ROSACÉES. — ROSÉES. — ESSENCE DE ROSES
tous les pays mahométans peut suffire à produire l’essence du commerce.
[Dans les Balkans, on charge d’ordinaire des alambics en cuivre élamé de 12 à 15 kilogrammes de pétales de roses et on les distille avec 40 à 60 kilogrammes d’eau : le produit est reçu dans trois grandes bouteilles d’environ 8 litres. On vide ensuite la chaudière, en réservant l’eau qui y reste pour une nouvelle opération : et on distille de nouveau l’eau des bouteilles, de façon à retirer environ un sixième de la masse. Ce nouveau produit, maintenu à une température de 59°, se couvre à la surface de l’huile essentielle qu'on peut y recueillir (1).
L’essence de roses doit avoir une odeur de roses forte mais pure, qui devient d’une grande suavité lorsqu’elle est étendue ; elle est ordinairement sous la forme d’une masse cristallisée, dans laquelle on aperçoit un très-grand nombre de lames transparentes, acérées et brillantes, qui se fondent et se dissolvent entièrement dans la portion restée liquide, par la seule chaleur de la main. Alors cette huile est transparente, mobile et d’un blanc légèrement verdâtre ; elle pèse spéciOquement de 0,864 â 0,870, à la température de 20 degrés centigrades. L’alcool chaud la dissout entièrement, mais l’alcool froid la sépare en deux portions : l’une soluble (élæoptène), qui est toujours liquide et très-odorante, l’autre insoluble (stéaroplène), qui reparaît sous la forme de lames brillantes, et qui n’est pas sensiblement odorante lorsqu’elle est bien purifiée. Suivant l’analyse faite par Th. de Saussure, ce stéaroplène serait formé seulement d’hydrogène et de carbone dans les proportions du gaz oléifiant (GH), tandis que l’élæoplène contiendrait une petite quantité d’oxygène (2).
L’essence de roses, comme toutes les substances d’un prix élevé, est très-sujette à. être falsifiée. Ün y ajoute des huiles grasses et du blanc de baleine, ce qu'on peut reconnaître, soit par le moyen de l’alcool qui ne les dissout pas, soit par les alcalis qui les saponifient. [Mais la falsification la plus usitée et la plus difficile à reconnaître est le mélange de l’essence de Palmarosa, improprement appelée essence de géranium. Cette huile ne provient pas, comme on l’a cru, et comme le nom pourrait le faire supposer, du Pélargonium odoratissimum, mais d’une espèce de graminée du genre Andropogon, distillée dans les Indes orientales, aux environs de Delhi, pendant les mois de décembre et de janvier. Cette essence est transportée en Turquie par les Arabes; on l’y purifie par la distillation et on la mêle à l’essence de roses. Des
(1) Baur, /oc. cil.
(2) Saussure, Journ. depharm., t. VI, p. 4CC.
300 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
moyens Irès-délicats, reposant soit sur le degré de solidification du stéaroptène, soit sur l’action des essences sur la lumière, peuvent seuls faire reconnaître cette fraude (1).]
Tribu des Sanguùorbées.
Aigremoine.
Agrimonia Eupatoria, L. Plante herbacée, vivace, haute de 50 à 65 centimètres, croissant en Europe, le long des chemins et au bord des prés ; ses feuilles sont ailées avec impaire, molles et velues ; les folioles sont dentées en scie, alternativement grandes et très-petites, et vont en augmentant de grandeur vers le sommet; la dernière est péliolée. Les fleurs sont jaunes, disposées en épis terminaux, accompagnées chacune de trois bractées; le calice est persistant, à 5 divisions, turbiné, nu à la base, entouré, au-dessous du limbe, d’un grand nombre de spinules terminées en crochet. La corolle est à 5 pétales ; les étamines sont au nombre de 12 à 20 ; il y a 2 ovaires uniloculaires, contenant un seul ovule pendant, et surmontés chacun d’un style terminal, exserte, terminé par un stigmate dilaté. Le fruit se compose de 2 achaines cartilagineux renfermés dans le calice accru, durci, pourvu de ses appendices crochus.
Les feuilles d’aigremoine sont légèrement astringentes et usitées comme telles dans les inflammations de la gorge, contre l’ulcération des reins, dans l’hématurie, etc.
Alcliimillc \ulgaire OU Plcd-ite-llon.
Alchemilla vulgaris, L. Car. gén. : Galice tubuleux à 8 divisions, dont 4 extérieures plus petites; corolle nulle ; 4 étamines courtes, insérées sur un disque qui rétrécit la gorge du calice; anthères à déhiscence transversale; ordinairement un seul ovaire libre et stipitô au fond du calice, portant un style latéral terminé par un stigmate épais. Le fruit est composé d’un achaine ordinairement solitaire, renfermé dans le tube du calice.
L’alchimille vulgaire est pourvue d’un rhizome vivace, oblique, brunâtre, assez gros, donnant naissance du côté inférieur à des racines fibreuses, et du côté supérieur à des feuilles longuement pétiolées, grandes, plissées, réniformes, h 9 lobes arrondis et dentés. Les tiges, qui naissent avec les feuilles, sont hautes de 30 à 35 centimètres, garnies de feuilles plus petites, et sont ter -
(1) Voir, pour tes detaits, Baur, loc. Ht.
ROSACÉES. — DRYADÉES. — FRAMBOISIER. 301
minées par une panicule dichotome de petites fleurs jaunes. Cette plante se plaît aux lieux humides, dans les près montagneux et au bord des vallées ; ses feuilles ont été employées comme astringentes et vulnéraires, pour arrêter les hémorrhagies, les évacuations de sang trop abondantes, contre la phthisie, etc.
Petite Pimprenelle.
PoteHum Sanguisorba, L. Racine allongée, rougeâtre, vivace, produisant une tige haute de 35 centimètres, garnie, surtout à sa base, de feuilles ailées avec impaire, composées d’un grand nombre de petites folioles presque égales, arrondies ou ovales, glabres, assez profondément dentées. Les fleurs sont verdâtres, disposées à l’extrémité de la tige et des rameaux en épis courts et arrondis. Elles sont monoïques, mâles à la partie inférieure des épis, femelles à la partie supérieure, pourvues d’un calice à 4 divisions, sans corolle ; les fleurs mâles ont 30 ou 40 étamines, beaucoup plus longues que le calice ; les fleurs femelles présentent 2 ovaires libres, uniloculaires, terminés chacun par un style filiforme et par un stigmate en forme de pinceau. Le fruit se compose de 2 achaines renfermés dans le tube du calice durci et devenu triangulaire.
La pimprenelle a une saveur astringente, faiblement amère et un peu aromatique. On l’employait autrefois en médecine, dans les mêmes cas que les deux plantes précédentes ; mais elle n’est plus usitée que comme assaisonnement, dans les salades. Les bestiaux la recherchent beaucoup, et on l’a quelquefois cultivée comme fourrage .
