II. À
( 146 ) Amérique, l'amiral préféra cette île à toutes les autres pour y faire ses relâches, | |
Le 3 août 1492, il part du cap de Palos, se trouve en vue des Canaries le 9, et mouille trois jours après dans le port de la Luz (gran Canaria) pour y radouber le gouvernail de la Pinta qui avait été démonté malicieusement pendant la route (1). L'amiral laisse son lieutenant Pinzon chargé de ce soin, s'empresse de faire voile pour la Gomère le 12, et y séjourne jusqu'au 23. Il retourne ensuite à la grande Canarie pour rallier /a Pinta, et revient à la Gomère le 1" septembre. Après s'être ravitaillé dans cette île et avoir embarqué quelques matelots du pays pour compléter son équipage (2), il repart le 7 du même mois, et découvre l'Amérique le 11 octobre.
Dans son second voyagé, Colomb vient mouiller de nouveau dans le port de la Gomère, le 5 octobre 1493, avec un convoi de dix-sept caravelles, embarque encore quelques hommes, s’y pourvoit de toutes sortes de provisions et de divers animaux domestiques qu'il voulait propager dans les pays nouvellement découverts (3); fait important pour les zoaologues qui s'occupent de l'origine des races ; car il prouve jusqu'à quel point les vrais caractères de certains quadrupèdes des grandes Antilles, d'espèces communes à l'Europe, ont été méconnus.
Le 19 juin 1498, il relâche une troisième fois à la Gomère.
Enfin, en 1503, lors de son dernier voyage, les îles Canaries le revoient encore.
Aïnsi, cet archipel était devenu pour Christophe Colomb une
(1) « Salto y desencajose el gobernario à la Carabela Pinta, donde iba Martin Alonzo Pinzon, à lo que » se creyo ysespecho por industria de un Gomez Rascon y Cristobal Quintero, porque le pesaba ir a quel » viage, y dice el almirante que antes que partiese habian hallado en ciertos reveses y grisquetas, como » dicen à las dichas. » (Relation dé Colomb. Voy. Navarrete, Primer viage de Colon, t. 1, p. 4.)
(2) Viera, Noticias, tom. u, p. 169.
Humboldt, Examen critique de l’Hist. de la géog. du nouv. continent, p. 280.
(3) Herrera, ist. gen. de Ind., Lib. n, cap. 9.
L’amiral, dit cet historien, embarqua sur ses vaisseaux des vaches, des brebis, des chèvres, des cochons et des poules, et y fit transporter aussi beaucoup de semences et de plantes.
( 147 ) échelle des plusimportantes: sa position géographique, la connaissance pratique qu'il avait acquise de ses meilleurs ports, les ressources que lui offrait surtout celui de la Gomère ses relations et ses alliances avec les is/eños (1), tous ces avantages réunis durent contribuer au succès de ses entreprises.
La baie de San-Sebastian de la Gromère méritait en effet la préférence que lui accorda l'amiral : elle est située sur la côte orientale de l'île; d'une part, le prolongement de la pointe de San-Cristobal, et le morne sur lequel on à bâti la forteresse de Buen-Paso la protègent contre les rafales du nord et du nord-est; de l’autre, la pointe de os Canarios la met à l'abri des vents du sud-ouest. La tour du comte (la torre del conde), monument des anciens Perazas, s'élève à l’occident de la ville, derrière une plage de sable. Cette tour, remarquable par sa solidité, fat construite, vers la fin du quinzième siècle, par Fernand Peraza, et restaurée sous le comte don Guillen du même nom , après quelle eut éte démantelée et en partie détruite dans différentes invasions. En 1578, Philippe IT la ft monter d'une forte artillerie, et en 1580 on y déposa tous les trésors que Jean de Recalde avait apportés d'Amérique sur ses galions. Les bâtimens peuvent mouiller très-près de terre sur un bon fond; à l'entrée de la baïe, la sonde indique vingt brasses, et dix-huit vers un rocher isolé qui avoisine la morne de la forteresse; en se rapprochant du rivage, on trouve successivement 12, 8 et À brasses de profondeur.
Le chevalier de Borda a donné un petit plan de cette baie dans sa carte particulière des îles Canaries (1780); celui que nous avons représenté dans la pl. x de notre Atlas a été levé par don Sebastian de Celis,
qui a bien voulu nous communiquer son dessin original (2).
(1) Il existe aux îles Canaries une famille qui se dit descendante de l'amiral ; c’est celle des Columbo de la Laguna.
(2) Voy. aussi la pl. 25 de la Part. hist.
Ce fut dans ce havre hospitalier que se réfugia, en 1502, l'escadrille de don Nicolas Ovando, commandeur de Larex, lorsqu'elle fut assaillie par une tempête dans sa traversée en Amérique. Don Nicolas Ovando se rendait à l'île espagnole pour ramener en Europe le gouverneur François de Bobadilla, qui s'était montré si inhumain envers Christophe Colomb. Ovando perdit un de ses vaisseaux pendant la tempête qui l’assaïllit , et le remplaca par un autre qu'il acheta dans le port de la Gomère. L'équipage de ce navire était composé en grande partie de gens du pays (1). |
Le conquérant du Mexique, Hernan Cortez, y vint mouiller aussi avec ses vaisseaux en 1504. |
Davila, dans son expédition au Darien, y ravitailla sa flottille en 1514
Cette baie reçut encore, en 1526, Francisco de Montejo, qui allait envahir le Yucatan (2), puis successivement, en 1580 et 1582, don Juan de Recalde, de retour d'Amérique avec ses galions, et le général des galères don Alvaro de Bazan, avec la flotte espagnole qu'il commandait (3).
Le port de San-Sebastian fut long-temps le point de mire de toutes les attaques dirigées sur les îles Canaries,
En 1570, Jacques de Soria, l'émule de l'amiral Coligni, y débarqua de vive force.
L'année suivante, Jean Capdeville, aventurier béarnais, s'empara, par un coup de main hardi, de San-Sebastian qu'il saccagea, et remit sous voile avec un riche butin.
(1) Voy. Viera, Moticias, tom. 11, p. 281.
(2) Dans les expéditions antérieures, aussi bien que dans celle de Montejo, les conquérans de l’'Amérique s'étaient souvent pourvus de soldats volontaires, à leur passage aux Canaries, et, dans les guerres qu’on eut à soutenir avec les Indiens, les insulaires de cet archipel se firent toujours distinguer par leur bravoure. Les Lugo et les Benitez prirent une part très-active dans les conquêtes du Venezuela et de Rio de la Plata.
(3) Viera, Noticias, tom. ur, p. 32.
En 1585, François Drake y fit plusieurs tentatives.
La Gomère fut encore envahie, en 1590, par l’escadre hollandaise de Pierre Vanderdoes.
Enfin, en 1617, les Maroquins s'en emparèrent à leur tour, déman- -telèrent la forteresse, brûlèrent une partie de la ville et notamment le manoir seigneurial des Perazas.
Aujourd'hui les ports de Santa-Cruz, de Ténériffe et de l'Orotava, ceux de Canaria et de Lancerotte qui réunissent tout le commerce de ces îles, sont les seuls fréquentés par les bâtimens européens; la baie de la Gomère n’a plus qu'une importance secondaire, et n’est visitée que par les caboteurs. Dans ces dernières années, quelques Génois s’y sont établis pour s’y livrer à la pêche du thon.
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