LÉGUMINEUSES. — BOIS DE PANACOCO. 3SS
Au Muséum d'hisloire naturelle, le bois de boco est le bois de coco ou le bois de fer du commerce, elle bois de fer est du bois de perdrix,
Sur la table de M. G. Régnault, c’est le contraire : le bois de boco est du bois de perdrix et lepa?iacoco est du bois de coco.
Enfin, sur une petite table composée de bois de Cayenne, que je possède, de même qu’au Muséum, le 6oca est du bois de coco, et lepa/iacoco est du bois de perdrix. C’est cette dernière synonymie que je préfère aujourd’hui et que je vais suivre, contrairement à celle que j’avais adoptée précédemment.
Bois lie Iioco,5ofoaprouasensis,Aubl.: boi* de coco ou boU de fer du commerce. Le tronc de cet arbre s’élève à plus de 20 mètres sur 1 mètre et plus de diamètre; son écorce est grisâtre et lisse ; le bois extérieur est blanc ; l’intérieur est de couleur brune mêlée de vert jaunâtre; il est dur et très-compacte (Aublet).
Le bois de coco du commerce est extrêmement dur et pesant, d’un gris brunâtre presque uniforme, pourvu d’un aubier jaune presque aussi dur et aussi compacte que le bois. Sa coupe transversale polie offre un pointillé gris sur un fond brun marqué d’une rayure régulière et très-fine, allant du centre à la circonférence et visible seulement â la loupe. On y observé aussi, mais en petite quantité, des lignes concentriques très-fines, blanchâtres, ondulées ou comme tremblées. La coupe longitudinale offre un grain très-fin, gris brunâtre et jaunâtre, parsemé de petites taches linéaires brunes, qui sont des vaisseaux rompus remplis d’un suc propre rougeâtre. L’Écoie de pharmacie possède un beau morceau de ce bois, qui a 34 centimètres de diamètre, avec un aubier de 3 centimètres. La limite de couleur entre le bois et l’aubier forme un cercle presque régulier.
Bois lie panacoco OU boia de fer d’Aublet; Robmia Panacoco d’Aubl. ; bol» de panacoco du dépôt de la marine, du Muséum d’histoire naturelle et de ma table de bois de Cayenne ; bol* de perdrix du commerce de Paris.
Le grand panacoco d’Aublet est un des arbres les plus grands et les plus gros de la Guyane. Son tronc s’élève à plus de 20 mètres sur 1 mètre de diamètre. Ce tronc est porté sur 7 à 8 côtes réunies ensemble par le centre et sur toute leur hauteur qui est de 2"', 3 à 2”, 6. Ces côtes, nommées orcabas, sont épaisses de 12 à 16 centimètres, et en se prolongeant, à mesure qu’elles approchent de terre, elles forment des cavités de 2 mètres à2'",(i0 de largeur et de profondeur, entre lesquelles se rrlirentles bêtes fauves. L’écorce des arcabas est lisse et cendrée; le bois de 1 aubier est blanc et celui du cœur rouge. L’écorce du tronc est brune, épaisse, gercée et raboteuse; il en suinte quelquefois unerésine rougeâtre qui se durcit et se noircit à l’air. Le bois du tronc est rougeâtre, très-dur et très-compacte; l’aubier est blanc.
Le bois de perdrix du commerce arrive en bûches de 2o centimètres et plus de diamètre, pourvues d’une écorce brune, mince, légère et fibreuse; l'aubier est gris plutôt que jaune et plus ou moins épais. I.e cœur est brun, nuancé de rouge et de vert noirâtre. La limite du bois, observée sur la coupe transversale, est moins nette que dans le
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bols de boco, et forme comme des bavures bleuâtres qui pénètrent dans l’aubier; cette môme coupe polie offre un pointillé blanc moins serré que le boco, et la loupe y fait découvrir la môme rayure fine et rayonnante : mais ce qui domine tout, ce sont d’innombrables lignes blanches concentriques, aussi apparentes que les points blancs. La coupe faile suivant l’axe présente une véritable marqueterie de petits carrés diversement colorés, et on y observe de plus des lignes blanches longitudinales très-apparentes, dues à des vaisseaux ouverts. Ce qui a fait donner à ce bois le nom de bois de perdrix, c’est que, lorsqu’il est scié longi-, tudinalement, de manière que la coupe forme un angle très-aigu avec l’axe, il offre des hachures blanchâtres, sur un fond brun rougeâtre, qui imitent l’aile de la perdrix. Le cœur du bois de boco présente quelquefois le mômé effet, mais d’une manière beaucoup moins marquée.
Bois de voaacapoa ou d’angelln de la Ciayane.
