RUBUCÉES. — IPÉCACUANHA ANNELÉ MAJEUR. SB
elfet à un Cep/iœlis encore indéterminé (I). — Celle sorte arrive de plus en plus dans le commerce sous le nom de Ipecaeuanha de Carthugène.] La racine se trouve môlée d’une grande quantité de souches supérieures ou de fortes liges ligneuses qui eh dimi¬
nuent beaucoup la qualité (2) ; mais quand elle est privée par le triage, je la crois aussi bonne que l’ipécacuanha annelé ordinaire.
Elle est en morceaux rompus, souvent longs de 13 centimètres et épais de 5 à 6 millimètres; elle est généralement moins tortueuse que ripécacuanha annelé mineur; elle est cylindrique et marquée d’anneaux plus réguliers, moins saillants, quelquefois presque nuis ; dans ce dernier cas, la racine peut présenter e.xtérieurement l’apparence d’une petite branche ligneuse. Lorsqu’on brise cet ipécacuanha, on le trouve formé d’une écorce trèsépaisse, dure, cornée, translucide, d’un gris jaunâtre ou rougeâtre, et d’un méditullium ligneux, jaune, très-petit, cylindrique.
(1) Voir Catalogue de l’Exposition universelle de 1867. Uépubliquo de la Nouvelle-Grenade, p. 8.
(•J) L’ipécacuanha gris ordinaire en sorte, ou tel qu’il arrive dans les balles, contient de môme beaucoup de parties ligneuses dont on le prive par le triage ; mais ces parties sont beaucoup plus grêies que dans l’ipécacuanlia aniielé' majeur.
90 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
La couleur générale de la racine est le gris rougeâtre; l’odeur en est moins forte que dansl’ipécacuanhadu Brésil; la saveur est âcre.
[M. Lefort (1) a étudié les proportions d’émétine que contient la partie corticale de cette sorte d’Ipécacuanha, et il arrive à cette conclusion qu’elle est presque aussi riche en principe que la sorte du Brésil. Les nombres suivants donneront idée de ces quantités : 10 grammes d’ipécacuanha du Brésil donnent, sous l’action du. tannin, de 1*',441 à t®',45 de tannate d’émétine ; la môme quantité d’ipécacuanha de Carthagène a donné de 1,302 à 1,380. Dans ces appréciations on a opéré sur la partie corticale seule : ripécacuanha de Carthagène contient un peu plus de partie ligneuse que celui du Brésil dans les proportions de 20,01 à 18,73 ; il en résulte qu’on peut regarder la nouvelle sorte comme un peu moins avantageuse que l’ancienne. Elle pourrait cependant, dans un cas donné, lui être substituée sans beaucoup d’inconvénients.
Ipéeacuanlias striés.
11 existe deux formes bien distinctes d’ipccacuanhas striés, qu’on longtemps confondues dans le même nom :
1° La première est l'ipécacuanha gris cemlré glycyrriihé de Lemery, Ipécacuan/ia glyciphlœa de Yogi ; nous l’avons trouvé à la pharmacie centrale de France sous le non d’ipécacuanha violet, et nous l’avons décrit sous le nom d’ipécacuauha strié majeur (2).
11 est en fragments [pg. 603) longs de 5 à 8 millimètres de diamètre, souvent colorés en brun, striés dans le sens de la longueur. Sa cassure, cornée dans la partie corticale, montre souvent dans celle zone une couleur violacée, qui devient presque noire dans certaines circonstances. Le méditullium ligneux est assez variable d’épaisseur et peut parfois devenir très-gros. L’écorce se gonfle considérablement dans l’eau. La saveur souvent fade est parfois assez douceâtre.
Cette sorte se distingue par l’absence complète d'amidon et l’existence d’un principe qui réduit les réactifs cupro-polassiques, sans exercer cependant une action sur la lumière polarisée. Sous le microscope, le tissu ligneux ne montre que des vaisseaux trèsétroits.
L’ipécacuanha strié majeur est peu riche en émétine : d'après une analyse de M. Atlfleld, il n’en contient que 2,73 pour dOO.
