‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou Cours d'histoire naturelle professé à l'École supérieure de pharmacie de Paris. Tome troisièmeChapitre 83 sur 139 · III. Acacia Adansonii · texte numérisé non relu

III. Acacia Adansonii

Gommier ronge Gonaké d’Adanson (2). Arbre du Sénégal, haut de 8 i 10 mètres, dont les jeunes branches sont couvertes d’un duvet trèsserré ; les épines stipulaires sont droites, écartées, pubcscentes et blanchâtres. Les feuilles n’ont que 4 paires de pinnules (Adanson), composées chacune de. 12 à 16 paires de folioles, oblongues-linéaires, très-petites, rapprochées. Le pétiole porte 2 glandes, l’une entre la dernière paire de pinnules, et l’autre entre la troisième paire en descendant. Les capitules sortent au nombre de 4 de l’aisselle de chaque feuille. Les fleurs sont jaunes, odorantes, semblables A celles des Acadanihtica et arabica, de sorte que, ici encore, c’est le fruit surtout

(1) Adanson, Fhr, Seneg., p. 249.

(2) Adanson, ÜM/.p/, A l’kncyct. bot., t, I, p. 83.

qui distingue l’espèce. Ce fruit, que j’ai fait représenter (fig. 713), est long de 16 à 19 centimètres, large de 18 à 20 millimètres, couvert de duvet, comme les jeunes branches, souvent un peu recourbé, ni articulé ou étranglé, mais seulement un peu rétréci entre les semences, et ayant les bords ondulés. Ce fruit ressemble beaucoup à celui de

l’Acacia arabica; mais il est généralement plus grand, plus large, profondément ridé au-dessus des semences, qui n’occupent pas toute la largeur de la gousse, de sorte que celle-ci parait comme un peu ailée tout autour. Enfin, le duvet qui recouvre le fruit est moins dense que dans 1 arabica, et laisse entrevoir la couleur rougeâtre assez claire du péricarpe. Les semences sont semblables.

IV. Acacia Seyal, Delille (t). Arbre de grandeur médiocre, armé d’épines faibles et courtes à la base des branches, devenant plus fortes et plus longues en montant vers l’extrémité, où elles acquièrent plus de 3 centimètres de longueur. Les feuilles sont rarement solitaires, et le plus souvent géminées ou ternées dans l'aisselle des épines. Elles sont deux fois ailées, à deux paires de pinnules, quelquefois à une ou

(!) Delille, Flore d’Égypte, p. 586, flg. 52.

à trois paires, portant 8 à 12 paires de petites folioles linéaires-obtuses. Les fleurs sont jaunes, ramassées en capitules sphériques courtement pédonculés, qui sortent, sous forme d’ombelle sessile ou de panicule de l’aisselle des feuilles. Les fruits, bien distincts des précédents, sont jaunâtres, longs de 7 centimètres, falciformes, terminés en pointe, un peu comprimés et un peu renflés par places, renfermant 8 à tO semences dont l’auréole linéaire forme un fer à cheval ouvert vers le sommet de la graine.

L’acacia seyal se trouve dans le désert, entre le Nil et la mer Rouge et au Sénégal. ’

V. Acacia famesiana, Will.; Mimosa farnesiana, L.; Vachellia famesiana, Wight et Arnott; Acacia indica, Aldini (1), Blackw. (2) {fîg. 714).

Arbre élevé à peine de 5 mètres, qui ne diffère encore presque des précédents que par son fruit {fig. 7)5), qui est une gousse longue de 5 à 7 centimètres, un peu arquée, cylindrique ou à peine comprimée, avec des renflements nombreux et peu marqués, qui indiquent la place des semences. Sa surface est d’un brun rougeâtre, lisse très-probablement lorsqu’elle est récente, mais marquée de stries fines et assez régulières par suite de la dessiccation. Elle porte 2 sutures presque semblables, formées d’un sillon blanc dû à un commencement de

déhiscence du péricarpe, et de 2 nervures parallèles, un peu proéminentes et de couleur rouge. A l’intérieur, cette gousse présente un mésocarpe très-mince rempli par un suc desséché, vitreux et très-astringent; l’endocarpe est blanc, spongieux, très-mucilagineux et un peu sucré; il forme, au moyen de replis intérieurs, des loges obliques dont chacune contient une semence elliptique arrondie, un peu comprimée, marquée sur chaque face d’une sorte d’auréole ou de ligne elliptique qui se prolonge en pointe et s’ouvre du côté du hile. Quand on brise le fruit transversalement, il arrive souvent que les semences et les loges qui les contiennent paraissent placées sur deux rangs parallèles et former deux séries, et c’est probablement ce caractère qui

a porté MM. Wight et Arnolt à former de VAcacia farnesiana un genre particulier; mais ce caractère différentiel n’est qu’apparent, et il serait véritablement singulier qu’un arbre aussi semblable aux autres acacias à fleurs capitulées en différât par un caractère aussi essentiel. En réalité, de même que dans toutes les Légumineuses, les semences de l’acacia de Farnèse ne forment qu’une seule série suturale, mais dont chaque graine est attachée alternativement de chaque côté de la

