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« territoire. Ce grand cratère est de forme circulaire, son diamètre « supérieur est de demi-mille, et l'inférieur conserve encore une « extension de cinq cents vares (environ trois mille pieds). On « peut y descendre même à cheval ; le sentier, quoique très-incliné, « n'offre pourtant aucun danger éminent, et ses nombreux détours « le rendent assez commode. En se voyant enseveli au milieu de « cette fournaise éteinte, on éprouve un sentiment mélé de terreur « et d'admiration; mais ce qui frappe surtout l'observateur, c’est la « disposition des couches de lave qui ont accru la masse du cône, «et dont la superposition graduelle est marquée sur les parois « intérieures, à partir du fond jusqu'aux bords échancrés du cratère (1).
(1) Gatalogo de D. F. Escalar. Mss.
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Les détails suivans, que nous empruntons au bel ouvrage de M. de Buch, ne sont pas moins curieux.
« Le volcan de Bandama, dit ce géologue, est peut-être le plus « remarquable de ceux qu'on observe à la surface du globe ; son « immense cratère est bien plus grand que celui du pic de Ténériffe, « et rappelle par son aspect et sa profondeur le Lago di Nemi, ou « mieux encore, le lac d’Ælbano. Une plaine fertile, couverte de vignes «et d'arbres fruitièrs s'étend au fond de ce gouffre. La pointe la « plus élevée du. bord du cratère est connue sous le nom de Pico de « Bandama; cette crête, qu'on aperçoit très-distinctement de la Ciu- « dad, est à 1,722 pieds au-dessus du niveau de la mer. Une maison, « bâtie sur la pente du sentier qui conduit dans la Caldéra, est à « 1,343 pieds d'altitude : le fond est par conséquent à 1,030 pieds « au-dessus du bord supérieur (1). »
Ce passage de la relation de M. de Buch complète la description du cratère de Bandama, et nous ne saurions rien ajouter de plus à ces renseignemens. M
De Bandama jusqu à la belle vallée de la Vega, le sol s'élève insensiblement vers les montagnes ; on passe par les villages de Tafira et de Santa Brigida : San Matheo vient après et a déjà 2,406 pieds d'élévation; la Lechusa, qu'on traverse ensuite, est à 3,013 pieds. A partir de cette petite bourgade, la dernière de la vallée, le chemin devient toujours plus rude, et les escarpemens se multiplient à mesure
(1) Voy. Buch. Physical. Beschr: der Can. Ins., p. 262.
Ge géologue a donné quelques détails sur la contrée qui avoisine Bandama.
« Deux autres cônes, dont la structure intérieure a beaucoup de rapport avec celle de la Caldera, «s'élèvent, dit-il, à l’entrée de la vallée de la Vega. L’un a reçu le nom de {as Cucvas de los Frayles « à cause des grottes qu'on y a creusées ; l’autre, qu'on aperçoit un peu plus haut, est appelé Pico « del Angostura. Cette masse de tuf volcanique est percée aussi d'habitations souterraines. A partir « de Bandama, les collines continuent sans interruption jusqu’au pic de l 4 talaya. On trouve encore «là un autre village de Troglodytes creusé dans le flanc de la montagne et sur les bords d’une vallée « qui se prolonge vers Bandama et Xinamar. »
( 107 ) qu'on se rapproche du Saucillo. La hauteur âbsolue de ce morne est de 5,306 pieds, les rochers qui l'environnent s'avancenten saillie, et l'on atteint sa cime en suivant les rebords de ces dangereuses corniches. Alors la vue embrasse toute la côte orientale, depuis /& Fsleta Jusqu'au cap Tenefe (1). Les collines qui s'adossent au massifcentral et limitent les vallées occupées par les populations agricoles, se dirigent toutes vers la mer : elles n'offrent pas de crêtes tranchantes et brusquement accidentées comme les contre-forts des Cañadas et de la chaîne d'Anaga à Ténériffe; leurs sommets élargis sont susceptibles de culture, la charrue à sillonné leurs versans, et, dans les vallées adjacentes, les eaux des torrens se sont mieux prêtées aux irrigations. Ces avantages ont fait la richesse de la grande Canarie; aussi ses produits, plus que suffisans pour ses besoins, passent-ils journellement dans les autres îles. Le vallon de Tenteniguada, la Vega de los Mocanes et le hameau de alsequillo se trouvent compris entre deux rameaux qui se prolongent vers Telde. Cette ville, la plus importante de la Canarie après La Ciudad de las Palmas, est située au milieu d'une plaine fertile, à 259 pieds au-dessus de la mer.
