‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou Cours d'histoire naturelle professé à l'École supérieure de pharmacie de Paris. Tome troisièmeChapitre 99 sur 139 · Kiiio h feuiiioH «le imllHier. Voir le Mémoire cité · texte numérisé non relu

Kiiio h feuiiioH «le imllHier. Voir le Mémoire cité

44. Kino iie.\ew- York OU du iirÔMil. Ce kiiio a été apporté de New-Yuik, en 1837. Il était contenu dans un sac de toile étiqueté sang-dragon, et ce sac était renfermé dans une balle d’ipécacuanha gris du Brésil, dont le kino a conservé l’odeur très-longtemps ; mais maintenant je lui trouve une odeur presque semblable à celle du kino de la Colombie (n" 42). Il a été brisé, par le transport probablement, en fragments anguleux généralement fort petits, et dont les plus gros n’atteignent pas la grosseur du pouce. Il est recouvert d’une poussière rouge terne ; mais la cassure en est noire et très-brillante, et les petites lamelles qui s’en détachent sont rouges et transparentes. L’absence totale de bulles d’air dans l’intérieur des fragments, et la forme arrondie, mamelonnée ou slalacliforme de quelques gros fragments qui n’ont été qu’en partie brisés, me portent à croire que celle substance est un produit d’exsudation naturelle. Et comme d’ailleurs elle présente tous les caractères du kino de la Colombie, je pense qu’elle peut être attribuée également au Rhizopkora Mangle.

Le kino de New-York, traité par l’alcool à 90 degrés, ne laisse que 9,8 pour 100 de matière insoluble. La dissolution est d’un rouge brun très-foncé, épaisse, et filtre très- difficilement. Traité par l’eau, il donne seulement moitié de son poids d’extrait et laisse un peu moins de résidu qui est presque complètement so-

îiiblo clans l’alcool. On voit que ces propriétés sont celles du kino delà Colombie et du kino de l’Inde.

43. Kino de la Ver.t-Cruz. Cette substance a été apportéede la Vera-Cruz en 1837. Elle est en fragments généralement plus petits que la semence de Psyllium, mélangés de beaucoup de poussière rouge et de débris atténués d’une écorce blanchâtre. Elle possède une saveur très-astringente et une odeur d’iris ou de eampêche très-marquée. Les petits fragments, examinés à la loupe, sont presque transparents, d’un rouge hyacinthe, et paraissent tous avoir fait partie de petites lames arrondies ou stai.actiformes; de sorte que cette matière est très-certainement un produit d’exsudation naturelle.

Le kino de la Vera-Cruz ne se dissout qu’en partie dans l’eau • froide. Laliqueiir est rouge et présente des réactions qui ont élé •comprises dans le tableau suivant, présentant l’essai comparé des principales sortes de cachou, de gambir et de kino ; j’y ai compris également l’extrait de ratanhia, qui peut bien être considéré comme une espèce de kino. Les liqueurs ont élé préparées en •traitant une partie de suc astringent par 24 parties d’eau bouillante (Voir pages 436, 437).

Gommes de Légumineuses.

Ciommc araliiqnc.

On nomme ainsi une gomme à cassure vitreuse, transparente, entièrement soluble dans l’eau, qui était autrefois apportée d’Ara- Tiie ou tout au moins d’Égypte ; mais depuis très-longtemps on la tire en très-grande partie du Sénégal, qui en fait un commerce considérable. Il en vient toujours cependant des deux pays que j’ai nommés d’abord, qui .se distingue de celle du Sénégal par •guelques caractères particuliers.

'Cette gomme découle naturellement de plusieurs espèces d’A- 'cacia dont les principales sont :

[1° L’.4 eacm nilotica, Del. Cet arbre croît dans toute la vallée du Nil; c’est lui qui produit le bablah d'Afrique et le véritable suc d’acacia; mais la gomme qu’il produit est de qualités! inférieure iqu’elle ne peut former une sorte commerciale (1) ;

2“ V Acacia tortilis, Ilayne, habitant toute la partie aride de d’Egypte, la Nubie, le Sinaï, l’Arabie Pétréc et l’Arabie Heureuse,

(1) Voir, pour cet acacia et pour tous les autres de la vallée du Nil : 'Schweiufurt, Axfzuhlung und Beschreibung der Aeaden-Arten der Nilgebiels. {Linnæa, 1867, t. I, p. 309.)

4i0 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

le Sénégal. On lui altribue une partie de la gomme arabique,

ainsi qu’ù

3“ V Acacia Ehrenbergiana, Hayne, qu’on trouve dans toute la Nubie, dans la haute Égypte et sur les bords de la mer Uouge ;

4° Acacia arabica, arbre de l’Arabie et surtout de l’Inde, où il produit le bablah de l’Inde et la gomme de l’Inde;

5“ V Acacia Adansonii de la Flore de Sénégambie, qui produit ane gomme rouge amère assez abondante, qui fait partie de celle du Sénégal ;

6° h' Acacia Seyal de Delile et de la Flore de Sénégambie, produisant une gomme en larmes blanches, dures, vitreuses et vermiculées, qui fait également partie de celle du Sénégal;

7“ L’ Acacia Verek de la Flore de Sénégambie, qui habite l’Afrique, depuis le Sénégal jusqu’au cap Blanc ; c’est lui surtout qui constitue la forêt de Sahel, la plus voisine du Sénégal, et qui fournit la vraie gomme du Sénégal, en larmes vermiculées. ovoïdes ou sphéroïdes, ridées à la surface, mais transparentes et vitreuses à l’intérieur; on le trouve aussi dans la Nubie australe et dans le Kordotan, où il produit la meilleure gomme blanche qui vienne des régions du Nil dans le commerce (1).

8° L’Acacia albida, Del., qui croît dans la vallée du Nil et au Sénégal et auquel on attribue l^a production de la gomme appelée Sala-breda ou du haut du fleuve.]

9“ L’Acacio gummifera de Willdenow, dont le fruit submoniliforme, cotonneux et blanchâtre, paraît ressembler à celui de y Acacia arabica. Cet arbre croît en Afrique, près de Mogador, et fournit très-probablement la gomme de Barbarie ;

10“ L’Acacia decurrens de Willdenow, croissant aux environs du port Jackson, dans la Nouvelle-Hollande, et fournissant une gomme soluble, différente de celle du Sénégal.

Nous étudierons maintenant les caractères particuliers des gommes du commerce.

Ciomme arabique vraie. Cette gomme est blanche ou rousse ; mais on ne trouve guère à Paris que la blanche; elle y porte le nom de gomme turique, et est en petites larmes blanches et transparentes, qui, jouissant cependant de la propriété de se fendiller en tous sens à l’air, paraissent opaques étant vues en masse. Elle se divise très-facilement en petits fragments ; elle est entièrement et facilement soluble dans l’eau, d’une saveur pour ainsi dire nulle.

Pomet et Lemery donnent le nom de gomme luriqueh la gomme arabique récoltée dans le temps des pluies, qui s’est agglutinée

(I) Voir Scliweiiifurt, loc. cil., p. 37C.

en masses plus ou moins considérables, claires et transparentes. Ce nom de gomme lurique, appliqué ainsi à deux variétés de la gomme arabique, paraît tiré de celui de Tor, ville et port d’Arabie, non loin de l’isthme de Suez. Plusieurs auteurs font également mention d’une gomme jedda ou gedda, du nom d’un port appelé Djeddah, situé proche de la Mecque; mais je n’ai jamais pu savoir au juste ce que c’était que la gomme gedda.

Cioinmc lin S6ni>(ral (1). On connaît dans le commerce deu.x sortes de gomme du Sénégal : 1“ celle du ims du neuTes 2“ celle du liant du fli-uve (2). La gomme du bas du Qeuve est la plus estimée. Lorsqu’elle est privée par le triage d’une petite quantité de gommes particulières et de quelques autres substances qui s’y trouvent mêlées, elle se compose, soit de larmes sèches, dures, non friables, peu volumineuses, rondes, ovales ou vermiculées, ridées à l’extérieur, vitreuses et transparentes à l’intérieur; d’une couleur jaune et très-pâle ou presque blanche ; soit de morceaux plus gros, sphériques ou ovales, pesant quelquefois jusqu’à SOO grammes; moins secs, moins cassants, toujours transparents et d’une couleur jaune ou rouge. Les uns et les autres ont une saveur douce, qui paraît un peu sucrée ou moins fade dans les grosses boules rouges, et ils sont entièrement solubles dans l’eau. Leur soluté, peu épais, en comparaison de celui des gommes d’acajou et de prunier, rougit le tournesol, se trouble abondamment par l’oxalate d’ammoniaque et est entièrement précipité par l’alcool .

[La gomme blanche du bas du fleuve est produite par V Acacia Verek; les morceaux plus foncés sont attribués à V Acacia Neboued de la Flore de Sénégambie, — A ces deux sortes se trouvent souvent mêlés des morceaux de la gomme Gonaké, Gonakié ou Gonaté, produite par Y Acacia Adansonii. Cette gomme, de qualité bien inférieure, est plus rouge que la gomme de V Acacia Ncboued, et se distingue surtout par sa saveur amère.

La g'oiumi! dn haut du fleuve, ^adra-breida OU Salabreda,

est en morceaux beaucoup moins réguliers que la précédente, souvent anguleuse ou brisée, mêlée de menus fragments, et offrant à cause de cela un brillant que n’a pas la gomme du bas du fleuve. Souvent aussi les morceaux, vitreux et transparents à

(1) Consulter sur les gommes du Sénégal les renseignements résumés par L. Soubeiran [Journ. de pharm. et de chim., 3' série, t. XXX, p. 53), et Flückiger, Gummi iind lidellium vom Sénégal {Schweiz. Wochenschrift für Pharmacie, 1809, 11“ G, 7 et 8).

(2) La gomme du h.aut du fleuve est désignée par Guibourt sous le nom do Gomme de Galam. M. Soubeiran, d’après des auteurs plus récents, applique ce nom à la gomme du bas du fleuve, et celui de Salabreda h la gomme du haut.

iii DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

l’intérieur, sont recouverts d’une couche fendillée et opaque. Tous ces caractères sont dus à ce que cette gomme se rapproche de la nature de celle d’Arabie, et se fendille et devient friable à l’air, quoiqu’à un moindre degré. On l’attribue d’ordinaire à l’Acacm albida (1); cependant ni Schweinfurth ni les auteurs de la Flore de Sénégambie n'attribuent à cette espèce une exsudation gommeuse.

La gomme du Sénégal offre constamment un certain nombre de substances étrangères, qui sont : 1“ des semences et quelquefois des fruits entiers du Balanites œgyptiaca de Delile, arbre qui parait accompagner les acacias, des bords du Nil au Sénégal ; 2“ du bdcllium, gomme-résine dont il sera parlé plus tard; 3“ de la gomme butera; 4“ une petite quantité d’une gonune molle, d’une acidité bien marquée; a® de la gomme pelliculée ; 6” de la gomme verte; T de la gomme luisante et mamelonnée ; 8® de la gomme lignirode.io dirai quelques mots de ces quatre dernières substances.

