LÉGUMINEUSES. — NOIX DE BEN
atténué et se confondant insensiblement avec le pédoncule, par le côté opposé. Il est formé seulement de 2 renflements ovoïdes, dont la coupe horizontale est circulaire et non triangulaire, et il ne renferme que deux semences (fun blanc un peu verdâtre, ovoïdes, triangulaires, avec 3 angles saillants, mais non ailés. Ces semences, dont le test est assez dur et cassant, sont exactement lesnojx de ben blanches du commerce, qui sont les plus estimées, mais qui sont en effet mélangées de noix de ben grises, plus petites et aptères, qui me paraissent être celles décrites par M. Decaisne. Le péricarpe est d’un gris rougeâtre â l’extérieur, solide, fibreux, strié, avec quelques nervures longitudinales un peu proéminentes, mais qui ne répondent pas aux 3 sutures. Celles-ci ne sont marquées sur le fruit que par 3 légers sillons blancs, provenant de l’interruption du derme brunâtre, et indiquant un commencement de déhiscence ; cependant je n’oserais dire que le fruit est déhiscent : lorsque j’ai voulu l’ouvrir par l’extrémité supérieure, pour en connaître les semences, il s’est déchiré irrégulièrement en 7 ou 8 parties, sans suivre les sutures, qui sont restées intactes. Enfin, le péricarpe est mince et entièrement fibreux dans toute la partie renflée, occupée par les graines, et ne s’épaissit en une cloison transversale que dans leur intervalle. Cette cloison est percée de 3 trous qui répondent aux 3 trophospermes pariétaux, correspondant eux-mêmes exactement avec les trois sutures extérieures ; l’un de ces trous est plus ouvert que les deux autres, et permet de voir que la semence contenue dans la loge inférieure est suspendue par un funicule membraneux au tropho sperme qui lui répond. Ces semences de ben blanches répondent au Moringa aptera de Gærtner.
La semence de ben est amère et purgative ; mais on ne l’emploie plus en médecine. Elle fournit, par expression, une huile douce, inodore et difficile à rancir, qui est très-propre à se charger, à l’aide de la macération, de l’odeur fugace du jasmin et des Heurs liliacées. Cette huile, au bout de quelque temps, se sépare en deux portions, dont l’une est épaisse et facilement congela ble, et dont l’autre reste toujours fluide. C’est de cette dernière huile qué les horlogers se servaient pour adoucir le frottement des mouvements de montres, avant qu’on eût trouvé, dans la saponification incomplète de l’buile d’olive, le moyen de se procurer une élaïne beaucoup plus pure, non oxygénable et sans action sur les métaux, notamment sur le cuivre.
Il y a une autre semence qui est connue sous les noms de Ben magnum et de Noisette purgative : c’est le |fruit du Jatropha multifida, L. (voyez t. II, p. 358).
DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
FraltM d’acacias OU bablahs.
Les arbres de la famille des Légumineuses qui composent la tribu des Mimosées avaient été séparés, par TourneforI, en deux genres, savoir : les Mimosa et les Acacia; le premier, caractérisé par sés gousses articulées, et le second par ses fruits continus. Linné les a tous réunis en un seul genre, sous le nom de Mimosa; mais plus tard Willdenow en forma les genres Inga, Mimosa, Scfirankia, Desmanthus et Acacia, auxquels il faut joindre aujourd’hui les Prosopis, Algarobia, Entada, Vachelia et plusieurs autres. Parmi tous ces genres, nous nous arrêterons au seul genre Acacia, et nous nous bornerons encore à décrire les espèces qui nous fournissent la gomme arabique, le cachou et plusieurs fruits astringents usités pour la teinture et le tannage.
Les qcacias gummifères, quoique quelques-uns, originaires de l’Orient, aient été connus des anciens, et que les autres, naturels au Sénégal, aient été décrits par Adanson, sont encore mal définis et plus ou moins confondus par la plupart des botanistes. Je me bornerai à décrire les espèces d’acacias telles qu’elles me paraissent devoir être établies, en rejetant toutes les synonymies autres que celles que j’indiquerai.
