‹ Histoire naturelle des Iles Canaries (volume 2)Chapitre 5 sur 93 · CAT · texte numérisé non relu

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Limitation du joli dessm de Borda se reconnaît encore dans la structure que M. de Buch a donnée à l’île de Ténériffe, en y ajoutant toutefois plusieurs indications importantes. Or, en se guidant sur cette orographie ébauchée en 1776, l'illustre géologue est tombé dans le même inconvénient que pour l'hydrographie. Ce serait entrer maintenant dans de trop longs détails que de nous livrer à une critique minutieuse de la Carte physique, il nous suffira de relever quelques-unes des négligences les plus marquantes. Si l’on s’en tient aux données d'Escolar, qui, dès l'année 1810, avait entrepris sur Ténériffe une série d'observations du plus haut intérêt, le cirque des Cañadas occupe au centre de l'île un espace d'environ quatre lieues et demie en diamètre. Cette mesure, que nous croyons exacte, a été prise sur une carte manuscrite qu'il leva à la planchette (1). Si M. de Buch avait connu les travaux géodésiques sur lesquels nous nous fondons, il en eût sans doute admis les résultats, car, durant son séjour aux Canaries en 1815, il sut apprécier toute la portée des connaissances du naturaliste espagnol ; mais probablement qu'à cette époque Escolar n'avait pas encore terminé ses opérations. Dans la carte manuscrite que nous avons consultée, les montagnes des Cafadas décrivent un arc à peu près parallèle à la côte méridionale de l'île et reproduisent avec vérité l'immense cirque qui a été le sujet de tant de controverses depuis qu'il a été signalé comme un des plus beaux exemples des cratères du soulèvement. Dans l'esquisse de Borda, au contraire, cette enceinte rétrécie a perdu son principal

alors réformer cette ébanche et dessiner avec soin les terres-plains , les gares , les quais et les écluses, puis les jetées et les îles qui divisent le cours du fleuve, enfin les grèves et les côtes qui le bordent. * Voilà précisément ce que M. de Buch n’a pas fait et ce qui rend sa carte si différente de celles où l’on a

figuré toute ce qu’il a omis. (Note de M. Berthelot). (1) Voy. les détails que nous donnons plus avant sur les travaux d’Escolar.

caractère, la chaîne qui l'entoure est trop rapprochée du pic et sa direction est tout-à-fait idéale. M. de Buch, en adoptant le tracé de 1776, semble s'être encore éloigné davantage de l'exactitude. Vers le nord, il n'a guère mieux exprimé les énormes fragmens de ces montagnes démantelées : depuis la base du pic jusqu'à la côte, le terrain paraît descendre brusquement par ondulations et ne présente qu'un seul massif. Mais il n'en est pas ainsi; la ligne de circonvallation, quoiqu'interrompue au Portillo-de-la-Villa, au talus d'Icod et à la descente de Vilma, est aussi bien marquée de ce côté que sur la bande du sud. Cette observation, qu'il est facile de faire du sommet du pic, ne peut avoir échappé au coup-d'œil exercé de M. de Buch, et nous sommes portés à croire que son dessin original aura été mal compris. Si sur ce point, déjà contesté, nos propres remarques et des souvenirs récens pouvaient nous tromper, nous aurions recours aux savantes notes du naturaliste qui fit une étude approfondie de ce système de montagne. On va voir en effet, par la traduction d'un passage de son journal manuscrit, qu Escolar sut aussi apprécier en géologue les révolutions volcaniques qui ont bouleversé l'enceinte dont il détermina avec précision la forme et l'étendue.

« D'immenses torrens de lave sont sortis, dit-il, des flancs de « Teyde vers le midi et l'occident. Ces déjections successivement « accumulées se sont jointes à d’autres de différente nature et ont « encombré toute cette enceinte circulaire dont le diamètre est de « 4 à 5 lieues, et qu'on nomme aujourd'hui Cañadas del pico, « Gorges du pic. Ce cirque constitue un cratère très-ancien, an- « térieur à la formation du pic luimême, qui a pris naissance au « centre, et dont l'apparition à eu lieu probablement après la des- « truction d'un autre cône bien plus élevé que lui, surtout si l'on a « égard au circuit que forment les montagnes environnantes et à leurs

« escarpemens extraordinaires. Cette cordillère ouverte au S.-S.-E.

( 49) « interrompue au S.-O., ne se montre plus que par débris dans les « autres endroits. Ce désordre ne peut avoir été occasioné que par les « commotions volcaniques; c'est cette terrible tourmente qui a isolé « au S.-E. le fragment qui se rattache au contre-fort de Guimar, « au nord celui qui se joint aux montagnes de Tygayga (la Fortaleza) «et vers l'ouest aux sommités de Erjos. Toutes ces brèches, qui « séparent ces parties démantelées, servent encore de jalons à l’ob-

« servateur et lui font reconnaître la ligne de circonvallation qu'em-

OS

brassait l'ancienne chaîne > (1).

Si de ces puissantes formations, qu'Escolar a si bien décrites, nous passons à l'examen des accidens secondaires indiqués sur la carte de M. de Buch, nous aurons encore des négligences à relever. Les ravins, dont ce géologue a tant exagéré la grandeur, sont des défilés profonds et sinueux qui partent des flancs des montagnes et descendent vers la côte. Dans la projection horizontale, on ne peut guère rendre ces longues déchirures du sol que par une simple ligne d’intersection bordée d'un trait d'ombre pour marquer l'escarpement des berges, car les ravins coupent en rayonnant les talus de l'île, sans influer sur le plan de pente. Cependant leur largeur, qui excède rarement trois cents pas sur le terrain, dépasse souvent une lieue sur la carte physique. Les cônes volcaniques et les contre-forts qui forment les limites naturelles des grands districts ne se dessinent pas sur ce plan d'une manière assez tranchée; la belle vallée du Palmar, concentrée au milieu du groupe des montagnes occidentales, n'a été indiquée que de nom; enfin, le val de Salazar et ceux de Ximenes., du Sabinal, de los campos, de Taourco et de Guama ont été omis. Nous bornerons là nos remarques sur les points de Za carte

physique qui nous ont paru inexacts, et nous ferons connaître les

(1) Escolar, Mss., Catalogo de algunos productos rolcanicos de la isla de Tenerife, y principalnente de los que se encuentran à las faldas del N.-0. del pico de Teyde, n° 57. , 1

renseignemens les plus importans que nous devons à notre savant devancier. |

Le chevalier de Borda s'étant restreint aux contours hydrographiques et à l'esquisse des principaux massifs dans sa carte générale des Canaries, M. de Buch eut recours à la topographie de Lopez, qu'il enrichit d'un grand nombre de noms recueillis dans ses diverses explorations. Suivons-le sur sa carte, d'après ces nouvelles données.

Le 22 août 1815, il part de Sainte-Croix de Ténérifle, et se dirige vers le Pic en longeant les crêtes des montagnes centrales. Durant ce trajet, il évalue les altitudes de dix-sept stations consécutives, depuis

le niveau de la mer, jusqu'au sommet culminant, savoir :

El Molino. . . .... 826 pieds. Cruz de Guimar. . . 5,974 pieds. Laguna... ...:...1,620 » Montana Blanca. ... 6,103 » Fuente-Guillen. ... 2,545 » Montaña d'Izaña. . . 6,920 » Esperanza. .. .. .. 2,563 » Angostura. . . . .. 6,205 » Fuente de-los-Berros 3,180 » Estancia abajo. . . . 7,156 » Fuente-Fria. . .. . 4038 » Estancia ariba.. . . . 8,673. » El Cuchillo. . . . .. SAINS Cueva de la nieve. . . 9,312 » Perexil. .-:..... 5,658 -» Alta vista. . .. ... 9,753 »

Sommet du Pic, 11,624 ?