( I ) J . Lefort, Examen comparatif des ipécacuanhas du Brésil et de la Nouielle- Crenade on de Carthagène (Journal de pharmacie et de chimie. V série, IX, 167).
(2) G. Wanclion, Kate sur les Ipécacuanhas striés (Journal de pharmacie et de chimie, f série. XVI, 40t, et XVTI, 19).
RUBIACÉKS. — IPÉCACUANIIAS STRIÉS. RI
Il est produit par le Psychotria emetka {fig. 602), très-petit arbrisseau ligneux, dont la tige, haulede30à4o centimètres, porte des feuilles opposées, lancéolées-aiguës,' accompagnées par chaque paire de deux petites stipules entières, pointues et dressées. Les'
fleurs sont petites, portées en petit nonnbre et presque sessiles sur des pédoncules axillaires simples ou sous ramifiés. Le fruit est une petite mélonide à 2 loges osseuses monospermes. Les semences sont cartilagineuses, assez semblables à celles du café, mais beaucoup plus petites.
2” La seconde espèce d’Ipécacuanha, que nous avons nommée Ipécacunnlia sirié mineur, est Celle qui a été analysée par Pelletier, sous le nom d’ipécacuanhn des mines d'or et aUSsi SOUS celui d’ipécacilunha sirié. Elle est produite par une espèce encore inconnue.
Les fragments en général assez courts qui forment cette sorte, ont une épaisseur bien moindre que dans la précédente. Leur couleur est d’un gris noirâtre, quelquefois un peu brune. Ils sont marqués de stries longitudinales très-évidentes et d’assez nom-
92 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
breux étranglements circulaires. Parfois les fragments sont comme formés de renflements pyriformes placés bout à bout; d’autres fois ils sont irrégulièrement cylindriques sur presque toute leur longueur. La couleur de l’écorce intérieure est assez variable, tantôt d’un blanc pâle, le plus souvent brunâtre ou d’un bleu plus ou moins noirâtre. Le méditullium est d’un jaune brun marqué de nombreux orifices visibles à la loupe, dus au développement considérable du calibre des vaisseaux. La dimension de .ces vaisseaux, et la présence de la fécule caractérisent cette sorte et la distinguent nettement de l’ipécacuanha strié majeur. Cet ipécacuanha a toujours passé pour moins actif que l’officinal, car Lemery en fixe la dose, en poudre, à un gros 1/2, et en infusion à 3 gros. Mais il est plus riche en principe vomitif que la précédente sorte. Pelletier (1) a retiré de cette racine.
Matière vomitive . !)
— grasse . 12
Ligneux, gomme et amidon... . . T!)
Ipécaciiuiilia ondulé.
Ipécacuanha blanc de Bergius (“2); non Ipécacuanha blanc de Lemery, qui est la racine d’une apocynée ; ipécacuanha amylacé ou blanc de Mérat.
On a cru pendant longtemps que cette racine était produite par le Viola Ipécacuanha, L., dont nous parlerons ci-après; mais, ainsi que j’en avais fait l’observation dans la première édition de cet ouvrage, il était beaucoup plus raisonnable de l’attribuer à une plante rubiacée, congénère ou très-voisine des £^h(S.li§. Et en effet, dès 1801, le docteur Gomez (3), de retour d’un voyage au Brésil, a démontré que la racine dont s’agit, était produite par une plante du genre Richardsonia {Richardia, L.), qu’il a nommée Richardsonia brasiliensis. Cette plante {f>g. 604), de la famille des Rubiacées, croît dans les prés aux environs de Rio-Janeiro. Elle est couchée sur terre, velue, pourvue de feuilles ovées-oblongues, rudes sur les bords, accompagnées de stipules en forme de gaine divisée par le haut. Les fleurs sont disposées en capitules et entourées d’un involucre tétraphylle; le fruit est une capsule d’abord couronnée par le calice, puis dénudée et se séparant en 3 ou 4 coques monospermes indéhiscentes.