Vouacapoua americana, Aubl. ; Andira racemosa, Lam. ; Andira Aubktii, Bent. L’angelin de la Guyane est un fort grand arbre dont le tronc a près de 20 mètres de hauteur sur 65 à 70 centimètres de diamètre. L’aubier est blanchâtre et peu épais; le cœur est fort dur et d’une grande solidité. La coupe horizontale présente une quantité innombrable de points blanchâtres sur un fond brun noirâtre, et ces points, suivant qu’ils sont plus serrés ou un peu plus espacés, donnent lieu à des cercles concentriques plus ou moins foncés et très-multipliés. La coupe longitudinale présente de môme une infinité de fibres blanchâtres (clostres) presque également répartis sur un fond noirâtre, ce qui donne à ce bois une certaine ressemblance avec celui des palmiers, et j’ai déjà dit que c’est cette ressemblance qui a valu à Y Andira des Antilles {Andira inermis) le nom de bois palmiste. Cette môme diposition de fibres produit, dans certains cas, sur les coupes parallèles à l’axe, des images approchant d’un épi de blé, d’où vient le nom d’épi de blé que ce bois porte dans le commerce, à Paris. Enfin le bois de vouacapou, coupé suivant des plans obliques à l'axe, présente la marbrure hachée des ailes de perdrix, et c’est lui, ainsi que les autres bois à’ Andira, qui porte dans l’ouvrage de M. Holtzapffel le nom de partridge-wood on de bois de perdrix.
Les marchands de bois des îles, à Paris, vendent, sous les noms de bois de Saint-François et de bois de Saint-Martin, des bois de la nature du bois de perdrix et du vouacapou et qui présentent les mômes dispositions de couleurs et les mômes imitations d’ailes d’oiseau.
Bols de coamaroa.
Diptodx odorata, Willd. ; Coumarouna odorata, Aubl. Cet arbre élevé de 20 à 27 mètres sur un tronc de 1 mètre de diamètre, est le’môme que celui qui nous donne la fève tonka. Son bois est d’une dureté comparable à celle du gayac, ce qui lui en fait donner le nom à Cayenne. 11 est d’un jaune rosé, formé de fibres d’une très-grande
LÉGUMINEUSES. •— BOIS DE COURBARIL. 3o7
finesse, présentant, sur la coupe longitudinale, tantôt l’apparence du bois de perdrix dont les couleurs seraient éclaircies, adoucies et fondues l’une dans l’autre, tantôt l’image d’une chevelure ondoyante.
Ce bois pourrait servir à faire de très-jolis meubles; malheureusement il est très-souvent traversé, de part et d’autre, par des galeries creuses, assez larges pour y introduire le doigt et qui doivent y avoir été pratiquées par un insecte de son pays natal, lorsqu’il est encore vert; car sa dureté est si grande, quand il est sec, qu’on ne concevrait pas qu’un insecte pût l’entamer.
Bois de Courbaril.
'‘" Hymenœa Courbaril, L. {flg. 680). Tribu des Cæsalpiniées ou Cassiées. Le courbaril est un arbre très-élevé qui croît au Mexique, au Brésil et dans les Antilles. Les feuilles en sont alternes, pétiolées et composées
Fig. 686. — Bois de Courbaril.
d une seule paire de folioles, coriaces, rapprochées, comme conjuguées, luisantes, d’un vert foncé, ovales-lancéolées, aiguës, très-entières; les fleurs sont disposées au sommet des rameaux en grappes pyramidales; elles renferment to étamines distinctes, renflées au milieu ; un ovaire stipité et un style filiforme. Les fruits, que l’on trouve fréquemment chez les marchands de curiosités, sont formés par une gousse très-courtementstipitée, longue de 13 à 19 centimètres, large de 3, 5 à8, aplatie, non déhiscente. Cette gousse est composée d’une enveloppe ligneuse, rougeâtre, un peu rugueuse, luisante, contenant une pulpe fibreuse jaunâtre, mêlée d’une poussière sucrée et agréable au goût. On trouve au milieu de cette pulpe 4 à 5 semences brunes, grosses comme des
358 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
fèves et elliptiques. Il découle du tronc et des rameaux de cet arbre une grande quantité d’une résine jaunâtre, transparente, difficile à dissoudre, ayant beaucoup de rapport avec l’animé orientale ou copal dur, et connue sous le nom d’animé occidentale ou de copal tendre. Le bois dont je m’occuperai seulement ici est rouge, très-dur, pesant, à structure santaline très-serrée, offrant par suite, sur sa coupe longitudinale, de petites lignes creuses (clostres ouverts), semblables à des mouchetures faites au burin, et alternativement dirigées dans deux sens différents. L’aubier a la couleur du bois de chêne et n’est pas employé ; le bois du cœur peut servir à faire des meubles, des ustensiles et des engins mécaniques d’une grande résistance et d’une grande solidité, mais sa couleur rouge-brun trop uniforme, et le défaut de poli causé par les mouchetures dont j’ai parlé, empêcheront toujours qu’il soit employé pour les meubles de prix. Le bois du Brésil dit de courharil, que les ébénistes emploient à faire de si beaux meubles, est du Gonzalü-alvés, produit par VAstronium fraœini folium, de la famille des Térébinthacées.
