‹ Histoire naturelle des Iles Canaries (volume 2)Chapitre 56 sur 93 · C7 LA · texte numérisé non relu

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que réunit de grands avantages à cause du climat sous lequel elle a lieu : en exposant le pois-

son au soleil et aux brises, à l’exemple des Maures, il se sécherait sans avoir besoin de sel.

» Les bâtimens pêcheurs sont des brigantins étroits de l’avant et de l’arrière, larges vers

» le centre, afin de pouvoir soutenir une forte brise. Ils portent un petit hunier de l’avant,

(1) Il est plusieurs espèces que les pêcheurs salent: en entier, et dont les têtes sont très-estimées des

Canariens. Nous avons eu occasion d’en observer une qui, par sa forme et les dimensions de l'œil, semblait devoir se rapprocher beaucoup du Pomatomus Telescopium, qu’on pêche aussi entre les îles.

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» mais ils n’ont ni grand hunier ni voile d’étai, et ne peuvent border qu’un simple foc. F’ai

vu de ces barques qui, en douze jours, ont remonté en louvoyant du cap Blanc à la Grande-

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» Canarie. Pour franchir cette distance d’environ quatre cents milles, ils manœuvrent de la

» sorte ; à six ou sept heures du matin ils mettent le capau large avec la brise de terre jus-

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qu’à midi; ensuitent ils virent de bord sur la côte avec le vent de mer; ils mouillent la » nuit, ou se soutiennent par de courtes bordées jusqu’au jour, alors ils tirent de nouveau au » large. La différence entre le vent de mer et celui de terre est, dans ces parages, d’environ

» quatre quarts du compas. Les vents régnans soufflent ordinairement par belle brise frai- 4 ‘

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che à porter les huniers. (4 fine fresh top-sail-gale.) Lorsque les bâtimens pécheurs » sont arrivés à dix ou quinze lieues nord-ouest du cap Bojador, ils font route pour la » Grande-Canarie. Si le vent est au nord-est, ils gagnent le port de Gando, situé au sud- » est de l’île, mais s’il souffle au nord-nord-est, ils passent au sud et remontent les calmes » (las Calmas), en poussant en avant jusqu’à ce qu’ils rencontrent des vents de sud-ouest, » qui les raménent sur Canaria etleur permettent de venir mouiller au port de la Luz(r).

» Aprés avoir débarqué une partie de leur cargaison à la Ciudad de las Palmas, ils por- » tent le reste à Sainte-Croix de Ténériffe, au port de l’Orotava et à Santa-Cruz de Palma, » où leurs facteurs se chargent d’en effectuer la vente. Le prix du poisson est communément » de trois sous la livre double de trente-deux onces ; quelquefois il est fixé à deux sous, » mais rarement il s'élève jusqu’à quatre. Ce prix est toujours taxé par les Regidores. Ces

» officiers municipaux , au lieu d'encourager la pêche, l’entravent de toutes les manières

possibles.

» Cependant, malgré cet état de choses, les bâtimens pêcheurs font huit ou neuf voyages

par an : depuis la mi-février jusque vers la fin d'avril, ils restent au port, parce qu’alors

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les poissons sont descendus au sud-sud-ouest, et il faudrait aller les chercher sur une côte

exposée aux coups de vents du nord-ouest assez fréquens dans cette saison. Lors de mon

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arrivée aux Canaries, les pêcheurs ne s’aventuraient pas au-delà du cap Barbas, mais main-

tenant quelques-uns poussent à trente lieues plus loiñ jusqu’au cap Blanc et même au-delà.

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» Quoique le fonds de leur cargaison consiste en grandes brêmes, ils prennent aussi plu-

» sieurs autres espèces. La morue de ces paragesest meilleure que celle du banc de Terre-

(1) La hauteur des montagnes, en opposant une barrière aux vents généraux qui soufilent ordinairement dans la direction du nord-est, abrite toute la bande méridionale des îles. Les isleños désignent par las Calmas, les calmes , l'étendue de mer qui baigne cette partie des côtes de l'archipel canarien

Foy. les explications que nous avons données à ce sujet, p.65 de la Géogr. descrip. ). Les brigantins pêcheurs sont souvent obligés de remonter à la rame tout ce littoral, lorsque les vents de sud-ouest ne viennent pas les aider dans leur navigation.