La grosseur de l’ipécacuanha ondulé {fig, 60a) varie dans les
(1) Pelletier, Journal pharm., t. VI, p. 2G5.
(î) Bergius. t. II, p. 756.
(3) Gomez, Mém. sur les Ipécacua'ihas, Lisbonoc, 1801.
RUBIACÉES. — IPÉCACUANHA ONDULÉ. 93
mômes limites que celle de l’ipécacuanha officinal. Il est d’un gris blanchâtre à l’extérieur, et d’un blanc mat et farineux à l’intérieur. 11 est de môme pourvu d’un meditullium ligneux, et son écorce paraît quelquefois annelée au premier coup d’œil ; mais, en y regardant avec plus d’attention, on s’aperçoit qu’elle est plutôt
ondulée^ c’est-à-dire qu’une partie creusée ou sillonnée transversalement d’un côté répond de l’autre à une partie convexe, de manière que le sillon n’est que demi-circulaire, au lieu de faire tout le tour de la racine comme dans l’ipécacuanha officinal. Lorsqu’on casse l’ipécacuanha ondulé, et qu’on regarde un instant après la cassure au soleil, on aperçoit, à la simple vue et surtout vers la cireonférence, des points éclatants et perlés, et la loupe fait voir qu'il s’est élevé au-dessus de la cassure un tas de matière blanche et micacée, qu’on ne peut méconnaître pour de l’amidon. Aussi cette racine en contient-elle une énorme quantité, ainsi qu’il résulte de l’analyse qui en a été faite par Pelletier. Elle contient de plus, sur 100 parties de matière vomitive, 2 parties de matière grasse et très-peu de ligneux.
L’ipécacuanha ondulé est encore reconnaissable par son odeur;
!I4 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
il en a une de moisi (que je ne crois pas accidentelle), non irritante et tout à fait distincte de celle de l’ipécacuanha officinal. Il jouit de propriétés vomitives bien moins marquées, ce qui est d’accord avec l’analyse ci-dessus.
Faux ipécacnaiihai.
Je m’étendrai peu sur ces racines, dont l’importance est limitée aux pays qui les emploient comme succédanés de l’ipécacuanlia. La plupart ne viennent pas en France, et il est évident, d'ailleurs, que, si l’on voulait remplacer chez nous la racine d’ipécacuanha par quelque autre production végétale analogue, il vaudrait mieux employer à cet elfet l’une des racines indigènes qui étaient usitées comme vomitives avant l’importation de la première (arnica, asarum, etc.), plutôt que d’autres, d’un effet variable, nul ou dangereux, et dont la seule recommandation serait de venir de pays fort éloignés. Ces faux ipécacuanhas appartiennent presque tous à l’une des trois familles suivantes : Violariées, Euphorbiacées, Apocynéfis.
Faux fpî'cncaanha du Brésil t
lonidium Jpecacuanha, Vent. ; Viola [pecacuanha , L. ; Pombalia Ipécacuanka, Vandelli, de la famille des Violariées.
Racine, ou tige radicanle {fig.
606), longue de 16 à 20 centimèrig.606. - i|.écacuaiiha du Brésil. 1res, de ta grosseur d’une plume à écrire , un peu tortueuse ou flexueuse, et ollrant quelquefois, dans les anses alternatives qu’elle forme, des fentes demi-circulaires qui lui donnent alors une sorte de ressemblance avec l’ipécacuanha ondulé. Cette racine est souvent bifurquée inférieurement et supérieurement, et elle se termine à la partie qui atteint la surface du sol par un grand nombre de petites tiges ligneuses.
L’écorce est mince, ridée longitudinalement et d’un gris jau-
RUBIACÉES. — FAUX IPÉCACUANHAS. OS
nâlre clair. Le corps ligneux est Irès-épais, jaunâtre, composé de paquets de fibres bien distincts à la circonférence, et qui sont tordus comme les lils d’une corde. La cassure récente, e.xaminée à la loupe, paraît criblée d’une infinité de pores comme la lige d’un jonc. Celte racine est presque insipide et inodore, et il est douteux qu’elle jouisse de propriétés biep marquées. Elle ne contient pas d’amidon. Pelletier en a retiré, sur 100 parties : matière vomitive 5, gomme 35, matière azotée un, ligneux 57 (1).