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suture ; et comme, dans cette espèce, les semences sont très-nombreuses sur une longueur peu considérable et très-rapprochées, elles sont obligées, pour prendre leur développement, de se diriger alternativement à droite et à gauche de la suture qui les supporte. C’est là ce oui les fait paraître opposées ou en série double; mais elles sont alternes placées l’une au-dessus de l’autre et en série simple. ’

L’acacia de Farnèse est très-commun à l’île Maurice, où il porte le nom de cassier ou de cassie. Ses gousses y sont usitées pour le tannage et la teinture en noir. Elles ont été apportées en France vers l’année 1825, en même temps que le bablah de l’Inde, sous les noms de balibabulah et de graine de cassier, ce qui est cause que Virey les avait attribuées au Cassia Sophera{i). L’acacia de Farnèse est aussi très-cultivé en Italie et en Provence, à cause de ses fleurs, qui ont une odeur très-agréable et un peu musquée, et qui sont aujourd’hui usitées dans la parfumerie, sous le nom de (leurs de cassie (fig. 7)4).

VI. Acacia Vereh, Flor. Seneg. ; Acacia Sénégal, Willd. (excluez les figures citées) ; Mimosa Sénégal, L. ; gommier blanc ou Verek d’.Adanson Ifig. 716). Arbre peu élevé, couvert de branches tortueuses et de feuilles petites, deux fois ailées, composées de3à 5 paires depinnules à 12 ou 15 paires de folioles glabres, longues de 2 millimètres, étroites, avec une très-petite pointe au sommet. A la base de chaque feuille se trouvent 2 ou 3 épines coniques, courtes, crochues, noirâtres et luisantes. Les fleurs sont blanches, polyandres, disposées en épis axillaires pédonculés, cylindriques, longs de 8 centimètres. Les fruits sont jaunâtres, très-aplatis, linéaires, pointus aux deux bouts, longs de 95 millimètres, larges de 18 à 20, veinés à l’extérieur et chargés de poils courts peu sensibles. Les semences sont au nombre de 6 environ, très-aplaties, orbiculaires ou un peu cordiformes. Cet arbre fournit la plus grande partie de la gomme du Sénégal.

A la suite des fruits d’acacias, utiles pour le tannage et la teinture, je décrirai deux autres fruits importés d’Amérique et qui servent aux mêmes usages.

I. Gouiaes de libldilil OU de dlvidiTi, nacaacol, ouatta-pana.

On donne ces différents noms aux fruits du Cæsalpinia Coriaria, Willd., arbre très-répandu dans les lieux maritimes de la Colombie, des Antilles et du Mexique’ Ses fruits {fig. 717) forte-

a . h-H K- comprimés, longs de 7

Fig. 7.7. - Gou..e de ub.d.b., g Centimètres et larges

,1 t de 15 à 20 millimètres, sont

reconnaissables à leur lorme recourbée en G ou en S, qui leur

(1) Virey, Joum. pharm,, t. XI, p, 313.

donne une certaine ressenablance avec la racine de historié. Ils sont indéhiscents et renferment sous une enveloppe mince, lisse et d’un rouge brun, une pulpe desséchée jaunâtre, d’une saveur très-astringente et amère. Au centre de cette pulpe se trouve un endocarpe blanc ligneux, qui divise le fruit d’une suture à l’autre et d’un bout à l’autre, sous la forme d’une lame formée de fibres plates, transversales et d’une grande ténacité. Cette lame se dédouble sur sa ligne médiane de manière à former une série de très-petites loges distinctes, contenant chacune une petite semence allongée dans le sens transversal, un peu aplatie, très-unie, lisse et d’un brun clair.

