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raires, nous partageons l'opinion de ce savant commentateur qui, à l'exemple de d'Anville (1), a rapporté cette ancienne dénomination à Lancerotte et à Fortaventure. Pline nous apprend que le nom de Purpurariæ, imposé à ces îles, provenait des établissemens que le roi Juba y avait fondés pour la teinture en pourpre (2), Gosselin n'a pas manqué de citer ce fait et s'est appuyé de l’autorité de d'Argenville (3), qui pensait que la couleur si estimée des anciens était extraite d'une espèce de coquille du genre murex, très-abondante dans ces parages. Ce nest pas ici le cas d'entrer dans une dissertation sur ce sujet, du reste déjà bien éclairci; les savantes recherches de Lister (4), Templeman (5), Duhamel (6) et autres ont suffisamment démontré que l'humeur lymphatique contenue, en si petite quantité, dans les mollusques soumis à leurs expériences, était loin de produire cette couleur brillante que le na-
turaliste romain à caractérisée par cette phrase : Laus purpuræ summa, in colore sanguinis concreti, nigricans aspectu, idemque suspectu refulgens. Undè et Homero purpu-
reus dicitur sanguis (1).
M. Bory de Saint-Vincent pense que la matière colorante, qu'on
Ombrios—Fer. Junonia—Palma. Capraria—Gomere. Nivaria—Ténériffe. Canaria—Canarie. Purpuraria=Lancerotte et Fortaventure, Junonia minor—Graciosa. ( Rec. sur la géogr. syst. des anciens. )
M. Léopold de Buch à interprété ces noms ainsi qu’il suit : Ombrios—Lancerotte. Junonia magna— Fortaventure. Junonia minor—Canarie. Capraria—Fer. Canaria—Palma. Nivaria—Ténériffe.
On voit, d’après cette répartition, que Gomere se trouve oubliée; M. de Buch pense que cette île a pu rester inconnue ou être prise seulement pour une portion de Ténériffe, (Physical. Beschreib. der Canar. Insel. Berlin, 1825. )
(1) D’Anville, Géogr. anc. abrég., tom. 1, pag. 117.
(2) Plin., lib. vr, chap. xxxvi.
(3) D’Argenv. Conchyolog. , pag. 82.
(4) Transact. Philos. n° 197, an. 1692.
(5) Templeman, Dissert. sur la pourpre des anciens.
(6) Mémorre de l Académ. , pag. 6 , an. 1736.
(7) Pl. , iv. 1x, ch. xxxvin.
allait chercher dans ces îles, ne peut être que l'orseille (lichen roccella EL), si estimée pour la teinture (1). L'abondance de cette plante dans les îles de Lancerotte et Fortaventure semblerait confrmer les assertions de M. Bory. L'emploi de l'orseille est connu de temps immémorial : sa préparation fut d'abord un mystère, mais devenue d'un usage général, cette plante prit rang alors parmi les productions les plus importantes des îles Fortunées. Les Phéniciens , les Carthaginois et les Massaliotes, qui fréquentèrent les premiers les archipels d'occident, eurent successivement le monopole de l'orseille; ce commerce dut passer plus tard aux Romains par l'intermédiaire des marchands mauritaniens; mais abandonné ensuite pendant près de quatorze cents ans pour n'être plus exploité que par quelques aventuriers, ce trafic ne reprit faveur qu'au commencement du xve siècle, lorsque Bethencourt et ses compagnons s’emparèrent de Fortaventure. « {/y croft une graine qui vaut beaucoup et qu'on appelle «orsolle, ont-ils dit, elle ‘sert à teindre drap ou autre chose, et si « cette île est une fois conquise et mise à la foi chrestienne, icelle « graine sera de grand valeur au sieur du pays » (2).
Les notions que Ptolémée nous a transmises sur la situation des îles Fortunées, n'ont guère illustré les renseignemens de Pline : ses tables et ses cartes, reproduites dans divers ouvrages (3), d'après les manuscrits grecs et latins, nous ont fourni les premiers documens graphiques sur les archipels de l'Afrique occidentale ; mais les projections dressées par ce géographe, d'après les données de Marin de Tyr, sont souvent inexactes, et le gisement des Canaries
(1) Essais sur les tles Fortunées ; pag. 377 et 378.
(2) Bont. et le Verr., Conquest. des Can. , pag. 130.
(3) Ptolém. , Géogr. Edit. prince. Venise, 1486. Bourdone Isolario ; Venise , 1528.