Ciommc pelliculée. Je désigne ainsi une gomme quelquefois blanche, le plus souvent d’un jaune rougeâtre et d’une transparence moins parfaite que la gomme du Sénégal. Ce qui la distingue surtout est une pellicule jaune, opaque, qui recouvre presque toujours quelques points de sa surface. Cette pellicule, ex<aminée au microscope, présente des cellules hexagones et doit être considérée comme un épiderme végétal. Cette gomme se fond difficilement dans la bouche et s’attache fortement aux dents : un gramme, ayant été traité par oO grammes d’eau, s’y est dissous moins promptement que les sortes précédentes, et a laissé un résidu insoluble ayant conservé la forme des morceaux de gomme, et cependant peu considérable. La liqueur filtrée rougissait faiblement le tournesol, et précipitait abondamment par l’oxalate d’ammoniaque.

<>amme verte. Cette sorte est d’un vert d’émeraude qui se détruit à la lumière; alors elle devient d’un blanc Jaunâtre. Sa surface est ordinairement luisante et mamelonnée, et l’intérieur vitreux et transparent. Elle jouit des mômes propriétés que la gomme pelliculée, c’est-à-dire qu’elle est tenace sous la dent, difficilement et incomplètement soluble dans l’eau.

Ciomme lulaante et mamelonnée. J’ai VU quelquefois dans le commerce des quantités considérables d’une gomme à peine colorée et de belle apparence, que l’on vendait comme gomme du Sénégal, et dont le bon marché séduisait. Mais cette gomme était en général en morceaux irréguliers, allongés, souvent creux

(1) Voir L. Soubeiran, lot. eit., et lo Catalogue des produits des Colonies fionçaises à t'Erpodlion universelle de 18C7, p. 7G.

LÉGUMINEL'SES. — GOMME.

à l’intérieur, toujours à’une apparence glacée et à surface mamelonnée. Or, ces deux caractères indiquent presque avec certitude une gomme en partie insoluble dans l’eau, et qui doit être rejetée du laboratoire du pharmacien. Il me paraît probable que CCS trois gommes, pelliculée, verte et mamelonnée, ont une origine commune, différente de celle de la vraie gomme du Sénégal.

<jomme lisnlrode. Cette substance est commune dans la gomme du Sénégal et porte dans le commerce le nom de marrons. Elle mérite quelque attention par la singularité de sa formation. Elle est quelquefois jaunâtre, mais généralement d’une couleur brune foncée et noirâtre; elle est assez terne dans son aspect, opaque et raboteuse à la surface. Traitée par l’eau, elle lui cède de la gomme soluble semblable à la gomme arabique, et laisse un résidu de bois rongé. Or, en examinant ces marrons, j’ai observé dans la plupart une large cellule ovoïde qui avait servi de demeure à la larve d’un insecte; d’où j’ai conclu que cette sorte de mastic avait été pétrie par l’insecte lui-même, comme on sait que le font plusieurs espèces des ordres des névroptères et des hyménoptères. [Cependant ni M. Fliickiger (i), ni M. Guibourt lui-même n’ont trouvé des traces de cette larve.] La gomme de l’Inde présente des marrons semblables, qui ont l’apparence du galipot, jointe à une couleur rouge assez prononcée.

Ciommc de Barbarie. Cette gomme vient de Mogador,'dans le royaume de Maroc. Elle est sans doute produite par V Acacia gumtnifera, Willd. Telle que je l’ai, elle est en larmes irrégulières, assez chargées d’impuretés, d’une couleur ternè et un peu verdâtre, d’une transparence imparfaite. Elle paraîtrait souvent luisante et glacée à sa surface, sans la poussière grise qui la recouvre. Elle est très-tenace sous la dent, imparfaitement soluble dans l’eau, et de la même nature par conséquent que les gommes insolubles du Sénégal.

Ciommc de Sicile. On m’a donné sous ce nom une gomme qui a tous les caractères de celle de nos arbres fruitiers et qui doit provenir des mêmes végétaux. Elle est en larmes généralement globuleuses, agglutinées ensemble et chargées d’impuretés. Elle se divise dans l’eau en particules isolées, anguleuses et qui occupent un volume considérable. Le liquide liltré est coloré, mais ne contient que des traces de gomme.

Ciomme de France. Cette gomme est produite par les arbres fruitiers de notre pays, qui appartiennent à la tribu des Amygdalées, de la famille des Rosacées. Elle a été décrite page 294.

(1) Flückiger, loc. cit.

DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

ftiomme ile l'intle. Pereira (I) dit avoir reçu de Bombay trois sortes de gomme : une marquée Maculla best gum arabic, très-semblable à la gomme de Galam; une seconde, étiquetée Mocha and Barbary gum, en grosses larmes rouges et rugueuses; une troisième, dénommée Sui'al inferioi' gum arabic, en petites larmes brunâtres.

Quant à moi, la seule chose que j’aie connue pendant longtemps, sous le nom de «domine «le l’Inde, est une gomme brune, formée de larmes molles qui se sont soudées en une seule masse, laquelle ensuite a été cassée en morceaux anguleux, à peu près de la grosseur de la gomme du Sénégal (2). Cette gomme, paraissant avoir conservé longtemps sa mollesse à l'air, s’est chargée d’impuretés et de sable ; mais les parties pures sont transparentes, et offrent une grande variation de couleurs, depuis le jaune pâle jusqu’au rouge foncé; effet dû à ce que le suc coloré de l’arbre, qui a coulé en même temps que la gomme, s’y est inégalement réparti. Cette gomme est molle et glutineuse sous la dent, et d’une saveur douce; à parties impuretés qu’elle contient, elle est entièrement et facilement soluble dans l’eau. Je suppose que cette gomme est produite par \' Acacia arabica.

Ciomnif de l’indc pelliciiiée. Il est arrivé de l’Inde, en 184;], une quantité considérable d’une gomme fort distincte de la précédente et composée de trois substances différentes : 1” une petite quantité d’une gomme-résine aromatique, assez semblable â l’oliban, en petites larmes demi-opaques et jaunâtres; 2° une quantité plus considérable d’une gomme pure, entièrement soluble dans l’eau, en larmes presque blanches, rondes ou vermiculées, comparable à la plus belle gomme du Sénégal ; 3“ une gomme pelliculée, formant la plus grande partie de la masse. Cette dernière gomme est en larmes le plus souvent irrégulières, stalactiformes ou convexes d’un côté, aplaties ou concaves de l’autre, et munies, très-souvent, sur les deux faces, d’un feuillet d'épiderme jaune et opaque. Cette gomme est généralement d’un jaune de miel, brillante et transparente dans sa cassure ; mais elle se ternit à l’air cl présente un aspect général nébuleux et comme un peu nacré. Elle est dure, tenace, difficile à fondre et en partie insoluble dans l'eau, comme la gomme pelliculée du Sénégal; mais elle s’en distingue par une odeur d’oliban qui la suit dans les préparations où on l’a fait entrer; de sorte qu’elle est tout à fait impropre aux usages de la pharmacie.

Ciomnie êirphniitiiie. Cette goiume, dont je dois un échantillon

( I ) Pereira, Matevia mfdica .

(2) Cette gemme répond assez bien it la description de la gomme turiqu» donnée par Poinct et Leinery.

LÉGUMINEUSES. — GOMME. 4i5

à M. le docteur Pereira, est produite, dans l’Inde et dans l’île de Ceylan, par des incisions faites à l’écorce du Feronia elephantum, arbre de la famille des Aurantiacées. Elle recouvre l’écorce sous la forme d’un enduit brillant, comme vernissé, devenu très-fragile par la dessiccation, et se brisant facilement en fragments brillants et transparents. Elle est incolore on d’un jaune doré, très-facilement soluble dans la bouche et dans l’eau. Enfin, elle ressemble beaucoup, par son apparence et ses propriétés, à la véritable gomme arabique, produite par Y Acacia nilotica. Elle ne parait pas être très-abondante.

Ciouimc «le l’Australie méridionale, South australian Gum, Pereira. Celle gomme paraît être produite par V Acacia decurrens, Willd. Il en est arrivé 50 caisses à Londres en 1844; et c’est probablement la môme que M. Ménier a présenté à la Société de pharmacie de Paris, en 1849, et sur laquelle il a fait quelques essais d’application. Elle est en larmes assez volumineuses, tantôt stalacliformes et à surface luisante, tantôt globuleuses et à surface très-rugueuse ou comme gercée. Cette gomme présente une teinte générale violacée qui la fait reconnaître. Celte teinte violacée est surtout bien apparente dans les larmes globuleuses, qui présentent, en outre, une poussière blanche dans le fond des gerçures. Celte gomme se dissout très-facilement dans l’eau; mais la dissolution est trouble et laisse déposer une matière floconneuse insoluble. Enfin, à poids égal, celle gomme communique à l’eau une consistance bien moins épaisse et moins visqueuse que la gomme arabique. Elle est donc de nature différente, et pourra difficilement la remplacer, môme dans les arts.

Ciomnif de iladagascar. Il est arrivé en France, il y a quelques années, une quantité assez considérable de celte gomme qui m’a paru être de la nature de la gomme d’acajou dont il sera parlé plus loin (famille des Térébinthacées).

(liomme du cap de Uoiiiie-Espéraiicc. Cette gomme forme l’objet d’une importation considérable en Angleterre. D’après M. Burchell, elle est produite par une espèce à! Acacia fort ressemblante à l’A. nilotica, et qu’il nomme A. capemis. M. Pereira ayant bien voulu m’envoyer le fruit de cet acacia, venu du Cap avec la gomme, j’en ai donné ici la figure de grandeur naturelle (/?ÿ. 722), de laquelle il résulte que cet acacia a de très-grands rapports avec V Acacia Seyal de Delile. Nonobstant l’assertion de M. Burchell, qui prétend que la gomme du Cap n’est pas inférieure à celle de Y Acacia nilotica, il paraît qu’elle est considérée par les marchands de Londres comme une sorte très-inférieure; mais ceux qui s'attachent plus à la qualité réelle des choses qu’à leur extérieur, donneront probablement raison à M. Burchell. La gomme du Cap

‘'*46 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

possède, en effet, tous les caractères de la gomme du Sénégal.

dile du haut du fleuve, laquelle, malgré sa friabilité qui la brise

pendant le transport, doit être considérée comme une gomme pure et de la meilleure qualité.

[M. Lape (I) attribue cette gomme à Y Acacia horrida, Willd.]

Gomme sapote ilu cliUl. Importée au Havre, en 1811. Le nom que porte cette gomme ne prouve pas qu’elle soit due à un arbre de la famille des Sapotées, ce nom étant donné, au Chili et au Pérou, à des arbres de familles différentes. La gomme est en larmes arrondies, souvent d’un volume considérable, d’un brun noirâtre et opaque vu en masse, mais brune vitreuse et transparente dans l’intérieur. Souvent la larme brune, et transparente est recouverte d’une couche de grains de gomme, d’une couleur moins foncée, qui paraissent s’y être agglutinés. Le caractère principal de cette gomme consiste dans une odeur et dans une saveur assez foules, animalisées, que l’on peut comparer à celles d’un jus de viande un peu altéré. Mise à tremper dans l’eau, elle s’y gonQe beaucoup et s’y divise par l’agitation en particules anguleuses insolubles. Une petite partie seulement de la gomme se dissout et peut être précipitée par l’alcool. Sous ce rapport, elle ressemble beaucoup â la gomme de prunier, mais elle est un peu plus soluble.