( 235 ) » Neuve, l’anjova est délicieuse, la curbina est un gros poisson qui pèse trente livres. Ils

» péchent aussi beaucoup de poissons plats et d’autres encore que je ne saurais décrire. »

(G Glas, Hist. Can. Isl. )(x).

Aux détails que l'on vient de lire et que nous avons extraits de l'ouvrage cité, on reconnaît que le narrateur s’en est tenu bien plus à ses propres observations qu'à de simples renseignemens : ceux que nous nous sommes procurés , durant notre résidence aux Canaries, ne sauraient guère ajouter à l'intérêt de sa relation. Nous nous bornerons à présenter quelques considérations sur les résultats qu'on doit attendre des améliorations et des progrès d'une industrie dont Georges Glas avait compris comme nous toute l'importance.

Cette grande pêche, qu'exploitent les Isleños sur la côte occidentale d'Afrique, pourrait accroître en effet d'une manière rapide la prospérité des îles Canaries, si, plus protégée par le gouvernement de la métropole et moins vexée surtout par l'administration locale , elle était dirigée sur un plus vaste plan. Toutefois, malgré nos convictions, lorsqu'on considère que la péche de la morue, dans les mers du Nord, n'a commencé à progresser que dès l'instant où les nations commerçantes ont mis tout en œuvre pour s'emparer de cette grande industrie, où s'en partager les profits ; que cette concurrence, en excitant l'émulation des spéculateurs, lui a été profitable sous plusieurs rapports; que l'intervention des gouvernemens et leur puissante protection l'ont élevée au rang des plus grands commerces, il ne faut pas s'étonner que la pêche dans les mers d'Afrique, long-temps ignorée du reste du monde, et livrée à la seule routine des Isleños depuis plus de trois cents ans, soit restée stationnaire. Les progrès de la pêche aux alen-

(1) Nous croyons pouvoir rapporter aux genres et espèces suivants quelques-uns des poissons mentionnés par Glas :

Tasarte, Cybium trutor ;

Cavallo, Caranæ. Voy. Hist. des Poissons , par Cuv. et Val. , t. 9, p. 78;

Curbina , Sciæna ?

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( 236 ) tours de Terre-Neuve et du Grand-Banc ont été très-tardifs : plusieurs siècles s'écoulèrent avant que l’on songeât à tirer un parti avantageux de la mine d'inépuisable richesse que le hasard avait fait découvrir dans ces parages, et dont quatre ou cinq nations se disputèrent ensuite le partage. En 1497, le Vénitien Jean Gabot, envoyé par Henri VIT d'Angleterre à la recherche d'un passage qu'on présumait devoir conduire à la Chine par le nord-ouest, reconnut une île qu'il appela Prima-Vista (1), et pourtant cette nouvelle contrée, dont la possession devait être plus tard pour la Grande-Bretagne un des principaux fondemens de sa puissance maritime, ne fut colonisée que bien long-temps après sa découverte. Les chartres octroyées par Henri VIT, pour y fonder des pêcheries, ne produisirent d'abord aucun résultat (2), et les Anglais ignorèrent pendant plus d'un siècle les immenses ressources qu'ils pouvaient tirer de leur New- Jundland (3). Le voyageur Hore, qui y aborda en 1536, manqua y périr de disette avec tous ses compagnons , faute d'y trouver des moyens de subsistance (4). Le Grand-Banc , cette station que les bandes innombrables de morues semblent avoir choisie pour leur rendez-vous habituel, ne fut connu qu'au commencement du seizième siècle, lorsque le Portugais Corte Real signala pour la première fois cette mine féconde aux pêcheurs européens. En 1540, après que François [* eut fait explorer ces parages, d’abord. par J. Verazzono, puis par Jacques Cartier, de Saint-Malo, le meilleur marin de son temps (5), quelques navires français commencèrent à s'adonner à la pêche sur les attérages de Terre-Neuve; mais les établissemens sé-

(1) C’est le nom que Gabot, où Gabetto, donna à Terre-Neuve. ( Voy. Forster, Æist. des découv. faites dans le Nord, t.u, p. 17.)

(2) Voy. Forster, ut supra, p. 50. ,

(3) Newfundland, nouvelle terre, ou Terre-Neuve.

(4) Forster, Aist. des découv. faites dans le Nord, t. 1, p. 52.