On a employé une autre plante presque semblable à la précédente, mais beaucoup plus grande, nommée pimprenelle commune, d’Italie ou des moiitiigncB, Sanguisoi'ba offîcinalïs, L. Enfin les boucages ou Pmpmella, de la famille des Ombellifôres, ont aussi reçu le nom de pimprenelles, ce qui a causé une assez grande confusion entre toutes ces plantes.
Tribu des Dryadées.
Framboisier.
Rubm idœus, L., Car. »f-n. « Galice nu, aplati, à limbe quinquélide, persistant ; corolle a 5 pétales plus grands que les divisions du calice ■ étamines nombreuses ; ovaires nombreux, insérés sur un réceptacle convexe, libres et uniloculaires, surmontés d’un style un peu latéral ; le fruit se compose d’un grand nombre de
302 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
petits drupes bacciformes devenus adhérents entre eux (syncarpide), et simulant une baie portée sur un réceptacle conique. Chaque petit drupe renferme, sous nn noyau crustacé, une semence pendante.
Le framboisier est pourvu d’une souche ligneuse et traçante qui donne naissance à plusieurs tiges rondes, droites, hautes de 100 à 150 centimètres, hérissées d’aiguillons fins et très-nombreux. Les feuilles inférieures sont ailées, composées de 5 folioles ovales-aiguës, dentées, vertes en dessus, cotonneuses eb blanchâtres en dessous ; les feuilles supérieures n’ont que 3 folioles ; les fleurs sont blanches, rosacées, assez petites, portées sur des pédoncules grêles et rameux qui sortent de l’aisselle des feuilles supérieures ; les fruits, connus sous le nom de framboUea, sont d’un rouge clair et comme cendré, ou quelquefois blancs, et d’une saveur acide, sucrée et parfumée, fort agréable. On les mange sur les tables, au dessert, et on en prépare un alcoolat, un sirop et un vinaigre aromatique qui sert lui-même à faire le sirop de vinaigre framboisé.
Ronce sauvag-e, Hubus fi'uticosus, L. Arbrisseau très-commun dans les haies; dont les tiges ligneuses, anguleuses et rameuses, sont armées d’aiguillons forts et recourbés, et atteignent 4 à 5 mètres de longueur ; les feuilles sont aiguillonnées sur le pétiole et sur la nervure médiane, à 5 folioles, excepté celles de l’extrémité des rameaux qui n’ont que 3 folioles. Les folioles sont ovales-aiguës, deux fois dentées, glabres et vertes en dessus, cotonneuses et blanchâtres en dessous ; les pétioles sont aiguillonnés. Les fleurs sont ordinairement roses, quelquefois blanches, et forment dans leur ensemble une panicule terminale ; les divisions du calice sont réfléchies. Les fruits sont arrondis, formés de petites baies noirâtres, luisantes, aigrelettes et sucrées à leur maturité ; on les nomme mûres des baies, et quelques personnes en font un sirop qu’ils vendent à tort comme du sirop de mûres. Les feuilles de ronce sont astringentes et chargées d’une quantité considérable d’albumine végétale ; séchées, elles acquièrent une légère odeur de framboise; elles sont usitées dans les gargarismes.
Ronce odorante, Ruhus odoralus, L. Tiges simples ou peu rameuses, hautes de 130 à 130 centimètres, dépourvues d’aiguillons, mais abondamment chargées, surtout sur leurs parties supérieures, de poils rougeâtres et glanduleux : ces poils, qui recouvrent également les pétioles des feuilles et les calices des fleurs, exsudent une humeur visqueuse, d’odeur résineuse et térébinthacée, qui rend tontes les parties qu’elle enduit poisseuses au toucher et odorantes. Les feuilles sont simples, très-grandes échancrées à la base, à 5 lobes palmés; les fleurs sont d’un rouge
ROSACÉES. — DRYADÉES. — FRAISIER COMMUN. 30:t clair, de la grandeur d’une petite rose, presque inodores ; les fruits, qui avortent souvent, sont noirâtres, d’une saveur aigrelette, peu parfumés, inusités. Get arbrisseau est originaire de l’Amérique septentrionale et n’est cultivé dans les jardins qu’â cause de ses fleurs qui sont d’un joli effet dans les bosquets.
On trouve dans tout le nord de l’Europe, en Sibérie et dans l’Amérique septentrionale, une petite ronce herbacée [Rubm Chamæmorus, L.), à feuilles simples et lobées, dont les fruits acidulés et d’un goût agréable sont d’une grande ressource pour les habitants.
Fraisier commiiii.
Fragaria vesca, L. Car. sén. i Galice à 5 divisions étalées, pourvu à l’extérieur de 5 bractées ; corolle à 5 pétales ; étamines nombreuses ; ovaires nombreux, distincts, uniloculaires, munis d’un style latéral et portés sur un réceptacle convexe ; fruit {fg.
Ü74, 675, 676) multiple {carpochorizé) formé d’un grand nombre A’achaines implantés tout autour du réceptacle accru et devenu charnu, tombant à maturité.
Le fraisier commun croît naturellement dans les bois, dans toute l’Europe, et a produit un grand nombre de variétés par la culture que M. Buignet (1) a étudiées au point de vue botanique
(1) Buignet, Examen chimique de la fraise et analyse comparée de ses diverses espèces. [Compte rendu de l’Acad. des sciences, 16 août 1859, et Jown. de pharm. et de chim,, août et sept, 1859).
301 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
et chimique, et parmi lesquelles nous citerons le Chiloensis ou fraise du Chili (fy. 674) et la fraise AsaGray (fy. 675et 076,'. La racine de la fraise est une souche brune, demi-ligneuse, divisée inférieurement en fibres menues et nombreuses. Elle produit une touffe de feuilles longuement péliolées, composées de 3 folioles ovales, fortement dentées, vertes en dessus, soyeuses et blanchâtres en dessous. Le collet de la racine donne naissance à des jets fort longs, rampants et prenant racine de distance en distance, ce qui forme autant de nouveaux pieds propres à multiplier la plante. Du milieu des feuilles s’élèvent, en outre, une ou plusieurs tiges hautes de 10 à 16 centimètres, terminées par un corymbe de fleurs blanches.
Le réceptacle des fruits, qui constitue la fraise, devient en mûrissant d’un rouge vermeil (il est quelquefois blanc), pulpeux, succulent, sucré et Irès-parfumé; c’est un des fruits les plus recherchés de nos climats.
La racine de fraisier est usitée en médecine comme astringente et diurétique. Elle se compose ordinairement de plusieurs souches ligneuses longues de 6 à 8 centimètres, réunies par la partie inférieure d’où partent de nombreuses radicules. Toute la racine a une couleur très-brune à l’extérieur, une odeur nulle, une saveur très-astringente.
Racine de Quintefeutlle.