[D’après des échantillons du droguier Guibourt, apportés par M. Gaudichaud, elle doit être attribuée à une capparidée, le Üestrugesia scabriJa.]

Gomme adrafante.

La gomme adragante exsude dans l’Asie Mineure, en Arménie (1) Voir P/iormaceut. Journ., t. X, p. àiO.

et dans les provinces septentrionales de la Perse, d’une espèce d’astragale qui a été décrite par Olivier, sous le nom d’Astragalus verus. Cet arbrisseau {fig. 7"23), appartient à la section des astragales dont tes stipules sont soudées avec le pétiole, et dont le pétiole persiste et durcit après la chute des folioles, en prenant ta

forme d’une longue épine. Les fleurs sont sessiles et rapprochées au nombre de 2 à3 dans l’aisselle des feuilles; les folioles sont linéaires, velues, disposées sur8 ou9 rangs.

Cet arbrisseau, cependant, n'est pas le seul qui produise de la gomme adragante. V Aslragalus creticus, Lam. , observé par Tournefort sur le mont Ida de Crète, et par Sibtorp en Ionie, en produit également; de môme VAstragalus Parnassii, de Grèce; et diverses autres espèces d’Asie Mineure : A. microcephatus Willd. ; A. aristatus, etc. ; mais VAstragalus Tragacantha, L., qui est VA. massiliensis, Lam., n’en produit pas. Quant à VAstragalus gummtfer, que Labillardière a vu exploité sur le mont Liban, il ne produit qu’une gomme de qualité inférieure qui sera décrite ci-après sous le nom de gomme pseudo-adraganle .

La gomme adragante existe dans les astragales, dans les parties centrales de la tige, la moelle et les rayons médullaires, d’où elle sort avec effort. Elle est en lanières ou en filets minces, contournés ou vermiculés. Elle est blanche ou jaune, 'et opaque. Elle est un peu soluble dans l’eau ; mais elle s’y gonfle considé-

*■18 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

rablement, en absorbe une grande quantité, et forme un mucilage tenace et très-épais. Elle est très-usitée pour donner de la consistance aux loochs, et pour lier les pâtes que l’on destine à la préparation des pastilles.

On trouve dans le commerce deux sortes de gomme adragante, dont l'une est en fllei* ou en rubans déliés et vermiculés, plus souvent jaunes que blancs. L’autre sorte, plus récemment connue, est en platiues blanches, assez larges, marquées d’élévations arquées ou concentriques. La différence entre ces deux sortes tient peut-être à ce qu'elles ne proviennent pas du môme astragale (1 ) ; mais elle doit aussi être attribuée, au moins en partie, au mode d’extraction ; la gomme vermiculée s’étant fait jour naturellement à travers l’écorce, tandis que la gomme en plaques doit avoir été obtenue par des incisions. Pour m’assurer d’ailleurs si, indépendamment de la forme, il existait quelque autre différence entre elles, j’ai mis une «partie de chacune en contact avec 48 parties d’eau. La gomme vermiculée s’est gonflée presque aussitôt et a bientôt occupé tout le volume de l’eau. Le lendemain la gomme en plaques, quoique gonflée, avait conservé sa forme, et n’était pas mêlée à l’eau; mais, par l’agitation, elle n’a pas tardé à former un mucilage presque aussi épais que l’autre. Cependant il y a une différence entre les deux: le mucilage de la gomme en plaques est presque transparent, plus lié et plus tremblant que l’autre, comme s’il contenait plus de gomme soluble ; enfin, il se colore à peinq par l’iode ; tandis que le mucilage de gomme vermiculée prend une teinte bleue très-manifeste par ce môme réactif. Du reste, les deux mucilages, étendus de trois fois plus d’eau, conservent encore une certaine consistance gélatineuse uniforme, et les liqueurs flltrées jouissent des propriétés suivantes :

Teinture de tournesol ; rien.

Teinture d'iode ; rien .

. Oxalate d’ammoniaque ; trouble .

Alcool ; y forme un précipité floconneux qui se rassemble en une seule masse opaque et muqueuse. Ce précipité, tout à fait distinct de celui que présente en pareil cas la gomme du Sénégal, montre que c’est bien de la gomme adragante elle-môme qui s’est dissoute dans l’eau, et non une portion analogue à la gomme du Sénégal qu’elle pourrait contenir, comme cela a lieu pour la gomme d’acajou.

Eau de chaux ; rien.

(I) D'après M. Tli. Marlius, la gommo vermiculée viendrait de Morée et serait produite par l'.trO'aÿn/Mt creUcus; la gomme en plaques serait tirée de Smyrne et serait due à ÏAntragalus lerus.

Eau de baryte; la gomme est précipitée en flocons distincts et privés d’eau.

Acétate de plomb ; rien.

Sous-acétate de plomb; il se forme deux précipités : l’un pulvérulent, l’autre muqueux comme celui formé par l’alcool.

Proto-nitrate de mercure; précipité muqueux.

Quelle que soit la quantité d’eau froide que l’on emploie pour délayer la gomme adragante vermiculée, il en reste toujours environ la moitié qui ne se dissout pas, et celte partie insoluble bleuit fortement par la teinture d'iode. A la chaleur du bainmarie on obtient encore le même effet, c’est-à-dire une liqueur (pii ne bleuit pas par l’iode et un résidu qui bleuit fortement ; à l’aide de l’ébullition on obtient une dissolution plus avancée mais -non complète de la gomme; la liqueur alors bleuit par l’iode, mais la partie insoluble conserve toujours la môme propriété dans un degré très-mtense. Quant à la gomme adragante en plaques, une ébullition suffisante dans une grande quantité d’eau la dissout presque en totalité.

[Des observations de MM. Hugo Mohl (1), Wigand (2), etc., ont montré la véritable nature de la gomme adragante. Cette gomme n’est pas une sorte de sécrétion s’écoulant et se concrétant à l’air, mais une véritable transformation des cellules du tissu de la moelle et des rayons médullaires. On peut sur un rameau d'astragale suivre tous les passages depuis les cellules à l’état ordinaire jusqu’à celles qui sont devenues complètement mucilagineuses. On voit les premières forméesde parois simples de cellulose, puis les parois deviennent plus épaisses et formées d’un nombre considérable de couches concentriques ; ensuite on voit ces parois se transformer de la périphérie au centre en une matière mucilagineuse, se confondre ensemble, et former par leur réunion une espèce de globule susceptible de se gonfler beaucoup par 1 humidité, et dans lequel il ne reste que quelques couches non altérées, situées sur le centre du globule, Le chlorure de zinc iodé permet de suivre facilement les progrès de la transformation : il colore en effet en violet les couches de cellulose, et laisse sans coloration les parties gommeuses.

Les observations précédentes permettent de' comprendre l’apparence que donne la gomme adragante vue au microscope. Une petite plaque mince, gonflée dans l’eau, présente en effet un mucilage anhyste, renfermant une grande quantité de cellules, à parois épaisses gélatineuses, dans lesquelles le chlorure de zinc

r U Mohl, Bofanische ZeiluHg,W->’l, p. SI.

(2) i^-aiid, Ueber die Desnrganisalinu der Pflanzenzelle [Jahrbikher fur liolandi, von Pringsheiin, t. III, p. US, 18G1),

450 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

iodé montrait des couches plus ou moins marquées de cellulose. Au centre des cellules se trouve presque toujours de la fécule en petits grains.]

tiiommp pseudo-adrngaiite et Gomme de Sasaa.

Vers l’année 1830, je vis pour la première fois chez un commerçant une quantité considérable d’une gomme toute particulière, en masses mamelonnées, assez volumineuses, ou en forme d’ammonites ; il y en avait aussi des morceaux qui représentaient presque exactement d’énormes limaçons retirés de leur coquille. Cette gomme est de couleur roussâtre; sa surface est un peu luisante, et elle jouit d’une transparence plus marquée que la gomme adraganle; elle en offre la saveur, mais mêlée d’âcreté; mise dans l’eau, elle y blanchit complètement, augmente de quatre à cinq fois son volume, y conserve à peu près sa forme et se dissout fort peu ; la solution d’iode lui communique une couleur bleue très-intense.

Bruce (I) a décrit un arbre nommé Sassa {Inga Sassa, Willd.)^ au’il dit avoir vu chargé d’une si grande quantité de boules cle gomme, qu’il en paraissait monstrueux. Celte gomme est rousse, o’un grain uni et serré; elle se gonfle dans 1 eau et y devient blanche; mais elle y conserve sa forme, ce qui la distingue de la gomme adragante, avec laquelle elle a d’ailleurs beaucoup de rapports. Les habitants s’en servent pour empeser les étoiles. Cette description se rapporte si e.xaclernent à la gomme dont je viens de donner les caractères, qu’il est bien difficile de ne pas croire que celle-ci soit la Komme tic «aMsa de Bruce.

En cherchant depuis celte gomme dans le commerce, j’ai trouvé une caisse entière d’une substance étiquetée gomme adragante (2}, et vendue comme telle, qui m’a frappé d’abord par plusieurs morceaux en forme i'ammonücs. Celte gomme, triée à la main, se laissait séparer en deux parties. La plus grosse, qui comprenaitlous les ammonites, était plus rougeâtre, se dissolvait à peine dans l’eau, et se colorait par l’iode presque à l’égal de l’amidon. Cette gomme ressemblait encore beaucoup à la gomme de sassa. La seconde portion, comprenant la gomme la plus petite et la plus blanche, ressemblait tout à fait à la gomme adraganle. Cependant elle n’était pas aussi petite que peut l’être cette dernière, et voici comment je me suis assuré qu’elle eu différait : quand on fait tremper dans 48 parties d'eau 1 partie de chacune des gommes adragante et

(I) Bruce, Voyage en Abystinie.

(î) Cette gomme porte en réalité, dana le commerce, le nom de gomme de Bassora.

pseudo-adragante (je nomme ainsi la petite gomme blanche dont je viens de parler), toutes deux se gonflent et forment mucilage, quoique à des degrés différents. Mais si, lorsque les deux gommes sont aussi bien divisées que possible, on y ajoute encore 96 parties d’eau et une quantité convenable de soluté d'iodhydrate ioduré de potasse, alors la gomme adragante continue de former un mucilage épais et bien lié, coloré uniformément en bleu pâle, et qui ne se sépare pas par le repos; tandis que la fausse adragante se précipite et forme un dépôt bleu foncé, surnagé par une liqueur aqueuse et incolore. Or, comme ce résultat a été obtenu avec la gomme la plus fine et la plus semblable à la gomme adragante, et que les morceaux plus volumineux et plus colorés participaient encore plus de l’insolubilité de la grosse gomme de sassa, j’en ai conclu que toute cette gomme n’en constituait originairement qu’une seule, qui avait été triée dans la vue de tirer meilleur parti de celle qui simulait le mieux la gomme adragante. En conséquence, j’ai donné (1) indifféremment à cette gomme le nom de gomme de sassa ou de pseudo-adragante, et je l’ai toute supposée tirée de VInga Sassa. Aujourd’hui je me crois obligé de séparer ces deux substances, et de donner le nom de gomme de sassa seulement à la grosse gomme brune, semblable à celle décrite par Bruce, et le nom de gomme pseudo-adragante à la petite gomme, nommée communément dans le commerce gomme de Bassora, et qui sert à falsifier la gomme adragante. Je suis porté à faire cette séparation, parce que, après avoir lu le Mémoire de Labillardière sur YAstragalus gummifer (2), et avoir retrouvé au Muséum d’histoire naturelle une portion de tige chargée de gomme, semblable à celle qui se trouve représentée dans la figure jointe au mémoire, je reste convaincu que la gomme pseudoadragante est produite par YAstragalus gummifer. Cette opinion est d'ailleurs conforme à celle émise par Delens et Mérat (3).

