‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou Cours d'histoire naturelle professé à l'École supérieure de pharmacie de Paris. Tome troisièmeChapitre 75 sur 139 · o DICOTYLÉDONES CALICIFLORES · texte numérisé non relu

o DICOTYLÉDONES CALICIFLORES

quelques autres nervures transversales qui joignent les trois premières ; mais dans les plus petites, qui peuvent seules être confondues avec le séné, on n’aperçoit que les trois nervures principales, et ce caractère suffit pour les distinguer. D’ailleurs ces

feuilles sont plus épaisses que celles du séné, un peu chagrinées à leur surface, non blanchâtres, comme l’arguel, douées d’une saveur astringente non mucilagineuse, et d’une odeur assez marquée et un peu nauséeuse.

Pour distinguer encore mieux ces trois sortes de feuilles, je les ai concassées, et j’ai traité une partie de chacune d’elles par 10 parties d’eau bouillante.

Le séné a pris tout de suite une teinte brunâtre; la liqueur filtrée était très-brune et avait une saveur peu marquée; le résidu était très-mucilagineux.

Les feuilles de redoul ont pris une couleur vert-pomme ; la liqueur était très-peu colorée, d’une saveur astringente ;le résidu était sec, non mucilagineux, d’un vert pomme.

Les feuilles d’arguel ont pris une couleur verte; la liqueur 'était verdâtre, presque gélatineuse et d’une saveur amère. Elle a filtré avec une grande difficulté.

Les trois liqueurs, examinées par les réactifs, ont offert les résultats suivants :

RÉACTIFS

nEDOLL.

arguel.

Koix de galle.

Louche.

Gélatine.

Précip. blanc trèsabondant.

Sulfate de fer.

Couleur verdâtre.

Précipité bleu trèsabondant.

Couleur verte et précipité gélatineux trèsabondant.

Emétique.

Précip. blanc trèsabondant.

: Oxulate d’ammonia-

Précip très-abondant.

Précipité très-abondant.

Trouble.

Chlorure de baryum

Très-trouble.

Deuiochlorure de

mercure.

Rien d’abord.

Précipité blanc.

Chlorure d'or.

Rien, puis trouble brunâtre. 1

Réduction instantanée; précip. pourpre noirâtre.

Réduc.t. lente; précipité jaune métaliique.

Nitrate d’argent.

Précip. jaunâtre très-abondant.

Précipité jaunâtre passant au noir.

Potasse caustique.

Rien. Odeur de lessive.

Précipité pélatincux tr.-abondanl, rougissant â l'air ; odeur de petite centaurée.

Précipité gélatineux, transpa-

Plusieurs personnes assurent que l’on falsifie le séné avec les feuilles du baguenaudier (Colutea arborescens, L.), de la famille des Légumineuses également. Ces feuilles ont effectivement la forme obovée du séné à larges feuilles; mais elles sont beaucoup plus tendres ou plus minces, plus vertes et d’une saveur amère très-désagréable; enfln elles ne sont pas rétrécies à la base, et n’offi enl pas à l’extrémité la petite pointe roide qui termine les feuilles

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du séné obtus. Du reste, ces feuilles paraissent être purgatives comme celles du séné.

Casse OU fruit du cnneilcicr.

Cassia Fistula, L. Le caneficier {fig. 697) est un grand et bel arbre qui appartient au môme genre que le séné. Ses feuilles sont formées de A ou 6 paires de folioles ovécs, sous-acuminées et glabres. Ses fleurs sont disposées en grappes lâches, et sont

formées d*un calice à 5 divisions, d’une corolle à S pétales jaunes et inégaux, de 10 étamines inégales, dont les trois supérieures sont difformes et stériles, et d*un ovaire stipité qui devient une gousse cylindrique et ligneuse, longue de 15 à 50 centimètres et de 25 millimètres de diamètre. Cette gousse est d’ailleurs brune et unie, formée de deux valves non déhiscentes, réunies par deux sutures longitudinales; elles offrent dans leur intérieur un grand nombre de chambres formées par des cloisons transversal^ so lides, et contenant une pulpe noire, douce et sucrée, ainsi ou’unê semence horizontale, elliptique, rouge, polie, aplatie et assez dure Ce fruit est tellement différent de celui du séné, que plusieurs