Indépendamment des bois précédents qui, en raison de leur application à la teinture ou à l’ébénisterie, forment le sujet d’un commerce plus ou moins important, on trouverait dans les légumineuses de notre pays ou dans celles que la culture y a naturalisées, des bois qui pourraient être employés aux mêmes titres; tels sont, parmi les bois bruns, ceux du fiiux-ébéiiier {Cytisus Laburnum) et du robinier funiacacia {Robinia Pseudo-acacia), et parmi les bois jaunes ou rouges, le févierà trois épines (GMitschia triacanthos), le Caragana arbm-escens, le Yirgilia lutea, le Sophora juponica, etc.
Feuilles, fleurs, fruits et sucs de Légumineuses.
Cienêt des teinturiers.
Genista tinctoria, L. ; tribu des Lolées. Car. gén. : calice campanulé, à deux lèvres, dont la supérieure à deux dents et l’inférieure à trois; corolle papillonacée, à étendard réfléchi en dessus, à deux ailes oblongues et divergentes, et à carène pendante ne recouvrant pas entièrement les organes sexuels, 10 étamines monadelphes; ‘ovaire ovale ou oblong, à style relevé et à stigmate velu d’un côté. Légume comprimé, ovale ou oblong, contenant une ou plusieurs graines.
Le genêt des teinturiers, nommé aussi genestroie, ne forme le plus souvent qu’un petit arbuste, haut de 35 à GO centimètres, divisé dès sa base en rameaux nombreux, effilés, striés, glabres, garnis de feuilles simples, lancéolées, presque sessiles, légèrement ciliées sur le bord. Les fleurs sont assez petites, jaunes, disposées, au sommet des rameaux, en grappes longues de 3 centimètres. Le calice et les légumes sont très-glabres.
La genestrole croit sur les collines, dans les pâturages secs et
LÉGUMINEUSES. •— MÉLILOT OFFICINAL. 359
sur le bord des bois. Elle passe pour purgative et émétique, surtout ses graines, mais elle est inusitée. Elle a été très-usitée dans la teinture en jaune, mais elle est aujourd’hui remplacée par la gaude. En 1820, M. Marochetti, médecin russe, l’a préconisée contre la rage; mais les essais qui en ont été faits en France n’ont pas été favorables à son efficacité.
Parmi les autres espèces du même genre qui pourraient être employées aux mêmes usages, il faut citer :
Le genêt purgatif, Genùta purgms, Lam., dont les feuilles sont simples, linéaires-lancéolées, pubescentes; calices et légumes velus; 50 à 60 centimètres de hauteur.
Le genêt herbacé, Genista sagittalis, L. ; divisé dès la base en rameaux herbacés, longs de 14 à 22 centimètres, chargés d’ailes
foliacées, sous-articulés, et pourvus de feuilles simples, ovées-
lancéolées.
Le genêt commun OU genêt à balais. Sai'othamnus scoparius, Vimm., Genista scoparia, Lam. ; Cytisus sco/janws, Link ; arbrisseau haut de 100 à 160 centimètres, à rameaux effilés, trèsflexibles, marqués de deux angles saillants; à feuilles inférieures péliolées et trifoliées, les supérieures simples, presque sessiles, ovales- lancéolées. Les fleurs sont grandes, d’un jaune d'or. Elles sont pédicellées et solitaires dans l’aisselle des feuilles supérieures, formant, par leur rapprochement, une sorte de grappe.
Le genêt d’Espagne, Spartium junceum, L. ; Genista juncea, Lam. ; arbrisseau de 2“, 5 à 3 mètres, à rameaux nombreux, junciformes, munis d’un petit nombre de feuilles éparses, lancéolées, glabres, et terminés par une grappe de fleurs jaunes, grandes et odorantes. Cette espèce croît naturellement sur les collines sèches, en Italie, en Espagne et dans le midi de la France. On la cultive dans les jardins.
ülélilot offlcinal.
