LÉGUMINEUSES. — FÈVE DE TONKA
corce sert au tannage. Les feuilles sont alternes, persistantes, ailées sans impaire, composées de 2 ou 3‘ paires de folioles presque sessiles, elliptiques, sous-ondulées, coriaces, brillantes en dessus. Les fleurs sont disposées en grappes axillaires ; elles sont dioiques ou rarement polygames. Les fleurs mâles ont un calice fort petit, à 5 divisions ovales et inégales ; pas de corolle ; 5 étamines libres, opposées aux lobes du calice, insérées sous la marge d’un disque hypogyne. Les fleurs femelles présentent un ovaire constamment stipité, sous-falciforme, terminé par un stigmate sessile. Le fruit est un légume indéhiscent, linéaire, aplati, un peu arqué, entouré de deux sutures très-épaisses et à deux sillons. Il est long de 11 à 14 centimètres, large de 27 millimètres, luisant, d’un gris brunâtre, divisé intérieurement en plusieurs loges, dont chacune contient une semence. L’espace compris entre l’épicarpe et les loges est rempli d’une pulpe rousse, d’un goût doux et sucré. Ce fruit faisait autrefois partie de plusieurs électuaires laxatifs. Il sert à la nourriture des pauvres, et les enfants le mangent également avec plaisir, dans les pays qui le produisent. En Égypte, on en extrait un sirop, ou sucre liquide, qui sert à confire le tamarin et les myrobalans.
Semeuce OU fève tonka.
L’arbre qui produit la fève tonka croit dans les forêts de la Guyane, et a été décrit par Aublet sous le nom de Coumarouna
Fijç. 700. - Fève de Tonka. Fig. 701. — Fève de Tonka.
odorata {Dipterix odorata, Willd.). Il appartient à la diadelphie décandrie et à la tribu des geoffrées de la famille des Légumineuses (fig. 700). J’ai dit que son bois, qui est très-dur et très-pesant, porte à Cayenne le nom de bois degaïac{^. ."loe). Le fruit entier (fig. 702) a la forme d’une grosse amande couverte de son brou, et est d’une composition à peu près semblable ; à l’extérieur, on
DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
trouve en effet un brou desséché qui recouvre un endocarpe demi-ligneux, renfermant 'une semence unique, aplatie, longue de 27 à 4o millimètres, et ayant à peu près la forme d’un haricot d’Espagne qui serait allongé. Cette semence est composée d’une enveloppe mince, légère, luisante, d’un brun noirâtre, fortement ridée, et d’une amande à deux lobes, d’une apparence grasse et onctueuse (fy. 701 à 703). A l’extrémité, et entre les deux lobes, se trouve un germe volumineux, ayant la forme d’un phallus. Les
Fig. 702. — Fève de Touka. Fig. 703. — Fève de Tuaka.
lobes ont une saveur douce, agréable, huileuse, légèrement aromatique, et une odeur qui est presque identique avec celle du mélilot. Cette odeur est due à un principe volatil concret qui vient souvent se cristalliser entre les deux lobes de l’amande, qui n’est ni de l’acide benzoïque ni du camphre, et qui doit prendre rang [parmi les produits immédiats des végétaux. Cette substance est cristallisée en aiguilles carrées ou en prismes courts, terminés par des biseaux, et d’une assez grande dureté. Elle est beaucoup plus pesante que l’eau, qui ne la dissout pas; est soluble) dans l’alcool, m’a paru peu soluble dans les acides; sa dissolution alcoolique n’altère en rien la teinture du tournesol ni celle des violettes.
Tels étaient les résultats auxquels j’étais arrivé depuis longtemps au sujet de la matière cristalline de la fève lonka (matière que j’ai nommée coumarine), lorsque M. Vogel, de Munich, publia un examen de la même substance qui le conduisit à la regarder comme de l’acide benzoïque (t); mais ses expériences ne
(1) Vogel, Joum. de p/iarm., t. VI, p» 300.
me parurent pas propres à détruire les miennes, et ma manière devoir s’est trouvée confirmée par MM. Boullay et Boutron, dans leur analyse de la fève tonka (1).
La fève tonka n’est pas employée en pharmacie; elle est usitée pour parfumer le tabac, soit qu’on l’y mêle après l’avoir réduite en poudre, soit qu’on se contente de la mettre entière dans le vase qui contient le tabac.
Fcnngrcc.