Potenülla reptans, L. Car. grén. x Galice à 4 ou S divisions étalées, doublé à l’extérieur par 4 ou 5 bractées plus petites, les unes et les autres persistantes ; corolle à 4 ou 5 pétales ; étamines nombreuses; ovaires nombreux portés sur un réceptacle convexe, uniloculaires, pourvus d’un style latéral. Fruit composé d’un grand nombre d’achaines portés sur le réceptacle un peu augmenté, mais resté sec et velu. Ce dernier caractère est presque le seul qui sépare les polenlilles des fraisiers.
Le quintefeuille ressemble à un fraisier et s’étend comme lui sur la terre, à l’aide de jets traçants qui prennent racine de distance en distance ; mais ses feuilles sont plus petites et divisées en 5 ou 7 folioles obovées sur chaque pétiole ; les fleurs sont axillaires, solitaires et longuement pédonculées ; les divisions du calice sont ovales et plus courtes que la corolle; les pétales sont jaunes et obcordés.
La racice de quintefeuille est plus longue que celle du fraisier cylindrique, pivotante, d’un rouge brun au dehors, blanche en dedans, d'une saveur astringente. Lorsqu’on veut la faire sécher il faut inciser l’écorce longitudinalement ou en spirale, et la dé-
ROSACÉES. — DRYADÉES. — RACINE DE BENOITE. 303 tacher du cœur ligneux, que l’on rejette. Cette écorce conserve ses couleurs et sa saveur primitives : rouge-brune au dehors, blanche h l’intérieur, astringente.
Arirentinc OU auBorliie, Potentilla Anscrim, L. Tiges rameuses, rampantes, I garnies de feuilles ailées, composées de 15 à paires de folioles ovales, dentées en scie, dont une foliole de chaque paire est alternativement beaucoup plus petite que l’autre et comme réduite à l’état rudimentaire. Les fleurs sont solitaires et longuement pédonculées, comme dans l’espèce précédente. I.es feuilles sont usitées comme astringentes ; elles sont vertes et glabres à la face supérieure, tout à fait blanches et argentées sur la face inférieure.
Haeine de Tormentlllc.
Potentilla Tormentilla, DC. ; Tormentilla erecta, L. Cette plante diffère des polentilles, auxquelles elle est aujourd’hui réunie, par son calice à 4 divisions, doublé de 4 bractées alternes et plus petites, et par ses pétales au nombre de 4 ; le port et les autres caractères sont les mômes ; ses tiges sont ascendantes, grêles, pubescenles, dichotomes, munies de feuilles semblables à celles de la quinleleuille, c’est-àrdire à 3 ou 5 divisions profondes et palmées, mais plus grandes et sessiles. Les fleurs sont jaunes, petites, portées sur de longs pédoncules axillaires ; les achaines sont rugueux et placés sur un réceptacle sec et velu. La tormentille croît sur les Alpes et les Pyrénées, d’où l’on nous envoie sa racine sèche.
Cette racine est d’une forme irrégulière, tantôt allongée et grosse comme le doigt, tantôt formée de tubercules réunis. Elle est brune au dehors, rougeâtre en dedans, dure, très-pesante, d’un goût astringent. Elle a quelque ressemblance avec la bistorte; mais celle-ci est plus rouge, plus astringente, ordinairement comprimée, et deux fois repliée sur elle-même.
La tormentille est astringente; elle est quelquefois employée à tanner les cuirs.
Bacine ilc Benoite OU Bacine de griroflée.
Geum urbanmi, L. La benoîte s’élève à 30 centimètres de hauteur; ses tiges sont menues, rameuses, rudes au toucher; ses feuilles radicales sont pinnatiséquées, à 5 paires de folioles qui s’agrandissent en allant du pétiole à 1 extrémité, souvent interrompues par d’autres folioles plus petites; les feuilles de la tige sont seulement ternées ou palmées ; les unes et les autres
Guiboo»t, Droguei, 7» <di( . "L 20
306 DICOTYLÉDONES CALIClFLOltES.
sont rudes au toucher, inégalement dentées. Les Heurs sont jaunes, presque semblables à celles des potentilles; elles sont composées d’un calice à 5 divisions, doublé de 5 bractées; d’une corolle à S pétales, d’un nombre indéfini d’étamines, et d’un grand nombre d’ovaires qui deviennent des achaines secs, velus, rassemblés en tête, et pourvus chacun d’une arête crochue. La racine est longue et de la grosseur d’une forte plume, ou tronquée près du collet et arrondie : elle est entourée d’un grand nombre de radicules d’une couleur obscure rougeâtre, d'une saveur astringente et d’une odeur de girofle : il faut la récolter au printemps. Elle contient un principe résinoïde analogue à celui du quinquina, et une huile volatile plus pesante que l’eau. Elle est tonique et astringente. Elle a été analysée par Trommsdorff(l).
Tribu des Spiréacées.
Filipendule.
Spirœa Fdipendula, L. — Car. gén.: Calice quinquéfide persistant; corolle à 5 pétales très- ouverts, insérés sur un disque adhérent au tube du calice; étamines nombreuses suivant l’insertion des pétales; ovaires libres, au nombre de 5, rarement moins ou plus, sessiles ou courtement stipités au fond du calice, contenant de 2 à 15 ovules fixés à la suture ventrale; styles terminaux; le fruit est composé de 3 à 5 capsules folliculeuses (quelquefois plus), contenant un petit nombre de graines.
La filipendule se trouve en Europe, dans les bois et dans les pâturages; sa tige est droite, peu rameuse, haute de 33 à 60 centimètres, garnie de feuilles stipulées, glabres, ailées avec impaire, dont les folioles sont oblongues, profondément et inégalement dentées, entremêlées d’autres folioles beaucoup plus petites. Les fleurs sont blanches, nombreuses, disposées en un large corymbe, au sommet des tiges et des rameaux; les divisions du calice sont réfléchies ; les ovaires sont velus et varient de 8 à 1 2 ; les styles sont courts, réfléchis en avant et terminés par un stigmate épais. Les capsules sont velues.
La racine de filipendule est fibreuse, chevelue, interrompue de distance en distance par des tubercules gros comme des olives oblongs, noirâtres au dehors, blanchâtres en dedans, d’une saveur amère, astringente. Elle passe pour astringente et diurétique. On ■ emploie également les feuilles.
(I) Berzelius, Chimie, t. VI, p. 190.
ROSACÉES. — SPIRÉACÉES. — CUSSO D’ABYSSINIE.
(Jimairo OU Itelne-dea-pr^ii.
Spira;a Ulmarm, L. Celte plante, la plus belle de nos prairies, est pourvue d’une racine noirâtre, horizontale, grosse et longue comme le doigt, garnie de beaucoup de fibres. Elle produit une tige droite, un peu anguleuse, rougeâtre, haute de 60 à 100 centimètres, munie de feuilles ailées avecimpaire, composée de 7 grandes folioles ovales, inégalement dentées, d’un vert foncé eu dessus, blanchâtres en dessous; la foliole terminale est plus grande que les autres, ordinairement trilobée, et chaque intervalle entre les autres grandes folioles est garni d’une petite foliole. Les fleurs sont blanches, très-nombreuses, odorantes, disposéees au sommet de la tige et des rameaux en une large panicule corymbiforme ; les divisions du calice sont réfléchies; les styles sont allongés; les carpelles sont glabres et contournés.