I. Acacia nilotica, Delile; A. vera, Willd., Guib. {Di-og. simples, 4* éd.) (I). Celte espèce comprend deux variétés qui diffèrent par le nombre de leurs pinnules, mais qui ne sont peut-être que deux âges différents du même végétal.
t«VAHIÉTÉ, A 4-6 PINNULES.
Acacia (Vesling.tn Pr. Alpin., cap. iv; Plukenet, PAÿtogr., tab. CCLII, fig. i ; Blackw., lab. CCCLXXVII).
Mimosa nilotica (Hasselq., Ilin., 47S).
Gommier rouge ou nebneb d’Adanson {Supplément à l’Encyclopédie botan., t. 1, p. 80).
Acacia d'Égypte (l.amarck., Suppl., t. I, p. tO).
Acacia vera, Yalmont de Bomare {Dict,, t. I, p. 81).
Acacia nilotica (Delile, Tl. agypt., p. 79; Th. Fr. Nees, Plant, med tab. CCCXXXIl).
Arbrisseau t/ig. 7 1 0) de 3 à 4 mètres de hauteur, dont l’écorce est brune, l’aubier jaunâtre, le bois très-dur et d’un rouge brun. Ses feuilles sont deux fois ailées et portent 4 à 6 pinnules (quelquefois davantage), dont chacune est pourvue de 15 à 20 paires de folioles, lon-
[(l) Le nom d’ Acacia vera employé par Guibourt dans la précédente édition ayant été appliqué à diverses espèces mal définies, nous lui substituerons lé nom d’il, nilotica, qui se rapporte à la forme bien déterminée, décrite dans cet
article.]
gués de 4 ou .S millimètres, obtuses et imparfaitement glabres. Le pétiole commun porte une petite glande concave entre la première paire de pinnules et une autre entre la dernière. 11 est accompagné à la base, au lieu de stipules, de deux épines droites, écartées horizontalement, et dont l’une est d’un tiers plus courte que l’autre. D’ailleurs ces épines ne sont pas d’égale grandeur sur toutes les branches; celles qui poussent au moment où la sève est près de s’arrêter, sont brunes, coniques, longues de il à 13 millimètres; les branches, au contraire,
Fig. 710. — Acacia nilotica. Fig. 711. — Fruit d’acacia nilolica.
qui poussent pendant la force de la sève portent des épines longues de 33 à 63 millimètres sur 2 millimètres de diamètre, et d’un jaune de bois (Adanson).
Les fleurs sont jaunes, disposées en capitules sphériques de 16 millimètres de diamètre, qui naissent au nombre de deux (ou plus) dans 1 aisselle des feuilles supérieures. Ces capitules sont portés sur des pédoncules longs de 23 millimètres environ, articulés vers leur milieu, où ils portent une petite gaine couronnée par 4 denticules. Chaque capitule est composé d’une soixantaine de fleurs trôs-rapprochées, séparées les unes des autres par une écaille plus courte que le calice, figurée en palette orbiculaire, velue, et dont la moitié inférieure forme un pédicule très-délié. Chaque fleur est hermaphrodite (Adanson), composée d’un calice d’une seule pièce, d’un tiers plus long que large, couvert de poils denses, et partagé par le haut en 5 dents triangulaires égales. La corolle est deux fuis plus longue que le calice, tubuleuse, terminée par 5 dents oblongues. Les étamines, au nombre de 70 à 80»
392 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
sont disposées sur S rangs circulaires, et naissent d’un disque qui s’élève du fond du calice en louchant à la corolle ; elles sont égales entre elles, deux fois longues comme la corolle, et en sortent sous la forme d’un faisceau un peu divergent. Les anthères sont arrondies, à deux loges s’ouvrant, du cOté interne, par une fissure longitudinale, et surmontées d’un petit appendice blanc, globuleux, denticulé, pédiculé. Le pollen est jaune, pulvérulent et d’une grande ténuité.
