FORMATION TRACHYTIQUE
Quoique cette série forme le principal noyau de l’île, les roches dont elle est composée et la masse des montagnes où elle domine présentent tant d'uniformité que, pour en donner une idée générale, il nous suffira de décrire les localités les plus remarquables qu'elle occupe, et de noter quelques-unes’ des variations les plus saillantes dans sa composition.
En commençant par les montagnes les plus élevées, nous trouvons le trachyte fortement caractérisé au Saucillo, et quoique lessubstances dont sont composées les différentes couches soient diversement disposées, et que leurs couleurs varient depuis le brun jusqu'au gris-clair et même au blanc, cependant la grande masse rappelle parfaitement les trachyies grisâtres de Ténériffe, et surtout ceux du Sombrerito.
Toutefois, la roche qui forme la crête du Saucillo, et sur laquelle on a planté une croix, n'est pas du trachyte. Ce sommet, aussi bien ‘ que celui de la montagne la plus élevée de l'île, le pic del Pozo de la Nieve, est formé de leucostines très-bien caractérisées, et sur lesquelles nous reviendrons plus tard.
Un peu plus bas, on rencontre la grande masse trachytique. Elle est composée principalement d'une pâte grisâtre ou d'un blanc mat, presque homogène, renfermant des cristaux de rhyakolite en prismes tetraèdres obliques, terminés par un triangle à chaque extrémité. Ces cristaux tombent facilement de leur gangue en y laissant leur empreinte. La roche qui les contient est surmontée par une couche de trachyte gris, peu dur, qui contient , outre des petits cristaux de rhyakolite, d'autres assez gros de pyroxène. Cette roche diffère très-peu des variétés de trachyte qui se retrouvent au monte Lentiscäl , et aïlleurs près de la côte. On la voit très-bien caractérisée et en couches d'une épaisseur énorme, au-dessous de la Cumbre, dans la partie supé-
rieure de la vallée de los Mocanes, près de la chute d'eau appelée eZ Caidero de Coruña. Le plateau de la Cumbre est composé lui-même de boules concentriques de trachyte gris de différentes grandeurs, formant masse avec une quantité de débris désaggrégés. En descendant vers la vallée de Tejeda , après avoir dépassé une formation basaltique qui lui est superposée, on trouve partout cette formation tourmentée d’une manière étonnante et dont la masse est traversée par une multitude de filons également de trachyte , tandis que Bentayga, le Nublo et les hautes montagnes qui entourent les autres points culminans, sont formés de trachyte solide et surgissent comme des obélisques du milieu de ces massifs bouleversés.
Revenant au Saucillo, nous retrouvons plus bas un trachyte schisteux, fort remarquable, qui reluit de loin au soleil en produisant le même effet que certains schistes chargés de mica. Ce phénomène est dû à l'état de cristallisation dans lequel se trouve le rhyakolite dont la roche est composée, tandis que dans les autres la même substance est altérée ou amorphe. Cette variété remarquable de trachyte se retrouve de nouveau sur les rebords du grand cratère de Tiraxana et fait suite probablement à la couche du Saucillo. Elle est en état de décomposition , couvrant un grand espace de ses païllettes luisantes de rhyakolite. C'est à cause de ces reflets métalliques que le col qui traverse la crête de la montagne a reçu le nom de Paso de la Plata, passage de l'argent.
Au-dessous de ce col, on voit l'escarpement du trachyte de la Cumbre former l'enceinte septentrionale du cratère de Tiraxana. La roche est alors d'une blancheur si remarquable que les gens du pays l'ont appelée Bisco blanco. Au milieu même de l'enceinte s'élève la montagne d'Urera ou de las Cuevas. Ses couches inférieures se composent d'un trachyte grisâtre d'une apparence moderne, et son sommet, où la roche est moins dure, est percé de nombreuses grottes qu'habitèrent jadis les indigènes du pays. |
Après cet aperçu général du noyau trachytique de l’île, nous passerons à la partie de la côte qui avoisine la ville de las Palmas, où nous trouverons une série de couches plus modernes de cette même formaton. Arrétons-nous d'abord dans le magnifique cratère de Bandama, dont nous avons déjà donné la description détaillée (Voy. Géogr. descript., pag. 105), et qui domine dans cette partie de la grande Canarie. Lorsqu'on s'avance de ce côté, en se rapprochant de la région maritime, on est frappé de retrouver de toute part une formation de conglomérat trachytique, qui, quoique moins bouleversé et composé de fragmens moins volumineux, rappelle suffisamment le trachyte de la vallée de Tejeda. Les blocs sont ici de toutes les dimensions; leur composition et les couleurs qu'ils affectent sont des plus variées ; en général, ils tirent au blanc et contiennent un peu de pyroxène ; ils sont amalgamés dans une pâte poreuse qui paraît n'être que le détritus résultant de leur décomposition.