La racine d’ulmaire a été employée comme astringente, et les fleurs ont été recommandées en infusion Ihéiforme comme cordiales, sudoriüques et calmantes. M. Pagenstecher, pharmacien à Berne, en a retiré une essence qui a depuis été examinée par un grand nombre de chimistes. Celte essence, de même que beaucoup d’autres, est composée au moins de deux huiles volatiles, dont une est neutre et l’autre acide. Celle-ci est très-remarquable par ses rapports de composition avec la salicine et l'acide benzoïque; on lui a donné le nom à’acide salicyleux, et sa composition, qui égale G*™*, est exactement celle de l’acide benzoïque sublimé; les sels qu’il forme avec les bases sont également isomériques avec les benzoates; mais leurs propriétés sont bien différentes. On a aussi donné à cette huile acide de la reine-després le nom A'hydrure desalicyle, parce qu’on peut la considérer comme l’hydrure d’un radical nommé sa/ù‘ÿ/e, qui égale C‘*H*0*, de môme que l’essence d’amandes amères (G‘*H®02) est considérée comme l’hydrure d’un radical nommé benzoyJe (C“H®0®). Maintenant, pour expliquer les rapports de l’essence acide d’ulmaire ou acide salicyleux avec la salicine, il faut se rappeler que M. Piria a obtenu ce même acide en traitant dans une cornue de la salicine par un mélange oxygénant composé de bichromate de potasse et d’acide sulfurique. Dans cette opération la salicine, qui égale gagne O et perd 2i“0“; il reste alors C«jl'«0‘a qui égalé 3 fois G‘*H»0* ou l’acide salicyleux.
Cusao «l’Abyssinie.
L’arbre nommé Otsso oa Cousso, dont les fleurs sont très-usitées en .\byssinie contr > le ténia, a été décrit par Bruce sous le nom
30S dicotylédones CALICIFLORES.
de Banksia Ahi/ssinica, et par Lamarck sous cejui de Hagènia Abyssinica (1). ÎMais les caractères en ayant été énoncés d’une manière fautive, M. Kiinth a pu croire, en 1824, lorsqu’il a examiné quelques fleurs de cusso rapportées de Constantinople par M. le docteur Brayer, sous les noms de cabotz et de cotz, avoir sous lesyeux.un végétal nouveau, et il lui a donné le nom de Brayera anthelminthica. Peut-être encore faudrait-il décrire la fleur de cusso un peu différemment que ne l’a fait M. Kunth, sur la vue de quelques fleurs presques pulvérisées.
L’arbre est élevé de 20 mètres; le bois en est très-mou et le tronc supporte une belle cyme de rameaux inclinés, dont les extrémités sont velues et marquées de cicatrices annulaires rapprochées, formées par labasedes pétioles. Les feuilles sont amples, imparipinnées, ramassées vers l’extrémité des rameaux et supportées par un pétiole dilaté en gaine; elles sont composées de 6 à 7 paires de folioles sessiles, lancéolées-aiguës, dentées en scie, longues de S5 centimètres, entremêlées d’autres folioles très-petites et presque rondes, comme dans la plupart des plantes précédentes. Les fleurs sont petites et forment des panicules très-amples, presque semblables pour l’aspect à celles de l’ulmaire. Ces fleurs sont accompagnées à la base de deux bractées qui cachent le tube du calice. Celui-ci est turbiné, très-velu et se termine par un limbe à 3 divisions écartées comme les rayons d’une étoile, oblongues, obtuses, glabres, veineuses-réliculées. Le tube du calice est rétréci par un anneau membraneux, portant une corolle à 5 pétales alternes avec les divisions du calice et de forme spatulée. M. Kunth considère cette corolle corn ne un calice de second rang et admet une autre corolle insérée pareillement sur l’anneau membraneux, à 5 pétales minimes et linéaires que je n’ai pas aperçus et qui ne sont peut-être que des étamines transformées (2). Les étamines sont au nombre de 20 environ, insérées comme les pétales. 11 y a 2 ovaires uniloculaires, libres au fond du calice, surmontés d’un style terminal. Par suite du développement incomplet des étamines ou du pistil, on distingue dans le Cousso deux sortes d’inflorescence : les inflorescences mules et les femelles. Ces dernières, dans lesquelles les pièces extérieures du calice prennent un accroissement assez considérable et une couleur rougeâtre, portent le nom de Cousso rouge et sont beaucoup plus estimées comme médicament.
Ces fleurs sont très-usitées en Abyssinie: on les emploie con-
(I) Lamarck, lUvst., pl. CCCXI.
(-2) Ces pétales n’existent que dans la fleur toute jeune. Ils sont tombés dans les fleurs adultes.
ROSACÉES. — SPIRÉACÉES. — QLILLAl. 300
tre le ténia à dose de 12 à 15 grammes infusés dans 375 grammes d’eau, que l’on prenden deux fois,àune heure de distance (t).
On a retiré du Brayera anthelminthica, une substance en poudre cristalline, blanche ou jaunâtre, âcre et amère, qui est un vermifuge énergique. Elle est très-soluble dans l’alcool, l’éther et les alcalis: peu soluble dans l’eau, à laquelle elle commuique cependant une réaction acide. On lui a donné le nom de Koussine (2).
Ûcorce de «lulllai savonneux ou de l'annma.
Cette écorce, telle que le commerce la présente, est en morceaux longs de 1 mètre environ, larges, plats, fibreux, et cependant assez denses et pesants. Elle est noirâtre au dehors, blanche dans son intérieur et donne une poudre presque blanche. Elle est inodore, mais elle contient un principe d’une si grande âcreté qu’on ne peut la remuer, à portée de la figure, sans en éprouver des éternuments violents; elle est donc très-dangereuse à pulvériser. Elle paraît cependant presque insipide au premier moment, mais ensuite elle développe une âcreté considérable. Cette écorce, pulvérisée et mêlée à l’eau, la fait mousser forternent et lui donne la propriété de dégraisser les étoffes. On en fait au Chili un commerce considérable. MM. Boutron et O. Henry , 1 ayant analysée, en ont retiré une matière grasse unie à de la chlorophylle, du sucre, etc., et une substance particulière très-piquante, soluble à la fois dans l’eau et dans l’-alcool, moussant beaucoup avec 1 eau, enfin présentant les propriétés générales de la saponine et de la salseparine (3).
