur le bord des bois. Ses tiges sont grêles, longues de 3 à 5 mètres, armées d’aiguillons forts et recourbés, et pourvues de feuilles à 3 ou 7 folioles ovales-lancéoIées.doD^’^®" ment dentées, inodores lorsqu on les froisse (d). Les fleurs sont roses ou blanches, portées au nombre de 2 à 4, à l’extrémité des rameaux.

Les divisions du calice sont pinnatifides, et la corolle, étant simple, n’oflre que 5 pétales. Les fruits sont assez gros, ovales, lisses, d’un rouge de corail, couronnés par les divisions du calice flétries. Ils sont formés à l’intérieur d’un parenchyme jaune, ferme, acidulé et astringent. On en prépare en pharmacie une conserve sucrée, nommée conserve de cynorrhodons, agréable, usitée comme astringente .

(1) Il ne faut pas confondre le Basa canina, qui est le véritable églantier avec le Rosa eglanteria, L., auquel on donne aussi, dans les jardins, le nom d’églantier. Celui-ci a des fleurs d’un jaune vif ou d’un rouge orangé* les divisions du calice sont entières; les feuilles froissées ont une odeur forte et agréable, analogue il celle de la pomme de reinette ; les fleurs, au contraire exhalent une odeur de punaise.

ROSACÉES. — ROSÉES. — ROSE ROUGE. 29a

Cette espèce de rosier doitson nom de Rose de chien, Rosacanina ou cynorrhodon, à ce que, dans l’antiquité, sa racine passait pour être un remède efflcace contre la rage ; et cette opinion, qui n’a aucun fondement réel, a traversé des siècles pour arriver jusqu’à nous; car, encore aujourd’hui, la racine d'églantier forme la base de remèdes populaires contre la rage, dont l’usage est répandu dans la plupart des départements montagneux de la France tels que ceux de l’Isère, de la Haute-Loire, de la Loire, de l’Aveyron, tlu Puy-de-Dôme, etc. Il ne faut cesser de répéter au peuple qu'aucun spécifique jusqu’ici ne peut guérir la rage, et que le seul moyen possible de la prévenir est la cautérisation complète de la morsure.

Bédrgruar OU Kalle d’%iantier. On nomme ainsi une excroissance chevelue qui se forme sur les branches de l’églantier, par suite de la piqûre d’un insecte hymènoptère nommé Cynips rosæ. Cette galle est divisée intérieurement en un grand nombre de cellules qui renferment autant de larves de l’insecte. Elles y passent l’hiver sous forme de nymphes, et en sortent au printemps à l’état d’insectes parfaits. On employait autrefois le bédéguar comme diurétique, lithontriptique, anthelmintique, antistrumique, etc. Il n’est plus usité.

«ose rouge OU «ose de Provins.

Rosa gallica, L. On dit que ce rosier a été apporté de Syrie à Provins, par un comte de Brie, au retour des croisades. Loiseleur-Deslongchamps pense que ce fait n'est rien moins que prouvé, parce que la rose rouge était connue dans l’antiquité et que c’est elle probablement dont Homère a vanté les vertus dans Y Iliade; mais en admettant ce fait, en admettant même, ce que je crois Irès-probable, que la rose de Provins soit la rose de Milet dont parle Pline, on peut très-bien croire que cette rose était peu connue en France, au temps des croisades, et qu’un comte de Brie 1 ait apportée avec lui, à son retour. Ce qu’il y a de certain, c’est que, pendant très-longtemps, la culture de cette espèce de rose a été comme un patrimoine de la ville de Provins; ensuite un petit village des environs de Paris s’en est emparé, et en a gardé le nom de Fontenay-aux-Roses; Lyon et Metz ont eu aussi leur célébrité pour cette culture et fournissent encore, à ce que je pense, une certaine quantité de roses rouges au commerce ; mais il paraît que la plus grande partie de ces fleurs vient aujourd’hui de Hollande et d’Allemagne.

