DESCRIPTION DE L'ILE DE LA GOMÈRE
ETymoroci. Viera a longuement commenté, dans son ouvrage (1), les différentes opinions des historiens sur l’origine du nom de la Gomère. Nous résumerons dans une courte analyse ce qu'il a écrit sur ce. sujet. | Toutes les recherches du P. Abreu Galindo pour connaître la déri-
vation de ce nom furent infructueuses. Antonio Viana et Nuñez de la Peña, moins exacts et plus hardis, prétendirent que le nom de Gomère provenait de celui de Gomer, petit-fils de Noé. Nous avons déjà vu que ces auteurs s'étaient appuyés sur une origine aussi bizarre au sujet de Canaria.
Nebrixa. adoptant l'opinion de Léon l'Africain, qui cite les Gumeres ou Gomerites parmi les habitans de la chaîne de l'Atlas, « Gumeri in montibus Mauritaniæ habitant », suppose que ces peuples prirent possession de l’île de Gomère dans une de leurs émigrations, et qu'ils l’appelèrent de leur nom (2). Cette étymologie que Viera désapprouve nous semble plus probable que celle qu'il propose. « Ne pourrait-on » pas admettre, dit-il, que, par esprit de dévotion, Jean de Bethen- » court ou son lieutenant Gadifer de la Sale aient voulu placer cette » île sous la protection de saint Gomer en l'appelant Gomère. » Mais Viera ignorait sans doute que ce nom est antérieur à l'arrivée des
(4) Voy. Noticias de la Hist. gen. de las isl. Can., tom. 1, p. 58 et suiv. (2) Voy. Nebrixa, lib. 1v, décad. 1, cap. 3.
Normands, puisqu'on le trouve déjà sur les cartes manuscrites du quatorzième siècle (1). L'auteur des Noficias ne nous paraît guère plus fondé dans ses autres hypothèses (2), etsans nous arrêter davantage sur l'origine d'un nom qui peut-être n’ajouterait rien de bien important à l'histoire géographique du pays, nous passerons à des considérations d'un autre genre.
CONFIGURATION ET GISEMENT. Pendant la campagne d'exploration de 1776, le chevalier de Borda détermina les positions suivantes :
Le port de San-Sebastian par la latitude de 28°— 5° — 40” et la longitude de 19°— 98’.
La pointe du Nord » 2813 » ». » »
La pointe du Sud » Dos GE 307 » » »
La pointe de l'Ouest » » » 5 ” 19— 44.
Les gisemens des quatre points principaux de la côle portaient le centre de l’île par 28°—7 de latitude nord, et 19° —36 de longitude occidentale du méridien de Paris.
Dans les cartes de Lopez, le port de San-Sebastian se trouve placé onze minutes plus à l'est, bien que le géographe espagnol se soit conformé aux données de Borda pour les autres positions. |
Nous avons suivi dans notre carte générale les indications ie hydrographes français. Quant à la forme et à la structure de l’île, nous nous en sommes rapportés aux renseignemens qui nous ont été communiqués, les circonstances nous ayant empéchés d'exécuter l'exploration que nous avions projetée. La configuration des côtes de la Gomère nous offrait des différences si extraordinaires dans les cartes du P. Feuillée, de Borda et de Lopez (3), que nous n'osions choisir d'abord, entre ces trois planimétries, celle que nous devions admettre. Il serait difficile ,
(1) Voy. au Dépôt des cartes et plans, celles dont nous avons déjà fait mention précédemment.
(2) L'auteur des Noticias voudrait aussi que le mot Gomère provint de Gomme, à cause du grand nombre d’arbres qui croissent dans l’île, et d’où découle la substance que les Espagnols ont appelée Goma de Almacigo; cette seconde désignation applique à l’espèce connue en botanique sous le nom de Pistacia Atlantica.
(3) Voy. les planimétries de cette île, pl. vrr de notre Atlas.
en effet, d'imaginer trois figures plus disparates : Feuillée alongeait l’île vers le nord, Borda l’arrondissaït dans tous ses contours, et Lopez, traçant une espèce de quadrilatère, signalait quatre pointes bien distinctes et presque également éloignées les unes des autres. Nous avons adopté toutefois ce dernier tracé; les connaissances pratiques des marins du pays ne nous laissent aucun doute sur l'existence des quatre saillies que Borda à indiquées dans sa relation , mais qu'il n’a pas fait sentir sur sa carte,
DescriPTioN. « L’isle de Gomère, à quatorze lieues par deçà (de Palma), » est très-forte isle en manière d'une trèfle, et le païs bien hoult et assez » plain, mais les baricaves y sont merveilleusement grandes , et est le païs » habité de grand peuple..., tout garny de Dragonniers et d’autres bois » assez, et de bestail menu, et de moult autres choses étranges qui seroient » longues à raconter. » C'est ainsi qu'en 1403 les aumôniers de Bethencourt s'exprimaient dans leur vieux langage, et ces vagues notions résument toute la géographie de la Gomère jusqu'en 1764, que George Glas vint donner quelques nouveaux renseignemens. « La baie de » San-Sébastien est sûre, dit-il; on peut y mouiller sur un bon fond » entre 7 et 15 brasses, mais il faut tenir le câble prêt à filer ; car, lors- » que le vent vient de terre, on peut facilement déraper. Au nord de » la baie , il y a une anse où les bâtimens de grand tonnelage peuvent » samarrer le long d’une côte escarpée, et même s'y caréner. La mer » est ordinairement très-tranquille dans cette seconde enceïnte, et, » lorsque la houle empêche les bateaux de débarquer dans la baïe, ils » peuvent toujours le faire sans risque dans l'anse qui communique » avec le port de San-Sébastien par un cheniin de corniche fort étroit » et qu'on tient fermé pendant la nuit.
» L'île est riche en productions variées et peut se suffire à elle-même ; » ses forêts sont peuplées des mêmes arbres que celles de Ténériffe ; les » Pistachiers qui donnent la gomme (Pistacia Atlantica) ÿ sont très-
» abondans ; maïs il n’y à pas de Pins ».