II. Algarobo ou alyarovilla. J’ai trouvé dans le commerce, sous l’un ou l’autre de ces noms, un fruit qui me parait difficile nent pouvoir se rapporter aux arbres qui portent ces noms en Amérique, et qui sont :

VlngaMarthœ Spreng., dit algarovilla;

Le Prosopis âorrida, Kunth., ditalgarobo;

Le Prosopis siliquastmm,'DC., dit algarobo de Chili.

Le fruit dont il est ici question (fig. 718) est presque droit, long de

Fig. 718. — Algurobo.

23 à 35 millimètres, épais de 10 à 12, arrondi ou terminé en pointe aux extrémités ; il est tantôt presque cylindrique, d’autres fois inégalement renflé, quelquefois encore plus ou moins comprimé. 11 est formé d’un épicarpe très-mince et ridé, dont la couleur varie du rouge orangé au jaune orangé et au rouge-brun. A l’intérieur se trouve un endocarpe membraneux dont les replis forment de 2 à 4 loges imparfaites, contenant chacune une grosse semence lenticulaire, rouge, unie, assez semblable pour la forme et la grosseur à celle des lupins. Entre les deux enveloppes ci-dessus, se trouve un tissu fort remarquable, consistant en fibres ligneuses assez fortes, qui vont, en s’anastomosant, se réunir à l’une et à l’autre suture, de manière à former une tunique générale, à tissu de dentelle, plongée au milieu du suc amer et trèsastringent, Jaune et d’apparencede succin,qui remplit tout l’intervalle compris entre l’épicarpe et l’endocarpe. Ce suc astringent et vitreux est si fragile qu’il se brise souvent etse réduit en poussière, avec l’épicarpe

400 DI COTYLÉDONES CALICIFLOUES.

qui le recouvre; alors la tunique fibreuse dont j’ai parlé subsiste, en formant comme un squelette ligneux que des insectes auraient misa nu. [Ces fruits appartiennent au Balsamocarpon brevifolium. C’est ainsi qu’ils étaient désignés à l’Exposition universelle de 1867, dans la section du Chili.

On trouve souvent mélangées, avec les fruits que je viens de décrire, des masses formées des mêmes légumes entiers ou brisés, incorporés avec le suc astringent qui en est sorti. Je pense que ce fruit est celui dont Virey (t) a parlé sous le nom à’AlgaroviUa,e{ sur l’origine duquel il s’est trompé en l’attribuant à VlngaMarthœ,

Sucs astringents du commerce.

Je placerai ici l’histoire des sucs astringents du commerce ; d’abord parce que le plus grand nombre d’entre eux appartient à la famille des Légumineuses, ensuite parce que les autres ont avec les premiers des rapports de composition et d’emploi trop évidents pour qu'on puisse traiter des uns sans parler immédiatement des autres.

Suc d’acacia d’Égxpte.

Le vrai suc d’acacia est extrait des fruits de \’ Acacia nilotica (pag. 391, fig. 710), cueillis avant leur maturité. On les pile dans un mortier de pierre, et on en exprime le suc, que l’on fait ensuite épaissir au soleil. Lorsque ce suc a acquis une consistance convenable, on en forme des boules du poids de 125 à 230 grammes, et on l’enferme dans des morceaux de vessie, où il achève de se dessécher.

Le suc d’acacia, suivant les caractères que lui donnent les auteurs, et qui sont exacts, car on les retrouve dans un échantillon qui a été rapporté d’Égypte par Boudet oncle, le suc d’acacia, dis-je, est solide, d’une couleur brune tirant sur celle du foie, d’une saveur acide, styptique, un peu doueeâtre et mucilagineuse. J’y ajoute ceux-ci : traité par l’eau froide, il s’y dissout assez promptement, mais donne une dissolution imparfaite, trouble, ayant la couleur et l’apparence d’une décoction de quinquina gris. La liqueur filtrée est rouge, rougit très-fortement le tournesol, forme un précipité bleu-noir très-abondant par le sulfate de fer, forme avec la gélatine un précipité tenace et élastique, précipite fortement l’émétique et l’oxalate d’ammoniaque, précipite également par l’alcool et les carbonates alcalins. La portion du suc d’acacia insoluble dans l’eau se dissout dans l’alcool, auquel

(1) Virey, Jown, de phartn., U XII, p. S96.

LÉGUMINEUSES. — CACtIOU.

elle communique une couleur très-foncée, une saveur très-astringente, non amère, et la propriété de précipiter en bleu foncé le sulfate de fer. Ces essais indiquent dans le suc d’acacia un acide libre d’une forte acidité, une espèce de tannin analogue à celui de la noix de galle, et un sel calcaire très-abondant.