L’écorce de quillai est fournie par un arbre du Chili dont les caractères ont été mal indiqués par Molina, mais ils ont été bien exposés par Ruiz et Pavon (4), sous le nom de Smegmadmms (écorce savonneuse), et ensuite par M. Eudlicher (o), sous le premier nom de Quillaja. Cependant je ne crois pas superflu de les compléter, en donnant ici les caractères des feuilles et des fruits, tels qu’ils résultent d’un échantillon rapporté du Pérou, en 1858, par M. Auguste Delondre.
Smeymadermos etnarginatus, R. P. ; Quillaja Smegmatlcrmos, DC. Feuilles éparses, à peine pétiolées, ovales-arrondies, irès-enlières, à bords repliés en dessous, un peu éehancrées au sommet, fermes et
(1) Voyez Mémoires de l’Académie de médecine, t. IX, p. 689. — DuUetin de l'Académie de médecine, t. XII, p. 690 et suiv. — Voyez aussi'; E. Eournier, Des ténifuges employés en Abyssinie. Thèse de doctorat en médecine, 1861.
(2) Voir Bedâll Chem. Centralblatt, 1863, p. 121, résumé dans le Journ. de pliarm. et de chim., 3* série, XLIIl, p- 428.
(3) Journ. de pharm., t. XIV, p. 247, et t. XIX, p. 4.
(i) Ruizjît Pavon, Prodrome de la Flore du Pérou.
(.7) Eudlicher, Généra plantarum.
310 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
consistanles, à peine marquées de nervures transversales, vertes et entièrement glabres sur les deux faces. P’ruit composé de B capsules oblongues, un peu comprimées latéralement, arrondies à l’extrémité, verdâtres, un peu pubescentes, non ouvertes et probablement difficilement déhiscentes. Ces capsules sont écartées comme les B rayons d’une étoile, pourvues d’une suture ventrale devenue supérieure et occupant, sous la forme d’une arête, presque toute la longueur des capsules. Le calice, qui a persisté tout entier, est à peine pubescent au dehors ; il présente S dents larges à la base, pointues à l’extrémité, épaisses, solides, droites et suivant, en se redressant un peu, la direction des capsules ; les bords seuls sont un peu réfléchis au dehors. Les capsules sont un peu soudées par la partie inférieure et ne peuvent être séparées sans déchirement. Lorsqu’elles sont enlevées, on aperçoit entre elles et le calice 10 filets subulés, dont B prennent naissance sur les lobes mûmes du calice, à moitié de leur longueur et sur la ligne médiane ; les 5 autres sont insérés directement, ou sans support intermédiaire, presque sous le fruit, au tond du calice. Ce fruit, sans ses iO filets persistants, se trouve très-bien représenté dans Ruiz et Pavon (1), et dans Lamarck (2). Il a été récolté au mois de février 1848, par Auguste Delondre, sur l’arbre môme qui fournit l’écorce de quillai.
Indépendamment de l’échantillon précédent, M. Delondre a rapporté les feuilles et les fruits d’un arbuste inconnu dont les feuilles ont le goût de celles du laurier-cerise. Je pense, malgré de nombreux caractères différentiels, que cet arbuste peut bien ûtre celui que Molina a si mal décrit sous le nom de Quiltaja Saponaria, et que de Candolle a mentionné sous le nom de Quillaja Molinœ. Je suis plus certain en disant que cette même espèce est celle dont le fruit se trouve figuré dans Lamarck (3). Mais, d’après Gaudichaud, cet arbre n’est autre chose que le Kageneckia oblonga, R. P. En voici les caractères, tirés de l’échantillon donné par Delondre.
Feuilles rapprochées vers l’extrémité des rameaux, sessiles, ovalesoblongucs ou obovées, quelquefois pointues, le plus souvent arrondies à l’extrémité, rarement émarginées. Les feuilles sont denticulées, celles qui sont pointues plus que les autres, et leurs dents très-aiguës et piquantes, leur donnent une grande ressemblance avec les feuilles du chûne vert, auxquelles Molina les a comparées ; elles sont glabres, fermes, épaisses, à nervures transversales peu marquées, mais cependant plus apparentes que dans la première espèce. Les fruits sont généralement très-petits et à S parties; mais quelques-uns sont aussi volumineux que ceux de la première espèce ; quelques-uns aussi, tout en conservant un calice à 3 divisions, présentent 6 capsules. Les capsules sont rougeâtres, pubescentes et présentent une forme imparfaitement tétraédrique, que l’on peut comparer à celle d’un trochisque de pharmacie, la pointe du style occupant le sommet du trochisque. Ces pointes de styles, au lieu d’être très-écartées comme dans le
(1) Ruiz et Pavon, Prodrome, fig. 31.
(2) Lamarck, Ulustrations, pl. DCCLXXIV, Quillaja, n" 1.
(3) Lamarck, ibid., n» 2.
ROSACÉES. — AMYGDALÉES. — AMANDIER COMMUN. 3H Smegmadcrmos de Ruiz et Pavon, sont au contraire rapprochées du centre et quelquefois presque conniventes. Les capsules s’ouvrent par le sommet, et l’ouverture embrasse noç-seulement la suture interne, mais elle se prolonge du côté extérieur, jusqu'i la base du trochisque ; les semences sont nombreuses, rougeâtres, ailées, semblables à celles du Smegmadermos.
Le calice est à 5 divisions rougeâtres, glabres, minces, striées longitudinalement, complètement réfléchies et roulées en dehors, ce qui permet d’apercevoir les pointes plus intérieures qui constituent une différence essentielle entre ce fruit et celui du Smegmadermos. En enlevant avec soin les capsules, on trouve tout le fond du calice occupé par un disque membraneux très-étalé, portant à sa circonférence 12 ou 15 pointes aplaties qui doivent être des filets d’étamines, dont l’insertion est ainsi Irés-différente de celle du Smegmadermos.
J’ai mentionné déjà (1) la racine d’une plante spiréacée (le Gillenia trifoliata) qui est usitée dans l’Amérique septentrionale comme succédané de l’ipécacuanha. Il est inutile d’y revenir ici.
T7'ibu des Amygdalées.
Amandier commun {fig. 677). Amygdalus communie, L. — Car. sén. ! Galice à S divisions imbriquées ; corolle à S pétales élargis, échancrés au sommet ; étamines lô à 30, à filaments libres filiformes, à anthères biloculaires, déhiscentes longitudinalement ; ovaire sessile, uniloculaire, surmonté d’un style terminal et d’un stigmate épais ; drupe coriace ou charnu, à noyau silonné ou percé de trous. — Cnr. gpcc. t Feuilles oblongues- lancéolées, finement dentées ; fleurs solitaires ou géminées, paraissant avant les feuilles; calice campanulé; fruit pubescenl, à chair fibreusesèche, à noyau uni, percé de petits trous.
L’amandier croît naturellement en Afrique ; on le cultive en Espagne, en Italie, dans le midi delà France et jusque dans la Tourraine. Sous le climat de fib. «jv. - Amandier commun. PaMs , ses fleurs paraissent de
très-bonne heure, et il y porte rarement fruit. Ce fruit est un
(!) T. III, p. 96
DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
drupe dont le péricarpe, presque sec, s’ouvre en mûrissant ; le noyau renferme une semence qui est douce ou amère: de là on distingue deux variétés principales d’amandier, l’une à fruit doux, l’autre à fruit amer.