La partie inférieure de cette formation est composée presque entièrement de ce détritus qui est extrêmement friable et renferme des pierres ponces, comme la tosca de Ténériffe, à laquelle cette roche ressemble beaucoup. Les couches suivent la pente de l’île, et, soit qu'elles aïent été soulevées du fond des eaux, soït que le niveau de la mer ait eu autrefois plus d'élévation, on ne peut guère douter qu'elles n'aient été produites telles que nous les voyons aujourd'hui, par l'action d'une grande masse d'eau. “
À l'appui de cette opinion, qui est d'ailleurs celle de M. de Buch, nous pouvons fournir des preuves nouvelles et décisives : au nord de la ville de las Palmas, dans un endroit de la côte plus élevé que le Castillo del Rey,et presque parallèle avec cette forteresse, nous avons découvert une couche de calcaire, intercalée entre deux couches de basanite compacte, et remplie de coquilles marines. Les basanites, comme nous verrons tantôt, sont superposées aux roches trachytiques en couches
régulières et sans apparence de s'être épanchées d'un cratère. Le cal- JELE 49
caire, formé de coquilles triturées et renfermant de petits morceaux roulés de roches pyroxéniques , est extrêmement grossier, dur et difficile à entamer. Les coquilles qu'il renferme sont peu reconnaissables ; nous avons recueilli des moules de Cardium et de Pecten couverts de très-jolies empreintes de corallines, mais il nous a été impossible de constater leur identité avec les espèces actuellement vivantes dans la mer des Canaries. M. de Buch a vu une pareïlle couche dans cette même direction, sur la route de Tamaraceyte ; elle n'était pas cependant recouverte par le basa nite, et il l’a comparée avec raison au calcaire qui se forme journellement sur les côtes de l'île. Un phénomène analogue s'observe à Porto Santo, île essentiellement trachytique, à vingt lieues de Madère. Là , deux îlots, l'{/heo de Cima et l'Ilheo de Baixo, sont formés de couches basaltiques qui alternent avec des couches de calcaire conchylifère, très-semblable à celui de Canaria. Les coquilles qu'elles renferment sont certainement très-distinctes de celles des mers environnantes (1). À Madère aussi, où le basanite domine partout, on rencontre sur le contrefort qui sépare la paroisse de San-Vincente de celle de Santa-Anna, dans le nord de l’île, une forte couche de calcaire sous des couches solides de basanite de plusieurs centaines de pieds d'élévation. C'est un calcaire saccaroïde, d'une coeur souvent jJaunâtre et ne renfermant aucun débris organique.
Le calcaire , tel que nous l'avons vu derrière le Castillo, se retrouve intercalé avec les basanites sur la route qui conduit de la capitale à la ville de Telde. Nous avons donné (pl. xiv de l'Atlas, fig. m1) une coupe, faite sur les lieux, de cette série de roches éminemment instructive et
(1) Voici la série descendante des couches dans l’J/keo de Baixo :
1° Calcaire très-grossier rempli de fragmens et de blocs de basanite ;
2° Série de couches de basanites et d’argilophyres confusément traversée, ainsi que les couches inférieures , par des filons également de basanite ;
3° Calcaire très-compacte renfermant quelques coquilles ;
4 Répétition du No 2
5° Argilophyre pyroxénique calcarifère rempli de fossiles.