La gomme psendo adragante, délayée dans l’eau et colorée par l’iode, présente au microscope :

r La môme glaire gélatineuse, parsemée de granules d’amidon, qui forme la majeure partie de la gomme adragante vermiculée ; seulement la glaire gélatineuse est plus dense et visible à la lumière diffuse, et les granules d’amidon sont plus rapprochés et plus nombreux;

(1) Guibourt, Mémoire [Joura. de chim. méd., 18-32, p. 419), et HUt. des drogues simples, o' édit.

(2) I.abillardière, Journ. phys., t. XXXVI, p. 46.

(3) Mérat, Dictionnaire universel de matière médicale, t. III, p. 403, et t I

432 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

2“ D’autres glaires gélatineuses bien visibles, non transparentes, offrant quelquefois la densité d’une membrane, et alors colorées en jaune par l’iode;

3“ Quelques membranes pétaloïdes jaunes, semblables à celles de la gomme adraganle;

4“ Des amas d’amidon, des fibres ligneuses et des débris de tissus transparents.

La irrostie g-umnie iii* SaRsn offre au microscope :

1“ Des masses gélatineuses bien visibles, non transparentes, colorées en jaune, parsemées de grains innombrables d’amidon ;

2“ Des déljris de membranes compactes, transparentes, fortement colorées en jaune par l’iode;

3“ Des membranes pétaloïdes jaunes, privées de granules d’amidon, et d’autres qui en offrent encore;

4“ Des amas compactes d'amidon colorés en bleu.

Si, comme on le voit, l’examen microscopique fournit quelques caractères pour distinguer les deux gommes précédentes de la gomme adragante; d’un autre côté, il nous montre que ces gommes résultent d’une organisation semblable, que je crois consister dans un sac membraneux renfermant de la matière gélatiniforme et des groupes de granules d’amidon ; de telle sorte qu’arrivant la rupture du sac, la matière gélatineuse devient susceptible de se diviser et de se dissoudre en partie dans l'eau, et l’amidon de s’y disperser. Du reste, la gomme de sassa et la gomme pseudo-adraganle diffèrent de la gomme adragante, exactement comme l’amidon et les diverses parties du grain d’orge diffèrent des parties correspondantes du blé, par une organisation plus forte et plus compacte, qui les rend moins attaquables par l’eau et nuit aux usages auxquels on pourrait les appliquer.

J’ai dit plus haut que les droguistes nommentla gomme pseudoadraganle gomme de Bassora. Je crois, eu effet, que celte substance est la première qui ail porté le nom de gomme de Bassora. Mais j’ai toujours pensé que la gomme examinée par Vauquelin sous le môme nom (1), était celle qui fait le sujet de l’article suivant, caractérisée par le volume considérable qu’elle acquiert sous l’eau, et par la complète insolubilité de la substance qui la constitue presque en totalité. Dans cette persuasion, je conserverai à la gomme de Bassora des droguistes le nom de gomme pseudo-adragnnte, et je donnerai le nom de gomme de Bassora^ comme simple synonyme de la gomme suivante.

(I) Vauquelin, Bull, de phann., t. III, p. 5G.

CSommc Kutecra (I).

Gomme deBassora. — Cette substance serencontre constamment en petite quantité dans la gomme du Sénégal, et j’ai vu chez un droguiste une caisse d’origine indienne et étiquetée Bdellium de l'Inde, qui était composée de gomme lignirode, mélangée d’une grande quantité de notre gomme de Bjssora. RI. Théodore Martius l’a décrite sous le nom de goinme kutrra, et lui donne pour origine \’ Acacia leucofihkiea de Hoxhurgh (2). Virey a pensé qu'elle était produite par un Mesembnjanthemum, et MM. Desvaux et Damart par un Cactus. Je suppose du moins que ces savants, en émettant celte opinion, ont eu en vue la présente gomme, et non la précédente, à laquelle elle ne peut convenir. Ce qui me paraît probable aujourd’hui, c’est que la présente gomme de Bassora, ou la gomme kutera de M. Martius, est produite par plusieurs arbres du groupe des Sterculia, le Sterculia Tragacantha d’ylfrique, les Sterculia urem, rainosa, et en partie aussi par le Cochlospermum Gossijpium, de la famille des’l'ernslræmiacées (3),

Cette gomme est blanche, ou de couleur de miel, comme farineuse et argentée à sa surface, en morceaux plutôt plats et allongés qu’arrondis, quoiqu’on en trouve aussi de cette dernière forme. Ces morceaux sont de toutes grosseurs, depuis la plus petite jusqu’à 53 à 80 millimètres de diamètre ou de longueur. Elle est moins opaque que la gomme adraganle, insipide, et se divise sous la dent en produisant une espèce de cri.

La gomme kuteera mise dans l’eau se gonfle considérablement, et se convertit en une gelée transparente dont les. parties n'ont aucune liaison entre elles ; de sorte qu’elle ne forme pas, à proprement parler, de mucilage. Lorsqu’on y ajoute une plus grande quantité d’eau, toutes les particules gélatineuses se séparent et se suspendent par l’agitation dans le liquide; mais elles retombent au fond, de suite après. Cet état d’isolement et l’insolubilité complète des particules gélatineuses forment le caractère propre de la gomme Kuteera, et la rendent impropre à tous les usages. Cependant la gomme Kuteera n’est pas entièrement formée de cette subs-

(1) D’après l'avis même do Guibourt {Lettre à M, Hanbury sur ta gomme odrngante et quelques gommes qui s’en rapprochent. Pharmac. Journ., t. XV,

67), nous croyons devoir remplacer le nom de Gomme de Bassora, qui doit disparaître de la science, par celui de Gomme Kuteera ou Kutera.

(2) Nieraann, avant M. Martius, avait également attribué la gomme kuteera il V Acacia leucopblcea {Pliarm. balav., t. 11, p. 168). Je ne sais sur quoi cette opinion est fondée, Iloxburgli n’ayant mentionné aucun produit gommeux de

(3j Voir Guibourt, Lettre à M. Hanbury [toc. cit.}.

DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

lance insoluble; l’eau qui sert à la laver dissout environ 0,08 d’une gomme semblable à la gomme arabique. C’est bien cette gomme qui est véritablement formée à’arabine et de bassorine, et non là gomme adragante,

La gomme Kiileera sur laquelle l’eau a épuisé son action, traitée par l’acide acétique, ne s’y dissout pas sensiblement, mais luj cède de la chaux en plus grande quantité que l’eau n’en avait dissous d’abord. L’iode ne la colore pas en bleu ; et bien que, au microscope, ce caractère ne soit pas absolu, cependant, comme la coloration parait nulle à l’œil nu, ce caractère peut servir à distinguer sur-le-champ la gomme Kuleera des gommes adraganle, pseudo-adragante et de sassa. La potasse cautique, les acides faibles et froids, ne lui font éprouver aucune altération ; mais ces corps la dissolvent à l’aide de la chaleur, après l'avoir altérée très-probablement.

La gomme Kuteera est naturellement inodore; mais elle offre quelquefois une odeur, soit d’acide acétique, telle que M. Boullay l’a remarquée (1), soit d’acide sulfurique chaud et musqué, telle qu’on l’observe dans la décomposition du borax par cet acide. Dans tous les cas, l’eau par laquelle j’ai traité cette gomme odorante n’ayant pas sensiblement rougi le tournesol, je suis fondé à croire que son acidité n’était que superficielle et due à un commencement d’altération occasionné par 1 humidité.

La gomme Kuteera divisée par l’eau, additionnée d iode et examinée au microscope, parait principalement formée d’une matière gélatiniforme, dense, mamelonnée, insoluble, uniformément grise ou très-faiblement bleuâtre, qui est proprement ce que je nomme la bassorine. On y voit çà et là quelques grains de fécule isolés, sphériques et volumineux.

On y voit également d’autres parties gélatineuses qui offrent une structure Obreuse ramifiée, et qui paraissent formées par la réunion, sous forme de chapelets, de petits grains sphériques, jaunes et transparents. La liqueur offre beaucoup de ces petits grains jaunes isolés, quelques grains de fécule volumineux, des fragments de membranes denses et des fibres ligneuses; on n’v trouve rien qui ressemble aux membranes pétaloïdes des gommes adragante, pseudo-adragante et de sassa.

Gomme de nopal {Cactus cochinillifer, L.). — Je mentionnerai ici cette gomme, à cause de ses rapports avec la précédente, et pour en montrer également la différence. Elle exsude en très-grande abondance, au Mexique, des Cactus qui portent la cochenille mais elle ne peut être d’aucune utilité. Elle est sous la forme de'

(I) BuulUy Bull, depharm., t. V, p. icü.

concrétions vermiculées ou mamelonnées, d’un blanc jaunâtre, ou rougeâtre, translucides ou demi-opaques, d’une saveur fade môlée d’un peu d’âcreté; elle crie sous la dent. Mise â tremper dans l’eau, cette gomme se gonfle, blanchit, mais n’acquiert aucun liant. Quelques portions détachées nagent divisées dans la liqueur; mais la presque totalité forme une masse résistante, non mucilagineuse, que la pression sépare en parties non liées, et qui prennent, en se desséchant sous les doigts, un aspect farineux. L’iode la colore superficiellement en bleu noirâtre.

Divisée par l’eau, et vue au microscope, elle a la forme d’une substance gélatineuse, plissée, à bords finis, d’une épaisseur et d’une consistance très-marquées. En y ajoutant de l’iode, la substance gélatineuse principale ne paraît pas se colorer; mais on y observe une grande quantité de points colorés en bleu-noir, opaques, très-petits, devant être une espèce particulière d’amidon. Enfin, que la substance soit ou non additionnée d’iode, elle offre constamment, et disséminés à distance, des groupes de cristaux bien finis, terminés par des biseaux aigus, et exactement semblables à ceux que Turpin a observés dans le tissu même du Cereus peruvianus, et que M. Chevreul a reconnus pour être de l’oxalate de chaux (1). Ces cristaux caractérisent la gomme de nopal et serviront toujours à la faire reconnaître.

Produits résineux et balsamiques de légumineuse.

Rcaines animé et Copal.