Le vrai suc d’acacia est très-rare dans le commerce, ou, pour mieux dire, depuis fort longtemps il ne s’y trouve plus. On donne à sa place une autre matière nommée Acacia nostras, exiraite en Allemagne des fruits non mûrs du prunier sauvage {Prunus spinosa, L.). On exprime le suc de ces fruits, et on lui donne la forme du vrai suc d’acacia. Suivant Lewis, il est plus dur, plus pesant, plus brun, plus âcre que ce dernier, presque également soluble dans l’eau et dans l’alcool. Voici les caractères de celui que je possède ; il est entièrement sec et dur, d’un brun-rouge, d’une saveur de pruneaux. Il est peu soluble dans l’eau, et laisse, après avoir été traité par ce liquide bouillant, une matière abondante qui a l’apparence de l’albumine coagulée; il est insoluble dans l’alcool. Cette substance doit être, avec d’autant plus de raison, rejetée par les pharmaciens, qu’il leur est très-facile de préparer aujourd’hui le véritable suc d’acacia avec les fruits de bablah, que l’on trouve abondamment dans le commerce.

Cachou.

Le cachou est une substance astringente dont l’emploi est trèsancien chez les peuples qui habitent les contrées méridionales et orientales de l’Asie, et qui leur sert principalement à composer un masticatoire dont l’usage est aussi général que celui du tabac dans d’autres parties du globe. Ce masticatoire, formé de cachou, de noix d’arec et d’un peu de chaux, le tout enveloppé d’une feuille de bétel, rougit fortement la salive et colore les dents d’une manière désagréable; mais il paraît être utile dans ces climats, pour remédier au relâchement des gencives et à la débilité des organes digestifs. Le cachou est aussi très-utile dans l’Inde comme médicament et pour la teinture.

Beaucoup d’auteurs ont admis, après Garcias ab Horto, que le cachou avait été connu des anciens Grecs, et que c’est lé Lyciuni de rinde de Dioscoride. Malgré l’avis contraire du savant M. Hoyle (1), il m’est diflicile de ne pas partager l’avis de Garcias; mais, quel que soit le parti que l’on prenne dans cette discussion, il convient de reconnaître que le cachou n’a été connu dans l’Europe moderne, que vers le milieu du xvu“ siècle, et qu’il a été mentionné d’abord par Schrader, dans un appendice à sa phar-

(1 ) Royle, Annales des sciences naturelles, 1834 ; Botanique, t. II, p. 183.

GciBODRT, Drogues, 7* édit. T. HL — 26

macopée, sous le nom de Terra japoniea ou de Catechu. Pendant longtemps il n’a été employé que pour la médecine, et la consommation en était assez bornée; mais, en 1829, on a commencé de l’appliquer en France à la teinture des étoffes, et dès lors l’importance s’en est accrue d’une manière tellement extraordinaire que d’une importation moyenne de 282 kilogrammes, pendant les années 1827 à 1831, elle s’est élevée, en 1838, à 348,783 kilogram mes ; cependant elle a baissé depuis, mais elle était encore , en 1843, de 223,342 kilogrammes.

Suivant Murray (1), le nom catechu, qui a passé presque sans altération dans plusieurs langues européennes, est tiré de cate nom de l’arbre, et de chu qui signitle suc dans la langue du pays. J’ignore de quelle langue Murray a voulu parler, mais je n’ai trouvé ces mots dans aucun des idiomes de l’Inde. Gardas nomme l’arbre au cachou hacchic, et c’est le cachou lui-même qu’il appelle cate (2). Gardas décrit d’ailleurs très-imparfaitement l’arhre au cachou, bien qu’il soit très-probable qu’il ait voulu parler d’un acacia. D’après lui, c’est un arbre hérissé d’épines, de la grandeur d’un frêne, à feuilles très-petites et persistantes, à bois dur, compacte et incorruptible. Pou*' extraire le cachou, on pile les rameaux de l’arbre et on les fait bouillir dans l’eau. On y ajoute quelquefois de la râclure d’un certain bois noir croissant au même lieu et de la farine de nachani, qui est une semence noire et menue de la saveur du seigle et propre à faire du pain (3). Le produit de la décoction, concentré, sert à faire des pastilles ou des tablettes qui constituent le cachou.

