‹ Histoire naturelle des Iles Canaries (volume 2)Chapitre 4 sur 93 · DE LA CARTE DE TÉNÉRIFFE · texte numérisé non relu

DE LA CARTE DE TÉNÉRIFFE

Bellin, se fondant sur des renseignemens la plupart inexacts, publia en 1753 un premier plan de l'île de Ténériffe (1). Plus tard, des opérations géodésiques tendant à déterminer l'altitude des points culminans et l'étendue de certains districts, des rélèvemens pris dans diverses explorations et quelques observations astronomiques servirent à fixer un grand nombre de positions importantes. Lopez réunit tous ces. matériaux épars et dressa ses cartes particulières des Canaries. Celle de Ténériffe, qu'il publia à Madrid en 1779 (2), repose principalement sur les données du P. Feuillée et d'Eveux de Fleurieu; le pic s'y trouve situé par 28° 12 54° de latitude nord et par 18° 52’ de longitude occidentale du méridien de Paris. Le tracé de la côte donne à l'île une forme trop alongée et place plusieurs points du littoral dans une fausse position. Quoiqu'il ait employé l'ancienne méthode pour exprimer le relief du terrain, l'ensemble de la partie orographique est assez bien conçu, et notamment le groupe des montagnes centrales. Quiconque re parcouru le pays reconnaîtra que Lopez sut faire choix de bons renseignemens, et que sur tout l'espace qu'embrasse le grand cirque des Cañadas, 1l comprit les mouvemens du terrain

avec une rare sagacité. Mais il ne fut pas aussi heureux pour la

(1) Voy. dans le Petit Atlas maritime de Bellin, tom. 1, n° 94, la Carte de l'ile de Ténériffe, suivant les observ. astron. et les journaux des navigateurs.

(2) Mapa de la isla de Tenerife, por don Tomas Lopez, geografo de los dominios de S. M.; Madrid , 1779.

partie qui se prolonge au nord-est de l’île depuis le Laguna jusqu'au cap d'Anaga, ni pour celle qui s'avance à l'occident et qu'occupent les montagnes de Xerjé, le massif de Teno et la vallée du Palmar : à, le système d'unité qui rattache les grands accidens du sol est impossible à saisir sur le plan, rien nest arrêté et presque tout restait à faire. Malgré ces lacunes la carte de Lopez est recommandable par une foule d'indications topographiques qu'on avait négligées avant lui. Lorsqu'on considère que ce eéographe exécuta ce travail sans avoir visité Ténériffe , qu'il n'eut recours qu'à des renseignemens disparates et parfois équivoques, que la compilation des documens géographiques ou descriptifs dont il fit usage dut l'entraîner souvent dans de fausses déterminations, on est bien plutôt porté à admirer sa persévérance qu'à critiquer ses erreurs.

Après Lopez, M. Bory de St.-Vincent publia en 1801 une carte particulière de Ténériffe qui accompagne ses Essais sur les îles Fortunées (1). Ce petit plan décèle déjà toute l'habileté dont l'auteur fit preuve plutard dans sa carte physique de l'Espagne ; le littoral est tracé avec intelligence, et le système de montagne, quoique manquant de détail en raison de la réduction de l'échelle, est pourtant bien entendu; quelques points importans que Lopez avait omis ou vaguement exprimés s'y trouvent bien indiqués; nous citerons entre autres le plateau des Rodeos et les nombreux ravins qui débouchent sur la côte méridionale. IL est à regretter qu'un trop court séjour à Ténériffe n'ait pas permis à M. Bory de donner la topographie complète d'une île dont il avait si bien saisi les formes générales. |

En 1815 la paix vint ouvrir un nouveau champ aux explorations

(1) Ténériffe pour servir aux Essais sur les les Fortunées. Bory de St-Vincent, Essais, etc., pag. 299,

pl. 2:

(45 ) scientifiques : M. Léopold de Buch, qui s'était déjà acquis une réputation européenne par son voyage au Cap Nord, eut l'heureuse idée d'aller visiter les Canaries sous les rapports géologiques, et associa à cette entreprise le trop malheureux Christian Smith, qui, emporté par son zèle, devait sitôt trouver la mort sur les rives du Zaïre, Dix ans après son retour à Berlin, M. de Buch publia les résultats de ses observations. La carte physique de l’île de Ténériffe, insérée dans l'atlas de son ouvrage, ne parut cependant qu'en 1831 (1). Ce beau travail, dressé à l'échelle de ==, fut exécuté par l'habile burin de M. Pierre Tardieu.