botanistes ont cru devoir en former un genre diSérent : c’est ainsi que Persoon nommait la casse Cathartocarpus Ftsiula, et Wildenow Bactyrilobium Fistula ; mais Colladon (1) et de Candolle en ont formé seulement une section du genre Cassia.

Le caneficier paraît originaire de l’Éthiopie, d’où il s’est répandu en Égypte, dans l’Arabie, dans l’Inde et l’archipel Indien. On croit qu’il a été transporté en Amérique ; mais il y croît en si grande abondance et celle partie du monde offre tant d’autres espèces analogues, qu’on peut l’y regarder comme indigène.

Quoi qu’il en puisse être, la casse, qui venait autrefois du Levant, nous arrive aujourd’hui d’Amérique presque en totalité, et l’on ne remarque véritablement aucune différence entre les produits de l’un et de l’autre continent. On doit choisir la casse récente, pleine, non moisie et non sonnante ; pour lui conserver ces propriétés, il faut la garder dans un lieu frais, mais non humide.

On emploie la casse en pulpe et en extrait ; la pulpe entre dans l’électuaire catholicum et dans lelénitif; c’est un purgatif doux, mais venteux.

La casse a été analysée par Vauquelin, qui en a d’abord retiré peur 1,000 grammes (2) :

Valves. . . .

Cloisons. .

Semences.

La pulpe, traité par l’eau froide, a laissé une matière parenchymateuse, noire et azotée, pesant sèche 28®% 4i. L’extrait a fourni par divers procédés :

Sucre . 148,(4

Gélatine (pectine) . 31,25

Gomme . 15,02

Glutine . 7,92

Matière extractive amère . 5,10

Eau . 230,99

Autres espèces :

Petite casse d’Amérique. Il y a vingt-cinq ans environ qu’une maison de Paris reçut d’Amérique une sorte de casse qu’on aurait pu prendre d’abord pcHrr de la casse ordinaire'cueillie avant sa maturité, mais qu’un examen-çlus attentif doit faire reconnaître

(1) Colladon, Histoire naturelle et médicale des casses. Montpellier, 1810.

(2) Vauquelin, Ann. de cliim., t. VI, p. 275. ’

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comme une espèce, ou au moins comme une variété distincte. Celte casse est en bâtons longs de 33 à 30 centimètres, n’ayant guère que 14 millimètres de diamètre ; elle est d’un brun pen foncé et grisâtre à l’extérieur, et est remplie d’une pulpe fauve, d’un goût acerbe, astringent et sucré. Les valves qui forment le péricarpe sont beaucoup plus minces que dans la casse ordinaire, et le fruit est aminci en pointe aux deux extrémités, tandis que la casse ordinaire est arrondie par les bouts; Cette casse a été examinée par Henry père(l) -,6116 n’a pas reparu depuis dans le commerce.

D’apt'ès les données de M. Daniel Hanbury (2), il faut la rapporter au C. moscatha H. B. K., de la Nouvelle-Grenade.]

Casse dn Urésii, Cossia brosiliatia, Lam. L’arbre qui produit cette casse est un des plus beaux du genre. Il croît au Brésil, dans la Guyane et dans les Antilles ; ses gousses sont recourbées en sabre, longues de .50 à 63 centimètres, larges de 4 à 8 centimètres, en allant d’une suture à l’autre, comprimées dans l’autre sens, et offrant une surface entièrement ligneuse, rugueuse et marquée de fortes nervures. Une des deux sutures longitudinales offre deux côtes cylindriques très-proéminentes, et l’autre suture n’en offre qu’une seule; les cloisons sont .très-rapprochées et très-nombreuses; la pulpe est amère et désagréable. Cette casse n’est pas usitée en Europe ; mais elle est employée comme purgative en Amérique.