(5) Manet, Bingraphie des Malouins célèbres, p. 44. — Anderson, History of the origin of commerce, t. 1, p. 363.

dentaires qu'on tenta de fonder sur. le littoral n'eurent pas, dans le principe, tout le succès qu'on s'était promis. Ce fut seulement sous le règne de Henri IV que le ministre Sully favorisa de tout son pouvoir la pêche de la morue, en la plaçant sous la protection immédiate du gouvernement. Les Anglais même n'acquirent leur prépondérance dans les mers du Nord qu'après que le célèbre Drake en eut chassé les Espagnols et les Portugais ; leur prise de possession à Terre-Neuve ne date qu'à partir decette guerre de flibusterie,en 1585 (1). L'île ne comptait encore que soixante-deux colons au commencement de l'année 1612, et le nombre de navires pêcheurs s'élevait au plus à une cinquantaine (2). Pourtant, à cette époque, il y avait déjà plus d'un siècle que les Canariens allaient pêcher sur la côte occidentale d'Afrique; mais la morue de Terre-Neuve, en devenant une des plus abondantes ressources de la subsistance des peuples, fat le mobile d'un commerce aussi vaste que lucratif, tandis que le poisson salé des Isleños ne s'est jamais élevé au rang des produits d'exportation.

D'après les données extraites des documens les plus récents, la pêche de la morue emploie maïntenant six mille navires de différentes nations; cent vingt mille marins y sont occupés, et leur active industrie livre chaque année au commerce environ quarante-huit millions de poissons.

Les îles Canaries emploient à la pêche de la côte d'Afrique sept cents matelots, répartis sur une trentaine de brigantins de vingt à cinquante tonneaux; ces bâtimens approvisionnent annuellement le pays d'environ cent cinquante mille quintaux de poisson salé qui, évalués au poids d'une morue ordinaire (3), forment un total de trois millions de poissons. On peut établir, d'après ces résultats, que cette

(1) Forster, Hüst. des découv. ,t. 1, p. 60.

(2) Purchas, Pigrimage or relations of the world. , p. 822. (3) Environ 2 kilog. et demi.

pêche est bien plus abondante que celle de Terre-Neuve; car, en divisant de part et d'autre le chiffre des produits par le nombre d'hommes employés, on trouve qu'un pêcheur canarien prend à lui seul quatre mille deux cent quatre-vingt-cinq poissons dans le courant de l'année, tandis que cette même quantité suppose à Terre-Neuve l’emploi de dix hommes. Cet avantage en faveur de la pêche sur la côte d'Afrique est confirmé en outre par les profits qui résultent de la vente des produits. Il est généralement reconnu, malgré le secours des primes, que la pêche de la morue à Terre-Neuve ne commence à donner des bénéfices aux armateurs qu'à la troisième année : aux Canaries le gain est assuré dès la première, quoique le gouvernement de la métropole n’accorde aux pêcheurs aucune espèce d’indemnité.

Toutefois, de ces renseignemens généraux, on ne doit pas déduire le nombre absolu de poissons qu'un pêcheur peut prendre dans chaque parage en un temps donné. Pour obtenir à cet égard un résultat assez approximatif, il faudrait avoir recours à d'autres indications. On sait, par exemple, que les produits en morues sèches sont évalués, pour la pêche de Terre-Neuve, à vingt quintaux par homme dans une campagne où l’on fait la péche complète, bien qu'une pareille pêche soit rare et qu'il ne convienne d'adopter pour base que deux tiers de pêche (1). En prenant pour terme moyen de la charge des brigantins canariens et du chiffre de leur équipage trente tonneaux et vingt-cinq hommes, et en tenant compte des huït ou neuf voyages que chaque bâtiment fait annuellement à la côte, on trouve deux cent quarante quintaux pour la part de pêche de chaque marin.

Si l'on établit la comparaison sur la morue verte de Terre-Neuve, qu'on peut préparer en moins de temps, et dont la pêche est estimée depuis quinze cents jusqu à deux mille cinq cents morues par homme

(1) Marec., Dissertation sur pluswurs questions concernant la pêche de la morue, p. 81. Paris

pendant la durée d'une campagne (1), on aura pour les Canaries , en réduisant les deux cent quarante quintaux au poids d'une morue ordinaire, quatre mille huït cents poissons pour chaque homme.

Voici une autre comparaison qu'on peut déduire de faits encore mieux constatés.

Le nombre de morues qu'un homme peut prendre en un seul jour sur le banc de Terre-Neuve avec des lignes de fond a été diversement estimé; maïs, en admettant pour terme moyen des différentes évaluations quatre cents poissons, quantité déduite du total approximatif de la pêche d'une campagne, l'avantage est toujours en faveur des pécheurs canariens, puisqu'une de leurs barques du port de cinquante tonneaux et montée de trente hommes peut effectuer son chargement en quatre Jours.