que nous expliquerons ici en détail, 2 À sont des couches d'une brèche trachytique -grisâtre, renfermant des cristaux de rhyakolite et de petits fragmens à angle aigu de trachyte altéré. On yobserve aussi des petites cavités produites par les gaz. Cette roche est très-visible dans le ravin adjacent. Il est probable que c’est la couche la plus inférieure de toutes celles de la côte. Elle est souvent amalgamée avec des fragmens de pierres ponces grossières. On retrouve encore cette roche au fond des barrancos qui ont entamé cette partie de l'île. C'est. une pierre légère , facile à travailler, et qui se durcit à l'air. On en fait des dalles qui s'exportent à Ténériffe; celles des trottoirs du port de l'Orotava, de Sainte-Croix et des autres villes de cette île, proviennent toutes des carrières de Canaria. Notre ami M. E. da S. Mouzinho de Albuquerque, lors de son passage à Ténériffe, a remarqué ces dalles et les a reconnues comme parfaitement identiques avec les roches qu'il avait décrites de l’île de San-Miguel des Açores (1).
: est une masse d'eurite lamellaire phonolitique, de couleur vert foncé , contenant quelques gros cristaux de rhyakolite clairsemés dans sa pâte. Ses couches sont en partie verticales et paraissent avoir surgi à la suite d'un bouleversement général opéré dans cette formation. On en fabrique de grosses dalles. # représente des couches d'argilophyre rougeñtre. / est une suite de basanites qui passe dans sa partie supérieure en un conglomérai dans lequel se trouvent intercalées des couches de calcaire conchylifère. Ce basanite est une belle roche bien caractérisée, remplie de cristaux de pyroxène. Le calcaire est peu cohérent et formé entièrement de coquilles triturées. Immédiatement au-dessus de /, on trouve une couche de fosca (2), mêlée dans la masse antérieure et aussi caractérisée que celle de Ténérifte.
Le cratère de Bandama offre la section suivante ( Voy. Atlas,
(1) Voy. Observacoes sobre a ilha de S'an-Miguel , por L. das. M. de Albuquerque ; Lisboa , 1826, (2) Pour la description de cette roche , voyéz ci-dessus, pag. 298.
pl. xiv, fig. xiv), qui représente le côté tourné vers le N.-E. tel qu'il se trouve aujourd'hui. La première couche w contient les rapilles et scories qui couvrent tous les alentours du volcan. » est une couche de basanite, apparemment très-moderne, remplie de cristaux de pyroxène et de graïns plus ou moins grands de péridot ; on n'aperçoit qu'un angle de cette couche. 00 sont des pans du mur trachytique du volcan, recouverts par des éboulemens y y, dans ses parties escarpées. æ est un conglomérat trachytique d'une couleur jaune rougeâtre qui se trouve à découvert dans plusieurs endroits, vers le fond du cratère. En dehors du volcan, sous les rapilles, on retrouve, comme à l'ordinaire, le conglomérat trachytique qui domine sur les côtes de l'île.
Non loin de Bandama, les sommités du Monte Lentiscal sont composées d'un trachyte gris d'une apparence extrêmement moderne, rempli de boursoufflures et de cavités longitudinales, tapissées souvent de zéolite amorphe. Au-dessous de cette roche, se trouve une leucostine porphyroïde compacte, contenant, outre des rhyakolites, des cristaux d'Adularia et quelques cavités lapissées de zéolites. Cette couche est suivie d'une formation d'eurite lamellaire exactement semblable à la roche que nous avons trouvée sur la côte (Voy. Atlas, pl. xiv, fig. m 2). Nous avons déjà parlé de cette formation remarquable, en traitant des roches jaspoïdes de l'Aldea de San-Nicolas sur lesquelles elle est superposée : ici, au contraire, elle est recouverte par le trachyte. Ainsi, sa position géognostique se trouve parfaitement constatée dans la grande Canarie , et sa composition est si identique dans les trois localités indiquées, qu'il serait difficile d'en distinguer les échantillons.