Du milieu du vide que laisse le disque des étamines, au fond du calice, s’élève l’ovaire, qui est pédiculé, allongé, terminé par un long style filiforme, tronqué horizontalement et creusé d’une petite cavité hérissée de pointes visibles seulement à la loupe. Le fruit (fig. 7H) est un légume aplati, long de 6 à 1 1 ou 14 centimètres, vert brunâtre, lisse, luisant, composé de 6 à 10 articles discoïdes, si étranglés qu’ils paraissent comme attachés bout àbout, en forme de chapelet, par un collet qui n’a pas souvent 2 millimètres de largeur. Ces articulations ne se séparent pas naturellement, mais elles se rompent très-facilement par l’emballage ou le transport, de sorte que le fruit reçu parla voie du commerce est presque toujours brisé et séparé en autant de parties qu’il y a de loges et de semences. Le péricarpe renferme un suc desséché rougeâtre, d’une saveur gommeuse et astringente. Les semences sont elliptiques, aplaties, d’un gris brunâtre, marquées, sur chacune de leurs faces, d’un sillon qui enferme un grand espace pareillement elliptique. Elles sont attachées au bord supérieur de la loge par un court funicule; elles portent, en Égypte, le nom de quarat, le même qui est donné dans l’Inde à celles de YAdenanthera -pavonina, et probablement pour la même cause. L’arbre est connu sous le nom de sant. La description du fruit a été donnée, presque dans les mêmes termes, par Geoffroi, Adanson, Lamarck et Vaîmont de Bomare. Ce fruit était connu des anciens, qui l’employaient, au lieu de galle» peu*^ le tannage des peaux, et en retiraient, par le moyen de l’eau, un extrait astringent, très-connu sous le nom de suc d’acacia. Mais ce fruit a été complètement oublié pendant très-longtemps, et n’a reparu dans le commerce que postérieurement à l’année 1823, époque à laquelle on reçut de l'Inde, sous le nom de bablah, les gousses de l’Acacio arabica, pour servir au tannage et à la teinture. Alors on fit venir d’Égypte et du Sénégal, pour remplacer ce bablah, ou pour les employer concurremment avec lui, les gousses de l’Acacia nilotica, et on les vendit aussi sous le nom de bablah : elles sont bien moins riches en principe astringent, et sont peu estimées. On les distingue du bablah de l’Inde par leur surface lisse, leur couleur rougeâtre, et par le grand étranglement de leurs articles, qui est cause qu’ils sont presque tous entièrement séparés et réduits à l’état d’une loge lenticulaire et monosperme.
2» VARIÉTÉ, A PINNCLES BUDGÜÉES .
Acacia vera (DC. et Willd).
Acacia vera seu Spina agypliaca, subrolundis foliis, Qore luteo siliquâ brevi, paucioribus isthmis glabris et cortice nigricantibus’dnnaf» Pluk., Almag., p. 3 ; Phytogr., tab, CXXllI, fig. I).
Acacia œgyptiaca (Fab. Col. Lync. in HBrnandez, Mex., p. 865, flg.).
Acacia cegyptiaca (Dalech., 1. 1, p. 160, flg.; Dodon., Pempt,, p. 752).
Spina acaciœ (Lobel, Obsa-v., p. 636, fig.l.
Celle variété est née, une première fois, dans le jardin de Padoue, de fruits envoyés de Syrie (t), et, une seconde fois à Naples, de gousses qui avaient été remises à Fab. Col. Lynceus par l’empereur Ferdinand. Les fruits étaient bien ceux de l’Acacia nilolica, et cependant, dans les deux cas, la plante a paru avec deux paires de pinnules seulement a chaque feuille. Cette circonstance a conduit Willdenow et De Candolle à regarder ce nombre de pinnules comme un caractère essentiel de l’espèce, tandis que, suivant ce que je pense, il était accidentel et dit seulement au jeune âge des deux individus et au peu de développement qu’ils ont dû prendre dans une serre de jardin. C’est dans la description donnée par Adanson de son gommier rouge-, et surtout dans celle du fruit, qu’il faut chercher les vrais caractères de cette espèce.