Autre faux ipécaciinnha «lu Brésil. Celte racine est produite par Vlonidium parviflorum, Yenl. {Viola parviflora, L.). Mérat i’a décrite sur un échantillon tiré de l’herbier de M. de Jussieu (2). J’ai cru l’avoir retrouvée dans une racine provenant du droguier de M. Lherminier (3); mais celle racine ressemble tellement à celle de Vlonidium Ipecacuanlia, qu’il m’est impossible de dire maintenant à quelle espèce elle appartient. Il est probable que ces deux racines sont confondues dans le peu de faux ipécacuanha qui nous vient du Brésil.
On cite également, comme faux ipécacuanha du Brésil, la racine de Vlonidium brevicaule, Mart. D’après la description que l’on en donne, celte racine doit pouvoir se confondre avec la suiyan le .
Faux Ipécaruanlia «le Cayenne, lonidium Itouboa, Vent.; \lola calceolaria, L.; Viola Itouboa, Aublet. La racine de celle plante ressemble encore beaucoup à celle de Vlonidium Ipécacuanha ; mais, telle que je l’ai, elle est moins longue, beaucoup plus tortueuse, d’un gris plus foncé à l’extérieur, plus blanche à l’intérieur, mêlée de débris de feuilles et de tiges entièrement velues, ce qui est un caractère distinctif de l’espèce. Les propriétés sont semblables.
Suivant Aublet, on emploie également à Cayenne, sous le nom d'ipéracitaniia , la racine vomitive et purgative du Boevhaviu diandra, L.
Racine de cuicliunchilli. Cette racine est produite par un lonidium très-abondant à Giiayaquil, dans l’Amérique du Sud ; elle a été décrite et vantée contre la lèpre par le docteur Marcutius, ce qui lui a fait donner le nom à’Ionidium Marcutii. Gaudichaud en a rapporté de Guayaquil une certaine quantité, qui ne diffère
(1) Pelletier, Journ. de pharm., t. III, p. 158.
(2) l'« édition, n» 297.
(3; On trouve dans les Annales de chimie et de physique, t. XXXVIII, p. 155, une autre analyse de la racine d'Ionidium Ipécacuunhn, par Vauqueiin, dont on ne peut tirer aucun parti, à cause des erreurs commises dans les chiffres. Vauqueiin, à l'exemple de Pelletier, donne à la matière vomitive de cette racine le nom d'émétine, bien qu'il soit très-probable qu'elle est différente de celle contenue dans l'ipécacuanlia ofBcinal.
DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
guère de Ja racine de VIonidium Ipecacmnha que parce qu’elle est généralement plus petite. Je ne mets pas en doute que ces deux racines ne jouissent des mêmes propriétés, ni plus ni moins (1).
Faux ipôcacuanlia «le l’AmêpIque scplenirioiinle, Glllenia trifoliata, Mœnch'; Spirœa trifoliata, L., de la famille des Rosacées. La racine de cette plante est formée d’une souche couchée sous terre, du volume d'une grosse plume, portant à la face supérieure un certain nombre de tubercules d’où naissent les tiges, et garnie d’autre part de longues radicules. Cette racine est formée d’un épiderme gris rougeâtre recouvrant une écorce blanche, un peu spongieuse, très-amère, et d’un medituUium blanc et Vigneux. La racine en masse a une odeur faible qu’il est difficile de préciser.
Aulrc faux Ipécacunnlia «le l’Amérique Beptentrlonale,
phorbia Ipecacuanha, L. Racine fibreuse, cylindracée, blanchâtre, inodore, peu sapide, cependant très-émétique. Les racines de plusieurs de nos euphorbes indigènes jouissent des mêmes propriétés.
Faux ipécacunnha «le» Antllle«, Ascleptas curassavica, L, Cette racine est fortement émétique et n’est employée que par les nègres, en place d’ipécacuanha.