Melüotus officinalis, Willd. {/ig. 687). Tribu des Lotées. Car. gén. .- calice tubuleux à 5 dents; carène simple à ailes plus courtes que l’étendard; légume plus long que le calice, coriace, mono-ou oligosperme. — Car. spéc. : lige dressée, rameuse ; rameaux très-ouverts; folioles lancéolées-oblongues, obtuses, à dentelure lâche, à stipules sétacées; dents du calice de la longueur du tube; étendard brun, strié; ailes égalant la carène; légume disperme, obové, lanugineux-rugueux ; style filiforme, de la longueur du légume; semences inégalement cordiformes.
Le mélilot officinal est commun en France, dans les champs cultivés, Sa racine est pivotante et bisannuelle; ses liges sont
360 DICOTYLÉDOiNES CALICIFLORES.
hautes de 35 à 70 centimètres, un peu étalées à leur base, ensuite redressées, garnies de feuilles ternées dont la foliole terminale est pédicellée et éloignée des deux autres. Ses fleurs sont petites, d’un jaune pâle, nombreuses, pendantes et disposées en longues grappes dans les aisselles des feuilles supérieures. Il leur succède des légumes ovoïdes, ne contenant le plus souvent qu’une seule graine.
Le mélilot n’a qu’une faible odeur à l’état frais ; mais il acquiert par la dessiccation une odeur plus forte et très-agréable, ce qui le rend propre à aromatiser le foin auquel il se trouve môlé, et à le rendre plus agréable aux bestiaux.
On doit à M Chatin l’observation que, sur les marchés de Paris, on vend souvent, au lieu de mélilot officinal, le Melilotus arvensü, Willd. Le premier est en bottes longues de 30 à 35 centimètres, formées de rameaux assez uniformes et privées de. plantes étrangères. Les bottes du second ne dépassent pas 20 ou 25 centimètres, et sont mélangées d’un grand
. . . nombre de plantes étrangères qui
ont été coupées en même temps. Le mélilot des champs est d’ailleurs un peu moins aromatique.
En 1820, M. Yogel avait cru reconnaître dans la fleur de mélilot la présence de l’acide benzoïque ; mais, comme il admettait le môme acide dans la fève tonka, le fait devenait douteux, au moins pour moi, qui avais reconnu antérieurement que le principe aromatique de la fève tonka était un principe particulier, non acide, auquel j’avais même donné le nom de comnarine. Depuis cette époque, plusieurs pharmaciens (Chevalier, Tbubeuf, Cadet, Guillemette) ont obtenu le principe aromatique du mélilot, soit en distillant les fleurs avec de l’eau^ soit en les traitant par l’alcool, et ont reconnu son caractère non acide et son identité avec la coumarime de la fève tonka (1).
aténé (feuilles et fruits).
Le séné provient de plusieurs arbrisseaux du genre Cassia, de
(1) Journ. de Pharm., t. XXI, p. nj.
la décandrie monogynie de Linné, des dicotylédones polypétales périgynes de Jussieu et de la famille des Légumineuses. Il y en a plusieurs espèces qui varient par la forme de leurs feuilles, ce qui est cause que G. Bauhin et d’autres botanistes, à son exemple, les avaient distinguées en Senna alexandrina foliü acutis, Senna italica foUis acutis, et Senna italica foliis obtmis. Linné les réunit sous le seul nom spécifique de Cassia Senna; mais les botanistes modernes ont compris de nouveau le besoin de les séparer. Beaucoup ne distinguent encore que les deux espèces de Bauhin ; cependant celle à feuilles aiguës présente plusieurs sous-espèces ou variétés qu’il est nécessaire de décrire séparément; en raison des produits différents qu’elles fournissent au commerce.
Première espèce : Cassia obovata. Colladon {fig. 688). Sous-arbrisseau de 35 à 50 centimètres d’élévation, garni de feuilles stipulées, pétiolées, à 6 rangs de folioles opposées. Le pétiole n’est muni d’aucune glande; les folioles sont elliptiques-obovées, ou
obeordées, c’est-à-dire en forme d'oeuf ou de cœur dont la pointe est tournée vers le pétiole, et elles sont terminées à leur extrémité par une petite pointe brusque. Elles sont minces, vertes, semblables pour les nervures, la saveur et l’odeur à celles de l’espèce suivante. Ses fleurs sont portées sur des grappes axillaires, au moins aussi longues que les feuilles; elles offrent un calice à 5 sépales, une corolle à 5 pétales inégaux, 10 étamines libres et
362 , DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
inégales, 1 ovaire stipité ; le fruit, auquel on donne vulgairement le nom de follicule, est un légume membraneux, plat, étroit, trèsarqué, d’une couleur noirâtre, contenant de 6 à 8 semences, semblables pour la forme à celles du raisin, et surmontées chacune, à l’extérieur, d’une arête saillante. Cette espèce de séné croît naturellement dans la haute Égypte, dans la Syrie, en Arabie, dans l’Inde, au Sénégal; elle a été cultivée longtemps dans plusieurs parties de l’Europe méridionale, et surtout en Italie, d’où elle a pris le nom de séné d'Italie. Ses feuilles passent pour être moins purgatives que les suivantes, et les fruits ou follicules sont tout à fait rejetés. La plante se trouve parfaitement représentée par Nectoux (i).