Sans répéter ici tout ce qui a été écrit sur la nature, l’origine et la préparation du cachou, et sur l’espèce d’arbre qui le produit, je me bornerai h dire qu’après beaucoup de discussions, les opinions parurent fixées par Antoine de Jussieu (4), qui, se fondant principalement sur des renseignements fournis par un chirurgien français résidant à Pondichéry, soutint l'opinion que tout le cachou, quelle qu’en soit la forme, en boules, en manière d'écorce d’arbre, ou en masses aplaties, était extrait par infusion dans l’eau des noix d’arec coupées par tranches. Mais cette opinion a été renversée lorsque Kerr, chirurgien anglais, eut fait publier (5) une description exacte de V Acacia Catechu et de la manière d’en extraire le cachou ; à partir de ce moment, et surtout à mesure qu’on oubliait davantage ce qui avait été écrit antérieurement,

;i) Murray, Apporatus medic., t. II, p. 54(i.

(2) Gardas, Arom,, cap. x.

(.1) J'ai trouvé que le nachani est X'Eleusine Coracana, de la famille des Graminées.

(4) Antoine de Jussieu, Mem. de VAcad, des sciences, nao, p. 340.

;5) Kerr, Medical observations and inquiries, t. V, p. 151.

Kerr fut regardé comme l’auteur de la découverte de la véritable origine du cachou. Quant à moi, il ne me parait pas plus exact de dire que le cachou soit exclusivement tiré de V Acacia Catechu que de VAreca. Car si la première extraction est pratiquée dans les provinces septentrionales de l’Inde, la seconde est incontestablement usitée dans les contrées du midi. Enfin, autant pour donner une idée plus exacte de cette question que pour rendre à chacun la justice qui lui est due, je traduirai ici par extrait un mémoire d'Herbert de Jager, bien antérieur à ceux de Kerr et d’Antoine de Jussieu (1).

« On entend, dans les Indes, sous le nom de khaath (que les nôtres nomment catsjoe et Gardas cate), tout suc astringent retiré par décoction de fruits, racines ou écorces, et épaissi, lequel, étant mâché avec du bétel et de l’arec, colore la salive en rouge.

« Ce suc desséchéne provient pas d’un seul arbre; mais on le retire de presque toutes les espèces d’acacia qui sont pourvues d’une écorce astringente et rougeâtre et de beaucoup d’autres plantes ; et tous portent le nom de khaath, quoiqu’ils différent en vertu et on bonté. Il y a cependant un arbre qui produit le meilleur et le plus estimé. On nomme cet arbre kheir en langage hindou et de Decan, et kadira dans la langue sanscrite. Les forts rameaux sont pourvus d’une écorce cendrée, tandis que les pétioles des feuilles ailées sont couverts d’un épiderme rougeâtre, et sortent extérieurement du rameau entre deux épines opposées entre elles et recourbées, t.es feuilles sont semblables â cellesde l’acacia, quoique plus petites, ce qui me le fait ranger parmi les acacias . Suivant ce qui m’a été rapporté, c’est de cet arbre, soit seul, soit mêlé à d’autres, que l’on confectionne au Pégu le khaath, qui est tellement célébré qu’on le distribue par toutes les Indes. Mais il y a encore un autre arbre épineux du genre de l’acacia, et à feuilles très-petites, qui est nommé en langage tellingoo driemmi et en sanscrit siami, duquel, suivant ce que j’ai entendu dire, le cachou est également retiré par l’intermède du feu. Cet arbre est tout hérissé d’épines courtes et élargies à labase. I.’écorce des forts rameauxest raboteuse et d’une couleur jaune rougeâtre foncée; les rameaux sont assez disposés sans ordre et entremêlés ; deux ou trois rejetons sortent d’une môme branche et portent de petites folioles oblongues arrondies, d’un vert blanchâtre; de çà et de là sortent, d’entre les Icuilles et vers l’extrémité des rameaux, de petits fruits un peu arrondis; à peine oserai-je dire lequel de ces deux arbres a été indiqué par Garcias(2).

(1) Herbert de Jager, Mincellanea curiosa, 1624, p. 7.