Gosselin, Recher. sur la géogr., etc., tom. 1, etc. :
est tout-à-fait faux. Ptolémée plaça ces îles presque sous un même méridien, au terme le plus occidental de la terre connue (1); quelques-uns des noms de Sebosus et de Pline, qu'il adopta, ont été altérés par les copistes et rapportés dans l'ordre suivant :
Aprositos, Hera seu Junonia, Pluitana, Casperia, Canaria et Pintuaria (2). La singulière disposition des îles du nord au sud (3), dans les cartes de Ptolémée, prouve que l'astronome d'Alexandrie n'eut pas connaissance de la relation de Pline, car l'itinéraire des envoyés de Juba l'eût empêché de commettre une pareille erreur. Gosselin croit qu Aprositos représente Fortaventure, maïs cette épithète d'inaccessible ne sauraït guère s'appliquer à une île basse et facilement abordable. Il en est probablement d'Aprositos comme des autres, les opinions qu’on pourrait adopter à cet égard ne seraient que des hypothèses.
Les Fortunées perdues et retrouvées à plusieurs époques, ces îles que Juba avait décrites et que Ptolémée venait de signaler, restèrent
(1) Ptolém. , Géogr., lib. :, cap. 11, pag. 18.
(2) Ptolém., Géogr., cap. vi, tab. 1v.
(3) « Les îles Fortunées sont, dans toutes nos éditions latinés, et dans la plupart des manuscrits grecs ou latins, sous un même méridien à un degré de longitude. Nous pensons que c’est une erreur que
les copistes ont introduite dans le texte de Ptolémée. Get auteur plaçait les Fortunées au terme le plus occidental de la terre connue ; il fallait donc que les plus reculées dans l’ouest fussent , selon lui, sous le premier méridien ; sans quoi toutes Les longitudes de ses tables seraient fausses. Nous avons d’ailleurs à l'appui de notre opinion, le texte grec des éditions , qui fixe quatre de ces îles à
zéro de longitude , c’est-à-dire sous le premier méridien, et deux seulement à un degré moins à l'ouest. » (Gosselin , Recher. sur la géogr. des anciens , tom. 1, pag. 158.)
A cette observation importante nous ajouterons le tableau comparatif des latitudes et longitudes de Ptolémée , telles qu’elles ont été copiées dans le texte grec et les éditions latines.
Texte grec. Éditions latines.
Aprositos.. +: . . . 16° 0° lat. O O0’ long. 1° 16° de long. Mnona en nt, GAS: : 140: 1: 15 1/4 »
Pluitana ou Pluriala. . 15 15. 0 0. TOTALE Casperia ou Capraria. . 12 30. . O O. NAN (Bet CE D EX 1 O. 1h til »
Pintuaria ou Nivaria. . 11 O. 0 0. 1 10192 »
ncore oubliées pendant treize siècles ; l'invasion des barbares, en létruisant l'empire romain, replongea l'Europe dans l'ignorance et fit rétrograder la civilisation. Mais le génie des grandes découvertes devait se réveiller un jour dans Christophe Colomb et Vasco de Gama, et les Canaries, par leur heureuse situation , étaient destinées à devenir une échelle importante pour la navigation des deux Indes. L'histoire ne nous apprend pas si vers l'an 800 les conquêtes des Normands s'étendirent jusqu'aux archipels atlantiques; nous savons seulement qu'en 1170 le Scherif-el-Edrys, surnommé le géographe de Nubie, fit mention de trois îles de l'Afrique occidentale. Cet auteur raconte (1) que des aventuriers parts de Medina Alisbona Lisbonne) furent portés par les vents vers les îles de Shierraham t Sciarram , séparées des côtes de la Mauritanie par un petit bras de mer et peu distantes de Capraria, Vîle des Chèvres. On présume que cette expédition eut lieu au commencement du xre siècle : dans ce temps-là les Arabes conquérans étaient seuls dépositaires des sciences; Benhonain leur avait traduit l’Almageste, et les Maures d'Espagne avaient eu connaissance des îles Fortunées, qu'ils appelaient Gezayr el Khaledat (îles Heureuses.) Maïs ces notions appartiennent déjà à la troisième époque chorographique que nous nous sommes réservé de traîter séparément. |
1) Voy. les compilations de Joseph Conde sur les auteurs arabes (tom. r, cap. cix, pag. 526 ), etle: livre du Scherif-el-Edrys traduit en espagnol sous le titre d’El descoso de peregrinar la tierra.