Deuxième espèce : Cassia Imitiva, Bischoff {pg. 689), Senna acu- /f/b/î'a Balka, Cassia acutifolia et Cassia œthiopica, Guib., Cassia lanccoluta, Nectoux, Cassia acutifolia de Delile (2). Cette espèce forme un arbrisseau de 60 à 100 centimètres de hauteur. Sa tige est courte et ligneuse; ses rameaux sont droits et minces; les pétioles sont dépourvus de glandes, et portent de 5 à 6 paires de folioles, qui sont longues de 27 à 34 millim., larges de 7 à 14, et d’une forme lancéolaire, c’est-à-dire allongée et terminée insensiblement en pointe à ses deux extrémités. Elles sont assez fermes, roides, d’une couleur vert pâle, un peu glauque à la surface postérieure, jaunâtre en dessus; on y remarque une nervure longitudinale très-apparente saillante à la surface postérieure, et de laquelle partent de 6 à 8 paires de nervures latérales, à peu près aussi apparentes sur l’une et l’autre face, égales entre elles, assez régulièrement espacées et dirigées vers le sommet de la feuille. Elles ont une saveur un peu âpre, ensuite mucilagineuse et très-peu amère; leur odeur est assez marquée et nauséeuse. Les fruits sont tout à fait plats, longs de 40 à ào millim., larges de 20 à 27, arrondis, très-peu arqués, lisses et sans arêtes saillantes au milieu, noirâtres au centre, verts sur le bord, renfermant de 6à 9 semences. Ce séné croit principalement dans la vallée de Bicharié, au delà de Sienne, sur les confins de l’Égypte et delà Nubie.
La description précédente se rapporte plus particulièrement à la variété C. lenitiva Bichoff «. acutifolia. — Une autre forme C. lenitiva p. obtusata répond à ce que Guibourt avait séparé comme espèce sous le nom de Cassia œthiopica. Ce séné
(1) Nectoux, Voÿage dun^ la haute Éyypte, pl. 1. Paris, 1808.
(2) Pour la synonymie des diverses espèces de Cassia officinales, consulter le mémoire do M. Batka sur les Cassia et le résumé dans Jahresbericht ùber die Forschritte der Phavmagnosie von Wiggers et Huseraann, etc. I Jahrgang, isee'
fournit une sorte commerciale abondante et toujours identique avec elle-même, qui est le séné de Tripoli; il est exactement représenté par le séné de Nubie de Necloux (1). Ce séné s’élève au plus à la hauteur de 50 centimètres; ses pétioles sont pourvus d’une glande à la base, et d’une autre entre chaque paire de folioles. Les folioles sont au nombre de 3 à 5 paires ;*elles sont pubescentes, ovales-lancéolées, longues de 16 à 20 millimètres, larges de 7 à 9, et par conséquent plus petites, moins allongées et moins aiguës que celles du Cassia lenitiva acutifolia. Les fruits sont plats, lisses, non réniformes, arrondis, longs de 23 à 33 millimkres, d’une couleur blonde ou fauve, et ne contiennent que 3 à 5 semences. Cette espèce croit principalement en Nubie, dans le Pezzan au sud de Tripoli, et probablement dans toute l’Éthiopie.
Troisième espèce; Cassia angustifolia Vahl. {Cassia medicinalis, Bischoff, Cassia lanceolata, Forsk.). Forskal (2) fait mention de trois espèces de séné : la première est son Cassia lanceolata foliis quinquejugis ; foliolis lanceolalis, pollicariis, breviter peiiolatis ; glandula sessili supra basin petioli] legum. non maturis linearibus, villosis, compressis, incurvis : cette espèce est celle que M. Fée a décrite sous le nom de Cassia elongata. La seconde est le Cassia medica petiolis non glandulosis, que M. Delile pense être semblable au Cassia acutifolia. La troisième est un Senna Meccæ Lohajæ, foliis 5-7 jugis, lineari-lanceolatis, qui est ce que nous nommons séné de la pique o\x séné moka; je la regarde comme une simple variété du Cassia angustifolia.