On reconnaît encore plusieurs variétés d’amandes douces : les unes sont à coques dures, presque rondes ou oblongues ; les autres, à coques tendres et fragiles ; celles-ci sont débitées dans le commerce avec leurs coques, et sont d’usage sur les tables ; les premières sont débarrassées de leur enveloppe ligneuse, et servent à la pharmacie et aux arts analogues. Elles viennent surtout d’Afrique et de nos départements méridionaux.
On doit choisir les amandes entières, bien nourries, sèches, blanches et cassantes : celles qui sont molles, pliantes et transparentes, sont altérées et doivent être rejetées. Il faut les garder dans un lieu sec et les cribler de temps à autre pour en séparer les mites, qui attaquent leur robe et la réduisent en poussière.
Les ainaiides douces servent à l’extraction de leur huile, et à faire des émulsions, des loochs, du sirop d’orgeat, etc.
Boullay a retiré de 100 grammes d’amandes douces : eau 3,5, pellicules extérieures contenanlun principe astringents, huile S4, albumine jouissant de toutes les propriétés de l’albumine animale 24, sucre liquide C, gomme 3, partie fibreuse 4, perte et acide acétique 0,5. 11 a ainsi confirmé une idée de Proust, qui. assimilant l’émulsion des amandes au lait des animaux, avait dit : L’émulsion des amandes est un caséum uni d V huile, avec un peu de sucre et de gomme (1).
Les amandes nmère», que l’on mêle en petite quantité aux premières, afin de donner une saveur plus agréable aux diverses préparations dont elles sont la base, ont quelques propriétés remarquables ; elles sont un poison très-actif pour plusieurs animaux et notamment pour les oiseaux, et, prises à haute dose, elles ne laissent pas que d’être nuisibles à l’homme. On en retire par la distillation à l’eau une eau distillée chargée d’acide cyanhydrique, et rendue laiteuse par une huile plus pesante que l’eau, d’une saveur très-âcre et très-amère.
Ces deux principes, qui donnent aux amandes amères des propriétés si actives et délétères, n’y existent cependant pas tout formés ; puisque, en broyant les amandes sans eau, on et; extrait abondamment, et pour les besoins du commerce, une huile fixe aussi douce et aussi inodore que celle retirée des amandes douces, et qu’on peut également les chauffer sans eau, presque jusqu’à les rôtir, sans en dégager aucune odeur. L’huile volatile
HOS\CÉt;S. — AMYGDALÉES. — PÉCHER. 313
et l’acide cyanhydrique, qu’on extrait des amandes amères par la distillation aqueuse, sont donc dus à la réaction de l’eau sur quelques-uns de leurs principes. Ce fait, que j’ai énoncé le premier, a été mis hors de doute par MM. Robiquet et Boutron : ces deux chimistes ont montré que, lorsque le marc d’amandes amères, épuisé d’huile douce, est traité par l’alcool, l’eau ne peut plus ensuite y développer d’odeur prussique, et n’en extrait qu’une matière azotée, soluble, analogue à l’albumine et à la caséine, sans être cependant identique avec elles et qui a reçu depuis le nom d’mu/sfne (Liebig) ou de synaptase (Robiquet). Quant à la teinture alcoolique, on peut en extraire trois principes qui sont : 1“ une résine jaunâtre, liquide, d’une saveur âcre; 2“ du sucre incristallisable ; 3“ une matière blanche, cristallisable, azotée, nommée amygdaline. C’est ce dernier corps qui, par la réaction de l’émulsine, agissant sur lui à la manière d’un ferment, et avec l’intermède de l’eau, se convertit en acide cyanhydrique et en essence d’amandes amères ; mais il se produit en outre du sucre de raisin ou glucose, ainsi que le montre, soit l’équation donnée parWœhler et Liebig, soit l’équation, plus simple, proposée par Gerhardt, et que voici :
. . Éléments.
Amygdaline . kv
Sümni . (jwusioss Az
Acide cyanhydrique. . . G* ^
Ess. d'am. amères.... C*HI®
Glucose . C*5i**0*'
G‘Wi026 Az
J ai déjà exposé les réactions relatives à l’essence d’amandes amères et sa préparation (1).
Pécher, Amygdalus Persica, L. ; Persica vulgaris, Mill. Cet arbre ne diffère guère des amandiers que par son fruit à chair succulente et savoureuse et par son noyau marqué de sillons plus profonds. 11 est originaire de Perse, comme l’indique son nom. H exige beaucoup de soin pour sa culture, et une belle exposition. Ses feuilles sont étroites, lancéolées, pointues, amères, purgatives, et ont une odeur d’amande amère ; ses fleurs sont solitaires, d’un rouge incarnat très-agréable, légèrement odorantes, et d’un goût semblable d’amande amère. Ses fruits, recouverts d’une peau veloutée et parés des plus vives couleurs par les rayons du soleil, tiennent leur rang parmi les plus beaux et les meilleurs de nos climats. Leur amande contient les éléments de l’acide cyanhydrique, de même que celle de l’amandier amer; et la boîte osseuse qui la renferme, imprégnée de la même odeur, sert à faire une liqueur de table très-agréable.
(1) Guibourt, Pharmacopée raisonnée, 3' édition. Paris, 1847, p. 189-171.
311 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
Les fleurs de pêcher sont employées comme purgatives, et servent à faire le sirop qui porte leur nom.
Abricotier, Armeniaca vulgaris, Lam. ; Prunus Armeniaca, L. Cet arbre, originaire de l’Arménie, est depuis longtemps cultivé dans toute l’Europe. Il diffère des pruniers, auxquels Linné l’avait réuni, par ses feuilles cordiformes, larges, longuement pétiolées et pendantes; par ses fleurs teintes à l’extérieur d’un rouge rosé; par ses fruits presque sessiles, et contenant un noyau lisse, arrondi, pourvu de deux sutures dont une est obtuse et l’autre pourvue de trois arêtes, dont celle du milieu est plus vive et plus saillante. La semence est arrondie et présente un goût d’amandes amères, auxquelles on les ajoute souvent dans le commerce. Les abricots sont pourvus d’une chair jaune, un peu fibreuse, sucrée, aromatique, non acide ; on les sert sur les tables et on en fait des conserves molles et sèches.
On trouve dans les montagnes du Dauphiné et du Piémont un abricotier indigène, nommé abricotier «le Briançon {Armeniaca lîrigantiaca), dont les semences fournissent une huile douce, ayant un goût agréable d’amande amère, et usitée dans le pays sous le nom à’ huile de marmotte. On attribue au tourteau la propriété d’engraisser les bestiaux; mais il peut leur être très-nuisible en raison de la grande quantité d’acide cyanhydrique qu’il peut produire (1).