(2) Si, comme on n’en peut guère douter, l’arbre nommé hatchic par Garcias est un acacia, il est extrêmement probable que c’est celui qui sert principalement à la préparation du cachou, c’est-à-diro le kheir ou khadira d’Herbert de Jager, ou Acacia Catechu des botanistes. Quant au second acacia épineux nommé par Herbert de Jager driemmi ou siami, je suis tout à fait porté à croire que c’est VÂcacia farnesiana, sur l’autorité de Roxburgh (lui rapporte

404 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

« Enfin, autour des monts Gâte qui, commençant au cap Comorin, enferment toutle Malabar, le Canara, le Caucanet encore d’autres contrées plus septentrionales, on fabrique une grande quantité de cachou par un autre procédé qui m’a été communiqué par un gymnosophiste qui avait parcouru toutes ces provinces. Suivant cet homme, la noix d’arec, étant encore verte, est coupée par morceaux et mise à bouillir dans l’eau, avec un peu de chaux, pendant trois ou quatre heures, au bout desquelles il se dépose une matière épaisse et féculente comme une bouillie, laquelle seule peut servir à fabriquer le khaath; mais, afin de rendre le produit meilleur, on y ajoute de l’écorce de tsjaanra ou acacia précédemment décrit, et de celle de l’épine noire d’Egypte, toutes deux récentes et macérées pendant trois jours daiis de l’eau, laquelle est ensuite versée sur le dépôt précédent et bouillie pendant une heure. La matière épaissie est exposée au soleil, sur des nattes, jusqu’à ce qu'elle devienne presque dure. Alors on la réduit en petites masses qui sont transportées partout sous le nom de khaath. Mais ce produit n’est pas toujours pur, et la plupart du temps on y ajoute de l’argile ou du sable pour en augmenter la masse. »

Yoici la description donnée par Kerr pour l’extraction du cachou de l’Acacia Catechu (1).

à cette espèce un végétal dont il est question dans les Recherches asiatiques sous le nom de sami. Enfin Herbert de Jager indique plus bas, sous le nom d'épine noire d’Égypte, une troisième espèce d’acacia, qui concourt quelquefois à la fabrication du cachou de l'arec. Cette épine noire d'Égypte ne peut ttre autre chose que l'Acacia arabica.

Fig. 71». — Acacia Catéchu.

(1) Acacia CofecAu, Willd (fig. H»)- Car. Spéc. : épines stipulaires d presque droites, mais se recourbant avec l’àge ; feuilles pinnées à lo

l’abord

paires

LÉGUMINEUSES. — CACHOUS. 405

a Le cachou est préparé avec la partie interne du bois qui est d’un brun pâle, ou d’un rouge foncé, et même noir par place ; la partie externe, qui est blanche, est rejetée. On divise le bois intérieur en copeaux et on en remplit un vase de terre à ouverture étroite, que l’on remplit d’eau jusqu’à la partie supérieure. Cette eau étant diminuée à moitié par la coction, on la verse dans un vase de terre plat, et on l’épaissit jusqu’à ce qu’il en reste seulement la troisième partie. Alors la matière étant reposée pendant un jour, dans un lieu frais, on la fait épaissir à la chaleur du soleil, en l’agitant plusieurs fois pendant le jour. Lorsque la masse a acquis une consistance suffisante, on l’étend sur une natte, ou sur un drap saupoudré de cendre de bouse de vache, et on la divise en morceaux quadranguluires, dont on achève la dessiccation complète au soleil. Afin que l’extraction se fasse plus facilement, on se sert de fourneaux très-simples, consistant principalement en une voûte de terre cuite, placée sur un foyer creusé en terre, et percé de trous qui reçoivent les vases à extraction. Plus le bois est foncé en couleur, plus l’extrait obtenu est noir et de moindre qualité. On prend donc le bois d’un brun pâle, d’oà résulte un extraitplus légeret blanchâtre. -

« Cet extrait n’est pas préparé au Japon, d’où l’épithète japonica ne lui convient pas. Il est apporté du Malabar, de Suratte, de Pégu et d’autres contrées de l’Inde; mais sa plus grande provenance paraît être de la province de Bahar. »

Royle a vu préparer le cachou avec le bois de V Acacia Catechu> dans les passes de Kheree et de Doon. Seulement il ajoute que le suc épaissi est versé dans des moules d’argile qui sont généralement d’une forme carrée. Ce cachou est de couleur rouge pâle. Il suit la voie ordinaire du comnierce par le Gange et nous arrive par Calcutta. L’échantillon de ce cachou que lloyle a rapporté ressemble exactement à celui que j’ai décrit sous le nom de cachou terne et parallélipipède, ou cachou en écorce d’arbre d’Antoine de Jussieu, dont l’origine se trouve ainsi définitivement constatée.

Cachou de l’arec.