Lorsqu'on examine attentivement la carte de M. de Buch, on s'étonne de voir si peu de détails sur un plan à une si grande échelle : les contours ne sont marqués que par des lignes droites ou des courbes légèrement ondulées, rien n'indique les abords tourmentés d'une île volcanique ; on n aperçoit de toute part que des côtes basses et accessibles, au lieu de ressifs dangereux, de falaises escarpées, formées par des murailles de basalte qui bordent les rivages et se dressent du sein des eaux jusqu'à plus de deux cents pieds au-dessus. Si, pour se rendre raison de cette forme anomale, on compare ce tracé avec celui des cartes antérieures, on reconnaît aussitôt que la petite île de Ténériffe du beau plan de Borda (2) a servi de modèle à la carte physique de M. de Buch. En effet, en ramenant par le trait au moyen d'un pantographe le contour de l'un des plans à l'échelle de l’autre, on obtient celui des deux qu'on veut agrandir ou réduire. Mais dans le figuré hydrographique de 1776, on déter-

(1) Carte PHYSIQUE DE L'ÎLE DE T'énérirre, levée sur les lieux par Léopold de Buch, en 1814.

Il y a erreur de date dans le titre de cette carte, M. de Buch n'étant arrivé aux Canaries qu’au commencement de mai de l’année 1815.

(2) Voy. la carte particulière des îles Canaries, dressée d’après les observations de 1776, par le chevalier de Borda.

mina seulement les points principaux du littoral, afin d'arrêter les formes générales de l'archipel et de fixer les positions relatives de chaque île. La manière expéditive avec laquelle on procéda imposait la nécessité de négliger les détails dans un tracé qui embrassait à peine 7 centimètres de longueur pour l'île de Ténériffe, la plus grande du groupe. En employant les mêmes élémens sur une échelle aussi vaste que celle de la Ténériffe de M. de Buch, on a rendu trèssensibles les négligences inappréciables du petit tracé de Borda. Dès lors l’île à pris une toute autre apparence, ses bords n'ont plus offert que de longues plages uniformes et sans anfractuosités; si on exceple cinq ou six caps, on na pas tenu compte des autres accidens de la côte. Les criques situées à l'embouchure des ravins, un grand nombre de pointes et de petits promontoires qui s'avancent en mer (1), lilot de Garachico et les rochers isolés qui avoisinent le port d'Orotava ne sont pas les seules omissions que nous pourrions signaler (2).

(1) Ces pointes ont reçu les noms de Punta del Socorro, Punta de la Ladera, Punta Larga, Punta de Texina, Punta del mar del Viento, Punta de la Aguja,; Punta de Alcala, Punta del Camizo, Punta del Mal-Pais et Caleta de San-Marcos. À ces omissions nous ajouterons les criques ou anses qu’on désigne ainsi qu'il suit : Puerto de San-Blas, Puerto Cavallos, Puerto de la Madera, Puerto del Rincon, Puerto del buen Jesus. |

(2) Nous sommes loin de vouloir reprocher ici à M. de Buch de s’être guidé d’après la carte de 1780 que nous considérons comme le travail Le plus exact et le plus consciencieux qui ait été publié sur la position géographique et l’ensemble des formes de larchipel Canarien. Nous observerons seulement qu’en grossissant le joli croquis du chevalier de Borda, M. de Buch l'a totalement défiguré ; et pour le, prouver nous aurons recours à une comparaison bien simple. Si l’on prend sur une carte de France à l'échelle de =——— le cours de la Seine depuis Charenton jusqu’à St-Germain, et qu’on ramène ensuite, au moyen du pantographe , le trait des deux rives à l'échelle de zx (C’est à peu près la proportion entre la petite île de Ténériffe de Borda et celle de M. de Buch), les deux lignes presque confondues d’abord dans leur parallélisme ne donneront, sur la première projection, que le trait du cours d’eau et s’écarteront en s’alongeant dans la seconde , sans qu’il en résulte pour cela le moindre avantage dans le tracé. On n’aura obtenu par cette opération qu’un fleuve aux bords uniformes; les détails du littoral seront supprimés comme auparavant , et ces négligences, inappréciables dans le modèle, deviendront très-défectueuses sur la copie. Mais si, tenant compte des simuosités des deux rives, on veut indiquer tout ce qui est susceptible d'entrer dans le nouveau plan et d’en accroître l'intérêt, il faudra

Page 1