Cette belle opération fixa successivement les côtes de hauteur sur une ligne de pente de 12 lieues environ d'étendue, de l'E.-N.-E. à l'O.-S.-0., et servit à apprécier les divers mouvemens du terrain le plus montueux de l'île. Dans des excursions subséquentes , l'infatigable géologue calcula l'élévation verticale de plusieurs autres points, parmi lesquels nous citerons spécialement :

Les deux plus hautes cimes de la chaîne du N.-E. qu'il évalua DD COR RE Spies.

Le solcanide -Gamnar.. . Cas 2 2. 4160 >

Le cold Guinar. MEET ES (té,

CD

Recbb de Gares ar ne: honda 8 spièds.

Le col de Masca à San ago. . . . . . . , .. 3943 » Le colsde Masca à Juan Lopez. . . . :.. , . 2302 » Le soleanides A\zulsjes; 4 os musee 41 1882010 Le volenrdé Chaos ds opt de Lou con 0216

M. de Buch détermina, en outre, les altitudes des chefs-lieux et des petits bourgs, ainsi que les limites des grandes masses de végétation (1).

Quelques mois suffirent à ce zélé voyageur pour achever tant de travaux. En lisant les descriptions locales dont il a enrichi sa relation, on reconnaît quil comprit bien mieux l'île de Ténérifte qu'il né la figura. Maïs quel que soit le vague des détails de sa carte physique. M. de Buch na pas moins le mérite d’avoir dessiné à grands traïts, et dans son ensemble, un système de montagnes dont Borda, Lopez et M. Bory donnèrent les premières esquisses et qu'on trouvait auparavant éparpillé au hasard. Ces précieuses indications et d’autres non moins importantes compensent bien les inexactitudes que nous avons signalées.

Les explorations de M. de Buch furent précédées et suivies de celles de plusieurs autres naturalistes qui fournirent aussi des notions intéressantes sur l'orographie de l’île. re

En 1799, M. de Humboldt, se rendant en Amérique pour y commencer une longue série de recherches, s'arrêta quelques instans à Ténérifle, et consacra plus tard un chapitre de son grand ouvrage aux souvenirs de cette excursion (2). Nous ne suivrons pas l'illustre. auteur du l’oyage aux régions équinoxiales au milieu de ses savantes

digressions ; les détails statistiques dans lesquels il est entré dépasse-

(4) Voy. Physical. Beschr. der Canarisch Ins. von Léop. vor Buch, pag. 99 à 101.

(2) Voy. J’oyage aux régions équinoxiales du nouveau continent, tom. 1.

(52) raient les bornes de cette analyse, maïs nous résumerons la partie de ses observations qui se rattache plus spécialement à notre sujet.

M. de Humboldt resta six jours à Ténériffe : le 13 juin, il visita le pic de Teyde ; la description qu'il a faite de ce volcan et du vaste panorama qu'on découvre de sa cime est pleine de cet enthousiasme qui s’accrut encore à la vue du Chimboraço et du Cotopaxi. Il détermina l'instant du lever du soleil, et reconnut que ses rayons arrivent sur le pic 11° 51” 3” plutôt que dans la plaine. Il analysa, au moyen d'an gaz nitreux, l'air atmosphérique de cette haute région , et trouva qu'il contenait 0,19 d'oxigène. Ses expériences sur la diminuion graduelle de la température, depuis la base jusqu’au sommet de l'île, confirmèrent en partie les données générales du célèbre de Saussure. Enfin, il porta la longitude du port de Sainte-Croix à 18° 33° 10” O. du méridien de Paris. |

Quatre ans après que M. de Humboldt eut ainsi marqué son passage aux Canaries, M. le professeur Cordier alla visiter à son tour les hautes montagnes de Ténériffe, et apporta, dans l'étude de leur organisation , cette sagacité de jugement qui l'a toujours distingué. Le 16 avril 1803 1 gravit au sommet du pic, et, selon l'observation qu'il fit sur le bord le plus élevé du cratère, le mercure se soutint dans le baromètre à dix-huit pouces quatre lignes. Le calcul déduit de cette donnée porte la hauteur verticale du pic à mille neuf cent une toises + et offre à peine neuf pieds de différence avec la mesure de Borda. M. Cordier parcourut plusieurs points qui étaient encore ignorés , et ne publia que deux lettres sur les résultats d'un voyage dont le monde savant eùt désiré connaître les moindres détails. « La « dernière éruption de Chaorra, écrivait-il le 1°” mai 1803 (1), a eu lieu « en 1798. Les nouvelles bouches, au nombre de trois, se sont ouver-

(1) Lettre de M. Cordier à Devilliers fils ; Journal de phys., de chim. et d’hist. nat., tom. 57; pag. 63.

« tes à mille deux cent soixante-dix toises au-dessus de la mer, sur la « pente d'un énorme prolongement de la base du pic, vers le sud- « ouest. La forme des montagnes, de ce côté, justifiait mes regrets ; « aussi, je fis tous mes efforts pour réparer ma faute, et je puis dire « maintenant celle de tous les voyageurs qui m'ont précédé. Je gravis « péniblement pendant trois heures sur les pentes du prolongement; € parvenu à mille toises, je me trouvaissur les hords d’un vaste cratère, « auquel on ne peut comparer aucun de ceux que nous connaissons ; « ila près d'une lieue et demie de circonférence; quoiqu'il soit bien « ancien, il est très-escarpé à l'intérieur , et présente encore l'image « la plus effrayante de la violence des feux souterrains. Le pic s’est « élevé sur les bords de cette bouche monstrueuse. » Toute cette lettre est pleine d'intérêt; en décrivant le vieux pic (el pico. viejo) Chaorra et le Teyde, M. Cordier a mis le lecteur sur le terrain, et lui a montré, sous son véritable aspect, ce. massif pyramidal tourmenté par tant d'éruptions et qui domine l'île entière.

Ce savant professeur sattacha particulièrement à étudier la formation de la partie centrale de l'île; plusieurs excursions dans cette région élevée lui dévoilèrent la structure de l'immense cirque des Cañadas. M. Cordier était alors à cet âge de la vie où l'on peut résister aux plus rudes privations; les obstacles redoublèrent son activité, et il poursuivit avec un zèle infatigable sept pénibles explorations qu'à bonnes raisons il a appelé ses campagnes géologiques. La connaissance de l'enceinte cratoriforme, qui appartient à une ancienne époque de volcanisation, est due à cette série de laborieuses recherches. M. Cordier a été le premier à décrire les Cañadas, et l’on nous saura gré sans doute de rapporter ici un autre fragment de sa relation. Les écrits consignés dans les ouvrages généraux ne sont ouère lus qu'au moment de leur publication, et restent oubliés, après un certain temps , parmi les nombreuses productions qui viennent accroître chaque jour les archives de la science.