Faux ip«'‘caeuanlia «le I île «le France, ipecacuanha blanc de
Leniery ; Tijlophoraasthmatica, Wiglitet Arn.; Aselepiasasthmalica, L.; Cynanchum vomilorium, Lam. Je n’ai pas cette racine; mais, suivant Lemery, elle est blanche, ni tortue ni raboteuse, et elle ressemble beaucoup à la racine de Vincetoxicum, dont elle a aussi les feuilles.
J’ai dit (2) que cette racine était probablement celle qui avait été analysée par Pelletier, sous le nom d’ipécacuanfia blanc ou de ]'wla Ipecacuanha; mais j’avais eu soin d’ajouter que je ne l’avais pas vue. Depuis, je me suis procuré la racine analysée par Pelletier, à la môme source que lui, et je puis assurer que c’était bien celle du Viola Ipecacuanha . Je me crois obligé de le répéter, parce (lue d’autres avaient propagé l’erreur que j’avais commise. Je ne sache pas que la racine de Tylophora asthmatica ait été analysée.
Faux Ipecacuanha «l«* l’iie llourbon, Pcriploca mauritiana, Poiret; Camptocarpus mnuritianus, Une. J’ai dû un échantillon de celte piaule à Lemaire Lisancourt. Les tiges ressemblent à celles de la douce-amère; elles sont blanches à la partie inférieure,
(I) Une dame, ayant apporté la racine de cuicliuncliilli à la Guadeloupe, en a vendu une once au gouverneur de la colonie pour la bomme de 1,000 francs. Je présume que c'est là l’effet le plus merveilleux que cette racine ait jamais produit.
(•i) Première édiüon de cet ouvrage.
RUBIACÉES. — RACINE DE GAINCA. 97
brunâtres aux extrémités. Lés feuilles sont glabres, longues de 54 à 80 millimétrés, échancrées en cœur par le bas, ovaleslancéolées.' La racine est blanche, ligneuse, presque grosse comme le petit doigt, accompagnée de radicules filiformes droites et cylindriques. Elle n’a pas de saveur sensible d’abord, mais après quelque temps on ressent une assez forte irritation sur la langue et aux glandes salivaires. Toute la plante, feuilles, tige et racine, est imprégnée d’une odeur forte, semblable à celle de l’arguel ou du séné de la Faite.
Racine tic caiiica.
Chiococca anguifuga, Marlius. Arbrisseau croissant au Brésil, dans les forêts vierges des provinces de Minas-Geraes et de Bahia. Il s’élève à la hauteur de 2 ou 3 mètres; ses feuilles sont opposées, ovales-acuminées, accompagnées de stipules; ses fleurs sont disposées en grappes paniculées, sortant de l’aisselle des feuilles; le fruit est une petite mélonide sèche, presque didyme, couronnée par les dents du calice, et contenant deux semences à albumen cartilagineux, comme celui du café. La blancheur remarquable de ce fruit a valu au genre Chiococca son nom, dérivé de neige, xo'xxoç, graine. Le nom anglais snowbei'ry n’a pas une autre signification.
La racine du Chiococca anguifuga est connue au Brésil sous le nom de raiz prêta (racine noire); sous celui de cainana, qui est aussi le nom d’un serpent venimeux contre la morsure duquel la racine a été employée; et enfin sous celui de caïnca, qui a prévalu en France, mais que l’on a écrit de toutes les manières possibles (kahinca, kaînca, cahinca, cakinça). L’orthographe véritable et la plus simple est caïnca.
La racine de caïnca est rameuse, composée de radicules cylindriques longues de 3.a centimètres et plus, èt dont la grosseur varie depuis celle d’une plume jusqu’à celle du doigt. Elle est formée d’une écorce brunâtre, peu épaisse, entourant un corps ligneux blanchâtre qui forme à lui seul presque toute la masse de la racine, et dont la cassure paraît criblée de trous, lorsqu’on l’examine à la loupe. L’écorce offre souvent, de distance en distance,, des fissures transversales, et se sépare assez facilement du bois. A cet égard, le caïnca se rapproche de l’ipécacuanha gris, et même quelques-unes de ses plus petites racines ont pu souvent se trouver mêlées à ripécacuanha, auquel elles ressemblent beaucoup (!) ; mais le caractère le plus frappant de la racine de caïnca consiste dans des nervures très-apparentes qui parcou-
(I) Principalement à ripécacuanha annelé majeur.
DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
rent longitudinalement ses gros rameaux, et qui sont formées à l’intérieur d’un meditullium ligneux entouré de son écorce, confondue avec celle du rameau : de sorte que l’on dirait des radicules décurrentes qui se sont soudées par approche avec le tronc principal.
En masse, la racine de caïnca offre une odeur assez marquée, analogue à celle du jalap. Quant à la saveur, l’écorce en a une très-amère et âcre, fort désagréable, auprès de laquelle le bois paraît insipide; c’est donc dans l’écorce surtout que résident les propriétés de la racinb.
MM. Pelletier el Gavenlou ont analysé la racine de caïnca, et en ont retiré :
1° Une matière grasse, verte et odorante, dans laquelle réside toute l’odeur de la racine ;
2“ Une matière colorante jaune;
3“ Une autre substance colorée visqueuse ;
4" Un principe crislallisable, auquel la racine doit toute son amertume. Ce principe est blanc, inodore, très-amer et âcre, non azoté, peu soluble dans l’eau, facilement soluble dans l’alcool fort peu soluble dans l’éther. Ses dissolutés rougissent le tournesol et neutralisent les alcalis. C’est donc un acide ; les auteurs de l’analyse l’ont nommé acide catncique.
La racine de caïnca jouit d’une propriété drastique très-marquée. Elle est aussi quelquefois vomitive; mais le plus ordinairement son action se porte à la fois sur les intestins et sur l’appareil urinaire, dont elle augmente considérablement la sécrétion. Elle a été employée avec succès contre l'hydropisie.
Autre* espèce* de caïnca. D’après M. Martiiis, le Chiococca densifolia, plante brésilienne également, fournit des racines semblables au caïnca, et qui peuvent lui être substituées.
On connaît aussi à la Guadeloupe, sous le nom de petit branda, une espèce de Chiococca répandue dans toutes les Antilles (CAwcocca racemosa, L.), dont la racine y est depuis longtemps usitée contre la syphilis et les rhumatismes. Cette racine diffère de celle du Chiococca anguifuga par la prédominance de son principe colorant jaune : ainsi, l’épiderme est d'un gris jaunâtre au lieu d’étre d’un gris foncé et noirâtre; l’écorce est intérieurement d’une couleur orangée rouge, et le bois est teint de jaune; du reste, la saveur et l’odeur sont semblables. Ennn,j’ai reçu de Guatémala une racine de caïnca très-longue, plus noire au dehors que celle du Brésil, formée d’une écorce plus mince et d’un bois blanc encore plus épais par conséquent. La saveur est semblable à celle de la racine brésilienne ; mais l’odeur est presque nulle. J'ignore quelle espèce a produit celte racine.
RIÎBIACÉES. — CAFÉ.
Café.
Le café est la semence d’un petit arbre d’Éthiopie et d’Arabie qui a été transporté ?i l’île Bourbon et à la Marlinique. Cet arbre, nommé Coffea arabica {fig. 607), est toujours vert : ses feuilles sont opposées, oblongues, acuminées, glabres , assez semblables à celles du laurier; les fleurs sont blanches, odorantes, courtement pédonculées, rassemblées en certain nombre dans l’aisselle des feuilles ; les fruits sont rouges, bacciformes, oblongs, gros comme une cerise, formés d’une pulpe douceâtre peu épaisse, entourant deux loges accolées, dont la substance a l’aspect d’un parchemin. Chaque loge contient une semence convexe du côté externe, plane et marquée d’un sillon longitudinal du côté interne, composée d’un albumen corné et d’un embryon droit, pourvu de cotylédons foliacés. Le fruit entier nous arrive quelquefois desséché, comme objet de curiosité ; pour le commerce ordinaire , on l’écrase toujours sur une f’epierre, lorsqu’il est récent, pour en séparer la pulpe et l’endoearpe; on lave les semences à l’eau et on les fait sécher au soleil. Telles que le commerce les présente alors, elles sont nues, ovales, obtuses, convexes d’un côté, planes et sillonnées de l’autre; elles ont la consistance de la corne, l’odeur du foin et la saveur du seigle ; leur couleur varie du blanc jaunâtre au jaune verdâtre. Les principales sortes sont :
Le café moka, qui est le plus estimé. Il vient de l’Arabie ; il est petit, jaunâtre et souvent presque rond, ce qui est dû à la fréquence de l’avortement d’une des deux semences ; alors celle qui reste prend la forme du fruit. Son odeur et sa saveur sont plus agréables que dans les sortes suivantes, surtout après la torréfaction.