On assure que, sur le grand banc de Terre-Neuve, quatre hommes, pêchant dans un canot avec de simples lignes de main, prennent souvent plus de six cents morues en douze heures. D'après la relation de Georges Glas, confirmée par les renseignemens que nous avons pris sur les lieux , une chaloupe montée par un pareil nombre de pêcheurs canariens peut réaliser en quelques heures un chargement de /a-

sartes, puisqu'il suffit d'une demi-heure pour en pêcher cent cin- | quante. Nous avons vu plus haut que les fasartes étaïent des poissons de la taille des saumons, et dont les brigantins des îles composaient souvent toute leur cargaison.

Dans la comparaison que nous avons cherché à établir sur les résultats des deux pêches, on pourrait croire peut-être que nous nous sommes prévalus en faveur des Canariens des huit ou neuf voyages qu'ils font à la côte dans le courant de l’année. Mais, si l'on réfléchit

que depuis le mois de février jusquà la fin d'avril ils restent au port,

(1) Renseignemens tirés d'un mémoire manuscrit adressé au ministre de la marine. (Voy. Milne Edwards, Mémoire sur la pêche de la morue à Terre-Neuve. Paris, 1839.)

( 240 ) et si l'on ajoute à ces trois mois de désarmement ie temps perdu dans les différens trajets, et les relâches de chaque retour, on ne peut guère évaluer qu'à quatre mois la durée effective de la pêche. Or, si l'on s'en tient aux termes des ordonnances (1), l'ouverture de la pêche n'ayant lieu que le 1" avril à Saint-Pierre et Miquelon, et dans le courant de mai, sur les côtes de Terre-Neuve, on doit aussi estimer à quatre mois (terme moyen) le service actif des bâtimens européens. Observons, en passant, que les pécheurs sédentaires de Saint-Pierre et de Terre- Neuve pouvant prolonger la pêche jusqu'en hiver, le sapplément de produits qui en résulte se trouve compris dans le chiffre qui nous a servi de base. Toutefois, nous allons voir bientôt que cet avantage de position peut encore être balancé aux Canaries, et qu'il dépend de l'activité et de la protection de l'administration locale de se créer des pêcheries sédentaires capables de rivaliser avec celles du Nord.

Les faits que nous venons de citer, en faisant sentir la différence qui existe dans le chiffre proportionnel des produits, a pu donner une idée de la quantité innombrable de poissons qui parcourent pendant toute l'année la lisière de côtes comprise depuis le cap de Non jusqu'audessous du cap Blanc. Pour apprécier cette quantité numérique, tous les calculs de l'esprit humain donneraient à peine une approximation probable. La qualité des espèces qui fréquentent ces parages doit entrer aussi dans la somme des avantages que la nature a répartis aux pécheurs canariens. Sur le grand banc et à Terre-Neuve, on ne prend guère que de la morue, le saumon et le hareng ; encore la pêche de ces deux dernières espèces est-elle généralement négligée par les Français. Le long de la côte d'Afrique, les Isleños pêchent huit ou dix qualités de poissons , toutes également propres à être séchées ou préparées en vert; mais dans ce nombre il faut distinguer surtout le cherne. Nous ne saurions décider d'une manière précise l'espèce à la-

(1) Voy. Ordonnance du 21 novembre 1821.

quelle ce poisson appartient, et bien que Glas, dans sa relation, le désigne sous le nom de morue, nous ne pensons pas qu'on puisse le rapporter au genre gade, ni moins encore à l'espèce de Terre-Neuve (zadus morhua , L.) (1). La sama est aussi un poisson très-estimé des Canariens, et le #asarte ne lui cède en rien pour la délicatesse de la chair. Des données que nous avons présentées, on peut encore déduire d'autres conséquences. Nous avons dit que les sept cents matelots qui se vouent aux Canaries à la pêche de la côte étaient répartis sur trente petits brigantins bien inférieurs, sous le rapport de la capacité, aux bâtimens européens : si l'on fait attention que ces derniers, du port de soixante à cent cinquante tonneaux, n'ont guère plus de trente hommes d'équipage, et que les autres, dont le plus fort tonnage est de cinquante, montent à peu près le même nombre de matelots, on doit en conclure que si les Isleños adoptaient des procédés de pêche plus expéditifs, c'est-à-dire dont l'emploi réclameraït moïns de monde et de temps, ils pourraient doubler le nombre de leurs navires , et augmenter considérablement le chiffre des produits sans accroître celui des équipages. La pêche à la seine, par exemple, qu'on pratique à Terre-Neuve depuis une vingtaine d'années, est une méthode dont les avantages sont garantis aujourd'hui par l'expérience (2), et les pécheurs des Canaries devraient s'empresser de l'adopter. Peut-être aussi leur conviendrait-il d'employer des navires d’un plus fort tonnage, afin de se procurer à la fois une plus grande quantité de pro-