Mais les faits observés par M. Cordier , il y a trente-trois ans, méritent de faire époque, et il est important de les rappeler aujourd'hui qu'on s'en est emparé pour établir de nouvelles théories. « Les laves « modernes ont jailli au milieu des ruines d'un ancien système de « déjection dont les immenses lambeaux forment la charpente de « l'île, et soutiennent le plateau sur lequel le pic s'est élevé. Leurs plus « grands escarpemens, tournés vers sa cime, s'élancent à plus de trois « cents toises au-dessus de tous les nouveaux produits. Une quantité « vraiment innombrable de nouveaux courans, descendus du pic ou « sortis de ses flancs, dessinent une infinité de sillons irréguliers qui « contournent ou côtoient de loin ces massifs antiques, et se perdent « à la mer du côtéde l'ouest et du nord. Plus de quatre-vingts cratères « sont épars sur ces courans, et augmentent de leurs débris la con- « fusion qui semble régner partout (1). »

Plusieurs navigateurs distingués ont touché dans ces derniers temps aux îles Canaries, et ont tous profité de leur séjour pour faire quelques observations locales. Nous citerons plus spécialement M. le contre-amiral Roussin, qui, pendant sa belle exploration de la côte occidentale d'Afrique, vint mouiller à Sainte-Croix de Ténériffe en 1817, et fit dresser, sous sa direction, le plan de cette rade par M. Givry, ingénieur de la marine (2). Ce travail, fondé sur des observations rigoureuses, fut exécuté sur une grande échelle et fournit les renseignemens les plus précis sur la côte qui s'étend

depuis le barranco seco jusqu'à la tour de San Juan. Tous les points

(1) Lettre de L. Cordier à Devilliers fils; Journal de phys., de chim, et d’hist. nat., tom. 57.

(2) PLan DE LA RADE DE Sanra-Cruz, située, etc. , et levé en 1817 dans la campagne de la corvette la Bayadère et de l’aviso le Levrier, par M. Givry, ing. hydrog. de la marine, et les officiers des deux bâtimens sous les ordres et la direction de M. le baron Roussin, contre-amiral, publié par ordre du roi, etc., 1829.

Position de Sainte-Croix d’après ce plan. Lat., N. 28° 27° 58,

Longit., O.. . .18 33 33.

Variation, N.-0. 20 38 (février 1817).

( 55 ) défensifs de cette partie du littoral se trouvent compris dans ce plan, dont une note explicative augmente l'intérêt.

Parmi les autres cartes levées durant cette campagne, nous devons mentionner aussi celle qui embrasse toute la côte depuis le cap Bojador jusqu'aux îles de Los. Cette carte réduite contient les Canaries et donne leur position relativement aux points du littoral d'Afrique compris dans le nouveau tracé (1).

Après cet exposé des observations qui sont venues accroître suc-

cessivement nos connaissances sur la géographie de Ténériffe et dont les résultats ont été publiés dans divers ouvrages, nous entrerons dans quelques détails sur des travaux moins connus. Nous voulons parler de ceux d'Escolar, de Mesa et de Saviñon, sur lesquels nous avons fondé notre carte de Ténériffe (ATLAS, pl. n). On pourra juger, par cette partie de notre analyse, du degré de confiance que méritent les renseignemens dont nous avons fait choix.

Don Francisco Escolar fit ses études à l'université de Gottingue et se décida de bonne heure aux sciences naturelles. Le gouvernement espagnol l'envoya aux Canaries en 1810 et le chargea de rendre compte de la constitution physique du sol, de ses produits, des progrès de l’agriculture et de l’état des populations, en un mot d'examiner tout ce qui pouvait contribuer à la prospérité du pays et à accroître ses ressources. Quoiqu'il fût porté à s'occuper plutôt de géologie que d'économie politique, Escolar ne négligea pas la mission qu'on lui avait confiée, et son rapport statistique obtint une approbation unanime par l'intérêt des détails et l’exactitude des résultats. Ce résumé général, connu aux Canaries sous le

nom de. Estadistica de Escolar, passe pour le meilleur document

(1) CARTE RÉDUITE DE LA CÔTE OCCIDENTALE D’ArriQue depuis le cap Bojador jusqu'aux iles de Los levée en 1817 et 1818, par M. Givry, etc., 1829. |

de ce genre. Ce naturaliste étudia avec soin la topographie des îles; sa carte de Ténérifle, que nous avons déjà eu occasion de citer, nous servit de guide dans nos premières excursions. Il avait tracé sur ce canevas trois grandes divisions territoriales, fondées sur des limites naturelles et désignées sous les noms de districts du Nord- Est, du Sud et de l'Ouest. Mais cette partie de ses travaux resta en ébauche, les événemens politiques de 1820 vinrent l'arracher aux recherches qu'il affectionnait pour le lancer dans une carrière qui abrégea ses jours. Il mourut en 1826, emportant les regrets de tous ceux qui l'avaient connu. Nous avons été assez heureux pour nous procurer une copie du journal de ses explorations; la lecture de ce précieux manuscrit nous a prouvé qu'Escolar avait compris du premier abord ce cirque volcanique qui a donné naiïssance au pic et sur lequel on s'est appuyé depuis, comme d'un fait nouveau, en faveur de la théorie des cratères de soulèvement. Faïsant allusion à ces deux formations distinctes, il appelait souvent le pic de Teyde, e2 hijo de las Cañadas (le fils des Cañadas), voulant sans doute faire entendre par là que le cône central était sorti du milieu du cratère démantelé qui l'entoure.

Il nous reste à faire connaître les observations simultanées du docteur Saviñon, professeur de physique à l'université de San-Fernando de la Laguna, et du capitaine de frégate don Domingo de Mesa, qui remplit pendant plusieurs années aux Canaries les fonctions de commandant de la marine. Nés tous les deux à la Laguna, et également versés dans les sciences mathématiques, ils voulurent compléter, par des observations rigoureuses, les notions déjà acquises sur la géographie de Ténériffe et utiliser aïnsi leur savoir au profit de leur patrie. Saviñon et Mesa n'ignoraïent rien de ce qui avait été fait par leurs devanciers, maïs ils ne pouvaient se dissimuler aussi la différence de leurs opinions sur certains points importans et notamment sur la véritable situation et la hauteur perpendicu-

laire du pic de Teyde, ce pivot de toutes les autres positions. Ces considérations les portèrent à déterminer son élévation au moyen de trois méthodes (1) qui, en se corrigeant entr'elles, devaient produire les résultats les plus positifs. Comme ils ne pouvaient obtenir les coordonnées de la bauteur du cône central, sans chercher à connaître également les altitudes de plusieurs autres points, leurs azimuths et leur distance à la verticale du pic, ils espéraient réunir ainsi un grand nombre de données pour là carte topographique qui devait être le complément de leurs travaux.

Saviñon et Mesa firent tous les frais de cette entreprise et se pourvurent à Paris et à Londres d'instrumens de meilleure construction (@). Les résultats qu'ils obtinrent dès leur début leur faisaient espérer une entière réussite , lorsque la mort vint priver le professeur Saviñon de son collaborateur et renverser ses projets. Il nous a été

permis d'extraire du journal des opérations tout ce qui avait rap-

(1) L'observation du baromètre, la mesure trigonométrique et le nivellement.

(2) Rien n'avait été épargné pour arriver au but que Mesa et le professeur Saviñon se proposaient d'atteindre. Voici un fragment d’une lettre que ce dernier écrivit à l’un de nous en lui remettant la liste que l’on va lire. |

« Au moment de votre départ pour l’Europe, ce n’est point par vanité que je vous envoie la note « des instrumens que j’achetai pour nos opérations, mais j'ai voulu vous fournir une nouvelle « preuve des mesures que nous primes, Mesa et moi, pour obtenir un bon résultat dans l’entreprise «, qui n’a été réalisée qu’en partie. »

Liste des instrumens :

Un baromètre de Dollond.

Deux baromètres de montagne, l’un de Blunt et l’autre de Watkins, avec leur thermomètre correspondant.

Un autre baromètre de montagne de Gay-Lussac, construit par Le Noiré, et qui, par sa perfecton, pouvait servir de régulateur. L

Trois thermomètres de Fahrenheït, construits par Dollond et gradués sur le tube.