En savançant à l'occident du Saucillo, La Cumbre, cette région culminante qui forme la croupe de l’île, acquiert plus d'extension et continue à s'élever jusqu'au Pozo de la Nieve, dont l'altitude est de 5,842 pieds. L'action des forces volcaniques se manifeste dans toute sa puissance aux alentours de ce pic; des crêtes escarpées ‘partent de sa base et se rehaussent encore pour produire l'aiguille pyramidale du Nublo : plus loin , et toujours dans la direction de cet énorme monolithe (2), Bentayga apparaît comme une for
teresse
inexpugnable. Ce fut dans ce dernier retranchement que les intré-
(1) La pointe de Melenera et celle du Gando, qu’on reconnait à l’ilot qui la termine, occupent l’espace intermédiaire.
(2) Le roc du Nublo est formé d’un seul bloc de trachyte.
| ( 108 ) pides Canariens défendirent en désespérés leur liberté expirante. Du sommet de Bentayga, l'île semble minée jusque dans ses fondemens, des précipices dangereux longent les crêtes qu'on vient de gravir, êt toutes les pentes fuient rapidement vers l'ouest. Du côté du sud, le ravin d'Æyacata s'enfonce dans un défilé étroit et bordé de rochers qui se surplombent; de l’autre côté, l’abîme est encore plus effrayant; l'œil plonge dans une des gorges les plus profondes, celle de Texeda, large déchirure qui pénètre dans le centre de l’île et s'étend jusqu'à la mer. Des fermes, dont on était loin de soupçonner l'existence, des groupes de chaumières distribués çà et là sur les berges les plus accessibles, composent un district de 1,500 ames; plus bas, quelques restes d'antiques forêts ombragent les bords d'un torrent dont les eaux sauvages vont arroser la plaine de l’Æ/dea. Au nord de Texeda, le sol est encore entamé par un autre ravin qui se dirige vers la côte septentrionale. La plus affreuse solitude règne dans cette seconde enceinte; aux alentours tout est bouleversement et dévastation ; mais en arrivant au pied des rochers qui barrent le thalweg, des voix d'hommes, des cris d'animaux se font entendre comme par enchantement, et viennent retentir dans le fond de la vallée. Alors, si l'on cherche à connaître la cause de ces bruits étranges, on aperçoit sur le flanc de la montagne les grottes d’Ærténara, comme des nids d'oiseaux de proie. Ces excavations, habitées par 1,200 Troglodytes, sont creusées dans le tuf à 3,694 pieds au-dessus du niveau de la mer et sur le bord d'un escarpement de 500 mètres de chute. Üne population industrieuse s'est réunie sur ces crêtes isolées, le pâtre ya conduit ses troupeaux et des mains hardies ont mis en culture les assises, les combes, les plateaux et jusqu'aux moindres corniches. En se plaçant de nouveau au sommet de Bentayga, pour bien comprendre cette orographie presque insaisissable au milieu de l'entassement des rochers, on reconnaît que le massif de l'ile, ruiné de toute part, a été divisé par fragmens. Ces parties démembrées
du système général forment plusieurs rameaux qui embrassent les grandes anfractuosités du centre. À partir du Pozo de la Nieve, la Cumbre s'étend au nord et commence à s'arquer vers l'ouest au-dessus - d'Artenara. Cette haute combe est coupée plus loin. par un ravin qui va déboucher sur la côte de la Gaete ; mais bien que son altitude diminue sensiblement, elle se prolonge toujours vers l'ouest. La chaîne prend alors le nom de Tamadava, et ses versans sont garnis de bois de pins. Sur les confins de l'Æ/dea la montagne fait éperon; une de ses branches principales borne la vallée à lorient et se termine brusquement à la grotte du midi, la cueva del mediodia, que domine le morne d'Aliæista. Les autres rameaux vont former au nord-ouest le plateau de Tirma et se projettent jusqu'à la pointe de l’Aldea, où des masses de rochers inaccessibles défendent les abords de la côte.