Le nom de résine animé a été inconnu aux anciens, à moins qu’on ne veuille le croire dérivé de celui de Smyrna aminnea donné par Dioscoride à une sorte de myrrhe très-inférieure. Ce qui est plus certain, c’est que, vers le commencement du seizième siècle, les Portugais tiraient de Guinée et de la côte orientale d’Afrique une résine nommée aniimiim, et que ce nom a été presque immédiatement traduit dans presque toutes les langues par le mot indéclinable animé.

Jean Rodriguez de Caslel-Blanco, beaucoup plus connu sous le nom d’Amatus Lusitanus, est le premier qui ait fait mention de YAniimum, et il en distinguait de deux sortes : une blanche, qu’il croyait être le Cancame de Dioscoride, et une noirâtre et odorante, qu’il assurait être le Myrrha aminnea. Il est à peu près certain que cette dernière espèce n’est autre chose que le Bdelltum

(I) Chevreul, Ann. des sciences natur., t. XX, p. 2C, pl. i, et Journ. de pharm., t. XX, p. 52C.

DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

(T Afrique, Quant à la première, qui a bientôt pris le nom ù'animé orientale, pour la dislinguer d'une résine presque semblable apportée d'Amérique, elle venait de la côte orientale d’Afrique; et en comparant tout ce qu’en ont écrit les auteurs du temps, on reste convaincu que cette résine orientale n’était autre chose que celle qui porte aujourd’hui dans le commerce français le nom de Copal dur, mais à laquelle les Anglais ont toujours conservé le nom de gomme ou de résine animé (1).

Je viens de dire que l'animé blanche d’Amatus Lusitanus avait pris le surnom d.'orienlale lorsqu’il avait fallu la distinguer d’une résine presque semblal)le(a«jméocci'/enrafe)apporlée d’Amérique, où elle découle en très-grande abondance du courbaril ou du Jetaiba de Pison (2). Je dois expliquer maintenant comment l’animé orientale a perdu son nom pour prendre celui de Copal, et comment, au contraire, divers autres produits d’Amérique ont usurpé le nom A'ammé.

C’est Monardès qui est le premier auteur de ce changement et des graves erreurs qui ont ensuite été commises sur l’origine de l’animé orientale. En effet, ce médecin de Séville (3), ayant décrit la résine de courbaril sous le nom de Copal (4), et ayant nommé animé une autre résine beaucoup plus aromatique et plus haileuse (S), celte nomenclature a été acceptée par la plupart des auteurs, et môme le nom de Copal a fini par s’étendre de l’animé d’Amérique ù l’animé orientale. Alors voici ce qui est arrivé :

L’animé orientale ayant pris le nom de Copal (mot mexicain), on a supposé qu’elle venait du Mexique, et l’on s’est efforcé d’en trouver l’origine dans un des nombreux végétaux résineux, trèsimparfaitementdécrits parllernandez, Rhus, Elaphrium ou autres. Secondement, on a cru avoir perdu l'animé orientale d’Amatus Lusitanus et de Garcias (il est évident quelle ne l’a jamais été), et, assez récemment encore, on s’est efforcé de la retrouver dans le Dammar puti ou dans leDammar selon des îles Moluques.

Enfin, quand on a cru savoir que le prétendu copal'du Mexique vepait de l’Inde, on en a cherché la source dans un des arbres résineux de l’Inde, tels que le Vateria indtca. Ce n’est qu’à la suite

(•} On trouvera les preuves de ce qui précède, avec des détails plus étendus, dans un mémoire sur les résines dammar, copal et animé iHeoue scientifique, t. XIV, février 1844, p. 177.)

(î) Pison. Bras., p. CO.

(3; Munardès, ^implicinm medicammtorum histnria, etc.

(4) Les Mexicains donnaient généralement le nom de copal aux résines usitées en fumigations dans les temples.

(àj Cette résine est une tucamnliaca ou tacamaque, que je décrirai plus tard sons le nom de tacamaque jaune huileuse.

(le recherches plusieurs fois répétées que je suis parvenu à rétablir la véritable origine de Vanimé orientale ou Copal dur ; origine qui, suivant ce que je pense, ne trouvera plus aujourd’hui de contradicteurs.

Animé dure orientale.

Copal dur du commerce français. Ainsi que je viens de l’exposer, celte résine, après avoir été supposée venir du Mexique, a été considérée comme originaire de l’Inde, parce que, en effet, elle nous arrive presque toute par la voie de Calcutta. Mais M. Ad. Delesserl et M. Blanchard, négociant français établi à Calcutta, ont appris à M. Perrottet que le copal dur {Gum a/u/«f des Anglais), transporté de cette ville en Europe, y était apporté de Maskate, sur des navires arabes qui vont le chercher à Zingibar, sur la côte d’Afrique. Vers le même temps, une personne qui a longtemps habité l’île de France me disait que les trois sortes de copal, dites de Madagascar, de Bombay et de Calcutta, ne sont qu’une seule et même résine recueillie à Madagascar et vendue sur la côte d’Afrique, notamment à Bombetec, aux Arabes qui la transportent à Surate, d’où elle est ensuite portée à Bombay, à Calcutta et jusqu'en Chine. La même personne ajoutait, en confirmation de ce que j’ai annoncé le premier (1), que la résine copal est produite par VJlymenœa verrucosa{^), qui porte k Madagascar le nom de Tanrouk-Rouchi (tanroujou, suivant de Jussieu) et qui est cultivé à l’ile de France sous le nom de copalier. On y cultive aussi 1’ Hymenæa CourbarU de Cayenne, lequel y produit une résine qui a beaucoup de rapports avec le copal, mais moins dure et moins estimée.

D’après ce qui vient d’être dit, il serait oiseux ou contraire à la vérité de distinguer aujourd’hui des résines, copal de différentes provenances; il faut se contenter de dire que le copal affecte différentes formes suivant qu’il a été récolté suspendu aux arbres, à l’abri de toute impureté, ou suivant qu’il a été recueilli sur terre ou enfoui dans le sable; ce dernier pouvant présenter encore plusieurs aspects, suivant (ju’il est brut ou mondé à l’aide du couteau ou autrement. On trouve donc dans le commerce du copal en larmes ou en stalactites, quelquefois longues et grosses comme le bras, telles que la belle larme recueillie par un voyageur sur

(<) Guibourt, Histoire abrégée des drogues simples.

(2) Hymeneen verrucosa Lani , Illust., pt. cKcxxx, fig. 7. Cet arbre diffère do l'Hytu. CourbarU principalement par son fruit, qui est long au plus de 45mil- Jimètrt’S, large de 20, d’un brun noirâtre, tout couvert de verrues, et vernissé p.ar la résine qui exsude de sa surface.

438 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

VHymenœa verrucosa, dans la vaste forêt d’Ivoudho, à Madagascar, et dontM. Bonastre a fait don à l’École de pharmacie. Ce copal, dit de Madagascar, est lisse et poli à sa surface, transparent, d’un jaune foncé uniforme ; il a une cassure tout à fait vitreuse, et est tellement dur, que la pointe d’un couteau l’entame avec peine ; il est insipide et inodore à froid ; il se ramollit au feu et y devient un peu élastique, mais sans pouvoir se tirer en fils. 11 ne se fond qu’à une chaleur très-élevée et exhale alors une odeur aromatique, analogue à celle du hois d’aloès ou mieux du copahu de Maracaïbo.

Le copal trouvé à terre ou enfoui dans le sahle, indépendamment delà terre ou du sable qui peuvent y adhérer, présente ordinairement une croûte extérieure blanche, opaque et friable, due à une altération de la résine par l'air et l’humidité. On le monde de celle croûte à l’aide d’un instrument tranchant, lorsque les morceaux sont assez volumineux pour se prêter à cette opération : tel est le Copal A\i de Bombay . Dans le cas contraire, on débarrasse le copal de sa croûte, en le faisant tremper dans uii soluté de carbonate de potasse ; on le lave ensuite et on le fait sécher. Le copal, ainsi purifié, nommé Copal de Calcutta, se présente ordinairement sous la forme de morceaux plats, d’un jaune très-pâle ou presque incolores, très-durs, vitreux et transparents à l’intérieur, mais offrant une surface terne et fortement chagrinée.

L’animé dure, ou copal dur, ressemble beaucoup au succin, mais peut s’en distinguer aux caractères suivants :

1° L’animé dure s’enflamme à la flamme d’une bougie, s’y fond complètement et tombe goutte à goutte. Le succiii, beaucoup moins fusible, brûle en se boursouflant et sans couler.

2” L’animé dure, éteinte et encore chaude, exhale une odeur que j’ai comparée anciennement à celle du bois d’aloôs, maiS) qui se rapporte encore mieux à celle du copahu de Cayenne ou de Colombie. Le succin chauffé exhale une odeur plus forte, désagréable et même de nature bitumineuse. Cette odeur devient môme sensible par le frottement du succin, ou lorsqu’on le lient renfermé dans un bocal ; le copal dur non frotté est tout à fait inodore à froid.

3® L’animé dure, mouillée avec de l’alcool à 80 degrés centésimaux, devient poisseuse, et l'alcool évaporé laisse sur la résine une tache blanche qui lui ôte sa transparence. Le succin, soumis à la même épreuve, reste sec et transparent.

4“ L’animé dure, soumise à la distillation, donne à peu près les mêmes quantités d’eau, d’huile et de charbon que le succin, et fournil aussi, sur la fin, une grande quantité de la matière jaune

obtenue du succin ; mais on ne trôuve aucune quantité d’acide succinique dans ces produits, et celle différence est des plus remarquable entres deux corps qui ont presque la même constitution physique.

L’animé dure pulvérisée, traitée par de l’alcool à 92 degrés centésimaux, laisse un résidu considérable, à’ abord pulvérulent, mais formant au bout de quelque temps une masse peu cohérente et facile à diviser par l’agitation.

L’alcool bouillant en dissout un peu plus; mais, quelle que soit la quantité de liquide employée, la résine insoluble desséchée forme toujours de 61 à 66 pour 100 de la résine primitive.

L’animé dure, traitée par l’éther, s’y gonfle et y devient un peu molle, comme dans l’alcool ; mais les parties gonflées se divisent toujours facilement par l’agitation. Après plusieurs traitements par l’éther, il reste environ 61 pour 100 de résine insoluble.

L’animé dure, traitée par l’essence de térébenthine, s’y gonfle et y devient un peu cohérente, mais ne s’y dissout pas, même à l’aide de la chaleur. La résine, séchée par une longue exposition à l’air, pèse 123 parties au lieu de 100. Pulvérisée et exposée pendant plusieurs heures à une température de 100 degrés, elle se réduit seulement à 11 1 parties ; de sorte qu’il s’est formé une véritable combinaison d’animé et d’essence, qui est insoluble dans l’essence.

L’animé dure, ou cbpal dur, a été le sujet des recherches d’un grand nombre de chimistes, parmi lesquels il faut citer IJnverdorben et Berzelius; mais les résultats obtenus par ces deux savants sont tels qu’il est permis de croire qu’ils n’ont pas toujours agi sur la véritable animé dure. J’accorde beaucoup plus de confiance aux résultats publiés par M. Filhol (I), dont j’extrairai seulement ce qui est relatif à la composition élémentaire de la résine et à son oxygénation par l’air.