Un théodolite de Ramsden de dix pouces anglais, construit par Troughton.

Une lunette méridienne de deux pieds, construction du même.

Deux sextans de réflexion, un de six, l’autre de dix pouces anglais, construit par Troughton.

Un cercle de réflexion (répétiteur de Borda) d’un pied anglais de diamètre, construit par le même. Un niveau à lunette de Gilkerson.

Une lunette acromatique de trois pieds deux pouces anglais d'ouverture «construite par Dollond.

Un chronomètre de Pegnniton.

Une excellente pendule de Breguet, ii etc.

IT,

(58) port à la hauteur perpendiculaire de la ville de la Laguna, déduite de plusieurs observations barométriques correspondantes et d’un nivellement exécuté avec le plus grand soin.

Dans cette série d'expériences, on employa trois baromètres et trois thermomètres exactement comparés entre eux pour connaître leur différence constante. Les observations se faisaient à huit heures du matin, à midi et à huit heures du soir; on tenait compte de la température du mercure dans le baromètre et de celle de l'air environnant. Les instraumens étaient placés à l'ombre et suspendus à l'air libre ; en un mot, toutes les précautions nécessaires furent prises pour prévenir les plus légères erreurs.

Les baromètres supérieurs étant placés à la Laguna dans le cabimet du professeur Saviñon, et le baromètre inférieur à Sainte-Croix, dans la maison de Mesa, située à 0,16 toïses au-dessus du niveau moyen des eaux de la mer, on obtint les résultats suivans.

Pour une première série de douze observations faites aux stations indiquées , depuis le 2 juin jusqu'au 10 juillet 1815, la hauteur calculée

OR et nee de ei SP LOIS 0 to) Pour une deuxième série de cinq observations du 12 juillet

ET. D dt nec Dr beau cchcamtgts + AN EE Pour une troisième série de huit observations du 20 août

ALERTE à à 2. à de EE 0 MU DS Terme moyen des résultats des trois observations, . . . . 287, 35.

Le baromètre supérieur restant toujours placé dans le même lieu, Mesa se transporta avec le sien au village de Candelaria, situé sur la côte orientale de l'île et à trois lieues et demie de la Laguna.

Vingt-quatre observations simultanées donnèrent pour la hauteur Un COR NON ARR RER RE Le à Enfin un nivellement exécuté dans les mois d'octobre et de novembre de l’année 1818, à partir de la maison de Mesa à Sainte-Croix jusqu à celle du professeur Saviñon à la Laguna, portèrent l'altitude

(59) de cette dernière station à mille huit cent trente-deux pieds onze pouces (mesure anglaise), qui réduits en pieds de Paris, d'après la proportion de 72 : 76, 733, produisent 1719 pieds # ou 286 toises % pour la hauteur absolue de la Laguna. |

Ainsi, les résultats du nivellement comparés avec ceux des trois premières séries donnent à peine une différence de 34 centièmes de toise, preuve évidente de l'exactitude de cette belle opération.

En publiant des travaux ignorés jusqu à ce jour, nous sommes heureux de pouvoir témoïgner toute notre gratitude envers le professeur Saviñon, dont les communications et les avis nous furent si utiles, et de rendre hommage en même temps à la mémoire de Mesa, qui fut notre ami. (4) |

Les divers renseignemens que nous devons à ces deux savans canariens nous amènent à parler de la mesure que nous avons adoptée dans notre carte pour la latitude du pic de Teyde.

M. Léopold de Buch, en arrivant à Ténériffe, trouva dans cette île des collaborateurs pleins de zèle auxquels il s'associa pour déterminer la hauteur du point culminant. Les observations faites simultanément, le 24 août 1815, à 10 heures du matin, par M. de Buch à la pointe du pic, par Escolar à Sainte-Croix et le professeur Saviñon à la

(1) C’est une bien grande satisfaction pour moi de pouvoir, dans cette note, exprimer plus particulièrement ma reconnaissance au professeur Saviñon, dont la bienveillance ne se démentit pas un seul instant durant mon séjour à Ténériffe. Il est juste aussi de faire connaître tout ce que je dois à Mesa, avec lequel je fus intimement lié pendant les cinq dernières années de sa vie. A la communication qu'il voulut bien me faire du nouveau tracé hydrographique des principales îles du groupe, cet excellent officier ajouta plusieurs renseignemens sur les positions et les altitudes de divers lieux. Toujours prêt à me seconder. dans: mes levés topographiques, il guida mes premières excursions dans les montagnes du nord-est de Ténériffe , et m’aida de ses lumières pour déterminer par des relèvemens réciproques la position des points culminans de la chaîne d’Anaga et la direction des principaux contre-forts. Mais de simples relèvemens à la boussole, déduits de l'angle formé sous le méridien magnétique, eussent été sujets à de graves erreurs dans une ile où la nature des roches imprime à l'aiguille aimantée de fortes déviations, si mes observations n'avaient pas été rectifiées par des opérations plus rigoureuses, et c’est encore à Mesa que je suis redevable de ces corrections,

(Note de M. Berthelot.)

( 60 ) Laguna, puis calculées par ce dernier en employant la formule barométrique de la Place et le coefficient de Ramond, donnèrent :

Toises.

Pour l'élévation du pic au-dessus de la Laguna. . . . . . 1608, 58.

Pour l'élévation du pic au-dessus du niveau de la mer. . 1895, 90.

Ainsi cette opération portait encore la hauteur absolue de la Laguna à 287 toises 34 centièmes, ce qui égale presque le résultat obtenu un mois auparavant, et ne produit qu'une différence de 0, 70 avec le nivellement qu'on exécuta trois ans plus tard. Cette coïncidence nous avait d'abord décidés à adopter le chiffre de 1895 toises 90 centièmes pour Ja hauteur du pic, lorsqu'à notre retour en Europe la lecture de l'ouvrage de M. de Buch, et l'examen de sa carte, vinrent jeter des doutes sur l'exactitude de cette mesure. La hauteur calculée par ce géologue dans ses tables d'altitude est de 11,206 pieds (1), et le chiffre de sa carte indique 11,624 ; il y avaït donc erreur dans ses calculs ou dans ceux du professeur Saviñon. On trouve au reste des exemples de semblables différences dans les opérations exécutées à d’autres époques. En 1724, le P. Feuillée, qui avait observé sur le pic l'élévation du mercure à dix pouces sept lignes, avait évalué la hauteur du sommet à 13,278 pieds (2). Cassini, par un nouveau calcul, augmenta cette altitude de 2526 pieds, et Bouguer, croyant rectifier la première évaluation, la rabaïissa de 3432. Les résultats des observations du chevalier de Borda , en 1772, avaient d'abord donné 1742 toises pour l'altitude de ce point culminant; mais une nouvelle vérification ayant fait découvrir une erreur de chiffre, la hauteur fut fixée définitivement à 1904 toises (3).

(1) Voy. Physical. Beschr. der Canarisch. Ins. von Leop. von Buch, pag. 99 à 101.

(2) « Les observations furent faites avec un petit quart de cercle; la base, qu’il eût fallu prolonger « davantage et qui fut prise sur un terrain peu nivelé, fut mesurée avec une chaîne; tout cela « dut occasioner des erreurs dans l'angle conclu au pic entre les deux stations et jeter une grande « incertitude sur le résultat de cette opération. » Rapport de M. de la Caïlle, hist. de l’académ. des Scienc. , 1746.

(3) Voy. Voyage de la Flore, au résumé des opérations exécutées à bord dela Boussole et de l’Espiègle, inséré à la fin du deuxième volume.