Tamarinier et Tamarin.

Le tamarin est la pulpe du fruit du Tamarindus indica, L., bel arbre des Indes, de l’Asie occidentale et de l’Égypte, qui a été transplanté en Amérique.

Cet arbre (fig. 698) appartient à la famille des Légumineuses. Il est très-élevé ; son écorce est épaisse, brune et gercée ; ses rameaux sont très-étendus, ses feuilles alternes et pinnées. Ses fleurs sont roses, irrégulières, pourvues seulement de 3 étamines monadelphes, les 7 autres étant stériles et réduites à l’état rudimentaire, ce qui est cause que Linné a rangé le tamarinier dans sa triandrie. Le fruit est une gousse solide, longue de II centimètres, large de 27 millimètres, comprimée ou aplatie, inégalement renflée et recourbée en sabre ; il offre à l’intérieur, dans une seule loge centrale, 3 ou 4 semences rouges, luisantes, comprimées et irrégulièrement carrées ; enfin, entre l’endocarpe qui

(1) Henry père, Journ. de cliim. méd., t. II.

(2) D. Hanbury, Note on Cassia moschata. {Pharm. Journ., 2* série V

borne celte longue loge el l’épicarpe du fruit se trouve une pulpe jaunâtre, acide et sucrée ; cette pulpe est traversée par trois forts filaments qui se réunissent à la base de la gousse (1).

C’est celte pulpe qu’on nous envoie séparée de sa gousse, mais contenant encore ses filaments et ses semences, et ayant subi

une légère évaporation dans des bassines de cuivre, afin qu’elle puisse mieux se conserver. Elle est ordinairement brune ou rouge, d’une saveur astringente, légèrement sucrée.

Le tamarin contient assez souvent du cuivre, qui provient des bassines où il a été préparé ; on reconnaît facilement la présence de ce pernicieux métal en plongeant dans la pulpe une lame de fer, qui prend alors une couleur rouge. On doit rejeter le tamarin ainsi altéré, de même qu’il faut éviter de prendre celui qui aurait été falsifié avec de la pulpe de pruneaux et de l’acide tartrique. Auparavant on employait à cet effet l’acide sulfurique; mais, comme cet acide est facilement reconnaissable par la baryte, je crois qu’on y a renoncé.

Le tamarin a été analysé par Vauquelin (2), qui en a retiré approximativement, sur 100 parties:

(1) Il parait exister une différence constante entre le fruit du tamarin oriental et celui d’Amérique : le premier est six fois et au delà plus long que large et contient 8 à 12 semences; le second est à peine trois fois aussi long que large et contient de 1 à 4 semences. (De Candolle, Prodr., t. II, p. 489.)

(2) Vauquelin, Ann. de chim., t. V, 92.

Acide citrique . 9,40

— tartriquo . 1,55

— malique . 0,45

Surtartrate de potasse . 3,25

Sucre . 12,50

Gomme . 4,70

Gélatine végétale (pectine) . C,25

Parenchyme . 34,35

Eau . -1 .35

Le tamarin est laxatif et antipudride. 11 entre dans la composition des électuaires lénitif et catholicum double.

Fruit du caroubier OU carouge.

Ceratonia Siliqua, L., Siliqua dukis des anciennes pharmacopées. Le caroubier {fig. 699) est un arbre de médiocre grandeur,

Fig. 699. - Caroubier.

qui croît surtout dans le Levant, en Afrique et dans l’Europe méridionale. Ils’élève à la hauteur de 7 à 10 mètres, sur un tronc droit, très-épais, formé d’un aubier abondant et d’un rouge foncé, dur, veiné, propre à la menuiserie et à l’ébénisterie. L’é-

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