Indépendamment des arbrisseaux précédents, il y en a un, totalement différent, qui croît en Égypte et dont les feuilles se trouvent mêlées au séné du commerce. Cet arbrisseau est VAr^ guel, Cynanchum Argel de Delile {Solenostemma Arghel, Hayn), de la pentandrie digynie, et de la famille des Asclépiadées. Ses feuilles {fig. 69Q) sont de forme variable, mais le plus souvent lancéolaires et de diverses grandeurs. Elles sont plus épaisses que celles du séné, peu ou pas marquées de nervures transversales, chagrinées à leur surface et d’un vert blanchâtre ; elles ont une saveur beaucoup plus amère que le séné, avec un arrièregoût sucré; elles jouissent d’une odeur nauséeuse assez forte, et sont douées d’une propriété purgative, mais irritante, qui en rend l’usage peu sûr. Les fruits, que l’on trouve aussi quelquefois mêlés au séné, sont formés d’un vrai follicule (ou péricarpe sec s’ouvrant par une fente longitudinale); celui-ci est ovale, ter-
(1) Nectoux, ouvrage cité, pl. II.
(2) Forsk.al, Flore d'.irabie.
364 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
miné par une pointe allongée et conique, blanchâtre, un peu
épais, demi-solide, contenant un grand nombre de semences ai-
grettées.
Commerce de séné : Séné delà Palte. D’après Rouyer (1), le commerce du séné se fait surtout par la voie de l’Égypte, où les Ababdeh, tribu d’Arabes qui habitent les confins de l’Égypte supérieure, se le sont approprié. Ce sont eux qui vont chercher le séné au delà de Syène, principalement dans la vallée de Bicharié, et qui le rapportent dans celle ville, où en est le premier entrepôt. Ils y apportent aussi l’arguel et le séné à feuilles rondes, qu’ils récoltent au-dessus et au-dessous de Syène.
On trouve à Esné, autre ville de la haute Égypte, sur la rive gauche du Nil, un second entrepôt destiné à recevoir tout le séné qui vient de l’Abyssinie, de la Nubie et de Sennaar, d’où il en arrive une quantité assez considérable parles caravanes qui amènent les nègres en Égypte. Ce séné est de la môme espèce que celui qui croît dans la vallée de Bicharié (Cassia acutifolia)\ seulement les feuilles en sont plus petites et plus vertes, et les follicules plus courtes et plus étroites. Ce séné, qui appartient probablement au Cassia æthiopica, arrive ordinairement mondé de ses branches, et n’est mêlé ni de séné à feuilles obtuses, ni d’arguel, ce qui le fait estimer davantage. On dépose aussi à Esné tout le séné à feuilles obtuses que l’on recueille dans la haute Égypte.
Lorsque la récolte dulséné est terminée (on la fait à la maturité des follicules, vers le milieu du mois de septembre), on embarque sur le Nil tout celui qui a été amassé dans les magasins de Syène et d’Esné, pour le faire passer au dépôt général à Boulacq, auprès du grand Caire, où il vient tous les ans, de Syène, 7 à 8,000 quintaux de séné à feuilles aiguës {Cassia lenÏÏiva acuti folia), ’ o à 600 quintaux de séné à feuilles obtuses {Cassia obovata), et 2,000 à 2,400 quintaux d’arguel; et delà ville d’Esné environ 2,000 quin-
(I) Uouyer, Ami. dechim., t. LVT, p. 165.
taux de séné de Sennaar {Cassia leniliva obtusata ; Cassiaæthiopica), et 800 quintaux de séné à feuilles obtuses. 11 y vient, en outre, par Suezetparles caravanes du mont Sinaï, 12 à 1500 quintaux de séné, à feuilles obtuses, ce qui fait un total de 15 à 16,000 quintaux bruts séné, qu’on verse tous les ans au dépôt de Boulacq. Là, on monde le séné des corps étrangers et des branches ; on met à part les
Fig. 691. — Séné de la Paltc.
foliculles, qui sont livrées séparément au commerce ; on concasse légèrement les feuilles des trois espèces, et surtout celles du séné obtus et de l’arguel, pour mieux les confondre entre elles, et l’on fait un mélange du tout. C’est ce mélange qui nous arrive sous le nom de séné de la palte, à cause d’un impôt nommé palte auquel il était autrefois assujetti. Il faut avoir soin, dans les pharmacies, de le monder de l’arguel, et des pétioles du séné, ou bûchettes, qui n’ont pas la même propriété que les feuilles : alors il est très-estimé et présente les caractères des feuilles du Cassia lenitiva acuti folia, qui en forment la plus grande partie (voy. fig. 691).