Quels que soient les motifs qui aient conduit M. de Buch et le professeur Saviñon à d’autres résultats dans la détermination ‘de cette mesure, l'incertitude dans laquelle nous jetaient leurs variantes rous a engagés à adopter l'altitude de Borda comme la plus approximative.

Ces explications nous amènent naturellement sur un terrain dont le tracé a donné lieu à plusieurs objections. Les débats qui se sont élevés dans le sein de l'Institut au sujet de notre carte de Ténériffe. nous obligent d'entrer dans quelques détails sur les élémens qui servirent à la construire. Nous voudrions simplifier la question en la dégageant de tout ce qui lui est étranger et éviter de parler encore de la carte de M. de Buch; maïs puisqu'on s'en est servi pour appuyer des assertions que nous devons détruire, nous sommes forcés d'y revenir malgré nous. Déjà, dans l’un de nos écrits (1), nous avons fait connaître notre opinion sur cette carte; les discussions qui ont eu lieu et les attaques qu'elles ont provoquées contre la nôtre, ne nous la feront pas rétracter ici. Nous observerons seulement qu'on a fait une fausse comparaison de ces deux plans, car ils n'ont pas été construits dans le même but, et les indications qui se trouvent dans l'un eussent été inutiles dans l'autre. M. de Buch, ne voulant présenter que l'ensemble des formes de l’île, adopta le tracé de Borda, qui rendait son esquisse plus facile, sans l'obliger à entrer dans des détails superflus pour le système volcanique qu'il avait à développer, et les savantes considéraüons qu'ilen a déduites. Parcourant Ténériffe plutôt comme géologue que comme géographe, il en dessina à grands traits la carte physique. Le titre de carte topographique, que nous avons donné à notre planimétrie, nous imposait une autre tâche : nous voulions faire connaître le pays sous ses différens rapports; nos recherches embrassaient toute son histoire, les productions du sol, la position des lieux, la distribution géographique des plantes; en un mot, la statistique générale de

(1) Description orographique de l'ile de Ténériffe, par S. Berthelot. (Extrait du bulletin de la soc. de géog., avril 1833.)

l'archipel. Les cartes antérieures ne pouvaient donc suffire au but que nous nous proposions, et celle de M. de Buch, malgré tout ce qu'elle nous offrait de vrai, ne nous donnait pas assez de détails. Un grand nombre d'accidens, dessinés sans indications, jetaient beaucoup de vague dans certaines parties, les ravins n'y étaient pas nommés, nous n y retrouvions pas toutes les gorges et les vallées que nous avions explorées. S'agissait-il, par exemple, de faire connaître ce lieu célèbre par la victoire que les Guanches remportèrent sur les troupes d'Alonzo de Lugo, nous cherchions vainement sur la carte physique le grand ravin d'Acentejo, qui sépare la plaine des Rodéos des coteaux de Matanza. Si, laissant l'histoire pour la botanique, nous voulions désigner l'endroit où croissent plusieurs plantes rares, il nous fallait figurer pour la première fois une des saiïllies les plus occidentales de l'île, la Punta del Aguja. C'est bien moins pour réparer de semblables omissions que pour confirmer nos découvertes que nous avons indiqué plusieurs îlots déserts où la végétation s'est conservée dans son état primitif. Mais ce serait peut-être attacher trop d'importance à de pareils faits que d'énumérer iei tous ceux dont il nous serait facile de nous prévaloir. Les naturalistes que l'amour de la science ramènera dans les lieux que nous avons parcourus pourront, en se guidant d'après les cartes que nous publions, suivre nos explorations au bord des falaises de la côte, dans les gorges des montagnes et Jusque sur les mornes les plus escarpés. Tous ces rochers aux formes bizarres ont des caractères propres que nous nous sommes efforcés de reproduire, des noms qu'il était important de recueillir, Ces recherches demandaient beaucoup de temps; dix années d'expatrialion volontaire ont à peine suffi à celui de nous qui s'était chargé de ce pénible travail, et les nouveaux détails dans lesquels il est entré pour remplacer le vague des autres tracés, en donnant plus d'expression au relief du terrain, ont produit aussi des changemens dans les formes (4).

(1) Les nouvelles indications que j'ai données dans ma carte de Ténériffe (et je ne veux parler ici que

(63 ) Nous ne prétendons ‘pas cependant être arrivés à cette exactitude qu'exige une ‘carte fondée sur une triangulation rigoureuse; nous

n'avons fait nous-mêmes aucune opération géodésique (1), mais les

de celles qui ont rapport aux contours et que M. de Buch avait omises dans la sienne) ne sauraient être contestées, puisque la plupart avaient déjà été signalées par Lopez et qu’elles sont toutes bien connues des marins canariens. Ainsi, par exemple, quand je désigne sur le littoral un endroit appelé Punta larga où Punta dela Aguja , ces dénominations , qu’on né peut traduire que par pointé Longue et pointe.de l’Aiguille, supposent des parties de côte qui s’avancent en mer. Par la même raison Punta de la ladera de Guimar n’est applicable qu’à l'extrémité d’un contre-fort. Ainsi encore Puerto de San- Blas, Puerto del buen Jesus, ete. , sont d’autres indications qui doivent marquer une enceinte quelconque , soit que l’on donne ce nom à un vrai port ou à une anse. J’ai parcouru plusieurs fois toutes les sinuosités de ces rivages, en côtoyant de près tous les bords , dessinant leurs aspects, interrogeant les meilleurs pilotes, comparant leurs renseignemens, afin de juger de leur exactitude. Ces reconnaissances hydrographiques ne m’étaient pas tout-à-fait étrangères ; j'avais servi dans la marine et au besoin j'aurais pu les rendre plus complètes, car j'avais pris note de la nature et de la profondeur du fond dans les principaux mouillages, de l'influence des vents, des courans et des marées. \ (Note de M. Berthelot.)

(1) IL n’est peut-être pas superflu de répéter ici ce que, le 8 juin 1835, j'écrivis à ce sujet à MM. Cordier et Bory de Saint-Vincent. .…….......... « J’exposerai en peu de mots les moyens dont je me suis servi pour la construction de ma carte. Comme étranger, toute opération tendant à lever le plan de l’ile m'était interdite, car elle eût paru suspecte à l’autorité militaire. Mes longues explorations avaient déjà fixé l'attention publique et donné lieu à de fausses suppositions; j'avais peine à persuader que lamour et l’intérêt de la science étaient le seul but de mes recherches, et l’on s’obstinait, malgré moi, à voir dans mes travaux plus d'importance qu'ils n’en méritaient, Il me fallut donc faire de la géographie sans paraître m’en occuper et m’en tenir uniquement à des moyens expéditifs. J’employais le plus souvent le levé à vue; avec cette ressource on peut arriver encore à d’assez bons résultats dans un pays qu’on est à même d’examiner tous les jours. Le beau mémoire du général Allent sur les reconnaissances militaires m'avait appris tout le parti que je pouvais tirer de ce genre de travail. Les savantes leçons de cet officier me servirent de guide : l'habitude de bien voir s’accrut à chaque nouvelle observation, et, avec cette pratique sans théorie, je me passai du secours des instrumens. Le naturaliste, isolé dans le pays qu’il explore, est forcé d’agir comme l'officier d'état-major chargé d’une reconnaissance; ses ressources sont très-bornées, mais les observations faites de volée peuvent s’augmenter ensuite de renseignemens fondés sur des opérations plus rigoureuses. Voilà précisément quelle a été ma position et la marche que j'ai suivie. Mes cartes proviennent des divers canevas dressés sur le terrain et des communications d’Escolar , de Saviñon et de Mesa. Une fois le contour des côtes bien arrêté , il m'était facile de placer dans ce cadre le système crographique que j'avais étudié en détail; tous ces monts agglomérés et les accidens détachés des principaux massifs venaient successivement se ranger à leur place, car javais pour repère les points culminans dont je connaissais les altitudes et la position, les nœuds d’où partaient les grands contreforts et les saillies de la côte où ils allaient aboutir. Après cela, les détails topographiques qu'il me restait à indiquer, se trouvant resserrés dans de petits espaces sur un plan déjà fort réduit, les inexactitudes qui pouvaient se glisser dans le cours du travail devenaient inappréciables, »

(Note de M. Berthelot.)