(1) D’après l'opinion de M. le professeur Valenciennes, les poissons connus sous le nom de Cherne dans l'Océan Atlantique, ainsi que dans la mer des Indes, appartiennent la plupart aux grandes espèces de percoïdes du genre Serranus. Celui que l'on pêche à l'Ile-de-France a reçu la dénomination de Serranus morhua, à cause de sa ressemblance avec la morue du Nord. Ce poisson , que l’on sale comme la morue, est très-estimé, et sa chair, par sa délicatesse , est même préférable à celle du gade de Terre-Neuve.

(2) Cette pêche se fait dans de petites embarcations : « Il arrive parfois que les chaloupes prennent d’un seul coup de filet plus de poissons qu’elles n’en peuvent contenir. » — Mais on a dü régler les dimensions des mailles de la seine par des ordonnances (voy. celle du 21 novembre 1821, art. 33), afin de ne pas détruire le petit poisson. Avec ces sages mesures, la pêche à Ja seine a augmenté les produits sans être nuisible aux intérêts de l’avenir. (Voy. Milne-Edwards, Mém. sur la péche de la morue à Terre-Neuve. )

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(242 ) duits en une seule expédition, et d'éviter par à l'inconvénient des voyages multipliés, le temps perdu dans les différentes traversées et tous les frais qui s'ensuivent. Mais l'impossibilité de conserver longtemps le poisson , en suivant le mode de préparation adopté jusqu'ici, oblige les pêcheurs à n'apporter aux îles que de petits chargemens. L'accumulation du poisson par grandes masses dans les ports où les bâtimens viennent déposer leurs cargaisons pourrait compromettre la salubrité publique, si la vente se prolongeait plus de deux mois. Cet inconvénient priverait les pêcheurs d'une partie de leur bénéfice, car les regidors ne manqueraïent pas de faire jeier à la mer tout ce qui serait avarié. De À provient la nécessité de retourner plusieurs fois à la pêche et d'en régler les produits sur les besoins de la consommation. C'est donc vers la réforme de leur méthode de salaison que les isleños doivent porter toute leur sollicitude : en entrant dans cette voie d'amélioration , ils pourront rivaliser avec les produits des mers du Nord et mettre à profit la source de prospérité et de richesses que la nature a placée à leur porte.

La grande étendue de mer qu'embrasse la pêche de la côte d'Afrique est une autre circonstance en faveur des Canaries : les navires européens ont à sc disputer l'espace sur un banc de 150 lieues de longueur; les Isleños ont plus de dix degrés de latitude à parcourir sans rencontrer aucun concurrent. Maïs dans la comparaison que nous faisons ici des deux pêches, il faut tenir compte surtout des différences qui existent de part et d'autre dans les chances de la navigation. Sur le banc et les attérages de Terre-Neuve, les coups de vent sont très-fréquens et occasionnent d'affreux sinistres; le froid y est excessif et semble devancer la saison (1); une impérieuse nécessité oblige le matelot à des dépenses qui le privent d'une partie de ses profits, car il doit avant tout se pré-

(1) D’après le journal d’observations météorologiques tenu par M. Roy, capitaine de port à Saint- Pierre et Miquelon, l’état de l’atmosphère présente les variations suivantes dans le courant de l’année :