Au-dessus du Monte Lentiscal domine la montagne de l’Æfalaya, formée d'un trachyte très-tendre et tout perforé de grottes habitées par une population de deux mille âmes (Voy. notre Géog. descript., pag. 106). Ce village de troglodytes est composé en grande partie de pauvres gens; mais à Artenara, où le tuf, selon M. de Buch, est formé
( 357 ) de petits fragmens amalgamés de scories brunes, les grottes sont spacieuses, souvent à deux étages , et habitées par des laboureurs aisés. L'évêque de l'île trouva à s'y loger commodément à l'époque de sa visite pastorale. D'après les renseignemens de notre savant devancier, ce tuf d’Artenara ne paraîtrait pas être trachytique, mais nous n'avons pu le constater nous-mêmes. Le trachyte est aussi creusé pour des habitations à la Ciudad de las Palmas, où il existe un quartier
de troglodytes sur les assises des falaises qui dominent la ville.
TERRAINS DE LEUCOSTINES ET DE BASANITES.
Nous avons déjà décrit des leucostines mêlées avec des couches trachytiques. La plus belle série est celle qui couronne les sommets du Saucillo et de la montagne du Pozo de las Nieves, points culminans de l'île. La roche qui forme la pointe la plus élevée du Saucillo, où l'on a planté une croix, est une leucostine porphyroïde tachetée, sa texture est grenue et sa cassure écailleuse; elle contient de nombreux points noirs d’augite, et une infinité de petites Laches rouges au milieu desquelles on distingue des grains d’augite. Cette belle roche paraît faire le passage à l’eurite ; elle agit plus fortement sur l'aiguille aimantée que toutes les autres roches de l'île; ses couches se séparent en grands blocs tabulaires et reposent sur une leucostine amphibolique d'un gris verdâtre sale, avec des cristaux aciculaires d'amphibole disséminés dans sa pâte. Toutes les hauteurs à l'entour du Roque de la Cruz sont formées de cette leucostine. On trouve à sa base un mélaphyre demideuil bulleux, qui contient beaucoup de cristaux de feldspath laminaire blanc, et dont la pâte est toute criblée de petites bulles beaucoup plus grandes et plus nombreuses dans la partie supérieure. Tout l'embranchement du Rodeo se compose de cette roche. Cette formation est
( 358 ) recouverte en quelques endroits par des couches de basanite ét d’autres roches que nous décrirons dans leur série.
Vers le haut de la ’ega de los Mocanes, on voit une leucostine compacte porphyroïde très-bien caractérisée, qui fait partie intégrante de cette série ; nous l'avons aussi observée dans la vallée de Tenteniguada, au-dessous de la Cumbre du Saucillo, près de l'endroit appelé le Caidero de Coruña. On la rencontre encore avec les mêmes caractères à la base du Risco blanco, et à la Montañeta de Tunte, dans la Caldera de Tiraxana, où elle se rapproche beaucoup de l'eurite schistoïde de la côte de Telde et de l'Aldea de San-Nicolas. Nous verrons aussi que les basanites de Goyedra sont traversées par des filons d'une roche analogue.
Les basanites de Canaria forment deux séries assez distinctes, dont l'une, qui paraît être la plus ancienne, se fait remarquer sur la côte occidentale de l’île depuis l'embouchure du barranco de Mogan jusqu'à celle du barranco de San-Felipe et de la célèbre Cuesta de Sika. L'autre série occupe l'ouest de l’île et plusieurs endroits de l’intérieur, où elle repose évidemment sur le trachyte.
La première série est caractérisée par les minéraux qu'elle renferme. Nous allons la décrire comme nous l'avons vue nous-mêmes aux //ndenes de Goyedra, près du barranco de Tirma , dans les environs de la Gaete et près de la Punta de Sardina. Au midi de l’Aldea, M. de Buch l'a suivie jusqu'auprès de Mogan, où recommencent les trachytes de la Cumbre. Ce géologue nous apprend que les couches supérieures sont des véritables basaltes (1). Les autres couches sont formées d'un amygdaloïde renfermant de l'analcime, de la mesotype et quelques petits cristaux de fer oligiste.