(64) observations qui nous ont été communiquées et dont nous nous sommes servis pour dresser notre planimétrie, ne sont pas de simples évaluations. Quelle que soit la confiance qu'on leur accorde, nous ne craignons pas de les mettre en parallèle avec les renseignemens de nos devanciers, el nous discuterons ici les points de notre tracé qui ne coincident pas avec les indications de M. de Buch.

Nous nous sommes guidés sur les mesures de ce géologue pour les côtes de hauteur de la chaîne des Cañadas, depuis l’Esparanza jusqu'à Guaxara, et nous avons eu recours, pour les altitudes du col d'Ucanca ( la Degollada) et du morne adjacent (el Sombrerito }, aux données de Mesa qui ne nous offraient pas moins de garantie. Les calculs de cet officier portent ces deux points à 9,300 et 9,330 pieds. Cette évaluation nous à semblé- probable: les crêtes des Cañadas sélèvent progressivement depuis le plateau des Rodeos jusqu'au roc d'Izaña, cest-à-dire le long de la ligne de pente mesurée par M. de Buch. Les montagnes qui font face au pic constituent le nœud de ce système, et leur élévation doit être plus forte que sur les autres points. En effet, du haut du Sombrerito, d'où l'on domine les deux prolongemens de la chaîne, on voit cette suite de sommités s'abaisser insensiblement à l'est et à l’ouest.

On à prétendu qu'en adoptant les mesures de Mesa pour la hauteur du Sombrerito et celles d'Escolar pour le cirque des Cañadas, l'interposition des montagnes qui limitent cette enceinte empécherait d'apercevoir la grande Canarie du sommet du pic; on a méme ajouté que la pointe de ce cône resterait cachée à l'observateur placé au sud de Ténériffe, à douze ou quinze lieues en mer. Ces objections ont été appuyées par des chiffres, mais dans le premier cas on est parti d'une fausse donnée en supposant une tangente qui passait par un point du cirque beaucoup plus élevé que celui qui se trouve dans la direction de la grande Canarie, et dans le second,

en voulant combattre une erreur imaginaire, on a prouvé une

(465: ) vérité. Oui, l'interposition des montagnes de la bande méridionale empêche d’apercevoir le pic, non-seulement de tous les points du littoral ; depuis le môle de Sainte-Croix jusqu'au port de San-Yago, mais encore de plusieurs lieues en mer, suivant la position de l'observateur (1). Les navigateurs qui partent de Ténériffe, en se dirigeant au sud, ne voyent le pic que lorsqu'ils sont déjà à une certaine distance de la côte; sa cime déborde alors au-dessus des crètes de la chaîne centrale; à mesure qu'on s'éloigne davantage. la ligne de circonvallation se confond insensiblement avec la base du cône, et l’île entière ne forme bientôt plus au-dessus de l'Océan qu'une masse pyramidale. Nous ferons observer, en outre, que Ténériffe et les autres îles du groupe des Canaries, se trouvant situées sur la ligne des vents alizés qui soufflent constamment dans la direction du nord-est, ne sont abordables quau vent, c'est-à-dire par la bande septentrionale. Les bâtimens du pays, qui retournent de la Havane, sont obligés de remonter au nord pour prendre le mouillage de Sainte-Croix ou de l'Orotava. Il y a aussi une autre circonstance qui fait redouter, même aux caboteurs, l'attérage des côtes du sud; ce ‘sont les calmes que les marins craignent bien plus que la tempête. Les hautes montagnes qui parcourent Ténériffe du nord-est au sud-ouest, abritent toute la partie méridionale de l’île, et l'influence de leur interposition se fait sentir à une assez grande distance en mer. Georges Glas, dans son histoire des îles Canaries, à fait de bonnes observations sur ce sujet: des bâtimens souventés, et que les courans avaient entraînés au sud, ont mis souvent plu-

sieurs semaines pour regagner un port. Si l'on pouvait. aborder

(1) I faut être mouillé assez au large dans la rade de Ste-Croix, pour apercevoir l'extrémité du cône au-dessus des montagnes de l’Espéranza, et cependant dans cette direction la chaîne centrale est beaucoup moins élevée que sur les autres points de la bande méridionale. (Voy. partie historique, pl. 16.)

il. < 9

(66 ) sous le vent, à mesure qu'on s'approcherait, le pic disparaîtrait derrière les montagnes du cirque, et l'île ne seraït bientôt plus qu'un immense trapèze. Tel est l'aspect de Ténérifle du côté du sud; les calculs les plus ingénieux ne sauraient rien changer à cette configuration que notre carte et nos coupes reproduisent fidèlement. Les montagnes, vries à différentes distances, se présentent sous des apparences diverses, et les marins qui ont relevé l'île dans la direction que mous venons d'indiquer, seront les meilleurs juges de nos assertions. Mais l'on s'est étrangement trompé sur les descriptions des navigateurs : ceux qui jusqu'ici ont parlé de l'aspect imposant de ce premier volcan de l'ancien monde, ne l'ont vu que du côté septentrional où se font tous les attérages, et cest sous cette apparence qu'ils l'ont dessiné. Dans cette direction, le pic de Teyde se montre dans son plus beau développement, les montagnes des Cañadas sont bien moins élevées, leur ligne de circonvallation est interrompue par de larges brèches, le plateau qui sert de base au cône central est incliné au nord et saffaisse en talus jusqu'à la côte. Ainsi, nul obstacle ne vient s'interposer de ce côté entre le pic et l’observateur; à trente lieues en mer, et même à quarante si les circonstances atmosphériques sont favorables, on découvre la pointe du cône au-dessus des nuages amoncelés à l'horizon, sa base s'élargit ensuite et semble reposer sur les montagnes qui l’entourent; plus on savance, plus ce tableau acquiert de majesté; le pic domine l'île comme un immense dôme, et on continue à le voir jusqu'au mouillage. C'est ainsi qu'il s'est montré à tous les navigateurs lorsqu'ils longeaient Ténériffe par le nord (1), et ro par le sud, comme on l'avait supposé. Cest sans doute de ce côté qu'il faut rapporter aussi l'observation de Dalrymphe, dont les

(1) Voyez Atlas, pl. 12.

résultats ne s'accordent pas, dit-on, avec les dimensions que nous avons données au cirque des Cañadas. Nous ne nous arréterons pas davantage sur l'objection de la visibilité du pic par la bande méridionale de l'île; notre conviction à cet égard est appuyée sur des souvenirs qui me peuvent nous tromper. Continuons donc nos explications sur les points de notre carte qui ne s'accordent pas avec les renseignemens antérieurs.

Nous avons adopté, comme on a pu de voir, la mesure de Saviñon et de Mesa pour la hauteur de la Laguna qui diffère de cent deux pieds de celle de M. de Buch. Cette préférence est fondée sur l'importance des opérations simultanées qui servirent à déterminer cette altitude, et sur la coïncidence des résultats. Quant à la hauteur de deux mille trois cent trente-huit pieds que nous avons donnée à la montagne de la Mesa de Mota, située à l'occident de la Laguna, nous nous en sommes rapportés pour cette mesure à l'évaluation du P. Feuillée (1).