Le rosier de Provins s’élève à la hauteur de 50 à 1 00 centimètres au plus; ses rameaux sont nombreux et armés de faibles aiguil-

290 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

Ions; ses feuilles sont connposées de 5à 7 folioles ovales, rigides, d’un vert assez foncé en dessus, un peu pubescentes en dessous ; les boulons et les pédoncules sont couverts de poils rudes ; les fleurs sont solitaires ou réunies au nombre de 2 ou 3 à l’extrénaité des rameaux; les divisions du calice sont dentées; les pétales sont peu nombreux, étalés, d’un rouge foncé et presque inodores. Ils renferment cependant un principe aromatique qui se développe par la dessiccation. Pour faire sécher ces fleurs, on les prend en boulons, on en sépare le calice, on en coupe les onglets, et on les étend dans une étuve. Lorsqu’elles sont bien sèches, il convient de les cribler pour en séparer les étamines et les œufs d’insectes qui peuvent s’y trouver; on les renferme ensuite dans une boite de bois que l’on place dans un lieu sec ; il est bon de les cribler de temps en temps.

Les roses de Provins séchées doivent avoir une couleur pourpre foncée et veloutée, une odeur très-agréable, une saveur trèsastringente. Leur infusion rougit le tournesol et précipite abondamment par le sulfate de fer, la colle de poisson, l’alcool, le nitrate de mercure, l’eau de chaux et l’oxalate d’ammoniaque. On voit d’après cela qu’elles contiennent un acide libre, une grande quantité de tannin, du muqueux et un sel calcaire soluble.

On prépare avec les roses rouges un sirop, un mellite et une conserve. Nous préparons la conserve avec la poudre; mais à Provins et à Lyon on la fait en pistant les pétales récents avec du sucre.

Le rosier de Provins est l’espèce dont on a cherché à obtenir le plus de variétés, pour l’ornement des jardins. On en compte plus de 400, dont une partie, si j’ose le dire, mérite peu les noms plus ou moins emphatiques dont on les a décorées.

Bose à cent feuille*.

Rosa centi folia, L. Ce rosier est originaire du Caucase oriental ; il forme un buisson haut de 100 à 120 centimètres; ses feuilles ont 6 ou 7 folioles ovales, pubescentes en dessous, deux fois dentées ; les fleurs sont roses, ordinairement presque complètement doublées, larges d’environ 8 centimètres, longuement pédonculées, portées ordinairement trois ensemble au sommet de chaque rameau. On en connaît un assez grand nombre de variétés, parmi lesquelles on distingue la rose de Hollande ou grosse cent feuilles, l’une des plus belles et des plus communes ; la rose des peintres, plus large que la précédente, moins double et d’une couleur plus vive; la rose mousseuse, dont les pédoncules, les calices et

ROSACÉES. — ROSÉES. — ESSENCE DE ROSES. 297 leurs divisions sont couverts de poils rameux, glanduleux et rougeâtres, etc.

Je pourrais citer encore le ro§ier blanc, liosa alba, L. ; le rosier Jaune, /iosa sulfurea, Ait. ; le rosier multiflorc, Rosa multiflora, Thunb. ; le rosier musqué, Rosa moschata, Ait.; le rosier toujours fleuri OU rosier du Beng^ale, Rosa semperfloi'ens, Curt. ; mais la plus belle de toutes ces roses, celle qui réunit à une odeur suave l’ampleur et le nombre des pétales, est sans contredit la rose à cent feuilles^wi sera loniourjS l’pfn^dème de la gr^e et de la beauté,

Cette rose, cultivée dans les jardins, n’est cependant pas celle que l’on estime le plus pour l'usage de la pharmacie et de la parfumerie. Trop de culture paraît en alfaiblir l’odeur; et â Paris on préfère une variété de la rose de Damas {Rosa Damascena), cultivée en pleine terre autour de Puteaux et du Calvaire. Celleci, nommée aussi rose de tous les mois ou rose des quatre saisons (1) , fleurit deux fois par an, au printemps et à l’automne, et quelquefois au milieu de l’été ; elle a plus d’étamines que la rose à cent feuilles, moins de pétales, est d’un rose plus vif et d’une odeur plus forte, mais toujours très-suave ; aussi se vend-elle tous les ans sur le marché de Paris le double de l’autre, qui d’ailleurs n’est ordinairement cueillie que lorsqu’elle est entièrement épanouie et prête à tomber de l’arbuste dont elle faisait l’ornement.

