‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou Cours d'histoire naturelle professé à l'École supérieure de pharmacie de Paris. Tome troisièmeChapitre 71 sur 139 · LÉGUMINEUSES. — BOIS D’AMARANTE · texte numérisé non relu

LÉGUMINEUSES. — BOIS D’AMARANTE

lève à la hauteur de 16 mètres ; son bois est poreux, léger, pourvu d’un aubier blanc ; le cœur est d’une forme très-irrégulière, dessiné, sur la coupe transversale, comme une carte de géographie, et offrant toutes sortes de couleurs, depuis le rouge vif jusqu’au violet, et depuis le châtain clair jusqu’au châtain-noir. Ce bois paraît généralement avoir été altéré par l’humidité, et il est peu estimé, quoiqu’on en trouve des morceaux du plus bel effet par leur mélange irrégulier de rouge et de châtain foncé.

Bol* d’amarante.

On trouve sous ce nom, dans le commerce,. deux bois très-différents que je désignerai par leur couleur, en appelant l’un bois d’amarante violet, et l’autre bois d’amarante rouge.

Bois d’amarante violet. Purple-wood du commerce anglais. Ce bois est apporté de Cayenne et du Brésil, en bûches, en poutres ou en madriers d’un volume considérable. Il est compacte, pesant, d’une texture très-fine, et présente, sur la coupe perpendiculaire à l’axe, un pointillé d’une très-grande finesse, disposé par lignes ondulées, très-serrées. Nouvellement coupé, il est d’un gris foncé; mais il acquiert promptement à l’air une teinte violette uniforme ; il prend bien le poli, et parait alors d’un brun rougeâtre. Son principe colorant est insoluble dans l’eau froide et peu soluble dans l’eau bouillante. Il forme avec l’alcool une belle teinture rouge, et il se dissout dans les alcalis sans tourner au bleu. Le bois d’amarante violet est quelquefois confondu avec le bois violet, qui est beaucoup plus rare, plus beau et d’un prix bien plus élevé ; la couleur uniforme du premier et les veines tranchées du second suffisent pour les distinguer. Le bois d’amarante violet a été considéré par quelques personnes comme une espèce d’acajou, et par d’autres comme une sorte de bois de Brésil. 11 est produit par les Copaîfera publiflora et C. hracteata, Beuth.

Boia d’amarante rouge. Ce bois, qui est fort beau et rare dans le commerce, paraît venir du Brésil. Il est très-lourd, très-compacte et susceptible d’un beau poli. L’échantillon que j’en ai consiste en une bûche cylindrique de 18 centimètres de diamètre, pourvu d’une écorce unie, compacte, très-dure, formée de deux couches distinctes, l’extérieure grise, et l’intérieure brune très-foncée. Cette écorce est douée d’une odeur et d’une saveur aromatiques de palissandre. L’aubier est épais seulement de II à 14 millimètres, grisâtre, dur et compacte. Le cœur, qui forme la presque totalité du tronc, est d’un rouge de cochenille foncé, devenant d’un rouge plus clair, et jaunâtre à la lumière. La coupe horizontale est d’un rouge uniforme, et présente quelques points de fibres ligneuses dispersés au milieu d’un réseau formé de lignes radiaires et de lignes concentriques très-serrées. La coupe, suivant le diamètre, présente à la loupe, sur un fond rouge de feu, comme un dessin écossais rouge-brun, formé par la rencontre des fibres longitudinales et des rayons médullaires. Je n’ai aucune donnée sur l’origine botanique de ce bois.

DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

Boia de palissandre.

Ce bois, que la mode a élevé au plus haut degré de faveur, paraît être le jaracanda noir et odorant, que Margraff dit croître dans la capitainerie de Tous-les-Saints, mais dont il n’a donné aucune description (I). Seulement, comme Margraff décrit dans le même article un autre jaracanda à bois blanc et inodore, qui est évidemment une bignoniacée, c’est lui qui est cause que l’on a longtemps attribué le bois de palissandre à un arbre de cette famille, tandis qu’il appartient à celle des Légumineuses, et très-probablement au genre Balbergia.

Pendant longtemps aussi le bois de palissandre a porté le nom de Sainte-Lucie, île des Antilfes, par la voie de laquelle il est probablement venu anciennement en Europe ; enfln, les Anglais lui donnent le nom de rose-wood, c’est-à-dire bois de rose, ce qui a occasionné plusieurs malentendus entre leurs commerçants et les nôtres. Un ancien échantillon, conservé dans les collections du Muséum d’histoire naturelle, porto le nom de Sedramara caviana.

Le bois de palissandre (2) provient du Brésil, de l’Inde orientale et d’Afrique. Il est importé en longues poutres ou en madriers, souvent pourvus d’un épais aubier blanchâtre. Le meilleur vient de Rio-Janeiro, la seconde qualité de Bahia, et le plus inférieur de l’Inde orientale. Gelui-ci est aussi nommé black-vood (bois noir), quoiqu’il soit de couleur claire et le plus rouge des trois ; ses pores sont privés de la matière résineuse dans laquelle réside l’odeur du vrai palissandre; ce bois est produit par le Balbergia latifolia.

La couleur du palissandre varie du noisette clair au pourpre foncé ou au noirâtre. Les teintes en sont souvent très-irrégulières et brusquement contrastées; d’autres fois rubanées ou plus ou moins confondues. Le bois se fonce beaucoup à l’air, et y devient généralement d’un brun violacé; il est très-lourd, et quelquefois d’un grain serré; mais, le plus souvent, il a une fibre très-apparente, et sa coupe longitudinale présente des vaisseaux ouverts, formant des lignes creuses qui nuisent à son poli. Les veines noires, que l’on observe surtout facilement sur la coupe horizontale, formant des dessins irréguliers qui traversent les couches concentriques du bois, sont d’une grande dureté, et sont trèsnuisibles aux outils. La poussière du palissandre est très-âcre, et irrite fortement les narines; il a une odeur douce et agréable qui lui est propre ; il est tellement imprégné de matière résineuse odorante qu’il brûle avec éclat, et que ses petits éclats forment d’excellentes allumettes.

Le bois de palissandre ordinaire porte au Brésil le nom de Jaracanda Cabima; il y en a une autre sorte beaucoup moins pourvue de pores résineux nommée Cabiuna tout court, rapportée au Balbergia nigra, et une troisième variété nommée Jaracanda tam, qui est d’un rouge pâle

(1) Marcgraff, Ilisl. Brus., p. 130.

(2) Ce qui suit est extrait en partie de l'ouvrage de M. Holtzapffel, intitulé • Turning or mechanicnl munipulalion. London, 1843.

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