Le café bourbon, produit par le Coffea arabica cultivé à Bourbon, est plus gros et moins arrondi que celui de Moka ; il ne doit pas être confondu avec une espèce particulière de café qui croit naturellement dans celle île, où on le nomme café marron. Celui-ci est le Coffea mauritiana, Lamk., dont la baie est oblongue et pointue par la base. La semence est également allongée
DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
en pointe et un peu recourbée en corne par une extrémité ; elle a une saveur amère et passe pour être un peu vomitive.
Le cnfémarilniiiiic est en grains volumineux, allongés, d’une couleur verdâtre, recouverts d’une pellicule argentée (épispermey qui s’en sépare par la torréfaction ; le sillon longitudinal est très-marqué et ouvert. Odeur franche, saveur qui rappelle celle du froment.
Le café iiaitl est très-irrégulier, rarement pelliculé, d’un vert clair ou blanchâtre, pourvu d’une odeur et d’une saveur moins agréables que le précédent.
[Ces caractères sont loin d’avoir une valeur absolue, et des c.afés d’une même origine peuvent avoir des formes diverses ; quant aux différences de couleur, elles paraîtraient tenir très-souvent l’état plus ou moins avancé de maturité de la graine. Il en résulte qu’il est très-difficile, ù l’aspect extérieur seulement, de reconnaître la provenance des diverses sortes de café (1).]
Analyse du café. Beaucoup de chimistes se sont occupés de l’analyse du café, et, malgré les derniers travaux de Payen, peutêtre la composition n’en est-elle pas encore parfaitement connue. Cadet y. a trouvé une petite quantité A’huile volatile concrète et de la gomme (2) ; Armand Séguin, de Yulbumine, une huile grasse fusislble à 25 degrés, blanche, douce et inodore, et un principe ame)-, soluble dans l’alcool et très azoté, qui renfermait évidemment la caféine que Robiquet et Pelletier y ont découverte plus tard (3). La caféine cristallise en belles aiguilles soyeuses; elle fond à l’aide d’une légère chaleur et se volatilise sans décomposition; elle est soluble dans 50 parties d’eau froide, beaucoup plus soluble dans l’eau bouillante, assez soluble dans l’alcool à 70 ou 80 centièmes, très-peu soluble dans l’alcool absolu et peu soluble dans l’éther. Scs caractères basiques sont très-peu marqués ; cristallisée dans l’eau ou dans l’alcool ordinaire, elle est formée de G‘®HiOAz*0*, elle perd 8 pour 100 d’eau à la température de 120 degrés devient opaque et friable. Elle existe également dans le thé et dans les fruits de guarana {Paullinia sorbilis).
M. Rochleder, par ses travaux, dont je ne connais que très-imparfaitement les résultats, a constaté dans le café la présence de la légumine et d’un acide particulier, analogue à l’acide cachutique, auquel il a donné le nom d’acide cafétanniguc. Ce môme acide avait été découvert précédemment par M. Pfaff, qui lui
(1) Voir Léon Marcliand, Recherches orqanographiques et orqanngtniques sur te coffea arabiC'i, l . Paris, 18(i4. — Voir Noue. Dict. de méd. et de chir, pratique Paris, 1801, tomQ.VI p. 48 art. café.