cautionner contre la rigueur du climat; ses lourds vêtemens, le baquet couvert dans lequel il se poste pour procéder à ses travaux Journaliers, le tiennent dans une gêne continuelle. Ces inconvéniens, auxquels les pêcheurs de morue sont assujettis dans l'Océan septentrional, disparaissent sous les latitudes méridionales. Aïnsi, sur la côte d'Afrique, les brises, quoique très-fraîches, sont toujours régulières, la mer est moins tourmentée, l'état de la température et une heureuse combinaison de circonstances atmosphériques, dont nous donnerons bientôt l'explication, y viennent favoriser la dessiccation du poisson. Les pêcheurs canariens n'ont point à se garantir, dans ces parages, contre les intempéries ; vêtus à la légère, avec une chemise de coton et un simple calecon de toile, ils peuvent agir sans que rien ne les gêne; tranquilles sur le temps, leurs traditions ne citent aucun sinistre ; les plages sablonneuses du grand désert ont cessé d'être pour eux des rivages inhospitaliers, et depuis trois siècles ils s'aventurent gaîment sur cette mer qui les nourrit. Il est à remarquer que les Canariens se glorifient avec raison de n'avoir jamais perdu un seul navire, malgré leur imprévoyance habituelle. Les brigantins de pêche sont presque dépourvus de tout; le matériel de l'armement se réduit aux choses les plus indispensables; la plupart n'ont pas d'habitacle; le patron se pourvoit d'une méchante boussole pour la forme, et la tient renfermée dans un des coffres de sa cabane ; la nuït le ti-

monier se guide sur les astres, et ce n'est guère que par un temps

87 jours de pluies,

92 » brume , 61 » neige n 109 » gelée , 195 » beau temps.

Ces données se rapportent à l’année 1818 , mais les observations des années successives ont présenté peu de différences.

Le maximum de la chaleur en été est de 16°.

Les havres de Terre-Neuve sont encore fermés pendant les mois de mars ct d'avril, à cause des glaces. (Voy. Marec. et Milne-Edwards, Op. cit. )

couvert qu'il envoie consulter l'instrument délaissé. Les agrès du navire sont ordinairement dans l'état le plus pitoyable, et, en dépit de cet abandon, l'équipage, dans l’occasion, est toujours prompt à la manœuvre et sait se créer des ressources inattendues. Il y a chez ces hommes de mer une sorte d’instinct providentiel qui les guide, et leur fait deviner toutes les chances de la navigation; leur sécurité intime a produit en eux cette insouciance qui les caractérise. « Nous avons dépassé la pointe de Tenefe, nous disait le patron d’une barque pendant une de nos traversées; /a tour de Gando est là devant nous sous ce gros nuage noir; à six heures du matin, nous mouillerons au port de la Luz; » et nous arrivâmes en effet à l'heure qu'il avait indiquée. Pourtant, lorsqu'il nous parlait ainsi, la nuit était des plus sombres ; de rares étoiles perçaient par intervalle les masses de vapeurs qui s'amoncelaient à l'horizon. Partis de Fortaventure depuis la veille pour nous rendre à la grande Canarie, nous courions à sec de voile sur une mer orageuse par une bourrasque de vent du nord qui nous avait assaillis en doublant la pointe de Æandia. La boussole gisaït à son poste accoutumé dans un recoïin de la chambre, et ne fut consultée qu'une seule fois, après un coup de mer qui manqua nous balayer tous. Un matelot quitta le pont un instant pour faire son observation à la lueur d'un cigarre, et certifia qu'on ne s'était pas écarté de la route : « Nous allons bien! » s'écria-t-il : cet avertissement suffit au pilote jusqu'au jour. Qu'on nous pardonne cette digression ; elle était nécessaire pour faire connaître la manière de naviguer des pêcheurs canariens, car la scène que nous venons de décrire se passait à bord d'une de leurs barques. Reprenons maintenant le sujet qui nous occupe.

Si les isleños veulent profiter de tous les avantages de leur position et entrer dans un système de progrès, il est une question importante que nous avons déjà fait envisager, et qu'ils doivent prendre en considération : c'est de choisir un point du littoral pour

le dépôt général des produits de la pêche, car on aura toujours beaucoup plus de facilité pour saler à terre qu'à bord des bâtimens. Cette opération, faite avec plus de méthode et de régularité, amènera une grande amélioration dans la qualité du poisson.

L'ile de Graciosa, située à 45 lieues environ de la côte d'Afrique, se trouve bien placée pour une sécherie, et répondrait à toutes les exigences. En y établissant des hangars pour les préparations , on aurait presque sous la main toutes les ressources nécessaires. Le canal del fo, qui sépare Graciosa de Lancerotte, n'a guère plus d'un mille de large et offre un très-bon mouillage. Nous avons visité en détail cette partie de l'archipel des Canaries, dont Georges Glas a donné un plan fort

exact, que nous reproduisons ici.

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