Le copal dur le plus pur est composé, sur 100 parties, de :

Carbone . 80,42

Hydrogène . 10,42

Oxygène . 9,15

Ce copal, pulvérisé et soumis à un courant d'air'chaud, ou bien porphyrisé à l’eau et conservé à l’air, en absorbe assez rapidement l’oxygène, et finit par arriver à la composition suivante :

Carbone . ' . 71,34

Hydrogène . 9,22

Oxygène . 1C,4I

Le copal ainsi oxygéné est devenu complètement soluble dans l’alcool (1) Filhol, Thèse sur le copal. Journ. de pharm. et chim., t. I, p. 301 et 507.

460 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

et dans l’éllier; et M. Duroziez, pliarmacien à Paris, qui, sans avoir cherché à en déterminer la cause, avait trouvé ce moyen de rendre le copal soluble, assure que ce nouvel état ne nuit en rien à la qualité des vernis. Je crois, en effet, que des vernis à l’alcool ou à l’essence, fabriqués avec ce copal. peuvent être supérieurs, pour la durée, à ceux faits avec le mastic ou lasandaraque ; mais il est permis de douter, jusqu’à preuve contraire, que les vernis gras fabriqués avec te copal rendu soluble soient de la même qualité. On sait que ceux-ci se font en fondant le copal dur, sur un feu vif, dans une sorte de cucurbite ou de malras en cuivre; aussitôt que la résine est complètement fondue et bien liquéfiée, on y ajoute de l’huile de lin cuite, qui s’y môle bien, et ensuite de l’essence de térébenthine, et on laisse refroidir.

Animé tendre orientale.

On trouve constamment dans l'animé dure orientale une certaine quantité d’une résine qui présente tous les caractères de celle du courbaril, de même qu’on trouve dans la résine du courbaril d’Amérique une certaine quantité de résine semblable à l’animé dure orientale ; il parait raisonnable, d’en conclure que ces deux résines peuvent, dans certaines circonstances, passer de l’une .4 l’autre.

L’animé tendre orientale se présente sous la forme de larmes globuleuses, quelquefois du volume du poing, qui, étant privées de la croûte opaque qui les recouvre, sont presque aussi incolores et aussi transparentes que du cristal. Ln vieillissant, elle prend une teinte jaune à sa surface; elle jouit d’une odeur faible, mais agréable; sa friabilité est assez grande, et elle se laisse facilement entamer' par la pointe d’un couteau. Exposée à la chaleur, elle devient molle, élastique et se laisse tirer en fils aussi déliés que la soie ; elle se dissout en partie dans l’alcool, et la partie insoluble y prend la consistance et l’aspect du gluten humide : elle se dissout en très-grande partie dans l'éther.

Cette résine forme des vernis gras moins colorés que l’animé dure, mais beaucoup moins durables, ce qui est cause qu’elle est moins estimée, Dans le commerce parisien, on lui a donné pendant longtemps, de même qu’à l’animé tendre d’Amérique, le nom de copal lendre; mais depuis que le dnmmar tendre (1. II, p. 2!j0) a été nommé par les commerçants copal tendre, la résine animé tendre a pris le nom de copai demi-dur, qu’elle porte aujourd'hui.

Animé tendre d’Amérique.

Cctle résine, suivant ce qui a été dit précédemment, est produite par VNymeiiaa Cow baril L., arbre Irés-élevé, qui croît dans toutes les contrées chaudes de l’Amérique (page 437). Elle se présente sous un trèsgrand nombre de formes, dont les principales demandent à être décrites.

1 . Ambre blanc de Cayenne. — J’ai vu sous ce nom une quantité assez considérable d’une animé tendre en larmes ovo'ides, du poids de

LÉGUMINEUSES. — COPAL. 4CJ

10 à 25 grammes, ternes et blancliâtres à leur surface, mais vitreuses, transparentes et presque incolores à l’intérieur. Cette sorte ne dilfére de la suivante que par la pureté et la régularité de ses larmes.

2. Ambre blanc tlii Uréallou animé lentire ilii Brésil en sorte, — Cette sorte, qui est celle que Guillemin u rapportée de Hio-Janeiro, comme résine de courbaril, se compose, pour la moitié environ, de larmes semblables à la précédente, mais beaucoup plus petites, moins pures et moins régulières. On y trouve ensuite d’autres larmes semblables, mais couvertes d une couche plus ou moins épaisse d’une résine opaque, presque entièrement soluble dans l’alcool, et enfin un sixième environ de larmes jaunes d’animé dure.

3. Animé tendre €ie llolluiule. — Lorsque, il y a trente-six ans environ, Henry père fit venir de Hollande, pour le droguier de la pharmacie centrale des Hôpitaux, de la résine animé, la substance qui fut envoyée sous ce nom se composait de trois quarts environ de résine animé de Monard (tacaraaque jaune huileuse) et d’un quart d’animé tendre, de laquelle nous sépardmes encore une certaine quantité de petites larmes d’animé dure. L’animé tendre offrait cela de particulier, qu’elle se composait de deux résines qui, isolées dans certaines larmes, paraissaient n’avoir rien de commun, tandis qu’elles se trouvaient réunies dans d’autres. Ainsi, on voyait des morceaux (A) qui étaient blanchâtres au dehors, d’un jaune orangé en dedans, tout fendillés, opaques, friables, presque entièrement solubles dans l’alcool. On en rencontrait d’autres (B) semblables en apparence aux précédents, mais contenant au centre un noyau dur, jaune ou incolore, et transparent. Enfin on y trouvait des larmes (C) entièrement vitreuses et transparentes, à l’exception d’une légère couche opaque superficielle. Cette résine vitreuse et transparente jouissait de toutes les propriétés indi quées plus haut pour l’animé tendre orientale, à l’exception qu’elle se tirait difficilement en fils à l’aide de la chaleur, ce qui tenait sans doute à sa grande ancienneté, jointe à la petitesse dos larmes, qui avait permis à la résine de se dessécher complètement. Quant à la résine jaune, friable et soluble dans l’alcool, des morceaux A et B, il faut la considérer comme produite par l'oxygénation de la précédente.

4. Cupnl leiKire du Bréiiil. — Cette résine vient sous la forme de larmes irrégulières et allongées, et quelquefois en morceaux qui paraissent avoir fait partie de larmes ou de masses d’un volume considérable. Elle est complètement mondée au dehors, vitreuse, transparente et d’un jaune pôle ; elle ressemble donc beaucoup à Vanime ten-lre orienlale, décrite précédemment ; cependant elle présente dans sa masse des variations de couleur et une sorte de nébulosité vague qui n’existent pus dans la résine orientale. Ses propriétés sont du reste exactement semblables.

5. Ri'-sliie animé de Cnrlhnso. — En tStü, Chaussier remit û Henry père un morceau de résine, du poids de 500 grammes, qui lui avait été donné quelques années auparavant par M. Palois, médecin à Nantes. Ayant eu besoin, en 1823, d'étudier de nouveau celte résine, je m’adressai à M. Palois, qui eut l’exlrèmc obligeance de m’en faire

462 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

remettre un morceau de 300 grammes, avec les renseignements suivants :

Cette résine, dont la masse entière pouvait peser 3,ï à 4 kilogrammes, avait été donnée à M. Palois par un contre-maitre revenant de Carthago au Mexique, et qui l’avait détachée lui-même du tronc d’un arbre ayant à peu prés 3 métrés d’élévation de tronc, des branches trés-élevées et des feuilles petites, d’un vert foncé et eu forme de lance aiguë.

Cette masse résineuse est généralement d’un blanc laiteux et à moitié opaque; mais elle offre çà et là des ondes transparentes qui augmentent avec le temps, et qui sont eniremélées de stries rouges comme du sang. Elle a la cassure vitreuse et comme glacée du copal, ce qui fait que la pointe du couteau glisse dessus, à moins qu’on n’appuie un peu fortement ; alors elle parait douée d’une certaine mollesse, et cède au couteau, caractère que n’a pas le copal dur. Sa pesanteur spécifique est de 1,047, la môme trouvée par Brisson au copal transparent.

Cette résine a une faible odeur lorsqu’elle est en masse. Elle se pulvérise facilement dans un mortier de porcelaine, et alors l’odeur devient plus marquée. Elle se réduit en poudre sous la dent, et est insipide, quoique légèrement aromatique.

Cette résine, mise sur un fer chaud, s’y ramollit, devient élastique, tenace, et peut être tirée en fils très-déliés, qui redeviennent cassants par son refroidissement. Tandis qu’elle est chaude, cite exhale une odeur aromatique assez agréable. (Les stries rouges exhalent au contraire, par la chaleur, une odeur fécale (I).)

La résine, chauffée dans une fiole, se fond, devient transparente, d’un jaune d’or, et forme des bulles dues à la volatilisation d une huile qui vient se condenser contre la paroi supérieure de la tiole. Cette huile est jaune, transparente et grasse au toucher. I.a fiole brisée a offert une odeur fortement aromatique; pesée avant sa fracture, elle n’avait rien perdu de son poids, c’est-à-dire que le poids de 1 huile, plus celui de la résine restée au fond de la fiole, reformaient exactement celui de la résine employée.

Cette résine, mise dans l’alcool à 92 degrés, s’y ramollit, s’y gonfle, et se réunit en une seule masse remarquable par son volume, sa ténacité et sa grande élasticité. Cette masse devient brillante et nacrée par le frottement réitéré de ses parties.

Cette résine parait être dans l’alcool ce que le gluten est dans l'eau . Elle doit, à l’interposition de ce liquide, sa ténacité et son élasticité : desséchée, elle redevient cassante et friable, ce qui ne permet pas de la confondre avec le caoutchouc.

L’alcool que Ton a fait bouillir sur cetle résine se trouble en refroi.

(I) Ce caractère me donnerait à penser que la résine de M. Palois pourrait être produite par le Vvtuipa bifoba d’Aublet, arbre très-rapproché de VHymenaa Courbaril, dont le bois rougeâtre et tout imprégné d’un suc résineux exhale une odeur fécale lorsqu’il est récent, ou môme ancien, quand on le râpe. Ce bois se trouve dans le commerce, où il est connu sous le nom do bois caea.

dissant, et, après cela, précipite encore fortement par l’eau. Une nou- \elle ébullition dans d’autre alcool procure une dissolution beaucoup moins chargée; une troisième l’est encore moins, se trouble à peine par le refroidissement, et ne se trouble plus par l’eau. Cependant il reste encore beaucoup de matière insoluble, ce qui montre que cette résine est au moins formée de deux principes immédiats, dont l’un est soluble dans l’alcool, et l’autre y est insoluble, mais peut s’y dissoudre à la faveur du premier.

La résine de M. Palois, traitée par l’éther, s’en pénètre de suite, s’y gonfle, y devient molle et gluante. Elle s’y dissout visiblement en plus grande quantité que dans l’alcool, mais elle ne s’y dissout pas entièrement.

La même résine, traitée par l’essence de térébenthine, s’y gonfle et s’y divise en petites glèbes peu cohérentes. Chauffée à 100 degrés, puis refroidie et exprimée, elle a laissé une résine molle et transparente qui, desséchée à l’air, pesait H3,6 au lieu de 100, mais qui s’est réduite à 7S,'76 par line exposition de plusieurs heures dans une étuve chauffée à 100 degrés.