Pruniers. — Lespruniers sedistinguentdesabricoliers parleurs feuilles lancéolées ou ovales-lancéolées, non pendantes, à nervures proéminentes et rudes au toucher; par leurs fleurs blanches, le plus souvent ombellées-fasciculées; par leurs fruits pédonculés et pendanls, lisses, mais couverts d’une efflorescence cireuse qui disparaît par le frottement du doigt; par leur noyau comprimé, terminé en pointe aux deux extrémités, pourvu de deux sutures dont l’une est creusée d’un sillon et l’autre marquée d’arêtes obtuses.
Quelques espèces de pruniers sont indigènes à la France et s’y trouvent à l’état sauvage : tel est le prunier cplnenx ou prunellier ou épine noire (Prunus spinosa, L.), dont les fruits trèsacerbes, petits, presque globuleux, d’un violet bleuâtre à maturité, ont servi anciennement à préparer un extrait nommé suc d'acacia nostras, qui était substitué au véritable sue d’acacia d’Égypte; tel est encore le prunier (Prunus insilitia, L.),
arbrisseau plus élevé et moins épineux que. le précédent, dont les fruits un peu plus gros, mais toujours d’une saveur amère et acerbe presque insupportable, servaient au même usage que les
(I) Jour», de phann., juin 1817.
ROSACÉES. — AMYGDALÉES. — CERISIERS. 313
précédents. Il est possible également que quelques-unes des races du prunier cultivé {Prunus domeslica, L.), soient indigènes à l’Europe; mais il paraît certain que la plupart sont originaires du Levant, puisque Pline assure que le prunier n’a été introduit en Italie que depuis Caton l’Ancien. Les races ou variétés principales sont la p7'une de reine-Claude, la pi'une de Damas, la prune de Monsieur, celle de Sainte-Catherine et la Mirabelle. Non-seulement on mange ces fruits à l’état frais, mais on les fait sécher alternativement au feu et au soleil, pour les amener à l’état de pruneaux, et on en fait un commerce considérable dans plusieurs parties de la France. Les pruneaux de table les plus estimés viennent de Brignoles, de Tours et d’Agen. Ceux de Tours sont préparés avec la prune de Sainte- Catherine. On trouve aussi dans le commerce des petits pruneaux noirs, dits pruneaux à médecine, qui entrent, comme laxatifs, dans l’électuaire lénitif et dans les médecines que l’on donne aux enfants. On les prépare avec les petites variétés de Damas et de Saint-Julien.
Cerisiers.
Tous les arbres rosacés formant la tribu des amygdalées se ressemblent tellement, par leurs caractères floraux, qu’on pourrait les considérer comme un grand genre subdivisé en sections fondées sur des caractères assez secondaires tirés de la grosseur, de la forme et de la surface du fruit. Les cerisiers nous présentent donc encore presque tous les caractères des pruniers, dont ils se distinguent par leurs fruits généralement beaucoup plus petits, globuleux, très-glabres, lisses et dépourvus de toute efflorescence cireuse, et par leur noyau uni et sous-globuleux. Leurs fleurs sont tantôt portées sur des pédoncules uniflores, qui sortent, sous forme d’ombelle, de bourgeons écailleux, et, dans ce cas, elles paraissent avant les feuilles; tantôt elles sont portées sur des grappes sorties des rameaux et paraissant après les feuilles ; cette différence divise les cerisiers eu deux sections, Cerasophora et Padus .
Merliier, Cerasus avium, L. Arbre élevé defO à 13 mètres, dont les branches redressées sont garnies de feuilles ovales, dentées en scie, pubescentes en dessous, portées sur des pétioles grêles, et pendantes. Les fleurs sont disposées au nombre de i ou de 2, en ombelles sessiles, et sont quelquefois solitaires. Leur calice est réfléchi, et les pétales sont blancs, peu ouverts, ovales, échancrés en cœur au sommet. Les fruits sont très-petits, ovoïdes, d’un rouge foncé ou noirâtre, d’une saveur âcre et amère avant leur maturité, devenant fade lorsqu’elle approche du terme.
316 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
Le merisier paraît indigène à l’Europe; car on trouve des forêts qui en sont presque entièrement composées; son bois es . très-estimé des ébénistes et des tourneurs ; son fruit, surtout celui de la variété macrocarpa, cultivée en Suisse, est préféré aux cerises pour la préparation du vin de cerises et du kirschenwasser. Cette dernière liqueur forme une branche de commerce considérable pour nos départements de l’Est, pour la Suisse et la Souabe. C’est un alcool marquant de 22 à 28 degrés à l’aréomètre de Baumé (56 à 70 degrés centésimaux), aussi incolore et aussi transparent que de l’eau, ayant un goût de noyau très-agréable.
CvrUicr vulgaire OU griottier, Cerosus capromana, DC. Cet arbre est originaire < u Pont, d’où il a été apporté à Rome par Lucullus. Son nom même n’est autre que celui de la ville de Cérasonte (aujourd’hui Reresoun) bâtie sur la côte du Pont-Euxin, au pied d’une colline couverte de cerisiers et entre deux rochers très-escarpés. Le cerisier s’élève à la hauteur de 7 à 8 mètres, et son tronc peut acquérir 1 à 2 mètres de tour. Ses rameaux sont ordinairement étalés et forment une tête arrondie; ses feuilles sont ovales, dentées, glabres, d’un vert foncé, munies de pétioles assez fermes. Les fleurs sont blanches, disposées en ombelles sessiles et peu fournies; leurs pétales sont ovales, entiers, faiblement échancrés; les fruits sont arrondis, d’un rouge vif, quelquefois d'un pourpre foncé, ou roses ou blanc jaunâtre, suivant les variétés, qui sont très-nombreuses. Ils sont très-succulents, plus ou moins acides et sucrés, très-sains et rafraîchissants. On en fait un sirop, une conserve, et on les confit dans 1 eaude-vie.
Cerisier maiioiob, Cerasus Mahaleb, Mill. Ce cerisier, quoique portant un nom arabe et devant, par conséquent, se trouver en Asie, croît naturellement dans diverses contrées de l’Europe et principalement dans les Vosges, aux environs du village de Sainte-Lucie, d’où l’arbre et son bois ont aussi pris le nom de iiois de Kainte Ciucie. Il s’élèvc à la hauteur de 6 à 8 mètres, est pourvu de feuilles ovales, presque rondes, glabres, bordées de dents serrées et glanduleuses. Ses fleurs sont blanches, disposées au nombre de 6 à 8 ensemble en petites grappes qui ont l’aspect d’un corymbe, parce que les pédoneules inférieurs sont plus longs que les supérieurs et s’élèvent presque à la même hauteur. Les fruits sont petits, noirâtres et très-amers; les grives et les merles en sont très-friands.
