TERRAINS VOLCANISÉS ET DE CALCAIRE MODERNE
L'île de Canaria, quoique peu éloignée du pic de Teyde, ce grand foyer volcanique de l'archipel canarien , ne présente que peu de traces de volcanisation moderne. On ne voit des cratères d'éruption que dans trois endroits différens de l’île ; ce sont ceux de Bandama, de Ginamar, de l'Isleta et du Malpays, près de la Gaete. D'après Escolar, toutes les laves de cette série sont pyroxéniques. Il est vrai que nous avons trouvé à Ja base du Saucillo un stigmite d'une apparence assez moderne ; mais nous noserions pourtant l’assurer. |
La quantité de rapilles noirs vomis par le grand cratère de Bandama est vraiment prodigieuse ; les couches ont souvent une épaisseur de plus de six pieds. Ces terrains mis en culture donnent un très-bon vin : le fond méme du cratère constitue un des meilleurs crûs de l’île. Ces rapilles sont mélés d'une certaine quantité de fragmens blanchâtres formés de débris de zéolites. On ne trouve aucun courant de lave autour de ce cratère. M. de Buch pense que les volcans voisins de Ginamar étaient des soupiraux en communication avec le foyer prmcipal. On passe auprès de ces volcans en allant de la Ciudad de las Palmas à Telde. Le plus grand s'appelle la Cima de Ginamar ; son cratère, qui vomit des rapilles, présente encore une ouverture d'une grande profondeur, à en juger par le bruit des cailloux que nous y jetâmes lors de notre passage. La bouche de ce cratère est oblongue ; nous aurions pu la croire de formation toute moderne et prête encore
: à dégorger des vapeurs enflammées, si les bandes de pigeons sauvages (Golumba Liwia), qui viennent nicher dans les crevasses de ce gouffre, n'avaient pris le vol à notre approche. La coulée de lave de ce cratère, quoique la plus forte, a pris la direction du ravin et n’a pu arriver jusqu'au rivage; mais celle qui est sortie d'un des deux cônes de la Montaña de las Arenas, au nord-ouest de la Cima , forme une longue bande noïre qui se perd dans la mer. Au sud-est de la Cima, on voit plusieurs autres ouvertures. Vers le nord de Bandama, se trouve celle de las Cucvas de los Frayles, d'où s'échappa aussi un torrent de matières volcaniques.
Le point culminant de l'Isleta (la montagne de l'Atalaya ou de la tour des Signaux), est couronné par un cratère qui a vomi une quantité extraordinaire de lave. M. de Buch a examiné cinq autres bouches, et toute cette partie de la presqu'île a été envahie par les éruptions de ces volcans. (Voy. Phys. Beschr, pag. 269, où l'on trouvera une description fort étendue de toutes les roches de cette localité).
Le volcan de la Gaete, qui appartient à la même série, a produit une coulée de lave analogue à ceux de l'Tsleta. Ce torrent , en arrivant sur le bord des escarpemens qui défendent la côte, s'est précipité dans la mer. On a trouvé dans cette nappe de scorie des tumulus pareils à ceux que les anciens Canariens élevèrent dans la presqu'île. Il est évident que tous ces volcans de l'archipel canarien forment une chaîne de continuité et que les cratères de la gran Canaria se rattachent d'un côté à ceux de Fortaventure et de Lancerotte, et de l’autre à la grande crevasse du pic de Teyde, qui s'étend à l'ouest et au sud-ouest jusqu'aux volcans de Palma et de l'île de Fer.
Dans notre revue de l’île de Ténériffe, nous avons fait mention des pisolites que nous vimes se produire sous nos yeux (1) : des oolites aussi caractérisés que ceux du Jura, de Caen en Normandie,
(1) Voyez ci-dessus, pag. 313.
ou de Bath en Angleterre, se forment journellement sur les plages de la grande Canarie. On en trouve de pareils sur les rivages de Fortaventure et de Lancerotte; l'île de Madère (Ponta de San-Lorenzo) et celle de Porto-Santo nous en ont offert aussi de beaux exemples. Cest sur les plages exposées constamment à l’action des vents alisés que ce phénomène a lieu. Les débris de coquilles que les vagues déposent sur le rivage sont dispersés par les vents sous forme de sable à grains arrondis; une partie est disséminée dans l’intérieur des terres et l’autre reste amoncelée sur le rivage : les eaux pluviales, plus chaudes que dans nos climats, en filtrant au travers de ce sable ou en formant des mares échauffées par le soleil, absorbent assez de calcaire pour le déposer ensuite et l’agglutiner, ou -bien encore, et cest plus particulièrement le cas à l'égard de la pierre à filtrer de la plage du Confitäl, ce sont les eaux de la mer qui servent de véhicule à la matière agglutinante.
Quand cette roche est formée entièrement de débris de coquilles, elle est blanche ou jaunâtre et assez compacte; mais quand le vent charrie avec les coquilles une certaine quantité de sable provenant de roches volcaniques, ce mélange rend la pierre très-poreuse. C'est dans ce dernier état qu'elle sert à faire les excellentes pierres à filtrer dont on se sert dans toutes les maisons des îles Canaries. Ces pierres sont extraites de la roche qui se forme autour de la plage du Confitâl, au nord de l’isthme de Guanarteme.
Le sable qui entre dans la formation de ces sortes de roches s’amalgame le long de la côte avec des débris de madrépores et des coquilles marines brisées ou entières, tandis que dans l'intérieur des terres l'agglutination se fait avec des coquilles terrestres, surtout avec des hélices , et plus particulièrement encore avec l'Helix sarcostoma, Nob. Ces mélanges et ces alternances de matières diverses peuvent servir à expliquer les phénomènes, si difficiles à comprendre, qu'on observe dans les terrains tertiaires. Parfois ces roches n'ont rien d'oolitique
et ressemblent alors à des couches lacustres de cetle même formation. On en voit des exemples dans la plaine de Carrizal. Souvent, comme dans la vallée de Galdar, elles contiennent de grands fragmens de laves qui paraissent encore intacts. Près de Galdar, on trouve de ces concrétions dendromorphes si communes sur la pointe de San-Lorenzo, à Madère. Il est probable qu'elles sont dues à l'agglomération des matières autour des troncs d'euphorbes et de kleimies, quoique nous n'ayons jamais pu découvrir parmi cette singulière {ormation aucune trace de corps organiques, ni les moindres restes de végétaux.