En comparant cette résine, et les autres sortes d’animé tendre qui jouissent des mômes propriétés, à l’animé dure ou copal dur, on trouve que 100 parties de chacune fournissent de parties insolubles :

Dans l’alcool. Dans l’éther. Dans l’essence.

Animé dure orientale . C5,71 CO, 83 111

Animé tendre occidentale . 43,63 27,50 75,76

Malgré ces différences, il me parait certain que toutes ces résines sont de nature semblable, et qu’elles ne diffèrent que par la proportion de leurs résines soluble et insoluble. D’ailleurs, il me reste à montrer que les deux résines animé, dure et tendre, peuvent être produites par le môme arbre, soit immédiatemenl, soit par suite d’une modification que l’animé tendre éprouverait à l’aide du temps. Ainsi :

1“ On trouve toujours dans l’animé tendre d’Amérique une certaine quantité d’animé dure, de môme que nous avons vu qu’il existait une petite quantité d’animé tendre dans l’animé dure de Madagascar.

2“ 11 est arrivé une fois du Brésil six caisses de copal dur, dont je possède un échantillon ayant la forme d’un large gâteau épais de 3 centimètres, mondé au couteau de la croûte opaque qui a dû le recouvrir. Ce copal est d’une transparence nébuleuse, avec des taches ou des stries rougeâtres, et il dégage une odeur désagréable quand on le fond. On peut dire qiio c’est de la résine de M. Palois, durcie par une longue exposition à l’air.

3“ On trouve dans les terrains d’alluvion, en plusieurs lieux de l’Amérique, ainsi que l’a dit Lemery, une résine qui parait avoir découlé des courbarils, mais qu’un long séjour dans cette sorte de terrain et sous un climat brûlant a convertie en animé dure. 11 existe au Muséum d’histoire naturelle des quantités assez considérables d’animé dure d’Améripue qui me paraissent avoir cette origine, et, en 1843, un pharmacien du Havre m’a présenté un échantillon d’animé dure

4«i DICOTYLÉDOiNES CALICIFLORES.

trouvé par un capitaine de navire dans les ulluvions d’un fleuve de la province de Clioco. Au dire de ce capitaine, ces alluvions couvrent une forêt d’arbres renversés, parmi lesquels se trouve une très-grande quantité de résine semblable.

Enflu, soit que différents arbres des pays cliauds puissent produire une résine semblable à celle des courbarils, soit que ces arbres aient été transportés dans beaucoup de contrées chaudes du globe, je possède : 1" une masse d’animé tendre, en partie opaque et en partie transparente, venant de la côte des Graines, à l’entrée du golfe de Guinée; 2“ un échantillon de copnl transparent, d’un jaune de miel, mélangé d’impuretés, venant de laCafrerie; 3» un échantillon de copal tendre de Nubie en larmes rondes, parfaitement vitreuses et transparentes à l'intérieur, mais entièrement couvertes d’une croûte très-mince, et comme pelliculuire, d’une substance noirâtre et opaque. J’en ai encore beaucoup d’autres, mais de localités inconnues (t).

Copali de la côte occldciitule d’Afriquf*.

[A part les Copals dont nous venons do parler, on apporte dans le commerce un grand nombre de produits analogues provenant des cotes occidentales de l’Afrique, depuis la Sénégambie, sous le 13” latj. tude nord, jusque dans le Hengiiela, par le lii” latitude sud. Ces produits peuvent se subdiviser en deux groupes, ceux de la partie septentrionale de la région, ceux de la partie méridionale : chacun de ces groupes comprend un nombre considérable de formes, dont nous ne décrirons que quelques-unes, renvoyant pour les autres aux mémoires spéciaux et aux collections (2).

(1)11 est fait mention dans la Phannncnpen Wurtemherÿfmis, dans rA/>p<iratus de Murray, etc., de quelques résines que je rapporte h l'animé tendre ou dure. Ainsi, Murray décrit sous )(■ nom de ;/onime look une résine apportée du Japon, qui, à la première vue, ressemble au succin ; assez dure pour ne pouvoir être entamée par l'ongle, transparente, jaunâtre, à cassure vitreuse, offrant souvent une forme liémispliéri(|ue : tous ces caractères conviennent il l'ntii'mé tendre orientale. Pareillement, la Pharmacopea \Vurtenibfrge>iS's parle d’une résine K'kekunemaln, apportée d'Amérique, qui passe pour une espèce de copal et qui l’emporte sur le copal ordinaire pour la pureté, l'élégance et la transparence ; qui se dissout plus facilement et qui est plus propre que toute autre pour faire des vernis très-blancs ; cette description semble désigner l’animé tendre du Itrédl ; tandis que Murray, en disant (t. \I, p. 208) qu'il trouve dans la résine kikekunenialo des glèbes petites, transparentes, enveloppées d’une autre masse opaque, parle, à n'en pas douter, de l'anipié du Bréiit

C’est aux deux mêmes résines qu’il faut rapporter la gomme o/ampi de quelques auteurs. En effet, Lemery, qui définit la gomme olampi une résine d'Amérique, dunq jaune tirant sur le blanc, transparente, ressemblant au copal, parait désigner le a pal du tirésii ; tandis qu’on reconnaît la seconde et la troisième sorte d'animé tendre dans la résine jaunâtre, grumeleuse, dure, friable, quelquefois transparente, quelquefois blanchâtre et un peu opaque, que Valmont de Romare décrit comme do l'ulampi.

(2) Voir en particulier ; .Sonie Observations on Oie Copah of Western Africa {Pharmac. Jour»., t. XVI, p. 3C7 et 423).

C'opal «le .Mîerrn-Eieoiic. — Ce copal provient des pays voisins de Sierra-Leone, de la colonie portugaise de Bissao, des rivières de la Casamance et de Gambie. Il se présente en larmes arrondies, ou en masses irrégulièrement coniques, mamelonnées, recouvertes d’une poussière blanche, qui augmente avec l’âge. I.a substance intérieure est transparente; sa couleur varie du vert pâle au jaune plus ou moins foncé.

Le copal de Sierra-Leone exsude naturellement d’une espèce de Légumineuse, voisine des Hymenœa, et qui forme le type d’un nouveau genre, établi par M. Bennett et dédié par lui à Guibourt : c’est le Guibourtia copallifcra. Cet arbre, qui peut atteindre de grandes dimensions, est remarquable par l’apparence de ses feuilles, composées de deux folioles fortement inéquilatérales, à 3-5 nervures longitudinales, et par ses panicules terminales couvertes de nombreuses fleurs. Le calice des fleurs porte 2 bractées au-dessous de 4 sépales caducs; la corolle est nulle, les étamines sont au nombre de iO, libres et égales. Le fruit paraît être un légume de 3 à 4 pouces de long, contenant 2 ou 3 graines.

La résine exsude de l’arbre sous forme de larmes blanches, qui se réunissent en masses irrégulières, et qui passent rapidement aux teintes verdâtre, citron et jaune foncé. 11 se produit en même temps à ,1a surface une efflorescence blanchâtre, qui augmente graduellement.

C'opal (l'Akkrah. — C’est probablement â une espèce de Guibourtia, qu’il faut aussi rapporter la production du copal d’Akkrah. Ce copal, très-abondant dans le commerce, est en fragments moyens ou en agglomérations mamelonnées. Les morceaux sont un peu nébuleux à l’intérieur, ils varient du jaune sombre au brun clair. Ils sont recouverts extérieurement d’une couche terreuse et salis de diverses impuretés. Ils ont une odeur agréable rappelant la térébenthine et de^iennent très-glutineux lorsqu’ils sont mouillés par l’alcool.

Los deux copals précédents, de môme que ceux de la côte des Esclaves, du Soudan, du Kowara, etc., se rapportent au groupe des produits de la partie septentrionale de la région. Ceux de la partie méridionale présentent des caractères différents. Ils sont en général en masses moins mamelonnées, moins compactes, plus fragiles. Leur cassure est vitreuse et d’une grande transparence. Leurs couleurs, plus variées, paraissent dépendre surtout de la croûte extérieure qui les recouvre.

Parmi ces variétés nous citerons :

Le Copal ilu Congo, qui vient des localités de Loango, Ambriz, Ambrizette, etc., et arrive en abondance dans le commerce. Les morceaux sont arrondis, à surface légèrement recouverte d’une couche granuleuse, blanche. La résine. est très-claire et translucide. Les Américains lui donnent le nom de Copal blanc.

Le Copal d’.tngoia, que les Portugais apportent en grande quantité depuis une cinquantaine d’années. La variété principale est le copal rouge, en fragments irréguliers ou sphéroïdaux, atteignant la grosseur d’un œuf de pigeon, recouverts d’une croûte marquée de graiiu-

Guibocrt, Drogues, 7' édit. T. lit, — 30

466 DICOTYLEDONES CALICIFLORES.

lalions et comme verruqueuse. La couleur varie de l’orange foncé

au rouge, mais elle diminue beaucoup quand on a enlevé la croûte

extérieure.

Enfin le Copal «le Ben^uela, qui se rencontre en morceaux irréguliers, plats ou spliéroïdaux, recouverts d’une couche blanche, d'apparence crayeuse. La couleur de la substance varie du jaune pâle au jaune verdâtre. Le copal vient surtout en Europe par Lisbonne, et porte à cause de cela, eu Angleterre, le nom de Copal de Lisbonne.

La plupart de ces formes de Copal se trouvent dans le sable et sont regardés comme des résines fossiles (1).]

Oléo-Réalne «le Copnliu.

Celle subslance résineuse, connue vulgairement sous le nom de Baume decopahu, est retirée de plusieurs arbres de la tribu des Cæsalpiniées et du genre Copaifera, qui croissent en Amérique, depuis le Brésil jusqu’au Mexique et aux Antilles ; mais c’est le

Fig. 724. — Cupaifera officinalU.

Copaifera officinalis (pg. 72i) qui paraît être l’espèce la plus répandue et qui en fournit le plus. Quand cet arbre est dans sa force, il donne facilement 6 kilogrammes de suc oléo-résineux par une seule incision, el l’on en fait deux ou trois par an. Les autres es-

(I) Voir Wolwiuch, Pharmac. Joum., 2« série, t. VIII, p. 21.

LÉGUMINEUSES. — COP.MIU.

pèces ou variétés sont les Copaifera gwjanensis, Langsdo)'f!t,coriacea, cordifolia, Selloivii, Marlii et oblongifoUa. Le suc qui découle de ces arbres varie par sa couleur plus ou moins foncée, par sa consistance et par la proportion d’huile volatile qu’il renferme, par son odeur plus ou moins forte, par sa saveur ou plus âcre, ou plus amère, et sans doute enlin par ses propriétés chimiques ; ce qui permet d’expliquer les différences observées entre les différents copahusdu commerce.