(2) Cadet, Ann. chim., t. LVUI, p. 2G8.
(3| Robiquet et Pelletier, Dict. technol.,X.l\ , et Journ. pharm.,t. XI, p. 292.
RUBIACÉES. — CAFE.
loi
avait donné le nom A'acide caféique. G’esl encore le môme acide que M. Payen a nommé depuis acide chlorigé nique.
D'après Payen, la caféine existe sous deux états dans le café; une petite partie s’y trouve à l’état de liberté et peut en être extraite par l’éther, mélangée avec l’huile grasse dont le café contient 10 à 13 pour 100 ; le reste existe à l’état de comhmaison avec l’acide chlorigénique et la potasse, formant un sel double nommé chlorigénate de potasse et de caféine {caféate-caféi-potassique, Berz.).
On obtient ce sel en traitant par de l’alcool à 60 centièmes le café pulvérisé et préalablement épuisé par l’éther; mais il est mélangé à d’autres matières dont on le sépare par plusieurs cristallisations et purifications. Ce sel est très-électrique par la chaleur ; il est à peine soluble dans l'alcool anhydre ; mais il se dissout bien, à l’aide de l'ébullition, dans l’alcool à 85 centièmes et cristallise facilement. Ce sel exposé à la chaleur n’éprouve aucune altération jusqu’à 150 degrés; mais, vers 185 degrés, il se fond, prend une belle couleur jaune, quintuple de volume, et forme une masse spongieuse, jaunâtre, friable, A 230 degrés, la couleur brunit; le sel éprouve une décomposition partielle d’où résultent des vapeurs de caféine et des produits empyreumaîiques. C’est au boursouflement de ce sel par la chaleur qu’il faut attribuer l’augmentation de moitié de son volume que le café éprouve pendant sa torréfaction.
D’après Payen, l'acide chlorigénique combiné est
égal à . Ci*ll»0’.
D’après M. Uochleder, l’acide cafétannique cristallisé est égal à . C‘®H®Ü*.
A l’état anhydre, il est composé de .
[Par ta torréfaction du café, il se produit un corps brun, amer, soluble dans l’eau, et une huile brune, plus lourde que l’eau, légèrement soluble dans ce liquide bouillant, à laquelle on a donné le nom de caféone: une quantité presque impondérable de cette substance aromatise plus d’un litre d’eau.]
Le café paraît avoir été connu d’Avicenne et de Rhasès ; mais ce n’est guère que vers la fin du xiiP siècle que l’usage de le prendre en boisson, après l’avoir torréfié, se répandit dans l'Orient. On commença d’en boire en Italie vers l’année 1645, et les premiers cafés furent établis à Paris en 1669. On prend le café en infusion sucrée ou non sucrée, surtout après les repas, pour faciliter la digestion. Il stimule les sens et cause des insomnies. Les personnes nerveuses doivent éviter d’en faire usage. Succédanés du café. Lorsque la guerre continentale privait
<02 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
l’Europe presque tout entière de communication avec les colonies, on a cherché si quelques substances indigènes ne pourraient pas remplacer le café ou en diminuer la consommation; les substances qui ont été le plus vantées à cet égard sont la graine torréfiée de [’/ris pseudo-acoriis, celle de pistache de terre {Avachis hypogeea), les pois chiches, l’avoine, le seigle, le maïs, le gland de chêne, les semences de gombo (Zfîôiscns esculentus), celles de l’astragale d’Andalousie {Aslvagalus bœticus), etc. ; mais aucune substance n’a obtenu une aussi grande vogue que la racine de chicorée torréfiée, dont il se fait, môme encore à présent, une consommation considérable en France et en Allemagne. Celle racine n’a aucune ressemblance de goût avec le café, mais elle altère peu l’arome de celui avec lequel on la mélange en quantité plus ou moins considérable, et c’est sans doute ce qui l’a fait survivre au rétablissement de nos relations d’oulre-mer, malgré la propriété laxative dont elle est pourvue.