Au sud de la vallée de l’Aldea, les falaises qui bordent le littoral ne sont pas moins escarpées que celles de la bande du nord; les montagnes sélèvent rapidement vers la partie culminante de l’île, et atteignent bientôt une hauteur de plus de 4,000 pieds. Elles suivent une direction à peu près parallèle à celles de Tamadava, les bois de Pajonal couvrent leurs versans méridionaux, et leurs flancs en saillie donnent lieu à des accidens analogues à ceux du rameau Opposé.
Ainsi, le morne de Fuente-Blanca forme, sur le revers septentrional, l'extrémité d'un autre éperon qui fait face à la grotte du midi. Ces deux mornes laissent entre eux un passage étroit; c'est par-là que s'écoule le torrent de Texeda, et que les habitans de l’Aldea communiquent avec les bourgs enclavés dans les montagnes centrales.
Le rameau du Pajonal ; en s'unissant à Bentayga et au Nublo, vient se rattacher au pic du Pozo de la Nieve qui constitue le nœud d'où partent les grands fragmens de ce système démantelé. Lorsqu'on descend de la haute région pour s'avancer vers la bande méridionale, on arrive tout-à-coup sur le bord d'une vallée profonde dont
les berges décrivent une circonférence d'environ six lieues. Ce cirque imposant, qu'on appelle la Caldera de Tiraxana, a été considéré par M. de Buch comme un cratère primitif soulevé avec toute la masse de l'île; les crêtes qui l'entourent conservent une altitude de plus de 4,000 pieds sur une grande partie de leur prolongement. Cependant, de fortes dépressions viennent rompre dans divers endroits cette ligne de circonvallation, et ouvrir des sentiers qui facilitent la descente dans la vallée. Après avoir traversé le ravin d'Ayacata, on atteint le premier col, e/ paso de la plata, dont la hauteur verticale est de 3,642 pieds. On peut aussi pénétrer dans la Caldera par la descente de Taydia, las V’uelias de Taydia. Cette large brêche sest formée sur le bord oriental du cirque qui sur ce point na plus que 2,991 pieds d'élévation. Le sol est très-imégal dans le fond de la Caldera : Santa Lucia, bourg situé au pied de la descente , est à 2,109 pieds au-dessus de la mer, tandis que les villages de Tunte et de San Bartholomé, groupés à la base des escarpemens du nord , sont à 2,590 pieds. Le centre de la vallée est rehaussé par la montagne d'Urera toute percée de grottes inhabitées.
Le district de Tiraxana renferme une population de 2,600 ames: les sources qui l’arrosent forment un cours d'eau assez considérable qui s'échappe par le ravin de la Gallega, défilé étroit dont il faut suivre les détours lorsqu'on veut sortir de cette enceinte pour se rendre sur la côte méridionale. On peut aussi franchir les montagnes du cirque au col de Manzanilla, vulgairement appelé la degollada.On trouve alors sur le revers occidental plusieurs ravins profonds (1) qui partent des flancs de la Cumbre et vont déboucher à la mer.
(1) Les principaux sont ceux de Chamorican , de las Palmitas , de la Negra et d’Arguinegury.
Les grands accidens qui ont miné la partie centrale de la Canarie ont imprimé à cette région un caractère étrange et tout particulier. Ces effondremens ont entre eux des rapports d'homogénéité qu'il est important de saisir : leur position et leurs divers embranchemens une fois expliqués et bien compris, le reste de l’île est facile à concevoir, car les mouvemens de terrain s'assimilent alors à ceux de tous les versans maritimes. La pente des montagnes, du côté de la mer, présente à peu près la même structure, et les différences qu'on observe ne reposent que sur des détails secondaires. Ce sont toujours des vallées adossées aux grands massifs de l'intérieur et séparées les unes des autres par des rameaux prolongés vers la côte. La Cumbre, cette combe élevée qui embrasse toutes les sommités culminantes, forme la ligne de partage entre les versans extérieurs et les anfractuosités du centre. Une simple revue topographique des districts que nous n'avons pas encore nommés, suffira donc pour compléter notre description.