1. Copaiiu orrtiiiairc €iu Brésil. — Ce baume résineux est à peu près aussi liquide que de l’huile ; il est transparent, d’une couleur jaune peu foncée, d’une odeur forte et désagréable, d’un goût âcre, amer et repoussant. 11 fournit à la distillation avec l’eau 40 à 45 pour 100 d’une huile volatile incolore ; il se dissout entièrement dans l’alcool bien rectifié. Cependant la dissolution reste ordinairement un peu laiteuse, et laisse précipiter par le repos tantôt un peu de résine molle analogue à celle de la résine animé, tantôt une très-petite quantité d’une huile fixe.

Ce copahu, mélangé avec un seizième de magnésie calcinée, se durcit quelquefois dans l’espace de plusieurs jours, de manière à prendre une bonne consistance pilulaire ; mais d’autres fois il reste coulant comme une térébenthine. J’ai remarqué que c’était le copahu qui contenait de l’huile fixe qui durcissait le moins par la magnésie ; mais la quantité de cette huile est si minime, que je ne la crois ni ajoutée au baume par fraude, ni capable de s’opposer par elle-même à sa solidification. Je la donne seulement comme une marque distinctive du baume qui ne se solidifie pas.

[.M. Z. Houssin (1) a montré que la condition nécessaire à la solidification du copahu par la chaux ou la magnésie était l’existence de l’eau dans le baume ou dans la base. Si les deux corps sont anhydres, le copahu reste û l’état liquide : si l’un d’eux ou tous deux sont hydratés, la solidification se produit.]

2 Copahu de Coyenne. — J’ai reçu deux échantillons de ce baume : l’un, qui m’a été donné par M. Fougeron, d’Orléans, était renfermé dans une calebasse et portait la date de 1721 ; l’autre a été remis à M. Baget par une personne qui revenait de la Guyane. L’échantillon de M. Fougeron était d’une transparence parfaite, d’un jaune foncé, d’une consistance un peu plus épaisse que le copahu ordinaire du commere ; mais ce qui l’en distingue surtout, c’est une odeur assez agréable, analogue à celle du bois d’aloès, et une saveur plus amère, non repoussante et bien moins persistante. Ce copahu, qui est sans doute la première sorte de Geoffroy, offre un grand*avanlage sur l’autre pour l’administra-

(1) Z. Roussit!, Jown. de pharm, et de chim., 1865.

46S DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

lion intérieure, et l’on devrait s’efforcer de le faire venir en Europe. Celui de M. Baget est de la même qualité et joint au goût et à l’odeur du premier la liquidité et lafaible coloration du copahu récent.

3. Copaiiii lie la Colombie. — Depuis plusieurs années déjà, il arrive de Colombie, par Maracaïbo, une quantité considérable de copahu pourvu de la môme odeur que les deux précédents, et qui se distingue, en outre, du copahu du Brésil par un dépôt assez considérable d’une matière résineuse cristallisée qui se forme daiis les tonneaux qui le contiennent. Cette résine de même que la partie liquide se dissout complètement dans l'alcool absolu. Lorsque ce copahu est arrivé pour la première fois en Europe, on a supposé qu’il avait été additionné d’une résine étrangère et il a donné lieu à des contestations entre commerçants ; mais il y a tout lieu de penser que celle résine, qui n’est peut-être qu’un hydrate de l’essence, est naturelle au copahu de Maracaïbo et lient à l’espèce de Copaifera qui le produit ; de même, par exemple, que l’Aô/es excelsa fournit une térébenthine épaisse et chargée de résine, au lieu de la térébenthine liquide et transparente de VAbies pectinata. Le copahu de Maracaïbo est, je crois, celui qui domine aujourd’hui dans le commerce.

[Sous le nom de Copahu, on a apporté quelquefois sur le marché de Londres le produit de diverses espèces de Dipterocarpus .• B.twbinalus, Gærtn.,/). ineanus, ïioxb. , D.alatus, Boxb., B. lœvis, BIm., D. trinevh, Blm., connu dans les Indes orientales sous le nom de Wood-oil (huile de bois) ou de Baume de Gurjun. Ce liquide qui, filtré, ressemble assez à un copahu de couleur foncée, et qui a à peu près l’odeur et la saveur de ce baume, s’en distingue parce qu’il contient en suspension une matière résineuse qui trouble sa transparence. Son poids spécifique est plus considérable, et son goût fort amer. Il est surtout caractérisé par celle circonstance, que porté à la température de plus de 130», il se prend en une sorte de gelée. Lorsqu’il est mêlé au baume de copahu, il est assez difficile de le reconnaître. Voici cependant un moyen que donne M. Flückiger(l) pour mettre en évidence cette falsification.

On dissout dans la benzine le baume qu’on veut essayer : on traite la liqueur filtrée par l’alcool amylique ou éthylique : si le baume est pur, il reste limpide; s’il est impur, il se produit un trouble caractéristique.]

Pi'opriélés chimiques et composition. — L’oléo-résine de copahu est

(I) Flückiger, Bemerkungen üher Copaiva-balsan {Sctiweizer \Vochenscrirt für Pharmacia, mai !807).

soluble en toutes proportions dans l’éther et dans l’alcool anhydre, mais sa solubilité diminue rapidement avec la force de ce dernier liquide, et celui à 80 centièmes n’en dissout plus que un neuvième ou un dixième de son poids. Elle se combine facilement avec les bases salifiables. Lorsqu’on môle, par exemple, 3 parties de copahu avec t partie de solution alcaline contenant un huitième d’hydrate de potasse, il en résulte, après quelque temps d’agitation, une combinaison complète et limpide. Si l’on ajoute une plus grande quantité de potasse, la combinaison du copahu avec l’alcali se sépare et vient à la surface. Ce composé se dissout dans l’eau pure, dans l’alcool et dans l’éther. La soude et l’ammoniaque se conduisent de même : ainsi, en agitant 3 parties ou 2 parties et demie de copahu avec t partie d’ammoniaque liquide à 0,923 de pesanteur spécifique (22 degrés de Baumé), le mélange redevient presque aussitôt transparent, mais se trouble ensuite lorsqu’on y ajoute un excès d’alcali. La magnésie se combine aussi au copahu : un trentième de magnésie calcinée s’y dissout complètement et forme avec lui un liquide transparent ; un seizième de magnésie s’y dissout encore, mais la combinaison reste opaline et acquiert quelquefois une consistance pilulaire. Cette combinaison, traitée par l’éther, s’y dissout, à l’exception d’une très-petite quantité d'un résinale formé par la résine insoluble dans l’alcool (Pour le carbonate de magnésie, voyez plus loin).

[Le baume de copahu contient une huile essentielle et une partie résineuse formée elle-même de deux résines, une résine acide, l’acide copahirique ou copahu-résinique, ayant pour formule C*“H®°0*, et une résine visqueuse.

L’acide copahivique est une substance jaune d’ambre, crislallisable, inodore, soluble dans l’éther et l’alcool ; il forme avec les bases des sels solubles dans les mômes dissolvants.

Le copahu de Maracaïbo contient un acide différent que Strauss a désigné sous le nom d’acide mélacopahivique et qui répond à la formule C“H“0* (1). Il se distingue aussi des autres espèces de copahu par son action sur la lumière polarisée. Tandis que les copahus du Brésil dévient plus ou moins vers la droite le plan de polarisation, il le dévie assez fortement en sens contraire.]

Dans toutes les Combinaisons du copahu avec les alcalis et avec les autres bases saliflables, c’est la résine seule qui agit; l’huile volatile y est étrangère, et ne fait que s’interposer dans la masse. C’est ce que prouve d’ailleurs un procédé donné par M. Ader pour obtenir l’huile volatile sans avoir recours à la distillation. A cet effet, on agite bien 100 parties d'alcool à 83 degrés centésimaux avec 100 parties de copahu; on y ajoute 37 parties et demie de soude caustique liquide à 36 degrés^

(t) Strauss, Uber einige Bislaacltheile des Copaivabalsams ; Inaugural dissertât. Tübingen, 1805 (d'après le Jaliresberidit voti IViggers and Husemann, 1868).

(2) Voir Buignet, Journ. de pharm. et de chim., 3' série, t. XL, p. 260, et FlUckiger, Bemerkungen über Copaiaa-balsam {Schuieizertsche Wochenschrift fur Pharmacie, mai 1807).

470 DICOTYLÉDONES CALICIFLORÉS.

puis loO parties d’eau; la résine saponifiée reste dissoute dans le

liquide hydro-alcoolique, et l’huile volatile vient nager à la surface.

Celte huile volatile, purifiée par la distillation sur du chlorure de

calcium, présente la même composition que l’essence de citron, soit

CW.

Falsification (la copahu. — La liquidité du baume de copahu, qui le rend semblable à une huile, est cause qu'on a pensé à le falsifier avec des huiles grasses communes ; mais l’insolubili lé de ces huiles dans l’alcool rendant la fraude trop facile à reconnaître, on a bientôt falsifié le copahu avec de l’huile de ricin : celte altération condamnable a excité les recherches de Planche, de Henry père et de M. Blondeau, qui nous ont fait connaître des moyens certains de îa découvrir.

I» Par l’ébullition. — 5 grammes de copahu pur mis à bouiîîir dans i litre d’eau jusqu’à réduction presque entière du liquide se réduisent en une résine sèche et cassante; lorsque le copahu est mêlé d’huile, le résidu est d’autant plus mou et liquide que la quantité d’huile est plus considérable (Henry).

2" Par la potasse caustique. — 8 grammes de copahu pur et 4 grammes de potasse liquide contenant un quart de potasse à l’alcool, mélangés dans une capsule, prennent l’aspect et la consistance du cérat; mais après quelques heures de repos, la séparation des eaux liquides s’opère presque entièrement; le copahu saponifié surnage, et la potasse en excès tombe au fond.

Lorsque le copahu contient un quart, ou seulement un huitième d’huile de ricin, le mélange alcalin ne se sépare pas; il perd peu à peu son opacité, et se convertit en une masse gélatineuse et transparente (M. Blondeau).

Avecla soude caustique (lessive des savonniers), résultats analogues : le savon de copahu pur se sépare ; celui qui contient de l’huile de ricin forme un savon homogène, d’autant plus consistant et plus opaque que la portion d’huile est plus considérable (Henry).

3® Par l'hydiocarbonatc (le magnésie. — 4 parties de copahu pur et 1 partie d’hydrocarbonate pulvérisé, agitées dans une capsule, puis abandonnées à elles-mêmes, forment un mélange qui prend en quelques heures la transparence, l’aspect' et la consistance d’une forte dissolution de gomme arabique.

Lorsque le copahu est môlé d’huile de ricin, le mélange reste d’aulanfplus opaque qu’il y a plus d’huile (M. Blondeau).

4“ Par l’ammoniarque. — En agitant dans une bouteille bouchée une goutte d’ammoniaque à 22 degrés avec trois gouttes de copahu, ou une partie en poids de la première sur 2,S du second, le mélange devient en peu d’instants parfaitement transparent lorsque le copahu est pur, et il reste d’autant plus opaque qu’il contient plus d’huile (Planche). Cette expérience, faite à une température de 10 à lo degrés centigrades, offre des résultats certains, et peut faire découvrir un vingtième ou un trentième d’huile ajouté au copahu; mais à une température de 20 à 2o, degrés le copahu qui contient un huitième d’huile redevient presque aussi transparent que te copahu pur, de même qu’à une tem-

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