Aux Andenes de Goyedra nous en avons trouvé une belle série. Les roches de cette localité sont coupées à pic et minées journellement par
(1) Voy. Physic. Beschr., pag. 278.
les coups du ressac (1). Les falaises n’ont pas moins de 600 ou 800 pieds d'élévation, et c’est sur un petit rebord de ces formidables escarpemens que passe le sentier qui conduit à l'Aldea. La partie supérieure est composée de couches de basanite pyroxénique, dont quelques-unes sont remplies de cavités et ne contiennent aucun corps étranger. Viennent ensuite des basanites variolitiques, dont les cavités sont tapissées de péridot vert et remplies de zéolites.
Plus loin, la roche est pénétrée partout de matière calcaire cristallisée où amorphe , et quelquefois de telle sorte que le calcaire lui-même paraît prédominer sur le basanite. On y voit aussi des zéolites , ou bien des rognons de calcaire enveloppés probablement par le basanite au moment de sa fusion. Ces rognons sont d’une texture grenue et d'une dureté remarquable. On trouve aussi du quartz cristallisé dans les fentes, et quelquefois des veines qui parcourent la roche sous forme de calcédoine.
M. de Buch a vu de la baryte sulfatée dans les échantillons récoltés par Escolar dans ce même endroit , fait remarquable comme il le dit lui-même, puisqu'on n'avait jamais trouvé cette substance auparavant dans les formations d'origine ignée. Il a rencontré aussi au port de las Nieves de belles druses composées de nombreux et gros cristaux de chabasites. Toute cette série de roches, peu commune dans ces îles, est traversée par des filons d’un petrosilex vert foncé schistoïde passant à la leucostine. Ces nombreux filons, composés de roches beaucoup plus dures que les variolites, résistent davantage à l'action des vagues et des orages, et s'étendent le long de la côte en murs gigantesques et inabordables. | | |
Près de la Punta de Sardina le massif de basanite est très-escarpé, et forme des roches noires sur lesquelles des rognons blancs de calcaire se dessinent en saillie et impriment à ces falaises un caractère
(1) Voy. Géog. Descript., pag. 112.
( 360 ) tout-à-fait origimal. Nous n'avons remarqué nulle autre part dans l'île de Canarie ces nodules de calcaire siliceux compacte, concrétionnés et comme tuberculeux extérieurement. Leur extrême dureté, en les garantissant contre l'action des eaux, les fait ressortir maintenant par dessus le basanite qui les renferme et que les lavanges ont dégradé. |
Après la Cuesta de Syla on ne retrouve les basanites que sur la côte nord de la presqu'île de l’Tsleta. Ts forment là une suite de falaises qui se prolongent dans la direction d'un rameau de collines de volcanisation moderne. Quelques-unes de ces couches affectent des formes columnaires comme celles de Teno, à Ténériffe, dite la Calzada de los Antiguos. M. de Buch, qui les a examinées avec attention, les compare à la chaussée des Géans en Irlande, mais elles sont beaucoup moins grandioses. (Voy. sur ce sujet les belles observations de ce géologue. Phys. Beschr., pag. 271.)
Nous avons déjà parlé du système basaltique de l'intérieur de l’île en citant les couches qui se trouvent aux alentours de la ville de las Palmas : M. de Buch à observé aussi entre les deux berges du ravin situé au midi du Castillo del Rey, une couche de basanite. Elle occupe presque toute la vallée et paraît s'être épanchée en forme de coulée, comme celles qu'on trouve entre Sainte-Croix de Ténériffe et la Laguna, maïs il lui a été impossible de la suivre jusqu’à un cratère d'éruption.
Au centre même de l'île, sur les hautes sommités du Saucillo, on rencontre déjà des basanites qui reposent sur les formations trachytiques. On en voit une grande masse vers la partie supérieure de la vallée de Tenteniguada ; et de l’autre côté de la montagne, en descendant à Tejeda, on passe sur une puissante formation de basanite pyroxénique en couches plus ou moins horizontales, qui alternent souvent avec d'autres couches rouges, vertes, jaunes et blanchâtres d'argilophyre , et reposent sur des immenses bancs de la même roche.
Ces couches sont traversées par des filons composés aussi de basanite pyroxénique, mais d'une texture plus fine. Plus bas, on trouve un autre basanite pyroxénique dont les cavités sont tapissées de zéolites ; cette roche est divisée en petits prismes qui paraissent diverger de tous côtés, en partant d’un centre commun.