Passons maïntenant à quelques autres positions qu'on à cru inexactes.

Parmi les latitudes et les longitudes que Verdun de la Crenne, Borda et Pingré déterminèrent en 1771, durant leur exploration de Ténérifte, il en est plusieurs qu'ils ne donnèrent qu'avec doute, et dont on ne saurait se prévaloir pour contester celles qui nous ont servi à fixer quelques points de notre tracé. La relation des hydrographes de la Flore est bien explicite; on y prévient le lecteur sur le degré de confiance qu'il doit accorder aux différentes opérations exécutées pendant cette campagne. « Quant aux positions fondées sur nos observations, disent les auteurs de la relation, elles approchent plus de l'exactitude que celles du P.

Feuillée, mais elles ne sont pas exemptes de tout défaut. Lorsque

(4) Voy. l’oyage aux les Canaries , Mss., par le P. L. Feuillée , 1724.

nous observions la latitude à midi, nous faisions relever le pic, et de ce relèvement, nous concluions notre longitude. Nous agissions de même pour conclure notre latitude au moment des observations de longitude, et comme nous supposions au pic une position qu'il n'avait pas, nous ne pouvions éviter quelques erreurs dans la position que nous attribuions au vaisseau, et ces erreurs influaient nécessaïrement sur la position des objets que nous relesions (À). »

Les observations faites en 1776 offrent bien quelques différences avec celles de 1771, maïs on ne peut non plus s'y fier en tièrement. Dans la première campagne, Sainte-Croix de Ténériffe fut placé d'abord : | |

par 28° 27 30” de latit. et 18° 34° 48” de longit.,

et dans la seconde,

par 28° 28° 30” de latit. et 18° 36 » de longit. (2) : ainsi, Ce point était porté en 1776 à 1’ plus au nord et 1° 11” plus à l'ouest. C'est sans esprit de critique que nous citons cette légère variante; des observateurs non moins exercés et aussi consciencieux que Borda ont commis des erreurs bien plus graves sans avoir vu diminuer pour cela le crédit et la juste célébrité qu'ont mérités leurs travaux. M. de Humboldt nous apprend que La Condamine et Bouguer, ayant terminé leurs opérations en Amérique, firent graver sur une pierre du collége des Jésuites, en sortant de Quito, la longitude de cette ville, et cette position diffère d'un degré de celle qu'ils adoptèrent depuis en Europe (3). La longitude du môle de Sainte-Croix, prise par les navigateurs les plus célèbres qui ont touché à Ténériffe, à toujours offert des variantes. Les observations de Feuillée, Fleurieu, Cook, Hum-

(1) Voyage de la Flore, tom. 1, pag. 381 et 382. (2) . . Id. . . . Id. (Supplém. au chap. vi, pour le résultat des opérations de 1776.) (3) Voy. Lettre de M. A. de Humboldt à Cavanilles. Annales du Muséum , tom. 4, p. 478.

(69 ) boldt, Krusenstern, Givry, diffèrent plus ou moins entre elles. La carte canarienne d'Herrera donne encore une nouvelle position ; la latitude de cette ville y est indiquée par 28 33° et sa longitude par 18° 15° à l'ouest du méridien de Paris. Si nous comparons les observations du P. Feuillée, de Bellin et de Borda, la position du pic présente les mêmes incertitudes.

Feuillée situait ce point culminant par 28° 15° 39” de latit. N. et 18° 52° 3” de longit. O.

Bellin l'avait placé d’abord... . par 28° 33” » Id. et:18 49° » CR Borda, en 1971, l’indiquait. .par28° 16° » Id. ÉRoeb 03 01e ed: Et, en :1776,ille portait .par28° 17 » Id. COTON el

Lopez, qui eût pu faire usage des données de Varela et d'Arguedas, préféra pourtant s'en tenir à celles du P. Feuillée.

La position de la Laguna, quoiqu'établie sur des calculs rigoureux, offre aussi quelques doutes: les observations du professeur Saviñon, analogues à celles du P. Feuillée en 1724, augmentent la latitude de cette ville d'une minute 4” et diminue sa longitude de 3 49”. Herrera, dans sa carte de Ténérifle, place la Laguna par 28° 35 de latitude et 18° 21° O. de Paris.

Nous ne saurions non plus garantir la position du port de l'Oro-

tava :

En 17991, on l'avait situé. . . . par 28° 24° 20” delatit. et 18° 53° 15” de longit. En 1976 , de nouvelles observations portèrent sa longit. par 18 55° » Id. Lopezle plaça ensuite. | . . : par28° 19° 30” delatit. et18° 48° » Id. Et Herrera l’indiqua après . . . par28° 29° » delatit.et18° 40° » Id.

Nous avons dans ce moment sous les yeux plusieurs tracés de l’île de Ténériffe; ce sont ceux de Feuillée, de Bellin, de Borda, de Lopez, d'Herrera, de M. de Buch et de la carte anglaise de l'amirauté ( voy. Arias, pl. vn); il n'en est pas un qui n'offre des différences très-notables. Nous voyons sur le plan de Borda une erreur qu'on retrouve sur la carte de l’'amirauté et sur celle de M. de Buch. La pointe de Teno porte le nom de pointe de Buenarisia, et le petit promontoire que

(70 ) les habitans de Ténériffe appellent Punta de la Aguja y figure sous la dénomination de Pointe de Teno. Par suite de cette transposition, la véritable pointe de Buenavista est restée sans désignation. Si avant de discuter, comme 6n l'a fait, sur des points peu connus et mal signalés, on se fût entendu sur les noms, on se serait gardé alors d'attaquer les positions de notre carte qu'on rapportait à de fausses indications. Lorsque M. de Buch a cru se rappeler à Paris, que du port d'Orotava on ne pouvait voir la pointe de Buenavista, il voulait parler sans doute de celle de Teno qui se trouve cachée par la précédente. Entre l'Orotava et Buenavista il n'existe aucun accident le long de la côte qui puisse empécher d'apercevoir cette pointe; les vues prises dans cette direction suffisent pour le prouver (voy. partie historique, pl. 21). L'on peut consulter aussi la carte de Lopez dressée sur des renseignemens locaux, et l'on sera convaincu que le géographe espagnol avait mis liés noms à leur place, quoiqu'il portât la pointe de Teno à trois milles environ plus au sud-ouest. Au surplus on ne doit pas s'étonner de cette erreur, puisque Borda lui-même n'a donné qu'avec défiance les positions relatives à la partie occidentale de Ténériffe. | N'ayant pu relever la pointe de Teno en 1771, il adopta l'indication de la carte de 1753. « En donnant, dit-il, à cette pointe, la plus occidentale de l'île, 28° 15° de latitude et 19 18° de longitude, nous avons voulu seulement lui conserver la même position qu'elle a sur la carte du dépôt, mais nous ne garantissons pas la précision des déierminations que nous fondons sur cette carte.» ( Voyage de la Flore, tom. IT, p. 85). Quant au relèvement de 1776, on ne peut guère plus s'y fier, puisqu'il reproduit avec une très-petite différence les données de la première exploration.