J’ai déjà rapporté, d’après Herbert de Jager, la fabrication du cachou de VAreca Catechu, qui diffère de celle mentionnée par Antoine de Jussieu, parce que, suivant ce dernier, la noix d’arec servirait seule à la fabrication de l’extrait ; tandis que, suivant Herbert de Jager, on y ajouterait souvent une infusion de bois

de pinnules portant de 40 à 50 paires de folioles linéaires, très-petites et pubescentes; une glande déprimée à la base du pétiole commun, et deux ou trois autres entre les dernières pinnules; fleuis jaunes, polyandres, à 6 divisions et à 20 étamines, disposées en épis cylindriques, sortant au nombre de un à 3 de l’aisselle des feuilles; légume lancéolé, plane, renfermant do 3 à 6 se¬

mences.

400 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

d’acacia. Voici une nouvelle descriplioii de celte fabrication due au docteur Heyne, qui nous apprend que dans le Mysore on prépare deux sortes de cachou avec la noix d’arec.

« Avec des semences de l’arec, on prépare un extrait qui constitue au moins deux des espèces de cachou des pharmacies. Cet extrait est préparé en grande quantité dans le Mysore, aux environs de Sirah et de la manière suivante. Les noix d’arec étant prises telles qu’eUes viennent sur l’arbre, sont mises à bouillir pendant quelques heures dans un vaisseau en fer. Elles sont alors retirées, et la liqueur est épaissie en continuant l’ébullition. Ce procédé fournit le kassu ou le cachou le plus astringent, lequel est noir et mêlé de glumes de riz et d’autres impuretés. Après que les noix sont séchées, elles sont mises dans de nouvelle eau et bouillies de nouveau , et cette eau , étant épaissie comme la première, fournit la meilleure et la plus chère espèce de cachou nommée coury. Celui-ci est d’un jaune brun d’une cassure terreuse, et sa7}s mélange de corps étrangers. (D’après ces caractères, il me paraît certain que le coury et le Mssu sont les deux premières sortes de cachou que j’ai décrites sous les noms do cachou en boules, terne et rougeâtre, et de cachou brun noirâtre, orbiculaire et plat.)

Cianil>lr-

Le gambir est une substance tellement semblable au cachou par sa composition et ses propriétés, qu’on lui en donne le nom dans le commerce et que je l’ai moi-méme décrit comme une sorte de cachou , avant que de le connaître sous son véritable nom. Une fois ce nom connu, celui du végétal qui le fournit le devenait également. Il est en effet certain, d’après les renseignements fournis par Kœnig, Hunier, Roxburgh, etc., que le gambir est extrait des feuilles de VUncaria Gambir, Roxb. (1). Je me bornerai aux extraits suivants :

(1) Uncaria Gambir, Roxb.; Nauclea Gambir, Hunt. (fig. 720). Les Vncaria

LÉGUMINEUSES. — CACHOUS.

Extrait da observations de Hmter sur la plante qui pi'oduit h Gutta gambeer (1). « Deux procédés sont employés pour extraire le Gutta gambeer des Teuillcs du Naudea Gambie. Suivant le premier, on fait bouillir dans l’eau les feuilles complètement privées de tige. On évapore la liqueur en consistance sirupeuse et on la laisse se solidifier par refroidissement. On la coupe alors en petits carrés que l’on fait sécher au soleil, en ayant soin de les retourner souvent.

« Le gambicr préparé par ce procédé est de couleur brune ; mais on en apporte de la côte malaise et de Sumatra, qui est sous forme de petits pains ronds, presque blancs. Selon le docteur Campbell de Bencoolen, celte sorte de gambir se prépare en faisant infuser dans l’eau, pendant quelques heures, les feuilles et les jeunes rameaux incisés. La liqueur étant passée laisse déposer une fécule qui est épaissie à la chaleur du soleil et façonnée en petits pains ronds.

« Le plus fréquent usage du gambir est d’élre mâché avec les feuilles de bétel, de la même manière que le huit ou cachou, dans les autres parties de l’Inde. On choisit, à cet effet, la sorte la plus belle et la plus blanche. Le gambier rouge, étant d’un goût très-fort, et abondant, est exporté pour la Chine et Batavia, où il sert au tannage et à la teinture.