Les amandes de mahaleb se trouvent dans le eommerce ; elles sont grosses comme le carpobalsamum, avec lequel elles ont quelque ressemblance extérieure ; mais celui-ci est un fruit pourvu de son péricarpe, et le mahaleb est une petite amande
ROSACÉES. — AMYGDALÉES. — MERISIER DE VIRGINIE. 317 privée môme de sa coque ligneuse. Cette amande est ovale, un peu aplatie, d’un jaune brunâtre, d'une saveur douce, parfumée et d’une odeur très-suave. Les Arabes l’avaient mise en usage autrefois contre tes calculs de la vessie ; mais elle n’est plus usitée que dans la parfumerie. On vend souvent à sa place les amandes du cerisier commun, qui en ont presque la forme, mais qui sont blanches et inodores, pourvues seulement, quand on les mâche, d’une forte saveur d’amande amère.
Le bois de mahaleb ou de Sainte-Lucie est d’un blanc jaunâtre, uni, fin, compacte, assez pesant et d’une odeur très-agréable. Il est recherché des ébénistes, des tabletiers et des tourneurs ; il ne faut pas le confondre avec le palissandre, qui porte aussi le nom de bois de Sainte-Lucie, à cause de l’ile de Sainte-Lucie, dans les Antilles, d’où il paraît avoir été apporté en Europe, bien qu’il n’y croisse pas, très-probablement.
llrrisicr à KrappcR, putiet, faux bols de Sainte-I..nele, Cerasus Padus, DG. Arbre ou arbrisseau de 7 à 8 mètres, à feuilles ovales-lancéolées, glabres et dentées ; ses fleurs sont blanches, pédonculées, disposées en grappes pendantes plus longues que les feuilles; les fruits sont de la grosseur d’un pois, ronds, amers, noirs dans une variété, rouges dans une autre. Cet arbre croît spontanément dans les bois montagneux de l’Europe et est trèsabondant dans les Vosges, où le nom de putiet lui a été donné à cause de l’odeur forte et désagréable de son écorce, qui est de plus amère et astringente, ce qui a porté un médecin à la proposer, comme succédanée du quinquina, dans le traitement des fièvres intermittentes. Le bois du putiet n'a pas les qualités de celui de mahaleb ; dans les pays où il acquiert une certaine grosseur, on en fait des sabots.
sleriHicr de Virginie, CerasusVtrginiam, Mich. Cet arbre ressemble beaucoup au précédent; mais il est plus élevé, pourvu de feuilles plus larges et lisses en dessous; les grappes sont plus longues, plus serrées; les pétales sont arrondis et non ovales. Dans son pays natal, dans l’Amérique du Nord, sur les bords de l’Ohio, autour de Philadelphie, etc., cet arbre acquiert 10 à 13 mètres de hauteur; son bois est rougeâtre, veiné de noir et de blanc, très-odorant, susceptible de prendre un beau poli; il sert à faire des meubles.
[L’écorce de cette espèce est très-employée en Amérique, comme tonique et sédative. Elle est en fragments plats ou légèrement cintrés, de couleur rougeâtre, à cassure nette, de consistance spongieuse, etc. La saveur est aromatique, l’odeur de l’écorce recente rappelle celle d’amandes amères. Cette odeur
DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
est due à une huile essentielle et à une petite quantité d'acide prussique (de 0,478 à 1,486 p. tOO) (1). ]
l<aurlcr-cerl8e OU laurior-ainanile {fig. 678), Cerasus Laurocerasus, DC.; Prunus Lauro- cerasus, L. Arbrisseau toujours vert dont les feuilles sont courtement pétiolées, ovales-oblongues, terminées en pointe, munies sur leurs bords de quelques dents écartées; elles sont épaisses, coriaces, luisantes en dessus, parfaitement glabres des deux côtés, offrant 2 ou 4 glandes sur le dos.
Les fleurs sont blanches, disposées en longues grappes axillaires et exhalent une odeur agréable analogue à celle des amandes amères. Les fruits sont ovales, pointus à l’extrémité, peu charnus, noirâtres à leur maturité.
On prépare avec les feuilles récentes du laurier-cerise une eau distillée , fortement imprégnée d’une huile volatile pesante, et d’acide cyanhydrique, et qui par cette raison doit être administrée avec prudence. Malgré cela, les feuilles de laurier-cerise sont assez souvent employées dans les ménages pour donner au lait une saveur d’amande agréable ; mais Fig. 678. — Laurier-cerise. alors on se contcnte d’en faire tremper pendant quelque temps une ou deux feuilles dans un litre de lait, ce qui ne peut être dangereux.
Quelques chimistes, entre autres M. Winkler et M. Lepage, pharmacien àGisors, ont pensé que, contrairement aux amandes amères, les feuilles de laurier-cerise contenaient une certaine quantité d’essence et d’acide cyanhydrique tout formés. L’opinion contraire est admise par M. Gobley, qui a résumé les faits relatifs à celle question (1).
Ciomme de cerisier.
Cette gomme découle de la plupart des arbres qui composaient le genre Prunus de Linné, et principalement du cerisier du merisier, du prunier et de l’abricotier. Elle suinte spontanément du tronc et des branches de ces arbres devenus vieux. Elle est
(1, Gobley, Jouvn. de pharm. et de chim., t. XV, p. 40.
d’abord liquide et incolore, mais elle se colore et se durcit en se desséchant à l’air. On la trouve dans le commerce en gros morceaux agglutinés, luisants, transparents, rouges, souvent salis par des impuretés. Elle se dissout Irès-difflcilemenl dans la bouche, et n’est qu’imparfaitement soluble dans l’eau, avec laquelle elle forme un mucilage très-épais. Elle n’est nullement employée en pharmacie, etn’est pas môme propre à faire de l’encre; mais on s’en sert dans la chapellerie pour l’apprêt du feutre.
La gomme de cerisier, mise en macération dans 30 parties d’eau, s’y gonfle beaucoup, lui donne une certaine consistance, mais s’y dissout fort peu. Le mélange étendu de trois fois autant d’eau est jaune, presque transparent, encore un peu glulineux. Par l’agitation, la gomme se divise dans le liquide en parties molles, transparentes, non adhérentes entre elles, insolubles, qui diffèrent de la kutérine ou bassorine, par leur forme angulaire, analogue à celle des fragments de gomme dont elles proviennent. La liqueur filtrée ne conserve qu’une faible viscosité, ne rougit pas le tournesol, se trouble par l’o.xalate d’ammoniaque, et trèsfaiblement par l’alcool.
D’après M. Guérin-Varry^ la partie insoluble de la gomme de cerisier constitue une gomme particulière qu’il nomme cèrasine et qui diffère de la bassorine parce qu’elle se change en arabine en gomme toute soluble, par l’ébullition dans l’eau. N’élant pas parvenu à dissoudre la cèrasine par ce moyen, je suis porté à croire qu’elle ne diffère de la bassorine que par sa forme, et non par sa nature chimique, qui doit être la même.