On ne s'est pas mieux entendu sur l'endroit de ia côte du nord-est auquel il fallait donner le nom de Punta de Anaga, de manière

qu'il est assez difficile aujourd'hui de débrouiller la synonymie des

(alu)

indications. Cette confusion provient de l'emploi répété du mot Ænaga où Naga, dont on s'est servi pour désigner d’abord la chaîne de montagnes qui s'avance jusqu'à l'extrémité nord-est de l'ile ; puis les trois roches situées plus au nord, entre le val de Benijo et celui de /as Palmas, et enfin une autre saillie terminée par le rocher d'Antequera, qu'on aperçoit de la baïe de Sainte-Croix: celle Rà est pour nous, et pour tous les marins canariens, la véritable pointe d'Ænaga. Dans son premier voyage, Borda, incertain sur sa position, adopta l'estime de Fleurien et la plaça tout-à-fait au nord. «C’est la pointe la plus septentrionale de l'île, dit-il; il y a quelques roches au large, mais nous ne sommes pas aussi assurés du gisement de cette partie de la côte, les résultats de nos relèvemens s’accordant moins que nous ne le désirions ». ( Voyage de la Flore, tom. 1, chap. vi.)

« Nous ne l'avons vue qu'une fois, et nous n'étions pas alors trop certains de notre position. » (Voyage de la Flore, tom. 2, pag. 84).

Trois autres points que Borda signale plus au sud, en suivant la côte orientale, viennent jeter encore plus d'incertitude sur le vrai gisement de celle dont il est ici question.

Enfin, dans son second voyage, rapportant son observation à la plus grosse des roches d'Anaga, il indique la pointe présumée à quatre lieues au nord de la véritable.

M. de Buch, croyant sans doute se rapprocher davantage de l'exactitude, a pris pour la pointe d'Anaga l'extrémité du contre-fort qui sépare le val de las Palmas de celui du Sabinal.

Même discordance sur la position des caps de la bande du sud. Les cartes de Borda et de M. de Buch indiquent, pour la pointe Rasca, une des saillies les plus méridionales de l'île, mais nous différons avec eux sur l'endroït de la côte auquel il faut rapporter cette dénomination. On désigne ordinairement par

Punta Rasca un autre petit cap formé par le prolongement de

la baie de los Cristianos du côté de l'Est, et cette indication coïncide avec celle de Lopez qui porte, comme nous, les côtes méridionales de l'île plus au sud que Borda. Mesa, en rectifiant le tracé du géographe espagnol, trouva dans cette partie peu de chose à réformer. L'endroit qui a recu le nom de Punta Rasca dans la carte de 1776 avait d'abord été appelé Punta de las Galletas par les hydrographes de la Flore. Les auteurs de la relation signalaient en outre un îlot comme point de reconnaissance. Des renseignemens pris sur les lieux, et nos propres observations, nous ont donné la certitude que cette pointe, du reste bien peu saillante, n'est connue sous aucun nom, et quil ny a point d'ilot dans ces parages. On appelle Galletas la côte méridionale de Ténérifle qui fait suite à la plage du Confital. Les galets et les concrétions calcaires dont ces plages sont couvertes ont donné lieu à ces dénominations (1).

L'analyse des observations qui ont servi à dresser la planimétrie de Ténériffe et la discordance des résultats prouvent évidemment que nous ne connaissons pas encore d'une manière précise le gisement des caps qui influent le plus sur la configuration des côtes. Il n'est donc pas étonnant que les positions de notre tracé hydrographique ne coïncident pas avec celles de Borda où de M. de Buch, puisque leurs indications ne se rapportent pas aux mêmes points. Quant aux autres positions, nous avons fait choix de celles qui s'accordaient le mieux avec les échelles de distance de Viera généralement estimées aux Canaries (2). Les latitudes que nous avons adoptées pour le môle de Sainte-Croix , la ville de la Laguna et le port de l'Orotava, sont celles de la carte d'Herrera ;

(1) Ces galets plats ressemblent assez à des biscuits (galletas en espagnol), et les concrétions à des confitures ( confites ou confital pris dans un sens collectif). (2) Voy. à l’appendice la table des distances relatives.

(73 ) les longitudes de ces trois points ne diffèrent pas de. celles de Borda (1776), et nous nous en sommes rapportés entièrement à ce savant observateur’ pour la position du Pic.

Nous ne garantissons pas cependant l'exactitude de ces données; les posilions que nous avons énoncées dans la légende de notre carte sont peut-être plus approximatives : de nouvelles observatons astronomiques et une triangulation fondée sur des opérations rigoureuses pourront seules décider de la préférence qu'on doit leur accorder. Cette légende gratuite, qui a déjà donné lieu à de fausses interprétations, na été placée en marge qu'à ütre de renseignemens (1). Nous n'avons pas craint de faire figurer à

(1) Les données de cette légende étaient extraites de divers documens que je consultai à mon retour en Europe.

La position du mole de Sainte-Croix avait été déterminée , par le cap. Duperré, lors de l'expédition de la Coquille. Gelle de Laguna se référait aux observations de 1771. ( Voyage de la Flore.)

Les cinq autres, savoir : le Pic, le port de l'Oratava et les pointes d’Anaga, d’Hidalgo et Rasca , étaient prises sur la carte de Borda (1776), et différaient parfois de quelques secondes avec les résultats des calculs.

J'avais d’abord fait inscrire cette légende en marge de ma carte , sans en indiquer les sources, mais comme on s’en est prévalu pour contester les points de mon tracé qui ne s’y rapportaient pas, je l’ai fait effacer dans le second tirage, afin d’éviter à l'avenir toute fausse interprétation. Je sais que la forme que j'ai donnée à l’île de Ténériffe s’écarte un peu de celle qu’on pourrait déduire d’autres données, mais quelque modification qu’éprouve le contour des côtes dans les tracés ultérieurs, le relief que j'ai figuré restera le même dans son ensemble. Cette partie , à laquelle j’ai attaché une grande importance , est la plus positive de mon travail. Peut-être me dira-t-on que j'ai traité la géographie en naturaliste. Je conviens que ma manière d'envisager cette science n’est pas tout-à-fait celle des astronomes. Les faits déduits d'observations consciencieuses ont pour moi autant de valeur que les chiffres, et je crois que mes dessins et mes descriptions peuvent suppléer à l’exactitude mathématique, dans un ouvrage qui a pour but l’étude des localités. Je laisse donc à de plus hautes intelligences le soin de rectifier mes évaluations par des calculs plus rigoureux.

J'ai encore une autre explication à donner : en calquant sur la pierre mon dessin original , le graveur avait oublié de l’orienter d’après mon indication. Me trouvant absent à l’époque du tirage, cette erreur , à laquelle il eût été facile de remédier de suite par Le signe de l’orientation , ne fut corrigée qu’après. Il en est résulté que, sur les premières épreuves, et notamment sur celle qui fut présentée à l’Institut, plusieurs positions littorales se trouvaient dans un faux gisement. Cependant , en comparant ma planimétrie avec celle de Lopez ou de tout autre, on eût pu voir qu’elle n’était orientée ni au vrai nord , ni au nord magnétique , puisque l’ile se présentait tournée dans un autre sens. Si on oriente ma carte d’après le signe indicatif , on sera convaincu que les points contestés coïncident avec les latitudes et les longitudes dont j’ai fait choix. (Note de M. Berthelot, )

Il. \ 19

côté de notre planimétrie les élémens qui pourront servir à un meilleur cadre. Le tracé orographique est la seule partie de notre travail dont nous acceptions la responsabilité; ce sera pour les explorations ultérieures un canevas bon à consulter, et la structure de l'île, que nous avons tâché de représenter dans son ensemble et dans ses détails, pourra guider ceux qui seront appelés à compléter nos connaissances sur la géographie de l'archipel Canarien. Quant à nous, nous bornerons là ces explications : on va juger par la description que nous allons faire de l'ile de Ténériffe si nous sommes parvenus à reproduire les grands accidens de cette terre volcanique.

DESCRIPTION

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