Séné de Syrie OU d'Aipp {fig. 692). Ce séné, qui vient quelquefois directement de Syrie, offre des caractères les feuilles du Cassia obovata, tels qu’ils ont été donnés précédemment; ils est inutile de les décrire de nouveau.
Séné du Sénégal. Ce séné, dont le ministre de la marine a fait remettre une fois une certaine quantité aux hôpitaux de Paris, appartient à l’espèce du Cassia obovata, comme le précédent; il en diffère cependant par ses feuilles et ses follicules plus
ggg dicotylédones caliciflores.
petites, et par la couleur glauque de toutes ses parties. Il a été essayé dans les hôpitaux : les feuilles ont été trouvées peu actives, et les follicules presque inertes (t).
l’ig. 692. — Séné de Syrie on d’Alep.
iSénéde Tripoli d’Afrique {fig. 693). Ordinairement plus brisé que le séné palte, ce séné est composé de feuilles généralement plus petites, moins aiguës, un peu moins épaisses, plus vertes et d’une odeur herbacée. On n’y trouve ni follicule palte, ni séné
à larges feuilles ni arguel. On n’y voit que des débris de ses propres follicules reconnaissables à leur petitesse et à leur couleur blonde ; tous ces caractères, qui se rapportent à ceux du séné de Sennaar mentionné par Rouyer, m’avaient fait supposer qu’une partie seulement de cette sorte* était portée en Égypte, pour y
(1) Journ, dephami., t. XIV, p. 70. ‘
être mêlée au séné palte, et que le reste était transporté par des caravanes dans la régence de Tripoli ; mais, d’après les renseignements qui ont été donnés à M. Poutet, de Marseille, par M. Melchior Aiitran, ce séné est apporté à Tripoli par les caravanes qui viennent du Fezzan : il appartient au Cassia lenitiva obtusata.
Séné Moka (fig. 694). Ce séné est en feuilles longues de 27à .^4 millimètres, très-étroites et presque subulées(l); elles sont presque toujours jaunies par l’action de l’air humide; les follicules, qu’on trouve en petite quantité mêlées aux feuilles, sont linéai¬
res, longues de o3 à 80 millimètres, larges de 46 à 18; peu courbées, semblables du reste aux follicules palte par leur couleur verte à la circonférence, noirâtre au centre, et par leur surface unie.
i^énédc vinde {fig. 693). Ce séné nous arrive par le commerce anglais; malgré son nom, sa grande ressemblance avec le séné moka m’avait fait supposer qu’il provenait aussi d’Arabie, d’autant plus que, suivant Ainslie (2), le seul séné naturel à l’Inde est celui à feuilles obtuses. M. Pereira m’a tiré d’incertitude en m’apprenant que le séné de ITnde est du Cassia angustifolia d’Arabie, transporté â Tmnevelly, dans la partie méridionale de l'Inde, où il est cultivé en grand, pour le commerce. Ce séné arrive parfai-
(1) Ces feuilles sont souvent beaucoup plus étroites que la figure ne les eprésente.
(2) Ainslie, Mat. indica, I, p. 389.
368 DICOTYLÉDONES CALICIFLORE3.
tement mondé et en grandes feuilles minces, vertes, aussi longues, mais moins étroites que le séné Moka. Il partage avec le séné Moka l’inconvénient de jaunir et de noircir promptement par l’exposition à l’air un peu humide. Ses follicules n’arrivent pas avec; mais elles ressemblent à celles du séné Moka.
Séné d’Amériiiue. Les feuilles de plusieurs Cassia d’Amérique ont la propriété purgative du séné, et le remplacent dans cette partie du monde : tels sont entre autres le Cassia cathartica, nommé au Brésil sena do Campo; le Cassia ligustrina croissant de Cayenne à la Virginie ; les Cassia occidentalis, emarginata de la Jamaïque, le Cassia obovata, transporté dans celte île, et donnant le Séné de Port-Royal (1), et surtout le Cassia marylandica des États-Unis. Celui-ci a les folioles elliptiques, égales, mucronées, plus grandes que celles du Cassia obovata,
Folliculea de «éné. On connaît dans le commerce trois sortes de follicules de séné, sous les dénominations de follicules palte, Tripoli et A’Alep, qui appartiennent aux sénés de mêmes noms ou de mêmes pays.