« Dans l’île du prince de Galles, les fabricants de gambir l’altèrent souvent avec de la fécule de sagou, qu’ils y mêlent intimement j mais on peut découvrir celte fraude par la solution du gambir dans l’eau, u

Extrait de Roxburgh (i). Uncaria Gambier. Gambier est le nom malais d’un extrait préparé avec les feuilles de cette plante, et qui joint à quelque douceur un principe asiringent plus prononcé que dans le cachou. La préparation en est simple : les jeunes tiges et les feuilles sont hachées et bouillies avec de l’eau, jusqu’à ce qu’il se dépose une fécule. Celle-ci est évaporée au sohil en consistance de pdte et jetée dans des moules de forme circulaire. C’est ainsi que se fait le gambir, d’après le docteur Campbell; mais, dans d’autres parties du golfe de Bengale, les feuilles et les jeunes pousses sont bouillies dans l’eau, et la liqueur est évaporée sur le feu et à la chaleur du soleil, jusqu’à ce qu’elle soit assez épaissie pour être étendue mince et coupée en petits pains carrés. »

Suivant .M. Bennett, la méthode usitée à Singapore pour faire le gambir cubique consiste à faire bouillir deux fois les feuilles avec de l’eau, dans un chaudron nommé quahe, faiten écorces d’arbres cousues.

sont des arbrisseaux sarmenteux, très-répandus dans l'Inde et principalement dans toutes les lies do la Malaisie. Ils appartiennent A la famille des Bubiacées et à la même tribu que les Cinchona, dont ils se distinguent principalement parce que leurs fleurs sont sessiles et réunies en capitules, sur des pédoncules sortant de Taisselle des feuilles. L'Uncaria Gamàir a les feuilles ovées-lancéolées, courtement pétiolées, lisses sur les deux faces ; les stipules sont oVées, les pédoncules florifères sont solitaires et opposés dans l’aisselle des feuilles supérieures; ils sont bractéolés au milieu de leur longueur et sont accompagnés à la base, d’une épîne recourbée en crochet, provenant d’un autre pédoncule avorté.

(1) Hunter, Transact. of the Linnean Society, IX, p. 218.

(2) Roxburgh, Elora indica, t. I, p.'518.

408 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

avec un fond en fer battu. Les feuilles épuisées et égouttées servent de fumier pour les plantations de poivre. La décoction est évaporée en consistance d’extrait ferme, lequel est d’un brun clair, jaunâtre et comme terreux. On place cet extrait dans des moules oblongs dans lesquels il se solidifie. Ensuite on le divise en cubes et on le fait sécher au soleil sur une plate-forme élevée. Hunter dit que cet extrait est quelquefois mélangé de sagou ; mais M. Bennett nie que cette falsification se pratique à Singapore. Le meilleur gambir est apporté de Rhio, dans l’île de Bintang. Le meilleur ensuite est celui de Lingin.

KinoH.

On donne aujourd’hui le nom de kino à un certain nombre de sucs astringents qui proviennent de végétaux et de pays très-différents. Ces sucs ont avec les cachous et le gambir une assez grande analogie de propriétés; cependant ils sont généralement plus solubles dans l’alcool et pourvus d’un principe colorantd’un rouge de sang, qui manque aux premiers.

J’ai cherché pendant longtemps et sans succès l’origine du mot kino, que l’on trouve pour la première fois dans Murray, comme synonyme de la gomme astringente de Gambie, dont la première mention a été faite par Folhergill en 1757. Voici comment on peut expliquer ce nom aujourd’hui : malgré l’importance donnée à la gomme astringente de Gambie par Fothergill, et les démarches faites pour se procurer de nouveau cette substance, elle n’a jamais reparu dans le commerce ; bien qu’on sache parfaitement qu’elle est produite par un arbre d’Afrique nommé pau de sangue, qui est le Pterocarpus erinaceus de Lamarck. Néanmoins, par suite du mémoire de Fothergill, la gomme rouge de Gambie n’ayant pas cessé d’être demandée, on a délivré en son lieu et place d’autres sucs analogues arrivés de toutes les parties du monde, de l’Inde, des Moluques, de la Nouvelle-Hollande, de la Jamaïque, du Mexique, delà Colombie, etc., qui tous, jusqu’à ce que leur origine ait été découverte, ont été confondus avec la première. Or, parmi ces substances, il y en a une, produite en abondance par le Butea frondosa, et qui porte dans l’Inde le nom de kueni. 11 est probable, ainsi que le pense Pcreira, que c’est là l’origine du nom kino, que l’on a étendu depuis à tous les sucs rouges et astringents fournis par le commerce.

Après avoir donné ces détails préliminaires sur les cachous les gambirs et les kinos, je vais décrire les principale, sortes que l’on en trouve dans le commerce. Je renverrai pour les autres ainsi que pour tous les détails dans lesquelsje ne puis entrer ici*

LÉGUMINEUSES. — CACHOUS.

au mémoire que j’ai publié sur les sucs astringents, nommés cachous, gambirs et Mnos (1).

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