Les roses à cent feuilles et celles de Puteaux sont connues en pharmacie sous le nom commun de 7'oses pâles, par opposition avec celles de Provins, qui portent le nom de roses rouges. Oa prépare avec les premières une eau distillée d’une odeur forte et suave; un sirop et un extrait qui sont légèrement purgatifs et astringents. Dans le midi de la France, on en retire une certaine quantité d’une essence butyreuse d’un prix très-élevé et qui ne le eède pas en qualité à celle qui vient de l’Orient. C’est celle-ci principalement que l’on trouve dans le commerce.

Essence de rosrs.

Cette huile volatile est extraite dans la Perse, aux Indes et dans l’État de Tunis, de plusieurs espèces de roses très-odorantes, telles que les Rosa centifolia, Damascena, moschata, et qui sont encore plus odoriférantes dans les pays chauds que dans le nôtre. [Mais les produits de ces régions n’arrivent que très-accidentellement dans le commerce, et ce sont surtout les localités situées autour de Kizanlik, au pied de la chaîne des Balkans, en Turquie,

(I) Rosa prœnestrina de Pline.

qui fournissent l’huile essentielle que consomme l’Occident. Celle région, où se cultive principalement une variété du liosa Damascena, ne produit pas moins de 1,500 à 2,500 kilogrammes d’essence par an ; ce qui suppose une récolte d’environ 3 millions de kilogrammes de fleur (1).]

On raconte que l’essence de roses a été découverte en 1612 par une princesse Nour-Djihân, femme du grand Mogol Djihan-guyr, lequel, à l’exemple d’un autre grand roi, fit assassiner son premier mari pour l’épouser. Se promenant avec l’empereur sur le bord de canaux remplis d’eau distillée de roses, elle vit nager à la surface une sorte d’écume qu’elle fit recueillir, et qui fut proclamée le parfum le plus préeieux de l’Asie. Quelques personnes pensent néanmoins que l’essence de roses a dû être connue beaucoup plus tôt, puisque l’eau distillée de roses était très-anciennement usitée; mais les livres orientaux n’en font pas mention avant le commencement du xvii' siècle (2). L’essence de roses est nommée en persan A’ther gui, ou seulement A’ther, æther, œttr, othr. On rapporte divers procédés pour l’obtenir.

Le premier consiste à disposer dans des pots, et par couches alternatives, des pétales de roses et des semences de sésame {Sesamum orientale, L.). Après dix à douze jours de séjour dans un lieu frais, on sépare les semences et on les met en contact avec de nouvelles roses. On répète celte opération huit ou dix fois, ou jusqu'à ce que le sésame cesse de se gonfler en absorbant l’humidité et l'huile odorante des roses. Alors on le soumet à la presse, et on en retire une huile jaune et odorante que l’on verse dans le commerce, mais qui doit être considérée seulement comme une espèce A'huile rosat obtenue par infusion, et non comme une véritable essence de roses.

Suivant d’autres, on remplit de grands vases de terre de pétales de roses et d’eau, de manière que l’eau surnage de quelques pouces. On expose ces vases au soleil pendant six à huit jours, et au commencement du troisième ou du quatrième, on voit se former à la surface de l’eau une écume huileuse que l’on ramasse avec un petit bâton garni de colon à son extrémité. Suivant d’autres, enfin, appuyés de l’autorité de Kæmpfer (3), on obtient l’essence de roses en distillant les pétales avec de l’eau, à la manière ordinaire. Quelle que soit la petite quantité qu’on en recueille ainsi, l’immense quantité d’eau de roses consommée dans

(1) Voir Baur, Sur l'essence de roses {Neues Juhrbuch für Pharmati» t. XXVII, et Pharmaceutical Journal, décembre 1867).

(2) Journ. de pharm., t. V, p. 232.

(3) Kiempfer, Amœnitales, P- 374.

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