Les Folliculea de la Palte {fig. 691), sont grandes, larges, peu recourbées, d’un vert sombre et noirâtre à l’endroit des semences lisses et aplaties. Les folliculea de Vrlpoli ou de iSennaar [fig. 693) se distinguent des précédentes parce qu’elles sont plus petites, et d’un vert plus clair tirant sur le fauve ; elles sont moins estimées. Enfin, les Folliculea d’Aicp ou de Syrie [fig. 692) appartiennent à l’arbuste qui donne le séné à larges feuilles; elles sont noirâtres, étroites, très-contournées ou d’une forme demicirculaire, et présentent une aspérité membraneuse sur chaque semence. Beaucoup de personnes donnent à ces fruits le nom de follicules Moka ; mais c’est tout à fait à. tort, car la follicule Moka [fig. 694) est bien différente.
Analyse chimique . Le séné de la palte a été analysé par Bouillon- Lagrange, et, plus récemment, par MM. Lassaigne et Feneulle (2). Ces derniers^himistes en ont retiré : 1“ de la chlorophylle; 2“ une huipllrasse; 3“ une huile volatile peu abondante; 4“ de l’albuminffS” une substance extractive qu’ils considèrent comme le principe actif du séné, et qu’ils ont nommée cathartine ; un principe colorant jaune; 7“ du muqueuxi; 8« des malate’et tartrate de cbàux; 9» de l’acétate de potasse ; 10» des sels minéraux.
[De nouvelles recherches, en particulier celles de M. Kubly (3)*
(1) Voir Bentley, loum. depharm., 2» série, t. VII, p, 447.
(2) Feneulle, Journ. de pharm., t. VII, p. 548.
(3) Kubly, Ueber das wirksame Principe und einige andere Beütondthri/„ w SennesbiaUer, Dorpat, 1865. Résumé dans Jahresbericht von
Huseman, I Jahrgang. 1866. and
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ont fait reconnaître dans les feuilles de séné divers principes parmi lesquels nous citerons seulement : 1“ Vacide cathartique combiné en partie avec la chaux ou la magnésie, en partie libre, se présentant, lorsqu’il est isolé, en une masse amorphe, mate h la surface, brillante dans la cassure fraîche, colorant la salive en brun foncé, insoluble dans l’éther, peu soluble dans l’eau et dans l’alcool à 90”, mais soluble dans l’alcool de 30» à 60» et formant des sels solubles; enfin susceptible de se dédoubler sous l’influence des acides nitrique et sulfurique en glucose et en acide cathartogénique ; 2» une matière sucrée, soluble dans l’eau et dans l’esprit-de-vin ordinaire, insoluble dans l’éther et l'alcool absolu, non susceptible de fermenter, et qu’on a comparée à la mannite : c’est laCathartomannite. L’acide cathartique paraît être le principe actif du séné ; sa saveur d’abord peu marquée est acide et astringente. D’après les recherches de M. Bourgoin, ce ne serait pas un corps bien défini, mais un mélange d’acide chrysophanique, de glucose et de chrysophanine (1).]
Falsification du séné. Si nos commerçants n’ont pas à se reprocher de falsifier le séné avec l’arguel, puisque cette plante pernicieuse y est ajoutée dans le pays même où on le récolte, quelques-uns d’entre eux se rendent coupables d’une fraude encore plus condamnable, déjà ancienne, et qui a été signalée de nouveau parM. Dublanc, à l’occasion d’accidents graves survenus à la suite de l’usage d’un faux séné (2). M. Dublanc reconnut que cette substance n’était pas du séné, mais n’en put déterminer l’espèce, à cause de l’état de division dans lequel elle avait été livrée ; plus heureux que lui, j’ai pu me procurer la feuille entière, et Clarion, à qui je l’ai présentée, l’a reconnue pour être celle du REDOUL {Coriaria myrtifolia), arbrisseau qui croît dans la Provence et le Languedoc, dont les feuilles, très-astringentes et vénéneuses, servent dans la teinture en noir et dans le tannage des cuirs, et dont les fruits causent des convulsions, le délire et même la mort, aux hommes et aux animaux.
Je décrirai plus loin cet arbrisseau si dangereux, mais je ne puis me dispenser de faire connaître ici les caractères de ses feuilles {fig. 696). Elles sont ovales-lancéolées, glabres, très-entières, larges de 7 à 27 millimètres, longues de 20 à SO millimètres; elles offrent, outre la nervure du milieu, deux autres nervures très-saillantes, qui partent comme la première du pétiole, s’écartent et se courbent vers le bord de la feuille et se prolongent jusqu’à la pointe. Dans les plus grandes feuilles on observe
^(1) Bourgoin, la nature complexedelacathartine. {Journ. depharm. et de (.3) Dublanc, Jown. de chimie, méd., 1. 1, p. 28i.
GuiDOCiir, Drogues, édit.
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