Trigonella Fœnum grœcum, L., tribu des Lotées. Plante annuelle, haute de 22 à 27 centimètres, munie de feuilles courlement péliolées,à 3 folioles ovales-oblongues, crénelées sur leur bord. Les fleurs sont d’un jaune pâle, presque sessiles, solitaires ou géminées dans l’aisselle des feuilles. Le calice est monosépale, partagé en 5 découpures presque égales; la corolle est papillonacée, ayant l’étendard et les ailes presque égau.v et beaucoup plus grands que la carène, de sorte que la fleur paraît être à 3 pétales presque égaux; les étamines sont au nombre de 10 et diadelphes; l’ovaire est ovale-oblong, terminé par un style relevé. Le fruit est une gousse longue, un peu aplatie, un peu courbée en arc, terminée par une longue pointe, et contenant plusieurs graines rhomboïdales, jaunes, demi-transparentes, jouissant d’une odeur forte et agréable. Leur parenchyme est amylacé et inucilagineux. Ces semences, employées en cataplasmes, sont émollientes et résolutives. Elles entrent dans la composition de l’élæolé de fenugrec (autrefois huile de mucilage), auquel elles communiquent leur odeur.
Semencefi de lupin.
Lupinus albus, L., tribu des Phaséolées. Car. gén. : calice profondément bilabié; corolle papillonacée, étendard â côtés réfléchis; carène acuminée; élamines monadelphes, à gaine entière; 10 élamines, dont 5 à anthères arrondies, plus précoces, et 3 à anthères oblongues, plus tardives. Style filiforme; stigmate terminal, arrondi, Barbu ;\^égume coriace, oblong, comprimé, à renflements obliques; cotylédons épais, se convertissant en feuilles par la germination ; feuilles composées de 3 â 9 folioles digitées.
Le lupin blanc est une plante annuelle, originaire de l’Orient; on le cultive dans le midi de la France pour en récolter les grai-
(1) Boullay et Boutron, Journ. de pharm., t. XI, p. 480. — Voir sur la composition de la coumarine: H. Bleibtren,fl«c/weAe^ s«r/a coumarine, d’après le Journal de pharmacie et de chimie, 3' série, XVII, p. 4C7.
nés et pour le donner comme fourrage aux bestiaux. Il pousse une tige droite, haute de 35 à 50 millimètres, munie de feuilles péliolées et composées de 5 à 7 folioles digitées, ovales-oblongues, velues comme toute la plante. Les fleurs sont blanches, alternes, pédicellées, accompagnées de bractées très-caduques, et disposées en grappes terminales ; la lèvre supérieure du calice est entière et l’inférieure à 3 dents. Les semences du lupin sont blanches, assez grosses, aplaties, d’une saveur amère désagréable, dont on peut les priver en les faisant tremper dans l’eau chaude; elles peuvent ensuite être mangées comme des pois ou des haricots, mais elles sont peu usitées. La farine de lupin faisait autrefois partie des quatre farines résolutives, avec celles de fève {Faba satiua) et d’orobe {Orobus vernus), que l’on remplaçait souvent par celle de l’ers {Ervum Eri)tlia)o\i de la vesce ( Vicia saliva). Mais aujourd’hui toutes ces farines sont aussi peu employées les unes que les autres.
Les fèves forment un aliment très-nourrissant, dont l’usage n’est pas assez répandu en France, où il pourrait être d’un grand secours pour la classe pauvre ou peu aisée. Cette graine, de même que les pois {Pisum sativum), les haricots {Phaseolus vulgaris) et les lentilles {Ervum Lens) .renferme une proportion assez considérable d’une matière azotée, soluble dans l’eau et coagulable par l’acide acétique {lêgumine Braconnot), qui a beaucoup d’analogie avec la caséine animale et qui contribue beaucoup à la qualité nutritive des semences. Ces différentes semences sont d’ailleurs tellement connues, que je crois inutile de m’y arrêter.
Je ne m’arrêterai pas davantage à un grand nombre de semences légumineuses exotiques, que leur épisperme poli et peint de vives couleurs faisait employer comme objets d’ornement par les naturels de l'Amérique, avant que les Européens leur eussent donné le désir de bijoux plus coûteux. Je citerai seulement YErythrina Corallodendron, arbre des Antilles, remarquable par ses grappes de fleurs d’un rouge foncé, et par ses semences arrondies plus grosses que des pois, lisses, d’un rouge vif, avec une large tache noire. Je citerai encore__le condor! {Adenanthera pavonina, L.) dont les fleurs sont petites'et d’un blanc jaunâtre ; mais dont les semences lenticulaires, lisses, rouges et sans tache, sont d'un poids assez constant pour avoir servi, sous le nom de kuara, à fixer l’unité de poids qui sert, dans l’Inde, à peser l’or, les diamants et les autres pierres précieuses (4 grains poids de marc ou 212 milligrammes). Ces deux végétaux, qui portent également le nom d’arbre au corail, ont un bois blanc et ne doivent pas être confondus avec le Pterocarpus Draco qui fournit le boi« de corail des ébénistes.