Nous avons déjà dit que les bords orientaux du grand cratère de Tiraxana sont formés de basanites. Ce cirque fut peut-être le foyer de cette formation qui recouvre presque partout les trachytes et qui s'étend aux environs de Temisas, Aguimez, Telde, la belle vallée de la Lechusa et la Vega de San-Matheo. La roche de la Caldera est un basanite petrosiliceux très-compacte; elle est très-visible à la Montañeta de Tunte, immédiatement au-dessus des eurites ; on la rencontre encore en forme de filon, coupant les roches plus anciennes, au sud de Tiraxana. Ce basanite est tabulaire : M. de Buch l'a trouvé aussi sous la forme de prismes dans le barranco de Santa-Lucia. Vers sa partie supérieure , sur les bords du cratère, cette roche est beaucoup moins compacte, contient des pyroxènes et de l’augite, et alterne alors avec. des argilophyres. |
Au-dessus du village de la Lechusa, auprès de la montagne de Martin Gil, le sol est tout couvert de basanites scoriacés. Martin Gil, la Lavanda, et d'autres mornes plus bas, forment un rameau irrégulier qui se détache de la chaîne centrale et vient s'abatire dans la Vega de San-Matheo. Au-dessous des scories superficielles , on aperçoit un basanite pyroxénique très-compacte rempli de péridot, et contenant en outre de grandes masses de péridot-olivine granulaire souvent très-altéré. Il nous a semblé distinguer des traces d'ondulations dans les endroits où la roche était à découvert, et ces coulées nous ont paru venir de Martin Gil, mais nous n'avons remarqué sur cette montagne aucune espèce de cratère.
Pour bien faire connaître le plateau de Telde, il faudrait pour ainsi
dire le décrire pas à pas; mais nos explorations dans cette partie de In
l'île ayant été contrariées par la saison, nous ne pourrons en donner ici qu'une idée générale. Les couches supérieures sont formées de basanites roulés, mêlés de calcaire moderne. En descendant dans le ravin qui longe la ville, on aperçoit le basanite péridoteux en couches régulières séparées par des bancs d'argilophyre, et affectant, dans quelques endroits, une forme presque columnaire. Des sources abondantes jaillissent autour de Telde; la plus forte donne en été deux azadas d’eau, qui équivalent à l'arrosage de deux fanegadas de terre par jour. Le 20 août, l'air étant à 23° 89 C., la température de l'eau, prise à sa source, marquait 12° 78 C. On nous a assuré que cette eau était chaude en hiver, ce qui ferait présumer qu'elle maintient la même température pendant toute l'année. D'autres ruisseaux, qui prennent naissance dans les hauteurs voisines, ont été dirigés vers la ville, et à une demilieue de À, au bourg de los Llanos, le comte de Vega-Grande a su mettre à profit ces divers cours d'eau pour remplir un réservoir qui mesure quatre-vingt-dix pas de long sur cinquante-un de large. Plus baut, dans la Y’alle de los Nueve, à l'endroit appelé los Molinos de Tesén, le torrent fait tourner trois moulins à blé. Les argilophyres intercalés entre les basanites, sur les collines qui entourent la ville de Telde, servent d'habitation à la population troglodyte du district (1). En remontant la vallée, nous remarquâmes un tertre isolé de basanite péridoteux, soutenu par une couche moins dure d'argilophyre, et qui servait de toit à plusieurs grottes pratiquées dans le massif situé audessous.
Les voisinages de Teror et le territoire qui couvrait jadis la belle forêt de Doramas sont composés aussi de roches pyroxéniques. Sur la rive droite du barranco de Teror, on trouve une source d'eau acidulée (Agua-Agria). D'autres sources de même nature s'échappent des
(1) Ces grottes sont en très-grand nombre et creusées tout autour de la colline dans le massif d’argilophyre.
(363 ) berges de deux petits ravins qui se prolongent dans la même direction, à l'est de Guia ; une d'elles coule près de la maison de campagne de la famille Bethencourt. En général, l'eau de ces fontaines naturelles est plus faible que l’Agua- Agria de Ténériffe. Entre Arucas et Moya, il existe aussi une source d'eau thermale qui se maintient constamment