‹ Histoire naturelle des Iles Canaries (volume 2)Chapitre 72 sur 93 · PALMA · texte numérisé non relu

PALMA

L'ile de Palma est presque entièrement basaltique et présente un des meilleurs exemples des cratères de soulèvement, tels que les a conçus M. de Buch; aussi la description qu'il en a donnée est des plus remarquables. Palma fut pour ce grand géologue la preuve évidente de son système ; il en a parlé avec enthousiasme, et ses belles observations nous ont servi de guide dans l'aperçu orographique que nous avons déjà présenté. Nous nous bornerons maintenant à décrire cette île sous le rapport de sa constitution géologique; et dans ce nouvel examen, soit que nous fondions nos observations sur les notes que nous avons prises sur place ou qu'elles ressortent de l'analyse des roches de notre propre collection, on pourra croire encore que nous avons puisé à la même source, car nous ne saurions entreprendre une description exacte de Palma sans paraître répéter en partie celle de notre savant devancier.

On peut considérer cette île, plus encore que Ténériffe, comme une montagne isolée qu'entoure la mer. On n'y voit nulle part de véritables plages, et rarement des côtes basses ; la ville capitale elle-même est groupée sur des rochers de basanite péridoteux qui s'élèvent les uns derrière les autres ; au midi, elle est adossée à des escarpemens analogues qui présentent toute l'apparence d'un vaste semi-cratère dominé par un petit plateau où l’on a bâti l’église de Notre-Dame de la Conception. On découvre de cet édifice la ville, les rians coteaux des deux Breñas (Breña alta y Breña baja) et tout le rivage de l’île couvert de vignobles entremêlés de palmiers'et de dragoniers jusqu'à Mazo, Ce

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beau panorama ressemble à celui de la vallée de Taoro (Ténériffe) vu

des hauteurs de Matanza, mais le coup-d'œil est peut-être plus agreste.

Les ravins qui rayonnent autour des montagnes centrales déchirent l'île de toute part. Nous ne les décrivons pas à cause de leur parfaite identité avec ceux de Ténériffe, dont nous avons déjà parlé (1).

Nous ne reviendrons pas non plus sur notre description des montagnes centrales et du vaste cratère qu'elles embrassent (2). Ces montagnes, après une petite dépression, se relèvent au mont Bergoyo et se projettent au midi en une chaîne qui va se perdre à Fuencaliente. La dépression de la crête au col de /a Cumbre donne de loin au profil de l'île l'apparence d'une montagne à deux sommités. Nous avons appelé l'attention dans notre géographie descriptive sur la grande crevasse du cratère central appelée le Barranco de las Angüstias (3). C'est à et au fond du cratère lui-même que nous trouvâmes les plus anciennes roches de l'île en blocs erratiques, les uns d'énorme dimension et d'autres dispersés par fragmens. Leur véritable gisement est caché par les basanites qui flanquent toute l'enceinte du cratère et forment la masse de l'île. Dans un seul endroit, du côté gauche du ravin, on trouve en place, sous le basanite, une puissante couche de diorite granitoïde. Cette roche est un peu serpentineuse, mais elle n’est point calcaire, comme les parties blanches qu'elle contient pourraient le faire soupçonner, et elle diffère essentiellement en cela de celles que nous allons décrire.

Au fond du barranco des Augüstias, depuis Arguâl jusqu'à la mer, la vue est frappée par deux énormes talus qui s'étendent de chaque côté à plusieurs centaines de pieds d'élévation. Ces talus touchent ordinairement les berges escarpées du ravin, mais quelquefois ils en

(1) Voyez ci-dessus, pag. 300 et suiv.

(2) Voy. Géogr. descript., pag. 121 et 127, et l’excursion à la Caldera, tom. 1, part. 2°, Miscell. can., pag. 291 et suiv.

(3) Voy. Géogr. descript., pag. 131, et Miscell. can., pag. 221 et suiv.

sont séparés, D'Arguäl à la Caldera, le ravin se rétrécit et les talus disparaissent, On ne rencontre plus ensuite des fragmens d'anciennes roches qu'au fond du cratère; partout aïlleurs, et même dans l'intérieur de cet immense cirque, le sol est jonché d'éboulemens basaltiques. La position des talus du ravin, les contours arrondis des fragmens dont ils se composent , tout annonce qu'ils proviennent du fond de la Caldera ; mais l'imagination s'effraie en pensant à l'épouvantable débâcle qui les aura entraînés jusqu'à l'endroit où ils se trouvent accumulés.

