‹ Histoire naturelle des Iles Canaries (volume 2)Chapitre 6 sur 93 · DE L'ILE DE TÉNÉRIFFE · texte numérisé non relu

DE L'ILE DE TÉNÉRIFFE

L'ile de Ténériffe, la Nvaria de Pline, a reçu aussi d’autres dénominations : en 1344, le pape Clément VE, dans sa bulle au prince de là Fortune, la désigne sous le nom de Mngaria, d'après Ptolémée; on la retrouve ensuite sous celui d'#e de l'Enfer sur les anciennes cartes vénitiennes (1).

Nous avons déjà parlé de l'étymologie du nom de Névaria (2): celui de Ningaria, qui nous à été transmis par les copistes de Ptolemée, est sans doute une corruption du premier. La dénomination d'île de l'Enfer (/sola dell Inferno) a dû lui être appliquée à l'époque d'une nouvelle recrudescence du volcan qui la domine. Le mot Echeyde, dont T, eyde paraît un dérivé, signifiait enfer dans la langue guanche, et c'était par ce nom que les aborigènes désignaient le Pic (3). Cadamosto, qui aborda aux Canaries en 1445 “ affirme que, semblable à l'Etna, le Pic brûlaït sans interruption (4), et Bordone

en 1528, se guidant sur les renseignemens du voyageur vénitien.,

(1) Voy. les cartes de Picigano, 1367, celle d’Andrea Bianco, 1436, dans la collection des grands et petits voyages, et la carte manuscrite de Beninchosa, 1466, du dépôt des cartes et plans de la Bibliothèque royale.

’îile de Ténériffe se retrouve encore indiquée sous le nom d’/sola dell Inferno sur la carte manuscrite que le Génois Barthélemi de Pareto dressa en 1456 : cette carte est assez d'accord avec la fameuse carte catalane de 1377. On peut consulter à la LEONE royale le calque qui a été gravé d’après . le manuscrit original. 1%

(2) Voy. précédemment Coup d'œil sur la chorog. des &les Fortunées, pag. 15. (3) Voy. Viera, Noticias de la hist. gen. de las isl. de Can., tom. 1, p. 68. (4) Voy. Humboldt, Voyage aux rég. équin., tom. 1, pag. 386 et 387.

(76) indiquait encore Ténériffe sous le nom d’Zsola dell’ Inferno (1). Plus tard (1555), sur les cartes manuscrites du précieux atlas de Guillaume le Testu (2), on ne retrouve plus la désignation d’Inferno ; le simple nom de Pic indique l'île du grand volcan et sert à la distinguer des autres. Il paraît pourtant que dès le xv° siècle plusieurs géographes commencèrent à adopter le nom de Ténériffe ; déjà, dans la première relation de la conquête, l'île avait été appelée Ténerfis par les chapelains de Bethencourt (3). Selon les anciens historiens, les habitans de l'île de Palma imposèrent à l'île du Pic la dénomination qui a prévalu dans les temps modernes. Viana assure que Ténériffe fut d'abord peuplée par les Palmeros, et que son nom allusif au Teyde est un composé des mots Tener, neige, et yfe, montagne (4). Abreu Galindo et Nuñez de la Peña confirment cette opinion (5), que Viera pourtant est loin de partager. Les raisons sur lesquelles s'appuie ce dernier écrivain nous ont paru

(1) Voy. Bordone, Isolario, libro primo, fol. 17.

(2) Voy. Cosmographie universelle, selon les navigateurs tant anciens que modernes, par Guillaume le Testu, pilote en la mer du Ponent, de la ville Francoyse de Grace, an 1555, carte, fol. 18.

M. le colonel Bory de Saint-Vincent, chef de la section historique au dépôt de la guerre, désireux de contribuer au complètement de l’histoire géographique d’un pays qui fut le premier champ de ses explorations, s’est empressé de nous communiquer l’ouvrage que nous venons de citer, et dont nous ignorions l'existence.

Ce bel atlas, que l’auteur dédia à l'amiral Coligny, est un des manuscrits les plus précieux de la bibliothèque du dépôt ; les cartes dont il se compose, aussi bien que le texte explicatif, fournissent des renseignemens très-curieux sur les connaissances géographiques du xvr: siècle ; c'est sans contredit, pour cette époque, le travail le plus parfait qui ait été exécuté en ce genre sous le rapport de la richesse des ornemens et de la pureté de l’exécution. On a peine à concevoir, en parcourant ce magnifique recueil, que la patience d’un seul homme ait pu suffire à tant de détails.

Nous avons tâché, dans la planche 13 de notre Atlas, de reproduire aussi fidèlement que possible ce qui concernait les îles Canaries. Le fac-simile que nous donnons est un fragment dega carte fol. 18, qui comprend les côtes occidentales de l’ancien continent , depuis Lisbonne jusqu’au Cap-Verd, avec

les îles adjacentes.

(3) Bontier et le Verrier, Conquest. des Can., chap. 68, p. 125. (4) Viana, cant. 1, pag. 16.

(5) Galindo, Mss., Hb. 3, cap. 10.

Nuñez de la Peña, lib. 1, cap. 2, pag. 18.

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