Nous continuerons à décrire les roches en suivant leur ordre d'ancienneté. M. de Buch a trouvé parmi ces blocs du véritable schiste micacé (1) et une roche qui paraissait un beau granit. Ce fait important était déjà parvenu à notre connaissance à l'époque de notre exploration, cependant toutes nos recherches furent infructueuses, nous ne pümes rencontrer ni le schiste , ni le véritable granit.

La roche probablement la plus ancienne que nous ayons trouvée est un amphibolite granitoïde composé entièrement d’amphibole et d’albite , et contenant parfois du mica. Nous en prîmes des échantillons à l'entrée même de la Caldera. On rencontre au même endroit un ophiolite grenu, calcarifère, gris ou verdâtre, faisant passage à l'ophicalce ; puis des diorites granitoïdes calcarifères, et des vrais ophicalces contenant du calcaire concrétionné, dont la pâte verte fait une vive effervescence avec l'acide. Ces roches se retrouvent abondamment dans le barranco. Le calcaire qui les enveloppe souvent, et qui remplit leur cavité, est blanc, cristallin et concrétionné. Il prend parfois l'apparence d'une prehnite calcarifère, qui produit dans l'acide une effervescence lente, maiscontinue.On trouve aussi, dans les talus du ra vin, des diorites granulaires altérés, se désagrégeant en petits sphéroïdes ; leurs fissures sont enduites ou pénétrées de calcaire spathique , de mésotype radiée,

(D) Voy. Phys. Beschr., pag. 289.

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et les interstices sont souvent tapissés de cristaux d'analcime bien nets. Après ces roches vient une brèche d'aphanite et de calcaire, ou bien le calcaire se présente encore seul et prédomine très-souvent. Cette substance ressemble entièrement à celle qui accompagne les ophiolites ; elle est probablement siliceuse, ses cavités sont tapissées, les unes de cristaux de quartz, les autres de dolomie rhomboïdale. La chaux qu'on tire ordinairement de Fortaventure, se vendant fort cher à Palma, les habitans des villages voisins ont profité de cette couche calcaire, el l'exploitent de temps à autre. L'aphanite contient en outre de l’arragonite, qui se trouve répandue en concrétions sur le calcaire, dans les cavités de la roche. |

Le seul endroit de l'île où nous avons vu du trachite en couches est à Fuencaliente. Les anciennes roches qui surgissent cà et là, au milieu des rapilles et des scories de ce district volcanisé, sont trachytiques. C'est un trachyte gris-brun assez compacte , avec quelques cavités bulleuses, et tout rempli de petits cristaux épars de pyroxène. La source thermale, qu'on appelait la Fuente Santa et que l'éruption de 1677 a fait disparaître, sortait probablement de cette roche. La lave moderne est entièrement pyroxénique, de sorte que la couleur de ces îlots trachytiques les fait distinguer au premier coup-d'œil des nappes de laves et de rapilles.

Nous avons déjà parlé des nombreux filons qui coupent et bouleversent en tous sens les basanites des deux berges du ravin des Angustias. Ces filons ne sont pas de la même substance que la formation de basanites qu'ils traversent ; ce sont des trachytes gris foncés très-durs, souvent criblés de petits trous ronds et se divisant en colonnes transversales. À l'entrée de la Caldera, on aperçoit des filons plus larges

d'une couleur bleue d’ardoise. Ces derniers sont formés de leucostine

compacte presque homogène, mais ils contiennent quelques cristaux

de rhyakolite. Les basanites du barranco des Angustias et ceux de l'intérieur du

(371) cratère sont ordinairement très-bien caractérisés et remplis de péridot et de pyroxène. Les couches inférieures ne contiennent pas de cavités produites par les gaz, elles sont séparées par des bancs d’argilophyre. Sur le sommet des montagnes, les basanites sont beaucoup plus poreux ; les échantillons que nous détachämes de la montagne appelée eZ Lomo del Biscayno étaient criblés de petites soufflures.

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